Publié le 7 Mai 2017

Ratissage près de Bou Saada par le 117e RI en 1956.

Ratissage près de Bou Saada par le 117e RI en 1956.

Histoire du 117e RI.

Il est toujours important de rappeler ce que fut l’histoire d’un régiment. C’est d’ailleurs l’une des premières choses que l’on apprend quand on intègre une unité : histoire et traditions !

 

Vieux régiment, son histoire remonte au 17e siècle quand il est de ces compagnies appelées « Vieux corps ». En 1656, cette unité forme un régiment du roi et l’un de ses bataillons passe au régiment de Bourgogne créé en 1668. Participant aux guerres de la Révolution française et au Premier empire, le 117e est dissous en 1814.

 

Récréé en 1872, le régiment a son casernement au Mans dans la Sarthe. Affecté au 4e corps d’armée, à la 8e division d’infanterie et à la 16e brigade, le 117 participe à la bataille de la Marne en 1914, est en Champagne l’année suivante, à Verdun puis à nouveau en Champagne en 1916. En 1918, il s’illustre à l’occasion de la seconde bataille de la Marne. Le 12 novembre 1918 à Charleville, le général Guillaumat, commandant la Ve armée, remet la Croix de guerre 1914-1918 au drapeau du 117e RI. Par décision du 30 novembre 1918 du maréchal Pétain, commandant en chef des armées de l’Est, le régiment est cité à l’ordre de l’armée. Le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918 lui est en outre accordé.

 

Au 1er septembre 1939 intervient la mobilisation générale. Après l’envahissement de la Pologne par l’Allemagne nazie, la France se déclare en état de guerre. Le 4 septembre, le 117e RI se trouve dans les Ardennes. Il est l’un des régiments qui pénètrent dans la Sarre. Mais cette occupation en Allemagne est de courte durée. En effet, en réaction à cette offensive, des divisions allemandes sont rapidement mobilisées et les Français décident de se replier derrière la Ligne Maginot. A la veille de la ruée massive des divisions de Panzer, fin mai 1940, le régiment occupe des positions au sud-ouest de Péronne.

 

Dans la nuit du 4 et 5 juin 1940, l’artillerie allemande pilonne les positions françaises. L’attaque des blindés allemands débute à l’aube du 5 juin. Le 117e, qui ne bénéficie de la protection d’aucun obstacle antichar naturel, supporte presque tout le poids de l’attaque blindée. Dès 3h30, après un redoublement des tirs de l’artillerie, le régiment voit arriver sur lui les vagues d’assaut de trois divisions blindées. Les chars bombardent, mitraillent puis dépassent les fantassins français qui voient apparaître les motocyclistes, puis les éléments portés débarquant au plus près. Entre deux vagues de chars, les stukas lancent leurs bombes en piqué. Les points d’appui et les centres de résistance sont neutralisés un à un après la destruction des lisières des villages par des obus incendiaires. Obligés d’abandonner leurs positions, les hommes du 117e se replient, bien souvent aux prix de sacrifices de dizaines d’hommes. D’ailleurs, l’âpreté de la résistance opposée par l’unité aux Allemands lui vaut des éloges : « Vos hommes ont combattu magnifiquement » dira plus tard un général de la Wehrmacht.

 

Le 1er août 1940, ce qui reste de la 13e compagnie de pionniers et le 21e bataillon sont dissous à Saint-Yriex dans la Creuse.

 

En Algérie.

Reconstitué le 17 avril 1956, à l’occasion du rappel de la classe 1953, le 117e régiment d’infanterie fait partie de la première vague des unités en vue du rétablissement de l’ordre en Algérie. Il appartient alors au 23e corps d’armée et à la 20e division d’infanterie.

 

Georges Albert Raymond Segard nait le 23 octobre 1924 à Mazingarbe dans le département du Pas-de-Calais. Habitant Issy-les-Moulineaux au moment de son service militaire, il est incorporé au 117e régiment d’infanterie et débarque en Algérie en mai 1956. Son séjour est malheureusement extrêmement bref. Il meurt des suites de blessures accidentelles reçues le 22 juin 1956 à Alger. Il est déclaré Mort pour la France. Trois jours plus tôt, les premiers membres du Front de Libération National condamnés à mort ont été exécutés.

 

Au cessez-le-feu du 19 mars 1962, le 117e RI constitue, comme quatre-vingt onze autres régiments, les 114 unités de la Force locale, en l’occurrence la 462e UFL-UFO, composée de 10% de militaires métropolitains et de 90% de militaires musulmans. Elle œuvre pendant la période transitoire entre les Accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962) au profit de l’exécutif provisoire algérien.

 

Entre 1956 et 1962, le 117e régiment d’infanterie aura perdu 113 officiers, sous-officiers et hommes du rang.

 

 

Témoignage d’un ancien d’Algérie.

Un site Internet reprend l’histoire du 117e RI en Algérie et comporte des témoignages d’appelés (ou rappelés) du contingent. Voici celui de Gilbert T., publié sans modifications:

 

« Nous avons débarqué à Alger le 4 mai 1956 pour un séjour de 4 jours à Hussein-Dey et rejoindre ensuite Bou Saada pour une quinzaine de jours. C’est à la périphérie de cette cité que nous installons un camp de toiles et organisons notre bataillon. Les débuts ont été difficiles car il manquait de tout et nous ne comprenions pas la raison de notre rappel sous les drapeaux alors que nous étions tous bien engagés dans la vie civile, le service militaire était bien loin derrière nous. J'avais un camarade pharmacien qui venait d'ouvrir son officine et se tracassait à l'idée de pouvoir rembourser ses crédits.

 

Après avoir effectué les services d’usage en cantonnement, un événement majeur a failli tourner à l’émeute. La nourriture, à l’accoutumé bien chiche et peu appétissante, manqua brusquement et sans raison. Pas un cadre pour répondre à notre revendication, l’excitation était à son comble quand enfin le chef du bataillon paru sous une clameur d’hostilités et un concert de gamelles avec ce leitmotiv unanime : « à bouffer ! à bouffer… ». Il calma la foule en promettant de voir à cette anomalie et invita l’officier d’ordinaire à faire le nécessaire illico, malgré les plaintes d’impuissance de ce dernier qui avait tout fait selon ses moyens. J’immortalisai la scène avec mon appareil photos et je pris soin d’envoyer par la poste la pellicule à faire développer. Jamais je ne reçus les épreuves ?!!! Décidément les débuts du régiment furent pittoresques et bien mal engagés pour être crédible au regard des missions à venir.

 

Le 4° Bataillon quitte Bou Saada pour Alger et se scinde en deux groupements pour occuper les djebels entre L’arba et Aumale. Nous avions coutume de dire alors « Que nous étions les derniers de la dernière compagnie du dernier bataillon du 117». Cette fois ce n’est plus le cas, car nous passions de la 16e compagnie à la 4e.

 

Installation sur le Piton et l’occupation des fermes et caves vinicoles par la 4e Compagnie : Cette fois on s’installe enfin, on le devine car rien ne filtre de la part du commandement de la 4e Compagnie. Nous sommes au nord de L’arba, direction la moyenne montagne, transbahutés sur une mauvaise piste. Au lieu dit « Tazarine » nous recevons l’ordre de débarquer et de dresser nos tentes individuelles par deux. On nous fait comprendre que c’est notre cantonnement et qu’il va falloir l’organiser. Le lieu est idyllique dans une forêt de chênes-lièges, pas d’âmes qui vivent aux alentours. Peu à peu le cantonnement prend forme, on y a érigé une tour en dur, de celle-ci on voit la grande et belle plaine de L’arba, au loin Alger et la mer scintillante au soleil. Pas le temps de se lamenter, nous sommes sollicités pour des opérations de contrôle de la population dans les douars environnants. On y recueille des renseignements utiles pour découvrir des caches qui prouvent de l’activité nocturne des rebelles. Des suspects sont arrêtés et interrogés par la gendarmerie qui nous accompagne partout. Le séjour se passe sans heurts avec l’ALN qui n’a pas encore pris possession du territoire pour nous nuire véritablement.

 

Dans le cadre des missions tactiques du quadrillage destinées à assurer la sécurité des personnes et des biens, nous sommes affectés dans la ferme-coopérative vinicole « Torrez » du nom de son propriétaire, non loin de Fondouck. Nous sommes mieux lotis, le quotidien se révèle plus agréable. On se fait même des amis avec les Européens du cru. Je passe mes dimanches de liberté à Hussein-Dey chez un nouvel ami pied-noir. Un camarade ayant une marraine de guerre à Alger nous introduit dans le cercle du docteur Bonnafous, respecté par les autochtones soignés par lui. Mon camarade et moi avons été invités au mariage de sa fille sur les hauteurs d’Alger. J’avais honte de ma tenue militaire de drap affreusement fripée et mal taillée. Arrivés en retard nous n’avions pas le temps de nous excuser que le docteur invita les 300 convives à faire silence afin de nous présenter. Geste élégant d’un homme courtois et philanthrope qui nous a mis tout de suite à l’aise. La jeunesse nous a pris en charge pour rendre l’invitation mémorable. Nous étions en 1956, la symbiose était totale, notre présence nécessaire afin de poursuivre l’exploitation des vignobles. Dans des fermes moins protégées, les propriétaires avaient armés les employés musulmans pour sécuriser la propriété. Le séjour des réservistes arrive à son terme, je regagne la Métropole sur un bananier, je me bats pour obtenir une cabine alors que mes camarades sont en fond de cale ».

 

 

 

 

Sources :

 

  • Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France" ; Editions France Empire, 1962.
  • Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS" ; Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Encyclopédies en ligne : Larousse, Britannica, Wikipedia.
  • Site Internet d’anciens du 117e RI en Algérie.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 1 Mai 2017

Prosper-Olivier Lissagaray.

Jeunesse.

Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray nait le 24 novembre 1838 à Toulouse, de l’union de Laurent Lissagaray, pharmacien, et de Marie-Louise Boussès de Foucaud. Il a un frère, Henri.

 

Son père meurt alors qu’Henri et lui sont encore petits. Prosper-Olivier rentre au collège d’Aire-sur-l’Adour dans des conditions difficiles. En classe de seconde, il fait ses premières armes littéraires sous la houlette du professeur de littérature l’abbé Légé, « maigre, pâle et toussant comme un phtisique, un parfait homme de lettres ». Ce dernier divise ses élèves en deux camps : les classiques et les romantiques. Prosper compte au nombre de ces derniers. Il écrit ainsi, à l’âge de 15 ans, avec son camarade Paul Lacome d’Estalenx, un roman médiéval : Les mystères des Croisades – Histoire de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine. Après le baccalauréat, il ne voit plus ses camarades mais « au fond du cœur un endroit où tous vivent ».

 

Journaliste.

En 1860, il s’installe à Paris après un voyage en Amérique. Il dirige une société littéraire à but non lucratif. Lissagaray et son ami Juette deviennent les fondateurs des conférences publiques avec les Conférences de la rue de la Paix. Il écrit également une Revue des études littéraires, destinée aux élèves.

 

En 1864, il est l’auteur d’une conférence houleuse sur Alfred de Musset, mort en 1857 et toujours très populaire. Pour Lissagaray, Musset est « un homme sans opinion, sans conviction, sans principes, qui prétend incarner dans lui-même l’esprit de cette époque ». Il y dénonce les côtés vicieux et débauchés du poète et de ce fait n’est point un modèle pour la jeunesse : « Nous n’avons plus le temps d’être jeune. Soyons vieux à 25 ans, si nous ne voulons pas être serfs à 30… ». La conférence est très mal accueillie par la jeunesse elle-même…

 

En 1868, il confirme son engagement contre le Second empire en créant le journal L’Avenir, à Auch dans le Gers ; journal qui veut : ‘rallier dans le Gers toutes les forces éparses du grand parti de la révolution ». Deux ans plus tard, il créé avec Henri Rochefort La Marseillaise. Mais très rapidement les condamnations pleuvent : une pour un duel à Auch et l’autre pour « offenses envers les personnes de l’empereur et de l’impératrice ». En prison, il continue à écrire et mène son combat contre Napoléon III. Les rédacteurs de La Marseillaise finissent par être tous arrêtés. Libéré, Prosper Lissagaray prend part aux réunions publiques contre le gouvernement de l’empereur. De nouvelles condamnations arrivent. Le journaliste s’enfuie en Belgique. Il rentre à Paris le 4 septembre 1870, jour de la proclamation de la République. En effet, après le désastre de Sedan, l’empereur Napoléon III a abdiqué deux jours plus tôt.

 

Au Fort d’Issy.

Pendant toute la Commune, Prosper-Olivier Lissagaray use autant de la plume que du fusil. Il crée dès le 18 mars 1871 l'Action, un journal dans lequel il défend les communards et condamne le gouvernement. Puis, c'est autour du Tribun du peuple de sortir sans interruption du 17 mai au 24 mai.

 

En 1876, il publie son Histoire de la Commune de 1871, le premier ouvrage de témoignages sorti sur ces terribles événements. Voici ce qu'il écrit sur les combats dans Issy et la chute du fort qu'il défendit jusqu'au bout, armes à la main. Nous sommes le 1er mai : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».

 

Le fort résiste jusqu'au 9 mai. Lissagaray défend les barricades de Paris jusqu'au 24 mai 1871.

 

La fuite et la suite.

Une nouvelle fois, Lissagaray parvient à s’enfuir. D’abord à Bruxelles, où il publie la première version de son Histoire de la Commune de 1871, justement sous-titrée : « Pour qu’on sache ». C’est en Belgique qu’il apprend, le 18 juin 1873, qu’il est condamné en France à la déportation par contumace. Il part ensuite à Londres, où il fréquente assidûment Eleanor, la troisième fille de Karl Marx. C’est elle qui traduit sa principale œuvre en anglais. Mais des divergences, en premier lieu politiques, l’ont éloigné du père du Capital et de la convoitée. Prosper-Olivier Lissagaray est en effet plutôt de sensibilité anarchiste, proche des blanquistes anticléricaux. Tensions qui se sont muées en haine lorsque ses fiançailles avec Eleonor ont été brisées.

 

Sur la liste des amnistiés du 14 juillet 1880, Lissagaray rentre en France. Il partage alors son temps entre le journal, la Bataille, politique et sociale, et l’éternel remise sur l’ouvrage de son Histoire de la commune. Lissagaray est historien rigoureux, sans cesser d’être partisan. Il rassemble les faits, collecte les témoignages, les classe, les hiérarchise. Et tire des conclusions. Et bien qu’amoureux de la Commune, il n’en est pas moins lucide et sévère. Ne pas avoir occupé le mont Valérien, avoir hésité à marcher sur Versailles, avoir trop tardé à couvrir Paris d’un réseau de barricades… Autant de fautes militaires qu’il repère et condamne. Il n’épargne pas non plus certains travers politiques comme la mollesse du commandement, le désordre dans l’administration… Mais surtout il déplore d’avoir, par un scrupule de légalité déplacé en période révolutionnaire, respecté la banque, dont les millions pouvaient tout sauver ! Il en pointe sévèrement cette absurdité : « La Commune abolit le budget des cultes… et resta en extase devant la caisse de la haute bourgeoisie qu’elle avait sous la main. » Mais l’Histoire de la Commune est surtout un hymne à la gloire des ouvriers parisiens en même temps qu’une déclaration d’amour à la ville de Paris « qui avait fait trois Républiques et bousculé tant de dieux ».

Lissagaray n’a pas perdu sa verve dans ses vieilles années. Il dirige le seul journal révolutionnaire de Paris, la Bataille, qui paraît par intermittence jusqu’en 1893. Journal dédié à la défense des travailleurs, il attaque successivement et avec vigueur Jules Ferry, qualifié de « roi » et son dauphin Clemenceau, puis enfin Boulanger, qu’il considère comme une réelle menace pour la République. Lissagaray s’éteint peu après, en 1901. Pour son incinération, deux mille personnes saluent sa mémoire.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Encyclopédie Universalis.
  • Louise Michel, La Commune.
  • Site Rebellyon : www.rebellyon.info
  • Site Historim (une partie de cet article a été écrit par Madame Maestracci, présidente de cette association) : www.historim.fr
  • Site de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com
  • Site Internet du journal L’humanité : www.humanite.fr

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 26 Avril 2017

Le monument de Diên Biên Phù.

Madame Pagès, veuve du lieutenant-colonel Henry Pagès, avait, il y a quelques années, confié quelques archives au Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux. Parmi ces papiers, figure un exposé fait en 1995 par Rolf Redel, sur le monument qu’il a érigé à Diên Biên Phù au Vietnam, et dédicacé au LCL.

 

Le sergent-chef Rolf Rodel, s’est engagé dans les rangs de la Légion étrangère le 17 avril 1950 et l’a quittée le 25 avril 1957. Après avoir successivement servi à Sidi-Bel-Abbès puis Mascara, il part en Indochine à la 3e compagnie du 4e bataillon du 2e REI (régiment étranger d’infanterie). De retour sur le continent africain, il rejoint la 15e compagnie du 4e bataillon du 4e REI. Il se porte volontaire pour un second séjour en Indochine. Il vivra Diên Biên Phù comme chef du commando de la 10e compagnie du 3e bataillon du 3e REI.

 

En 1995, devant la Délégation ANAPI (Association Nationale des Anciens Prisonniers Internés Déportés d’Indochine), Rolf Redel exposait les raisons et l’histoire du monument de Diên Biên Phù. Le Souvenir Français tient à rappeler que ce document date de 1995, et que deux années plus tôt, le Mémorial des guerres en Indochine avait été inauguré à Fréjus et que les restes d’une partie importante des soldats enterrés en Indochine avaient été rapatriés à la fin des années 1980. Il est également vrai qu’aucun monument français à Diên Biên Phù n’existait.

 

« Mesdames et chers camarades,

 

Je vais essayer de vous raconter l’essentiel de l’histoire du monument aux Morts que j’ai créé et construit sur le site de Diên Biên Phù. Comme je ne suis pas un bon orateur et pour ne rien oublier, je me permets de vous lire le récit que j’ai préparé.

 

C’est en mars 1992 que je suis retourné en Indochine pour la première fois, pour revoir les lieux des combats que j’ai connu pendant mes deux séjours. J’avais emporté une plaque gravée : « A la mémoire de tous les légionnaires tombés au champ d’Honneur au cours des combats de Diên Biên Phù », que j’ai déposée au Musée militaire de Diên Biên Phù. D’autre part, j’avais découvert une dalle de ciment, entourée d’une petite murette, érigée dans les années 80 par un particulier inconnu « Pour les morts de l’armées française à Diên Biên Phù ». cette dalle, jamais entretenu par personne, était abandonnée au milieu des champs de maïs, cassée, fêlée, sale – bref, pourrie et envahie par lé végétation – et la petite murette était en partie disparue. Quand j’ai vu cette « lamentable chose » je l’ai réparée, restaurée, repeinte et remise à l’état neuf avec les moyens du bord de Diên Biên Phù. Je pense que vous avez peut-être vu mon reportage photographique paru dans Képi blanc, le journal de la Légion étrangère en février 1993, ou les différents articles de presse parus dans Le Progrès de Lyon et dans d’autres journaux et magazines.

 

Après mon retour en France, étant donné que beaucoup de monde était au courant de ces faits, j’avais pensé et surtout espéré que cette histoire ferait bouger quelques personnes concernées, ou inciterait les autorités de Paris à entreprendre une action en faveur de nos disparus. Malheureusement, il n’y eu aucune suite et étant donné que pendant 40 ans aucun gouvernement, aucun ministère concerné, ni personne ne s’est intéressé à faire, sur place, quelque chose de valable pour honorer nos morts, et comme aucun corps n’a jamais été rapatrié de Diên Biên Phù en France, j’ai décidé de créer et de construire moi-même et tout seul, à l’occasion du 40e anniversaire de la fin de la bataille de Diên Biên Phù et de la guerre d’Indochine, un véritable monument aux morts, digne de ce nom, sur l’ancien champ de bataille même de Diên Biên Phù.

 

Je tiens à préciser que, contrairement à ce qui a été dit ou écrit dans différents articles, mon monument est dédié à tous ceux qui sont tombés au champ d’Honneur, « Morts pour la France », c’est-à-dire de l’Armée française, y compris les tirailleurs, paras, commandos et supplétifs vietnamiens, les montagnards et les civils vietnamiens ou d’autres ethnies fidèles à la France, pendant toute la guerre d’Indochine, et non pas seulement pour les légionnaires morts à Diên Biên Phù. En ce qui concerne les Vietnamiens que je viens de citer, il est impossible de préciser ces détails sur le monument, car la plupart des ces Vietnamiens qui ont combattu avec l’Armée française et qui, à la fin, ont été lâchement abandonnés par la France, ont été massacrés ou ont fini dans des « camps de rééducation » qui sont semblables aux goulags communistes en Sibérie dans l’ancienne Union soviétique.

 

J’avais gardé mon secret car je craignais un « court-circuitage » ou un sabotage éventuel de mon projet. Seuls, les généraux Coullon, président de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, Fouques, Duparc et Colcomb, commandant la Légion étrangère à Aubagne, le colonel Bonfils, vice-président national et président de l’ANAPI Rhône-Alpes, et quelques amis étaient au courant de mon projet et m’avaient fait connaître leur approbation. Le général Coullon m’avait remis la somme de trois mille francs avec la mission de représenter tous les anciens légionnaires et de faire de mon mieux pour honorer tous nos morts.

 

Alors, au début de l’année, j’ai commencé les préparatifs, chez moi, à Lyon : j’ai dessiné les plans du monument ; j’ai choisi les textes définitifs et j’ai fait les maquettes des quatre plaques à fixer sur le monument ; j’ai fait traduire les textes également en vietnamien et j’ai commandé la gravure et sa fabrication ; j’ai acheté 25 kilos de peinture spécial béton et les outils nécessaires, car il n’y a rien de tout cela au Vietnam et encore moins à Diên Biên Phù, et j’ai envoyé le tout, sauf les plaques, soit 36 kilos de fret par Air France de Lyon à Saigon.

 

En arrivant à Saigon le 2 avril, premiers problèmes avec la douane vietnamienne, mais avec beaucoup de palabres, beaucoup de ténacité, beaucoup de patience surtout, et parfois l’aide d’un bakchich, il est possible d’obtenir ce que l’on veut. Ensuite, voyage en train de Saigon à Hanoi – 1.700 kilomètres avec mes quatre-vingt kilos de bagages et avec des étapes à Nha-Trang, Tourane (Da Nang) et à Hué. En arrivant à Hanoi, j’ai pris les premiers contacts pour obtenir l’autorisation de pouvoir construire le monument, mais sans résultat, sauf l’accord et l’appui du directeur général des Musées militaires du Vietnam, un vieux colonel en activité, ancien du Vietminh à Diên Biên Phù, qui m’avait déjà aidé pour le dépôt de ma plaque en 1992.

 

Toujours à Hanoi et en prévision de mes plans, j’ai acheté deux cents fleurs en plastique, car à Diên Biên Phù il n’y a pratiquement pas de fleurs, une grosse chaîne en fer forgé pour l’entrée de l’enceinte du monument et des tissus bleu, blanc, rouge et vert et rouge, pour pouvoir confectionner des rubans, bien inexistants au Vietnam, destinés pour la cérémonie d’inauguration.

 

Ensuite, voyage Hanoi – Diên Biên Phù, j’ai loué un 4x4 chinois de l’armée – 470 kilomètres sur l’ancienne RC 41 – aujourd’hui une piste en mauvais état, voyage de deux jours avec étape à Son La. 24 avril, arrivée à Diên Biên Phù, les Viets se préparaient les festivités, défilé, etc.… du 40e anniversaire de leur victoire. J’ai reçu une invitation pour assister, le 7 mai, sur la tribune officielle des personnalités, à leur grand meeting en présence du général Giap et d’autres « grands chefs », mais bien sûr, j’ai refusé cette invitation.

 

J’ai contacté les autorités du district de Diên Biên Phù, le président de la province de lai Chau, etc… pour obtenir l’autorisation de pouvoir construire le monument, et de plus, la prolongation de mon visa de séjour. Ils n’étaient « pas très chauds » au début, et j’ai rencontré beaucoup, beaucoup de problèmes et de difficultés – n’oublions que là-bas c’est toujours un régime communiste, noyé dans la bureaucratie et infesté par la corruption, qui n’a pas du tout changé de nos jours. Malgré tout, j’ai réussi à les convaincre et à les persuader du bien-fondé et de la nécessité de pouvoir réaliser mon projet, en mettant l’accent sur l’importance que représente pour nous, les anciens combattants, ainsi que pour le peuple français, de pouvoir perpétuer le souvenir et la mémoire des nombreux morts de l’Armée française pendant la guerre d’Indochine, et ils ont enfin admis et reconnu que la création et la réalisation de ce monument était une affaire noble et urgente après quarante ans d’oubli et de désintérêt.

 

Il fallait l’accord, la permission et l’autorisation : du gouvernement, du Premier ministre, du ministre de l’Armée, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Culture, de la Sécurité nationale, de la Police, du Musée militaire de Diên Biên Phù, de la direction des Musées militaires du Vietnam, du président du district de Diên Biên Phù, du président du Comité populaire de la province de Lai Chau. Et à la fin, après un mois d’attente, quand j’ai eu l’accord de tous, reçu par l’intermédiaire du président de Lai Chau, il a exigé l’accord de l’ambassade de France à Hanoi. Alors, voyage par avion vers Hanoi pour rencontrer l’ambassadeur de France qui m’a fait savoir qu’il avait demandé l’accord des ministères concernés à Paris – et pour moi, une nouvelle attente.

 

Pendant tout ce temps, je suis allé deux fois à Lai Chau, au total 640 kilomètres de mauvaise piste en moto, et j’ai fait deux voyages par avion Diên Biên Phù – Hanoi – Diên Biên Phù pour régler toutes les formalités. En attendant les réponses et la suite, j’ai profité de mon temps libre pour confectionner une couronne de fleurs mortuaires, les gerbes et les bouquets prévus pour l’inauguration et ayant découvert une fille qui possédait une machine à coudre, j’ai fait fabriquer les rubans bleu, blanc, rouge, et vert et rouge destinés aux fleurs et pour la cérémonie. Toutes ces préparations, sans connaître le résultat de mes démarches, mais en espérant que la suite serait favorable à mon égard.

 

Enfin, le 14 mai, j’avais le feu vert de tous, mais avec des restrictions concernant la taille du monument – j’avais prévu la hauteur de l’obélisque à 6,50 mètres et ils ne m’ont accordé que 3,50 mètres au total. L’ambassadeur a fait savoir au président de Lai Chau qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que je réalise le projet moi-même. J’ignore s’il a reçu une réponse de Paris ou non. J’étais très content et le lendemain, j’ai acheté un morceau de terrain, un champ de maïs, pour pouvoir agrandir la surface de l’enceinte du monument, et j’ai débuté les travaux en commençant par casser la stèle, cet « affreux pavé de ciment » ainsi que les restes de la murette qui l’entourait, en récupérant, bien sûr, les deux plaques de souvenir qui y étaient fixées, pour les sceller par la suite sur le futur monument. Ensuite, j’ai eu d’autres problèmes pour avoir les matériaux nécessaires à la construction, et à cause de la pluie car c’était le début de la mousson.

 

Le 26 juin, après six semaines de travaux, a eu lieu l’inauguration officielle du monument par moi, j’étais le seul Français et le seul Européen, en présence, sur invitation, des autorités de Diên Biên Phù et de Lai Chau, d’anciens combattants du Vietminh et du Viêt-Cong dont le président et le vice-président de leur « Association des anciens combattants du Vietminh de Diên Biên Phù », de chefs thaïs et méos, de beaucoup d’habitants de Diên Biên Phù et de Hmong des alentours. L’ambassadeur de France, prévenu et invité par moi pour présider la cérémonie n’a pas pu se déplacer.

 

J’avais préparé le programme de la cérémonie d’inauguration qui a commencé par l’explosion d’une centaine de pétards, une coutume vietnamienne, qui chasse les mauvais esprits et qui porte bonheur par la suite. J’ai prononcé mon discours d’inauguration ; traduction en vietnamien ; discours du président de la province de Lai Chau ; une minute de silence : tous les vietnamiens décoiffés et au garde à vous avec moi. Ensuite, Le Boudin, le chant traditionnel de la Légion, tout le monde toujours au garde à vous, transmis à pleine puissance par une radio-transistor à cassettes que j’avais emprunté, en expliquant ensuite aux Viets qu’il s’agissait d’une musique spécialement destinée aux morts, et étant donné qu’ils ne connaissaient pas Le Boudin, ils étaient bien obligés de croire à mes explications. Coupure du ruban bleu-blanc-rouge par le président de Lai Chau et moi-même ; dépôt de fleurs que j’avais préparé auparavant ; une couronne à titre personnel pour tous mes camarades légionnaires ; une gerbe de roses rouges au nom de la Légion étrangère pour tous ses morts ; une gerbe de l’ANAPI pour tous ses morts dans les camps de prisonniers ; et une de tous les anciens combattants de la France. Le tout avec des rubans bleu-blanc-rouge ou vert et rouge. Beaucoup de Vietnamiens dont les anciens combattants du Vietminh ont déposés des bouquets de fleurs et ont brûlé des bâtons d’encens à la mémoire de nos morts.

 

Ensuite, j’ai offert un pot à tous les invités sur des tables louées et préparées à l’avance, et nous sommes allés au cimetière du Vietminh pour déposer également des fleurs. Pour clore cette journée mémorable, nous avons pris un repas en commun, offert par les autorités de Diên Biên Phù. Beaucoup de Vietnamiens n’ont pas compris et m’ont posé la question : « Pour quelle raison c’était moi, un simple sous-officier de la Légion étrangère, et non le gouvernement de la France, qui avait entrepris la réalisation de ce monument aux Morts ? ». Une question logique, fondée et raisonnable, mais à laquelle je me suis abstenu de répondre.

 

Comme par hasard, trois jours après l’inauguration, le 29 juin, le général Bigeard, en visite au Vietnam et de passage à Diên Biên Phù, accompagné de son éditeur et d’un caméraman d’Antenne 2, d’un journaliste d’Europe 1, de photographes et de journalistes, croyant trouver la vieille plaque de béton, a eu la surprise de découvrir le monument, et de ce fait, a été le premier Français « ancien de Diên Biên Phù » à se recueillir. L’émotion était grande, il m’a embrassé et remercié, et nous n’avons pas pu retenir nos larmes.

 

J’ai établi et rédigé un contrat d’entretien du monument entre la direction du Musée militaire de Diên Biên Phù et moi-même, moyennant une indemnité pécuniaire mensuelle. Par la suite, après avoir séjourné deux mois et demi à Diên Biên Phù, je suis retourné à Hanoi, toujours par la route, accompagné de 130 kilos de reliques de l’Armée française que j’avais déterrés ou trouvés sur place, comme par exemple : un FM 24/29 ; une carcasse de MAT-49 ; des chargeurs ; des douilles de 105 et de 155 mm ; des éclats ; des cartouches ; des grenades ; des morceaux de barbelés ; des obus de mortier de 60 mm ; des gamelles ; des sacs à parachute ; des morceaux de parachutes ; des tenues du Vietminh ; des fusils thaïs, du Vietminh et de fabrication locale ; des arbalètes méos ; un fanion français…

 

Le tout destiné au musée de la Légion à Aubagne, au musée militaire de Lyon et pour mon musée personnel. Trois semaines de démarche à Hanoi avec encore beaucoup de problèmes, car pour le Vietnam c’est toujours du matériel militaire, pour pouvoir exporter et expédier l’ensemble par voie aérienne à Lyon. J’ai ramené trois mille photos et dix-huit heures d’enregistrement vidéo. Il y a quatre mois, le général Bigeard a sorti un album Ma Guerre d’Indochine, dans lequel figure une belle photo du monument et il n’a pas oublié de dire du bien de la Légion.

 

Pour terminer, je peux vous dire qu’aujourd’hui, il existe à Diên Biên Phù, sur l’ancien champ de bataille, un véritable monument aux Morts, le premier et le seul au Vietnam et dans toute l’ancienne Indochine, et je suis heureux d’avoir atteint, seul et sans aucune aide de personne, l’objectif que je m’étais fixé :

 

  • D’une part, d’honorer tous nos camarades qui reposent encore pour l’éternité dans cette terre lointaine de Diên Biên Phù, quelque part, ailleurs, dans la brousse ou sous les rizières.
  • D’autre part, d’avoir créé un lieu qui permet aux anciens combattants, aux familles de disparus et aux sympathisants de se recueillir à la mémoire de tous ceux qui sont tombés au champ d’Honneur pour la France, et de leur rendre l’hommage qui leur est dû.

 

Ce monument permettra, espérons-le, aux jeunes et aux générations futures de ne pas oublier les sacrifices de tous ces soldats français qui ont laissé leur vie, là-bas, pour la France ».

 

 

 

Sources :

 

  • Archives du LCL Henry Pagès, qui fut officier en Indochine et prisonnier lors du désastre de la RC4 en 1950.
  • Site de l’ANAPI : www.anapi.asso.fr
  • Site : www.legionetrangere.fr
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 17 Avril 2017

Paul Casta, de la 2e DB, mort pour la France.

Histoire de la 2e DB.

12 juillet 1940. Le capitaine de cavalerie Philippe de Hauteclocque, 38 ans, déjà deux fois évadé des mains allemandes, portant encore les traces d'une blessure à la tête reçue au combat, passe en Espagne. Son patriotisme, son honneur, la conception qu'il a de son métier font devoir à ce père de six jeunes enfants de rejoindre celui qui, de Londres, a lancé l'appel à poursuivre la lutte. Devant lui, c'est l'inconnu, l'aventure : il n'a jamais rencontré de Gaulle. Un mois plus tard, le 25 août, par une nuit d'encre, sous des trombes d'eau, devenu colonel Leclerc, il arrive en pirogue, avec une poignée d'hommes, à Douala, au Cameroun, en Afrique. Trempé mais vibrant de volonté, parlant au nom du général de Gaulle, il subjugue les Français qu'il rencontre, au premier rang desquels le capitaine Dio qui l'appuie de sa troupe et le ne quittera plus.

Après quelques semaines au cours desquelles l'Afrique française libre s'organise, réunissant le Gabon au Congo, à l'Oubangui, au Tchad et au Cameroun, Leclerc reçoit du général de Gaulle une nouvelle mission : prendre la tête des moyens militaires disponibles au Tchad et faire rentrer, avec eux, l'armée française dans la guerre. Alors commence l'épopée. Arrivé à Fort-Lamy le 2 décembre 1940, Leclerc parle dès le 3 d'aller attaquer Koufra, redoutable forteresse italienne perdue dans les sables, à quelque 2 000 kilomètres !

Au Tchad aussi les visages s'éclairent, mais les spécialistes hochent quand même la tête lorsque, le 25 janvier, les premiers éléments d'une colonne s'éloignent vers le nord-est, vers Koufra qui hante Leclerc. En tout, le Colonel n'emmène que deux cent cinquante hommes sur cent mauvais camions et il ne dispose que d'un canon.

Les débuts sont de fait fort difficiles : le climat, le terrain, l'absence de pistes, l'ennemi bien équipé offrent de gros obstacles. Malgré l'échec sanglant, le 30 janvier, de la patrouille britannique qui précédait la colonne, Leclerc maintient ses ordres : le 7 février, avec un élément léger, il va lui-même « tâter » la forteresse ; les 18 et 19, il livre à la Compagnie saharienne mobile italienne qui bat l'estrade sous les remparts, un combat décisif et, aussitôt, il met le siège devant la citadelle. Dix jours plus tard, le 1er mars 1941, contre toute attente et contre toute logique, grâce à la fougue, à l'imagination et au talent des hommes et du chef, la garnison ennemie capitule.

C'est le premier succès des armes de la France depuis l'été 1940. Sans attendre, le colonel Leclerc engage l'avenir : Ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg. C'est le serment de Koufra, serment que tous ceux qui, désormais, se joindront à Leclerc se sentiront tenus d'accomplir.

Un an s'écoule ensuite, consacré à préparer l'opération qui permettra d'aller rejoindre les Britanniques au bord de la Méditerranée, au bout de 2 200 kilomètres de désert, vers le nord cette fois. Avant de donner le départ, il se décide à porter les étoiles de général que de Gaulle lui a données six mois plus tôt. Après des revers face au « Renard du Désert » (Rommel) à la tête de l’Africa Korps, la situation s’améliore du côté britannique. A l’automne 1942, il apparaît que la grande opération vers la mer va devenir possible. Entre-temps, les moyens se sont un peu étoffés : des hommes sont arrivés, venus du monde entier, anxieux de se joindre à ce jeune chef qui sait se battre et gagner ; des armements aussi, fournis par la France libre. Et c'est avec trois mille hommes cette fois, montés sur trois cent cinquante véhicules, non blindés certes mais corrects, appuyés de seize avions, que la colonne Leclerc s'élance vers le nord, peu avant Noël, au départ du Tibesti. Tous les postes italiens du Fezzan tombent les uns après les autres : Umm et Araneb le 4 janvier 1943, Gatroun et Brack le 6, Mourzouk le 8, Sebha (le chef-lieu) le 12, Midza le 22 ; le 24, nos avant-gardes rencontrent, dans Tripoli, celles de la VIIIe Armée de Montgomery : la mer est atteinte, cette Méditerranée qui borde aussi la France !

Commence alors la poursuite de l'ennemi qui reflue vers la Tunisie. Rapidement recomplétée en hommes, véhicules et équipements de toutes sortes, la colonne Leclerc devient la force L. Elle flanc-garde à l'ouest les gros de la VIIIe Armée, s'illustre en arrêtant le 10 mars, à Ksar Rhilane, une contre-attaque de Panzers, entre la première à Gabès le 29 mars et, le 20 mai, elle participe au défilé de la victoire dans Tunis libéré. Dès lors, il apparaît que la prochaine étape sera le continent, peut-être la France, ce que tout le monde espère. Mais, pour atteindre ce rêve, il va falloir que la maigre colonne sortie du désert se multiplie, s'équipe, s'instruise en vue des combats de tout autre dimension qu'elle espère. Cet amalgame, cette transformation, c'est au Maroc d'abord, près de Rabat, dans la forêt de Temara, puis, à partir de Pâques 1944, en Angleterre, dans de nombreux villages du Yorkshire, qu'ils s'accomplissent, vite, efficacement, au prix d'un travail acharné, sans pour autant que ni l'âme ni la foi qui avaient permis les succès antérieurs soient le moins du monde altérés.

Autour des vétérans d'origines déjà fort diverses - marsouins du Tchad, spahis d'Egypte, compagnies de chars reconstituées en Angleterre - se réunissent ainsi des régiments entiers d'Afrique du Nord demeurés jusque-là l'arme au pied, une unité de fusiliers-marins et une nuée de volontaires venus, seuls ou groupés, de tous les points du monde avec l'intense désir de se battre : jeunes gens et cadres de métropole, réchappés des prisons espagnoles ; corps-francs d'Afrique ; jeunes femmes arrivant des Etats-Unis avec leurs ambulances ; anciens guérilleros républicains espagnols, etc. Si beaucoup de choses peuvent les séparer, ils ont en commun d'être volontaires, d'aimer profondément la France, d'être jeunes et d'avoir de fiers caractères !

Vient le jour du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944. La 2e DB est alors en Yorkshire, piaffant d'impatience, mais sûre que, bientôt, elle débarquera en France avec, bien sûr, Strasbourg comme point de mire. Mise à la disposition de la IIIe Armée américaine du général George S. Patton — quel plus fantastique entraîneur peut-elle espérer ? —, la 2e DB franchit la Manche dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944. Débarquant à Utah Beach, au pied du Cotentin, elle est bien vite lancée, par la toute fraîche percée d'Avranches, dans le vaste mouvement qui permet de couper la retraite aux forces allemandes de Bretagne et de venir frapper sur le flanc sud de celles qui tentent de quitter la Normandie pour gagner la basse Seine. Les premiers combats de chars se livrent dans l'enthousiasme sous un ciel éclatant et la Division, poussant vers Argentan qui est son objectif, détruit dans les journées qui suivent, autour et dans la forêt d'Ecouves, ce qui reste de la grande unité ennemie. Ce brillant succès contribue à la libération de tout l'ouest de la France, il est pour tous la preuve que l'outil durement trempé au Maroc et en Angleterre est valable.

Malgré les hésitations, les réticences, les craintes du haut-commandement allié, Leclerc arrache l'ordre et, le 23 au matin, la 2e DB quitte Argentan en direction de la capitale. Le soir même, à Rambouillet, dans un brouhaha de veille de fête, Leclerc signe l'ordre d'opérations pour le lendemain : Mission : 1° s'emparer de Paris... De Gaulle, qui l'a rejoint, lui dit simplement : « Vous avez de la chance ! »

Le 24 août, en deux colonnes, la Division s'élance vers Paris. Par la vallée de Chevreuse, Jouy-en-Josas, Clamart, Massy, Wissous, Fresnes, le groupement Billotte fraye leur chemin à coups de canon. Les Allemands, solidement armés, se battent bien ; mais le soir, vers 20 heures, à la Croix-de-Berny, Leclerc sent qu'une occasion se présente : il saisit le capitaine Dronne au passage et il le lance, avec trois chars et trois sections sur half-tracks, vers le cœur de Paris. L'audace est payante : à 21 heures 22, Dronne arrive place de l'Hôtel de Ville, les cloches de la capitale sonnent à toute volée ; les Parisiens frémissent. Le lendemain 25, c'est le coup de grâce : la 2e DB entre dans la ville, s'empare du gouverneur allemand et réduit au silence tous les centres de résistance. Près d'une centaine des nôtres, souvent des Parisiens d'ailleurs, trouvent la mort dans ces opérations toujours sanglantes ; mais, dans les rues, quelle joie, quel soulagement ! Les groupes de résistance, qui se battaient depuis près de huit jours à un contre dix, soupirent et fêtent ces soldats français providentiels que Paris attendait depuis quatre ans sans trop y croire.

Après dix jours consacrés à remettre en état les quatre mille véhicules, à recompléter les rangs, à prendre un repos et une détente bien mérités aussi, le 8 septembre la Division reprend la route. Pas un homme ne manque au départ : qu'on y songe en pensant à ceux, nombreux, qui, absents depuis deux, trois ou quatre ans, auraient pu estimer pouvoir céder leur place à d'autres... La direction est l'est, bien sûr. La 2e DB retrouve sa place dans le dispositif américain avec le XVe Corps et, dès la Marne franchie, elle aborde l'ennemi, Il faut se battre, sévèrement, à Andelot, puis, entre Meuse et Moselle, à Contrexéville, Vittel, et surtout Dompaire où les sous-groupements Minjonnet et Massu rencontrent une Panzerbrigade toute fraîche, équipée de chars neufs, lancée en contre-attaque. En même temps, plus au nord, le mouvement en avant s'est poursuivi et, dans la matinée du 15, le sous-groupement La Horie franchit la Moselle à Châtel. Nos éléments y subissent une nouvelle contre-attaque, la déjouent de nouveau, s'avancent jusqu'à la Mortagne de Doncières à Moyen, passent la Meurthe de vive force le 22 dans la région de Flin et, finalement, s'arrêtent, sur ordre, dans la forêt de Mondon, au sud de Lunéville. Un répit est nécessaire pour que les Forces alliées se regroupent avant d'aborder les Vosges, pour que les ravitaillements suivent, pour qu'hommes et véhicules se reconstituent après une chevauchée de quinze jours riche en péripéties.

Pendant tout le mois d'octobre, donc, la 2e DB s'immobilise. Si elle cesse d'avancer, elle ne cesse pas de se battre contre un ennemi qui reste actif et qui harcèle nos postes.

Minutieusement montée, mettant en œuvre six sous-groupements dont chaque temps est réglé, l'attaque de Baccarat menée de main de maître réussit au moindre prix : elle sera plus tard comparée à un menuet du Grand Siècle. Puis, derrière le gros du XVe Corps américain qui se heurte à la ligne de défense que les Allemands ont pu réaliser au pied des Vosges, les escadrons de reconnaissance du 1er Régiment de marche des spahis marocains guettent la première percée : elle se produit les 15 et 16 novembre. Leclerc y engouffre aussitôt ses moyens et, dès lors, la course commence. Au nord, le groupement Dio vise Saverne en franchissant les Vosges, soit par le col de Saverne, soit par la Petite-Pierre. Au sud, le groupement de Langlade, profitant de la chute de Badonviller obtenue le 17 par le sous-groupement du lieutenant-colonel de La Horie — qui y trouve la mort —, passe la crête du Dabo ; le groupement V, du colonel de Guillebon le suivra et, en plaine, tout le monde convergera vers Strasbourg.

Trois ans et huit mois après Koufra, le serment est ainsi tenu. Retrouvant son vieux compagnon sous les dorures du Kaiserpalast encore soumis aux tirs de l'artillerie allemande, Leclerc peut lui dire : « Hein, mon vieux Dio ! On y est, cette fois ! Maintenant, on peut tous crever ! ».

La guerre pourtant n'est pas finie et l'Alsace, pendant plus de deux mois, va demeurer le champ d'action et le souci de la 2e DB. L’ennemi organise ce qui devient la « poche de Colmar ». L'hiver 1944-1945 est particulièrement rude, nos hommes, nos blindés peinent souvent dans la boue, dans la neige. Entre Noël et le 1er janvier, la contre-offensive allemande des Ardennes oblige le commandement allié à envoyer la 2e DB au nord des Vosges. Aussi est-ce avec beaucoup de rage que les nôtres, unissant leurs efforts à ceux des unités françaises venant du sud, portent leurs coups aux dernières résistances allemandes qui cernent encore Colmar. De sévères combats se livrent, sous un climat cruel, sur un terrain particulièrement difficile : ils culminent à Grussenheim où, le 28 janvier, s'illustre une fois de plus le 501e Régiment de chars de combat, où tombe aussi le lieutenant-colonel Putz, figure de proue du Régiment de marche du Tchad dont il commandait le 3e Bataillon.

Ces opérations achevées, Colmar libéré, le sol national n'était pourtant pas encore totalement débarrassé de toute présence ennemie. Des garnisons allemandes subsistaient sur nos côtes atlantiques, notamment à La Rochelle et à Royan. Pour les anéantir, le général de Gaulle choisit la 2e DB et, du 15 au 17 avril 1945, donnant la main aux vaillantes unités des Forces françaises de l'Intérieur qui ont tenu ce front depuis l'été 1944, nos chars et notre artillerie se donnent à fond près de l'estuaire de la Gironde.

Il n'est alors que temps de repartir vers l'est pour être présent aux dernières opérations de la guerre en Europe. Les premières colonnes, parties le 23 avril de Royan, franchissent le Danube le 29. Ainsi allons-nous pouvoir jouer notre rôle aux côtés des Alliés ; ainsi, le 4 mai au soir, est-ce l'avant-garde du Groupement V qui pénètre la première dans Berchtesgaden, qui met en fuite les derniers défenseurs de la demeure favorite du Führer, le Berghof. A ce moment, les derniers éléments de la 2e DB n'ont pas encore quitté la France, mais d'un bout à l'autre de la colonne, quelle fierté !

 

Paul Casta.

Paul Casta nait le 23 avril 1926 à Urbalacone, dans le département de Corse-du-Sud. Engagé volontaire le 10 septembre 1943 à Djidelli (secteur de Constantine), il rejoint le 2e RMT (Régiment de Marche du Tchad) et sa 5e compagnie. Le régiment dépend du sous-groupement du lieutenant-colonel Jacques Massu (Groupement Tactique Langlade). Après le transfert de la division en Angleterre, il débarque en France le 4 août 1944.

Il prend une part active aux combats qui se déroulent en Normandie. Nommé soldat de 1ère classe le 16 août, Paul Casta est cité à l’ordre de la Division le 20 août. Quatre jours plus tard, il combat au Pont de Sèvres. Il est de ceux qui ont reçu l’ordre d’une manœuvre de diversion ayant pour axe : Dampierre, Chevreux, Toussus-le-Noble, Jouy-en-Josas, bois de Meudon et Pont de Sèvres.

Au cours des combats du Pont du Sèvres, dans la nuit du 24 au 25 août 1944, alors que l’ennemi pénètre les positions de la section, Paul Casta est mortellement atteint. Il s’était lancé dans une contre-attaque à la grenade. Son décès est constaté à l’hôpital des Petits Ménages (Corentin Celton) à Issy. Il est inhumé dans un carré militaire du cimetière communal avec les honneurs militaires.

A titre posthume, Paul Casta sera cité à l’ordre de la Division, recevra la Médaille militaire et son nom sera inscrit au Livre d’Or de la 2e Division Blindée.

Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

Sources :

  • Texte du général Philippe Duplay, La 2e DB de Doula à Berchtesgaden, Revue L’Espoir, n°107, 1996.
  • Biographie de Paul Casta par l’Amicale d’Antibes-Vence-Cannes de la 2e DB avec le concours de la Fondation de la France Libre.
  • Site du Ministère de la Défense pour la photographie de l’arrivée de la 2e DB dans Paris.

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Publié le 14 Avril 2017

Cadet de Saumur - Promotion 1936.

Cadet de Saumur - Promotion 1936.

Né le 15 juillet 1912, il perd son père Mort pour la France durant la Première Guerre mondiale alors qu'il a à peine quatre ans. Marqué par ce sacrifice glorieux au service de la Patrie, il n'hésite pas à préparer Saint-Cyr où il devient un brillant élève de la promotion «Roi Alexandre 1er» (1934-1936).

 

Engagé en Lorraine avec son régiment dès 1939, il reçoit très vite le baptême du feu. Puis il se distingue sur la Loire, à la tête des «Cadets de Saumur», n'hésitant pas à attaquer à pied deux chars ennemis; grièvement blessé il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur à titre exceptionnel. Après avoir été instructeur à l'Ecole spéciale Militaire à Aix-en-Provence, il est mis en congé d'armistice où il entre dans la Résistance. Il est arrêté par les Allemands en 1943 mais réussit à s'évader et rejoint l'Afrique du Nord après un audacieux périple à travers la France, l'Espagne et le Portugal.

 

Placé à la tête d'un escadron du 3e Régiment de Spahis Marocains il participe brillamment à la campagne d'Italie où il fait preuve de magnifiques qualités de soldat et de chef. A la tête d'un groupement blindé, il se révèle un entraîneur d'hommes hors pair, forçant l'admiration des troupes françaises et alliées qui combattaient à ses côtés. Blessé grièvement à deux reprises il est promu officier de la Légion d'honneur à 32 ans.

 

A l'issue de la guerre il rejoint Saumur comme instructeur et est admis à l'école supérieure de guerre. Il sert alors dans des états-majors de rangs élevés à Paris puis en Allemagne. En 1956, il prend le commandement du 6e Régiment de Spahis Marocains en Algérie entraînant ses hommes avec un allant exceptionnel.

 

Affecté à Washington dans un organisme interallié, il est nommé général et se voit confier ensuite le commandement de la 7e brigade mécanisée expérimentant les structures interarmes. Commandant l'Ecole de Cavalerie de Saumur de 1965 à 1968, il va lui insuffler un esprit novateur et imaginatif inculquant à ses cadres et élèves la rigueur, la distinction et le panache. Investi du commandement du 1er Corps d'Armée à Nancy puis de la 6s Région Militaire à Metz, il aborde «avec une grande largeur de vue et une fertile imagination les questions humaines, tactiques et stratégiques».

 

Admis dans la 2e section du cadre des officiers généraux en 1973, il est nommé gouverneur des Invalides. Dans cette dernière action il va œuvrer pendant plus de vingt ans pour que l'Institution Nationale des Invalides soit digne de ses pensionnaires, payant lui-même de sa personne en entourant fraternellement et chrétiennement les hommes brisés de la guerre, méritant ainsi le surnom respectueux d'«Archange Gabriel».

 

Longtemps isséen, le général d'armée Gabriel de Galbert, Grand'Croix de la Légion d'Honneur meurt le 2 février 2001 à Arradon (Morbihan) dans sa 89e année.

 

 

 

 

Sources :

 

 

 

 

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Publié le 11 Avril 2017

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

La ville de Paris souhaite rejeter à l’extérieur de son territoire le terrain de manœuvres du champ de Mars. En 1889, elle saisit l’occasion offerte par l’Exposition Universelle, et annonce son désir de conserver un certain nombre de monuments, dont la Tour Eiffel. Elle acquiert alors des terrains à Issy qu’elle échange ensuite avec l’Armée. Le 31 décembre 1891, les militaires s’installent sur la commune d’Issy-les-Moulineaux et l’Armée devient le plus gros propriétaire foncier.

 

Les militaires louent leurs terrains aux premiers « avionneurs » qui cherchent un espace pour leurs essais. Très vite, la vocation de la plaine s’affirme autour du champ de manœuvres : elle devient au début du XXe siècle le principal lieu d’implantation des industries aéronautiques.

 

A Issy-les-Moulineaux, les frères Charles et Gabriel Voisin s’installent en 1907 en bordure du champ de manœuvres afin d’effectuer facilement leurs essais. Après le décès accidentel d’Edouard Nieuport, pilote chevronné installé à Suresnes, Henri Deutsch de la Meurthe décide le transfert de l’entreprise à proximité des établissements Voisin à Issy. Les frères Caudron créent une école de pilotage et s’installent dans un atelier à l’intersection des rues Rouget de Lisle et Camille Desmoulins.

 

Qualifié par tous les historiens de « Berceau de l’aviation mondiale » le terrain d’Issy-les-Moulineaux voit son histoire débuter fortuitement pendant l’année 1905 alors qu’il se trouve remarqué par quelques fanatiques de l’aviation naissante.

 

Usant de ses relations, Ernest Archdeacon, mécène passionné, obtient l’autorisation d’utiliser ce terrain sous certaines conditions qui revêtent très rapidement un caractère dissuasif pour nos pionniers. Parmi les contraintes imposées par l’autorité militaire, maîtresse du lieu, figure l’obligation de mener les essais de 4 à 6 heures du matin.

 

Toutefois, la phase de l’aviation inaugurée à Issy-les-Moulineaux semble la plus pure de toute l’histoire de cette science : intuition et expérimentation vont de paire avec imagination créatrice. Il est intéressant de constater par exemple que Farman, Voisin, Delagrange ont tous trois étudiés aux Beaux-Arts. Ces pionniers sont en même temps les inventeurs, les ingénieurs et les pilotes d’essai des machines qu’ils mettent sur pied.

 

Au fil du temps et des courses aériennes organisées, le nouveau terrain d’aviation attire les foules de curieux. Celles-ci envahissent le terrain ou se hissent sur les toits pour profiter du spectacle. De simples hangars, puis de véritables ateliers - qui deviendront les entreprises Voisin, Caudron… - s’installent autour du champ d’aviation, faisant de ce quartier le quartier de l’aviation, dont aujourd’hui les noms de rues évoquent encore le passé glorieux.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 1 Avril 2017

La Coloniale.

Les Troupes coloniales apparurent en 1900, lorsque l’ensemble des troupes terrestres dépendant du ministère de la Marine, appelées troupes de marine (ou Marsouins, du nom de ces cétacés qui suivent les bateaux comme les soldats qui étaient à bord mais sans être des marins), furent transférées sous les ordres du ministère de la Guerre. Elles disparurent en 1958 lorsque, les colonies ayant acquis leur indépendance, la mission de ces troupes fut redéfinie. Elles reprirent alors le nom de troupes de marine, tout en restant dans l’armée de terre.

 

Les Troupes coloniales, dite « la Coloniale » qui dépendaient d’un seul état-major général, regroupaient deux grands types d’unités :

 

  • L’infanterie coloniale française et l’artillerie coloniale, entre 1900 et 1958, appelés « Coloniale blanche » et composés en majorité d’engagés métropolitains (un bon exemple étant les régiments de zouaves).
  • Les tirailleurs indigènes, hors Afrique du Nord (tirailleurs sénégalais – ou maliens ou nigériens ou burkinabais… –, tirailleurs malgaches, tirailleurs indochinois) formés de sujets français des colonies, commandés par des officiers français.

 

Historique.

Les troupes dites « coloniales » ou de « marine » furent créées en 1622 par le cardinal Richelieu sous le nom de « Compagnies ordinaires de la mer ». Embarquées à bord de navires, elles avaient différentes missions, dont les combats lors d’abordages, et étaient placées sous l’autorité du ministère de la Marine.

 

Les conquêtes coloniales incitèrent l’Etat à positionner des troupes à terre, de défense, de commerce, d’occupation… Vers le milieu du 19e siècle, les combats d’abordage n’existant plus, les troupes de marine restèrent à terre, à travers le monde.

 

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, la Division Bleue (comme la mer et comme certains des uniformes) réunit l’infanterie de marine et l’artillerie de marine (les « Marsouins » et les « Bigors » - nom qui leur vient du bigorneau qui s’accroche aux rochers comme les artilleurs s’accrochaient aux territoires qui leur étaient confiés). Après la guerre, elles participèrent à la conquête coloniale. Dès 1885, la Troisième république créa le 3e régiment de tirailleurs tonkinois, formés d’hommes venant d’Indochine.

 

La loi du 7 juillet 1900 fit de ces soldats des « Troupes coloniales ». Cinq années plus tard, l’effectif de l’armée coloniale stationnée dans la métropole était de 2.123 officiers et 26.581 hommes de troupe et l’effectif entretenu aux colonies était de 1.743 officiers, de 21.516 hommes de troupes européens et de 47.868 soldats indigènes.

 

La Première Guerre mondiale.

En 1914, à la veille de la Grande guerre, les troupes coloniales comptaient 102 bataillons et 39 batteries, dont 36 bataillons en métropole et 21 bataillons en Afrique du Nord. Dans ce total de 102, la « Force Noire » (les troupes issues de l’Afrique noire) représentait le quart. Ces unités étaient réparties en un corps d’armée en métropole et six groupes dans les colonies.

 

La fin de la Première Guerre mondiale fut marquée par une profonde réorganisation des Troupes coloniales. La pénurie de main d’œuvre due aux pertes effroyables consenties pendant cette guerre (1.355.000 morts et 3.595.000 blessés), expliquait en partie cette situation. Un ralentissement marqué du recrutement des jeunes engagés fut constaté. De plus, les rigueurs budgétaires imposées par l’effort de reconstruction, et l’absence de menace de la part de l’Allemagne vaincue, eurent raison d’une grande partie de l’infanterie française.

 

Les Troupes coloniales virent alors près de 80% des régiments qui la composaient dissous. Seuls subsistèrent en tant que régiments blancs, les 3e, 21e, 23e RIC en métropole, les 9e et 11e RIC en Indochine, le 16e RIC en Chine. Pour pallier cette carence, il fut alors décidé d’incorporer des soldats indigènes (Sénégalais, Malgaches et Indochinois). Tout comme les unités Nord-Africaines (Tirailleurs algériens, tunisiens, marocains), les RTS s’avérèrent plus économiques et plus dociles que les unités blanches.

 

C’est ainsi que Perpignan récupéra un régiment colonial, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais, régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérita des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur. La plus grande partie de l’effectif était désormais constituée par des soldats africains, communément appelés « Tirailleurs sénégalais » ou « soldats indigènes », tous originaires des diverses colonies de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Les soldats européens, en petit nombre, tenaient des emplois de spécialistes (transmissions, servant d’engins, secrétaires) et étaient destinés, en principe, aux pelotons d’élèves gradés, caporaux et sergents. Il n’en demeure pas moins que nombre « d’indigènes » devinrent eux-aussi des élèves gradés et des sous-officiers. Cette période de réorganisation puis, à partir de la réoccupation de la Rhénanie en mars 1936, de préparation au nouveau conflit mondial qui menaçait, fut vécue dans une atmosphère de recueillement, comme dans tous les corps de l’armée française, et les missions de temps de paix habituelles furent remplies avec entrain. En métropole, séjours annuels à Mont Louis en Cerdagne et au camp du Larzac, où l’on se rendait à pied. Au plan colonial, relève semestrielle des effectifs indigènes (le séjour des Sénégalais en France était en principe de trois ans), qui rythmaient l’activité du régiment basée sur l’instruction des contingents des recrues sénégalaises (renouvellement tous les six mois). Bien entendu, le service outre-mer des cadres avait repris régulièrement dès la fin de 1927, ainsi que les exercices de mobilisation, de plus en plus fréquents, avec une participation accrue de cadres de réserve destinés au 24e RTS et au 44e RICMS, son dérivé.

 

La Seconde Guerre mondiale.

En 1939, les troupes coloniales formaient environ un quart du total des forces françaises. Une bonne partie d’entre-elles resta basée dans les colonies. Lors de la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945, la France fit appel à son Empire et à ses troupes coloniales, notamment aux régiments de tirailleurs sénégalais. Là encore, il convient de ne pas oublier, parfois, la poursuite et le massacre systématique des soldats africains par les troupes allemandes pendant cette période.

 

Après la défaite de 1940, les coloniaux étant présents dans un Empire qui n’avait pas entièrement fait allégeance au maréchal Pétain et au régime de Vichy (l’Afrique Equatoriale Française par exemple) furent parmi les premiers à reprendre les armes. Un certain nombre rejoignit sans tarder le général de Gaulle à Londres. En Afrique, le général Leclerc et sa 2e division blindée, qui comptait parmi ses unités le régiment de marche du Tchad (RMT) et le 3e régiment d’artillerie coloniale (3e RAC), remonta depuis le fin fond du Tchad vers la Libye et la mer Méditerranée.

 

Les campagnes d’Erythrée, de Crète, de Tripolitaine, de Libye, du Levant virent s’illustrer les troupes coloniales. Il en fut de même avec la 1ère Division de la France Libre, le 1er régiment d’artillerie coloniale, le bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique. Ces mêmes troupes, renforcées d’unités européennes, prirent la direction de l’Italie (Monte Cassino) puis participèrent à la libération de l’île d’Elbe, la Corse et enfin la métropole.

 

Après 1945.

Bien entendu, après 1945, les troupes coloniales furent appelées à défendre l’Empire. Ce fut le cas pour l’Indochine (1945-1954) puis l’Algérie (1954-1962).

 

En 1967, les colonies ayant « vécus », l’armée de terre fusionna l’infanterie et l’artillerie coloniales au sein des troupes de marine. Comme un retour aux sources et aux appellations d’origine. A nouveau, sa mission consiste à mettre en place rapidement des moyens de défense et d’intervention dans des territoires géographiquement éloignés de la métropole et d’assurer une présence continue des forces françaises dans la France d’outre-mer, ainsi que dans certains pays alliés.

 

Traditions.

La fête des troupes de marine est célébrée à l’occasion de l’anniversaire des combats de Bazeilles, du nom de ce village qui fut quatre fois repris et abandonné sur ordre, les 31 août et 1er septembre 1870 (l’épisode le plus célèbre étant celui des « Dernières cartouches » magnifié par le peintre Alphonse de Neuville).

 

Leur devise est « Et qu’au nom de Dieu, vive la coloniale » : les Marsouins et les Bigors n’ont pas la prétention de prendre pour saint patron Dieu lui-même. Son origine est une action de grâce du bienheureux père Charles de Foucauld, missionnaire, voyant arriver à son secours les unités coloniales, un jour où il était en grande difficulté avec une tribu locale. Les coloniaux n’avaient pas hésité à franchir la frontière du Soudan français pour venir à son secours dans le Hoggar. Depuis, ce cri de guerre termine les cérémonies intimes qui font partie de la vie des unités des troupes de marine.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Larousse, Universalis, Wikipédia.
  • Soldats de la République Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente. France mai-juin 1940. Éditions L'Harmattan. Paris décembre 2010.
  • Ministère de la guerre, Revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • Ministère des forces armées ; Ministre de la France d'outre-mer, Tropiques: revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • L'Armée d'Afrique, Alger, Éditions Aumeran, mensuel.
  • Ned Noll, Histoire de l'armée coloniale, Paris: Berger-Levrault, 1896.
  • Ferdinand Burot; Maximilien Albert Henri André Legrand, Les troupes coloniales, Paris, Baillière, 1897-98.
  • Les Troupes de marine 1622-1984, Paris: Charles-Lavauzelle, 1991.
  • Robert Hure, L'Armée d'Afrique: 1830-1962, Paris: Charles-Lavauzelle, 1977.
  • Olivier, capitaine, Les troupes noires de l'Afrique orientale française, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1903.

 

 

 

Voici, dans l’album de photographies ci-dessous, des images des troupes coloniales, dont principalement des affiches de propagande et d’enrôlement.

 

La Coloniale.
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Publié le 26 Mars 2017

Le carré militaire français de Kobé, au Japon.

La nécropole de Shuhogahara à Kobé est gérée par les services du consulat général de France à Osaka-Kobé. Elle abrite, depuis 1868, les dépouilles de 40 membres du corps expéditionnaire de 1864.

 

A partir du milieu du XIXème siècle, le Japon, à la suite de la Chine, doit accepter d'ouvrir sa mer intérieure afin de nouer des relations commerciales avec les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Prusse, les Pays-Bas, le Portugal et la France.

 

Ces nouveaux venus sur le marché japonais inquiètent la population, renforçant le parti nationaliste face au régime du shôgunat.

 

Les actes d'hostilité se manifestent dès le mois de septembre 1862 avec l'assassinat du négociant britannique Richardson. Le 25 juin 1863, les batteries côtières de Shôshû font feu sur le "Pembroke", bâtiment américain, alors qu'il franchit le détroit de Shimonoseki. Le 7 juillet, l'aviso "Kien-chan", de la marine française, subit les mêmes attaques.

 

Le 20 juillet 1863, l'Amiral Jaurès, à la tête du "Tancrède" et du "Sémiramis" bombarde les batteries du détroit de Shimonoseki, débarque un régiment de 250 hommes, et fait incendier deux villages. Le 15 août, l'Amiral Kuper fait bombarder Kogashima par la Royal Navy en représailles de l'assassinat de Richardson.

 

La mer intérieure japonaise reste interdite cependant aux occidentaux. Des négociations s'ouvrent au mois d'août à Paris et le 20, le Japon s'engage à ouvrir le détroit de Shimonoseki. Le Shogun se récuse cependant cinq jours plus tard. Le Shogun décrète le 30 septembre l'expulsion des étrangers et la fermeture du détroit de Yokohama.

 

Les occidentaux lancent alors une expédition composée de neuf bâtiments britanniques, quatre navires néerlandais, trois français - le "Tancrède", le "Sémiramis" et la frégate "Dupleix", et un américain. La flotte se concentre le 4 septembre en face d'Hiroshima et se lance à l'attaque des forts du détroit de Shimonoseki les 5, 6 et 7 septembre 1864. Le 8, le Shogun se soumet et, le 22 octobre, les détroits japonais sont définitivement ouverts. Treize hommes seront tués lors de cet engagement.

 

En 1868, une nécropole de 80 m2 est réalisée au lieu de Futatabi, sur le territoire de Kobé. Elle se compose d'un carré où reposent 29 marins et officiers de Marine décédés pendant ces années de lutte, et d'un monument commémoratif élevé à la mémoire des victimes du massacre de Sakai et des onze marins blessés ou tués à bord du "Dupleix".

 

Le site est entretenu par le Consulat général de France à Osaka-Kobé, grâce à la dotation budgétaire annuelle octroyée par le ministère de la défense.

 

 

 

Sources.

 

  • Souvenir Français – Délégation de Chine / Asie.
  • Site web de cette délégation : www.souvenir-francais-asie.com
  • Encyclopédies Larousse, Hachette, Wikipédia.
  • Site Internet “Chemins de la Mémoire” du Ministère de la Défense.

 

 

Le carré militaire français de Kobé, au Japon.

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Publié le 14 Mars 2017

Les soldats américains débarquent en France.

Les soldats américains débarquent en France.

1917 aux Etats-Unis.

Le président Woodrow Wilson, ancien gouverneur de l’Etat du New Jersey, non loin de celui de New-York, a été élu pour un premier mandat le 5 novembre 1912. Il est réélu – de justesse – quatre années plus tard en 1916 sur le slogan suivant : « Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi ». En dépit de relations particulièrement détériorées avec le Reich allemand, les Etats-Unis cherchent à être fidèles à une politique qu’ils suivent depuis près d’un siècle : l’isolationnisme. En effet, en 1823, le président américain Monroe a présenté sa conception de la politique étrangère : que les Etats-Unis n’interviennent pas dans les affaires de l’Europe comme les puissances européennes ne doivent pas intervenir dans celles des Amériques.

 

Tout au long du siècle écoulé, les Etats-Unis ont eu pour but premier de se constituer un vaste territoire géographique et économique. Ils ont dû par la suite affronter une guerre civile – la Guerre de Sécession – particulièrement meurtrière et destructrice.

 

Aussi, n’est-il pas question d’interférer dans ce conflit mondial, mais principalement européen. En janvier 1917, le président Wilson propose qu’il soit mis fin à la guerre en plaidant pour une paix sans vainqueurs. Wilson sait ce que les Etats-Unis doivent à la France pendant la Guerre d’indépendance ; il sait aussi que les Allemands cherchent par tous les moyens à les entraîner dans la guerre (torpillage du Lusitania, ce paquebot anglais où vont périr plus d’un millier de personnes dont près de 200 Américains).

 

Peu à peu, la bonne conscience américaine de neutralité se lézarde. La population n’est pas insensible à des appels d’écrivains, comme Blaise Cendrars, ou de personnalités ayant pour mot d’ordre : « Quand l’Amérique a eu besoin de la France, celle-ci est intervenue. Aujourd’hui, la France a besoin de l’Amérique ! ». Cette même Amérique qui se passionne pour les exploits de jeunes compatriotes qui combattent dans l’aviation française, sous les couleurs de l’Escadrille Lafayette. D’autres jeunes américains – c’est moins connu – s’engagent dans la Légion étrangère (tel le poète Alan Seeger), seule arme pouvant les accueillir, puisque les Etats-Unis ne sont pas en guerre.

 

L’escalade est là : en février 1917, les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l’Empire allemand. Depuis l’affaire du Lusitania en décembre 1915 et après la décision de l’Allemagne de couler tous les bateaux voguant sur l’Atlantique, la situation n’est plus tenable. L’opinion américaine est prête pour la guerre.

 

En avril, Wilson fait un discours au congrès pour demander une déclaration de guerre à l’Allemagne ; demande acceptée le 6 de ce même mois. Le lendemain, le Panama et Cuba déclarent la guerre à l’Allemagne. La Bolivie, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, le Pérou, l’Uruguay, la république dominicaine et l’Equateur rompent leurs relations diplomatiques avec cette même Allemagne. Cela traduit bien d’ailleurs le rôle des Etats-Unis dans sa zone d’influence.

 

L’arrivée des troupes américaines en France.

Le 3 mai, le corps expéditionnaire est constitué. Les hommes se rassemblent dans les ports d’embarquement, dont Norfolk dans l’Etat de Virginie. Les premiers soldats débarquent à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917. A leur tête se trouve le général John Pershing. Il est accompagné d’un lieutenant qui deviendra célèbre quelques années plus tard : Patton !

 

Extrait du Journal l’Illustration : « Avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l’Ouest américain, ils apportaient une note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre ».

 

Pershing multiplie les rencontres officielles durant les semaines qui suivent. Le 28 juin, il assiste, à Saint-Nazaire à l’arrivée de la 1ère division d’infanterie US. Le 4 juillet, jour de fête nationale américaine, il se recueille sur la tombe du marquis de La Fayette au cimetière de Picpus à Paris. C’est à cette occasion que le colonel Stanton lance la phrase devenue célèbre : « La Fayette, nous voilà ! » qui déchaîne l’enthousiasme de la foule massée aux abords du cimetière.

 

Le 21 août, il inspecte les troupes avec le général Pétain. Les consignes du président Wilson sont très claires. L’armée américaine doit restée indépendante. Elle est formée par l’armée française, mais en aucun cas, ses troupes ne doivent être « amalgamées » aux unités françaises.

 

Le déploiement des troupes et les engagements.

Pour amener en moins de 18 mois plus de deux millions de soldats, des tonnes de matériels, de munitions, d’armes, de ravitaillement de toutes sortes, les Américains vont créer en France des camps, des ports et des gares. C’est là qu’arrivent, le 26 juin 1917, les premiers bâtiments d’un convoi parti de New York qui amène 14.750 hommes. Le 9 août, une deuxième base américaine est créée à Bassens, en Gironde, puis en septembre, des travaux d’aménagement commencent à Pontanézen, près de Brest, pour la construction d’une véritable ville qui va accueillir 70.000 militaires américains en transit avant de monter au front. A Bassens, les Américains créent un port artificiel capable de recevoir et de décharger vingt navires à la fois.

 

Bientôt, ils relient chacun de leurs ports et de leurs camps par des voies de chemin de fer qui vont jusqu’à l’Ile-sur-Tille (Côte d’Or) en passant par Bourges et par Tours. A Gièvres (Loir-et-Cher), une immense gare régulatrice est installée. Elle comprend deux gares de triage, avec 145 hectares de stockage, un dépôt pétrolier, une usine frigorifique, un arsenal pour les munitions, un atelier de 200 locomotives… En novembre 1918, le personnel américain du chemin de fer s’élève à plus de 30.400 agents pour un parc de 14.000 wagons et de 1.380 locomotives.

 

Le rythme des débarquements de troupes s’accélère et de 78.000 « Sammies » (les soldats de « l’Oncle Sam ») présents au début du mois de novembre, le corps expéditionnaire américain compte près de 150.000 hommes sur le sol de France au 31 décembre. Un an plus tard, ils seront deux millions.

 

L’année 1917 voit ainsi la mise en place de la machine de guerre des Etats-Unis qui, pour la première fois, interviennent dans un conflit à l’échelle mondiale et s’imposent comme une grande puissance.

 

Les combats.

En novembre 1917 a lieu le premier engagement des troupes américaines. Il se déroule dans la région de Lunéville. En avril, les Américains combattent près de Saint-Mihiel, au sud-est de Verdun. Le 28 mai 1918, un régiment de la 1ère DIUS est engagé dans la bataille de Cantigny (région de Montdidier). Au prix de lourdes pertes, il tient le village de Cantigny conquis sur la 18e armée allemande. C’est une première consécration de la valeur des troupes américaines.

 

En juin suivant, les troupes combattent victorieusement à Château-Thierry puis au Bois-Belleau. Les pertes sont élevées parmi les 2e et 3e DIUS. Mais elles tiennent !

 

A l’automne 1918, les Américains sont de l’offensive Meuse-Argonne. Le général Pétain confie aux troupes du général Pershing la réduction du saillant de Saint-Mihiel. Le 14 septembre 1918, les Américains sont à Fresnes-en-Woëvre : les Eparges ne sont plus aux mains des Allemands qui perdent en moins de deux jours tout le terrain conquis en septembre 1914 ainsi que 13.200 prisonniers et 460 canons. Quelques semaines plus tard, sous les coups de butoir des armées française et américaine, les Allemands sont repoussés au nord du département de la Meuse.

 

Le maréchal Foch prépare une nouvelle offensive. Elle doit conduire l’armée française vers le sud de l’Allemagne. Quant aux DIUS, elles doivent prendre Metz et la Lorraine. Mais ce plan ne se déroulera jamais. Le 11 novembre, l’armistice est signé.

 

L’aide américaine.

L’aide américaine n’a pas été que militaire. D’abord, des millions de colis sont envoyés depuis les Etats-Unis pour les soldats des DIUS, mais pas uniquement : ces colis s’adressent à tous les soldats et aux populations civiles. Par ailleurs, des dons affluent à l’ambassade de France à Washington. Des vêtements, des aliments, des pansements, du tabac, des cadeaux de Noël sont offerts pour les enfants. Des nombreuses associations se mobilisent dans ce sens.

 

Des volontaires des services médicaux, médecins et personnels spécialisés se regroupent au sein de l’Ambulance américaine de Paris qui s’organise très rapidement autour de l’Hôpital américain de Neuilly. De son côté, l’American Volunteer Motor Ambulance, créé par Richard Norton, un ancien d’Harvard, transporte des milliers de blessés. Cette initiative est bientôt rejointe par l’Ambulance Field Service et par l’American Red Cross. De nombreux ambulanciers sont des hommes célèbres, à commencer par Ernest Hemingway.

 

L’aide américaine est aussi visible dans les hôpitaux où les dernières avancées de la recherche outre-Atlantique sont déployées et testées.

 

Un bilan.

Au cours de son engagement dans la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis ont perdu 117.000 hommes, répartis ainsi : 53.400 tués au combat et 63.115 morts accidentelles ou de maladies (la grippe espagnole ayant fait des ravages). Ils ont eu 206.000 blessés.

 

Puis, pendant les années 1920, le War Departement réalise en France de vastes cimetières et d’impressionnants mémoriaux. L’entretien, la garde et la pérennité des nécropoles et des monuments fédéraux sont confiés à l’American Battle Monument Commission, créée en 1923 et dont le premier président est le général Pershing. A proximité des lieux mêmes des combats ou des lieux de leur installation, les Américains érigent des monuments imposants, notamment la Colonne commémorative de Montfaucon et le Mémorial de Montsec dans la Meuse et la Colonne de Fismes dans la Marne. Beaucoup d’entre eux sont endommagés durant la Seconde Guerre mondiale et reconstruits par la suite. Sur le territoire français, six nécropoles recueillent les corps de 30.066 Américains dont 1.586 inconnus : Aisne-Marne à Belleau et Oise-Aisne à Fère-en-Tardenois (Aisne), Meuse-Argonne à Romagne-sous-Montfaucon (Meuse), Saint-Mihiel à Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle), Somme à Bony (Somme). Les 1.541 Américains décédés à l’hôpital de Neuilly reposent dans la nécropole de Suresnes.

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
  • Yves-Henri Nouailhat, France et Etats-Unis, août 1914-avril 1917, La Sorbonne, 1979.
  • Jacques Pernet, l’Armée américaine en France, Alan Sutton, 2007.
  • Collectif, La Fayette nous voilà, Editions Italiques, 2008.
  • Nadine Bonnefoi, Les Chemins de la Mémoire, n°168, Janvier 2007.
  • Site du Centenaire : www.centenaire.org

 

 

 

Au cimetière de Picpus, le 4 juillet 1917.

Au cimetière de Picpus, le 4 juillet 1917.

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Publié le 12 Mars 2017

L'Empire colonial français.

L’Empire colonial français était l’ensemble des colonies, protectorats, territoires sous mandat et territoires sous tutelle gouvernés ou administrés par la France. Commencé au 16e siècle, il a connu une évolution très contrastée selon les époques, aussi bien par son étendue que par sa population ou sa richesse. Les possessions coloniales ont connu différents statuts et modes d’exploitation, des colonies antillaises esclavagistes du 17e siècle et du 18e siècle à l’Algérie française, partie intégrante de la France à certaines périodes, en passant par les protectorats de Tunisie et du Maroc et les territoires sous mandat de Syrie et du Liban.

On distingue généralement deux périodes concernant les empires coloniaux français, le pivot étant la période couvrant la Révolution et l’époque napoléonienne au cours de laquelle la France perdit les derniers restes de sa première aventure coloniale.

Le premier espace colonial, constitué à partir du 16e siècle comprend des territoires nord-américains, quelques îles des Antilles, les Mascareignes et des établissements en Inde et en Afrique. Le 1er empire colonial s’étendait sur 8.013.624 km². La Guerre de Sept Ans, qui mit un frein aux ambitions coloniales de la France, se solda par la perte de la majorité des territoires nord-américains et en Inde à l’exception de quelques comptoirs (Yanaon, Pondichéry, Mahé, Karikal, Chandernagor). Il survit malgré tout et connaît une certaine prospérité grâce aux exportations antillaises (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe) de café et surtout de sucre entre 1763 et la fin des années 1780. Il s’effondre brutalement dans la décennie suivante avant de disparaître presque entièrement durant l’époque napoléonienne.

Le second empire colonial, constitué à partir des années 1830, se compose principalement de régions d’Afrique acquises à partir des anciens comptoirs, mais aussi d’Asie (Indochine) et d’Océanie (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides). Ce second empire colonial fut au cours de la seconde moitié du 19e siècle et au 20e siècle le deuxième plus vaste du monde, derrière l’Empire colonial britannique. Présent sur tous les continents, il s’étendait, à son apogée, de 1919 à 1939, sur 12.347.000 km². En incluant la France métropolitaine, les terres sous souveraineté française atteignaient ainsi la superficie de près de 13 millions de km², soit près d’1/10 de la surface de la Terre, abritant une population de 110 millions d’habitants à la veille de la Seconde guerre mondiale, soit 5 % de la population mondiale de l’époque.

Aujourd’hui, les restes de ce large empire colonial constituent la France d’outre-mer (ou DOM-TOM), une douzaine de territoires insulaires dans l’Atlantique, les Antilles, l’océan Indien, le Pacifique Sud, au large de l’Antarctique, ainsi que la Guyane sur la côte nord de l’Amérique du Sud, pour une superficie émergée totale de 119.394 km², soit à peine 1% de la superficie de l’empire colonial à son apogée entre les deux guerres mondiales. D’une faible superficie émergée, ces DOM-TOM permettent toutefois à la France de revendiquer la 2e plus grande zone économique exclusive (ZEE) au monde, couvrant 11.035.000 km² d’océans, juste derrière celle des Etats-Unis.

Ainsi, au cours du 20ème siècle, la France va perdre peu à peu la majeure partie de ses colonies. Dans des accords signés entre parties, comme la loi-cadre Defferre qui ouvre la porte à l’indépendance des pays d’Afrique sous domination française, mais aussi dans des conflits comme l’Indochine (1945-1954) et l’Algérie (1954-1962). Des centaines de milliers de jeunes français ont connu ces guerres de décolonisation. Ils ont aujourd’hui environ 75 ans pour les plus jeunes.

 

Photographies :

 

Les photographies ci-dessous présentent des cartes et des images de l’Empire colonial français.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Larousse, Universalis, Wikipédia.
  • Ministère des forces armées ; Ministre de la France d'outre-mer, Tropiques: revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • L'Armée d'Afrique, Alger, Éditions Aumeran, mensuel.
  • Ferdinand Burot; Maximilien Albert Henri André Legrand, Les troupes coloniales, Paris, Baillière, 1897-98.
  • Les Troupes de marine 1622-1984, Paris: Charles-Lavauzelle, 1991.
  • Robert Hure, L'Armée d'Afrique: 1830-1962, Paris: Charles-Lavauzelle, 1977.

 

L'Empire colonial français.
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