Souvenir Français


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Président d'Honneur : général Roland GLAVANY -
Président : Frédéric RIGNAULT - 
10, avenue Bourgain 92130 ISSY LES MOULINEAUX
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Cotisation 2009 : 10 € à envoyer à l'adresse ci-dessus.

Missions

- Conservation de la mémoire de celles et ceux qui sont Morts pour la France.
- Entretien des tombes et monuments élevés à leur mémoire.
- Transmission aux générations successives des valeurs de la République.

Devoir de Mémoire

"On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le coeur consolé de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois." (Roland Dorgelès, "Les Croix de Bois").

Droits

Les textes publiés sont la propriété du Souvenir Français - Comité d'Issy-les-Moulineaux, sauf mention contraire. Ils sont protégés par les textes de loi du Code de la propriété intellectuelle.

Mémoire des Hommes

Rendez-vous sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr et retrouvez vos aieux Morts pour la France. Sur ce site, sont répertoriés tous les soldats morts aux cours des conflits 1914-1918, 1939-1945, Indochine et Algérie.

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  • Francois Berquez, Mort pour la France en 1916.jpg
Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 10:53

 

Fougerat


Au cœur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux se trouve la tombe d’un jeune marin : André Fougerat, mort à l’âge de 22 ans, le 3 juillet 1940, lors de la tragédie de Mers El-Kébir.


 

 

Les circonstances.

 

 

« Ce fut une décision odieuse, la plus inhumaine, la plus pénible de toutes celles que je n’aie jamais eu à partager » a écrit Winston Churchill, alors Premier ministre anglais.

 

En rade de Mers El-Kébir près d’Oran, ce matin du 3 juillet 1940 doit commencer le désarmement de l’escadre de Méditerranée sous les ordres de l’amiral Darlan. Il s’agit des cuirassés Dunkerque, Provence, Bretagne, Strasbourg, le porte-avions Commandant Teste, ainsi que six contre-torpilleurs.

 

L’amiral Gensoul, commandant cette flotte, a prit pour navire amiral le cuirassé Dunkerque. Ce désarmement réjouit les marins qui voient la fin de la captivé pour leurs camarades. A 6h25, après le survol de la rade par un hydravion britannique, le Foxhound, destroyer anglais, demande l’autorisation d’entrer en rade. Alors, on devine à l’horizon l’escadre qu’il précède, composée du porte-avion Ark Royal, des cuirassés Resolution et Valiant, du croiseur de bataille Hood (qui sera coulé par le cuirassé géant  Bismarck  le 26 mai 1941) ainsi qu’une douzaine d’escorteurs.

 

Gensoul déclare : « Pas d’Anglais dans le port, cela pourrait être mal pris par la commission d’armistice » et refuse de recevoir le capitaine Holland de la Royal Navy. Celui-ci, par son entêtement, réussi à faire passer l’ultimatum de son supérieur, l’amiral Sommerville, qui comprend quatre possibilités :

 

-          Continuer le combat au coté des anglais.

-          Appareiller vers des ports britanniques avec équipages réduits.

-          Conduite de la flotte aux Antilles avec équipages réduits et sous escorte pour y être désarmés.

-          Sabordage dans un délai de six heures.

 

Après la capitulation de la France, le sort de sa flotte pose un problème crucial : si les Allemands s’en emparaient, ils pourraient combler les trous laissés par la campagne de Norvège. L’amirauté britannique n’a nullement l’intention de leur faire ce cadeau,  nonobstant les garanties données par les français. L’amiral Darlan, aux ordres du Gouvernement de Vichy, ayant donné aux commandants des navires le message suivant : « Quelques soient les ordres reçus ne jamais abandonner à l’ennemi un bâtiment intact ». Et Sommerville de conclure : « Si vous refusez une offre équitable j’ai ordre de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour empêcher vos navires de tomber entres des mains allemandes ou italiennes ».

 

Gensoul essaie de temporiser et répond qu’en aucun cas il ne livrerait la flotte aux Allemands.

 

A 9h55, le Dunkerque ordonne les dispositions de combat. Les avions britanniques mouillent des mines dans la passe, on repousse l’ultimatum de trois heures. 17h30 marque la fin de cet ultimatum. L’angoisse commence : « Ils ne tireront pas ! ».

 

17h55, quatre salves sont tirées par les anglais : « Ils ont osé, ordre d’appareiller, ouvrez le feu » ordonne Gensoul. Le combat est violent mais bref : « J’ai ouvert le feu à 17h54, et je l’ai stoppé à 18h04 » déclare Sommerville dans son rapport.

 

Le Strasbourg parvient à manœuvrer et s’enfuir vers Toulon (où il se s’abordera en 1942). Avec lui s’échappe le porte-avion Commandant Teste, cinq destroyer et les six croiseurs d’Alger. Le Bretagne, touché de plein fouet, s’embrase et coule, emportant avec lui 1.012 marins. Les avions torpilleurs de l’Ark Royal achèvent le Dunkerque, resté à quai ; le Provence est mit hors de combat, le Terre Neuve et l’aviso Rigault de Genouilly, ainsi que le remorqueur L’Esterel qui avait guidé le Foxhound dans la passe, sont coulés.

 

L’opération britannique baptisé « Opération catapulte » a causé la mort de 1.300 marins, en a blessé 350 en seulement dix obus tirés au but à une distance de 13000 m avec une redoutable efficacité et de torpilles larguées par les Sworld Fish de l’Ark Royal.

 

Gensoul regagne Vichy, Darlan le décore et le cite : « Ayant reçu un ultimatum odieux, a refusé d’y souscrire et a répondu à la force par la force ». Les marins français retirent alors les décorations britanniques qu’ils ont reçus lors de la première partie du conflit et celles qu’ils ont reçu pendant la Grande guerre.

 

 

Les conséquences.

 

Le capitaine Holland écœuré par cette lutte fratricide demande dès le 7 juillet 1940 à être relevé de son commandement, et se retrouve simple soldat.

 

Charles de Gaulle indique : « Pas un français qui n’ai apprit avec douleurs et colères que des navires français avaient coulés par des nos alliés. Cette décision n’est pas le résultat d’un glorieux combat »

 

Et Mers El-Kébir n’est qu’un élément de « l’Opération catapulte » dirigée contre la Marine française. Dans les ports anglais de Portsmouth, Plymouth, etc..., les équipages des bâtiments au mouillage sont arrêtés et internés dans des camps préparés d’avance et traités en prisonniers de guerre. Peu de marins rejoignent les Forces Navales Françaises Libres (FNFL). L’essentiel est rapatrié sur la base navale de Casablanca. La flotte de Méditerranée orientale est arraisonnée à Alexandrie par l’amiral Cunningham.

 

Quant à l’amiral Sommerville, il continue son opération à Casablanca. Mais, en septembre 1940, en compagnie de marins de la FNFL, il est mit en déroute devant Dakar, resté loyal au Gouvernement de Vichy. Cette situation ne durera qu’un temps. Déjà en août 1940, le général Leclerc est reçu en libérateur en Afrique Equatoriale Française ; le Sénégal, partie intégrante de l’Afrique Occidentale Française, se ralliera en novembre 1942 à la France Libre.

 

 

*Thierry Gandolfo est ancien sous-officier du 32ème régiment d’artillerie, conservateur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux et membre du bureau du Comité du Souvenir Français de cette commune.

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Seconde Guerre mondiale
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 21:58
166ri

Un régiment révolutionnaire.

 

En 1794, le gouvernement de la 1ère République française créé la 166ème demi-brigade de Bataille, ancêtre du 166ème régiment d’infanterie.

 

L’année suivante, sous le commandement du général Schérer puis du général Kellermann, l’unité participe à la Première Campagne d’Italie. Il s’agit pour la France d’aller combattre l’Autriche sur plusieurs fronts : le Main, le Danube et en Italie du nord. L’engagement dans cette région est confié au tout jeune général Bonaparte, avec les succès que l’on sait…

 

La demi-brigade prend part ensuite aux guerres de l’Empire. Beaucoup plus tard, en 1913, l’unité devient le 166ème régiment d’infanterie et établit ses quartiers dans la caserne Chevert à Verdun, dans la Meuse. Sa devise est : Je suis de Verdun. Régiment de forteresse, l’unité reçoit dans sa formation des bataillons des 132, 150, 151 et 154ème RI. Les soldats qui le composent sont donc originaires du nord et de l’est de la France auxquels sont ajoutés des Normands et des Parisiens. Le régiment de réserve porte le numéro 366.

 

 

Etre du Bourbonnais.

 

Commune du sud du département de l’Allier, dans l’arrondissement de Montluçon, aux confins du Bourbonnais et de l’Auvergne, Blomard est de ces petits villages qui représentent bien la France rurale du début du 20ème siècle, chère à l’historien Pierre Miquel, avec ses paysans, ses cafés et autres échoppes modestes, son église, son école et son instituteur, hussard noir de la République, et ses commerçants ambulants.

 

C’est là que le 21 septembre 1896 nait Ferdinand Pontet. Il a pour frères Albert et Louis. Ferdinand apprend le métier de maçon et « monte sur Paris », comme bon nombre de jeunes à la recherche d’un emploi et s’installe à Issy-les-Moulineaux, alors commune du département de la Seine.

 

 

La Première Guerre mondiale.

 

Un document exceptionnel (« Mon régiment ») a été retrouvé et numérisé par Monsieur Marc Terraillon en 2007. Il s’agit de l’histoire du 166ème régiment d’infanterie racontée par l’un de ses soldats pendant la Première Guerre mondiale. Le document a été publié à l’issue du conflit par l’imprimerie Berger-Levrault.

 

En août 1914, donc installé dans la caserne Chevert de Verdun, le 166 est placé en état d’alerte. Sa première mission consiste en une défense active du secteur de Verdun. Pour contrecarrer l’offensive allemande, le 166 est appelé sur le secteur de la ville d’Etain. C’est là, à la tête de ses hommes, que le chef de corps, le colonel Jacquot, est tué d’une balle en plein front, dès les premiers engagements.

 

Plusieurs combats se déroulent ensuite autour de le secteur d’Haudiomont. A la fin de l’année 1914, le régiment a déjà perdu 7 officiers, 22 sous-officiers et près de 300 soldats.

 

En mars et avril 1915, le 166ème RI participe aux attaques dans l’Argonne, sur la plaine marécageuse de la Woëvre. Le bilan est terrible : en octobre de la même année, le régiment est transporté à l’arrière pour se refaire. Près de 1.200 hommes manquent à l’appel.

 

En février de l’année suivante, le 166 est au cœur de la bataille de Verdun : « En dépit de la conjuration des éléments naturels et des inventions les plus meurtrières de la science humaine, nous tenons tête aux attaques réitérées des Allemands ». En septembre suivant, après une période de repos, il est transporté sur le front de la Somme et fait preuve, dès les premiers engagements, d’un courage inouï en repoussant des troupes du IIème Reich, bien souvent au prix de corps à corps sauvages.

 

1917 voit le 166ème régiment d’infanterie se battre dans la Somme à Bouchoir puis à Avocourt, avant d’être intégré à la IVème Armée et de passer en Champagne : « A la plus mauvaise époque de l’année, sur les positions où il faut, dans la boue et l’eau, tenir sans relâche au prix de souffrances héroïques, le régiment va subir presque à son arrivée en ligne, de furieuses attaques ».

 

Jusqu’en juin 1918, l’unité tient « avec zèle » (général Lebrun) son rang dans le secteur de Saint-Hilaire le Grand (département de la Marne).

 

 

Les combats de la Lys.

 

Le 166ème régiment d’infanterie est appelé à relever le 128ème RI le 17 octobre 1918, dans les Flandres belges, proche de la rivière de la Lys. La tâche du 166 consiste à enfoncer l’ennemi qui partout recule.

 

« Dans la nuit du 19 au 20 octobre, le bataillon Lecocq relève le bataillon Mazoyer. Gardant toujours le contact avec l'ennemi, et manœuvrant avec habileté et opiniâtreté, nos fractions avancées font tomber les résistances successives ; elles abordent maintenant l'obstacle principal : la Lys, rivière de 30 mètres de largeur et d'une profondeur uniforme de 3 à 4 mètres, aux bords encaissés, au courant assez rapide.

 

Il n'existe aucun gué, aucune passerelle à proximité. Une vieille barque découverte dans les décombres d'une maison est mise à l'eau, et le capitaine Lecocq, prêchant d'exemple, effectue le premier le passage, protégé par le feu de nos mitrailleuses qui combattent les mitrailleuses ennemies. Avec des moyens aussi précaires, le passage est long et difficile, ce n'est qu'au bout de deux heures que la compagnie Lacour, tête d'avant-garde, aura pu franchir le cours d'eau. Elle se déploie aussitôt et prend sous son feu la ligne avancée ennemie, de façon à permettre à la 4e compagnie du 43e B. T. S. (NB : bataillon de soutien) de passer à son tour. Le mouvement terminé, de concert, ces deux compagnies essaient de progresser, mais l'ennemi constatant la faiblesse de notre situation, déclenche une violente contre-attaque avec un effectif bien supérieur au nôtre, et par un violent bombardement de la rive ouest, empêche l'arrivée des renforts. Pendant plusieurs heures, l'adversaire est maintenu ; il renouvelle ses efforts et lance des troupes fraîches à l'attaque. Les ailes commencent à céder et nos pertes sont sensibles. L'ennemi arrive au corps à corps, la lutte est menée sauvagement des deux côtés, mais la supériorité numérique de celui-ci rejette dans la rivière la 4e compagnie sénégalaise.

 

La barque a coulé ; le centre de la compagnie Lacour, acculé à la rivière, se cramponne désespérément à la position, et, grâce à l'appui de nos mitrailleuses de la rive gauche, cause de telles pertes à l'ennemi, que celui-ci est contraint d'abandonner son projet et de se replier. La 5e compagnie organise alors une solide tête de pont, pendant que la section du génie construit avec les sacs Hébert une passerelle de fortune. Grâce à l'énergie, à la bravoure et à la ténacité du 166e, le débouché sur la rive droite de la Lys est conservé et la progression va pouvoir reprendre.

 

Le 21, la compagnie Charrois relève la compagnie Lacour, repousse énergiquement une nouvelle contre-attaque ennemie et, reprenant l'offensive, s'empare de la ferme Peereboon, capturant 27 Allemands. Le 23, le bataillon Anglaret remplace le bataillon Lecocq et, malgré les mitrailleuses ennemies, réussit par son ardeur et son mordant à gagner la route de Courtrai à Gand, objectif assigné au régiment. Le 25, le régiment est relevé par dépassement et porté sur la rive ouest de la Lys, où il reste en réserve de corps d'armée.

 

II avait perdu, au cours de cette brillante avance, 5 officiers et 242 hommes. »

 

Parmi ces 242 hommes, figure le soldat de 2ème classe, Ferdinand Jean Baptiste Pontet, de la classe 1916, matricule 10927 au 3ème Bureau du Recrutement de la Seine. « Tué à l’ennemi » est-il indiqué sur la fiche remplie par les services administratifs du 166ème RI.

 

Aujourd’hui, l’une des descendantes de Ferdinand Pontet habite Issy-les-Moulineaux. Il s’agit de sa petite-nièce, et qui n’est autre que Lucette Pontet, porte-drapeau depuis des années de la section de notre commune de l’association FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants Patriotes).

 

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Première Guerre mondiale
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 09:40

 

Parachutistes en Indochine




Le 11 janvier prochain, cela fera 58 ans que disparaissait le général Jean de Lattre de Tassigny, héros de la guerre d'Indochine. L'Indochine, c'était loin ; cela ne concernait que les militaires de carrière et c'était un temps où les Français étaient bien divisés sur le fait de conserver, ou pas, des colonies. Il a fallu attendre un film, en 1993, puis les témoignages se sont multipliés. Enfin, dans les années 2000, la République a reconnu cette guerre en une commémoration officielle. Retrouvez les héros de la guerre d'Indochine, quel que soit leur camp, et les images de ce qui fut "la Perle de l'Empire colonial français", dans l'album de photographies intitulé "007 - Indochine". N'oublions pas.

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Indochine
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 18:11
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Le Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux vous présente tous ses meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Administration
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /2009 22:06



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Le Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous souhaite de passer d'excellentes fêtes de fin d'années et à 2010 !

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Administration
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 21:54

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Alouette II.

 

Dans le Hodna.

 

« Ainsi s’acheva notre garde à la frontière. Nous repartîmes immédiatement pour le Hodna, au sud-ouest de Constantine, pour un rodéo d’un mois, aux premières lourdes chaleurs de juin, dans un paysage extraordinaire où se succédaient, du nord au sud, les collines boisées du Hodna même, la plaque grise et salée du Chott El Hodna, les monticules pierreux du Méharga et les premiers sables d’un désert que les Algériens appellent déjà Sahara. Héliportages sur héliportages, PC tactiques dans les cailloux, nuits à la belle étoile, fatigue et soif, nous poursuivions les fellaghas, repérant, tirant et tuant, tandis que commençaient à Melun les premiers pourparlers avec le F.L.N. (Front de Libération Nationale). Nous donnions le meilleur de nous-mêmes dans ces sites admirables pour une course sans fin qui ne résolvait rien. »

 

Dans le massif de l’Ouarsenis.

 

« On nous expédia ensuite très loin dans l’ouest, dans le massif de l’Ouarsenis, au sud d’Orléansville, où je retrouvai, à la tête du P.C.A. local, mon camarade Jean-Pierre Rozier, ancien pilote d’essais comme moi. Et ce fut le même enchaînement de reconnaissances, d’appuis-aériens et de tirs « Pirate » au soleil d’août qui rendait nos Alouettes brûlantes. Comme assez souvent depuis l’Akfadou, fidèle à mes souvenirs de sous-lieutenant du 1er choc, je participai au sol aux opérations et j’eus, un jour, à connaître le capitaine Sergent du 1er REP dans un « coup » assez rude. Après quinze jours de détente en Bretagne, je rejoignis le PC du général Saint-Hillier, d’abord à Molière – un nom qu’on ne retrouvera plus jamais sur les cartes – puis à Teniet-el-Haad en bordure de la plus belle forêt de cèdres d’Algérie, une des dernières. Nous poursuivîmes ces opérations jusqu’à la fin du mois de septembre, jusqu’à l’évanouissement total des fellaghas réfugiés ailleurs.

 

Dans ces régions, nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

 

Dans les Aurès.

 

« Et nous repartîmes encore, le 4 octobre 1960, cette fois pour les Aurès. Henri Maslin, mon second durant près d’un an, me quitta. Le lieutenant Jacques Clerget le remplaça.

 

A 100 km au sud de Constantine, les Aurès constituent une unité géographique très caractéristique et très belle. Des crêtes successives, orientées du sud-ouest au nord-est, séparées par des vallées profondes, y culminent à plus de 2300 mètres dans le Djébel Mahmel et le Djébel Chélia. La population très faible était concentrée dans les vallées. Nous nous posions parfois en hélicoptères sur des sommets vierges de toute trace humaine et ramassions à chaque pas des fossiles, coquillages et ammonites, vieux de millions d’années et si étranges sur ces hauteurs. Mais c’était aussi un pays d’insoumission séculaire où des hommes rudes vivaient, par tradition, de brigandage et de coups de main, guerriers entraînés que nous allions connaître.

 

Le P.C. de la division s’établit d’abord à Arris puis, très vite, sur un sommet voisin beaucoup plus propice aux liaisons radio indispensables. Les régiments se mirent en chasse des pentes du Chélia à celles du Mahmel.

 

Immédiatement, les accrochages furent très meurtriers pour nous comme ils ne l’avaient jamais été depuis plus d’un an. Tireurs d’élite, les fellaghas restaient retranchés sur les crêtes. Donner l’assaut se soldait par des pertes inadmissibles. A chaque passage d’Alouette, nous étions « tirés » de telle sorte qu’il nous était impossible de baliser l’objectif pour l’aviation d’appui, T6 de Batna ou chasse lourde, et devions nous contenter d’un guidage radio approximatif. Clerget et moi tournions chacun à quatre missions par jour avec nos pilotes habituels d’Alouette, Bobet, Boyer, Baudoin : guidage de tirs « Pirate » à 30 mètres devant les nôtres, héliportages au sommet du Chélia aux limites opérationnelles des H34, anéantissement d’une bande avec le patron du 9ème RCP, évacuation de blessés sous le feu, guidage de la chasse, tout y passa et nous prîmes des risques parce que nos camarades étaient tombés par dizaines. »

 

Les adieux.

 

« J’effectuai ma dernière mission le 6 novembre 1960. La dernière parce que l’Armée de l’Air avait décidé ma relève et que mon remplaçant, le commandant Germain, venait d’arriver. Avant de partir, je sollicitai l’honneur de passer une semaine sur le terrain avec le 9ème RCP : il me fut accordé.

 

Vint le moment des adieux. J’allai en Alouette, de piton en piton, saluer les colonels. Le colonel Balbin avait fait monter pour moi, de la vallée, une bouteille de champagne, chaude, et nous trinquâmes dans nos quarts métalliques à ce qui restait de plus sûr, c’est-à-dire l’amitié. Puis je saluai le général Saint-Hillier. Quand mon Alouette décolla, un piquet d’honneur présenta les armes.

 

Quelques jours plus tard, j’étais à Alger. Je réglais quelques dernières formalités. Le commandant de Saint-Mars, alors à la base arrière, me donna rendez-vous à l’hôtel Aletti avec quelques officiers pour m’offrir le cadeau de départ de la 10ème D.P. : un très beau panneau de bois orné de tous les insignes des régiments de la division et que j’ai précieusement conservé.

 

Ainsi se terminait mon parcours algérien. Je laissais derrière moi bien des parachutistes inquiets de leur avenir. Quelques mois plus tard, le putsch d’Alger éclata. Il était prévisible. J’y étais formellement opposé mais j’en comprenais trop les motivations.

 

Je retrouvai Paris et le bonheur de la famille. J’eus la chance d’être affecté au cabinet du général Lavaud, premier Délégué ministériel pour l’Armement et patron exemplaire. Je plongeai dans le travail d’état-major. Je savais depuis longtemps que le travail était le meilleur antidote mais pour oublier le drame algérien, il me fallut beaucoup, beaucoup d’années. »

 

 

Général Roland Glavany, grand-croix de la Légion d’honneur.



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9ème RCP – Opération dans le Djébel Chelia.



Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Algérie
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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 07:53


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Barricade à Alger – 1960.

 

« L’affaire des barricades ».

 

« Le 20 janvier 1960, une courte permission me permit de regagner Paris après avoir eu, fort heureusement, le temps de prendre une douche à Alger chez mes oncle et tant Delye. Le bonheur familial du retour, pour aussi bref qu’il fut, ne se décrit pas. Durant cette permission, éclatèrent, le 24 janvier, les premières émeutes d’Alger. Joseph Ortiz, Pierre Lagaillarde, et leurs amis algérois, qui ne pouvaient admettre l’auto-détermination annoncée par le général de Gaulle, avaient bâti leur petit camp retranché dans le quartier des facultés et la 10ème D.P., une fois de plus, avait été appelée à la rescousse.

 

De retour à Alger, j’allai saluer le général Gracieux qui avait établi son PC provisoire dans une villa du haut de la ville et faisait donner le 1er REP du colonel Dufour et le 1er RCP du colonel Broizat. Je le trouvai un peu tendu, mais aussi amical qu’à l’accoutumée et j’allai rejoindre en Kabylie, sur le vrai terrain, le reste de la division aux ordres de mon cher colonel Ceccaldi.

 

Cette affaire d’Alger, petite affaire au demeurant, eut de graves conséquences. Le général Gracieux, au bout de quelques jours, avait obtenu la reddition de ces nouveaux rebelles sans effusion de sang. Mais on lui reprocha d’avoir un peu trop laissé traîner les choses et d’avoir toléré un certain degré de fraternisation entre les hommes d’Ortiz et les deux régiments. Alors, les sanctions tombèrent. Le 1er RCP nous quitta pour rejoindre la 25ème D.P. Il fut remplacé par le 9ème RCP alors commandé par un colonel presqu’aussi fameux que Bigeard, bien qu’il eut plus de réserve, le colonel Bréchignac. Mais surtout le général Gracieux dut quitter le commandement de la 10ème D.P. et ce fut une erreur impardonnable. Le général Gracieux d’un loyalisme, pour moi, au-dessus de toute crainte, avait sa division parfaitement en mains et ses officiers lui obéissaient presque aveuglément. Son absence, dix-huit mois plus tard, fit le jeu du destin. »

 


 

Bernard Saint-Hillier.

 

« En Kabylie, au moment où, enfin, la neige disparaissait, la boue séchait, les premières couleurs du printemps embellissaient les montagnes, la D.P. continua son combat. Le général Saint-Hillier en prit le commandement. Massif, ironique, gaulliste de la première heure, héros de Bir-Hakeim, Bernard Saint-Hillier était un beau soldat que j’admirais et que je servis avec plaisir. Après lui, nous rejoignit, sur nos crêtes, le commandant de Saint-Mars, ancien de la division, qui avait pris un congé pour tenter une reconversion dans les affaires mais qui n’avait pu résister à un nouvel appel des armes. C’était un homme d’une grande courtoisie, agréable camarade, soldat incontesté, dont le rôle devait être prééminent en 1961.

 

Nous eûmes aussi l’honneur de la visite de notre nouveau ministre des Armées, Pierre Messmer, qui venait de succéder à Pierre Guillaumat et qui, quelques semaines auparavant, effectuait une période auprès du 2ème REP que commandait Jacques Lefort, mon ami. Je n’aurai pas l’outrecuidance de présenter Pierre Messmer, qui fut des années durant mon voisin de Saint-Gildas de Rhuys, dans le Morbihan. Il eut l’obligeance de m’accorder à part un assez long entretien sur les problèmes aéronautiques, ce qui surprit mes camarades. Combien eut-il été utile qu’il mit les points sur les « i ».

 

Après un saut de trois jours à Paris pour recevoir la Grande Médaille d’Or de l’Aéro-club de France pour mon vol Mach 2 – le baron des Mach, disait Saint-Hillier – je revins pour démonter les tentes. Le « PC Artois » avait vécu. Nous quittâmes ces sommets le 4 avril 1960 et je ramenais mon cirque, cahin-caha, à Blida. Je venais de passer six mois inoubliables. Notre guerre continuait dans l’incertitude et l’amertume grandissante de mes camarades parachutistes. »

 

Combats à la frontière tunisienne.

 

« Nous mîmes le cap à l’est vers Guelma et la frontière tunisienne, où l’on craignait une pénétration en force de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale), bien abritée en Tunisie. Nous survolions en Alouette des zones interdites, sans âme qui vive, vertes et boisées, où les cerfs, les biches et les sangliers s’enfuyaient au bruit de nos voilures tournantes. Parfois, l’A.L.N. tentait, par petits groupes, un coup de main et revenait rapidement derrière la frontière. Le 16 mai 1960, la 10ème D.P. leur courut après. Ce fut au nord-est de Munier, par une belle journée de printemps et le 1er REP conduisit la chasse qui le mena très vite à la frontière et à l’accrochage. Le patron me demanda l’appui aérien et je le fis donner massivement à partir de Bône avec tous les moyens disponibles jusqu’aux B26 « Invader ». Le général X, chef du corps d’Armée, vint en hélicoptère au PC avancé et me demanda courtoisement quelques explications sur ces fumées qu’on voyait s’élever à la frontière. Je les lui donnai, il en eut l’air satisfait. Le lendemain ne fut pas pour moi un jour de fête puisque le général X m’accusait d’avoir outrepassé mes limites d’intervention, d’avoir risqué l’incident avec la Tunisie (un nouveau « Sakiet ») et exigeait à mon encontre les arrêts de rigueur. Mais « Calumet zéro » veillait. Qui était « Calumet zéro » ? C’était l’indicatif personnel bien connu du général Philippe Maurin, alors commandant du Groupement Aérien Tactique de Constantine. Il prit tout sur lui comme il savait le faire et je passai à travers les gouttes une fois de plus. »


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Alger 1960 - Gala de solidarité - Au centre : le général Bernard Saint-Hillier.







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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 21:22

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Le général Gracieux passant les troupes en revue.

 

A la 10ème D.P.

 

« Le 4 octobre, une Alouette me déposa au PC de la 10ème Division parachutiste. Ce PC, dit « PC Artois », se trouvait à 1.730 mètres au-dessus de Sidi-Aïch et de la vallée de la Soummam, en bordure de la forêt de l’Akfadou. La 10ème D.P. terminait une grande opération en Kabylie, baptisée opération « Jumelles », qui faisait partie du Plan Challe. Le général Challe, commandant supérieur en Algérie, superposait à l’action de ses troupes de secteur, un grand balayage, d’ouest en est, d’opérations successives conduites par ses deux divisions parachutistes, la 10ème et la 25ème D.P. Mon sort allait être lié à celui de la 10ème D.P. pendant plus d’un an.

 

La 10ème D.P. était alors essentiellement constituée par cinq régiments d’élite et qui semblaient infatigables : le 1er régiment étranger de parachutistes ou 1er REP ; le 1er régiment de chasseurs parachutistes ou 1er RCP ; les 2ème, 3ème et 6ème régiments parachutistes d’infanterie de marine ou RPIMA. Les chefs de corps étaient tous du type « vieux baroudeurs », anciens des campagnes de la Libération et d’Indochine, très proches de leurs hommes et parmi lesquels se détachaient, tout particulièrement, les colonels Cousteau et Balbin. Il y avait bien une artillerie divisionnaire, mais dans ce conflit le rôle de l’artillerie était réduit au strict minimum.

 

Le patron était le général Gracieux. Petit, râblé, d’un calme imperturbable, précis et concis dans ses ordres, d’une bonhomie apparente que démentait très vite un regard sans équivoque. Le général Gracieux vivait pour sa division qu’il avait parfaitement en mains. Je lui connus deux adjoints successifs, le colonel Mayer, figure célèbre des parachutistes, puis le colonel Ceccaldi, Compagnon de la Libération, soldat gaulliste des premiers mois, « l’artilleur de Koufra », qui gagnait tous les cœurs par sa gentillesse souriante et « décontractée » et dont la seule présence calmait les énervés et les impatients. Une petite équipe d’état-major mettait en musique les ordres du patron, essentiellement animée par le commandant Faulques au 3ème Bureau, « Opérations » ; le capitaine Planet ; au 2ème Bureau « Renseignements » ; le capitaine Camus, au 4ème Bureau. Faulques et Planet avaient été en Indochine des guerriers d’un courage exceptionnel qui faisait encore l’admiration de tous. Avec ces officiers, au fil de longues soirées d’hiver, de la vie au coude à coude et des épreuves subies, j’établis assez vite des relations de confiance et d’amitié. Je suis heureux et fier de les avoir connus. »

 

Le P.C.A.M.

 

« Quel était mon travail au sein de cet état-major, à la tête du P.C.A.M. ? Avec mon second, qui fut successivement le capitaine Maslin, le lieutenant Clerget, nous dirigions une petite équipe munie de moyens radios puissants. Nous devions obtenir du Groupement Aérien Tactique voisin et diriger les appuis-feu aériens nécessaires aux régiments engagés. Nous avions à notre disposition permanente au moins un détachement d’intervention d’hélicoptères, D.I.H. de six H34, avec un H34 armé « Pirate » et une Alouette II. Sur cette Alouette II, utilisée en PC volant, nous guidions les héliportages d’assaut, balisant aux fumigènes les zones de posé, déclenchant les tirs du ou des « Pirate », ou au contraire, nous partions en reconnaissance à vue, à la recherche des « rebelles ». L’indicatif radio du P.C.A.M. était « Ronsard », mon indicatif personnel « Ronsard autorité » et durant 300 missions aériennes, dites de « maintien de l’ordre », j’ai jonglé avec les indicatifs des régiments de ma division : « Paulette », « Pavie », « Patin », « Patriote », « Pavot ». J’établissais sur les ondes une fraternité d’armes que je n’avais pas encore connue de la sorte. De ces 300 missions, je ne parlerai guère, parce que mon second en faisait encore plus, parce que, quels qu’aient pu être les risques et la fatigue, ils n’étaient rien à côté de ce que subissait le plus petit 2ème classe para, crapahutant sur tous les djébels, souvent couvert, pour dormir, la nuit d’hiver, de sa seule toile de tente, exposé jour après jour à l’embuscade, soldat digne de ses plus grands anciens et dont le stoïcisme faisait mon admiration. Au moins, de ce magnifique observatoire qu’est un hélicoptère, ai-je pu contempler l’Algérie, de l’Ouarsenis à la frontière tunisienne, de la mer à la naissance du désert, survolant plaines et montagnes et rêvant à des paysages qui deviendraient des paysages de paix. »

 

La côte 1621.

 

« A la mi-octobre 1959, le « PC Artois » alla s’établir un peu plus bas, à la côte 1621, dans un camp de tentes et de roulottes. Le général Challe avait décidé que la 10ème D.P. passerait l’hiver sur ce terrain théoriquement pacifié. Cet hiver fut rude.

 

De cette haute crête de Grande Kabylie, que bordait une cuvette assez facilement utilisée par les hélicoptères, la vue, par temps clair, s’étendait sur un relief de pré-Alpes jusqu’à l’extrémité de la vallée de la Soummam et à Bougie, à 40 km de là. Les deux ou trois dizaines de tentes et de roulottes, entourées de barbelés, allaient former notre cadre de vie. Très vite arrivèrent, dès novembre, la pluie et la neige, qui transformèrent le camp en vaste bourbier, où l’on ne circulait qu’en bottes de caoutchouc. Les pistes qui menaient de la vallée au camp devinrent impraticables durant de longues semaines au point que nous fûmes ravitaillés par parachutage. Si les officiers de l’état-major étaient à peu près relevés chaque mois, l’Armée de l’Air, pour ce qui me concernait, avait d’autres chats à fouetter et je pus jouir de cette retraite propice aux lectures du soir et à la méditation, quatre mois d’affilé. J’avais, il est vrai, le privilège d’une roulotte et d’un poêle à pétrole au-dessus duquel séchait mon linge de corps, rapidement tacheté de suie indélébile. Nous dormions en survêtement, enfilant au réveil nos tenus de combat. En fait, je tins le coup, sans grand problème, souvent heureux de cette austérité.

 

Nous connûmes donc une vie de reclus, réunis le soir, autour du feu, sirotant nos grogs, discutant de tout et de rien, embarqués dans d’interminables parties de poker ou de bridge. Je parlais beaucoup avec Roger Faulques, qui devint mon ami. Dix ans avant, le Vietminh l’avait rendu, mourant, après Cao-Bang, et Guillaume de Fontanges l’avait ramené dans son JU 52. De ses blessures, il avait gardé une bonne ostéite avec rétention et des crises de fièvre qui l’abattaient mais il rebondissait chaque fois de plus belle, increvable et rayonnant.

 

Et puis, il y avait mon équipe, mon petit « goum » d’aviateurs dont j’étais directement responsable. Mon second vivait dans la vallée, près de Sidi-Aïch, prêt à intervenir immédiatement à la tête du D.I.H. en alerte. J’étais aidé par un sous-lieutenant du contingent, Claude Lemoine, tout rond, très scout, d’un dévouement sans bornes. Alors, quand les tentes menaçaient d’être emportées dans une tempête de neige, nous luttions ensemble, nous réchauffant ensuite aux vins chauds, aux chants, aux histoires sans fin du sergent Roulet dit « Basile », heureux et malheureux ensemble, sans qu’il puisse exister la moindre rivalité ou la moindre jalousie entre nous puisque nous étions seuls, sans témoins, dans la boue et le vent. Tout, autour de nous, était désert car même les sangliers avaient fui le froid pour descendre vers la vallée tandis que les fellaghas attendaient la fin de l’hiver pour tendre des embuscades sur les pistes voisines.

 

Parfois, par temps meilleur, nous allions sur les pentes, traversant de pauvres villages kabyles, aux maisons basses de pierres empilées, où des femmes au teint clair, non voilées, couvertes de piécettes, gardaient les gosses en l’absence des hommes. La plupart d’eux, d’ailleurs, étaient sans doute avec le vieux chef de la Willaya 3, celle qui nous était opposée, Mohand el Hadj, dont nous évoquions souvent la figure entre nous et que nous ne capturâmes jamais. Ils étaient devenus des fellaghas, nos ennemis, et je ne les connaissais que comme silhouettes fugitives courant dans les cailloux, objectifs de nos tirs aériens.

 

Parfois, profitant d’un beau temps passager, des képis étoilés débarquaient d’hélicoptères pour un briefing magistral et stéréotypé, un repas de soldats sous la tente, sans nous apporter les grandes orientations dont nous aurions tant eu besoin. Plus agréable était la visite de la seule femme rencontrée au camp durant ces mois d’hiver, le médecin-capitaine Valérie André, déjà bien connue des « paras » depuis l’Indochine, et dont la gentillesse extrême me conquit immédiatement. Epouse du commandant Santini, autre figure de l’Armée de l’Air, elle devait devenir, quinze ans plus tard, le premier général féminin des armées françaises et jamais choix ne fut plus justifié. »



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Vue de Sidi-Aïch.

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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /2009 22:02

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Retour en Algérie.

 

« Le 1er septembre 1959, redevenu un commandant de l’Armée de l’Air, j’effectuai à Melun-Villaroche, le Vol de Contrôle après chantier du prototype Mirage IV 01. Le 19 septembre, embarqué dans un Dakota, je partais pour l’Algérie. Je l’avais demandé. C’était donc Alger en 1959, seize ans après mon arrivée en 1943, mais cette fois pour une guerre qui n’était plus une guerre de libération.

 

Au lieu d’Air-Algérie en 1943, je connus la 5ème Région aérienne que commandait le général André Martin. Il avait toujours le même regard ironique et amical, celui de mon commandant d’escadre de 1946, et les mêmes exigences tranquilles. Il me fixa, d’emblée, un programme de « remise en bain » accélérée, propre à m’envoyer en cure de repos au bout de quelques semaines et m’annonça ma prochaine affectation au P.C.A.M. de la 10ème Division parachutiste.

 

Pour organiser au mieux la coopération Air-Terre, l’Armée de l’Air avait quadrillé l’Algérie de Postes de Commandant Air ou P.C.A. Deux de ces P.C.A. étaient jumelés avec les états-majors de deux divisions parachutistes essentiellement mobiles, la 10ème et la 25ème. Ils étaient des P.C.A. mobiles, ou P.C.A.M. Le destin m’envoyait vers le P.C.A.M. de la 10ème D.P. C’était un grand honneur.

 

Pour ma génération, l’Algérie ne faisait pas partie de « l’’Empire colonial ». Elle était constituée de trois départements français qui, sur nos cartes d’école, avaient les mêmes couleurs que nos départements métropolitains. Elle était la France. J’étais mieux placé que quiconque pour me souvenir des sacrifices en 43-45, de ces départements qui seuls, avec la Corse, avaient connu la mobilisation, et dont les fils, « pieds noirs » ou autochtones, étaient tombés par milliers au cours de la glorieuse campagne d’Italie ou pour libérer la Patrie. Je savais aussi que la rébellion, en la triste Toussaint de 1954, avait débuté par le massacre d’innocents à Batna, le massacre de ce que nous avions de meilleur, nos instituteurs, pour se poursuivre par les atrocités inimaginables d’hommes au gabarit d’Amirouche. Alors, 1958 et l’arrivée du général de Gaulle, avaient fait naître en nos cœurs le merveilleux espoir d’une solution digne de la France. Mais des mois s’étaient écoulés et le général commençait à parler d’auto-détermination. J’arrivais à ce moment-là, aviateur parmi les paras, officier croyant en la mission de son pays, soldat mais attaché aux droits de l’homme. Et une fois de plus, j’avais à me « débrouiller » pour faire cette guerre le plus dignement possible. »

 

Alouettes et Sikorski H34.

 

« Il fallait me familiariser avec les hélicoptères que je n’allais plus quitter durant quatorze mois et me retrouvai à Boufarik pour quelques jours à la belle Escadre d’hélicoptères n°2, commandée par le colonel Chantiers, secondé par Tardy, qui y faisait régner une ambiance réconfortante. Avec l’Alouette II, infatigable bonne à tout faire, l’Armée de l’Air avait adopté le Sikorski H34, capable de transporter une douzaine de fantassins avec leur armement léger, et qui s’avérait parfaitement adapté aux missions du moment. Le génie bricoleur du célèbre colonel Félix Brunet avait équipé certains H34, baptisés alors « Pirate », de trois mitrailleuses de 12,7, et d’un canon de 20 en sabords, qui les transformaient en instruments d’appui-feu terriblement efficaces.

 

Certes, j’étais loin des Mirage que je pilotais quinze jours avant, mais j’étais heureux de faire connaissance avec ces machines nouvelles pour moi.

 

Je fis un saut à Sétif-Aïn-Arnat où le colonel Marceau Crespin, régnait sur le Groupement d’hélicoptères n°2 de l’Aviation légère de l’Armée de Terre ou ALAT. Dans ce domaine des hélicoptères, sévissait alors une âpre concurrence entre l’ALAT et l’Armée de l’Air, d’autant que l’ALAT avait choisi le Vertol bi-rotor, la fameuse « banane », un peu moins maniable que le H34 et dont n’existait aucune version armée. Mais Marceau Crespin était mon frère d’armes depuis 1943 et notre amitié s’établissait très au-dessus de ces rivalités. Il m’accueillit à bras ouverts comme toujours, et, dans ce camp où dominait une stricte discipline, en ces lieux baignés du souvenir du général de Lattre, je me liai aussi avec ses collaborateurs, Déodat de Puy-Montbrun et mon cousin Henri Couteaux.

 

Ces hors-d’œuvre terminés, je partis sur le terrain, en Grande Kabylie, pour un premier contact avec le P.C.A. de mon camarade Augé à Tizi-Ouzou. Le bruit courait dans les bureaux d’Alger que les grands katibas (compagnies rebelles) étaient démantelées et que les opérations touchaient à leur fin. Le 2 octobre 1959, sur les pentes de Lalla Kredidja, dans le Djurdjura, j’assistai à une première opération. Le soir, le régiment engagé comptait 16 morts et 20 blessés, un H34 avait été « descendu » et les fellaghas étaient restés maîtres de leur terrain. Rien n’était donc encore joué. »
 

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Sikorski H34 « Pirate ».

 

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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 10:37


Le dimanche 6 décembre 2009 s'est déroulée l'assemblée générale du Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux, en présence de (de gauche à droite) : André Labour, délégué général pour les Hauts-de-Seine ; Frédéric Rignault, délégué général adjoint et président du Comité d'Issy-les-Moulineaux ; le colonel Pierre de Keraudren, secrétaire général adjoint du Souvenir Français pour la France ; Marie-Auguste Gouzel, maire-adjoint en charge des anciens combattants et des affaires militaires ; le général Roland Glavany, président d'honneur du Comité d'Issy-les-Moulineaux.

Le rapport moral puis le rapport financier ont été présentés par Gilles Guillemont, trésorier, puis l'ensemble des activités pour l'année 2009 ont été rappelées :

- récupération et don à la Fnaca d'Issy de l'ensemble des fiches des morts pour la France isséens pendant la guerre d'Algérie. 
- participations à l'ensemble des manifestations commémoratives et patriotiques de la ville ;

- congrès départemental ;

- 44 articles ont été écrits sur ce site web pour présenter des témoignages et des biographies d'isséens ;

- présentation et visualisation de films sur la Guerre 39-45 de Marcel Ichac, par son fils, le général Jean-Claude Ichac ;

- entretien et nettoyage de plusieurs tombes d'isséens morts pour la France au cimétière communal.

 

D'ailleurs, le Souvenir Français tient à remercier la municipalité pour les renovations du cimetière et du carré militaire.

 

Ensuite, les projets pour l'année 2010 ont été présentés :

 

- possibilité d'une conférence et d'une exposition sur le Stand de Tir, avec l'appui de la municipalité et de l'association www.plaques-commemoratives.org de François Tanniou ;

- possibilité d'approcher la commune de Vanves afin d'imaginer comment oeuvrer sur le carré militaire ;

- proposition de Monsieur Gouzel sur l'écriture d'un ouvrage ou d'une brochure présentant les personnalités enterrées au cimetière d'Issy et sur les morts pour la France.

 

Enfin, des récompenses ont été remises :

 

- Monsieur le général Roland Glavany : médaille d'Honneur du Souvenir Français.

- Monsieur Jacques Vignaud : médaille de bronze.

- Monsieur Giacomo Signoroni : médaille de bronze.

- Monsieur le général Jean-Claude Ichac :  médaille de bronze.

- Monsieur Robert Dubot : médaille de bronze.

- Monsieur Gilles Guillemont : médaille de bronze.

 

L'assemblée s'est terminée sur le verre de l'amitié, servi dans l'espace Savary de la Maison du Combattant. Le Souvenir Français tient à remercier très chaleureusement l'UFAC pour sa collaboration active et son dévouement dans l'organisation de cette assemblée générale.


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