Publié le 4 Avril 2021

Sépulture de Roger Boissinot et de ses parents à Malakoff.

Sépulture de Roger Boissinot et de ses parents à Malakoff.

Rober Boissinot.

Roger Boissinot nait le 27 septembre 1929 à Argentat en Corrèze. Présumé militaire de carrière sur la fiche du site « Mémorial GenWeb », il a le grade de caporal-chef au 15e bataillon de chasseurs alpins pendant la guerre d’Algérie. Il est tué le 9 août 1956 à Mizrana. Il habitait Vanves et est enterré à Malakoff avec ses parents.

 

Marcel Chailley.

Marcel Chailley est né le 16 septembre 1910 à Douai, dans le département du Nord. Il est le fils d’Hippolyte Chailley, professeur au lycée de Douai et d’Hermance Liébron.

L’Académie des sciences d’Outre-Mer a publié une notice biographique sur Marcel Chailley : « cadre spécial des troupes de marine (CSTMa), Marcel Chailley est chargé de l’action psychologique et de l’africanisation à la Direction des Affaires militaires au ministère de la France d’outre-mer. Chef de bataillon d’infanterie coloniale, il est affecté en Mauritanie entre 1932 et 1934, il rejoint la Côté française des Somalis de 1935 à 1937, puis est envoyé au Soudan et au Niger entre 1946 et 1948 avant de retourner en Mauritanie de 1949 à 1950. Au Sénégal cette même année, il poursuit sa carrière en Indochine avec notamment un séjour au Tonkin entre 1952 et 1954, avant d’être envoyé en Afrique Occidentale française en 1955 et à Madagascar l’année suivante. Spécialisé dans les questions islamiques et ethnographiques, il est titulaire du Prix Juvenal Dessaignes de la Société de géographie. Il participe à de nombreuses conférences à la radiodiffusion française, à l'Unesco et à la Société de géographie. Officier de l'instruction publique, il est élevé aux rangs successifs de chevalier de la Légion d'honneur en 1950 et d'officier en 1960. Il reçoit également la croix de Guerre 39-45 et la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs. Marcel Chailley est membre correspondant de la 5e section l'Académie des sciences d'outre-mer le 1er février 1957. Le 19 avril 1938, il avait épousé Mademoiselle Hélène Baillet ».

Le chef de bataillon Marcel Chailley meurt à Vanves le 4 octobre 1962 d’une maladie qu’il aurait contractée au cours de la guerre d’Indochine. La mention « Mort pour la France » est attribuée en date du 21 février 1963. Il demeurait rue Falret à Vanves.

 

Bernard Fageol.

Bernard Fageol nait le 16 septembre 1933 à Brasles, dans le département de l’Aisne. Sergent dans l’armée de l’Air, il est tué le 26 avril 1958 en Algérie, sur la commune de Frenda, dans le département de Tiaret. La sépulture de Bernard Fageol est au cimetière de Bagneux.

Dans le magazine de la commune de Brasles, daté de janvier 2017, la municipalité annonce inaugurer une nouvelle plaque sur le monument aux morts. Celle-ci concerne deux soldats morts pour la France en Algérie : Kléber Levigne et Bernard Fageol.

 

Lucien Henrion.

Né la 19 mai 1931, Lucien Henrion est artilleur de 2e classe à la 1ère batterie du 31e régiment d’artillerie. Il est tué le 15 septembre 1956 à Sétif, dans l’arrondissement de Constantine. Il est enterré au cimetière de Vanves.

 

 

Sources :

 

Dévoilement de la plaque à la mémoire de Bernard Fageol à Brasles (Aisne).

Dévoilement de la plaque à la mémoire de Bernard Fageol à Brasles (Aisne).

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 30 Mars 2021

La salle de la discipline à la prison de Clairvaux.

La salle de la discipline à la prison de Clairvaux.

Un isséen à Clairvaux.

Paul Monnier, isséen, est soldat au 25e bataillon de chasseurs pendant la Première Guerre mondiale. L’unité, créée en 1871, est en casernement à Saint-Mihiel en 1914 et son chef de corps est le commandant Guy. La devise du bataillon est « Toujours en avant ! » et sa marche, que les chasseurs ne peuvent oublier, commence ainsi : « Pas plus con qu’un autre, nom de Dieu ! Mais toujours autant ! ».

Au cours de la Première Guerre mondiale, le 25e BCP va être de toutes les batailles : en Lorraine et à la Woëvre en 1914 ; aux Eparges et en Champagne en 1915 ; à Verdun et dans la Somme l’année suivante ; au Chemin des Dames en 1917 et de nouveau en Champagne en 1918.

Paul Monnier a ceci de particulier : il ne va pas mourir au combat mais en tant que détenu à la prison de Clairvaux, dans l’Aube, le 5 novembre 1917, sans pour autant que sa fiche militaire apporte les circonstances de sa mort.

 

La justice militaire en 1914.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, les militaires sont toujours jugés selon les articles du Code de Justice militaire de 1857 ; justice indépendante de la justice civile.

En temps de paix, la justice militaire est fondée sur des bases géographiques : un tribunal militaire dans chacune des régions militaires. Des conseils de révision sont là pour examiner les recours des conseils de guerre. Chaque conseil de guerre est composé d’un commissaire du gouvernement, un rapporteur, un greffier et un commis-greffier ainsi que sept juges désignés par le général commandant la région militaire

En temps de guerre, tout est acté pour accélérer les jugements : les conseils de guerre sont attachés à un quartier général et les décisions – les juges ne sont plus que cinq – peuvent être rendue sans délai. Les soldats, sans instruction préalable, peuvent être amenés devant un conseil de guerre une journée après les faits qui lui sont reprochés.

 

Les conseils de guerre spéciaux.

Dès les premières semaines de la guerre, des mesures allant dans le sens d’une sévérité accrue sont adoptées. Ainsi, par décrets des 10 et 17 août 1914, la faculté de se pourvoir en révision contre les jugements des conseils de guerre aux armées est suspendue et les autorités militaires se voient conférer le droit de faire exécuter les sentences de mort sans attendre l’avis du Président de la République. Le 1er septembre 1914, une circulaire du ministère de la Guerre réserve l’usage du droit de grâce, déjà soumis à l’approbation de la majorité des juges, au seul officier ayant assuré la mise en jugement. Enfin, le décret du 6 septembre 1914 permet l’institution de conseils de guerre spéciaux à trois juges destinés à juger, suivant une procédure simplifiée et sans possibilité de recours, les auteurs de crimes pris en flagrant délit.

 

Plus de clémence dès 1915.

Un reflux se fait toutefois sentir, puisque dès le 15 janvier 1915 les dossiers de condamnés à mort en dehors de la zone des armées doivent à nouveau être soumis au Président de la République avant exécution, sauf nécessité absolue de répression immédiate. Dans le même ordre d’idées, le 12 février 1916, une circulaire du Grand Quartier général prévoit le recensement dans chaque armée des militaires les plus aptes, de par leur profession dans le civil ou leur formation, à servir de défenseurs dans les tribunaux militaires.

Par ailleurs, la sévérité initiale de la répression, traduite par une diminution générale des garanties accordées aux prévenus, ainsi que l’écho d’un certain nombre d’abus des conseils de guerre, avaient amené des parlementaires, parmi lesquels le député Paul Meunier, membre de la commission de la réforme judiciaire et de législation civile et criminelle, à œuvrer en vue d’une réforme de la justice militaire. Les travaux de la commission aboutissent à la loi du 27 avril 1916 relative au fonctionnement et à la compétence des tribunaux militaires, qui autorise l’application des circonstances atténuantes quel que soit le crime reproché, donne aux juges la faculté de prononcer des peines avec sursis et supprime les conseils de guerre spéciaux. Enfin, suite à une proposition de loi du même Paul Meunier visant à rétablir les conseils de révision aux armées, un décret du 8 juin 1916 rétablissait le recours en révision pour les peines de mort prononcées par l’ensemble des conseils de guerre. L’usage du droit de grâce redevient la règle et l’exécution immédiate, l’exception.

Après cette date, le fonctionnement de la justice militaire ne connait plus de transformation fondamentale. L’institution reste toutefois considérée comme un instrument disciplinaire, comme en témoignent les modalités de son action lors des mutineries du printemps 1917 : à la demande du général Pétain, un décret en date du 8 juin 1917 supprime toute voie de recours pour les militaires reconnus coupables de rébellion, insubordination et embauchage de militaires. Mais même cette crise ne remet pas fondamentalement en cause les acquis des années précédentes.

Pendant toute la durée de la guerre, la justice militaire continue également à fonctionner à l’arrière, qu’il s’agisse des conseils de guerre de Paris ou de ceux des régions militaires, de même qu’en outre-mer.

 

 

 

Sources :

 

Lire la suite

Publié le 14 Mars 2021

Brouet et les camps de la mort en Indochine.

 

Au 1er BEP.

Le 1er BEP est formé en 1948 par le chef de bataillon Pierre Segrétain, qui choisit le capitaine Jeanpierre, q’uil a connu au Levant, comme adjoint.

L’unité embarque sur le Pasteur le 24 octobre à Mers el-Kébir et arrive en Indochine le 12 novembre 1948 à Haiphong. Durant toute la guerre d’Indochine, le bataillon, dispersé dans plusieurs postes, interviendra principalement au Tonkin, dans le nord de l’Indochine. Il intègre en son sein la compagnie parachutiste du 3e REI du lieutenant Morin, qui a été l’unité test pour la création des légionnaires parachutistes le 1er juin 1949.

Les 17 et 18 septembre 1950, le bataillon saute sur That Khé, afin de rejoindre le groupement d’unités commandé par le lieutenant-colonel Lepage, parti de Lang Son pour secourir les éléments évacués de Cao Bang (bataille de la RC4). Il est anéanti presque entièrement au cours des combats dantesques qui ont lieu autour de Dong Khé et il est dissous le 31 décembre. Ses pertes sont de 21 officiers, 46 sous-officiers et 420 légionnaires dont le chef de corps, le chef de bataillon Segrétain. Seuls une trentaine de parachutistes parviennent à rejoindre les lignes françaises, parmi lesquels le capitaine Jeanpierre qui deviendra, plus tard en Algérie, le chef de corps du 1er REP.

Jean Brouet nait le 11 mars 1926 à Nizy-le-Comte dans le département de l’Aisne. Après la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la Légion étrangère et rejoint Khamisis en Algérie, lieu de cantonnement du 1er BEP.

Prisonniers des soldats du Vietminh, l’isséen Jean Brouet, meurt en captivité au Camp n°3.

 

Prisonnier des Viets.

Marcel Bigeard, prisonnier au Camp n°1, après la bataille de Diên Biên Phù. Extraits de son livre Ma vie pour la France, écrit au début des années 2000, alors qu’il a près de 90 ans.

« Quatre mois entassés dans des huttes en paille. De chaque côté, des planches. Vingt sur la droite, vingt sur la gauche, aucun soin médical et huit cents grammes de riz par jour. Quotidiennement, les Viets tentent d’opérer des lavages de cerveau, généralement inefficaces.

Je ne suis pas le plus mal loti. Plus jeune que les autres, mes années de bandera en Pays Thaï m’ont habitué à la frugalité. Je suis endurci. J’essaie de maintenir ma discipline. Tous les matins jogging, gymnastique. Certains officiers me suivent. La plupart n’en sont plus capables. Ils maigrissent, ne peuvent plus tenir debout, meurent de dysenterie ou de fièvre sous le regard indifférent des Viets. Le sort des hommes de troupe a été encore pire. Ils ont fait des centaines de kilomètres jusqu’au camp à pied, après cinquante-sept jours de combats incessants dans des conditions épouvantables. On les a fait marcher jusqu’à ce qu’ils en crèvent. C’est le sort de beaucoup d’entre eux. Les blessés sont abandonnés et meurent au bord des routes. Je l’ai déjà dit, je le répéterai jusqu’à ma mort : pendant ces quatre mois de captivité et d’horreur, les deux tiers d’entre nous sont morts. Partis à douze mille, nous reviendrons à quatre mille. Ça, c’est impardonnable. Il aurait suffi qu’on donne à ces hommes une seule banane par jour, et on aurait ramené presque tout le monde. Certains d’entre nous ne sont plus des hommes. A peine des cadavres ambulants. La faim, la mort lente pour tant de camarades. J’y pense tous les jours. J’en ai encore les larmes aux yeux aujourd’hui, en écrivant ces souvenirs qui défilent dans ma mémoire ».

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia et Larousse.
  • Site : https://www.memorialgenweb.org/ et fiche individuelle Jean Brouet
  • Général Marcel Bigeard, Ma vie pour la France, Editions du Rocher, 2010.
  • Crédit photographique : Gérard Brouet

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Mars 2021

Le 9 mars 1945 à Hanoi n’était pas un « coup de force » des Japonais mais bien un massacre !

Le 8 mars 1980, Pierre Darcourt, grand-reporter au Figaro, écrivait un remarquable article sur ce que l’on a appelé le « coup de force des Japonais » en Indochine. Cela s’est passé il y a exactement 76 ans. On parlait de coup de force, alors qu’il eut été préférable de prononcer les mots véritables : massacre systématique des soldats français et de nombreux civils européens.

 

Sur ce site, nous avons déjà écrit à propos de cette tragédie. Il est loin d’être inutile de le rappeler, comme l’a fait notre adhérent et ami, Alain Bétry d’Atlante-Editions.

 

Voici, in extenso, l’article de Pierre Darcourt.

 

 

« Depuis plus de quatre ans — totalement coupée de la métropole — l’Indochine française, en vertu des accords passés avec le Japon (autorisant le stationnement des troupes impériales nippones), vit à l’écart de la guerre. L’amiral Decoux soutenu par la majorité de la population (25 millions de Vietnamiens, de Khmers, de Laotiens et 45 000 Français) gouverne le pays. Il espère qu’un jour pas très lointain l‘empire du Soleil-Levant recevant un coup mortel (les armées alliées sont déjà entrées en Allemagne), il se trouvera alors en mesure de négocier avec ses représentants une libération de l’Indochine sans effusion de sang. Mais déjà de Paris et de Calcutta, où vient de se mettre en place une antenne S.R. et Action, le général de Gaulle et ses envoyés poussent à la résistance. Des parachutages d’armes et d’explosifs ont déjà eu lieu dans la brousse du Tonkin et certaines plantations. Des réseaux en contact avec l’O.S.S. et l’Intelligence Service existent, transmettant par radio des renseignements sur les bases japonaises. Les bombardements alliés se font de plus en plus précis. Des convois de bateaux sont coulés. Les revers subis par les troupes nipponnes en Birmanie, la perte des Philippines, la menace que fait peser l’avance américaine dans le Pacifique sur le territoire insulaire du Japon inquiètent l’état-major impérial. Les généraux japonais savent toute l’importance stratégique que revêt l’Indochine, unique voie terrestre de communication et de repli pour leurs troupes encore stationnées à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande. En moins de trois mois, dans le plus grand secret, les Japonais ont quadruplé leurs effectifs en Indochine. Un plan d’attaque surprise est déjà prêt. Reste à trouver le prétexte. Le 9 mars, en fin de journée, l’ambassadeur Matsumoto présente à l’amiral un ultimatum inacceptable : « Le rattachement des troupes françaises au commandement nippon et l’assurance de défendre l’Indochine jusqu’au bout contre toute agression des forces anglo-américaines. » Decoux rejette sèchement le diktat. C’est la rupture et la guerre.

 

9 mars 1945 — 20 heures.

Au centre du Petit Lac, le pagodon posé sur son socle d’herbe cerné de lotus paraît flotter sur l’eau grise où tremble un reflet de toit cornu. Le ciel s’assombrit. La nuit tombe sur Hanoi. Une sourde explosion, retentit et l’électricité s’éteint. Dans la ville, soudain plongée dans l’obscurité, des camions bâchés, les phares masqués d’un « loup » bleu qui filtre la lumière, convergent vers le centre urbain, déposent à chaque carrefour des paquets de soldats casqués et trapus.

Rapides, disciplinés, ces soldats disposent des sacs de sable en demi-cercles, mettent mortiers et mitrailleuses en batterie. A 20 heures précises, la fusillade éclate, mêlée de hurlements qui déchirent la nuit. Rafales de traçantes, tonnerres de canons, lueurs fulgurantes des lance-flammes. Dix mille Japonais, surgis de l’ombre se ruent à l’assaut de la citadelle. Le calvaire de l’Indochine française commence. En Cochinchine, au Cambodge, au Laos, les faibles garnisons françaises sont vite submergées.

A Hué, retranchée dans « La Légation », une vingtaine d’hommes et trois sous-officiers commandés par deux officiers remarquables, le capitaine Bernard et le lieutenant Hamel, résisteront toute la nuit à trois compagnies japonaises appuyées par deux pièces d’artillerie et des chenillettes blindées. Mais c’est au Tonkin, où se trouve la majorité des vingt-cinq mille hommes que comprend l’armée française en Indochine (dont vingt-mille Indochinois) que se déroulent les plus durs affrontements.

A Hanoi, marsouins et tirailleurs de la citadelle tiennent vingt heures à un contre dix, sous un déluge de feu. Les neuf canons de 75 servis par les assiégés tirent hausse à zéro sur les Japonais qui se présentent aux « portes ouest et nord » en rangs serrés. Les tirs nippons redoublent d’intensité, mortiers lourds, obus de 77), des troupes fraîches relèvent les unités décimées. Trois fois les Japonais précédés de lance flammes ouvriront une brèche dans le dispositif français. Trois fois les marsouins les repousseront. La troisième contre-attaque menée par un officier sorti du rang, le capitaine Omessa, est un extraordinaire fait d’armes. En moins de quarante minutes, un bataillon japonais retranché dans les cours et les grands bâtiments du 9e R.I.C. est taillé en pièces… par huit groupes de combat (une centaine d’hommes). Pendant toute la durée de l’assaut, le vieux capitaine Omessa, une musette de grenades en bandoulière, a marché en tête de ses marsouins. Et il s’accrochera au terrain jusqu’au moment où lui et ses hommes auront épuisés leurs cartouches et leurs « quadrillées ».

Alors les marsouins incendieront leurs camions et saboteront les pièces d’artillerie.

Au quartier Balny, une grande partie des cadres étaient absents, mais des éléments de défense franco-indochinois on été mis en place. Le lieutenant Roudier, commandant la compagnie d’alerte, réussit à franchir plusieurs barrages japonais et rejoint son poste. La défense est organisée dans les deux bâtiments et la « tour chinoise » des transmissions. Les Japonais soutenus par un tir de mortiers, attaquent à découvert, le lieutenant Roudier armé d’une mitraillette, fauche les premiers rangs des attaquants et gagne la tour. Il se heurte à des Japonais infiltrés. Blessé d’un coup de baïonnette dans la poitrine, il s’écroule sans lâcher son arme, se redresse peu après et abat deux soldats japonais occupés à mettre une mitrailleuse en batterie contre nos troupes. Une balle explosive lui brise le bras (dont il devra par la suite subir l’amputation). Ses sous-officiers et ses tirailleurs défendront les positions jusqu’à l’aube.

 

« Faites votre devoir ! »

Le 10 mars à 16 heures, un clairon sonne le cessez-le-feu. Le général Okada, commandant les troupes d’attaque japonaises, accorde aux survivants de la citadelle les honneurs de la guerre. La cérémonie aux couleurs avec salut aux morts ; le défilé des troupes françaises en armes hors de la citadelle tandis que les Japonais leur présentent les armes. Les pertes françaises et indochinoises dépassent  cinquante pour cent des effectifs engagés… en moins de vingt-quatre heures de bataille sans répit !

A Dong-Dang, poste clé de la frontière du Tonkin formé d’une série de blockhaus, couronnant un mamelon et en contre-bas de quatre casemates enterrées, la garnison de cent cinquante hommes, sous les ordres du commandant Soulié repousse trois assauts et contre-attaque en pleine nuit. Le commandant Soulié est tué. Le capitaine Anosse prend le commandement. Durant deux jours et trois nuits, la garnison brise l’une après l’autre toutes les vagues d’assaut japonaises.

Les Nippons, qui attaquent à dix contre un, amènent de l’artillerie lourde. Les blockhaus sautent l’un après l’autre. La garnison décimée, munitions épuisées, cesse le feu. Le général qui commandait les troupes nipponnes félicite le capitaine Anosse pour son courage… l’assomme d’un violent coup de fourreau sur la nuque et l’achève d’une balle de révolver qui lui fait éclater la tête. Les cinquante-cinq survivants du poste (dont quarante Indochinois) sont ensuite décapités au sabre ou éventrés au sabre ou éventrés à la baïonnette.

A Hanoi, près de la mer de Chine, le capitaine Regnier, athlète superbe (champion d’Indochine du 110 m haies et du saut en longueur) et fin lettré (il est titulaire de trois diplômes : chinois, vietnamien, et japonais), invité par les officiers nippons à disputer un match de basket, est fait prisonnier. Torturé, criblé de coups de baïonnettes, il refuse de signer un ordre de reddition destiné à la garnison qu’il commandait. Les Japonais l’amènent devant le poste et somme son officier adjoint « d’ouvrir les portes ». Le capitaine Regnier crie au lieutenant Damez : « Faites votre devoir ! » Le feu éclate de partout. Les combats dureront près de quatre-vingt-dix heures. Les Japonais, qui ont exécuté le capitaine Regnier, ont eu plus de deux cents morts. Le 13 mars, le lieutenant Damez reçoit l’ordre de se replier dans la brousse. Il incendie le poste et réussit à forcer les lignes japonaises avec tous les rescapés.

A Hagiang, après une nuit de durs combats, où les Japonais, appuyés par de canons, ont subi des pertes sévères, le lieutenant Marioka frappe les prisonniers à coups de sabre et abat d’une balle dans la tête le capitaine Bertard. Puis le massacre des prisonniers, mains liées dans le dos, commence : à coups de crosses, de baïonnettes et de pistolet. Des râles et des plaintes montent de ce tas informe et sanglant, donnant exactement l’impression d’un abattoir pendant l’égorgement des bêtes.

Sur un effectif de cinquante et un, quarante-cinq officiers, sous-officiers et soldats ont été massacrés. A Moncay, le colonel Lecoq est tué en emmenant ses hommes à la contre-attaque.

Le poste de Quang Yen, occupé par une compagnie commandée par le capitaine Mallet, assailli par deux bataillons japonais, repoussera six attaques et résistera jusqu’au 10 mars. Le capitaine Mallet, quatre fois blessé au cours de l’action — coup de sabre au bras (se dégage et abat un officier japonais d’une balle en pleine tête) ; au matin, une balle au cou ; à dix heures, une balle qui lui perfore le poumon ; à onze heures une autre balle lui traverse les deux cuisses —, refuse malgré tout de hisser le drapeau blanc. Le poste est écrasé sous les obus.

 

Le traquenard de Langson.

A Langson, verrou de la porte de Chine, tant de fois secoué par le fracas des armes, les Japonais commencent par tendre un traquenard « souriant » aux autorités civiles et militaires du territoire : l’administrateur Auphelle, le général Lemonnier et le colonel Robert sont arrêtés au cours d’un « repas d’amitié ». Au même moment, vers 21 heures, dix mille soldats nippons partent à l’attaque des positions françaises.

Sur tous les ouvrages, citadelles, fortins, points d’appuis, casemates isolées, casernement, le combat s’engage, tantôt à distance, tantôt au corps à corps : à la mitrailleuse, au canon débouchant à zéro, puis au lance-flammes. Marsouins, bigors, légionnaires se battent à un contre cinq, parfois un contre dix, sans reculer d’un pouce.

Devant la résistance que leur opposent les troupes franco-indochinoises, les Japonais essaient en vain d’extorquer au général Lemonnier, à M. Auphelle et au colonel Robert un ordre de reddition. Devant leur refus, les trois chefs français sont décapités.

Au cours de la bataille acharnée et sauvage, un officier d’un calme prodigieux, le lieutenant Duronsoy, conduit toutes les contre-attaques et récupère les blessés. Après quinze heures de combat, et malgré un bombardement aérien, la citadelle tient toujours. Duronsoy, blessé par plusieurs éclats de grenade, profite d’une accalmie pour se faire panser, et reprend la tête de ses combattants. A treize heures, les survivants se replient sur le fort Brière-de-l’Isle, en escaladant, sous le feu ennemi, les pentes abruptes de l’ouvrage. Le fort ne tombera que le 11 mars au matin, après avoir essuyé plusieurs salves d’obus toxiques. Les pertes ont été lourdes, deux cent cinquante « Européens » presque tous blessés.

Les Japonais alignent tous les blancs attachés avec de grosses cordes au pied des remparts du fort. Les tirailleurs indochinois ont été séparés de leurs frères d’armes « blancs ».

Un canonnier eurasien, Jean Nguyen, du 4eR.A.C. a été mis de côté, à cause de son faciès asiatique. « Tu n’es pas blanc, toi ! » lui jette un officier nippon, en le repoussant d’une bourrade. Nguyen secoue la tête et rentre volontairement dans le peloton des condamnés. Deux fois écarté, il reviendra deux fois en disant : « J’ai toujours vécu avec les Français. Ils m’ont toujours traité comme un frère. Je mourrai avec eux. »

 

Une mort atroce et glorieuse.

Les mitrailleuses japonaises ouvrent le feu sur les prisonniers, en tirant bas, à hauteur des jambes. Le lieutenant Duronsoy, les tibias éclatés, tombe à genoux, en entonnant « La Marseillaise », reprise spontanément par tous ses camarades. Deux compagnies de fusiliers « japs » poussant leur furieux  « Banzaï», se précipitent sur les Français fauchés et les lardent de coups de baïonnettes. Le carnage dure deux heures. Puis ayant coupé les liens qui unissaient encore leurs victimes, les Japonais, à coup de pied, font rouler tous les corps dans le profond ravin bordant le fort, où les cadavres sanglants des héros de Langson, dispersés au hasard de la pente … ne connaîtront jamais de sépulture.

Tandis que, dans les garnisons de la haute région tonkinoise, se commettent ou se poursuivent ces tueries monstrueuses, d’autres troupes ayant échappé au  piège, se replient dans la brousse. Des maquis se forment, des colonnes tendent des embuscades ou font sauter les convois ennemis. Ce sera le cas du groupement du général Alessandri, dont l’encadrement est renforcé par les jeunes officiers de l’Ecole militaire interarmes de Tong. Mais ce qu’il faut retenir de ces terribles événements du 9 mars 1945, c’est qu’en quarante-huit heures de combat, les forces françaises d’Indochine — six mille hommes, à peine — attaquées par soixante mille Japonais, ont perdu plus du tiers de leurs effectifs ! Les tirailleurs indochinois compteront quatre mille tués. Oubliés de la plupart des historiens qui ne l’ont même pas enregistré comme une péripétie de la guerre du Pacifique… les héros du 9 mars ont écrit une des plus belles pages de notre histoire militaire.

Ils savaient qu’en acceptant le combat, dont ils connaissaient d’avance le dénouement, qu’ils ne l’engageaient que pour mourir, pour l’honneur et le drapeau de leur patrie si lointaine !...

A quelques centaines de kilomètres de leurs garnisons, des milliers d’avions américains, basés en Chine, dont les fameux « Tigres volants », avaient reçu l’ordre formel de la Maison-Blanche de ne pas intervenir. Ils auraient pu écraser les divisions japonaises en quelques heures, ou parachuter des armes et des munitions aux Français qui luttaient dans les forts ou dans la jungle. Mais le ciel tonkinois resta étrangement vide…

Ce n’est que plus tard, les Américains, avec l’utilisation de la bombe atomique anéantiront les Japonais le 6 août 1944 à Hiroshima et le 8 août 1944 à Nagasaki ».

 

 

Sources :

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 14 Février 2021

Gabriel Crié et Gaston Guittet.

Gabriel Crié et Gaston Guittet.

Gabriel Crié nait le 11 août 1910 à Rambouillet dans les Yvelines. Il est le fils d’Henri Crié et de Gabrielle Fauconberg. Quant à Gaston Guittet, il nait le 2 juin 1919 à Paris. Si le premier habite Vanves, le second est domicilié à Malakoff. Le premier est métallurgiste ; le second gardien de la paix.

 

Voici le récit de leur acte de résistance : militant de l’Union syndicale CGT des travailleurs de la métallurgie de la région parisienne, Gabriel Crié travaille à la Compagnie des Compteurs à Montrouge. Résistant communiste, il patrouille le 21 août 1944 dans les rues de Vanves avec Gaston Guittet. Le capot de leur camionnette est orné d’un drapeau tricolore. Ils aperçoivent un homme blessé. Ce dernier raconte le combat qui a opposé les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) aux SS (Schutzstaffel de l’allemand « escadron de protection »).

 

Les résistants chargent le blessé à bord de la camionnette pour le conduire chez un médecin, le docteur Gillet, avenue Marcel Martinie. A l’actuel carrefour de l’Insurrection (ce carrefour prendra ce nom à la suite des événements d’août 1944), les hommes sont pris pour cible par un groupe de SS postés dans un blindé ; ces derniers étant chargés d’assurer la protection des soldats allemands en fuite. L’échange de tirs est disproportionné et la camionnette s’écrase contre un arbre. Les deux résistants sont tués. Quant au troisième homme, Emile Beauchamps, il a survécu à ses blessures.

 

Gabriel Crié et Gaston Guittet sont tous les deux enterrés au cimetière de Malakoff.

 

 

Sources :

 

  • Site de la ville de Vanves.
  • Site Mémorial GenWeb : fiche de la ville de Vanves et fiches individuelles.
  • Crédits photographiques : Laetitia Filippi et Claude Richard.

 

 

Au carrefour de l'Insurrection de Vanves.

Lire la suite

Publié le 23 Janvier 2021

Les coloniaux : le colonel d’Aubignosc.

Les Zouaves.

Louis-Philibert d'Aubignosc (1774-1848) entre dans l’armée comme officier de cavalerie. Après quelques affectations, il passe dans l’artillerie de marine. Nommé administrateur général de l'armée d’Italie, il participe à la campagne d’Egypte. Arabisant, élève de Silvestre de Sacy, il fait partie des orientalistes (dits « interprètes de l'armée ») emmenés par Bonaparate ; il y est fait prisonnier par les Turcs. Par la suite, il forme des élèves interprètes, appelés « guides interprètes de l’armée », corps désormais militaire institué en 1803.

En 1808, il est nommé commissaire-administrateur des domaines, des forêts et de la contribution foncière en Russie. Par décret du 29 janvier 1811, il est nommé commissaire général de police, puis directeur général de la police impériale à Hambourg, chargé de lutter contre la contrebande et de surveiller l'opinion, sous la direction de Jean-François Alexandre Boudet de Puymaigre.

En 1830, il participe à l'expédition d’Alger comme membre de l'état-major du général de Bourmont et, le 6 juillet 1830, lendemain de la reddition d’Alger, il est nommé, en tant que lieutenant général de police membre de la « commission de gouvernement » instituée alors par le commandant en chef.

Comme lieutenant général de la police, d’Aubignosc a sous ses ordres, un inspecteur, deux commissaires de police et une brigade de sûreté maure, composée de vingt agents commandés par un mezouar. À la fin du mandat de Bourmont, relevé de ses fonctions vers le 15 août (à la suite de la Révolution de Juillet), il élabore avec le concours du capitaine Yusuf (Joseph Vantini), un projet d'unité indigène de zouaves, en utilisant des soldats précédemment au service de la régence d’Alger, les janissaires.

Le général Clauzel, successeur de Bourmont, reprend ce projet. Un arrêté du 1er octobre 1830 crée un bataillon de zouaves indigènes ; la décision est entérinée par une ordonnance royale du 21 mars 1831.

 

Les unités d’infanterie légère de zouaves, qui appartiennent toutes à l’Armée d’Afrique, sont alors composées d’indigènes – comme il était coutume de dire à l’époque – et aussi de nombreux métropolitains, venus chercher de l’aventure. Les unités de zouaves sont parmi les plus citées et décorées de l’Armée française.

 

Faire le zouave.

Au ministère des Armées, l’expression « faire le zouave » est prise très au sérieux. Et deux hypothèses s’avancent… La première affirme que ce corps d’armée réputé imposait une telle rigueur et une telle discipline que les soldats qui le composaient en devenaient idiots. Une idée fausse quand on sait que les régiments de zouaves se sont illustrés sur de nombreux champs de bataille, notamment pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, puis en Algérie et en Indochine. Des idiots en auraient été bien incapables...

La deuxième hypothèse se baserait sur l’uniforme particulier porté par les zouaves. Il était composé d’un pantalon bouffant, de guêtres blanches, d’une longue ceinture (de 3 m !), d’une veste courte, d’une chéchia ornée d’un gland coloré et d’un turban… Cet uniforme assez particulier, qui démarquait les zouaves des autres corps de l’armée française, remportait un grand succès auprès du public lors des défilés militaires. Mais avec le temps, il est possible que cette tenue originale ait été considérée comme drôle et par déformation, la tenue drôle ait fait pensé à un clown. Tout le contraire des zouaves donc, réputés pour leur courage, leur discipline et leur ardeur au combat.

 

Sources :

 

 

Le colonel d’Aubignosc.

Le colonel d’Aubignosc.

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 3 Janvier 2021

A Thierry Gandolfo.

Décidément, qui pourra regretter cette année 2020…

 

Elle se termine comme elle a commencé, dans la tristesse et les larmes. Il y a un an, notre Comité du Souvenir Français d’Issy-Vanves perdait en quelques semaines plusieurs de ses adhérents : Robert Choffé, Paul Richard, Christian Poujols. Puis ce fut au tour de Robert Dubot, de Pierre Borde et du général Michel Forget.

 

Cette fois-ci, il s’agit de Thierry Gandolfo, mort le 30 décembre 2020. Notre Comité perd l’un de ses premiers membres, et son secrétaire depuis plus de dix ans. Je perds un ami très cher. C’est Thierry qui m’a accueilli au Souvenir Français, en compagnie de Gérard Riblet. C’est Thierry qui m’a expliqué comment se comporter dans une association, alors que je venais de présenter devant des anciens combattants médusés un programme de perspective à trois ans, sous la forme de tableaux Excel et de Power Point !

 

Thierry était un ami, un frère. D’abord, il était sous-officier dans l’artillerie, ce qui est un gage de bonne compagnie ! Thierry était un authentique ancien combattant, viscéralement patriote, ayant côtoyé la chose militaire depuis sa tendre jeunesse, en tant qu’enfant de troupe. Il intégra l’armée, se dirigea vers l’artillerie, rejoignit le 32e régiment d’artillerie, spécialisé dans les missiles nucléaires Pluton. L’unité était alors un maillon essentiel du dispositif des Forces Françaises en Allemagne.

 

Mais Thierry ne se contenta pas seulement de cela. Il participa à de nombreuses opérations extérieures dont la Mauritanie où il exécuta les ordres qui lui étaient donnés. Ordres que l’on peut très bien imaginer quand on est un tireur d’élite. Il participa également à la FINUL, cette force des Nations Unies chargée de faire respecter au mieux – ou au moins pire – une fragile paix entre les différentes factions religieuses et les interventions des pays voisins. Thierry me parlait souvent du Liban. Et parfois avec des larmes dans les yeux car il n’avait pu sauver un camarade blessé, qui allait mourir devant ses yeux. C’était au temps où les casques bleus de l’ONU étaient des cibles particulièrement faciles, car elles ne pouvaient pas répliquer.

 

Thierry gardait cela en lui et bien souvent pour lui seul. L’armée, ses copains, la camaraderie militaire. Mais aussi les atrocités de la guerre. Il se sortait de ces idées noires en multipliant les passions, les intérêts. Ainsi, sa collection de soldats de plombs, celle des cartes postales d’échanges amoureux qui ont illustré un numéro spécial de Paris Match sur Verdun, grâce à nos amis Patricia et Alain Bétry.

 

Thierry avait quitté l’armée, couvert de médailles, mais avec un gout amer. Après, il fit plusieurs métiers avant d’entrer au sein des Pompes Funèbres Générales, avec les Hauts-de-Seine pour secteur. D’abord chargé des convois, voilà plus de vingt-deux ans qu’il était au cimetière d’Issy-les-Moulineaux. Nous lui devons les décorations magnifiques du 11 novembre et l’aspect du carré militaire. Mais comme à l’armée, la mort n’était jamais loin…

 

Alors, encore une fois, il s’échappait en peignant des tableaux, en vagabondant d’un sujet à l’autre sur Internet. Toujours passionné par le fait historique, et les rencontres qu’il faisait au cimetière où il était particulièrement apprécié et respecté. Je pense ici à Gildo qui parlait du Tanger international qu’il avait connu. Et puis, l’armée et l’Histoire de France revenaient toujours. Pendant des années, nous avons organisé des visites du cimetière et du carré militaire pour les jeunes élèves d’Anatole France : il s’agissait d’expliquer l’Histoire au moyen de sépultures de soldats. Là en parlant de la guerre aérienne avec un officier aviateur ; ici, en glorifiant le rôle des infirmières par l’intermédiaire de la tombe de Marguerite Montet, là encore, le rôle des fantassins, des travailleurs indochinois ou musulmans. Il lui arrivait aussi de mener des conférences, en parlant très intelligemment des troupes coloniales à des jeunes issus de l’immigration.

 

Chaque année, ou presque, nous nous rendions sur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, et notamment Rancourt, où nous connaissions bien Jean-Pierre et Marie-Thérèse Desain, les gardiens de la Chapelle du Souvenir Français. Il m’avait appris l’archéologie militaire et régulièrement, après un repas au Tommy’s à Pozières dans la Somme, nous revenions avec des kilos d’éclats d’obus, de douilles, ou autres souvenirs trouvés ici et là, juste en regardant le sol et en suivant les lignes d’antiques tranchées.

 

Nous devons aussi à Thierry la mise en valeur des tombes des victimes civiles des bombardements de 1942 et 1944 à Issy-les-Moulineaux et de six sépultures, contenant les restes d’un ou plusieurs Morts pour la France.

 

Ces dernières années, je voyais un Thierry qui riait moins, plus triste et se remémorant toujours ses souvenirs noirs qu’il me confiait au gré de nos sorties. En écrivant ces lignes, je pense à Giovanni et Elisa Gandolfo. Je veux leur dire ma peine, mon chagrin et ma compassion.

Thierry avait 59 ans et se préparait à la retraite avec sa compagne, Suzanne, au nord du Portugal. Je veux aussi dire ma compassion à Suzanne et sa petite Sabrina.

 

Les obsèques de Thierry Gandolfo se dérouleront le jeudi 7 janvier 2021, en l’église Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux, à 14h30.

 

 

Frédéric RIGNAULT

Président du Comité d’Issy-Vanves du Souvenir Français

Délégué général adjoint pour les Hauts-de-Seine

Lieutenant-colonel ad honores au sein de la Réserve Citoyenne du Gouverneur Militaire de Paris

A Thierry Gandolfo.

Lire la suite

Publié le 28 Décembre 2020

Pour 2021, soyons forts comme Maryse Bastié !

En 2021, il y aura 90 ans que Maryse Bastié s’emparait du record international de distance, avec 2 976 kilomètres.

 

Née en 1898, orpheline de père à l’âge de onze ans, elle devient ouvrière dans une usine de chaussures. Elle se marie et a un enfant qui malheureusement meurt très jeune. Elle se remarie à son filleul de guerre, le lieutenant pilote Louis Bastié qui l’initie à l’aviation.

Maryse Bastié se révèle pilote remarquable. En 1925, par six étapes, elle relie Bordeaux à Paris. C’est le début d’une carrière incroyable : trois années plus tard, elle décroche le premier record féminin de distance de vol (1 058 km) puis l’année suivante, le record international de durée de vol féminin (26 h 44 mn). Rien ne l’arrête, pas même la disparition de son époux dans un accident aérien.

En 1936, elle réalise la traversée féminine de l’Atlantique Sud en 12 heures et 5 mn. Ses records lui apportent une grande notoriété qu’elle utilise pour faire valoir les droits des femmes, comme celui de se présenter aux élections, de voter, d’être plus libre.

Active pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Croix Rouge et est membre des Forces Françaises Libres. Le Gouvernement lui décerne la Légion d’honneur à titre militaire (plus tard, elle sera reçue au grade de commandeur).

Ne pilotant plus, elle entre au service des relations publiques du Centre d’Essais en Vol de Brétigny-sur-Orge. En 1952, elle meurt dans un accident d’avion lors d’un meeting aérien à Bron, alors qu’elle était passagère d’un Noratlas. Elle était capitaine de l’armée de l’Air et totalisait plus de 3.000 heures de vol.

Alors en cette année 2021, oublions autant que possible l’environnement actuel et soyons forts, comme l’a été Maryse Bastié !

Bonne année 2021 et que celle-ci soit meilleure que 2020.

 

 

Frédéric Rignault

Président du Comité

Délégué général adjoint

LCL ad honores – Réserve Terre Ile de France

 

Lire la suite

Publié le 27 Décembre 2020

Le cimetière des Français Libres de Brookwood.

Le cimetière militaire de Brookwood est situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres. Il jouxte le cimetière civil créé pour regrouper les dépouilles après la saturation des cimetières de la capitale britannique.

Inauguré par la reine Elisabeth II en 1953, le cimetière militaire compte 5.075 sépultures de soldats du Commonwealth et 786 d’autres pays, dont des Canadiens (opération Jubilée de débarquement avorté à Dieppe en 1942), des Australiens, des Néo-Zélandais, des Africains du Sud et même des Italiens et des Allemands (certainement des prisonniers morts des suites de leurs blessures). Ces tombes concernent des soldats morts au cours de la Première Guerre mondiale et des morts au cours de la Seconde.

Il y a aussi des soldats de la France Libre du général de Gaulle. Ils sont au nombre de 244, parmi lesquels :

  • Le commandant Roger Baudouin, officier de l’armée de l’Air, dont l’avion se crashe en mer. Chevalier de la Légion d’Honneur.
  • Le sergent-chef Yves Chardon, Médaille de la Résistance avec rosette, mort à bord de son avion.
  • Henri Drouilh, Compagnon de la Libération, dont l’avion s’écrase à Colchester, alors que l’équipage avait sauté en parachute et qu’il cherchait à éviter que l’appareil ne tombe sur des habitations.
  • Le lieutenant Robert Garoux, de la 13e DBLE, mort des suites de blessures reçues à Narvik en 1940. Compagnon de la Libération.
  • Le sous-lieutenant Charles Ingold, Compagnon de la Libération, mort à l’occasion de son dernier vol d’entrainement.
  • Le lieutenant-colonel Albert Kohan, Compagnon de la Libération, mort des suites de ses blessures lors de son atterrissage en Angleterre.
  • Alfred Le Chevalier, victime civile française, tuée au cours d’un bombardement.
  • Abdourab Seif, de la marine marchande et engagé dans l’AMBC (Armement Militaire des Bâtiments de Commerce).
  • Jacques Tayar, Compagnon de la Libération, mort des suites de blessures lors de l’atterrissage de son avion, alors qu’il accompagne Albert Kohan.

 

Entretenu par la Commonwealth War Graves Commission, la partie française est régulièrement fleurie par la délégation anglaise du Souvenir Français.

 

Sources :

 

 

Lire la suite

Publié le 13 Décembre 2020

Un poste de surveillance armé autour de Cao Bang tenu par la Légion et équipé d’un mortier de 120 mm – Juillet-août 1950

Un poste de surveillance armé autour de Cao Bang tenu par la Légion et équipé d’un mortier de 120 mm – Juillet-août 1950

Les événements de l’automne 1950, connus sous le terme générique de bataille de Cao Bang, montraient à la France que la guerre d’Indochine avait changé de nature. Sans un changement de stratégie et sans un effort militaire conséquent, il serait très difficile de conserver l’Indochine sous son influence.

Pour comprendre la bataille de la RC 4, pour route coloniale n° 4 - ou de « bataille de Cao Bang » - quand bien même cette petite localité ne fut le théâtre d’aucun combat, il convient de remonter au mois d’octobre 1947. Le général Salan commande alors les Forces terrestres du Nord-Vietnam. Il lance l’opération Léa qui vise à la destruction de l’appareil politico-militaire vietminh dans le Tonkin. Si les résultats de l’opération restent mitigés, celle-ci permet toutefois la réoccupation de la zone frontière du nord-est du Vietnam. Le commandement y décide l’implantation de dizaines de postes ravitaillés par une unique voie de communication : la RC 4. Le Vietminh ne s’y trompe pas et commence, dès la fin de l’année 1947, à monter des embuscades de plus en plus meurtrières sur les convois de ravitaillement, attaquant également les garnisons les plus faibles. Au printemps 1949 et dans un contexte d’enlisement des opérations et d’impasse politique en Indochine, le gouvernement décide de confier au général Revers – l’équivalent de l’actuel CEMAT – une mission d’inspection en Indochine. Aux termes de cette dernière, il préconise l’évacuation des postes de la Haute région tonkinoise trop exposés aux coups de l’adversaire. Ceux de Bac Khan et Nguyen Binh seraient abandonnés en priorité tandis que « Cao Bang serait réduit à une occupation allégée étant entendu que ce poste serait replié devant une menace sérieuse ». 

 

L’évacuation de Cao Bang.

Pour différentes raisons, le "rapport Revers", pourtant entériné par le gouvernement, n'est pas suivi. En effet, des oppositions existent. Elles sont liées à la conduite de la guerre et aux différentes appréciations de situation des échelons politico-militaires. Il faut attendre le mois de septembre 1950 pour que l’opération d’évacuation de Cao Bang soit – enfin – décidée. Sa conception paraît simple : une colonne, forte d’environ 2 700 hommes commandée par le lieutenant-colonel Le Page, partirait de That Khé et se porterait au-delà de Dong Khé (opération Thérèse) pour « tendre la main » à la colonne Charton (environ 2 200 hommes et 900 civils) qui aurait évacué Cao Bang (opération Orage). La planification et la conduite de l’opération souffrent cependant de graves défauts et d’importantes erreurs sont commises. Ainsi, la capture de Dong Khé par l’armée populaire vietnamienne, le 18 septembre, n’entraîne aucune modification du plan initial. Le Page, pense-t-on un peu vite, n’aura "simplement" qu’à reprendre le poste… Or, il n’y parviendra pas. Les colonnes Le Page et Charton feront leur jonction le 7 octobre et disparaîtront sous les coups répétés des bataillons de l’armée. En effet, le Vietminh, dont une partie du commandement français a largement sous-estimé les capacités manœuvrières et la nouvelle puissance de feu, a très vite réagi aux premiers signes de l’évacuation et vu l’occasion de remporter une grande victoire. 

 

Au lendemain de la bataille.

Dans les jours qui suivent, des centaines d’hommes venus porter secours à leurs camarades disparaissent. Surestimant – cette fois – l’adversaire, le commandement local abandonne Langson le 17 octobre : des milliers de tonnes de nourriture et d’équipements divers tombent, intacts, aux mains du Vietminh. Aux lendemains de la bataille, le gouvernement français n’est pas encore prêt à lâcher l’Indochine et envoie un chef prestigieux, le général de Lattre de Tassigny, redresser la situation. Malgré son action, ce dernier écrira en septembre 1951 aux membres du gouvernement : « Il peut survenir une catastrophe en Indochine, il ne peut pas y surgir de miracle. » Trois ans plus tard, l’Histoire lui donnera raison…

 

Alexandre Zinani.

Alexandre Zinani nait à Boulogne-Billancourt le 11 juin 1925. Il habite Issy-les-Moulineaux au moment de son départ pour l’armée, où il s’engage. Il rejoint le 3e BCCP (Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes) à Vannes, où l’unité a été formée en janvier 1948. Des années plus tard, en Algérie, le 3e BCCP deviendra le 3e RCP et ses chefs les plus célèbres seront les colonels Bigeard et Trinquier. Aujourd’hui, cette unité s’appelle le 3e RPIMa. En attendant, le 3e est appelé en Indochine dès le mois de novembre 1948.

Le 3e est pratiquement anéanti lors de la bataille de Cao Bang. Son chef, le capitaine Paul Cazaux, est fait prisonnier par le Viet Minh, le 11 octobre. Interné au camp n°1, il refuse de se soumettre aux commissaires communistes vietnamiens. Il est condamné à mort par épuisement. Mais avant de mourir, Cazaux donne l’ordre à ses hommes de mentir durant les séances d’auto-critique afin d’augmenter leur chance de survie.

Ce même 11 octobre 1950, Alexandre Zinani trouve la mort sur le champ de bataille. Les postes qui jalonnaient la RC4 ont presque tous été éliminés par le Viet Minh dans les jours précédents. Les hommes, rendus fous par les bombardements et les attaques terribles de l’ennemi, se cachent comme ils le peuvent dans la forêt, marchent de nuit, escaladent les montagnes. Le 12 octobre, enfin, les rares survivants gagnent Na Cham où ils sont en sécurité.

 

Couvert par le général Carpentier et le général Marchand, remplaçant du général Alessandri, opposé à l'évacuation de Cao bang et parti défendre son point de vue en métropole, le colonel Constans panique et abandonne Lang Son, notamment son artillerie lourde, ses munitions, armes et réserve de vivre. Le 17 octobre, la garnison de Lang Son évacue la ville et rejoint le delta du Tonkin, sans pertes. Le ministre d’Etat chargé des relations avec les Etats associés M. Jean Letourneau, vient le 20 octobre à Phu Lang Thuong (non loin d’Hanoï sur la RC 1), lieu de rassemblement des rescapés de la RC 4, dès l’annonce du désastre, accompagné du général Juin, Résident général du Maroc, et du haut-commissaire M. Pignon.

 

En France et partout dans le monde, l’annonce du désastre est douloureusement ressentie.

 

 

 

Sources :

Ce texte a été écrit par le commandant Ivan Cadeau et a été publié dans le cadre du journal TIM 5terre Info Magazine) en 2020.

Les photographies sont issues du fonds de l’ECPAD.

Le texte relatif à Alexandre Zinani a été écrit par le SF d’Issy-Vanves.

Encyclopédie Wikipédia.

Alexandre Zinani.

Alexandre Zinani.

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine