Janvier 1917 dans les tranchées.

Publié le 7 Janvier 2017

Janvier 1917 dans les tranchées.

 

Faire des recherches historiques s’apparente à un jeu de pistes où des hypothèses sont souvent émises, le doute est permis, mais la vérité est toujours poursuivie. L’une des fautes généralement commise consistant à juger, d’une part, et d’autre part à jauger à l’aune du présent ce qui est passé.

 

Il est donc important de raconter et de placer en perspective. Voyons quelques-uns des éléments de la Première Guerre mondiale, avec un siècle de décalage…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Ouest.

 

1917 débute sous un mauvais signe pour l’armée française. Certes les Allemands n’ont pas pris Verdun. Mais la bataille, qui a duré près de 10 mois entre février et décembre 1916, a été une véritable boucherie, engloutissant près de 300.000 tués de part et d’autre. Et la bataille – la défaite – de la Somme a été plus terrible encore avec plus de 206.000 morts ou disparus du côté britannique et près de 70.000 du côté français. Le tout en l’espace de quelques semaines seulement. Partout des soldats se lèvent et commencent d’haranguer les camarades en expliquant les folies de cette guerre. Dans quelques semaines interviendront les premières mutineries… Au total, il y aura 3.500 condamnations dont plus de 500 condamnations à mort mais « seulement » 49 effectives (il y en avait eut plus en 1914 et surtout en 1915). Le général Pétain, le bon général Pétain, étant entre temps parvenu au sommet de la hiérarchie militaire. Les anciens s’en souviendront vingt-trois ans plus tard…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Est.

 

La Russie tsariste de Nicolas n’arrive plus à soutenir une guerre contre des ennemis allemand et autrichien mieux équipés et mieux organisés. Comme pour toutes les nations en guerre, les efforts demandés au détournement et à l’augmentation de la production industrielle, de même qu’à la production agricole, désorganisent la société russe. Des émeutes de la faim éclatent un peu partout dès janvier 1917. Elles sont les prémisses à une révolution qui dans les mois suivants va prendre le nom de bolchévique.

 

Ainsi au mois de mars, une première révolution éclate. Elle porte au pouvoir la bourgeoisie libérale qui entend continuer la guerre alors que les soviets, de plus en plus influents, exigent la paix. Ces soviets qui l’emportent au cours d’une seconde révolution, en octobre de la même année, et débutent les pourparlers de paix avec les Empires Centraux.

 

 

Dans les Balkans.

 

Les situations dans les Balkans ne sont jamais simples. En 1914, la Serbie, alliée de la Triple Entente (Grande-Bretagne, France et Russie) est rejointe par l’Albanie dès septembre 1914, le Monténégro et la Roumanie en 1916 et la Grèce en 1917. Cette dernière ayant longuement hésité entre les deux camps. Du côté des Empires centraux, l’Empire ottoman en octobre 1914 puis la Bulgarie une année plus tard, deviennent des alliés.

 

La Première Guerre mondiale commence par la défaite de l’armée serbe qui doit son salut dans sa fuite à travers les montagnes albanaises. S’ensuit la décision par la Triple Entente d’ouvrir un second front avec l’intervention dans la région des Dardanelles, partie du détroit du Bosphore. Mais l’expédition s’avère catastrophique et les gouvernements anglais et français se voient dans l’obligation de replier leurs troupes sur l’Egypte et la Grèce, dans la région de Salonique.

 

En novembre 1916, les Français et les Anglais réussissent à reprendre la ville de Monastir, dans l’actuelle Macédoine, aux troupes bulgares. Le général français Sarrail veut profiter de cette victoire pour forcer son destin. Il planifie pour le printemps 1917 une vaste offensive pour attaquer la Bulgarie et les Empires centraux par le sud. Le temps de la reculade est fini. Bientôt l’espoir va changer de camp et les soldats français de Salonique vont pouvoir abandonner les jardins qu’ils cultivent afin d’éviter le scorbut et la malaria pour reprendre leurs armes.

 

 

Au Moyen-Orient.

 

Au Moyen-Orient, les combats commencent dès le début de la Première Guerre mondiale. En janvier 1915, les Ottomans tentent de prendre le canal de Suez aux Anglais, alors puissance colonisatrice de l’Egypte. Les Turcs sont sévèrement battus.

 

En 1917, les Britanniques étendent leur zone d’opération contre le Palestine ottomane. Les premières batailles sont lancées mais les Ottomans résistent. En octobre 1917, après six mois de préparation, les Britanniques lancent une nouvelle offensive, fructueuse celle-là car elle leur permet en quelques semaines d’être aux portes de Jérusalem. En Arabie, le colonel Lawrence, envoyé par le général Archibald Murray, commandant du corps expéditionnaire égyptien, pour opérer en tant que conseiller militaire auprès de l’émir Fayçal, organise la prise du port d’Aqaba dans l’actuelle Jordanie. Mais plutôt que de le prendre par la mer, il fait traverser le désert à des milliers de bédouins. Au passage il réunit plusieurs tribus arabes. La défaite ottomane est consommée.

 

Au même moment, du côté diplomatique, Anglais et Français se mettent d’accord pour se partager une grande partie du Moyen-Orient en deux zones d’influence. Ce sont les Accords Sykes-Picot qui vont engendrer à la fois la paix mais aussi des zones de tensions qui perdurent encore aujourd’hui…

 

 

En Afrique.

 

Il est logique pendant la Première Guerre mondiale de se faire la guerre entre ennemis, même à des milliers de kilomètres de l’Europe. Les puissances colonisatrices vont allègrement franchir le pas en 1914. En Afrique de l’Est, au Tanganyika (Tanzanie), colonie allemande, les troupes doivent affronter celles de l’Empire britannique installées au Kenya. Les Allemands subissent une sévère défaite et reculent au Mozambique. Là, elles vont combattre contre les Portugais qui sont la puissance colonisatrice du pays et qui sont alliés des Anglais et des Français.

 

Mais autant les Anglais se sont préparés autant les Portugais ne le sont pas. Ils se font littéralement étrillés.

 

 

Les Etats-Unis.

 

Le président Woodrow Wilson, ancien gouverneur de l’Etat du New Jersey, non loin de celui de New-York, a été élu pour un premier mandat le 5 novembre 1912. Il est réélu – de justesse – quatre années plus tard en 1916 sur le slogan suivant : « Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi ». En dépit de relations particulièrement détériorées avec le Reich allemand, les Etats-Unis cherchent à être fidèles à une politique qu’ils suivent depuis près d’un siècle : l’isolationnisme. En effet, en 1823, le président américain Monroe a présenté sa conception de la politique étrangère : que les Etats-Unis n’interviennent pas dans les affaires de l’Europe comme les puissances européennes ne doivent pas intervenir dans celles des Amériques.

 

Tout au long du siècle écoulé les Etats-Unis ont eu pour but premier de se constituer un vaste territoire géographique et économique. Ils ont dû par la suite affronter une guerre civile – la Guerre de Sécession – particulièrement meurtrière et destructrice.

 

Aussi, n’est-il pas question d’interférer dans ce conflit mondial, mais principalement européen. En janvier 1917, le président Wilson propose qu’il soit mis fin à la guerre en plaidant pour une paix sans vainqueurs. Wilson sait ce que les Etats-Unis doivent à la France pendant la Guerre d’Indépendance ; il sait aussi que les Allemands cherchent par tous les moyens à les entraîner dans la guerre (torpillage du Lusitania, ce paquebot anglais où vont périr plus d’un millier de personnes dont 114 Américains).

 

Mais 1917 marque également la fin de cette posture. Dès le mois de février, devant le non respect par l’Allemagne des pays neutres, les relations diplomatiques sont rompues (les Allemands ont décidé de couler tous les navires qui s’approchent de l’Europe – y compris ceux relevant de pays neutres). En avril, Wilson fait un discours au congrès pour demander une déclaration de guerre à l’Allemagne ; demande acceptée le 6 de ce mois. En octobre 1917, les premiers campements de soldats américains sur le sol français sont installés non loin de Nantes. Le président vient d’ouvrir le chapitre de « l’interventionnisme américain », doctrine toujours en vigueur un siècle plus tard…

 

 

 

Sources :

 

  • Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

 

 

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Première Guerre mondiale

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