Richard Marillier: la dernière mission du baroudeur.

Publié le 29 Janvier 2017

Le capitaine Marillier au Fort des Rousses.

Le capitaine Marillier au Fort des Rousses.

Décidément, ce début d’année 2017 est bien triste. Après avoir perdu Madame Glavany et son époux, le général Roland Glavany, le Souvenir Français d’Issy-Vanves voit disparaître deux de ses amis : Raymond Pétrus, Délégué général adjoint de notre association pour la Nièvre, et le colonel Richard Marillier.

 

Richard Marillier, c’était à la fois un compagnon de route d’une équipe digne des « Tontons Flingueurs » avec Jean Carmet, René Fallet, Jean Amadou, Antoine Blondin et bien d’autres encore. C’était l’aventure de la guerre d’Algérie puis l’engagement dans l’armée de terre, le Fort des Rousses en tant qu’officier chargé de la création d’un centre d’entraînement commando. C’était l’aventure du cyclisme avec Simplex puis les équipes militaires, le poste de Directeur Technique National, le Tour de France et l’Union Cycliste Internationale. Enfin, Richard Marillier était aussi un écrivain avec une œuvre de plus d’une dizaine d’ouvrages.

 

Segoule et le Vercors.

 

Richard Marillier nait le 22 avril 1924 à Garnay, non loin de Dreux. Jeune, il perd sa mère. Son père l’emmène en Bourgogne, dans un hameau du nom de Segoule, non loin de Saint-Benin d’Azy, au cœur du Nivernais. Là, Richard est élevé par sa grand-mère Clémentine. De cette époque, il tirera un ouvrage très beau : Grandir à Segoule.

 

Adolescent, il est envoyé pour faire des études à Grenoble. Avec des camarades, il rejoint la Résistance. Il combat au sein de la Section Chabal du maquis du Vercors. Richard Marillier : « L’histoire du Vercors est, à la fois, simple dans sa conception et très compliquée dans sa réalisation. De quoi s’agissait-il ? Tout simplement de faire du massif – véritable forteresse naturelle – une terre d’accueil et de recueil pour des unités parachutistes en liaison avec un débarquement dans le midi. En fait, il existait un décalage entre ce que le BCRA d’Alger prescrivait et les moyens nécessaires dont il ne disposait pas. Le maquis du Vercors ne disposait, le 6 juin, ni des effectifs ni de l’armement nécessaires. La suite, on la connaît : 15.000 soldats allemands (chasseurs de montagnes, bataillons de Volontaires de l’Est (« Mongols »), artillerie divisionnaire, 240 aviateurs, des panzers divisions, des parachutistes) sont déployés et attaquent. La bataille dure 56 heures ; le bilan est éloquent : l’Histoire retiendra que 629 maquisards auxquels il convient d’ajouter 210 civils y perdront la vie, ce qui signifie, si l’on s’en réfère aux chiffres officiels de l’Association des Pionniers du Vercors, que plus de 3.000 combattants ont pu, soit survivre dans le maquis au milieu des Allemands, soit quitter ce même plateau par des issues de secours. »

 

Le général de Gaulle ne manquera pas de décorer les soldats de cette section le 5 novembre 1944 à Grenoble.

 

Officier au sein de l’armée de terre.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Richard Marillier rentre sur la Nièvre. Il part en direction de Dijon, capitale de la Bourgogne afin d’y décrocher un emploi. Là, il rencontre sa future femme, Jeanine, fille de Lucien Juy, créateur du dérailleur Simplex et de l’usine du même nom. Pendant près de dix ans, Richard Marillier va œuvrer pour cette entreprise, notamment en y montant une équipe cycliste afin de faire connaître les produits de l’usine et le dérailleur fameux.

 

En 1956, rappelé par les autorités, Richard Marillier doit effectuer une période militaire en Algérie. D’abord lieutenant de réserve au sein du 494e RI, il signe un engagement et ne quittera le sol algérien qu’en 1963, après commandé plusieurs commandos et œuvré pour les services secrets français. A ce titre, il fait partie de ceux qui découvrent en 1963 l’attaque envisagée de l’Algérie sur le Maroc. Mais les Marocains, prévenus par les autorités françaises, éviteront l’effet de surprise et, renversement de situation, renverront « manu militari » les envahisseurs chez eux (la « Guerre des Sables »). Il rentre en France avec le grade de capitaine.

 

L’armée de terre lui confie des missions liées au sport : moniteur de l’Ecole d’Antibes, prévôt de boxe, entraîneur national d’athlétisme au Bataillon de Joinville, initiateur de football et créateur du centre d’entraînement commando du Fort des Rousses.

 

Rappelé par d’anciennes connaissances du cyclisme, Richard Marillier quitte l’armée de terre : « Un jour je demandais à être reçu par la DPMAT, boulevard Saint-Germain à Paris. Un colonel de la Légion étrangère me dit : « Vous avez des notes de maréchal de France, vous êtes décoré jusqu’au nombril mais vous n’avez pas d’origine. Vous sortez du rang. Alors, vous finirez vieux commandant occupé à compter les chaussettes dans un régiment. Si on vous propose un poste au niveau national où vous pouvez continuer à servir le pays, allez-y. Mais attention, ne lâchez rien. Ne quittez pas l’armée. Elle ne vous le pardonnerait pas. Faites vous détacher. Bonne chance, mon vieux ».

 

L’aventure du cyclisme.

 

Ainsi, Richard Marillier va devenir Directeur Technique National du cyclisme français pendant onze ans, de 1970 à 1981. Sous sa direction, Cyrille Guimard est 2e au championnat du monde ; Régis Ovion est champion du monde amateur en 1971 ; en 1974, Raymond Poulidor et Mariano Martinez finissent 2e et 3e. En 1977, Josiane Bost est championne du monde. Lors de ces mêmes championnats, au Venezuela, Richard Marillier est contacté par les services secrets pour servir de couverture à une opération commandée par le futur général Rondot. Il s’agit d’intercepter le terroriste Carlos. L’opération échouera.

 

Consécration à Sallanches en 1980 avec le titre de champion du monde pour Bernard Hinault. Par la suite, Richard Marillier est nommé directeur adjoint délégué du Tour de France. Président de la Ligue du Cyclisme professionnel, membre du Comité Directeur de l’Union Cycliste Internationale de 1989 à 1992, Richard Marillier fait valoir ses droits à la retraite l’année suivante. Il continue à œuvrer dans le vélo avec le Tour Nivernais-Morvan et la Route Nivernaise. Puis, il se met à l’écriture et jusqu’en 2003, il va sortir pas moins d’une dizaine d’ouvrages le Vercors, ses aventures en Algérie, sur le monde du cyclisme, et quelques romans, bien souvent édités aux Editions de l’Armançon, maison bourguignonne dirigée par Gérard Gauthier.

 

Richard Marillier était, entre autres, commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Il vivait aux Assarts, sur le commune de Vitry-Lâché, dont il avait été le maire de pendant douze ans.

 

Ses obsèques se dérouleront le mercredi 1er février 2017 à 15h en l’église de Saint-Benin-des-Bois dans la Nièvre.

Richard Marillier et Bernard Hinault.

Richard Marillier et Bernard Hinault.

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Portraits - Epopées - Associations

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