La Coloniale.

Publié le 1 Avril 2017

La Coloniale.

Les Troupes coloniales apparurent en 1900, lorsque l’ensemble des troupes terrestres dépendant du ministère de la Marine, appelées troupes de marine (ou Marsouins, du nom de ces cétacés qui suivent les bateaux comme les soldats qui étaient à bord mais sans être des marins), furent transférées sous les ordres du ministère de la Guerre. Elles disparurent en 1958 lorsque, les colonies ayant acquis leur indépendance, la mission de ces troupes fut redéfinie. Elles reprirent alors le nom de troupes de marine, tout en restant dans l’armée de terre.

 

Les Troupes coloniales, dite « la Coloniale » qui dépendaient d’un seul état-major général, regroupaient deux grands types d’unités :

 

  • L’infanterie coloniale française et l’artillerie coloniale, entre 1900 et 1958, appelés « Coloniale blanche » et composés en majorité d’engagés métropolitains (un bon exemple étant les régiments de zouaves).
  • Les tirailleurs indigènes, hors Afrique du Nord (tirailleurs sénégalais – ou maliens ou nigériens ou burkinabais… –, tirailleurs malgaches, tirailleurs indochinois) formés de sujets français des colonies, commandés par des officiers français.

 

Historique.

Les troupes dites « coloniales » ou de « marine » furent créées en 1622 par le cardinal Richelieu sous le nom de « Compagnies ordinaires de la mer ». Embarquées à bord de navires, elles avaient différentes missions, dont les combats lors d’abordages, et étaient placées sous l’autorité du ministère de la Marine.

 

Les conquêtes coloniales incitèrent l’Etat à positionner des troupes à terre, de défense, de commerce, d’occupation… Vers le milieu du 19e siècle, les combats d’abordage n’existant plus, les troupes de marine restèrent à terre, à travers le monde.

 

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, la Division Bleue (comme la mer et comme certains des uniformes) réunit l’infanterie de marine et l’artillerie de marine (les « Marsouins » et les « Bigors » - nom qui leur vient du bigorneau qui s’accroche aux rochers comme les artilleurs s’accrochaient aux territoires qui leur étaient confiés). Après la guerre, elles participèrent à la conquête coloniale. Dès 1885, la Troisième république créa le 3e régiment de tirailleurs tonkinois, formés d’hommes venant d’Indochine.

 

La loi du 7 juillet 1900 fit de ces soldats des « Troupes coloniales ». Cinq années plus tard, l’effectif de l’armée coloniale stationnée dans la métropole était de 2.123 officiers et 26.581 hommes de troupe et l’effectif entretenu aux colonies était de 1.743 officiers, de 21.516 hommes de troupes européens et de 47.868 soldats indigènes.

 

La Première Guerre mondiale.

En 1914, à la veille de la Grande guerre, les troupes coloniales comptaient 102 bataillons et 39 batteries, dont 36 bataillons en métropole et 21 bataillons en Afrique du Nord. Dans ce total de 102, la « Force Noire » (les troupes issues de l’Afrique noire) représentait le quart. Ces unités étaient réparties en un corps d’armée en métropole et six groupes dans les colonies.

 

La fin de la Première Guerre mondiale fut marquée par une profonde réorganisation des Troupes coloniales. La pénurie de main d’œuvre due aux pertes effroyables consenties pendant cette guerre (1.355.000 morts et 3.595.000 blessés), expliquait en partie cette situation. Un ralentissement marqué du recrutement des jeunes engagés fut constaté. De plus, les rigueurs budgétaires imposées par l’effort de reconstruction, et l’absence de menace de la part de l’Allemagne vaincue, eurent raison d’une grande partie de l’infanterie française.

 

Les Troupes coloniales virent alors près de 80% des régiments qui la composaient dissous. Seuls subsistèrent en tant que régiments blancs, les 3e, 21e, 23e RIC en métropole, les 9e et 11e RIC en Indochine, le 16e RIC en Chine. Pour pallier cette carence, il fut alors décidé d’incorporer des soldats indigènes (Sénégalais, Malgaches et Indochinois). Tout comme les unités Nord-Africaines (Tirailleurs algériens, tunisiens, marocains), les RTS s’avérèrent plus économiques et plus dociles que les unités blanches.

 

C’est ainsi que Perpignan récupéra un régiment colonial, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais, régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérita des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur. La plus grande partie de l’effectif était désormais constituée par des soldats africains, communément appelés « Tirailleurs sénégalais » ou « soldats indigènes », tous originaires des diverses colonies de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Les soldats européens, en petit nombre, tenaient des emplois de spécialistes (transmissions, servant d’engins, secrétaires) et étaient destinés, en principe, aux pelotons d’élèves gradés, caporaux et sergents. Il n’en demeure pas moins que nombre « d’indigènes » devinrent eux-aussi des élèves gradés et des sous-officiers. Cette période de réorganisation puis, à partir de la réoccupation de la Rhénanie en mars 1936, de préparation au nouveau conflit mondial qui menaçait, fut vécue dans une atmosphère de recueillement, comme dans tous les corps de l’armée française, et les missions de temps de paix habituelles furent remplies avec entrain. En métropole, séjours annuels à Mont Louis en Cerdagne et au camp du Larzac, où l’on se rendait à pied. Au plan colonial, relève semestrielle des effectifs indigènes (le séjour des Sénégalais en France était en principe de trois ans), qui rythmaient l’activité du régiment basée sur l’instruction des contingents des recrues sénégalaises (renouvellement tous les six mois). Bien entendu, le service outre-mer des cadres avait repris régulièrement dès la fin de 1927, ainsi que les exercices de mobilisation, de plus en plus fréquents, avec une participation accrue de cadres de réserve destinés au 24e RTS et au 44e RICMS, son dérivé.

 

La Seconde Guerre mondiale.

En 1939, les troupes coloniales formaient environ un quart du total des forces françaises. Une bonne partie d’entre-elles resta basée dans les colonies. Lors de la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945, la France fit appel à son Empire et à ses troupes coloniales, notamment aux régiments de tirailleurs sénégalais. Là encore, il convient de ne pas oublier, parfois, la poursuite et le massacre systématique des soldats africains par les troupes allemandes pendant cette période.

 

Après la défaite de 1940, les coloniaux étant présents dans un Empire qui n’avait pas entièrement fait allégeance au maréchal Pétain et au régime de Vichy (l’Afrique Equatoriale Française par exemple) furent parmi les premiers à reprendre les armes. Un certain nombre rejoignit sans tarder le général de Gaulle à Londres. En Afrique, le général Leclerc et sa 2e division blindée, qui comptait parmi ses unités le régiment de marche du Tchad (RMT) et le 3e régiment d’artillerie coloniale (3e RAC), remonta depuis le fin fond du Tchad vers la Libye et la mer Méditerranée.

 

Les campagnes d’Erythrée, de Crète, de Tripolitaine, de Libye, du Levant virent s’illustrer les troupes coloniales. Il en fut de même avec la 1ère Division de la France Libre, le 1er régiment d’artillerie coloniale, le bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique. Ces mêmes troupes, renforcées d’unités européennes, prirent la direction de l’Italie (Monte Cassino) puis participèrent à la libération de l’île d’Elbe, la Corse et enfin la métropole.

 

Après 1945.

Bien entendu, après 1945, les troupes coloniales furent appelées à défendre l’Empire. Ce fut le cas pour l’Indochine (1945-1954) puis l’Algérie (1954-1962).

 

En 1967, les colonies ayant « vécus », l’armée de terre fusionna l’infanterie et l’artillerie coloniales au sein des troupes de marine. Comme un retour aux sources et aux appellations d’origine. A nouveau, sa mission consiste à mettre en place rapidement des moyens de défense et d’intervention dans des territoires géographiquement éloignés de la métropole et d’assurer une présence continue des forces françaises dans la France d’outre-mer, ainsi que dans certains pays alliés.

 

Traditions.

La fête des troupes de marine est célébrée à l’occasion de l’anniversaire des combats de Bazeilles, du nom de ce village qui fut quatre fois repris et abandonné sur ordre, les 31 août et 1er septembre 1870 (l’épisode le plus célèbre étant celui des « Dernières cartouches » magnifié par le peintre Alphonse de Neuville).

 

Leur devise est « Et qu’au nom de Dieu, vive la coloniale » : les Marsouins et les Bigors n’ont pas la prétention de prendre pour saint patron Dieu lui-même. Son origine est une action de grâce du bienheureux père Charles de Foucauld, missionnaire, voyant arriver à son secours les unités coloniales, un jour où il était en grande difficulté avec une tribu locale. Les coloniaux n’avaient pas hésité à franchir la frontière du Soudan français pour venir à son secours dans le Hoggar. Depuis, ce cri de guerre termine les cérémonies intimes qui font partie de la vie des unités des troupes de marine.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Larousse, Universalis, Wikipédia.
  • Soldats de la République Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente. France mai-juin 1940. Éditions L'Harmattan. Paris décembre 2010.
  • Ministère de la guerre, Revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • Ministère des forces armées ; Ministre de la France d'outre-mer, Tropiques: revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • L'Armée d'Afrique, Alger, Éditions Aumeran, mensuel.
  • Ned Noll, Histoire de l'armée coloniale, Paris: Berger-Levrault, 1896.
  • Ferdinand Burot; Maximilien Albert Henri André Legrand, Les troupes coloniales, Paris, Baillière, 1897-98.
  • Les Troupes de marine 1622-1984, Paris: Charles-Lavauzelle, 1991.
  • Robert Hure, L'Armée d'Afrique: 1830-1962, Paris: Charles-Lavauzelle, 1977.
  • Olivier, capitaine, Les troupes noires de l'Afrique orientale française, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1903.

 

 

 

Voici, dans l’album de photographies ci-dessous, des images des troupes coloniales, dont principalement des affiches de propagande et d’enrôlement.

 

La Coloniale.
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Rédigé par Souvenir Français Issy

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