Jacques Vignaud.

Publié le 17 Juin 2017

Jacques Vignaud donne une conférence sur la Résistance au collège Henri Matisse – Juin 2008.

Jacques Vignaud donne une conférence sur la Résistance au collège Henri Matisse – Juin 2008.

Nous avons eu la douleur de perdre notre ami et adhérent, Jacques Vignaud, le 3 juin 2017, à l’âge de 91 ans. Avant son inhumation dans le caveau de famille au cimetière de Notre-Dame de Fontenay-le-Comte, un hommage lui a été rendu le jeudi 8 juin 2017, en l’église Saint-Benoît à Issy-les-Moulineaux, en présence de sa famille, ses amis, de Madame le sénateur Isabelle Debré et du Souvenir Français.

 

« Mon cher Jacques,

 

Nous y voilà. Ce dernier voyage dont tu me parlais souvent. Ce dernier voyage qui en vaut bien un autre aurait dit ton ami Gilbert Prouteau, le Chouan, qui s’y connaissait comme toi en impertinence, en philosophie de la vie mais aussi en contrepèteries et autres calembours.

 

D’autres voyages. Bien sûr. Celui que nous avons fait ensemble, au Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux et Vanves pendant près de 10 ans. Quand toi le Gaulliste, tu m’écrivais ton histoire, celle de la Résistance, celle de ton parcours chez Time Life Magazine – où les Américains t’avait demandé de prendre les Parisiens en photos – ou plus tard dans le monde de la chimie, de l’apprentissage des langues ou encore des œuvres des Auberges de Jeunesse. Celui de ton engagement auprès des jeunes et en particulier du collège Henri Matisse.

 

Le voyage. Celui qui t’a amené à me parler de ton engagement dans la Résistance au 93e RI. Engagement dont tu parlais peu comme souvent ceux qui ont connu les combats. Tu n’as d’ailleurs jamais demandé les médailles auxquelles tu avais pourtant droit. Pensez donc : un adolescent qui fait écrire à sa mère « je ne rentrerai pas ce soir, car je rentre dans la Résistance ». Cet engagement qui fait te battre contre l’ennemi allemand dès tes premiers jours, vêtu d’un uniforme anglais, un peu trop grand, et sachant à peine te servir de la mitraillette que tes supérieurs t’ont confié. De missions de reconnaissance en combats et embuscades tu multiplies les coups dans la région de la Charente-Maritime.

 

En janvier 1945, avec quelques compagnons d’infortune, tu te retrouves bloqué par les Allemands à Marans, dans la Sèvre niortaise. Sonne l’heure de la retraite à travers les marais. Dans une maison, vous allez trouver refuge. Vous vous installez au premier étage pour mieux surveiller les alentours. Sans imaginer une seule seconde que les Allemands vont eux, dans la nuit, loger au rez-de-chaussée. Ils sont dix fois plus nombreux et mieux armés. Vous voilà prisonniers. « Faits comme des rats, des rabougris », aurait encore dit Gilbert Prouteau. Puis c’est l’évasion, digne d’un film d’aventure, avec des copains qui tombent, fauchés par la mitraille ennemie, une patrouille de la Wehrmacht qui ne regarde pas ou qui refuse de regarder trois jeunes gars qui se cachent dans les rues de la Rochelle. « De jeunes pouilleux, mais qui ont aussi libéré la France » aurait ajouté Maurice Druon.

 

Alors le voilà ton dernier voyage. Tu vas rejoindre ta chère Vendée. Tu vas retrouver, quelque part du côté de Mouilleron-en-Pareds Georges Clemenceau et le général de Lattre de Tassigny, tes idoles.

 

Une dernière fois je souhaiterais que l’on puisse t’entendre. Tu disais : « C’en est terminé de notre guerre. Bientôt les Allemands se rendent en masse. Notre joie est indescriptible. Pourtant. Ombres funestes. Je pense à tous nos camarades qui n’ont pas eu notre chance, qui se sont battus et ont été tués, qui se sont fait prendre, alors que la liberté s’offrait à eux. Ainsi, je pense particulièrement Paul Couzinet, Joseph Martin et Paul Rolland, qui ont été arrêtés alors qu’ils étaient au rez-de-chaussée de la caserne et que les premières évasions venaient d’être découvertes. Ils ont été lâchement abattus par la soldatesque ennemie et c’est un crime impardonnable. Nos combats sont demeurés au second plan, inconnus. Mais cela n’est ni tout à juste ni tout à fait bon. Le Devoir de Mémoire est indispensable si l’on veut que nos jeunes disposent encore aujourd’hui du patrimoine national que nous avons contribué à reconquérir. »

 

 

CDT (RC) Frédéric RIGNAULT

Président

Délégué général adjoint pour les Hauts-de-Seine.

 

 

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Portraits - Epopées - Associations

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