Portrait de Lucie Aubrac.

Publié le 21 Septembre 2007

 

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Le 14 mars 2007, à l’Hôpital Suisse d’Issy-les-Moulineaux, disparaissait une grande dame de la Résistance : Lucie Aubrac.

 

Lucie Aubrac, de son vrai nom Bernard, puis épouse Samuel, voit le jour le 29 juin 1912, dans une famille de viticulteurs du Mâconnais. La jeune Lucie suit de brillantes études, qui l’amènent à passer avec succès le concours de l’Ecole normale primaire et devenir professeur. Rapidement indépendante, en accord avec l’esprit de rébellion, la jeune femme s’engage dans les Jeunesses communistes à l’âge de vingt ans. Pour autant, son refus de l’embrigadement lui dicte de ne pas suivre les cours de l’Ecole de Moscou.
Agrégée d’histoire, nommée professeur à Strasbourg, Lucie y fait la connaissance de sa vie : Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées, issu de la bourgeoisie juive et de deux ans son cadet. Ils se marient en 1939. A l’automne 1940, Lucie et Raymond Samuel se réfugie à Lyon. Lors d’un passage à Clermont Ferrand, Jean Cavaillès, qui fut le collègue de Lucie à Strasbourg, leur présente Emmanuel Astier de la Vigerie. Celui-ci a créé, dès le début de la guerre, une organisation anti-nazie dénommée « La dernière colonne ». Dès lors, le couple donne tout son temps libre à cette organisation.

L’année suivante, Lucie et Raymond Aubrac (ils ont emprunté ce nom à un personnage de roman policier), entrent de plus en plus en clandestinité et participent au mouvement de Résistance « Libération » dont Emmanuel Astier de la Vigerie est l’âme fondatrice. Ce qui n’empêche pas la jeune femme de conserver son métier de professeur. Jusqu’en novembre 1943, elle enseigne au lycée de jeunes filles Edgard Quinet de Lyon. « Libération » devient rapidement l’un des plus importants mouvements de la Zone sud, avec « Combat » d’Henry Frenay. Chargé de la branche paramilitaire de l’organisation, Raymond Aubrac est arrêté une première fois en mars 1943. Il est libéré grâce à l’action de son épouse.

Le 21 juin 1943, Raymond Aubrac participe, à Caluire, à une réunion importante, en compagnie de plusieurs hauts membres de mouvements clandestins, dont Jean Moulin, chef du Conseil National de la Résistance. Les hommes de Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, au courant de la situation, entourent la villa Castellane qui sert de couverture aux résistants. Tous les hommes sont arrêtés.

Lucie Aubrac monte alors une opération armée pour faire libérer son époux et ses compagnons. Se faisant passer pour la fiancée du prisonnier, Lucie, prétendument enceinte, rencontre Klaus Barbie et lui demande d’autoriser le mariage en prison. Raymond peut être fusillé ; il ne peut laisser la jeune femme dans le déshonneur. A l’occasion de ces rencontres, Lucie fait passer des plans d’évasion à son mari. Pendant un transfert, le 21 octobre 1943, elle décide avec ses compagnons de passer à l’action. Le camion dans lequel se trouvent Raymond et quatorze résistants est attaqué. Quatre soldats allemands trouvent la mort dans l’accrochage. A la suite de cette action, le couple Aubrac rejoint Londres. C’est là que leur fils, Jean-Pierre, nait en février 1944.
Après la guerre, Raymond Aubrac est nommé, à Marseille, Commissaire de la République. De son côté, Lucie Aubrac représente le Mouvement de libération nationale à l’Assemblée consultative à Paris. Par la suite, redevenue professeur, elle utilise sa notoriété dans des combats pour la décolonisation du Maroc et de l’Algérie, participe aux instances dirigeantes du Mouvement de la Paix, d’inspiration communiste, s’engage auprès d’Amnesty international et de différentes associations de défense des Droits de l’homme.
Grand officier de la Légion d’honneur, Lucie Aubrac est l’auteur de plusieurs ouvrages : La Résistance (R. Lang 1945) ; Ils partiront dans l’ivresse (Le Seuil, 1984) ; La Résistance expliquée à mes petits-enfants (Le Seuil, 2000).

En 1997, l’histoire des Aubrac est portée à l’écran grâce à un film réalisé par Claude Berri.
 

Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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