De Sivas à Issy, une histoire de France - 4/4

Publié le 14 Décembre 2007

4 – De Sivas à Issy : à Issy-les-Moulineaux

 

« Nous sommes arrivés rue Madame, aux Epinettes, en 1943 » reprend Marie-Antoinette. « Nous logions au numéro 7. Peu de temps après notre installation, notre fille, Arlette est née. J’allais chercher du lait en boîte à la Croix Rouge, avenue de Verdun, en face de l’annexe de l’hôpital psychiatrique. Mon lait maternel n’était pas bon. Cela était dû à une terrible peur que nous avions connue, Georges et moi, à Meudon, alors que j’étais enceinte. Nous étions chez mon beau-frère. Tout à coup, nous avons entendu une déflagration terrible. Une bombe venait de tomber dans un jardin, juste dans notre dos ». 

Georges Mouchmoulian : « La vie était difficile. Une fois que j’ai été rétabli, j’ai repris mon métier de garçon coiffeur. Je n’ai pas tenu longtemps. Je travaillais à Boulogne et pour couper les cheveux, il faut avoir les bras en l’air. Ma blessure à l’épaule me faisait mal. Je ne pouvais plus bouger le bras comme avant la guerre. Alors, j’ai arrêté. Au moment de notre installation rue Madame, nous avons ouvert un atelier – dans notre salon – de culottier. Un métier qui ne doit plus exister. Nous recevions des patrons de métiers particuliers, de militaires, la Garde républicaine par exemple, et, pendant que je découpais et je cousais à la machine, Marie-Antoinette assurait les finitions, à la main. Nous faisions de la qualité, du sur-mesure ». 

Marie-Antoinette Mouchmoulian : « Les privations ont été réelles. Il fallait faire des heures de queue pour avoir un légume, du beurre, du pain. Heureusement, dans notre quartier, il y avait encore des vergers ; et puis, Clamart était réputé pour ses petits pois ! Bien entendu, on faisait tout à pied. Une fois par semaine, nous allions au Goûter des Mères, pour bien manger et surtout nourrir correctement Arlette. Avec tout cela, nous avions en plus parfois des bombardements. Je ne saurais dire si les bombes étaient allemandes ou anglaises, en tout cas, une fois, il en est tombé une dans le cimetière, juste à côté de notre immeuble ». 

Le 26 août 1944, des soldats français entrent dans Issy-les-Moulineaux. C’est la Libération. Rapidement, ils sont suivis d’Américains et de Canadiens.



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L’arrivée des Alliés devant l’hôpital de Percy.

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Les Alliés, en août 1944, devant Percy.

 

« Et là, indique Marie-Antoinette, juché sur une jeep, un beau gars s’avance vers nous. Nous sommes placés devant l’hôpital Percy. Je l’ai déjà remarqué. Voilà près de cinq minutes qu’il tend un papier aux habitants qui se sont amassés le long du convoi militaire. Il s’approche de nous. Il regarde Arlette. Puis lève les yeux vers moi. Dans un français approximatif, il me dit : « Je suis votre neveu. Ma mère m’avait donné votre adresse quand j’ai quitté l’Amérique ». 

Cette sœur aînée que Georges Mouchmoulian avait vu disparaître alors qu’il n’était encore qu’un enfant de Sivas.

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La famille Mouchmoulian en 1944, avec le neveu des Amériques.