Au Mémorial de Fréjus, avec les anciens d'Indo.

Publié le 4 Mai 2014

 

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  Le mémorial de Fréjus.

 Le mémorial.

 

En 1986, la ville de Fréjus se propose d'accueillir le « Mémorial des guerres en Indochine » sur le site de l'ancien camp militaire Gallieni, où avaient notamment séjourné des tirailleurs indochinois pendant la Grande guerre (au sein du Centre de Transit des Troupes Indigènes Coloniales), et où figurait déjà un premier monument commémoratif des guerres d'Indochine élevé en 1983.

 Après acceptation, le mémorial est inauguré le 16 février 1993 par Monsieur François Mitterrand, président de la République française. Œuvre de l'architecte Bernard Desmoulin, implanté sur un terrain de 23.403 m2, le mémorial comprend tout d’abord un premier monument, placé sur une esplanade, qui permet les prises d’armes et les commémorations. En contrebas, s'inscrivant dans une circulation périphérique de 110 m de diamètre, le mémorial, en forme de cercle, reprend le thème du périple et symbolise à la fois l'enceinte militaire héritière du cercle spirituel des tribus.

 Des rangs d’alvéoles ont reçu les ossements des 17.188 militaires identifiés et rapatriés depuis le Vietnam entre les mois d'octobre 1986 et d'octobre 1987. S’y ajoutent 62 corps de militaires provenant de la nécropole de la ville de Lyunes où ils avaient été inhumés antérieurement à 1975. Les corps reposant dans la nécropole de Fréjus sont ceux de militaires « Morts pour la France » décédés soit entre 1940 et 1945, soit, majoritairement, entre 1946 et 1954.

 Par ailleurs, dans la crypte du mémorial, les restes mortels des 3.152 victimes inconnues reposent dans un ossuaire.

 À titre exceptionnel – les cimetières nationaux étant légalement réservés aux seuls militaires « Morts pour la France » en temps de guerre – 3.515 civils, dont 25 non identifiés, ont également été inhumés sur le site, dans un columbarium édifié sous la partie nord-ouest de la circulation périphérique. En outre, un mur du souvenir a été érigé sur lequel sont gravés les noms de près de 34 000 morts des guerres d'Indochine dont les corps ne reposent pas à Fréjus.

 Enfin, un jardin du souvenir permet à celles et ceux qui en font la demande, de recevoir leurs cendres. C’est là que l’urne contenant les cendres du général Bigeard a été placée le 20 novembre 2012.

 Le mémorial est contigu à une pagode bouddhiste, la pagode bouddhique de Hông Hien, qui se trouvait elle-aussi à l’époque au sein du camp Gallieni. Sous l’impulsion du colonel Lame et du capitaine Delayen, sa construction fut décidée en 1917, avec une main d’œuvre fournie par les tirailleurs indochinois présents dans le camp.

 Tombée en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, la pagode fut remise à neuf par des réfugiés vietnamiens après 1954. Aujourd’hui encore faisant partie des traditions des troupes de marine, la pagode est l’un des hauts lieux de culte bouddhique en France et en Europe.

 

Le 8 juin.

 

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 Giacomo Signoroni (au centre, sans béret) et des camarades légionnaires, tous anciens d’Indochine.

 

Instituée par le décret n° 2005-547 du 26 mai 2005, le 8 juin est une journée d'hommage qui correspond au jour du transfert à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, de la dépouille du Soldat Inconnu d'Indochine, le 8 juin 1980.

 Le 8 juin 2005, pour la première fois, partout en France, fut célébrée la journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine. Au cours de la cérémonie officielle célébrée dans la Cour d'Honneur des Invalides, Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, prononça le discours suivant :

 « Il y a 51 ans, les armes se taisaient en Indochine.

 Ce silence clôturait un siècle d'épopée française en Extrême-Orient. Il mettait un terme douloureux à une guerre de huit ans commencée au lendemain de la cruelle occupation japonaise.

 Loin de leurs foyers, sur des terrains inhospitaliers, face à un adversaire insaisissable, valeureux et sans cesse mieux armé, les combattants du corps expéditionnaire français ont lutté inlassablement, avec une foi, une ardeur, un courage et un dévouement qui forcent l'admiration et imposent le respect. Leur sacrifice fut immense. Leur tribut fut celui de la souffrance, du sang, et de la mort. De 1945 à 1954, près de 100 000 soldats de l'Union française sont tombés en Indochine. Plus de 76 000 ont été blessés. 40 000 ont été fait prisonniers. Parmi eux, 30 000 ne sont jamais revenus. L'éclat de leur bravoure, le panache de leur engagement ne rencontreront trop souvent, en métropole, que l'indifférence ou l'hostilité de leurs concitoyens. Tous ces combattants ont lutté, ont souffert, sont morts, avec, sans doute, le sentiment amer de l'abandon, la blessure ultime de l'ingratitude.

 Ne les oublions pas.

 Parachutistes, légionnaires, coloniaux, tirailleurs, métropolitains, gendarmes, marins, aviateurs, médecins et infirmières : ils venaient de France, d'Europe, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire. Leurs frères d'armes vietnamiens se battaient pour leur terre, pour leur liberté, par fidélité. Ils étaient jeunes. Ils sont morts au détour d'une piste, dans la boue d'une rizière, dans un camp de prisonniers.

 Aujourd'hui, pour la première fois, la Nation rend officiellement un hommage solennel à nos combattants d'Indochine.

 La France n'oublie pas.

 À cette occasion, nous nous recueillons devant la dépouille d'un de ces combattants. Il est tombé là-bas, il y a plus de 50 ans, quelque part au bord de la Nam Youn, dans la plaine de Diên Biên Phù, ultime théâtre de ce drame dont la grandeur nous dépasse. À travers lui, c'est à l'ensemble de ses camarades que nous rendons hommage. Que les combats de nos soldats en Indochine puissent rester gravés à jamais dans la mémoire du peuple français. Leurs actions héroïques étaient l'aboutissement d'une certaine conception du monde, dont les principes ont pour nom liberté, justice et démocratie.

 Aujourd'hui, dans ces pays, après de longues années de nouvelles souffrances, la guerre appartient désormais à l'Histoire. De nouvelles pages de paix, de coopération et d'amitié ont été écrites et s'écriront encore. Dans un monde incertain, où la paix n'est jamais acquise, que le souvenir des exploits de nos combattants, que la force des valeurs qu'ils ont illustrées, nous aident à rester debout, en hommes libres, vigilants et déterminés.

 Honneur aux combattants d'Indochine ! ».

 

Commémoration du 26 avril 2014.

 

 

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Giacomo et Vincenza Signoroni.

 

Nous pouvons peut-être reprocher au Gouvernement d’avoir modifié la date de la commémoration des combats et des morts en Indochine pour 2014 en raison d’agendas surchargés. Initialement prévue le 8 juin, celle-ci a été avancée au 29 avril, car les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie (6 juin) se dérouleront sur plusieurs jours. Mais, nous ne pouvons pas reprocher à ce même gouvernement d’avoir occulté les 60 ans de la bataille de Diên Biên Phù et de la fin de la guerre en Indochine.

 Ainsi, le samedi 26 avril 2014, à l’initiative du ministère de la Défense et du secrétariat d’Etat à la Mémoire et aux Anciens combattants, un avion de la République était affrété depuis Paris pour emmener les anciens d’Indochine, et leurs accompagnants, au Mémorial de Fréjus.

 Plusieurs associations avaient donc prévenu leurs adhérents : le Souvenir Français, l’ANAI (Association Nationale des Amis de l’Indochine), l’Union Nationale des Parachutistes, les associations nationales et locales de la Légion étrangère, les associations des anciens de la Coloniale, ceux des Supplétifs indochinois, ceux de Diên Biên Phù…

 Pour le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir, j’eus l’insigne honneur d’accompagner notre héros de l’Indochine, 13 fois cités, l’ancien adjudant-chef de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, Giacomo Signoroni et son épouse Vincenza.

 Des grandes figures des dernières guerres étaient également présentes : Fred Moore, chancelier de l’Ordre de la Libération, le colonel Luciani, le capitaine Bonelli, le lieutenant Gusic, le sergent Heinrich Bauer, le général Chabanne, colonel Boissinot…

 La journée commença par un accueil aux Invalides suivi du transport dans les cars du Ministère de la Défense jusqu’au pavillon d’Honneur de Roissy, où nous attendaient des représentants de l’armée de l’Air et un Airbus A310 de la République française. Décollage pour Hyères-Toulon – avec un déjeuner à bord – puis transport en cars, escortés par les motards de la Police nationale jusqu’à Fréjus. Arriva le secrétaire d’Etat, en charge de la Mémoire et des Anciens combattants, Kader Arif, qui prononça un discours remarquable vis-à-vis des anciens d’Indochine, qui ne furent pas toujours récompensés – c’est le moins qu’on puisse dire – du sang versé pour la République.

 S’en suivit des dépôts de gerbes par les autorités et les associations, aussi bien devant le mémorial, qu’au pied du Mur des Souvenirs ou encore auprès de la stèle où reposent les cendres du général Bigeard.

 Le retour fut chargé d’émotions et de souvenirs racontant des drames, des anecdotes à pleurer de rire, des faits d’armes éclatants, ou déroutants, mais tous emprunts d’une nostalgie et d’un mal indicible qu’on appelle le « mal jaune ».

 Ils sont nombreux, comme Bigeard, à avoir laissé là-bas : « la moitié de leur cœur et une grande part – sinon la plus belle – de leur vie »…

 

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Un parachutiste devant la stèle du général Bigeard.

 

Retrouvez toutes les photographies (plus de 70 clichés) de cette journée du samedi 26 avril à Fréjus, dans l'album intitulé "2014-04-26, Fréjus".

 

CDT (RC) Frédéric RIGNAULT

 Président du Comité d’Issy

Délégué général adjoint des Hauts-de-Seine