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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /Nov /2009 13:11


Sur le monument aux morts de la commune d’Issy-les-Moulineaux, pour la guerre d’Indochine, il est une particularité : dans la liste des morts pour la France, figure un civil, journaliste, défenseur acharné de la présence française en cette partie du globe et assassiné pour ses idées : Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

Grâce aux publications de Jacques de la Chevrotière (L’Eléonore, les Chavigny de la Chevrotière, éd. Septentrion) et à nos recherches, nous avons pu récolter des éléments biographiques sur Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

 

Les Chavigny de la Chevrotière.

 

La famille Chavigny de la Chevrotière est une vielle famille noble française dont les racines remontent à plusieurs siècles. Les ancêtres d’Henry sont des pionniers et des explorateurs, qui s’installent en Nouvelle-France. Ce territoire, qui s’étend considérablement sous les règnes de Louis XIII à Louis XVI, comporte aussi bien les possessions de Louisiane, d’Acadie, de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson. Une partie de la famille s’installe également en Martinique.

 

Quant à Henry, il nait le 11 septembre 1883, à Saigon, en Cochinchine, territoire de l’Indochine française. Il est le fils naturel d’Eleuthère Chavigny de la Chevrotière et de Nguyen Thi An. Jacques de la Chevrotière indique même le jour de déclaration des parents devant un officier d’Etat-civil : il s’agit du 20 décembre 1883.

 

 

Le journaliste.

 

Henry passe une partie de son enfance puis de sa jeunesse en métropole. Entre autres, il est lycéen à Bordeaux. Il retourne par la suite en Indochine où il entame une carrière de journaliste. Entre 1917 et 1926, il travaille pour le journal L’Impartial ; puis de 1928 à 1942, à la Dépêche, dont il est directeur et propriétaire. Il fait partie de ces personnalités de la vie saïgonnaise, connu pour ses positions de défense des intérêts de la Mère patrie.

 

 

La polémique avec André Malraux.

 

Honoré de Balzac a écrit : « Le journalisme est une catapulte mise en mouvement par de petites haines ». Cette phrase décrit parfaitement la polémique qui oppose en 1925 Henry Chavigny de la Chevrotière à André Malraux.

 

En 1923, André Malraux, âgé seulement de 22 ans, accompagné de son épouse Clara, effectue le voyage de métropole en Indochine. Impressionnés par les connaissances encyclopédiques du jeune homme, le musée Guimet puis l’Ecole Française d’Extrême-Orient leur délivrent des laissez-passer pour explorer des temples de la région d’Angkor, au Cambodge. L’aventure devient rocambolesque quand les malles et bagages de Malraux et de ses compagnons d’infortune sont ouverts, au moment du retour, et que les Autorités y trouvent près de huit cents kilos de pierres et de morceaux de bas-reliefs, arrachés aux temples.

 

Les pilleurs sont condamnés. La presse indochinoise, à commencer par l’Impartial se déchaîne contre André Malraux. Lequel, s’étant lié d’amitié avec Paul Monin, avocat et fondateur du journal l’Indochine, revient deux ans plus tard à Saigon. Par journaux interposés, les protagonistes s’affrontent. Qu’on en juge, les titres parus dans le journal l’Indochine étant éloquents : « Première lettre à Monsieur Henry, d’En-avant-pour-l’arrière, moraliste sévère et journaliste sain » ; « Encore Chevrotière. Secondaire sapajou : le soporifique Delong » ; « Au très pur, très noble, très loyal gentilhomme Henry Chavigny d’En-avant-pour-l’arrière, ancien indicateur de la Sureté »…

 

Ce à quoi Henry Chavigny répond, dans l’Impartial : « Des documents, des preuves : Paul Monin vendu aux Bolchéviques chinois ! ». Et Malraux de rétorquer : « A Chavigny, vierge et martyr » !

 

Il est vrai que l’écrivain et futur ministre de la Culture, a déjà des sympathies pour les révolutionnaires communistes, Paul Monin également, et qu’à l’époque, avoir ce genre de sentiments est totalement incompatible avec ce qui fait aux yeux de l’opinion publique la grandeur de la France : le colonialisme (toute les tendances politiques, y compris les socialistes, soutiennent le colonialisme) et ses apports bénéfiques aux populations dites alors « indigènes ». Malraux se défend du raccourci entre communisme et colonialisme. Soutenu par des écrivains, des artistes, des intellectuels et quelques savants, il prêche un peu dans le désert… Pour autant quelques-uns de ses articles font grand bruit, jusqu’en métropole : défendant les idées d’émancipation du peuple indochinois – que l’on appellera bientôt vietnamien – Malraux s’attire le soutien d’une certaine bourgeoisie locale, et qui deviendra peu à peu, plus influente.

 

Les années passent. Henry Chavigny de la Chevrotière devient un personnage incontournable de la presse et de la présence française en Indochine.

 

 

Un assassinat.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Henry Chavigny de la Chevrotière créé un nouveau journal qui prend le nom d’Union Française. Dès les premiers événements de 1946, le journaliste est un fervent défenseur du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. Il est connu de la plupart des gouverneurs et des responsables militaires, dont le moindre n’est certainement pas le général Jean de Lattre de Tassigny. Celui-ci, nommé en décembre 1950, est accompagné de plusieurs officiers généraux dont René Cogny, Polytechnicien, et général de brigade dans l’Artillerie.

 

Pour ses positions, ses idées, Henry Chavigny de la Chevrotière est assassiné le 12 janvier 1951. La dépêche de l’Agence France-Presse indique : « Vendredi, à 12h35, M. de la Chevrotière se rendait dans sa Hotchkiss décapotable de son bureau à son domicile rue des Epargnes, en passant comme à l’accoutumée par la rue Richaud. Peu avant le carrefour Richaud – Evriaud des Vergnes, il fut dépassé par une jeep portant le numéro jaune du Corps consulaire, occupée par deux terroristes. Arrivé à la hauteur de la voiture de M. de la Chevrotière, celui qui ne conduisait pas jeta deux grenades dans la Hotchkiss. M. de la Chevrotière en saisit une et s’apprêtait à la relancer quand elle explosa. Sa main fut arrachée. Atteint au corps et à la tête qui fut criblée d’éclats, M. de la Chevrotière mourut presque instantanément. L’autre grenade atteignit le chauffeur qui accompagnait M. de la Chevrotière et fut grièvement blessé ».

 

Quelques jours plus tard, le Haut-commandement décide de décorer, à titre posthume, Henry Chavigny de la Chevrotière. Un article paru dans le journal l’Union française reprend les textes de la déclaration : « Au nom du général de Lattre de Tassigny, le général Cogny décore à titre posthume M. de la Chevrotière de la croix de la Légion d’honneur et de la croix de guerre des T.O.E. – nb : Théâtres des Opérations Extérieur – avec palmes. Journaliste de grande classe qui, après avoir dépensé sans relâche et sans souci pour défendre la cause de l’amitié franco-vietnamienne dont il a été l’un des premiers pionniers. Condamné à mort par les terroristes, ayant échappé par miracle à deux attentats, n’a pas hésité à continuer son œuvre. Est tombé en soldat le 12 janvier 1951, donnant ainsi l’exemple de courage et de ténacité ».

 

Une seule question subsiste : pourquoi le nom d’Henry Chavigny de la Chevrotière se trouve-t-il sur le monument aux morts de la ville d’Issy-les-Moulineaux ?

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Indochine
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Commentaires

Monsieur. Concernant votre dernière question, les cendres d'Henry de la Chevrotière furent rapatriées par des membres de sa famille, les Appert,qui habitaient à Bécon-les-Bruyères depuis leur retour du Vietnam.

Le cimetière où étaient enterrés les français oubliés de Saïgon fut rasé en 1983 au bulldozer et le site devait être transformé en parc d'attraction. Leurs restes mêlés et partiellement incinérés furent entreposés dans une sorte de hangar ou de pagode désaffectée (non indiquée) dans une banlieue à 15 km de Saïgon.La famille à anticipé.

Tout ceci fut raconté en détail dans une article du Figaro du 28.12.1993. Henry était mon grand'oncle, le frère de ma grand mère maternelle. On dit, on croit que tous les restes des ressortissants français ou de ceux tombés sur les champs de bataille furent rapatriés en 1986 et 1987, mais la réalité est toute autre.

Henry était mon grand'oncle maternel. J'en profite pour dire que le nom de Chavigny de la Chevrotière était bien le nom d'Henry, et non pas un nom d'opérette dont il se serait affublé comme le prétendait une historienne américaine.

Vous avez posé une excellente question. Merci.

Jean-Pierre Jaillon.
Commentaire n°1 posté par Jean-Pierre Jaillon le 24/03/2010 à 00h10
C'est le SF Issy qui vous remercie. Si vous pouvez retrouver des informations complémentaires ou l'article du Figaro, nous pourrons alors faire une suite à cet article. Ce serait parfait. Merci d'avance.
Commentaire n°2 posté par F. RIGNAULT le 24/03/2010 à 13h04
Monsieur.

Je vous poste ce reportage du journaliste Michel Tauriac. Personnellement, je songe au livre d'Ismaël Kadaré.

Sans doute,le vietnamien n'a pas la même relation à la vie ou à la mort que nous, même si maintenant,il veut consommer sans attendre.

Il m'est si difficile d'expliquer comme ça en quelques mots toute l'ambiance si particulière qui présidèrent au sort de l'Indochine et dont je fus témoin aux premières manifestations du vietminh comme plus tard je fus témoin des barricades d'Alger ou à celle de la première manifestation du FLN dans les rues d'Alger.

Le père d'Henry, Pilote de la Rivière de Saïgon participa aux travaux d'agrandissement et de navigabilité, son beau-frère,(mon grand père), bravant le Pacte Colonial fonda l'Imprimerie de l'Extrême-Orient et toute une industrie autour du livre, il imprima le premier journal paru en vietnamien, ce dont on se souvient la-bas ( monument dont j'ai une photo),et sa Villa Schneider, restaurée par la France (visible sur Internet) est connue de tous les vietnamiens puisque c'est là où leurs élites passent leurs examens. C'était là des actes positifs.

Seuls les détracteurs et les polémistes d'un bord ou d'un autre ont l'air d'avoir toujours raison, spécialement envers le métis et même pire encore, entre métis.






François Schneider, imprimait aussi le Bulletin de l'Ecole Française de l'Extrême Orient, on comprend alors pourquoi Henry se gendarma quand Malraux vint piller à Angkor des symboles religieux, au grand amusement des élites parisiennes.


Politiquement parlant, mon bouillant grand'oncle avait gardé le souvenir de l'Anglais en Canada et en Martinique, jamais plus ça en Indochine, même cette fois si c'était le japonais,le chinois et le russe.Le monde avait changé.

Mais qu'allait devenir l'Indochine sans les français ?

On sait, mais à quel prix.

Me Boutet me connait, mais si quelqu'un voudrait me contacter, ce serait bien de le faire via les A.C. à Coutances.

Bien respectueusement vôtre.

J.P. Jaillon.
Commentaire n°3 posté par Jean-Pierre Jaillon. le 25/03/2010 à 05h12
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