Indochine : le 2ème BEP de Robert Flageul - 1ère partie.

Publié le 16 Octobre 2010

 

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La section indochinoise à l’Exposition coloniale internationale de 1931.

 

L’Exposition coloniale.

 

Le 2 mai 1931, Robert Pierre René Flageul nait à Paris, dans le quatorzième arrondissement.

 

Quelques heures plus tard, à dix kilomètres de là, le maréchal Lyautey inaugure l’Exposition coloniale internationale. Elle est située dans le bois de Vincennes, autour du lac de Daumesnil. Le vieux militaire, couvert de gloire au Maroc, est accompagné de Paul Reynaud et Gaston Doumergue, alors président de la République.

 

L’œuvre est grandiose. Elle doit être à l’image de la puissance coloniale française. Elle s’adresse aux métropolitains, ravis de côtoyer leurs cousins « Français » de l’autre bout du monde, aux peuples du monde entier, aux aventuriers et aux industriels en leur expliquant les bienfaits du développement économique international : l’Empire colonial français est et restera l’une des premières puissances de la planète.

 

Les moyens mis en action sont considérables : pour se rendre à la Porte Dorée, les visiteurs ont le choix entre un chemin de fer, spécialement construit pour l’occasion, des centaines de cars et des bateaux. De plus, la République a multiplié les constructions : création d’un zoo, du musée des Colonies, de la Section des attractions, de la Cité des Informations. Enfin, des dizaines de villas sont bâties et louées aux entreprises présentes en Afrique, en Asie ou dans les Antilles françaises. C’est le temps de « Y’a bon Banania ! ».

 

Près de 300.000 personnes s’affairent pour que l’ensemble fonctionne. Et c’est un succès phénoménal : en quelques mois près de 10 millions de visiteurs viennent « faire le tour du monde en une journée » comme l’indiquent les publicités.

 

Sur plus de 110 hectares, l’Exposition coloniale présente des pavillons de toutes les colonies et des protectorats : Afrique Occidentale Françaises, Afrique Equatoriale Française, Antilles, Nouvelle-Calédonie, Algérie française, Maroc, Tunisie, Etats du Levant (Syrie, Liban, Etat des Alaouïtes), Inde française (…) et bien entendu l’Indochine avec le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, le Laos et le Cambodge (le pavillon d’Angkor est d’ailleurs resté dans la mémoire collective).

 

Bien sûr, le petit Robert Flageul ne peut imaginer qu’il va nouer son destin à celui de cet Empire colonial majestueusement représenté.

 

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 Légionnaires 2eme BEP

Légionnaires du 2ème BEP en Indochine.

 

 

Au 2ème BEP.

 

Robert Flageul s’engage dans la Légion étrangère, à Marseille. Il porte le matricule 79.515 et, intègre le 2ème BEP (Bataillon Etranger Parachutiste).

 

Cette unité est créée à Sétif en Algérie en 1948 (elle deviendra 2ème REP en 1955). Sa devise est : More Majorum (« A la manière des anciens »). Sous le commandement du capitaine Solnon, elle débarque à Saigon le 9 février 1949. De nombreux para sortent de leur période de formation. D’autres n’ont derrière eux que les derniers combats de la Seconde Guerre mondiale. Mais plusieurs cadres sont aguerris par près de deux ans de guerre en Indochine.

 

Jusqu’en septembre 1950, le bataillon réalise des opérations en compagnies isolées au Cambodge – pour y maintenir l’ordre –, au Laos, dans le centre de l’Annam ou encore sur la presqu’île de Go-Gong. Celles-ci s’appellent Tigre, Glycine, Datura, Saint-Germain, Bernadette, Flore.

 

Arrive l’année 1951, « l’année du général de Lattre ».

 

« L’année de Lattre ».

 

Schématiquement, les périodes peuvent être ainsi résumées : jusqu’en 1949, la tactique du Vietminh – du fait de forces limitées – se condense en une série de coups de main et une guérilla « des champs ». Si les Français tiennent les villes, ce n’est pas toujours le cas dans les campagnes.

 

1949 marque un tournant, avec l’avènement de la Chine communiste de Mao, qui arme et finance puissamment ses cousins idéologiques du Vietnam. La guérilla devient une guerre faite de batailles avec des régiments de bo-doïs, eux-mêmes rassemblés dans des divisions. La victoire majeure du Vietminh est la prise de Cao-Bang et de la Route coloniale 4, en septembre 1950. Les Français y laissent plusieurs milliers d’hommes.

 

Le gouvernement français décide d’intensifier la guerre et fait nommer son meilleur général : Jean de Lattre de Tassigny. « Je ne sais qu’une chose, c’est que maintenant vous allez être commandés ! » proclame-t-il en arrivant à Hanoi, au mois de décembre 1950.

 

Le général Giap, commandant en chef de l’armée vietminh, décide de frapper fort en attaquant en plusieurs endroits la zone du delta du Fleuve Rouge, autour de Hanoi. Face à cette approche, de Lattre fait élever des centaines de blockhaus et de points d’appui qui sont autant de postes d’observation. L’avantage de la stratégie du général français consiste en une mobilisation totale du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) dans le but de « casser du Viet ». Il s’agit de redonner le moral aux troupes, déjà lasses des atermoiements politiques. Et de Lattre sait surtout qu’il n’a pas les moyens de placer des forces suffisantes partout où il en faudrait.

 

1951 marque également un tournant pour le 2ème BEP, grâce à la nomination de son nouveau chef : le capitaine Raffalli. Un cavalier sorti de Saint-Cyr puis de Saumur en 1936, qui sait galvaniser ses hommes pour leur faire accomplir des dizaines de kilomètres à pied, les orienter et les placer au mieux pour les coups de main, les embuscades et les attaques aéroportées.

 Raffali

Le capitaine Raffalli.

 

 

Attaques sur le delta du Fleuve Rouge.

 

Donc, depuis le début de l’année 1951, le général de Lattre de Tassigny « marque des points ». Toutes les attaques des forces communistes sont repoussées. La reconquête des terrains perdus arrive. Elle commence par la victoire de Vinh Yen où les troupes de Giap laissent sur le terrain près de 1.300 tués, plus de 3.000 blessés. Sa division 308 – la plus aguerrie, la mieux formée - subit là des pertes très sévères. Pour la première fois dans l’Histoire, les bombes au napalm sont employées massivement.

 

Mao Khé est le deuxième épisode. Il se déroule courant mars-avril 1951. Les bo-doïs sont encore défaits. Le Delta reste aux mains des Français.

 

La « bataille du Day », du 28 mai au 7 juin 1951, frappe les soldats français au plus profonds d’eux-mêmes. Le Vietminh tente encore une fois de faire la différence dans le Delta. L’un des points stratégiques non loin du fleuve Day, est Ninh Binh. Le poste est tenu par un escadron du 1er chasseur, commandé par un certain Bernard de Lattre, fils unique du général en chef. Les combats font rage. Alors qu’il subit des pluies incessantes d’obus, le poste tient plusieurs jours, permettant la victoire du CEFEO. Mais c’est au prix de la mort du jeune Bernard. On retrouve son corps, criblé d’éclats d’obus. « Jeune officier, tombé héroïquement en plein combat, donnant l’exemple des plus belles vertus militaires à l’aube d’une carrière exceptionnellement brillante, ouverte en France dans la Résistance dès l’âge de 15 ans ». En recouvrant le cercueil de son fils du drapeau tricolore, le général de Lattre, que certains surnomment « le roi Jean », ajoute : « En dépit de la promesse faite à sa mère, je n’ai pas su le protéger ».

 

En juillet 1951, à l’occasion d’un discours à Saigon, le général s’adresse aux soldats vietnamiens incorporés dans le CEFEO (son idée étant de créer une armée vietnamienne digne de ce nom) : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

Bien sûr, Giap ne l’entend pas ainsi. Le quatrième volet des batailles de l’année 1951 se déroule à Nghia Lo.

 

 Ltn Bernard de Lattre

Bernard de Lattre de Tassigny.