La Guerre franco-prussienne à Issy - Partie 2.

Publié le 2 Juin 2012

Fortifications de la porte de Versailles (Paris)

Fortifications de Paris en 1870 à la Porte de Versailles.

 

 

2 – Paris fortifié ; Paris protégé ?

 

2.1 – Le système de fortification :

 

Après moult tergiversations, recommandations, lois et décrets, une enceinte fortifiée autour de Paris commence à voir le jour en 1841, sous le gouvernement d’Adolphe Thiers. Longue de 33 km, elle comporte 94 bastions, 17 portes, 23 barrières et 8 passages de chemin de fer. A l’extérieur, après une fosse, une bande de 250 m de large est déclarée non constructible ; à l’intérieur, les bastions sont desservis par la rue Militaire et par une voie de chemin de fer, rapidement surnommée « Petite Ceinture ». Au passage, les villages de Montmartre, La Villette, Belleville, Charonne, Bercy, Montrouge, Vaugirard, Auteuil, Passy et des Batignolles sont annexés.

 

L’enceinte de Paris est complétée par une série de forts judicieusement placés sur des axes principaux ou au croisement d’axes principaux. Ainsi, à Saint-Denis, grande ville industrielle, la situation du Fort de la Double-Couronne permet le contrôle de la Route nationale 1 et de la Route nationale 14 ; à Maisons-Alfort, le Fort de Charenton (le fort prend le nom de la ville qu’il doit défendre) est situé entre la route nationale 6 (route de Genève) et la route nationale 19 (route de Belfort). Ces ouvrages doivent permettre d’une part de stopper toute colonne se dirigeant sur la capitale (une colonne comporte des dizaines de milliers d’hommes, de chevaux et de voitures, donc doit prendre des axes principaux) ; d’autre part, les forts sont aussi là pour empêcher tout bombardement grâce à l’action de leur propre artillerie. Autour de la capitale les forts sont au nombre de 16 :

 

- Forts de la Briche, de la Double-Couronne, de l’Est à Saint-Denis.

- Fort d’Aubervilliers à Aubervilliers.

- Fort de Romainville aux Lilas.

- Fort de Noisy à Romainville.

- Fort de Rosny à Rosny-sous-Bois.

- Fort de Nogent à Fontenay-sous-Bois.

- Fort de Vincennes à Vincennes.

- Fort de Charenton à Maisons-Alfort.

- Fort d’Ivry à Ivry-sur-Seine.

- Fort de Bicêtre au Kremlin-Bicêtre.

- Fort de Montrouge à Arcueil.

- Fort de Vanves à Malakoff.

- Fort d’Issy à Issy.

- Forteresse du Mont Valérien à Suresnes.

 

2.2 – Le fort d’Issy :

 

Le Fort d’Issy est situé dans le sud de l’actuelle commune d’Issy-les-Moulineaux, à environ 4 km de l’ancien mur sud d’octroi de Paris.

 

Construit entre 1840 et fin 1841, il présente, comme la plupart des forts autour de la capitale, une forme en étoile, héritée des principes du maréchal Vauban sous Louis XIV. Par l’ouest depuis Saint-Denis et jusqu’à Nogent, les forts sont placés sur des hauteurs pour des raisons de surveillance et de défense. Fait de briques, de terre, avec des redoutes, le fort d’Issy a une importance capitale car il supplée le manque de fortifications entre Auteuil et Issy du fait du lit de la Seine (quartier du Point du Jour). Dans son ouvrage remarquable, Issy-les-Moulineaux, histoire d’une commune suburbaine de Paris (à compte d’auteur en 1977), Alain Becchia, professeur d’histoire géographie indique ceci : « Il est facile d’imaginer ce que cela représenta pour le bourg : des expropriations importantes touchant plusieurs carrières et de nombreuses vignes ; des travaux qui durèrent près de deux ans avec une foule d’ouvriers ; l’installation d’une garnison avec tout ce que ceci implique, bien que l’effectif en soit réduit ; une modification importante du paysage enfin, l’ouvrage couronnant la partie la plus haute du finage, affirmant en quelque sorte la présence de plus en plus envahissante de Paris, tandis que la limite communale était désormais matérialisée du côté de Vaugirard par de profonds fossés en eaux ».

 

2.3 – Troupes françaises dans Paris :

 

Plus de 200.000 hommes en armes sont dans Paris. La capitale peut compter sur des troupes aguerries comme les soldats des 34 et 35ème régiments d’infanterie de ligne, les marins canonniers sous les ordres de l’amiral La Roncière-Le Noury et les troupes spéciales du train, de la gendarmerie et des douanes. Il y a aussi les unités de la Garde nationale. Mais elle est composée d’hommes rappelés, équipés et formés hâtivement. On y rencontre des ouvriers, des commerçants, des manutentionnaires… Tous les âges, toutes les habitudes se côtoient dans une mêlée indescriptible. Certaines unités votent l’élection des officiers, d’autres se préoccupent plus de politique que du maniement des armes, pour d’autres encore l’expérience du feu est tellement limitée que personne ne veut se porter garant de la tenue de la troupe au combat !

 

2.4 – Renforcement des défenses :

 

Dès la proclamation du gouvernement d’union nationale, une action majeure est dirigée vers la défense de la capitale. Maintenant que Napoléon III est fait prisonnier, l’objectif des Prussiens est clair : qui entre dans Paris met la France à genoux. Les enceintes sont donc renforcées, les forts qui ne sont pas achevés sont abandonnés.

 

3 – Première bataille de Châtillon.

 

3.1 – L’arrivée des Prussiens :

 

Donc, alors que le siège de Metz est en cours et que les combats continuent dans le nord, l’est et bientôt sur la Loire, les premiers éléments prussiens s’établissent aux portes de Paris vers le 15 septembre. Il ne s’agit pas d’entrer immédiatement dans la capitale : Bismarck et von Moltke décident de former une sorte de ceinture à environ une dizaine de kilomètres de la capitale. Un bon siège, qui dure et qui affame les Parisiens, est la tactique retenue. D’abord peu nombreuses, les troupes allemandes sont bientôt fortes de plus de 150.000 hommes. Au fur et à mesure des victoires, donc de la libération d’unités, elles se renforcent pour arriver à la fin de l’année 1870 à plus de 200.000 hommes.

 

Les armées prussiennes arrivent sur Paris en deux colonnes : la première passe par l’actuel Val d’Oise (Ecouen) et se dirige vers Le Bourget ; la seconde fait le trajet depuis les Ardennes et passe par le sud de la région parisienne (Corbeil). Quelques semaines plus tôt, il était question de la grandeur de l’Empire français. Ses ennemis ne sont plus qu’à deux lieues, trois au plus !

 

Le général Exéa organise une reconnaissance offensive : il s’agit d’aller au contact de Bavarois signalés vers Choisy-le-Roi. Des combats ont lieu sur la route entre cette ville et Versailles. Nos troupes se contentent de contenir les ennemis… qui occupent le 18 septembre les villes de Bourg-la-Reine, Clamart et Meudon. Bientôt Versailles est prise sans combats.

 

Pour éviter que le cercle ne se referme autour de Paris, et que les forts de Clamart et de Châtillon ne tombent aux mains de l’ennemi (le fort de Châtillon, situé sur une butte, permet de bombarder tout le sud de Paris), le général Ducrot, qui a succédé à Mac-Mahon au début des combats dans l’est de la France, ordonne une sortie là-aussi en deux colonnes.

 

3.2 – Dans les bois de Clamart et de Meudon :

 

Les troupes sortent de Paris le 19 septembre : la première colonne se dirige vers Montrouge et Bagneux ; la seconde sur les bois de Clamart et de Meudon. A Bagneux, nos hommes sont bousculés par des troupes plus aguerries et plus solides. A Meudon la situation n’est guère meilleure. En-dehors de l’exploit des Zouaves à la ferme du Trivaux, partout les Français reculent. Devant la puissance du feu allemand, les généraux Ducrot et Exéa sont contraints de faire marche arrière. Ils viennent se réfugier aux pieds des forts d’Issy, de Vanves et de Montrouge.

 

De nombreux régiments rentrent dans Paris, où ils sont à peu près certains de se refaire une santé en attendant des jours meilleurs. Pour autant, des unités restent à la pointe du combat comme des compagnies du 150ème régiment de marche, au Plessis-Piquet (bientôt Plessis-Robinson).

 

A Montretout (Saint-Cloud), compte tenu de l’inachèvement des fortifications, la redoute est abandonnée à l’ennemi. Sur toutes les hauteurs dominant aussi bien le sud de la capitale que le nord, les Prussiens s’installent et placent leurs batteries. Pendant quelques jours, alors que de part et d’autre on installe les campements et les Etats-majors, des escarmouches ont lieu entre escouades : à Vanves, une compagnie d’éclaireurs tombe nez-à-nez avec un peloton de tirailleurs bavarois.

 

Au devant du fort d’Issy, en reconnaissance, 120 hommes du 4ème bataillon de la Seine ont maille à partir avec l’ennemi. Le 24 septembre, les canonniers isséens prennent pour cibles les batteries allemandes placées sur les hauteurs de Sèvres. Quatre jours plus tard, le général Blanchard fait passer ses hommes du 13ème bataillon de marche par Issy avant de se rendre au parc Fleury. Il s’agit de valider les positions ennemies installées sur la terrasse du château de Meudon.

 

Le 29 septembre, alors qu’une bataille importante se déroule entre L’Hay-les-Roses et Chevilly, Blanchard organise une nouvelle reconnaissance sur Issy et le Bas-Meudon : il convient de montrer des forces aux troupes ennemies et de les contenir sur cette partie du front, somme toute fragile : la Seine est difficile à garder et constitue l’un des points faibles de la défense de Paris.

 

 

Bavarois plateau de chatillon

 Bavarois sur le plateau de Châtillon.