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Portraits - Epopées - Associations

Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 17:57

 

J. Merchant - 4

 

Air Force Academy, Colorado, 1972.

 

Officier au sein de l’USAF.

Après avoir accompli ma formation d'officier en 1964, je fus envoyé à Denver dans l’Etat du Colorado, à l'école d'intelligence de l'Air Force Academy (le « West Point » de l'armée de l'air). Durant six mois, j'appris le métier. Nous avions accès à toutes sortes d'informations classifiées, y compris des photos satellites et des U2 des bases soviétiques, qu’ils aient été à Cuba ou au Vietnam. On me forma à l'intelligence photo aérienne et pendant six mois, je suivis de très près et jour après jour ce qui se passait dans le monde. Nous avions appris beaucoup de choses, même jusqu'à préparer une attaque par bombe d'une cible ennemie. Lorsque je terminai cette formation, je fus envoyé à la Reconnaissance Technical Squadron en Californie du sud. Quant à mes camarades de formation, ils furent mutés à droite et à gauche à des postes d'Intelligence humaine ou électronique.

Ma première mission en tant qu'officier était celle de Chef du Centre d'intelligence de cible (Chief of the Target Intelligence Center), un lieu regroupant des cartes classées secrètes indiquant des lieux à bombarder, et produites par cette organisation.

J'avais, durant cette époque, un petit peu de temps libre, alors je m’inscris dans un programme de Master à l'Université de Californie à Riverside, et obtins peu de temps après mon Master en science politique/relations internationales. C'était aussi à cette époque que naquit notre deuxième fille, Stéphanie. Peu de temps après sa naissance, je reçus les ordres de partir au Vietnam, en septembre 1966. Je fus placé pendant un an à Saigon où j'étais nommé Assistant Branch Chief of Escape and Evasion. J'avais trois soldats sous mes ordres et ils étaient censés obtenir des informations sur le terrain, la géographie, etc. afin qu'on produise ensuite des carnets pour les pilotes au cas où ils seraient abattus et en fuite après s'être éjectés de leurs avions. Les carnets leur indiquaient des endroits "sûrs" et quelles routes prendre pour éviter d'être capturés ou tués par les Vietnamiens du nord, les Bodois du Viêt-Cong.

Mon autre travail consistait à éditer et publier un journal hebdomadaire de 50 pages environ de tous les événements liés aux activités aériennes et d'intelligence, à travers tout l'Asie du sud-est. Des quantités d'informations classifiées arrivaient sur mon bureau tous les jours. Je les triais, les éditais, ajoutais des photos ; puis publiait le journal et le distribuait ensuite à toutes les unités militaires américaines du monde. Le journal avait comme nom WAIS (Weekly Air Intelligence Survey), et était classifié Secret NOFORN.

Pendant mon séjour au Vietnam, mes possibilités pour voyager étaient très limitées étant donné l'information à laquelle j'avais accès. Je ne pouvais voyager que par avion (et pas par hélicoptère). En somme, j'étais plus ou mois astreint à rester à Saigon. Cependant, je fus à une seule reprise détaché de ces restrictions, et on m'envoya en Thaïlande pour y rédiger un texte classifié. Ainsi, je pus passer deux jours à Bangkok et profiter de cette ville. Ce fut merveilleux car Saigon était vraiment une ville en zone de combat avec une atmosphère de tension extrême. Après ces deux journées, on me dépêcha dans le nord de la Thaïlande sur la base de Korat où étaient stationnés les Wild Weasels (http://www.wildweasels.org/) pour y passer quelques jours. Les Wild Weasels étaient ceux qui volaient au-dessus du nord du Vietnam à la recherche des radars Fan Song qui contrôlaient les missiles SAMS (missiles terre-air). Leur travail, incroyable, consistait à s'offrir en tant que cible aux SAMS, pour ensuite bombarder le radar Fan Song dans le but de détruire l’ensemble du site. C'était une mission très périlleuse et mon rôle était de passer un peu de temps avec eux et écrire leur histoire pour le WAIS. Peu de temps après, je fus renvoyé aux Etats-Unis, et à nouveau affecté à la base de March. Je reçus la médaille de bronze pour ma mission au Vietnam.

A March, je ne repris pas mon emploi d’origine, car je fus nommé Officier de Communication pour le général de la base. C'était un travail extraordinaire, et je fus exposé à davantage d'informations et de sources classifiées. Nous étions en 1967-68 et je communiquai au général, mon supérieur, des éléments à propos de la « révolution en France et de la disparition du général de Gaulle ». Nous savions qu'il était en Allemagne avec les forces militaires. Ce fut aussi l'époque de la révolution Tchécoslovaque contre l'Union soviétique qui écrasa si brutalement le soulèvement. Ce qui était le plus intéressant pour moi fut mon accès à toutes les photos des satellites et des avions, toute l'intelligence, et tous les rapports et analyses de la CIA (Central Intelligence Agency). Mon travail consistait à transmettre l'ensemble des ces informations au général.

 

A la United Air Force Academy.

Ma mission à la March Air Force Base se termina à la fin de 1968, date à laquelle je fus sélectionné pour enseigner à l'United States Air Force Academy au Colorado. J'étais donc professeur assistant d'Histoire, et je me spécialisai dans l'Histoire européenne. Cela ne m’empêcha pas d’enseigner deux autres cours : « Histoire des révolutions" et "La Guerre froide". C'était un moment difficile car on attendait de nous non seulement un service d'enseignement complet mais la prise en charge de nombreuses autres responsabilités. En conséquence, je devins l'Officier exécutif et personnel du Département des 33 professeurs et 5 secrétaires. Mes tâches consistaient à gérer le département au quotidien et partir à la recherche de nouveaux enseignants. Je m’inscris aussi dans l'Ecole doctorale de l'Université de Denver en vue d'obtenir mon doctorat, et j'y allais donc plusieurs fois par semaine pour assister aux séminaires (à une heure de voiture de l'Air Force Academy). Ce fut difficile, mais « rentable » si je puis écrire, car je décrochai mon doctorat. Ma recherche et ma thèse portaient sur Napoléon Bonaparte : « Evolution et opérations de l'administration napoléonienne : Nice 1792-1810 ».

Suite à cela, on me proposa un poste d'enseignant à Cranwall (haut lieu de l’enseignement de la Royal Air Force en Angleterre), et un poste d'Officier des affaires militaires/politiques au quartier général du SHAPE, mais ma femme ne souhaitait ni l'un ni l'autre, alors nous nous contentâmes d'un poste à Sacramento en Californie, à la McClellan Air Force Base. Ce n'était pas très « folichon » comme mission. Sauf à une seule fois : c’était en 1973. Les Soviets menaçaient de s'immiscer au Moyen-Orient et les Etats-Unis mirent toutes les forces armées en alerte. Mon commandant, qui avait lancé plusieurs fois ses avions sur de nombreuses missions, ne connaissait pas les enjeux. Moi seul étais au courant, mais je ne pouvais communiquer ce que je savais qu'au général, même pas à mon propre commandant.

 J. Merchant - 5



McClellan Air Force Base, Sacramento, Californie.

Professeur à l’Université de Californie.

 

La seule chose positive qui est sortie de cette mission à McClellan Air Force Base c'est qu'elle me confirma dans mon désir de prendre ma retraite de l'armée de l'air.

Par la suite, je travaillai tout d'abord pendant sept ans comme fonctionnaire public pour l'Etat de Californie. Je fus ensuite sollicité par l'Université de Californie à Sacramento où on me demanda de prendre un poste de professeur. J'acceptai bien volontiers, et après vingt-et-un ans d'enseignement je pris ma retraite définitive.

Mes deux filles, Jennifer et Stéphanie ont bien grandi. Elles sont devenues de véritables francophiles. La plus jeune, Stéphanie, est professeur de français dans un lycée en Californie et a deux enfants, Philippe et Christian. L'aînée, Jennifer, est professeur à l'Université Paris II, avec également deux enfants, Simon et Justine. Ma deuxième femme, Sylnovie, et moi-même avons acheté un appartement à La Rochelle en 2000, et nous y allons tous les ans. Je m’y sens bien. Comme une sorte de retour à mes racines. Je peux aujourd’hui dire que je connais la signification profonde de l'expression l’amour du clocher.

 J. Merchant - 8

La Rochelle, France, 2011.

 

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

 

 

 

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Portraits - Epopées - Associations
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 12:39

 

J. Merchant - 2

 

March Air Force Base, Californie, 1966.

 

 

S’engager dans l’armée.

Notre histoire familiale a débuté par des voyages au long cours ! Mon ancêtre français, Jean Marchand, quitta La Rochelle au 17ème siècle pour s'installer dans la « Nouvelle France » au Canada. Puis, l’un de ses descendants quitta le Canada pour s'installer à Rutland, dans le Vermont aux Etats-Unis, là où mon propre père est né et a été élevé. C’est à cette époque que notre nom est changé en « Merchant » par une institutrice de l’école primaire car selon elle « Marchand » sonne trop « étranger ». Plus tard, mon père épousa une jeune irlandaise, Mary Elizabeth Whelan originaire de County, dans le Kilkenny. Je suis né en 1934 à Troy, état de New York. Depuis mon plus tendre souvenir, j'ai toujours voulu voyager, surtout en Europe, et plus particulièrement, en France.

A l’âge de 15 ans, j'abandonnai le lycée. A cette époque, les Etats-Unis étaient engagés dans la guerre de Corée, et tous mes camarades et moi-même ne rêvions que d'une chose : nous enrôler dans les forces armées et partir pour nous battre. Nous avions alors tout essayé – l'armée de terre, les "Marines", les forces navales, mais les effectifs étaient déjà au complet. On nous conseilla de nous présenter dans une nouvelle branche des forces armées, les forces aériennes (USAF pour United States Air Force). Nous suivîmes le conseil immédiatement, et nous fumes pris. Je n'avais que 16 ans à l'époque, et bien entendu je mentis sur mon âge – et cela fonctionna !

Pendant trois mois, se déroula la formation initiale. Elle avait lieu au nord de l'Etat de New York. Après une longue série d'examens et d'évaluations, on m'indiqua que j'étais mieux fait pour « l'Administration », et on m'envoya à l'Université A&M dans l'Etat d’Oklahoma pour apprendre à devenir secrétaire. Après l'obtention de mon diplôme en 1952, j'eus la chance d'être sélectionné pour partir à Wiesbaden en Allemagne au Quartier Général de l'USAF en Europe. Je fus affecté au Centre de la messagerie et mon travail servait à surveiller la machine à télé-impression qui recevait et envoyait toutes les correspondances classifiées (secrètes) et non-classifiées de et vers toutes nos bases militaires. Mon travail consistait à déterminer quelle agence avait besoin de telle ou telle information afin d'agir en concordance avec le message transmis. En conséquence, j'avais accès à des informations "top secret", ce qui limitait mes déplacements et mes voyages en Europe. Par exemple, je n'avais pas le droit d'aller à Berlin ou dans n'importe quel pays de l'Europe de l'est. La Guerre froide prenait de l'ampleur, et il était tout le temps question d'une éventuelle invasion des troupes de l’Armée Rouge. Je me souviens que j'avais aussi comme tâche de conduire un bus rempli d'Américains qui travaillaient au Quartier général, y compris le Vice-Commandant, le général Bradley (le vainqueur de la bataille de Normandie en 1944), à travers le Rhin vers des lieux plus sûrs à Mainz. C’était une mission de première importance à réussir en cas d’alerte. Dans un but d'entraînement, je recommençai l’exercice à plusieurs reprises. Nous étions vraiment sur le qui-vive à l’idée d’une invasion communiste. Cela n'arriva jamais. Cette mission et le lieu furent réellement intéressants pour le jeune célibataire que j'étais.

Mais célibataire, pas pour longtemps ! C’est également à Wiesbaden que je rencontrai ma future femme. Son père était citoyen français (d'origine italienne) et le responsable du Restaurant/Club des officier de l'USAF à Wiesbaden. Avec eux, je pus voyager à Paris et à Cannes. Après quatre ans, je fus envoyé à Albany dans l'Etat de Georgie aux Etats-Unis en tant que Clerc Principal (Chief Clerk) d'une branche de combat stratégique aérien. Malheureusement, ce n'était pas l'Europe. Aussi, dès que la première opportunité se présenta, je me portai volontaire. Ainsi fus-je muté à Paris…

  

A Paris.

Paris en 1957 : nul besoin de porter l'uniforme. Je le remplaçai volontiers par des vêtements de ville. D’un côté, je gagnai plus d'argent et l'économie française était en pleine croissance : une vie fantastique, quoi ! Mais d'un autre côté, la révolte hongroise venait d'être brutalement réprimée par l'Union soviétique quelques mois auparavant. La Guerre froide battait son plein et les tensions étaient fortes entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. En France, beaucoup de gens avaient peur de la CGT. Le syndicat pouvait changer radicalement la politique dans le pays. De plus, tous les jours aux actualités, on entendait parler des heurts et violences en Algérie. Nous étions, nous militaires américains, censé gardé un œil très attentif sur tous ces événements. Nos supérieurs nous rappelaient systématiquement la manière dont nous devions nous comporter afin de ne pas attirer l'attention sur nous. Cela n'empêcha pas de nombreux citoyens français de nous lancer des cris « US Go Home ! ». Je me souviens des nombreuses alertes, avec des phares puissants scrutant le ciel à la recherche d'avions hostiles prêts à lâcher des bombes à cause des événements en Algérie.

En 1958, le général de Gaulle arriva pour former un nouveau gouvernement car la guerre en Algérie risquait de provoquer une guerre civile sur le territoire français entre ceux qui souhaitaient l'indépendance de la colonie et les autres qui voulaient que l'Algérie demeure une partie de la France.

Malgré ces événements inquiétants, j'arrivai à mener une vie relativement normale. J'épousai la jeune femme française que je fréquentais en Allemagne, et notre premier enfant naquit à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. C’était une fille, que nous prénommâmes Jennifer. Je commençai également à suivre des cours du soir à l'université.

 

A la California Institute of Technology.

Après trois ans à Paris, on me proposa une mission d'enseignement à la California Institute of Technology à Pasadena pour les étudiants en ROTC (Reserve Officers Training Corps). Il s'agissait des meilleurs étudiants et futurs ingénieurs et scientifiques du pays, et notre but était de convaincre le plus grand nombre de se vouer à une carrière au sein de l'armée de l'air. Nous n'avions jamais eu beaucoup d'étudiants, par conséquent j'avais pas mal de temps libre, et mon commandant me suggéra de poursuivre mes propres études afin d’obtenir un diplôme. Mission accomplie et deux ans plus tard, j'obtins mon diplôme d’Associate of Arts (l'équivalent de l'ancien DEUG français). A l'époque, l'armée de l'air dispensait des bourses d'étude. En cas de sélection, l'on pouvait poursuivre ses études jusqu'à l'obtention d'une licence et suivre ensuite une formation de trois mois pour devenir officier. Je fus pris, et grâce à mes expériences en Allemagne et en France, mon travail dans le renseignement, je fus sélectionné pour obtenir mon diplôme en relations internationales avec comme objectif de travailler plus tard dans le domaine de l'intelligence militaire.

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Portraits - Epopées - Associations
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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 19:31

 

 

Rafale-St-Dizier-Le Monde

 

Un Rafale de l'armée de l'air décollant de la base de Saint-Dizier pour se diriger sur la Libye (copyright le Monde).

 

Le 19 mars 2011, dès l’ordre d’engagement donné par le Président de la République, 36 heures après le vote au conseil de sécurité de la résolution 1973 autorisant le recours à la force en Libye pour assurer la protection de la population civile, des Rafale, Mirage 2000D et Mirage 2000-5 de l’armée de l’air décollaient de leurs bases de métropole (Saint-Dizier, Nancy et Dijon) pour des raids allers et retours sans escale au dessus de la Cyrénaïque, soit des missions de près de sept heures comportant plusieurs ravitaillement en vol. Ces raids bloquaient les forces de Kadhafi, sauvant la population de Benghazi du massacre qui se préparait. Redéployées progressivement par la suite sur les bases de Solenzara en Corse, de Sigonella en Sicile et de Souda en Crète, les unités aériennes de l’armée de l’air ont poursuivi leur engagement sans interruption pendant 226 jours, c’est-à-dire jusqu’à la fin officielle des opérations, le 31 octobre dernier. Au cours des milliers de sorties qu’elles ont effectuées, les unités aériennes n’ont subi aucune perte. Les centaines d’interventions feu qu’elles ont conduites ont toutes été réalisées avec des armes guidées de très haute précision. Aucun dommage collatéral n’a été déploré.

L’armée de l’air a fait ainsi une démonstration particulièrement frappante de ses capacités d’intervention, même si les médias n’en ont fait entendre qu’un faible écho. Raison de plus pour revenir sur la genèse de telles capacités, résultantes d’un certain nombre d’ avancées opérationnelles et techniques remarquables conçues et/ou exploitées par des personnels de qualité, que ce soit au niveau  des commandements, des états-majors ou des unités.

                                                                       °°°

Il faut remonter aux premières années 60 pour entendre parler de stratégie d’action extérieure , quelque peu masquée, il est vrai, par l’importance et la priorité accordées alors à la stratégie de dissuasion nucléaire, à la montée en puissance de la première composante des forces nucléaires stratégiques, à la restructuration et au redéploiement des forces aéroterrestres et aux nouvelles relations à établir avec l’Otan dont nous n’allions pas tarder à quitter l’organisation militaire intégrée (1966). Et pourtant, c’est bien dès cette époque qu’ont été définis pour notre pays les premiers éléments d’une stratégie d’intervention hors métropole.

Au début, il s’agissait essentiellement d’être capable de venir en aide, sur leur demande, aux états africains issus de nos anciennes possessions, états désormais indépendants mais encore fragiles avec lesquels la France avait passé des accords de coopération et même, pour certains d’entre eux, des accords de défense. Dans ce contexte, seuls étaient envisagés des déploiements de forces modestes, en vue d’opérations de faible intensité et de courte durée (1). Pour cela avait été conçu pour chacune des trois armées un système de « cellules d’intervention », cellules légères, susceptibles d’être retenues en totalité ou en partie pour mettre sur pied et déployer rapidement une force adaptée à la situation du moment (2). Ces cellules ont pris nom de « Guépard » pour l’armée de terre, de « Tarpon » pour la Marine et de « Rapace » pour l’Air. Sans entrer dans le détail, les cellules Rapace prévoyaient un maximum de douze appareils de combat avec l’environnement technique et logistique adapté, le tout étant transporté par avion. Le problème, à l’époque, était que les avions prévus – des « Vautour »(3) pour l’attaque et l’appui et des « N2501 » pour le transport – avaient les uns et les autres les pattes courtes tandis que la capacité d’emport des Nord 2501 était limitée, ce qui obligeait ces derniers à mettre en œuvre un flot d’appareils relativement important pour répondre à des besoins même limités. Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept. Cet inconvénient était d’autant plus pénalisant que le transport aérien avait aussi la charge d’opérer au profit des cellules Guépard de l’armée de terre. Dans ces conditions, atteindre depuis la métropole  aussi bien Dakar que N’Djamena et plus encore Bangui ou Libreville imposait de multiples escales, d’où des délais pour obtenir les autorisations des pays concernés tandis que le choix des itinéraires était restreint, les contournements de pays non coopératifs ne pouvant qu’augmenter les délais de mise en place ... et le nombre d’escales. En un mot, les moyens prévus par l’armée de l’air étaient encore peu adaptés aux contraintes de la stratégie alors envisagée. Cet inconvénient, si on ne faisait rien, ne pouvait que s’aggraver avec le temps.

Après la fin de la guerre froide et la disparition de l’URSS, totalement inattendues l’une et l’autre, l’instabilité, loin de s’apaiser, allait s’aggraver pour des raisons très différentes, aussi bien en Europe qu’ailleurs. En Europe, si l’ordre ancien, détestable, n’était plus, en revanche c’est le désordre qui s’était installé. Le retrait soviétique avait mis à découvert un ensemble de pays appauvris, sinon ruinés et instables sur fond de problèmes de frontières, de religions, de régionalisme ou de nationalités. C’était là une source de crises sévères dont celles des Balkans sont encore dans toutes les mémoires (Croatie en 1991, Bosnie à/c de 1992, Kosovo en 1999). Hors d’Europe, Soviétiques et Américains avaient réussi pendant la guerre froide à bloquer certains conflits extérieurs, dès lors que ceux-ci étaient susceptibles de déraper et de provoquer un affrontement direct et majeur entre eux (cas de la guerre du Viêt-Nam, du Kippour en 1973, de la guerre Irak-Iran à compter de 1979...). Ces « verrous » ayant sauté avec la fin de la guerre froide, l’instabilité s’est aggravée notamment dans les pays s’étendant en arc de cercle du Maghreb à la Corée du nord en passant par le Moyen-Orient, par les républiques caucasiennes et celles d’Asie centrale, tandis que Saddam Hussein crut que le moment était venu pour lui de se lancer dans une politique d’expansion au détriment de ses voisins avec la conséquence que l’on sait: Deux guerres de première grandeur, l’une à laquelle la France a participé (Le Golfe 1991) et l’autre où elle est restée à l’écart (Guerre en Irak de 2003). D’autre part, certains pays, en Afrique notamment, avaient perdu au lendemain de la chute du mur, toute importance stratégique et étaient abandonnés à eux mêmes. L’anarchie s’est alors étendue offrant un terrain propice aux mouvements extrémistes, en particulier religieux, tandis qu’en Afghanistan, les talibans offraient aux terroristes du monde entier toutes facilités pour s’entrainer chez eux. Le drame du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, puis la guerre en Afghanistan en ont été les conséquences. Dans un tel contexte, le domaine de nos interventions extérieures s’élargissait encore. Il imposait à l’armée de l’air, entre autres, la généralisation progressive au cours des années 90 de l’aptitude au ravitaillement en vol de sa flotte aérienne de combat, l’acquisition de quatre avions ravitailleurs supplémentaires et pour le transport, l’acquisition de quatorze C130H (15 tonnes sur 5000 km) suivie de celle d’Airbus A310 et A340 afin de renforcer les capacités de soutien logistique des forces projetées.

Ces crises et guerres de l’après guerre froide ont des caractéristiques communes :

 

·         - Elles se traduisent le plus souvent par des interventions à moyenne sinon à haute intensité pour certaines d’entre elles, c’est à dire conduites contre un adversaire disposant de systèmes de défense modernes ou, au minimum, faisant appel aux ressources de la haute technologie ( Kosovo, Golfe, Afghanistan , Libye tout récemment) (6) et ce, au milieu d’une population qu’il s’agit de protéger, ce qui impose des règles d’engagement drastiques et des actions feu d’une extrême précision.

 

·         - Non seulement les interventions se déroulent loin de notre territoire, mais encore s’inscrivent elles de plus en plus dans la durée (45 jours pour la guerre du Golfe en 1991; 78 jours pour l’offensive aérienne au Kosovo et en Serbie en 1999; 226 jours en Libye). D’où l’importance accordée au soutien opérationnel technique et logistique des forces engagées.

 

·         - Le cadre de ces interventions est le plus souvent multinational et/ou interallié, ce qui complique la structure des états-majors et organismes de conduite et de contrôle des opérations, tandis que le contrôle du pouvoir politique national doit rester très serré dans la mesure où les opérations se déroulent sans état de guerre déclaré. D’où pour les responsables militaires, comme pour les exécutants, une prise en compte permanente du contexte politique dont ils doivent bien comprendre les données, condition indispensable pour garder la maîtrise de la force et respecter strictement la discipline de l’ouverture du feu.

 

·         - Enfin et surtout, si les opérations ont toujours eu un caractère interarmées, elles n’en sont pas moins caractérisées par le rôle majeur de l’engagement des forces aériennes, notamment dans la phase initiale des interventions, comme cela  a été le cas dans la guerre du Golfe, (cinq semaines d’offensives aériennes suivies de quatre jours d’intervention aéroterrestre), au Kosovo (78 jours d’offensive aérienne précédent le déploiement des forces de l’Otan dans la province), en Afghanistan lors de l’offensive US de la fin 2001 destinée à chasser les talibans de Kaboul et tout récemment en Libye comme cela a été évoqué en entrée de cet article. La réactivité et la vitesse d’intervention de nos forces aériennes se sont imposées ainsi comme des facteurs de succès essentiels. Encore faut-il que ces forces soient en mesure d’intervenir non seulement vite et loin, mais encore en toute sécurité pour elles mêmes, pour les troupes amies qu’elles sont amenées à appuyer, directement ou indirectement ... et pour les populations, c’est à dire en évitant tout risque de dommages collatéraux, toutes conditions de mieux en mieux remplies grâce aux avancées enregistrées dans les domaines des équipements et des armements.

                                                                        °°°

Les contraintes précédemment rappelées ont imposé en effet une évolution progressive et profonde des caractéristiques des forces aériennes engagées. Il y a loin désormais entre les moyens somme toute modestes et aux capacités limitées retenus pour les forces aériennes d’intervention dans les premières années 60 (Vautour/N2501) et ceux d’aujourd’hui, caractérisés, surtout pour l’aviation de combat, par les très hautes performances des vecteurs, de leurs équipements et de leur armement, capables d’opérer dans un environnement opérationnel, technique et logistique complexe, le plus souvent multinational, à plusieurs milliers de kilomètres des bases de stationnement. Ces moyens ont fait en Libye la preuve de leur efficacité, c’est à dire de leur réactivité, de leur capacité de recueil, de traitement et de transmission du renseignement, de la sélectivité enfin et de la précision de leurs frappes. Pour l’armée de l’air, c’est là la conséquence des progrès enregistrés dans trois domaines: la généralisation déjà évoquée de l’aptitude au ravitaillement en vol de ses avions de combat; le développement de munitions air-sol guidées de très haute précision; l’exploitation enfin des possibilités offertes par les nouvelles techniques du traitement de l’information.

 

Au début des années 60, la technique du ravitaillement en vol était certes connue, mais elle n’était appliquée, et ce depuis 1964, que dans les forces aériennes stratégiques équipées de Mirage IV. Sous la contrainte de notre stratégie d’action extérieure, l’aviation tactique a cherché à exploiter cette technique d’abord dans les unités de F100 (7), appareil prévu pour figurer dans les cellules d’intervention Rapace en remplacement des Vautour. C’est ainsi qu’en février 1969 trois F100 réalisaient le premier raid à longue distance Toul/Dakar et que deux ans plus tard, fin 1971 une autre cellule de trois F100 ralliait Madagascar via Istres, Fort Lamy (N’Djamena) et Djibouti. C’est néanmoins avec la mise en service du Jaguar, à partir de 1975, laquelle succédait à l’arrivée dans les unités de transport, à la fin des années 60, du C160 Transall que l’armée de l’air a disposé des moyens beaucoup mieux adaptés aux contraintes des interventions extérieures de l’époque. Le trio Jaguar/C160/C135F (8) s’est en effet illustré dans la quasi totalité des opérations conduites jusqu’à la fin de la guerre froide, opérations dont il a constitué le fer de lance. Le ravitaillement en vol de notre aviation de combat couplé avec les  capacités accrues de notre flotte de transport a eu d’autres conséquences souvent occultées et dont la mise en évidence s’impose.

Alors que jusqu’ici on voyait surtout dans la technique du ravitaillement en vol des avions de combat tactiques le moyen d’assurer un déploiement rapide de ces derniers sur les théâtres les plus lointains, l’opération conduite en Mauritanie fin 1979 à partir de Dakar avec une poignée de Jaguar pour contraindre le Polisario à cesser ses raids au cœur de ce pays a révélé que cette technique permettait aussi – et surtout – d’atteindre des objectifs même très lointains – c’est à dire à plus de 1.200 kilomètres de la base de départ avec retour sans escale sur cette dernière (9). Grâce à la mise en service, dans les mêmes années 70 d’un nouvel appareil de transport tactique déjà mentionné, le C160 Transall caractérisé par une capacité d’emport plus importante et une plus grande  distance franchissable, démonstration était faite de la possibilité de soutenir depuis la métropole des détachements d’appareils de combat déployés sur des terrains très éloignés et exigeant ainsi sur place un soutien en personnels allégé. De nouvelles perspectives d’interventions étaient ainsi ouvertes, imposant un nouveau style aux opérations extérieures. L’armée de l’air était amenée du coup, on le sait, à étendre dans un premier temps la capacité de ravitaillement en vol aux Mirage F1 nouvellement mis en service avant de l’étendre ensuite  à l’ensemble de la flotte de combat.

La technique du ravitaillement en vol a permis également  de diminuer dans une large mesure  les inconvénients nés de l’obligation d’obtenir les autorisations de survol (10)  et d’escale nécessaires au déploiement de forces aériennes destinées à opérer  sur un théâtre extérieur, une contrainte souvent avancée pour minimiser les capacités d’interventions de l’Armée de l’Air. A partir du moment où les distances franchissables tant des avions d’armes que du transport se chiffrent  en plusieurs milliers de kilomètres,  le nombre d’escales nécessaires au déploiement  sur des théâtres éloignés diminue voire s’annule tandis que s’élargit le choix des itinéraires possibles, en incluant notamment la possibilité d’emprunter des itinéraires maritimes. Ainsi, à l’occasion d’une mise en place d’urgence de Jaguar  au Gabon, en 1982, les appareils fidèlement suivis par leur ravitailleur C135F et leur C160 n’ont emprunté que des itinéraires maritimes avec une seule escale à Dakar. Aujourd’hui, pour rallier l’Afghanistan, nos Rafale et Mirage 2000D ont le choix entre deux itinéraires, l’un “continental” via la Turquie, l’autre “maritime” via Djibouti, les deux ne comportant également qu’une seule escale.

Cette même technique offre aussi une plus grande possibilité de choix des terrains de déploiement des forces aériennes prévues pour telle ou telle opération. Grâce aux rayons d’action évoqués, un tel terrain peut, si nécessaire, se situer hors du théâtre d’opérations, à plus d’un millier de kilomètres des zones d’intervention envisagées. A titre d’exemple, en 2002, les premiers Mirage 2000D destinés à opérer au dessus de l’Afghanistan ont été déployés sur le terrain de Manas, au Kirghizistan, à plus de mille kilomètres de la zone prévue d’intervention, avec, en prime, entre les deux, la chaîne de l’Himalaya à franchir ! Un tel avantage est d’autant plus apprécié qu’aucune intervention extérieure n’est concevable aujourd’hui sans que les forces ne disposent d’un aérodrome terrestre, qu’il soit implanté au cœur du théâtre ou à l’extérieur, aérodrome indispensable en effet en toute hypothèse aux avions lourds, de transport, ravitailleurs, de guerre électronique, AWACS, sans lesquels il n’est pas possible d’opérer aujourd’hui. Ces aérodromes permettent également aux avions de combat qui y sont déployés de décoller avec le maximum de charges, dès lors que la ou les piste(s) ont la longueur suffisante, ce qui est le cas aujourd’hui pour la plupart des aérodromes modernes répartis sur la planète.

Le développement des armes air-sol guidées de très haute précision est le deuxième facteur qui a bouleversé les conditions d’emploi des forces aériennes tout en  multipliant leur efficacité. C’est pour les besoins de la guerre au Viêt-Nam que de telles armes ont été développées par les américains. Elles ont fait leur apparition sur ce théâtre dans les premières années 70. Il s’agissait essentiellement d’armes à guidage laser susceptibles d’être tirées à « distance de sécurité » (stand-of), c’est à dire en évitant à l’avion tireur de survoler son objectif, tout en étant d’une extrême précision. Le 13 mai 1972, le pont de Than Hoa était attaqué et détruit par un seul raid de huit chasseurs « Phantom » de l’USAF armés de tels missiles, alors qu’entre 1965 et 1968, ce même pont avait subi de multiples attaques à la bombe classique sans autre résultat pour les américains que de perdre dix appareils du fait de la défense adverse. C’était là une révolution de première grandeur dans le domaine tactique, révolution appelée à s’étendre au domaine stratégique. C’est ainsi que  les premiers raids aériens qui ont marqué le début de la guerre du Golfe dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991 ont été conduits, entre autres, par des bombardiers géants B52. Ceux-ci n’ont pas dévasté la capitale en larguant en aveugle des « tapis de bombes » comme au bon vieux temps. Ils ont visé au contraire des objectifs ponctuels – centres de commandement, nœuds de transmissions – situés en plein cœur de la ville, objectifs neutralisés en tirant des missiles air-sol guidés d’une précision décamétrique, sans causer de dommages collatéraux notables. Le B52, symbole du bombardement par tapis de bombes devenait le symbole des frappes dites chirurgicales même si toutes n’ont pas mérité ce qualificatif ! Il n’est pas inutile de rappeler que l’armée de l’air avait su tirer la leçon de l’expérience US au Viêt-Nam en développant pour ses Jaguar un missile air-sol à guidage laser (AS30L), missile utilisé pendant la guerre du Golfe contre des objectifs tactiques (hangars d’aérodromes militaires, navires). Elle fut la seule à utiliser de telles armes, à côté de l’USAF.

Bombes, propulsées ou non, et missiles guidés de précision sont désormais à la base des capacités offensives tactiques et stratégiques des forces aériennes, dont les nôtres, capacités dont l’importance est fondamentale dans la stratégie d’action extérieure Le développement et le perfectionnement de ces armements sont spectaculaires. Leur portée et leur précision – du décamétrique, on est passé au métrique – ne cessent de croître et leur emploi devient de plus en plus indépendant des conditions météo ou de la luminosité par le recours aux systèmes de guidage  GPS/inertiel, infrarouge ou par corrélation d’image. Leur engagement se traduit en termes non seulement d’efficacité mais aussi d’économie des forces, avec les conséquences que l’on sait sur le format de ces dernières. Que ce soit au niveau tactique ou stratégique, un nouveau style de guerre aérienne se précise désormais. Les attaques massives plus ou moins dévastatrices pour l’environnement font place aux frappes ponctuelles, réduisant de façon drastique les dommages collatéraux, frappes conduites par un nombre limité de vecteurs dont la vulnérabilité aux défenses adverses devient plus faible grâce à la portée de plus en plus grande de leur armement (11). Ce style est d’autant plus recherché que nous vivons une époque où les interventions sont conduites non pas dans le cadre de la défense directe de la mère-patrie mais dans celui d’actions extérieures visant à éliminer des fauteurs de troubles susceptibles de mettre en cause indirectement nos intérêts et ce dans des territoires plus ou moins lointains dont les populations ne sauraient être victimes des actions conduites par nos propres forces. Le résultat en est un emploi de plus en plus large des bombes et missiles guidées de précision: De 8% de la totalité des munitions air-sol tirées pendant la guerre du Golfe (1991) on est passé à 35% pendant la campagne aérienne du Kosovo, à 60% pendant la première campagne aérienne en Afghanistan (2001) et à 100% pendant les opérations en Libye. Au cours de ces quatre campagnes, la proportion de bombes ou missiles guidés de précision à capacité « tous temps » n’a pas cessé non plus de croître, passant respectivement de 0% à 3%, puis 30% et plus encore pendant l’opération Harmattan (12).

De telles capacités donnent enfin à la notion de “diplomatie aérienne” (13) une réalité qu’elle n’avait pas jusqu’ici. Elle est un volet particulier de la stratégie d’action extérieure. Par diplomatie aérienne en effet, dans son aspect “coercitif” (14) il s’agit de conduire des actions offensives ciblées appuyant une démarche diplomatique, c’est-à-dire dont le but est moins de neutraliser des forces adverses qu’à influencer  directement le pouvoir politique du pays visé. Ce qui s’est passé lors de la deuxième phase de l’offensive aérienne au Kosovo en 1999 en est un exemple. Le but des coalisés était d’amener le président Milosevic à stopper l’exode forcé de la population albanaise du Kosovo, à évacuer ses forces de cette province où devaient être déployées celles de l’Otan, le tout sous la pression des seules forces aériennes. La première phase de l’offensive avait été un échec dans la mesure où elle visait les forces serbes présentes au Kosovo, forces qui se mêlaient au flot des réfugiés albanais ou qui restaient camouflées, rendant dans un cas comme dans l’autre inopérante l’action de nos forces aériennes. Celle-ci se transformait, dans une deuxième phase des opérations, en raids stratégiques visant des objectifs au cœur de la Serbie, notamment Belgrade, objectifs soigneusement ciblés en fonction des réactions du chef d’état serbe et ce, sans causer de dommages collatéraux à la population. La destruction de tel ou tel objectif, en réponse à une déclaration ou à une attitude données du dirigeant serbe traduisait une volonté politique de ne pas se laisser impressionner par ces dernières. C’est l’extrême précision des raids qui a permis de conduire une telle stratégie relevant de la diplomatie aérienne coercitive laquelle a finalement amené Milosevic à accepter le déploiement au Kosovo  de forces de l’Otan (juin 1999).

Intervenir les premiers, vite et loin, de façon sélective, dosée, sans risques de bavures, avec des forces aériennes de combat et de transport dont les vecteurs deviennent de moins en moins nombreux au fur et à mesure de l’accroissement de leurs performances est une chose. Encore faut-il au préalable avoir une connaissance précise des conditions d’engagement sur le terrain, c’est à dire sur l’adversaire, ses défenses, ses points de vulnérabilité. Encore faut-il, en cours d’opération, disposer d’un environnement opérationnel adapté, un environnement dont la tendance est, quant à lui, de prendre de l’ampleur : avions de surveillance du ciel (Awacs), avions de surveillance du sol (Jstars) (15), avions de guerre électronique... ravitailleurs, et ce pour assurer la sécurité et coordonner l’intervention aussi bien des avions que des hélicoptères et des drones – qu’il s’agisse d’attaque, de reconnaissance, de défense – tout en étant capables de répondre aux contraintes du contrôle politique. Cela fait du monde et tout ce monde doit pouvoir être identifié, recueillir et échanger les données tactiques entre les différents niveaux de la chaine de commandement. Dans les situations le plus souvent mouvantes caractérisant les situations de crises ou de guerre actuelles, il s’agit également de réduire au maximum le délai entre le moment où un objectif est décelé et celui où il est attaqué, après recueil, analyse de cet objectif, décision de l’attaquer et l’attaque elle même. C’est la boucle de John Boyd dite OODA (observe, orient, decide, act). Tout repose sur le recours aux technologies de l’information et de la communication les plus modernes, sur la mise en œuvre de centres de commandement et de contrôle des opérations aériennes capables de suivre en temps réel les opérations, capables de mettre en réseau les différents acteurs, ce qui passe notamment par le recours aux transmissions satellitaires, la numérisation des données et le développement de l’interopérabilité entre nos propres systèmes et ceux des alliés. L’armée de l’air, lors de l’opération Harmattan (16), a récolté les fruits de l’attention qu’elle a portée depuis de nombreuses à l’ensemble de ces domaines: Rôle déterminant du centre de commandement et de contrôle de Lyon Mont Verdun au lancement de l’opération, engagement dans la semaine précédant Harmattan de Mirage F1CR de reconnaissance et de Transall de guerre électronique  destinés à recueillir le maximum de renseignements sur le futur théâtre, déploiement d’un de ses awacs et des ravitailleurs nécessaires aux raids prévus, recours à la liaison 16 sur nos appareils permettant l’échange des informations, y compris des images entre les différents intervenants, aptitude des équipages à opérer dans un environnement interallié. Le résultat est connu.

                                                                       °°°

Cet aperçu des capacités de l’Armée de l’Air dans le cadre de notre stratégie d’action extérieure et notamment les succès enregistrés lors des récentes opérations en Libye ne sauraient cependant masquer les lacunes et faiblesses qui subsistent aujourd’hui dans certains domaines. Quatre d’entre elles doivent être évoquées :

 

·         - La flotte de combat est dotée d’un matériel excellent. Les armements et équipements dont elle dispose et la qualité des équipages la placent au premier rang des flottes européennes. Mais cette flotte se rétrécit comme peau de chagrin et ne saurait, à elle seule, supporter dans la durée des opérations de haute intensité ou exigeant l’engagement d’un volume important de forces. Les excellentes disponibilités maintenues dans les détachements qui ont opéré pendant Harmattan (95%) n’ont été obtenues qu’au prix d’un recours aux ressources logistiques et techniques offertes par les appareils non engagés, ce qui, à terme, pose de sérieux problèmes d’entraînement. Quant au nombre d’appareils de combat engagés, il était dans chaque unité concernée, relativement faible.

 

·         - Le transport aérien a certes rempli son contrat mais son potentiel est en chute libre avec le retard pris par la sortie du très attendu A400M.

 

·         - La question du remplacement de nos ravitailleurs C135F, en service depuis 1964, c’est à dire depuis près de cinquante ans se pose avec acuité. La solution existe – l’A330 adapté à la fois au transport stratégique et au ravitaillement en vol des appareils de combat (programme MRTT – MultiRol Tanker and Transport). Cet appareil a été commandé par la Grande Bretagne et l’Australie. Il devrait figurer dans la prochaine loi de programmation...

 

·         - La France prend un retard sérieux dans le domaine des drones. Les services rendus par le Harfang (drone intérimaire) utilisé tant en Afghanistan qu’au-dessus de la Libye ont confirmé tout l’intérêt de ce genre de vecteur dans la mesure où il est effectivement capable d’assurer une permanence au dessus d’un théâtre. Le Harfang n’a cependant pas de capacités d’attaque, ce qui le pénalise lourdement par rapport à ceux mis en œuvre notamment par les Américains. Le besoin est reconnu mais la solution retenue – le drone « Heron » israélien adapté aux besoins français – apparaît une solution sans doute coûteuse et sûrement réalisable seulement à long terme (> 2020 ?).

                                                                        °°°

Puisse ce texte appeler en tout cas l’attention des uns et des autres sur l’importance des efforts qu’il nous reste à consentir pour que nos forces aériennes  continuent de jouer dans les années à venir le rôle qui doit être le leur au sein de nos armées et ce, pour une meilleure défense de nos intérêts en Europe et dans le monde.

 

Général Michel FORGET – Décembre 2011.

 

 

 

 

 

 

Renvois :

 

(1)   Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept.

 

(2)    La première Instruction officielle instaurant ce système date de 1964.

 

(3)   Vautour B : bombardier léger, bimoteur, sans possibilité de ravitaillement en vol. Le Nord 2501 : bimoteur, premier avion-cargo français, entré en service au milieu des années 50. Il avait un rayon, d’action limité (2 tonnes sur 2500 kilomètres) soit deux escales et près de 11 heures de vol pour rejoindre Dakar depuis la métropole. Etait néanmoins très supérieur à son prédécesseur, le DC3 (2 tonnes sur 1800 kilomètres) qui n’était pas un avion-cargo.

 

(4)   Jaguar : chasseur bimoteur franco-britannique apte au ravitaillement en vol, destiné à l’attaque au sol, mis en service à partir de 1975 (l’armée de l’air comptera jusqu’à neuf escadrons de Jaguar). Le Mirage F1 entré en service à la même époque sera rendu apte au ravitaillement envol à la fin des années 70.

 

(5)   C160 Transall : remarquable avion de transport tactique franco-allemand entré en service en 1968. Bimoteur. Ses performances en rayon d’action et en capacités d’emport étaient plus du double de celles du N2501 : 5 tonnes sur 5000 kilomètres.

 

(6)   En Afghanistan, les talibans ne manquent pas d’utiliser des IED (Improvided Explosive Device), engins explosifs redoutables commandés à distance.

 

(7)   F100 : chasseur monoplace transsonique adapté aux missions d’attaque au sol et de pénétration. A équipé dans les années 60 deux escadres de chasse de l’armée de l’air.

 

(8)   C135F : avion ravitailleur quadriréacteur dérivé du Boeing 707 dont 15 sont actuellement en service dans l’armée de l‘air.

 

(9)   Le 19 mars 2011, soit trente années plus tard, Rafale et Mirage 2000D ont attaqué depuis leurs bases de stationnement des objectifs situés à 2300 km de ces dernières avec retour directe sans escale.

 

(10) Aucun moyen ne permet d’éliminer ce problème des autorisations de survol. Ainsi les appareils de notre porte-avions opérant dans l’Océan Indien et destinés à intervenir en Afghanistan ne peuvent se passer de l’autorisation de survol du Pakistan.

 

(11) Cette portée va de quelques kilomètres pour les premiers missiles à guidage laser à plusieurs dizaines de kilomètres pour les armements air-sol modulaires (A2SM) propulsés et  à plusieurs centaines de kilomètres pour les missiles de croisière comme le SCALP, tous missiles et bombes qui ont été tirés au cours de opérations de Libye.

 

(12) Proportion exacte non diffusée à ce jour.

 

(13) La diplomatie navale est mieux connue. Elle répond à la même définition, avec des moyens évidemment différents.

 

(14) La diplomatie aérienne peut être aussi une diplomatie de « coopération » (expression de Mr Coutau-Bégarie). Elle a alors pour but de renforcer les liens d’amitié avec un pays donné ou de démontrer l’intérêt que l’on porte à celui-ci par la participation d’éléments de nos forces aériennes à de démonstrations en vol, voire à des manœuvres avec les forces aériennes du pays en cause.

 

(15) Quadriréacteur de l’USAF : « Joint Surveillance Tracking Attack Radar System » utilisé notamment pendant la guerre du Golfe et équipé pour détecter les mouvements au sol alors que l’AWACS, lui aussi quadriréacteur (Air Warning Control System) est spécialisé pour la surveillance de l’espace aérien.

 

(16) Nom de baptême de l’opération conduite au-dessus de la Libye.

 

 

 

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Dimanche 7 août 2011 7 07 /08 /Août /2011 10:18

 

"C'est quand on est oublié, que l'on meurt vraiment".

 

 

En patrouille au dessus de la Forêt Noire

 

 

1963, F-100 en patrouille, au-dessus de la Forêt Noire.

 

Il y a, comme l'a évoqué le Président de la République le 19 juillet dernier dans la cour des Invalides, devant les sept cercueils de nos soldats tués en Afghanistan, « la longue cohorte de tous ceux qui sont tombés un jour au Champ d'Honneur », morts pour la Patrie dont le Souvenir Français s'attache à conserver et honorer la mémoire...

 

Il y a la multitude de celles et ceux qui nous ont quitté, frappés par les accidents de tous ordres, par la maladie, ou la simple usure inéluctable d'une vie longue et bien remplie...

 

Et puis il y a les morts en « S.A.C. »!

 

Peu de gens, dans la société civile, connaissent la signification de ce sigle qui se traduit, pour les membres de la grande famille aéronautique, par « Service Aérien Commandé ». Et pourtant le personnel des formations aériennes de nos forces armées paye, dès le temps de paix, un lourd tribut au service de la nation, en particulier pendant l’entraînement et dans la préparation aux missions de guerre. A titre d'exemple, pour la seule Ecole de l'air, entre sa création en 1935 et l'aube du XXIème siècle, si 240 anciens élèves sont tombés au combat, pendant la Seconde Guerre mondiale, en Indochine, en Afrique du Nord ou dans les opérations extérieures, ce sont près de 370 pilotes, navigateurs ou membres d'équipages issus de cette école qui ne sont pas revenus d'une mission considérée au départ comme « de routine », morts en S.A.C.


 

J'ai eu la chance, au début des années soixante, de vivre quelques années aux côtés des pilotes de l'un des meilleurs escadrons de chasse de France, le 1/3 « Navarre », partageant épisodiquement, moi le non-navigant, leurs missions, en place arrière de l'un des trois F-100F « Super Sabre »  biplace de l'escadron. J'en ai gardé bien des souvenirs merveilleux, mais aussi, malheureusement,  d'autres bien plus tragiques, comme par exemple :

 

·        -  Ce 31 décembre endeuillé par la collision au-dessus du Mont Mézenc des deux F-100 de Jacques dit « Le gros sac » et de Guy, surnommé « Le p'tit boudin ». Il n'y eut pas de réveillon cette année-là...

 

·         - Le crash dans un petit avion du Centre d'Essais en Vol de Cazaux de Francis, « Le beau gosse », tué avec son passager ;

 

·         - Le Mirage IIIE de Robert, « Le clou », percutant le sol avant de s'embraser, à l'entrée de piste, à Nancy ;

 

·         - Cet autre Mirage IIIE, en approche à Dijon, s'écrasant après avoir heurté un rideau d'arbres sans que son pilote, Jean-Pierre, un jeune lieutenant que j'ai moins connu, ne puisse s'éjecter ;

 

·         - Le Mystère IVA de cet ami de l'autre escadron, découvert désemparé sur la dune du Pilat, mais sans le corps de son pilote, Jacques « Le p'tit chef », qu'un récolteur de résine retrouvera par hasard, mais bien des années plus tard, dans un coin perdu de la forêt landaise...

 

Ces pilotes parmi tant d'autres, ces équipages, ne sont pas morts face à l'ennemi, mais dans le simple exercice de leur métier, de leur mission, avec un seul but : être prêts, si la Nation l'exigeait un jour, à la défendre jusqu'au sacrifice suprême. Alors je souhaite que leur souvenir trouve également sa place dans les pensées de tous ceux qui honorent aujourd’hui, à juste raison, les « morts au Champ d'Honneur ».

 

Ils l'ont bien mérité, eux qui ont aussi rejoint, pour toujours, le paradis des pilotes et des équipages perdus.

 

 

 

 

GBA (2s) Jean-Claude ICHAC

Président honoraire du Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

Le 1er août 2011

 

 

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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 22:15

 

 

 

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« Je m’appelle Louise Zazzera et j’habite à Issy-les-Moulineaux depuis 1995. Ma famille était parisienne. Mon arrière grand-père, lorrain, a dû quitter la Lorraine suite à la défaite de 1870 et à son choix de demeurer français. Il s’est installé à Paris avec mon arrière grand-mère.

 

C’est à titre individuel que j’ai adhéré à votre Association «Le Souvenir Français». Dans notre département des Hauts de Seine, je suis la trésorière d’une association : l’ANPNOGD92, qui est l’Association Nationale des Pupilles de la Nation et des Orphelins de Guerre et du Devoir.

 

Je souhaite d’abord me présenter avant de vous parler de notre association. Je suis pupille de la Nation, mon père est reconnu mort pour la France. Il est revenu des camps de prisonnier de guerre en mars 1942. Il faisait partie des prisonniers qui ont été renvoyés dans leur pays car très malade. Il est décédé le 13 aout 1942, après de longs séjours à l’hôpital et de grandes souffrances. Il avait 29 ans. Il a laissé deux enfants de 6 et 3 ans et sa femme enceinte de moi qui suis née le 5 décembre 1942. Ma maman me disait : «tu es le dernier cadeau que ton papa m’a fait» !

 

On reconnaît et on ne veut pas oublier tous ces hommes et ces femmes morts pour leur patrie. Mais connaît-on la douleur de ces enfants dont les familles sont détruites, de ces enfants qui n’ont jamais connu leur père, leur mère ?

 

Voyez-vous, j’ai une phrase qui reste dans ma tête. Je pense que la personne l’a prononcée à la légère, mais elle m’a marqué et je l’entends encore. Cela s’est passé à l’école. Dans la classe, la maîtresse faisait l’appel pour le paiement de la garderie du soir et  elle a dit « ah oui, toi tu ne payes pas, tu es pupille de la Nation». Je ne comprenais pas très bien ce que cela voulait dire mais pour moi je n’étais pas normale, j’étais fautive !

 

Je suis adhérente à l’ANPNOGD. Pour entretenir la mémoire de ceux et celles qui sont morts, et que la Patrie a reconnu «Morts pour la France». Mais également que l‘on reconnaisse la souffrance des enfants appelés Pupilles de la Nation.

 

Notre association compte environs 70 Délégations départementales, regroupant 9.500 adhérents. Nous défendons un double objectif : perpétuer le Devoir de Mémoire envers les disparus et œuvrer pour la promulgation d’un statut qui devra s’inspirer largement de celui promulgué en faveur des enfants des déportés ; en juillet 2000, la France a réparé le préjudice subi par les orphelins dont les parents ont été victimes de persécutions antisémites ; quatre ans plus tard, les orphelins dont les parents ont été victimes de la barbarie nazie morts en déportation, fusillés ou massacrés pour des actes de résistance ou pour des faits politiques, percevaient à leur tour des réparations. Puis, en février 2005, notre pays réparait le préjudice subi par des orphelins dont les parents ont été victimes d’événements liés au processus d’indépendance de ses anciens départements et territoires, les Harkis principalement.

 

Soixante-cinq ans se sont écoulés depuis la libération de la France et il est temps de ne pas oublier l’indispensable Devoir de Mémoire en remédiant à la discrimination résultant des décrets du 13 juillet 2000 et du 27 juillet 2004, pour le concept d’équité conserve tout son sens.

 

Ces « Oubliés de l’Histoire» demandent, au regard de l’article 1 de notre Constitution qui assure l’égalité devant la loi de tous les Citoyens et de l’article 6 des Droits de l’Homme, selon lequel tous les Citoyens sont égaux aux yeux de la loi, que la République Française reconnaisse tous ses «Morts pour la France» sans laisser quiconque au bord de la route.

 

Nous croyons que notre Association, l’ANPNOGD, est porteuse d’un flambeau qui ne doit pas s’éteindre, il est fait de souvenir, de sacrifices suprêmes pour la liberté et la Patrie ! C’est pourquoi nous demandons le respect et la reconnaissance, pour tous ces enfants du sacrifice, devenus les oubliés de la Nation. Cela implique que les Pupilles de la Nation, les Orphelins de Guerre ou du Devoir qui ont été privés de la présence d’un père ou d’une mère, obtiennent réparation de la part de l’Etat dans un esprit d’équité et de justice. »

 

Louise Zazzera.

 

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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 14:14

Irlande - 1969

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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 21:50

 

 

Il n'était que temps !

 

Imaginez une conductrice d'ambulance, avec quelques centaines de milliers de kilomètres à son actif, qui recevrait officiellement son permis de conduire près de vingt ans après avoir quitté la vie professionnelle! Eh bien c'est un peu ce qui vient d'arriver le 2 septembre dernier au Médecin général inspecteur (2S) Valérie André, 3.200 heures de vol, quand elle a reçu des mains du chef d'état-major de l'armée de l'Air, devant le front des troupes et les drapeaux et fanions des unités d'hélicoptères de l'armée de l'air, le brevet militaire de pilote d'hélicoptère n°001. Pourquoi ce numéro ? Tout simplement parce que le n°01 avait bien sûr déjà été attribué, c'était à sa création en 1956, et c'est elle-même qui l'avait remis!

 V.Andre-1

 

 

La récipiendaire quelques secondes avant de recevoir son brevet.

 

 

 V.Andre-2


 … et regagnant sa place, portant son brevet tout neuf !

 

Née à Strasbourg en 1922, docteur en médecine en 1948, Valérie André s’engage en 1949 pour servir en Indochine.

 

Affectée à Saigon, elle se perfectionne en chirurgie de guerre pendant deux ans. Découvrant l'hélicoptère, elle revient en métropole et acquiert le brevet de pilote d’hélicoptère civil en 1950, avant de repartir en Indochine, orientant sa carrière dans la voie toute nouvelle des évacuations médicales héliportées. Elle totalise, dans des conditions périlleuses, 129 missions de guerre comme pilote d’hélicoptère et évacue, seule à bord, 165 blessés. Cinq citations avec croix de guerre TOE, dont quatre à l’ordre de l’armée, ainsi que la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour faits de guerre viennent récompenser sa brillante conduite au feu.

 

En 1952, elle est intégrée dans les cadres de l’armée d’active avec le grade de médecin capitaine. De retour en France, elle rejoint le centre d’essais en vol de Brétigny-sur-Orge.

 

Affectée en 1959 en Algérie, elle y effectue 356 missions en tant que pilote. Deux citations à l’ordre du corps aérien avec croix de la valeur militaire lui sont attribuées.

 

Médecin-chef de la base aérienne de Villacoublay, puis conseiller du Commandement du transport aérien militaire (COTAM), elle est la première femme à être nommée officier général. C’est au poste de directeur du service de santé de la 2ème région aérienne qu’elle quitte le service actif en 1981.

 


 V.Andre-3

 

 

Valérie André, « Miss Ventilateur » en Indochine, félicitée par le Général Forget.

 

Grand croix de la Légion d’honneur et grand croix de l’ordre national du Mérite, le médecin général inspecteur (2S) Valérie André est également titulaire de la médaille de l’aéronautique et de la médaille de vermeil d’honneur du service de santé des armées.

 

Si vous la croisez dans les rues d'Issy-les-Moulineaux, ou la rencontrez au cours d'une cérémonie patriotique, aux côtés de son neveu, André Santini, notre député-maire, ancien ministre, ne lui dites pas « Mes hommages, Madame », mais « Mes respects, mon Général ! ». Car elle y tient, à juste titre.

 

 

 

GBA (2S) JC Ichac – Président honoraire du Comité du Souvenir Français d'Issy.

(Photos JCI –  Eléments biographiques MIN.DEF.)

 

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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 22:28

Guillaumat

 

 

A la suite de l’article sur l’Armée d’Orient pendant la Première Guerre mondiale, le général de brigade aérienne (2S) Jean-Claude Ichac, ancien commandant de la Cité de l’Air « Capitaine Guynemer » et de la Base Aérienne 117 de Balard, revient sur la correspondance de guerre du général Guillaumat, héros de l’Armée d’Orient pendant la Première Guerre mondiale.

 

 

Quand la France faisait la guerre dans les Balkans.

 

« Régulièrement, le grand public découvre encore d’émouvantes lettres de poilus décrivant la vie dans les tranchées et les réactions des combattants sous les tirs d’artillerie ou avant l’assaut. Mais quel était, dans le même temps, l’état d’esprit de leurs chefs? C’est l’objet de ces lettres que, chaque jour de la guerre ou presque, le général Adolphe Guillaumat a écrites à son épouse, repliée à Toulouse. Chef du cabinet militaire du ministre de la guerre en août 1914, l’armistice de 1918 le trouvera à la tête de la Vème armée à Charleville, après avoir été commandant d’une division sur la Marne et en Argonne, du 1er corps d’armée à Verdun et sur la Somme, de la IIème armée, de nouveau à Verdun, avant de partir prendre le commandement des armées alliées d’Orient, à Salonique, et de revenir comme Gouverneur militaire d’un Paris soumis aux bombardements des Gothas et de la « grosse Bertha ». Et pendant ces quatre longues années le Général Guillaumat  a décrit à son épouse, avec précision et humour, ses déplacements, ses activités, ses rapports avec ses subordonnés (dont un certain capitaine de Gaulle), ses égaux, ses supérieurs, Foch, Franchet d’Esperey, Joffre, Lyautey, Mangin, Nivelle, Pétain, Sarrail, mais aussi avec les plus hautes autorités françaises, Briand, Clemenceau, Doumer, Poincaré, ou étrangères. Cela donne lieu à des portraits tantôt respectueux et admiratifs, tantôt ironiques, voir féroces, qui jettent un jour nouveau sur les prises de décision dans la France de la guerre. Mais si ce grand soldat bougonne, critique, « grinche » comme il le reconnaît souvent, il obéit toujours et donne le meilleur de lui-même aux différents postes souvent prestigieux où il a été placé.

 

Humaine et riche, cette « Correspondance de guerre », transcrite et éditée par Paul Guillaumat, se doit de figurer, à côté des livres sur l’histoire de la 1ère guerre mondiale, dans la bibliothèque des passionnés de cette période difficile qui a façonné l’Europe que nous connaissons aujourd’hui ».

 

GBA (2S) J-C ICHAC

 

 

Editions L’Harmattan - Mémoires du XXème siècle - 2006 - 36 €

 

 

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Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 19:02

 

 

Depuis quelques mois, le comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français entretient plusieurs tombes, au sein du cimetière communal. Celles-ci font l'objet de rénovations et de nettoyages. Les travaux, en cours, s'étaleront jusqu'au milieu de l'été 2010.

 

2009-11-01, Issy-Astoul

 

 

Sous-lieutenant Louis Astoul, disparu pendant l'offensive sur le Chemin des Dames en 1917.

 

Commandant Bidu - 1888-1964

 

 

Commandant Bidu (1888-1964).

 

Etienne LALIS - 1910-1944

 

 

Etienne Lalis (1910-1944).

 

JP POUILLIEN - 1937-1959

 

 

Jean-Paul Pouillien (1937-1959), tué en service commandé en Algérie. 

 

Vladimir Rygaloff - 1924-1944

 

Wladimir Rygaloff (1920-1944).

 

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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 12:07

 

Monsieur André Santini et Monsieur Guy de Rochambeau.

 

 

« Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Monsieur de Rochambeau,

 

C’est un réel plaisir de vous accueillir aujourd’hui, mardi 6 octobre 2009 pour cette inauguration de la place dédiée à la mémoire du Maréchal de Rochambeau.

 

Né en 1725 à Vendôme, Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, deuxième fils du comte de Rochambeau, est élevé pour entrer dans les ordres mais la mort de son frère aîné le conduit finalement à la carrière des armes. En 1742 commence pour lui la vie militaire. Bientôt  aide de camp du duc d’Orléans (père de Louis-Philippe), il est vite renommé pour sa bravoure et son habileté dans les manœuvres. Nommé colonel à 22 ans, il se distingue au siège de Maastricht en 1748 et devient gouverneur de Vendôme en 1749. Après l'expédition de Minorque, en 1756, il est nommé général de brigade dans l'infanterie et colonel du régiment d'Auvergne. Il s’illustre aussi pendant la Guerre de sept ans, notamment à la bataille de Clostercamp (1760), pour le succès de laquelle il a une action déterminante malgré plusieurs blessures. Il est nommé maréchal de camp en 1761 et inspecteur de la cavalerie. Il est alors fréquemment consulté par les ministres pour des points techniques.

 

Mais c’est la Guerre d’indépendance américaine qui le fera entrer dans l’Histoire. A partir de la fameuse "Boston Tea Party" du 16 décembre 1773 où les colons américains défient la couronne anglaise, le conflit devient latent et le recours aux armes approche.

 

Dans les débuts du conflit militaire entre l’Angleterre et ses colonies, des Français y prennent part individuellement : Beaumarchais en se faisant marchand d’armes, Lafayette en organisant des corps francs. Rochambeau, lui, arrive aux Amériques à la tête d’un corps expéditionnaire français envoyé par Louis XVI et débarque à Newport le 11 Juillet 1780. Le général conseille alors à Washington d'attaquer les troupes anglaises engagées dans le Sud, ce qui débouchera sur la célèbre victoire de Yorktown.

 

Le 5 Septembre 1781, l’amiral de Grasse remporte la victoire de la Chesapeake sur la flotte de l'amiral Graves. Un conseil de guerre est tenu le 18 Septembre à bord du bateau "Ville de Paris" entre Washington, Rochambeau et de Grasse. Le général anglais Cornwallis est retranché dans les places fortes de Yorktown, et de Gloucester. Dès le 28 Septembre, commencent les manœuvres d'investissement par les forces franco-américaines de ces deux places fortes. Au même moment, la flotte française de 28 vaisseaux de l'amiral de Grasse assure le blocus du port de Yorktown, empêchant ainsi tout ravitaillement ou toute fuite des britanniques par la mer.

 

Les 6 000 britanniques et les 2 000 allemands font face aux 11 000 français et aux 6 000 hommes de Washington (incluant des Polonais, des Allemands, des Canadiens français et des Indiens cherokees). Après près de deux semaines d’affrontement, le 19 Octobre 1781, Cornwallis capitule et rend aux forces alliées les places de Yorktown et de Gloucester. Le général anglais se prétendant malade, il envoie un de ses subordonnés remettre son épée aux vainqueurs. Cette victoire doit beaucoup au comte de Rochambeau qui a su maintenir la discipline, préparer les détails et prendre les bonnes options, pour conduire au succès des armes.

 

Cette bataille fut aussi la première grande opération militaire combinée (infanterie, cavalerie, artillerie et marine) de l'histoire, réunissant trois grands militaires : Washington, Rochambeau et de Grasse. Moins d’un an plus tard, le traité de Paris est signé, qui accorde l’indépendance aux anciennes colonies britanniques. A son retour en France, Rochambeau est acclamé à Versailles et décoré de l’Ordre du Saint-Esprit, mais la Révolution Française se prépare. Il commande quelque temps l'armée du Nord et de l'Alsace et est nommé Maréchal – le dernier de l'Ancien régime – en 1791 par Louis XVI. Devant la situation chaotique engendrée par les factions, les ordres contradictoires du gouvernement et la chute de l'autorité royale, il démissionne en 1792. Deux ans plus tard, arrêté par la Terreur, jugé et condamné à mort, il échappe par miracle à la guillotine le 9 Thermidor et retourne à Thoré-la-Rochette où il mourra le 12 mai 1807 à l'âge de 83 ans après avoir été décoré de la Légion d’Honneur par Napoléon.


 

Sans l’aide de la France, la rébellion des treize colonies contre la Grande-Bretagne aurait échoué. Il n'y aurait pas d'États-Unis d'Amérique. La victoire de Yorktown fut le point de départ et le symbole de la naissance des Etats-Unis et le début de l'amitié franco-américaine.

 

C’est en la mémoire de son principal acteur, le Maréchal de Rochambeau, que j’ai l’honneur d’inaugurer cette place qui lui rend hommage en présence de son descendant, notre administré et ami, Monsieur Guy de Rochambeau ».

 

 

 

 

André SANTINI

Ancien ministre

Député – Maire d’Issy-les-Moulineaux.

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