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Première Guerre mondiale

Dimanche 9 novembre 2014 7 09 /11 /Nov /2014 16:00

 

 

 

104 RI

 

Voici les gars du 104 !

 

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

 

Septembre 1914 :

 

 

Lundi 14 septembre 1914 : dès 6h du matin, nous nous mettons en route sous une pluie battante. Tout le long, nous rencontrons des blessés et des morts français et allemands.

 

Nous poursuivons par Tracy-le-Mont, Tracy-le-Val, Bailly, Ribecourt. Dans tous ces pays, nous sommes bien reçus, on nous donne du vin, du cidre, du pain, des confitures, du café. Spécialement, par une bonne sœur à Tracy-le-Mont, nous avons du café, des pommes cuites, du pain, de l’eau de vie… Vers 10h, près de Bailly, nous faisons une grande halte, nous touchons les distributions et faisons cuire de la viande et buvons du café. Nous traversons l’Oise à Bailly sur un pont suspendu qui n’a pas été détruit par les Allemands parce qu’ils n’en ont pas eu le temps. Nous n’allons pas jusqu’à Ribecourt, nous redoublons à Bailly où vers 3h30 nous venons nous installer en tirailleurs. Nous voyons deux hussards allemands qu’une patrouille vient de faire prisonnier.

 

Nous allons alors prendre position en tirailleurs pour garder un petit pont. Nous y restons jusqu’à la nuit, les cuisines nous y apportent la soupe et du riz. Nous y restons jusqu’à 3h, puis l’on vient nous rechercher, nous regagnons le bourg de Bailly et nous allons cantonner dans une maison inhabitée. Nous sommes assez bien installés et nous dormons bien. Dans Bailly, se trouvent quelques évacués de Verdun.

 

Mardi 15 : réveil dès 4h30 et départ dès les 5h environ. Nous repassons le pont suspendu de Bailly et venons prendre les positions que nous avons occupées la veille sur la route de Ribecourt. Nous faisons du café. Nous passons une partie de la matinée à cet endroit où nous touchons les distributions. Puis, vers 1h, nous nous remettons en route pour Bailly.

 

Nous dépassons cette localité, nous reprenons la direction de Tracy-le-Val, mais avant d’arriver là, nous prenons à droite dans la direction de Mampcel. Vers 3h, nous nous arrêtons. Nous entendons le canon tonner avec intensité. Il parait que nous avons un ordre de cerner une armée allemande.

 

Je goûte du pain allemand qu’un camarade a trouvé la veille. Ce pain est plus noir que le nôtre, il doit être fait de seigle et a un goût sûr. Nous restons jusqu’au soir en réserve au bord de la route. La pluie se met à tomber, et l’on se met à l’abri au bord du bois. Le soir, nous nous mettons en marche en avant. Puis après 1 km, l’ordre est donné de se replier et d’aller cantonner à Tracy-le-Val. Il est environ 9h, quand nous pouvons nous installer. Pour ma part, je le suis très mal. Il me faudrait dormir assis sur un sac de grains. Aussi, je quitte ma section pour aller avec un camarade d’une autre section qui m’offre une place. Je suis alors assez bien et je me repose, couché dans un grenier par terre. La nuit, il tombe de l’eau.

 

Mercredi 16 : réveil dès 4h et le départ doit avoir lieu à 4h30. Mais il est retardé d’un bon moment et l’on part faire le café. Le temps est pluvieux. Nous reprenons la route suivie la veille et nous stationnons un moment dans un champ pendant qu’on entend les canons et les mitrailleuses. Les Allemands tirent à la même place pour permettre à leur troupe de s’embarquer. Au bout d’une heure, nous quittons cet emplacement pour en occuper un plus avant dans un bois.

 

Vers 11h, nous quittons le bois et nous dirigeons par la route de Carlepont. Nous prenons position dans un champ à la lisière d’un bois occupé par l’ennemi. Nous installons des tranchées et nous mettons à l’abri derrière. Toute la journée, le canon tonne des deux côtés ainsi que la fusillade. C’est surtout dans le bois que la lutte est vive. Plusieurs régiments d’infanterie sont engagés, entre autres le 104e qui ce jour devait être en réserve de division. Notre compagnie étant en réserve de régiment, nous n’avons pas donné, mais étions en position avec ordre de résister à outrance pour permettre à deux brigades d’infanterie de prendre l’ennemi du côté de Bailly. Nous restons dans nos tranchées assez tard dans la soirée puis nous nous replions pour venir cantonner à Tracy-le-Val dans nos emplacements de la veille. Les voitures de distributions étant parties, notre compagnie ne touche aucun vivre. Le soir, nous faisons un peu de riz et du café. Il est environ 11h quand nous nous couchons.

 

Jeudi 17 : le réveil a lieu vers 4h30. Nous préparons le café, puis nous restons à attendre à notre cantonnement.

 

½ heure plus tard, nous quittons Tracy pour aller occuper un village dans la direction de Manpcel. Nous nous installons là, comme soutien d’artillerie. Comme nous n’avons touché aucun vivre, nous faisons cuire des pommes de terre à l’eau. La pluie se met à tomber vers les 11h30 et dure toute la journée. Nous sommes traversés et rien à manger. Un camarade et moi, vers les 6h, refaisons cuire une gamelle de pommes de terre. A la nuit, nous reprenons la direction de notre cantonnement de Tracy-le-Val. Les routes déformées par les voitures et les canons, sont couvertes de boue, on en a jusqu’au dessus de la cheville. Il est difficile à la nuit, de marcher dans ces chemins étroits et boueux. Enfin, vers 9h, nous arrivons. Nous faisons les distributions, mais interdiction de faire du feu. On se couche vers 10 heures.

 

Vendredi 18 : réveil dès 3h30 pour préparer la cuisine. Nous faisons un peu de soupe avec la moitié de la viande, et le reste en beefsteak. Nous mangeons la soupe à la hâte.

 

Vers 4h30, nous partons après avoir distribué la viande. Nous retournons à notre place de la veille. Mais à peine un quart d’heure après nous nous remettons en marche à travers bois. En chemin, nous croisons la brigade marocaine (chameaux, zouaves, sénégalais…). Là, nous faisons une petite halte, nous entendons le canon et la fusillade.

 

Nous quittons ce lieu pour revenir par Tracy-le-Val puis Tracy-la-Mure. Nous nous arrêtons à peu de distance du pays, dans un champ de courses. Là, nous préparons des pommes de terre et du café, nous touchons les distributions, y compris du vin. Des lettres nous sont distribuées, et nous en adressons d’autres. Vers 6h30, nous partons. Nous repassons par Breuil-sur-Aisne, Cuise-la-Motte et allons à Compiègne en traversant la forêt sous une pluie battante. Nous arrivons à 2h de Compiègne où nous attendons le cantonnement sous la pluie. En route, à la dernière pause, le capitaine commandant le bataillon me frappe parce que je réclame la pause étant malade et fatigué. Enfin, vers 3h, nous logeons tout le bataillon dans le manège de la Caserne de Cavalerie. Nous dormons dans la soirée avec peu de paille. Nous sommes traversés, entièrement.

 

 bataille aisne tranchee

 

Dans les tranchées de l’Aisne.

 

Samedi 19 : dès 4h30, nous sommes réveillés. Il faut repartir. Nous traversons l’Oise sur un pont de bateaux puis nous traversons la ville et nous dirigeons par Bouegy. Là, nous restons une demi-heure et profitons pour acheter eau-de-vie, vin. Une brave femme nous donne des pommes, des noix.

 

Nous continuons encore 4h et allons nous installer à garder une ferme de la commune d’Antheuil. Il est environ 10h. Nous nous installons dehors. Nous allons faire des tranchées dans un champ de betteraves. Puis, nous préparons du café, faisons cuire des pommes de terre. Moi, je fais une compote de poires et le soir une compote de pommes. Je ne suis pas dans un meilleur état de santé, surtout du côté du ventre et de l’estomac. Le soir, nous allons nous coucher dans un grenier dépendant de la ferme, où nous passons une assez bonne nuit. Malgré tout, on a un peu froid. Vers 6h, nous touchons les distributions réglementaires. La journée se passe sans pluie, mais avec du vent. On se chauffe, et on se sèche autour des feux.

 

Dimanche 20 septembre 1914 : réveil dès 4h30. La pluie s’est remise à tomber dès le matin. Nous préparons le café. Nous touchons de l’eau-de-vie. Puis nous restons dans nos cantonnements. Je me lave, je ne l’avais pas fait depuis le séjour de Gagny.

 

Nous mangeons du rata. A 10h, nous partons et stationnons dans un champ pour protéger le passage d’une division. A 1h30, nous nous mettons en marche et venons cantonner à Gournay où nous nous installons vers 3h30. Nous trouvons à acheter peu de choses, car tout a été pris par les Allemands, et les troupes qui ont passé. J’achète du miel, du vin, de l’anisette, des grillades de lard, du cresson. Nous touchons notre prêt. Le soir, nous nous couchons d’assez bonne heure et reposons bien dans une sorte de remise garnie de gerbes.

 

Lundi 21 : réveil dès 4h. Mais on ne se lève guère que vers 5h, heure du rassemblement. La compagnie réunie, nous attendons le départ qui doit avoir lieu après 6h. Je bois un doigt d’eau-de-vie. J’ai acheté des pruneaux et une sorte de cache-nez. Je me fais cuire à la boucherie, une grillade de mouton que je mange avec plaisir. Je trouve Gauthier qui me prend une lettre, nous trinquons ensemble avec de la crène de noyau et de la prunelle. Avant, je bois du cassis et de la cerise.

 

Nous quittons Gournay vers 9h moins le quart. Nous prenons la direction de Rennes puis La Neuville. Là, nous stationnons jusqu’à la nuit, nous faisons la distribution. Puis nous allons cantonner à Roye. Nous couchons dans un grenier sans beaucoup de paille, je me fais un lit de vieux chiffons. Toute la nuit, on entend le canon et la fusillade.

 

Mardi 22 septembre 1914 : réveil dès 4h. Puis rassemblement. Nous prenons le café. Nous profitons que le départ n’a pas lieu immédiatement pour faire cuire des beefsteaks. Le départ a lieu à 7h. Nous allons sans doute nous engager dans une bataille…

 

Nous passons par Canny-sur-Matz. A quelques centaines de mètres de ce pays, près du pays de Fresnières, nous nous installons dans un champ de betteraves. Nous restons couchés là, étant soutien d’artillerie.

 

 

* * *

 

 

Madame Keraudren : « Avec cette dernière ligne du 22 septembre 1914, s’achève la rédaction du petit carnet de bord de mon grand-père, relatant, jour après jour, d’une écriture fine, sans faute d’orthographe, au crayon, avec des mots presque effacés (après de si longues années) et difficiles à déchiffrer, le déroulement des faits importants.

 

J’ai recopié mot à mot, scrupuleusement, respectant même la présentation, ce précieux document.

 

Au cours de cette bataille annoncée le 22, il a été blessé à Conchy-les-Pots, à proximité de Canny-sur-Matz, d’un éclat d’obus au haut de la cuisse, c’est-à-dire dans l’aine, ainsi que me l’a appris ma grand-mère et non en Belgique comme la Déclaration au Journal Officiel  du 18 mai 1922 le stipule pour l’attribution de la Médaille militaire qui a été décernée au caporal Chaulin.

 

Il a été transporté dans des wagons à bestiaux, à la suite de cette blessure à l’hôpital maritime de Brest. Dans le compte rendu si méticuleux  de sa correspondance, on note le 24 septembre une lettre écrite d’Aubervilliers, le 25 une lettre écrite de Rennes, et la dernière sans précision de lieu, rédigée le samedi 26…

 

Ma grand-mère, avertie, s’est rendue de Saint-Fraimbault-sur-Pisse, dans l’Orne, où ils étaient tous les deux instituteurs, à Brest où à son arrivée, on lui a appris que son mari était décédé le 29. La gangrène avait envahie sa plaie au cours de ce si long transport, et causé sa mort. Le 19 septembre, il signalait dans son carnet son mauvais état de santé… sa résistance devait être bien amoindrie.

 

On a remis à ma grand-mère, un petit porte-monnaie contenant un petit éléphant porte bonheur en ivoire et un petit couteau, que je conserve précieusement ; ainsi que toute la correspondance qu’elle lui avait adressée au cours de ces deux mois. Avant de quitter pour toujours son mari, ma grand-mère lui a coupé une épaisse mèche de cheveux, contenue dans une enveloppe, que je possède également.

 

Celle-ci a jugé bon de faire enterrer son époux dans le petit cimetière de Saint-Martin-des-Landes, dans l’Orne dont étaient originaires les parents de mon grand-père, eux-mêmes enterrés à cet endroit et disparus à cette époque. Je précise que le nom de mon grand-père figure sur la petite colonne érigée dans le cimetière et où sont inscrits les noms des soldats morts pour la France.

 

Il existe, à ma grande surprise, un fil symbolique qui me relie à mon grand-père. Mes parents ont habité Verdun, je suis née à Troyes, et dans ce petit carnet ce nom est souligné, par quel hasard ? J’ai habité Noisy-le-Sec, où mon père, du nom de Guillaume (Eugène avait un camarade du même nom à la 11e escouade) a été chef de district à la SNCF de Pantin. Il a terminé sa carrière à la gare de l’est, et nous avons habité le 10e arrondissement depuis l’année 1953. A Bobigny, ma grand-mère était propriétaire d’un pavillon dont elle avait hérité. Mon grand-père avait fait son service militaire à La Tour-Maubourg comme caporal secrétaire. Je demeure à Châtillon. Mon grand-père est passé dans tous ces endroits…

 

Ma grand-mère n’a pas eu d’autres enfants. Elle a terminé sa carrière à Châlons-sur-Marne comme directrice d’école maternelle, et où elle a connu la Seconde Guerre mondiale. Elle avait remis à sa fille, les précieux souvenirs de ce père disparu à l’âge de 24 ans. Ma grand-mère est décédée le 14 mars 1980. J’ai retrouvé ces documents et témoignages à la mort de ma mère (qui a eu trois enfants) le 31 décembre 1996 dans ses papiers personnels.

 

Mais je n’ai jamais eu connaissance des lettres écrites par mon grand-père. Que sont-elles devenues ? »

Breuvaignes (Canny sur Matz - Chemins de Mémoire.gouv) 

 

Le cimetière militaire de Breuvaignes regroupe, entre autres, les soldats morts au front aux combats de Canny-sur-Matz (© www.chemindememoire.gouv.fr )

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Première Guerre mondiale
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Mercredi 5 novembre 2014 3 05 /11 /Nov /2014 21:48

 

 

section mitraill3

 

 

 

1914 – Régiment d’infanterie : une section de mitrailleuses (© www.sambre-marne-yser.be )

 

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

 

Septembre 1914 :

 

 

Mardi 1er septembre 1914 : dès 2h ou 2h30 du matin, nous repartons et nous remettons en marche pour compléter notre mouvement de se replier. Nous repassons par Remonville et prenons la direction de Landres. Nous stationnons à 800 m au nord de ce pays. Toute la division réunie se repose.

 

Nous préparons un plat de pomme de terre et une tasse de café. Nous quittons cet emplacement pour en occuper un peu plus loin 200 m environ. Là, nous faisons toutes les distributions de pain, de viande, de vivres de réserves et d’eau de vie. Les réservistes du dépôt d’Argentan viennent compléter notre effectif. On reforme les sections de la compagnie. Je passe à la 3e section, 12e escouade.

 

Vers 5h00, notre ½ section va occuper pendant 1 heure le poste de soutien d’artillerie. Les obus allemands éclatent peu loin de nous. Le soir, vers 7h, nous quittons notre poste pour aller s’installer à 200 m au sud de Landres. Là, on refait des distributions, à cause des réservistes. Puis tout le monde bivouaque et se repose en plein champ sur un peu de paille. Il ne fait pas chaud du tout et l’on sommeille plutôt que l’on ne dort.

 

Mercredi 2 :dès 4h du matin, nous nous remettons en marche. Nous nous replions et laissons passer en avant de nous le 5e corps. Il paraît que l’on se replie pour se reformer.

 

Nous suivons l’itinéraire : Landres – Sommerance – Fleville – Cornay. Là, nous faisons une pause d’une demi-heure. Ensuite, nous reprenons notre route dans la direction de Lançon. Nous stationnons dans un bois où nous restons un moment pour préparer notre repas. J’en profite pour me laver, car voilà 8 jours que je ne l’ai pas fait. Nous nous remettons en route à travers bois, nous en sortons et nous suivons l’itinéraire de Binarville et nous stationnons à Vienne-le-Château. Nous rencontrons beaucoup de troupes d’autres corps d’armée, des cuirassiers, spécialement des cyclistes. Je vois Gautier à une halte avant le campement, il me donne quelques nouvelles et une carte de correspondance. Le soir, nous touchons les distributions ordinaires et de vin ainsi que le prêt. Je bois un peu de vin et mange des confitures ce qui me semble bien bon. Nous couchons dans un grenier.

 

Jeudi 3 : réveil dès 4h puis départ vers 5h par l’itinéraire de Vienne-le-Château, la Ville-Noiremont et Sainte-Menehould. Dans cette ville, nous arrivons vers 9h30 et stationnons dans une espèce de terrain vague où nous préparons un petit repas et du café.

 

Vers 11h, nous nous mettons en marche pour aller nous embarquer pour une destination inconnue. A peu de distance de la gare, nous nous arrêtons. Nous formons les faisceaux et nous attendons. Nous en profitons pour prendre quelques rafraîchissements car il fait bien chaud. Je mange une salade de tomates, ce que je trouve excellent. Je profite de l’instant d’arrêt à Sainte-Menehould pour acheter du papier à lettres et des enveloppes.

 

Nous embarquons vers 5h. Au moment de notre départ, un aéroplane circule au-dessus de la gare. Nous partons vers 5h15. Une heure environ après notre départ, nous croisons un train du 304 où j’ai le plaisir de trouver M. Behuet. Nous avons tout juste le temps d’échanger un bonjour. Nous circulons toute la nuit dans une direction qui doit être celle de Paris. Nous dormons comme nous pouvons.

 

Vendredi 4 septembre : toute la matinée, nous restons à la même place et ignorons le lieu où nous sommes. Nous allons à un pays voisin de l’arrêt pour faire quelques provisions de pain et de fromage, des gâteaux et du vin. Un camarade m’offre une tranche de melon. Notre train ne se remet en route que vers 6 heures du soir. Il ne fait pas grand chemin pendant la nuit. Nous sommes plutôt mal installés et ne dormons pas très bien.

 

Nous avons quelques nouvelles car nous lisons les journaux.

 

Samedi 5 : dès le matin, le train se remet un peu en marche. Nous sommes toujours dans une région inconnue. Nous remarquons que nous allons vers l’ouest, sans doute vers Paris, mais nous ignorons le nom du pays où nous sommes arrêtés. Le train fait peu de chemin, il a de nombreux et longs arrêts. Nous arrivons à Troyes vers 9 heures.

 

A partir de ce moment, les arrêts sont moins longs. Nous croisons beaucoup de trains qui conduisent des émigrés et des troupes vers l’est. Nous continuons notre voyage toute la nuit. Nous sommes couchés toujours dans les mêmes conditions. Nous reposons très mal. Nous continuons d’être renseignés par les journaux.

 

Dimanche 6 : au réveil, nous sommes dans une petite gare à quelque distance de Montereau. Notre train marche toujours à son allure régulière. Nous passons plusieurs stations, entre autres Fontainebleau. Là, une infirmière distribue des gâteaux, des cartes postales ; des hommes viennent apporter du tabac aux soldats. Il est alors 2 heures.

 

Nous passons ensuite à Melun. Là, nous croisons un détachement anglais qui cantonne dans la gare. Il y a un grand échange de marques de sympathie entre les soldats des deux pays. L’uniforme des Anglais se rapproche beaucoup de celui des Allemands. La couleur est seulement un peu plus claire.

 

Aux différents arrêts, nous trouvons des femmes, des enfants, des soldats qui nous distribuent de l’eau et des pommes. Nous croisons beaucoup de trains remplis de voyageurs et de voyageuses. On sent notre approche de Paris, car les uns et les unes font un heureux contraste avec les habitants de la Meuse. Beaucoup de dames charitables apportent des victuailles et des boissons aux blessés. Nous passons à Noisy-le-Sec et nous débarquons en gare de Pantin vers 10 heures du soir. Nous nous mettons en route pour Bobigny pour la direction de Gagny où nous arrivons au petit jour. Nous couchons dans une usine à plâtre où nous reposons un peu car nous sommes bien fatigués. Nous sommes bien contents d’être près de Paris.

 

 

 Taxis de la Marne sur Invalides (AFP)

 

Les taxis réquisitionnés sont rassemblés sur l’esplanade des Invalides (© AFP).

 

 

Lundi 7 : dès le réveil tardif, je vais faire un bon casse-croûte pour me remettre. Nous changeons de cantonnement. Je vois beaucoup de femmes qui viennent voir leurs maris ; j’envie bien fort le sort de ces derniers. Enfin, j’ai l’espoir que ce sera bientôt mon tour. Le matin, nous déjeunons au restaurant pour nous changer de l’ordinaire.

 

Je profite de notre matinée de repose pour laver grosso modo mon linge que je fais sécher. Je perds ainsi un mouchoir… Le caporal Gueslin me prête 10 francs car je n’ai plus d’argent. L’accueil des gens est très bon à notre égard. Nous sommes bien fêtés. Dans les restaurants, on nous fait cuire les aliments qu’on achète et tout le monde s’empresse à nous servir. On sent un air de sincère affection.

 

Le soir, vers 6 heures, l’ordre de départ est donné. Nous montons tous dans des taxis et nous mettons en route vers 6 heures 30.

 

Tout le monde est dans les rues, les appels les plus sympathiques nous sont lancés. On sent tous ces cœurs vibrer à l’unisson devant l’approche de l’ennemi. Nous quittons Gagny, nous traversons Ivry, là, c’est le même accueil. Les femmes nous apportent des roses, pour ma part j’en reçois une blanche et une rouge. Notre course en taxis se continue marquée par l’incident qui résulte de ce que la colonne se trouve coupée et qu’un taxi va se jeter dans un fossé. Il faut alors ensuite retrouver sa route.

 

Enfin, à 1 heure du matin, nous débarquons et allons bivouaquer dans un champ contigu du village de Silly-l-Long (Oise). Ce transport en taxis était très pittoresque. Grande différence entre ces Français et ceux de la Meuse.

 

 Taxis de la Marne -(fr.cars.yahoo.com)

 

Les taxis de la Marne (© www.yahoo.com )

 

Mardi 8 septembre 1914 : notre réveil a lieu au jour et nous nous réchauffons en préparant un bon quart de café.

 

Il paraît que le pays, qui a été occupé par les 10.000 Allemands pendant trois jours, est dans un état lamentable. Le champ où nous sommes, a été occupé par les Allemands : nous y reconnaissons tout le ravage qu’ils ont fait. Ils ont tué une multitude de poules, lapins, un porc dont on retrouve toute la peau. On trouve des bouteilles vides en quantité. En me promenant, j’ai trouvé des cartes à jouer allemandes, des cartes postales, une lampe électrique qui ne fonctionnait plus.

 

Vers 10 heures, nous quittons notre bivouac, nous traversons la bourgade où nous constatons tout le pillage, carreaux cassés, portes défoncées, maisons mises sens dessus-dessous. Nous prenons alors une direction à travers champs pour nous rapprocher de l’ennemi dans la direction de Nanteuil. Nous renforçons des bataillons de chasseurs alpins et servons de soutien d’artillerie. Toute la soirée, les obus éclatent. Les Allemands tirent des bombes sur deux aéroplanes français.

 

Le soir, nous couchons dans un champ de trèfle ; près de la crête, deux sentinelles veillent. Nous nous couvrons avec du foin puis dans des tas qui sont dans les champs. Dans ce même champ, à quelques mètres de nous, se trouvent quelques morts français de précédents combats (un caporal et un adjudant). La nuit est fraîche, le temps à l’air de vouloir devenir pluvieux. Tous, toute la journée, nous n’avons touché qu’un peu de pain.

 

Mercredi 9 septembre : notre réveil a lieu vers 5h. On entend quelques coups de fusil. On nous apporte de la viande cuite. On aperçoit plus tard un gamin qui ramène un officier prussien.

 

Vers 7h, nous quittons notre position et nous replions en suivant le chemin de veille. Nous passons par Sennievière (Chèvreville). Nous stationnons longuement dans une vaste prairie où se trouve aussi le 108e. Dans les plaines, nous voyons beaucoup de lièvres qui se sauvent au bruit de la canonnade. A notre compagnie, des camarades en attrapent deux.

 

Nous quittons notre emplacement vers 3h pour continuer un mouvement de repli. En attendant, de notre cantonnement, nous voyons passer sur la route une quantité de blessés d’un bataillon du 102e qui s’est trouvé aux prises avec l’ennemi. Nous venons de cantonner au pays d’Ognes. Nous couchons dehors dans le village sur la paille. Nous n’avons pas eu dans la journée, le temps de faire la cuisine. Il a fallu se contenter de pain sec et d’eau.

 

PS : je n’ai pas de carte car les villages que nous traversons ont été occupés par les Allemands et il ne reste plus rien. J’entre dans plusieurs maisons pour trouver une carte, mais je n’en trouve pas.

 

Jeudi 10 : réveil dès 4h du matin. On prépare le café. Je visite quelques maisons pillées par les ennemis dans ce village d’Ognes. Les maisons sont sens dessus-dessous, tout est bouleversé : les armoires sont vidées, les tiroirs fouillés, les meubles, les objets d’art brisés, les lits, les matelas enlevés, les papiers personnels jetés pêle-mêle. C’est un spectacle vraiment attristant.

 

Nous avons, dans la matinée, un moment d’accalmie, nous n’entendons ni le canon, ni la fusillade, on ne sait pourquoi. Nous en profitons pour faire une bonne soupe de légumes, de mouton, des légumes et du café. Vers 3h, nous nous remettons en route en direction de Nanteuil. A Ognes, deux uhlans sont ramenés prisonniers. Entre Silly et Nanteuil, nous rencontrons un blessé allemand. A Nanteuil, nous voyons le désastre causé par la guerre. Entre Nanteuil et Versigny, on rencontre une voiture de blessés allemands (il y en avait environ une douzaine. Avant de tourner vers Rosières, nous voyons un Français mort sur le bord de la route). De Nanteuil, nous prenons la direction de Versigny, puis nous tournons vers le nord en direction de Rosières. Nous allons cantonner dans une ferme près de ce pays. Notre section couche dans une bergerie. Il est environ 10 ou 11 heures. Tout au long de la route on voit qu’il y a eu des batailles. Au village de Groseilles, il y a eu un lieutenant français blessé et trois Allemands que le régiment emmène avec lui. Dans la nuit, vers 2h, nous sommes réveillés pour toucher la viande. Nous la faisons cuire et vers 3h30 nous mangeons une bonne gamelle de soupe et buvons du café.

 

Vendredi 11 : dès 7 heures environ, nous nous remettons en route. En chemin, l’on nous transmet l’ordre général n°5 du général Maunoury, commandant la VIe armée qui félicite les troupes de leur endurance et les remercie pour la grande victoire remportée sur toute la ligne après 6 jours de fatigues, de privations et d’ardeur au combat.

 

Le temps est fort couvert, la veille vers 4h30, nous avons eu une forte ondée.

 

Nous marchons toute la journée, sans aucun répit pour faire la chasse à l’ennemi. Par Duvry, Crépy-en-Valois, Fresnoy, Roy-Saint-Nicolas (Aisne). C’est une journée très pénible. Nous restons sur pied depuis 7h du matin jusque vers minuit où nous arrivons pour nous reposer au cantonnement dans un grenier. Nous ne faisons aucune halte, repas, et ne touchons aucun vivre dans la journée. D’autre part, la pluie nous prend vers 3h30 et dure assez longtemps avec intensité. Nous sommes traversés.

 

Heureusement que nous avons un peu de viande du matin et qu’en passant à Crépy, on peut acheter un peu de pain et de vin (c’est ce que je fais pour ma part). Nous sommes exténués en arrivant à Saint-Nicolas (Aisne) où nous tombons de fatigue. Beaucoup restent en chemin et ne rejoignent que le lendemain matin. J’ai trouvé une carte en passant à Duvry. Nous poursuivons l’ennemi à quelques heures de marche.

 

Samedi 12 : dès le réveil vers 5h30, le temps est pluvieux. En attendant le départ, nous préparons le café, puis nous préparons un peu de riz. J’achète dans une ferme un pot de confitures et un litre de cidre, puis du beurre.

 

Le canon se fait entendre vers les 9h, le temps est gris. Vers 7h, nous nous mettons en route, nous rentrons dans l’Oise par Chelles. A 500 m du village, nous prenons position comme soutien d’artillerie. La canonnade dure toute la journée. Les obus éclatent tout près de nous. Pendant la distribution, nous sommes obligés de nous déplacer pour éviter les obus. Nous sommes par colonne de compagnie à 50 m. vers 5h30, un obus éclate entre la 12e Cie et la 10e Cie. Plusieurs soldats sont blessés, d’autres tués. A la 12e un soldat de la 2e section reçoit un éclat en plein poitrine et est tué, un autre, un éclat en haut de la cuisse. Martin, de mon escouade, un éclat au mollet, deux autres légèrement atteints à la tête.

 

Nous nous mettons à l’abri d’un bois pendant un instant et nous nous remettons en route pour rentrer dans nos cantonnements de la veille à Saint-Nicolas sous une pluie battante. La journée a été très pluvieuse. Nous sommes trempés. Les routes sont boueuses. Le soir, la pluie est si intense, qu’on se couche et n’allumons pas de feu pour la cuisine. Chacun utilise ses réserves. Nous touchons nos vestes, ce dont nous sommes heureux car nos capotes sont traversées. Enfin, on passe une bonne nuit de repose malgré la pluie et le vent qui font rage. Le matin, au cantonnement, je vois et manie un fusil allemand.

 

Dimanche 13 septembre 1914 : dès 6h environ, nous sommes réveillés et rassemblés pour le départ. J’ai juste le temps de prendre ¼ de café et mettre un bout de viande sur la braise.

 

Nous nous mettons en marche et refaisons l’itinéraire de la veille. Nous poursuivons en suite par Guise et Berneuil-sur-Aisne. Là, nous passons l’Aisne sur un pont de bateau construit par le génie. Le pont ordinaire ayant été détruit la veille par les Allemands. Nous continuons par Berneuil-sur-Aisne et passons ce pays le soir, nous allons cantonner dans un village près de Tracy-le-Mont. Près d’arriver, nous rencontrons un détachement de 200 Allemands. Nous rencontrons une multitude de soldats blessés français et allemands.

 

Le soir, au moment de se reposer, nous avons eu une forte alerte causée par la fusillade d’une patrouille ennemie. Une débandade s’ensuivit à travers champs, les balles nous sifflaient fort aux oreilles, plusieurs ont été blessés. Arrivés sur la route, un commandant nous a rassurés, nous a fait reformer. Nous sommes alors revenus à notre cantonnement où nous nous sommes reposés plutôt mal. D’autre part, la pluie a pris dans la nuit et des rafales avec le vent pénétraient sous le hangar, ce qui fait que nous n’avions pas chaud.

 

- Tous les habitants sont heureux de nous voir. Ils détestent les Allemands qui leur prennent tout ce qu’ils ont.

 

 

 

 

 

 

 

 

 batterie 75

 

Une batterie de 75 de l’armée française va se positionner (© www.sambre-marne-yser.be)

 

 

 

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Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 22:57

Aout 14 - soldats français

 

Août 1914 – Des soldats français au cours d’une offensive (© AFP).

 

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

 

Août 1914 :

 

 

Dimanche 23 août : vers 8h du matin, nous nous groupons. Les régiments se reforment. On fait l’appel. On reconnait alors la quantité d’absents morts ou blessés, laissés sur le champ de bataille. Il parait que les Allemands circulent le soir et achèvent les blessés. Dans le régiment de plus de 3.000 hommes, on en compte environ 900. Dans notre compagnie, manquent le lieutenant, le sergent major, 4 sergents, bon nombre de caporaux et de soldats.

 

Nous commençons à bivouaquer au bas du pays. L’ordre est alors donné de se replier plus en arrière car les Allemands sont signalés comme s’avançant toujours. Nous allons établir notre bivouac à Villers-le-Rond. Quelques heures après nous repartons à nouveau pour aller passer notre nuit dans un champ d’avoine, près d’un petit bois de sapins à quelque distance du hameau de Petit Failly. Nous dormons avec plaisir et bien que peu confortablement installés, nous reposons tout de même bien. Toute la journée, nous entendons le canon au loin.

 

11e escouade :

 

Présents : Chaulin – Bruche – Onfray – Geslin – Martel – Bellec – Guillaume – Calloc.

Manquants : Vormon – Souchot – Deshaye – Sielsberg – Noireaucourt – Saulieure.

 

12e escouade :

 

Présents : Caoral Chaulin – Martin (évacué) – Ray – Behuet – Sable – Chenu – Tourneri – Potter – Mormand.

Manquants : Helie – Onfroy – Gannier.

 

Lundi 24 :dès 4h du matin, le réveil est sonné. Quelque temps après, nous partons. Nous passons à Marvelles, nous prenons la direction nord-est de ce pays. Toutes les crêtes sont occupées par l’artillerie. Notre régiment va occuper une crête à gauche pour soutenir les dernières lignes d’artillerie.

 

Notre section est détachée vers 10h pour aller occuper et défendre le passage d’une rivière près du petit village de Flassigny. Nous sommes là, en attente, cachés dans un buisson. On entend seulement notre artillerie qui tire de temps en temps. Vers le soir, nous quittons le buisson pour aller prendre position de nuit à la lisière d’un bois tout proche.

 

Nous installons de la paille sous un arbre après avoir rabattu les branches pour passer la nuit. A 8h, je fais une patrouille. De toute la journée, nous ne touchons ni pain ni viande. Nous mangeons nos vieilles croûtes et les morceaux de viande qui nous restent de la veille. La nuit se passe cependant tranquillement. A signaler, dans l’après-midi, le passage de deux aéroplanes allemands sur lesquels l’infanterie et l’artillerie tirent vainement.

 

Mardi 25 : de bonne heure, nous sommes debout. La canonnade et la fusillade reprennent très intenses. Bien que ne recevant pas d’ordre, nous insistons auprès de l’adjudant pour quitter ce lieu périlleux où nous sommes pris entre les obus français et allemands pour rejoindre notre compagnie dans les tranchées. Nous arrivons dans ces dernières accompagnés de maints obus qui, heureusement, ne nous causent aucun dommage. Après un moment passé dans les tranchées, nous nous replions dans un bois que nous traversons pour gagner la route de Jametz et nous traversons le village de Remoiville. A peu de distance de ce village, nous nous installons en ligne de tirailleurs par section à l’abri d’une crête.

 

On repart environ 1h après pour aller cantonner au village de Breheville mais on ne fait que bivouaquer et à 9h du soir on se remet en route. On dîne avec les pains de gruau et les boîtes de conserves, bien que nous ayons des légumes et de la viande que nous ne pouvons faire cuire, les feux pouvant éveiller l’attention de l’ennemi.

 

Nous marchons toute la nuit par Brandeville – Dun-sur-Meuse et nous arrivons au jour à Brieulles-sur-Meuse après avoir marché longtemps sous bois. Nous sommes bien fatigués et avons grand besoin de dormir. Aux haltes, nous nous couchons sur la route.

 

Mercredi 26 août 1914 : nous nous installons à Brieulles-sur-Meuse. J’avale deux œufs, j’achète une bouteille de vin blanc et avec un camarade, nous nous faisons faire un bol de café. Nous passons notre matinée et une partie de l’après-midi en repos. Vers 3h, nous repartons par Nantillois et venons nous coucher à Gesnes où nous passons une bonne nuit.

 

Jeudi 27 : réveil dès 4h en vue d’un départ à 5h qui n’a pas lieu. Nous restons toute la journée dans notre cantonnement. Nous en profitons pour faire quelques repas un peu reconstituant et on se repose un peu. L’eau qui tombait vers le matin, cesse aussitôt vers 10h et la journée se termine par du beau temps.

 

Je vais voir Serée et Denis au 26e d’artillerie. Nous faisons un bon repas. Nous apprenons le succès de nos armes et le rôle de notre IIIe armée. Quelques soldats rejoignent le régiment après avoir pu échapper au combat du 22.

 

Vendredi 28 : à minuit, l’ordre de départ d’urgence est donné. Nous quittons Gesnes et marchons par Remagne-sur-Meuse, puis nous laissons la Meuse pour entrer dans les Ardennes par Andevanne et passons par Taillis. Là, nous stationnons à environ 1 km au nord. Nous sommes en réserve pour défendre la Meuse que veulent traverser les Allemands.

 

Deux corps d’armée ; six régiments d’artillerie attaquent les Allemands. Nous préparons le café pendant que défilent le 26e et le 44e d’artillerie. Je vois passer Serée. Il est environ 7h45 quand on passe à Taillis où je demande une carte des Ardennes. Nous restons là, toute la matinée. Nous préparons notre repas. Nous quittons notre emplacement vers 2 heures, pendant qu’on prépare le logement.

 

Nous allons nous installer 1 km plus loin et nous attendons le départ pour aller occuper nos cantonnements. Nous allons nous installer vers 6h du soir au pays de Beauclair. Notre compagnie en entier et le groupe des brancardiers, logeons dans la même grange. Nous soupons donc avec du riz, des boîtes de conserves et des pommes de terre cuites à l’eau.

 

 artillerie stellungswechsel4 - site sambre-marne-yser.be

 

 

Une batterie allemande se met en place (www.sambre-marne-yser.be)

 

 

Samedi 29 : réveil à 3h30 – départ. Nous allons occuper un emplacement à 500 m en avant de Beauclair. Nous y restons à peine une heure puis nous nous replions sur Beauclair, Taillis et suivons la route faite la veille. A Taillis, nous voyons des blessés allemands faits prisonniers, 35 dans une ambulance et 1 dans une petite voiture.

 

Nous prenons position à 3h de Taillis. Nous y restons en tirailleurs. Environ 1 heure. Nous recevons les distributions mais pas de viande. Nous quittons alors nos positions pour en occuper d’autres où nous faisons des tranchées. Nous restons une bonne partie de l’après-midi sous les chauds rayons du soleil. Nous mangeons du pain et du singe et nous manquons d’eau.

 

Vers 4 h, nous quittons ces positions pour en occuper d’autres un peu plus éloignées. Puis vers 5h30, nous allumons des feux. A peine ceux-ci sont-ils prêts qu’il faut tout détruire. L’heure du départ étant donnée. Nous faisons environ 6 km pour aller en cantonnement à Remonville où nous arrivons vers 8 heures. Nous préparons un peu de cuisine et du café, puis vers minuit, nous reposons toute la compagnie dans une grange. Nous marchons toujours à travers les champs d’avoine, de trèfle, de guéret et les chemins de terre ainsi que les bois. Rarement nous suivons les routes.

 

Dimanche 30 : vers 3 heures, nous sommes réveillés par les distributions. Nous préparons un peu de viande et du café. Puis vers 4h30, nous quittons Remonville pour aller occuper des positions au sud du pays à quelques cents mètres.

 

Nous opérons alors une série de mouvements tournants d’aller et de retour. Enfin vers 9h30, l’ordre de marche en avant est donné. Il paraît que toutes les troupes en 1ère ligne doivent prendre l’offensive. Nous repassons donc par Remonville, Barricourt. Là, nous devons encadrer l’artillerie. Notre section s’installe à la lisière d’un bois. Au loin, on aperçoit une patrouille de uhlans qui prend contact avec une patrouille française.

 

Vers 1h, nous allons dans un petit plan près du village où nous préparons notre repas. Les obus allemands éclatent près de nous, nous craignons de ne pouvoir faire notre cuisine. Nous préparons des beefsteaks et du café. Nous restons à cette place jusque vers 4 heures. Puis nous partons dans la direction de Taillis. Nous avons vu un prisonnier poméranien amené par des cyclistes. En venant vers Taillis, nous voyons sur un brancard, un Allemand blessé. Nous arrivons au cantonnement à Taillis vers 9 heures. Il faut amener les distributions et l’on ne dort pas avant 1 heure du matin – après avoir mangé un beefsteak et bu ¼ de café. Je couche dans un petit réduit sur la terre, protégé par quelques sacs.

 

Lundi 31 août : nous prenons la direction de Beauclair. Le 101e et le 102e sont partis en avant. Ils vont attaquer les Allemands qui ayant passé la Meuse sont installés dans le pays. Nous partons vers 5 heures. Il y a encore beaucoup de brouillard lorsque la bataille s’engage. Le 104e est en réserve comme soutien d’artillerie. Peu de temps après la bataille engagée, nous voyons le 101e et le 102e qui se replient. Toute la division suit le mouvement et nous nous replions jusqu’à Taillis. Là, vers 1 heure nous préparons un peu de riz ou du café. Les obus des Allemands éclatent près du village.

 

Je profite de cet instant pour me changer de linge, ce que je n’ai pas fait depuis le commencement de la campagne. Une demi-heure après, nous quittons le Taillis et notre bataillon s’en va explorer et occuper un bois pour permettre le rassemblement du régiment. Nous rejoignons ce dernier, puis après plusieurs marches et contre marches, nous arrivons vers 11 heures à la lisière d’un petit taillis, où nous nous couchons la valeur de 2 à 3 heures, un peu enfermés dans les haies pour être à l’abri du froid.

 

 

 

 

 AC de l'orne - site 1914-18.be

 

 

 

Plaque commémorative placée en 1956 par des anciens combattants de Normandie

www.1914-18.be )

 

 

 

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Samedi 25 octobre 2014 6 25 /10 /Oct /2014 22:18

 

 

 

104eR I 3

 

 

Soldats du 104e RI (© www.sambre-marne-yser.be)

 

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

Août 1914 :

 

 

Samedi 1er : ordre de mobilisation générale.

 

Lundi 3 : départ pour la mobilisation. 2e jour : Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.

 

Mardi 4 : visite et habillement.

 

Mercredi 5 : exercices divers de service en campagne.

 

Jeudi 6 : même chose.

 

Vendredi 7 : marche de la compagnie pour réunion du bataillon à Châtillon – pluie battante.

 

Samedi 8 : à 2 heures, embarquement à Vaugirard. Passage et arrêt à Meaux à 9h30. Passage et arrêt à Reims à 15h00. Arrivée à Verdun dimanche matin à 1 heure. Stationnement à Belleville à 2 km de Verdun. On couche dans une grange.

 

Dimanche 9 : repos à Belleville. Le matin, avec un camarade, on déjeune d’une boîte de langouste et d’une bouteille de vin gris à 0 franc 80.

 

Lundi 10 : départ à 2 heures du matin. Direction de la frontière – marche pénible et longue dans les côtes de la Meuse du côté de Ornes par Bras. Bivouac vers 9h00 du matin, dans un verger garni de prunes dont on mange les prunes. Le 104 est mis en réserve près de Gremilly. On achète des œufs et un peu de vin.

 

9h00 du soir. Changement de position. On distribue un supplément de cartouches. Bivouac dans un champ d’avoine où l’on arrive fort en sueur. Garde tranchée. Je couche dans le champ d’avoine. Le matin, je suis réveillé par le froid, la rosée nous mouillant tous nos vêtements.

 

Mardi 11 : garde dans tranchées occupées la veille. Il fait très chaud, le soleil est brûlant. On établit des abris avec des feuillages pour avoir de l’ombre. On couche dans les tranchées. On se repose assez bien, on n’a pas trop froid.

 

Mercredi 12 : on quitte les tranchées dès le matin pour aller occuper une ferme. Après, nous avons exploré le terrain. Là, un camarade achète du beurre. Dispositions pour la surveillance. Pendant 6 heures, de 2h00 à 8h00, je suis en patrouille fixe au milieu d’un immense champ d’avoine à surveiller la lisière d’un bois. Le soleil est brûlant, la place peu agréable.

 

Jeudi 13 : alerte dans la nuit (une section tire des coups de fusils dans un bois sur un ennemi imaginaire). Départ vers 2h30 pour aller occuper une autre ferme où l’on bivouaque (on couche dehors sur la terre) et où l’on cantonne après avoir établi les postes de surveillance. Journée de complet repos. Le soir, pendant 2h, de 8 à 10, poste pour garder la compagnie.

 

Vendredi 14 août 1914 : la compagnie reste à occuper la ferme. Ma section est de piquet. Vers 11h00, groupement du bataillon à 200 m dans un champ. Repas. Départ, on repasse par la ferme occupée le 12 août (changement de direction causé par la présence de l’ennemi dans une ferme qu’on avait occupée). Reconnaissance d’un bois. Vers 10h du soir, groupement en bivouac de tout le régiment au Haut.

 

Le 104 doit être en réserve, et une grande bataille doit se dessiner, ayant pour but d’anéantir le corps d’Allemands coupé par le général d’Amade.

 

Samedi 15 : réveil causé par le froid. Suivi de concentration présentant un fond marécageux. Non loin de l’endroit, se trouve la tombe d’un soldat du 130e, blessé dernièrement et mort à la suite de ses blessures.

 

Le 104e reste en réserve. Je vois Duval et Petron. On entend le canon au loin. Fusillade sur un aéroplane allemand. Gauthier vient me voir et m’apporte des lettres.

 

Après la soupe du matin, on transporte le bivouac dans un petit bois contigu après avoir aménagé de petites cabanes garnies de roseaux. Il y a eu distribution d’eau de vie à cause du mauvais temps. Vers 6h du soir, une pluie intense commence, qui dure une grande partie de la nuit. Mais nous n’avons été guère mouillés. Les capotes étaient à peine traversées.

 

Dimanche 16 : le matin nous conservons nos cantonnements (les hommes se réunissent autour des feux pour sécher leurs effets. Eau mauvaise à boire, elle est puisée dans un étang). A midi 30, départ pour aller occuper une ferme à 2km environ afin de se trouver logés à l’abri dans les granges et les hangars. Temps nuageux et pluvieux. Nuit tranquille. Nous sommes très tassés. Les jambes des uns dans les jambes des autres. On repose cependant.

 

Lundi 17 : à 5h30, départ pour la direction de Romagne-sur-Cotes, lieu où nous arrivons vers 9h. Tout le long du parcours, on remarque les abattis de bois, les tranchées, les barrages. On passe dans un lieu où il y a eu sans doute une bataille à cause des traces de vêtements et d’obus. Dans la matinée, on entend le canon à différentes reprises. Toute la brigade est réunie, je trouve des camarades du 103 (Lebouc), des infirmiers (Tourmart), un médecin-major (Delivet).

 

A noter, la bataille du 10 août à Mangiennes où le 130e régiment d’infanterie (deux bataillons, Mayenne et Domfront) a subi une perte importante. D’une compagnie, il ne reste qu’un officier et un soldat. Malgré tout, les Allemands reculent parce qu’ils sont repoussés par le 26 d’artillerie qui arrive au secours du 130 dont le départ est dû à une manœuvre risquée.

 

A noter, la cherté et la rareté des vivres. On ne trouve rien, ni sucre, ni chocolat, ni vin. Le vin se vend 2 francs 25 le litre et on ne peut même pas en avoir. Cela vient de ce que beaucoup de troupes ont passé avant nous.

 

Mardi 18 : à 5h30, départ pour la direction de Rupt, après avoir dépassé Damvillers et Dambras – marche longue de plus de 25 km (environ), route sinueuse, beaucoup de côtes longues et abruptes, chemin très boueux et de mauvaise odeur. On arrive tard à Rupt (environ 1 h). On s’installe dans une remise. La marche a été longue et pénible, chaleur intense. Beaucoup d’hommes sont exténués et tombent sur la route. J’ai fait installer des feuillées. J’ai vu un chargeur allemand avec ses balles, ainsi qu’un ceinturon et un biscuit extérieurement petit, à peine gros comme un morceau de sucre (ces trophées viennent du combat de Mangiennes). Nuit tranquille, on repose dans une grange.

 

Notes : beaucoup de noms de cette région portent le nom de Rupt (Rupt-sur-Othain, Betrupt). Ce nom de Rupt doit signifier rivière ou vallée. Beaucoup de noms terminent en « Dun » : Verdun, Audun.

 

Un ami m’a acheté 6 morceaux de sucre pour 2 sous. Nous sommes dans de petits pays de peu d’importance et mal ravitaillés. Heureusement que l’ordinaire nous suffit.

 

Mercredi 19 : 8h30. A 4 camarades, nous allons chez une brave femme boiteuse qui nous sert à chacun un demi-bol de café avec un verre d’eau de vie, le tout pour 30 centimes. Elle nous vend 1 sou les 5 morceaux de sucre. Je conserve ma part d’eau de vie dans une bouteille à alcool de menthe que me cède un camarade.

 

Notes : dans chaque endroit, beaucoup de camarades achètent poules, canards, lapins, à des prix différents. Je n’achète rien pour la bonne raison que c’est difficile et long de préparer toutes ces victuailles et que d’autre part, nous ne manquons pas de viande.

 

Vers 11h, rassemblement de la compagnie. Nous partons nous installer aux avant-postes placés à environ 4 km au nord de Rupt-sur-Othain. Notre escouade est installée en petit poste au milieu d’un champ d’avoine, sous l’ardeur des rayons d’un brûlant soleil d’août. Nous voyons un aéroplane allemand.

 

Le soir, on nous apporte à manger, mais on ne nous apporte ni pain ni viande. Nous passons la nuit abrités pas quelques gerbes d’orge. Nous dormons peu car il faut veiller en étant assez proche de l’ennemi. La nuit est très fraîche et nous n’avons pas trop chaud, surtout aux pieds. Malgré tout, la nuit se passe tranquillement.

 

 

Aspects du pays :

 

Physique : grandes étendues de terrains en plaine ou en coteau. Des côtes. Des mamelons. Des bois. Rappelle plutôt la Beauce que la Normandie, du moins dans notre région. De petites forêts. Routes boueuses – ravinées – Terrain calcaire (coquelicots – bleuets). Pas de haies.

 

Dans l’Oise : grandes plaines cultivées surtout en blé et en betteraves. Rappelle beaucoup la Beauce mais avec un aspect moins rigide. Les bourgs sont plus coquets et plus riches.

 

Politique : peu de gros villages. Fermes isolées et de grande étendue. Dans les villages, ce ne sont pas des maisons de commune mais de grosses fermes réunies.

 

Economique : pays agricole. Grandes cultures de blé, avoine, orge. Prairies artificielles, luzerne, trèfle. Culture en grand. Dans chaque ferme toutes les machines agricoles modernes (moissonneuses, râteaux, faucheuses, …). On emploie le bœuf dans les travaux champêtres. Les vaches sont noires et blanches. Culture des pruniers dont les prunes servent à faire une eau de vie utilisée dans le pays.

 

Habitation : constructions en pierres assez solides. A remarquer la toiture très plate. Couverture en tuiles (les tuiles sont ovales et s’emboitent les unes dans les autres). Les charrettes et les chariots sont à quatre roues, ils diffèrent beaucoup des voitures employées en Normandie. Les maisons sont vieilles, elles datent de 1820 environ (la date y figure).

 

Mœurs : les femmes portent de gros souliers pour aller travailler dans les champs. L’hygiène est peu observée dans les bourgs, tous les tas de fumiers se trouvent installés devant les portes.

 

Langage : les habitants ont un accent spécial, ils parlent en donnant l’impression qu’ils serrent les dents. Ils ne brillent pas par leur propreté. Ils sont en général d’un accueil peu sympathique.

 

Belgique : suite naturelle du pays environnant. Villages plus concentrés, plus propres. Les gens parlent un français analogue à celui des départements frontières. A noter les poteaux indicateurs sur les routes ayant plusieurs bras et les plaques bien plus claires et plus lisibles que les nôtres (genre métro).

 

Départements visités : Meuse, Meurthe-et-Moselle, Belgique, Ardennes, Marne, Oise, Aisne.

 

 defense tranchee site sambre-marne-yser.be

 

 

Défense de tranchée par des soldats français (© www.sambre-marne-yser.be )

 

 

 

Etat de guerre : d’abord dans les champs, des tranchées recouvertes suivant les lieux (de blé, d’avoine, d’herbe). Puis les rouleaux de fil de fer déroulés le long des haies pour présenter un obstacle à la cavalerie ou des réseaux de fil de fer attachés de piquet en piquet dans le même but.

 

Les barrages des routes, des chemins, des abords des villages avec voitures, machines agricoles, arbres, terre, pierres, etc. – afin de retarder l’arrivée des ennemis et permettre aux troupes d’organiser le combat. Les abattis de bois et de taillis à hauteur de genoux pour servir de piège à la cavalerie ennemie et servir de couvert à l’infanterie. Les routes sont abimées par le passage réitéré des troupes de toutes armes. Dans beaucoup d’endroits, les gens quittent leurs fermes, emmenant leur bétail et leur mobilier de peur de l’invasion ennemie. On coupe les fils de fer. On traverse les champs en pleine culture, on y creuse des tranchées.

 

Beaucoup de soldats de régiments divers se conduisent en pirates et pillent les fermes où ils cantonnent (prennent les légumes du jardin, les fruits des arbres, le bois, les poules…). Les villages où ont lieu des combats sont complètement saccagés. Ils sont incendiés. Tous les boulets et beaucoup de balles arrivent sur les maisons. Le soir, on aperçoit, au loin des lueurs, ce sont des villages incendiés.

 

Les rails de chemin de fer sont enlevés. Les pays se vident et c’est un spectacle malheureux que de voir tous ces habitants s’enfuir avec leur matériel, leur bétail et leurs biens. Les vieux, les jeunes, tous se sauvent de village en village avec une mine effarée. Tout le long de la route, on trouve des cadavres de chevaux épuisés de fatigue et abandonnés. Près de Sainte-Menehould, dans les champs, on voit des quantités de tripailles de bœufs et de vaches qui ont dû être tués pour le ravitaillement de la troupe. Le long de la ligne de chemin de fer, nous croisons des trains de la Croix Rouge qui vont chercher des blessés. Les voitures sont aménagées avec des lits pour le transport des blessés.

 

Jeudi 20 août : dès 4h30, nous sommes debout. Quelques temps après, nous voyons arriver du pain et un casse-croûte. Le soleil nous réchauffe et nous sommes bien. Nous épluchons des petits pois trouvés au milieu du champ d’avoine. Nous supportons jusqu’à 12h30 les ardeurs du soleil. A cette heure, nous sommes remplacés par une autre compagnie et nous rentrons à Rupt.

 

Il faut aller tout préparer pour passer une revue. Vivres de réserves, chaussures, cartouches (188). Toute notre soirée est ainsi occupée en vue de cette revue d’un commandant. Je reçois deux lettres en arrivant de notre garde. Après la revue, repas et coucher dans une grange où je me repose bien.

 

Vendredi 21 : le réveil est donné à 4h, mais seulement vers 6h nous quittons Rupt-sur-Othain pour la direction de la Belgique pour Grand Failly. Petit Failly, Villette, Charency, c’est à quelques kilomètres de cette dernière localité que nous entrons en Belgique où la démarcation de frontière est donnée par la lisière d’un bois et d’un chemin.

 

Il est environ 1h de l’après-midi. Près de la frontière, se trouve une maison où l’on vend du tabac, des allumettes à des prix très faibles. Près de Charency, au bord d’un champ d’avoine, on a vu un uhlan tué quelques instants auparavant. Dans une rencontre entre une patrouille de hussards et de uhlans, deux hussards, deux frères dont l’un est officier, ont été tués. A partir de 1h, nous reconnaissons un bois, dans lequel nous restons jusque vers 5 heures. Notre compagnie est en réserve pendant que le 1er bataillon du 104e RI et du 103e RI se mettent aux prises avec l’ennemi. On entend le canon et la fusillade une bonne partie de la journée et tard encore vers le soir.

 

Un orage vers 16h30 avec une pluie intense arrête un instant le combat. Nous profitons de l’accalmie pour sortir du bois et venir se former sur la route. Nous attendons alors pour se rendre à notre commandement. Le canon tonne toujours au lointain. Une partie du 14e hussards (NDLR : commandé par le chef d’escadron de Hautecloque) défile devant nous et l’on remarque un casque de uhlan, des lances, et un cheval du 19e uhlan – deux hussards ont été blessés et un cheval tué.

 

Nous sommes bien reçus. Un peu après Charency, on nous donne un litre de grenadine. Une fois reformés sur la route, deux dames nous distribuent du café et du lait. Nous arrivons vers 8h du soir au cantonnement à Ruette. Les gens sont très affables, ils nous donnent à profusion du café, mais ils n’ont pas beaucoup de provisions car les Allemands leur ont empêché le ravitaillement. Nous sommes très tassés, nous sommes obligés de dormir accroupis. A cause de la fatigue, on dort cependant surtout que nos nuits sont brèves.

 

Samedi 22 : réveil et départ dès 4h. Toute la division au complet avec toutes les armes. C’est le 4e corps d’armée qui marche en Belgique vers l’ennemi. Itinéraire : Ruette – deux petits pays et arrivée au village de Gilzar où doit se livrer la bataille. Au premier village précédent, on distribue des cartouches et les outils sont accrochés au ceinturon. A peine arrivé au village d’Ethe (Belgique) qu’un échange de quelques coups de fusils a lieu. On arrive alors à la gare et l’on continue vers la ligne de chemin de fer. On trouve alors deux uhlans et cheval tués, on rencontre un soldat du 103e blessé. Les balles sifflent, notre section gravit le talus et va prendre position près des rails.

 

Les Allemands sont installés sur l’autre côté. Notre commandant tombe aux premières balles. La fusillade dure un long moment des deux côtés. L’artillerie rentre en ligne et le canon tonne des deux côtés. A ce moment, l’ordre est donné de se replier sur le village pour laisser le champ libre à l’artillerie. On dégringole le talus sous les balles, on saute par-dessus les fils de fer. On traverse routes, fossés, gare et l’on suit quelque temps une ligne de chemin de fer, on côtoie une rivière, on traverse des champs et enfin on se retrouve dans le village. Une partie de la compagnie va occuper une crête, les autres se réfugient vers une aciérie. Après quelques temps, on quitte cette position et le capitaine nous installe à l’abri d’une barge de fagots. Nous restons là. Les canons bombardent toujours et la fusillade a lieu par moment.

 

Enfin, à 8h, l’ordre de retraite est donné. Tous les hommes sont dispersés, il y en a de tous les régiments et toutes les compagnies. Sur une largeur de plus de 100 mètres, on ne rencontre que chevaux tués, voitures cassées, blessés qui geignent et appellent au secours. Tout le monde fuit sans ordre et avec hâte malgré l’état de fatigue physique et morale. Nous arrivons au cantonnement de la ville de Ruette à 10h30, nous reposons un peu, mais de peur de surprises de l’ennemi, nous quittons ce lieu dès minuit et nous reprenons le chemin de la frontière.

 

Nous franchissons cette dernière et après une marche de plusieurs kilomètres nous arrivons au petit jour à Charency. Nous couchons comme nous pouvons dans les maisons. Avec Petron et quelques autres, nous couchons dans une pièce, sur un parquet. Nous sommes tellement harassés que nous dormons tout de même. C’est une grande journée de bataille qui m’a vivement impressionné. Deux villages ont été incendiés.

 

 

 

 Section mitrailleuses allemande

 

Une section allemande de mitrailleuses va se mettre en place (© www.sambre-marne-yser.be )

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 21:48

 

Chaulin Eugene

 

 

 

Le caporal Eugène Chaulin du 104e (© Famille Keraudren).

 

 

 

 

 

 

 

Présentation.

 

 

Le colonel Pierre Keraudren a longtemps été membre du conseil d’administration du Souvenir Français. Il y exerçait le rôle de secrétaire général adjoint. Il a bien voulu nous confier une archive familiale. Il s’agit d’un journal du grand-père de son épouse, le caporal Eugène Henri Jean Chaulin, mort à 25 ans, le 29 septembre 1914 à l’hôpital militaire de Brest, des suites de blessures reçues aux combats de Canny-sur-Matz, le 22 septembre. A la déclaration de guerre, Eugène Chaulin faisait partie de la 12e compagnie du 104e RI, portait le matricule 4796 au corps, le 46 au recrutement à Argentan et était de la classe 1909.

 

Madame Keraudren : « Ma grand-mère, âgée de 91 ans, est décédée en 1980. Depuis 1914, elle avait toujours fait fleurir la tombe d’Eugène au cimetière de Saint-Martin-des-Landes en Normandie. Maman a fait de même jusqu’en 1996, et depuis c’est moi, qui chaque année fait déposer des fleurs sur la tombe de ce jeune papa mort pour la France à 25 ans.

 

Après le départ de ma mère, j’ai éprouvé le devoir et le désir de faire revivre celui dont on n’avait jamais parlé. De recopier ses notes au crayon, presque effacées. Le souvenir était presque envahissant, en pensant à cet homme disparu que maman n’avait jamais connu. »

 

Eugène Chaulin était né le 27 août 1889, fils de Jean Chaulin et de Joséphine Bisson, époux de Mademoiselle Gabrielle Barraud et papa de la petite Jeanine, née le 19 août 1913. Il exerçait la profession d’instituteur.

 

 

Le 104.

 

Le 104e régiment d’infanterie est un vieux régiment, créé sous la Royauté, en 1779. Il a pour nom à l’origine « Royal Deux Ponts ». Au cours de la révolution française, il sert à Jemmapes et participe à la victoire contre l’Autriche. Puis il est utilisé au moment des guerres napoléoniennes. Sur son drapeau sont inscrites les batailles suivantes : Gênes en 1800 ; Splügen, la même année ; Mayence en 1814 ; l’Ourcq en 1914 ; Reims et Arnes en 1918.

 

Dissous puis récréé en 1854 à partir du 29e régiment d’infanterie légère, ses quartiers sont établis à Paris et à Argentan au début de la Première Guerre mondiale. Son état-major est alors le suivant : colonel Drouot, chef de corps ; lieutenant-colonel Rochefrette en chef de corps adjoint ; capitaine Ruef, major du régiment ; lieutenant Soyeux, en charge des détails ; lieutenant Gacon en charge de l’approvisionnement ; sous-lieutenant Denoux, en charge du service téléphonique ; médecin-major Trassagnac ; lieutenant Gillet, prote drapeau ; chef de musique Vivet ; lieutenant Poigny, commandant la 1e section de mitrailleuses ; lieutenant Thoreau, commandant la 2e section ; lieutenant Guedes, commandant la 2e section. Trois bataillons composent également le 104 : le premier, bataillon d’état-major avec quatre compagnies, sous les ordres du chef de bataillon Forcinal ; le deuxième, sous les ordres du commandant Henry et le 3e sous ceux du commandant Levin, avec quatre compagnies, les 9e, 10e, 11e et 12e , cette dernière étant sous les ordres du capitaine Vinter.

 

Eugène Chaulin est dans cette 12e compagnie.

 

Au cours de la Première Guerre mondiale, le 104 va participer aux combats en Belgique, à la bataille de la Marne, sur la Somme, le tout en 1914 ; l’année suivante, il est en Champagne, puis à Verdun en 1916. En 1917, il est sur les hauts de la Meuse puis à nouveau sur Verdun ; en 1918, il bataille au mont Kemmel, dans les Flandres, sur la montagne de Reims, dans la Marne et enfin sur Mourmelon-le-Grand (rivière de l’Arnes).

 

Au cours de ces cinq années de guerre, le 104e RI va perdre 84 officiers et plus de 2.700 hommes, dont 411 disparus.

 

Le 104 est un régiment de la 14e brigade d’infanterie, 7e division d’infanterie (général de Trentinian), 4e corps d’armée (général Boëlle), IIIe armée (général Ruffey – qui sera limogé le 30 août 1914).

 

Le général de Trentinian sera révoqué après la bataille d’Ethe, en Belgique, en 1914. Militaire de talent et reconnu pour ses états de guerre, principalement dans les colonies (Tonkin, puis Sénégal, Soudan, Sahel et enfin Madagascar), il publiera un mémoire expliquant les différents combats d’Ethe, dont il est l’un des rares vainqueurs. Plus tard, à la tête des 103 et 104, il sauvera le gain de la bataille de la Marne avec les fameux taxis de la Marne. Le général de Trentinian, dreyfusard (ceci explique peut-être aussi pour partie cela), sera réhabilité par le général Gallieni, qui lui remettra le grade de Grand-croix de la Légion d’honneur, puis par un rapport mais qui ne sera publié qu’en 1923 (par le commandant Grasset – Rapport sur la Bataille d’Ethe).

 

  Trentinian

 

 

Le général Edgard de Trentinian (© Mr J de Trentinian et www.sambre-marne-yser.be )

 

 

 

 

 

Sources :

 

- Renseignements et archives familiales de Monsieur le colonel Pierre Keraudren et Madame.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Site Internet : www.sambre-marne-yser.be

- Journal de Marche du 104e RI.

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Samedi 1 février 2014 6 01 /02 /Fév /2014 23:00

 

ypres3

Des éclaireurs-cyclistes se rendent sur Ypres.

 

 

Le 342e régiment d’infanterie, régiment de réserve du 142e RI de Lodève-Mende, a été crée à la mobilisation, le 2 août 1914. Il est alors composé de 2186 hommes qui quittent Mende (Lozère), le 10 août 1914 sous les ordres du lieutenant-colonel Heliot, « un vieil et rude africain ». Le régiment est composé de deux bataillons : le 5e commandé par le chef de bataillon Julien qui encadre quatre compagnies (capitaines Danton, Boge, Saget, Balesta) et le 6e avec à sa tête, le chef de bataillon Bernard qui encadre aussi quatre compagnies (capitaines Petitjean, Devaux, Chourreu et Taffin). Les hommes viennent de la Lozère, de l'Aveyron, de l'Hérault, de l'Aude, des Pyrénées-Orientales. Un noyau important d'Auvergnats de Paris apporte, au milieu du patois méridional, un accent faubourien qui sait blaguer aux heures difficiles.

 

La bataille d’Ypres

 

Le 19 août, c’est le baptême du feu en lisière sud du bois de Mulwald pour couvrir Angviller (Moselle). Le 26 août, le 342e se distingue à La Mortagne (Meurthe-et-Moselle). Les compagnies Danton et Saget subissent leurs premières pertes. La campagne de Lorraine terminée, le 342e rejoint Saint-Mihiel (Meuse) puis Manoncourt (Meurthe-et-Moselle) sous une pluie battante et une marche épuisante. Le 24 septembre, elle perd son premier officier, le sous-lieutenant Lasvignes de la 24e Cie.

 

Le secteur s'organise, les tranchées se creusent, des réseaux barbelés sont posés, les attaques deviennent vaines sans une préparation d'artillerie encore impossible à réaliser. Les escarmouches sont quotidiennes et le 342e tient bon la place quand, fin octobre, il est envoyé à Ypres (Belgique). Le 5e bataillon (Julien) est placé, le 1er novembre au matin, sous les ordres du chef de corps du 143e R. I. et va renforcer ce régiment, au nord de Wyschaête (Belgique), sur la route de St-Éloi. La 18e Cie (Boge) est au sud, les 17e (Danton) et 20e (Balesta), au centre, la 19e (lieutenant Pic), au nord, tout le bataillon est face à l'est sur deux lignes et l'on s'efforce de faire le plus de volume possible.

 

Le capitaine Balesta est tué le soir du 1er novembre. Le capitaine Boge et le sous-lieutenant Surbézi (20e Cie) le 2 novembre, le commandant Julien et le lieutenant Ribes (17e Cie) sont grièvement blessés ce même jour. Les pertes sont importantes. Les combats violents se poursuivent Le lieutenant téléphoniste Teisserenc essaie de les contenir ; il est tué presque aussitôt et la poussée est si forte, que le 342e est contraint à céder un peu de terrain. A la 22e compagnie, le capitaine Devaux et le lieutenant Geoffroy sont tués, les lieutenants Palanca et Cayrel sont très grièvement blessés ; à la 23e compagnie, le seul officier présent, le sous-lieutenant Gleyses, est grièvement blessé à la tête ; les mitrailleurs perdent leur chef, le sous-lieutenant Justafré, tué en tête de sa section. Au soir du 3 novembre, le bataillon Bernard ne compte plus que deux officiers valides : le sous-lieutenant Darnaudy de la 24e compagnie et le lieutenant Rigal qui prend le commandement du 6e bataillon où une compagnie reste encore sous le commandement d'un adjudant, car il n'y a pas assez d'officiers…

 

Noël 1914 en Belgique

 

Après cette hécatombe, le 342e est relevé par des Anglais pendant trois jours avant de repartir au combat. Il est renforcé par près de 300 hommes. Le 9 décembre, les hommes abandonnent les tranchées de Saint-Eloi et les cantonnements de Dickebusch, pour la Clytte et le secteur de la ferme de Hollande devant Groote-Vierstraat.

 

Noël 1914 se passe à la Clytte en joyeuses fraternisations avec Anglais et Belges, puis le 342e occupe de nouveau Saint-Éloi. Le 28 décembre, le régiment de réserve prend enfin le secteur de Laukof, au nord du canal d'Ypres à Commines. Là, les tranchées sont par endroits à quinze mètres de celles de l'ennemi. Tout le mois de janvier 1915, les compagnies passent à tour de rôle, 36 heures consécutives dans les tranchées, en première ligne.

 

Le 31 janvier, une attaque allemande à la grenade s’empare d’une tranchée française. Pour la reprendre, le 6e bataillon (capitaine Laliron) perd 143 hommes, dont deux officiers. En février, le 342e RI quitte avec amertume les zones de combats où il a connu de terribles souffrance malgré le renfort, entre novembre 1914 à février 1915, de 1.867 hommes venus d’autres régiments.

 

Bataille de la Champagne

 

Le 342e RI est transféré sur le front de Champagne. Le 19 mars, seulement une demi-heure après avoir relevé le 96e RI, les hommes du LCL Heliot essuient un violent bombardement et une fulgurante attaque de l’infanterie ennemie. Le régiment qui riposte vaillamment perd 176 hommes ainsi que 122 blessés et une centaine de disparus. Parmi les premiers tués : le capitaine Laliron commandant le 6e bataillon et ses quatre commandants de compagnie : le capitaine Combet, le lieutenant Rigal, le capitaine Garnier et le lieutenant Guiraud. Un sixième officier grièvement blessé tombe aux mains de l'ennemi : le sous-lieutenant Daubiné (21e Cie) qui rentrera plus tard d'Allemagne les deux jambes coupées. Cette même journée, dans une escarmouche proche de la Ferme de Beauséjour, le chef de corps du 342e RI, le LCL Héliot est grièvement blessé et trois de ses officiers du 5e bataillon sont tués : le capitaine Jacoby (19e Cie), le lieutenant Ribes et le sous-lieutenant Le Garrec (20e Cie).

 

C’est le capitaine Danton qui vient prendre le commandement du régiment et le conduit le 23 mars à Somme-Bionne où arrivent un nouveau chef de corps, le Lieutenant-colonel Blavier, les officiers et gradés du 107e bataillon de marche, en tout 462 hommes en divers renforts. Installé à l’ouest de Perthes-les-Hurlus en avril 1915, le régiment doit affronter la terrible guerre des mines et celle des créneaux où les tireurs d'élite font merveille ; ce sont les meurtrières fléchettes, les bombes de tout calibre que l'on s'envoie de tranchée à tranchée et qui, par leur harcèlement continu, ralentissent les travaux. Les cinq mois à Perthes-les-Hurlus se passent en luttes incessantes ; « on se grignote » de tranchées en tranchées pour gagner 10 mètres, en reperdre 15 puis en reprendre 20…

 

Pendant cette période (avril à août 1915) le 342e reçoit le renfort de 817 hommes. A la fin août, le Régiment est à Rapsécourt (Marne), puis à Chaudefontaine, d'où il va travailler vers Berzieux et Ville-sur-Tourbe (Marne) en vue de l'offensive d'automne. Il est, à de rares exceptions, laissé en réserve de la 32e division même si la 18e compagnie (Gely) est éprouvée le 28 septembre à la Main de Massiges. Le 28 octobre, le 342e occupe un secteur sur les pentes ouest de la Butte de Tahure (1). Le 5e bataillon (Beaudesson) repousse les vagues d'assauts ennemies ; les mitrailleuses des sections Boulard et Jourda font merveille aux deux extrémités de ce bataillon. Le 30 octobre, malgré les efforts du 6e bataillon (Rochard), l’ennemi parvient à prendre la Butte de Tahure, descendant dans le dos des 22e et 23e Cie. Le commandant Beaudesson qui arrive pour renforcer la résistance est tué à l’ennemi. Plus de 120 soldats du 342e RI perdent la vie dans cette bataille (2).

 

Bataille de Verdun

 

Epuisé par les fatigues de la Bataille de Champagne, le régiment retourne à l’arrière prendre un repos mérité. Le 28 novembre, il revient à Hautvillers, près d'Épernay et achève de se reconstituer. En janvier 1916, le 342e, commandé par le lieutenant-colonel Blavier, a ses cadres au complet : le chef de bataillon Pauly commande le 5e bataillon formé des compagnies : Maurandy, Bernard, de La Brosse et Pic ; au 6e, il y a le chef de bataillon Saunier et les compagnies Lapeyre, Durand, Pillieux et Ménigoz ; les mitrailleurs ont le capitaine Lapisse. Fin Janvier 1916, il prend le secteur assez calme de Soissons où il ne rencontre aucune difficulté majeure. Relevé à la mi-février par le 80e RI, le 342e va stationner à Fismes près de Verdun car la grande bataille est déclenchée. C’est en août 1916 que le 342e régiment d’infanterie connaît son heure de gloire. Le 16 août, il relève le 4e régiment mixte Zouaves et Tirailleurs.

 

Le 23 août 1916, le bataillon Pauly est chargé de conquérir la fameuse crête Fleury-Thiaumont, particulièrement importante à posséder pour cacher à l'ennemi le ravin des Vignes d'où partira plus tard l'attaque qui délivrera Douaumont. Durant quatre heures, l’artillerie fait excellente besogne ; les obus de 155mm, s’abattent drus sur les positions allemandes. A 17 h. 30, les lieutenants Chaumont, Mouzon et Broussaud s'élancent avec la première vague d'assaut de leurs compagnies respectives ; tout le reste du bataillon les suit en deux autres vagues.

 

Les hommes, enthousiasmés par la belle préparation d'artillerie, y vont de tout leur cœur. Les combats font rage pendant plusieurs jours avec quelques périodes d’accalmie. Les deux chefs de bataillon Pauly et Saunier sont tués au combat.

 

Argonne et Côte 304

 

Le 31 août au soir, le 342e est relevé et s'embarque le lendemain à Lempire (Aisne) pour Foucaucourt (Somme) où il jouit d'un repos bien gagné. Le 8 septembre, le Lieutenant-colonel Blavier, les deux chefs de bataillon tués, les capitaines du 5e bataillon et quelques militaires sont cités à l'ordre de la 2e Armée par le Général Nivelle.

 

Après avoir participé à la bataille en Argonne (automne 1916), le 342e revient, le 12 janvier 1917, à Foucaucourt où la température descend à vingt degrés en dessous de zéro. Dans la nuit du 21 au 22 janvier, le bataillon Thiébaud, renforcé des mitrailleurs du 6e bataillon et de la 22e compagnie, prend le secteur de la côte 304. Le 25 janvier 1917, après une très violente préparation d'artillerie et de torpilles, les Allemands réussirent à s'emparer de la première ligne tenue par le 5e bataillon sur le sommet de la côte 304. Les fantassins français ont épuisé sans résultat apparent leurs moyens de liaison avec l'arrière, du reste le 6e bataillon alerté a des éléments jusqu'à Jouy-en-Argonne et ne peut arriver qu'à la fin de l'action. Tout est emporté par l'ennemi entre 15 et 16 heures, seuls surnagent le poste de commandement du bataillon et une section de mitrailleurs du capitaine Lapisse. Le 28 janvier à 14 heures, deux bataillons essayent sans succès de reconquérir le sommet de la côte 304. Le 16 février, le 6e bataillon (capitaine de la Brosse) prend de nouveau le secteur 304 et, jusqu'au 13 mars, les deux bataillons (5e et 6e) alternent entres les premières lignes et Jouy-en-Argonne, tandis que tous les mitrailleurs restent en ligne. Durant un mois, les positions s'organisent malgré la neige, la pluie et la boue. Le 8 mars, le 5e bataillon est mis au repos à Nixéville (Meuse). Le 13 mars, c’est au tour du 6e bataillon de rejoindre l’arrière à Osches (Meuse).

 

Un temps affecté (avril) dans le secteur du Bec entre la côte 304 et le Mort-Homme, le 342e RI est relevé le 10 mai 1917 et mis au repos aux camps du Deffoy et des Clairs-Chênes ; le 11 mai, il cantonne à Jubécourt et Brocourt.

 

La dissolution : mai 1917

 

La réorganisation de l'armée française après l'offensive du 16 avril 1917 réduit à trois régiments toutes les divisions. Le 342e doit donc quitter ses camarades de combat de la 32e division : le 15e d'Albi, le 80e de Narbonne et le 143e de Castelnaudary. Le Colonel Bertrand qui commande, depuis janvier 1916, la 63e brigade, où il a remplacé le général de Voillemont, vient faire ses adieux au régiment et rend hommage à sa « fermeté dans l'accomplissement du sacrifice » (Ordre n° 257). Le régiment est dissous le 12 mai 1917. Ce même jour, les bataillons s'embarquent à Lemmes pour la Ve Armée, où ils sont affectés au 35e R.I. de Belfort (Bataillon Thiébaud) et au 60e R.I. de Besançon (Bataillon Jusselain).

Le 342e RI a payé un lourd tribut en moins de trois ans : sur les 2186 hommes qui sont partis le 10 août 1914, seuls un peu plus de la moitié sont encore vivants le 12 mai 1917. Le 342e a perdu 976 hommes de troupe en 33 mois (sans compter les officiers).

 

tahure 2 

 

La butte de Tahure.

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Le village de Tahure comptait 185 habitants en 1911. Pendant la Première Guerre mondiale, le village fut anéanti. Il ne s'est plus jamais relevé.

2 La Butte de Tahure n’est reconquise que le 20 septembre 1918, par des régiments de la 14e Division, composée pour une bonne part de vieux soldats du 342e qui ainsi vengèrent leurs malheureux camarades.

 

 

 

Cet article a été écrit par le LTN (r) C. Soulard, pour le Bulletin de Liaison n°148 de l’association des réservistes de l’infanterie, ANORI (Sources : historique du 342e RI).

 

 

 

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Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 20:55

 

Départ pour la Grande Guerre

Août 1914 : des soldats du 5ème de ligne partent pour la guerre (Copyright www.centenaire.org ).

 

 

Jacques Vignaud, isséen, retraité, est ancien administrateur du collège Henri Matisse et du conservatoire de musique d’Issy-les-Moulineaux. Professionnellement, il a occupé de nombreuses fonctions dans l’industrie chimique puis dans des sociétés d’apprentissage des langues étrangères. Par ailleurs, il a été représentant de la France dans les institutions internationales des Auberges de Jeunesse.

 

L’un de ses amis lui a confié le carnet de route d’un aïeul, Poilu de la Grande Guerre, Louis Vincent. Voici le début de ce récit :

 

« C’est le samedi 1er août 1914 que sonnât la mobilisation générale, et je le sus qu’à 10 heures du soir, en sortant de travailler de la Société des mines d’or et de charbonnages de Chavaignac. Je fus saisi d’une profonde émotion, en apprenant que la mobilisation générale avait éclaté.

 

Mais je finis par me rendre fort, et me dire en moi-même que j’accomplirai mon devoir de vaillant Français. Etant de la classe 14, et qu’on avait passé le conseil de révision depuis quatre mois, je m’attendais à être appelé de suite. J’attendais ma feuille de route avec impatience. Tellement que tous les soirs à 4 heures, j’allais à la gare avec deux intimes camarades de ma classe, attendre le courrier pour savoir si notre feuille de route n’était pas arrivée. Mais elle n’arrivait jamais, et on s’en retournait en se disant que peut-être elle arriverait le lendemain. Et le 4 septembre, je reçus ma feuille si attendue. Je devais rejoindre le 75ème RI à Romans, immédiatement et sans délai : aussi dès le lendemain je partis pour Romans.

 

J’arrivai à la caserne à 11 heures du soir, mais en rentrant on poste on me dit qu’ils n’ont pas de place pour me faire coucher. Je ressortis pour aller coucher en ville et je revins le lendemain matin. Ils me trouvèrent de la place et je ne tardai pas à être habillé en militaire. Je restai en en caserne jusqu’au 18 septembre et le lendemain, à 4 heures du matin, nous partîmes sac au dos au camp de Chambaran, dans le département de l’Isère, à 50 kilomètres de là. Nous y fîmes nos classes qui ne furent pas trop longues. Je commençais à trouver que je n’étais pas si bien qu’en caserne. A Romans, je couchais dans un lit, tandis qu’au camp de Chambaran nous couchions sous des marabouts et sur la terre que je trouvais bien dure. Mais encore, ce n’était à proportion de ce que j’ai souffert plus tard sur le front.

 

Le 4 novembre 1914, nous quittâmes le camp en chemin de fer pour rentrer à notre dépôt puis nous fûmes dirigés vers le front. Le 7 novembre, à 4 heures de l’après-midi, le commandant passa dans les rangs et demanda tous ceux qui étaient volontaires pour partir sur le front. Moi, je fus du nombre pour aller aider à chasser ces vulgaires Prussiens. Et le lendemain, à 8 heures, nous partîmes en détachement de 300 à la frontière, pour la direction des Boches. Le 11 novembre, on débarqua à Guillaucourt, dans le département de la Somme. De là, on partit sac au dos pour aller cantonner à Vauvillers, qui se trouvait à 15 kilomètres du front.

 

Je dis qu’on avait cantonné au village, mais ce n’était plus vraiment un village : il ne restait presque plus une maison debout… ».

 

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Samedi 30 mars 2013 6 30 /03 /Mars /2013 10:36

4eme zouaves

 

 

Soldats du 4ème zouaves.

 

 

 

Le 4ème zouaves.

 

La dénomination de zouave vient du berbère zwava, qui est le nom d’une tribu kabyle. Entièrement composés de métropolitains, les régiments de zouaves se couvrent de gloire partout où ils combattent. Leur réputation commence avec l’arrivée des Français en Algérie en 1830 : les Kabyles fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger ; avec la domination de la France, ils fourniront le Royaume puis la République. Ces unités sont également remarquables par l’exigence ultime de leur discipline ; d’où l’expression « faire le zouave » : un zouave est capable de tout faire, sur un simple commandement.

 

En 1914, le 4ème zouaves (RZ) est fort de sept bataillons. Alors que les 1er et 2ème bataillons sont en pleine campagne au Maroc, et que le 5ème bataillon est cantonné à Rosny-sous-Bois, près de Paris, les 3ème, 4ème et 6ème bataillons sont stationnés dans leurs quartiers et Bizerte et de Tunis.

 

Prosper Honoré Verpillat nait le 29 juillet 1874 à Paris. La capitale se remet peu à peu du siège de l’armée prussienne de 1870-1871. D’ailleurs, les travaux d’une nouvelle enceinte fortifiée sont votés par le gouvernement. Il grandit dans le culte de la revanche vis-à-vis de cet empire allemand qui a mis à genoux la France glorieuse et éternelle. Ses parents, qui se sont installés à Issy-les-Moulineaux, se sacrifient pour que le jeune garçon puisse passer des concours et tenter les grandes écoles. A l’âge de 20 ans, Verpillat entre à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Il choisit, comme un grand nombre de ses camarades, l’Armée d’Afrique, qui a le double avantage d’offrir de l’aventure aux jeunes gens galvanisés par les articles de l’hebdomadaire L’Illustration, et des conditions financières et d’avancement plus avantageuses.

 

La déclaration de guerre.

 

Un zouave a raconté a posteriori la mobilisation du 4èm en Tunisie et la sa guerre de 14-18: « Le 1er août 1914, à 17 heures, les quartiers de Tunis et de Bizerte furent consignés. L’ordre de mobilisation venait d’être affiché. On le communiqua aux troupes et les zouaves déjà prêts à sortir en ville débouclèrent leur ceinturon avec le plus grand calme, raccrochèrent leur baïonnette et remirent leur bourgeron comme un soir ordinaire de piquet. Dès le 4 septembre, toutes les dispositions ayant été prises, les inspections faites, le 3ème bataillon s’embarque à Bizerte et le 4ème à Tunis. En exécution du plan de mobilisation, ils rejoignent en France, au fort de Rosny-sous-Bois, les 5ème et 11ème bataillons pour former le 4ème régiment de zouaves sous le commandement du colonel Pichon. Salué par les camarades qui demeurent en Tunisie, acclamés avec enthousiasme, ils reçoivent à leur départ des marques répétées de confiance de la Colonie, déjà fière de leur passé et de leur belle attitude.

 

Les bataillons sont transportés à Alger en chemin de fer, et c’est à Alger que l’on doit prendre la mer. Le 9, le départ d’Alger sera plus solennel encore. La présence d’une composée de trois cuirassiers fera plus imposante la levée d’ancre et les honneurs rendus au Drapeau sur la place du Gouvernement. Le 10 et le 11, c’est la pleine mer. On vogue tous feux éteints. Au matin du 12, la côte de France est abordée à Sète. Les zouaves débarquent, s’égaillent dans la ville, où ils sont fêtés, comblés et entourés jusqu’au soir. C’est par le train qu’ils rejoignent Rosny. Les journées des 14 et 15 sont passées à recevoir les réservistes, déjà organisés, équipés et répartis au fort de Rosny. Le 16 au matin, le 4ème régiment de marche de zouaves se trouve réuni dans la gare de Bercy, après avoir fait à pied, au milieu des acclamations, le trajet de Romainville-Bercy.

 

La musique joue, le drapeau flotte, les fleurs voltigent, panachent les selles des chevaux, les fusils des hommes. Paris croit à la promptitude de la victoire et les zouaves rayonnants sous le rouge des chéchias, campés dans la blancheur de leurs sarouels, répondent avec crânerie aux vœux de la foule ».

 

A Tarciennes.

 

Au départ, sous la direction du colonel Pichon, unité de la 38ème division d’infanterie, le 4ème zouaves comprend : le 3ème bataillon du commandant Ballivet, le 4ème avec le commandant Daugan ; le 5ème avec le commandant Bézu et le 11ème avec le commandant Eychenne.

 

Le régiment reçoit son baptême du feu à l’occasion de la bataille de Charleroi. Cette bataille réside dans la rencontre entre la IIème armée allemande, du général von Bülow, qui progresse à travers la Belgique, face à la Vème armée française du général Lanrezac, qui tente justement d’éviter l’encerclement par l’ouest de l’ensemble des armées alliées.

 

Le 23 août 1914, situé dans le village de Tarciennes, le 4ème s’apprête à livrer le combat : « L’ordre de se porter en avant arriva à minuit et l’on partit à 2 heures. On dépassa l’artillerie en position d’attente. Les quatre bataillons marchaient de formation largement ouverte. On allait voir l’ennemi, se mesurer, et certainement le vaincre ». Mais le régiment est vite débordé à la fois par la puissance de l’artillerie ennemie et par des troupes, beaucoup plus nombreuses, qui les contournent par la gauche. Avec leurs uniformes rouges, bleus et blancs, les zouaves font des cibles parfaites pour les grenadiers prussiens : ce n’est plus la guerre mais un tir de fête foraine !

 

Il n’y a qu’une solution possible : retraiter, et si possible en bon ordre pour permettre à la Vème armée de Lanzerac de se reformer. Le 5 septembre, le régiment se trouve à quelques kilomètres de Provins, dans le sud du département de la Seine-et-Marne. Des centaines de kilomètres ont été parcourus en une dizaine de jours, « pas un instant les zouaves n’avaient cru la partie perdue. Soutenus par leurs officiers qui se dépensèrent brillamment au cours de la retraite, ils se laissaient dire que le recul préparait l’attaque et les chefs qui leur parlaient ainsi avaient leur confiance ».

 

Reprise de l’offensive.

 

Il n’est pas possible pour l’Armée française de reculer plus loin (« Vous n’irez pas plus loin » est-il écrit sur bon nombre de monuments de la Première bataille de la Marne). Au matin du 7 septembre 1914, le 4ème repart en avant et refait les étapes dans l’autre sens. Il participe au mouvement général de reconquête initiée par le général Joffre et bien aidé dans son œuvre par le général Gallieni qui envoie plus de 6.000 hommes depuis Paris à quatre (ou plus) dans des taxis !

 

Le terrain perdu quelques jours auparavant est repris sans trop d’effort : alors tous ces morts pour rien ? En fait, les Allemands n’ont pas respecté l’ordre initial qui consistait à fondre sur Paris, et il leur manque 120.000 hommes restés en Belgique pour prendre la place forte d’Anvers. Le 13, ils se replient finalement sur la ligne qu’ils avaient préparée avant l’offensive et ils y installent des casemates et des abris imprenables.

 

« La bataille s’engage. Elle est dure. Le 14 au soir, la division se trouve en flèche par rapport aux autres éléments de l’armée. Il faut attendre. Le 15, l’ennemi affirme sa résolution d’arrêt par un violent tir d’artillerie. Le 16, notre mouvement continue. Tandis que la 38ème division se porte sur Craonne, la 12ème compagnie du 4ème zouaves avance sur Ailles, le 11ème bataillon va aider les Anglais à Cerny et le commandant Daugan reçoit l’ordre d’attaquer Vauclerc avec son bataillon, la 9ème compagnie et des éléments du 12ème d’infanterie. La lutte se stabilise autour de la ferme d’Hurtebise. Lutte terrible : nous attaquons et nous sommes attaqués. Nos fantassins sont mis à rude épreuve. Ils en ressortent aguerris, grandis, plus confiants en eux-mêmes et dans leurs chefs, dont trois – le capitaine Rajer, le capitaine Gavory, le sous-lieutenant Parison – trouvèrent là une mort héroïque ».

 

Repli sur l’Yser.

 

A l’issue de la bataille de la Marne, les belligérants tentent de se contourner par le flanc. C’est ce qui restera dans l’histoire sous le nom de « Course à la mer » : partant de la Champagne et de la Picardie, les Alliés et les Allemands vont tenter à plusieurs reprises de percer les lignes afin de se prendre à revers. Toutes les tentatives resteront des échecs et cette course prendra fin à la mer du Nord. La bataille de l’Yser est l’une de ces tentatives.

 

Le 15 octobre 1914, après avoir perdu Anvers, les restes de l’Armée belge se réfugient sur Gand. Mais la situation devient vite intenable face à des ennemis beaucoup plus forts. Un ordre est donné : « Le ligne de l’Yser constitue notre dernière ligne de défense en Belgique et sa conservation est nécessaire pour le développement du plan général des opérations. Cette ligne sera donc tenue à tout prix ». La 38ème DI fait partie du dispositif. Au 4ème RZ : « Ces jours monotones et tristes d’octobre sont marqués cependant par une détente de trois jours à Révillon. On a aussi appris à compter avec un ennemi terrible : la boue ! Les hommes savent maintenant l’énergie qu’il faut déployer pour lutter contre la pluie, qui envahie les tranchées, les transforme en cloaques, en ruisseaux et en marécages glacés. L’arrivée des effets de drap, en permettant de remplacer la tenue de toile en guenilles a bien apporté quelques conforts mais les larges culottes rouges, qui s’alourdissent d’eau et de vase, restent peu pratiques ».

 

Des bataillons du 4ème sont maintenant portés sur Ypres pour retrouver des divisions d’infanterie et des troupes coloniales. Les combats contre les troupes du Reich reprennent. Intervient là un épisode resté dans les mémoires comme « la mort héroïque d’Assas » : alors qu’une colonne allemande se porte à l’attaque d’un pont défendu par les troupes françaises, elle pousse au-devant d’elle quelques prisonniers. Ce sont des zouaves. Les soldats cessent le tir : il n’est pas question de mettre en joue des camarades qui se replient. Mais les zouaves se mettent à hurler : « Mais tirez donc, nom de Dieu, ce sont les Boches qui arrivent ! ». La fusillade reprend. Des zouaves se sont sacrifiés pour que reste intacte le pont et leur honneur…

 

Au 4ème RZ : « Les zouaves, sous la conduite habile de leur chef, répondent avec le plus grand empressement à tous les appels et combattent avec la plus grande bravoure. Le 11 novembre, après un bombardement d’une violence inouïe, les colonnes allemandes culbutent la première ligne anglaise. La 15ème compagnie qui était en première ligne est submergée. Le capitaine Chevrier rassemble la trentaine d’hommes qui lui restent et défend le terrain pied à pied. La situation est encore une fois critique. Le commandant Bonnery, appuyé par le capitaine Verpillat ordonne une contre-attaque : les compagnies Helbert, Grambouland et les débris de la compagnie Chevrier s’élancent à la baïonnette avec une énergie telle que l’ennemi, non seulement est arrêté, mais recule jusqu’à son front de départ. Les Boches n’ont pas passé cette fois encore. Le zouave Paquet, le capitaine Verpillat, l’adjudant Arsant, le caporal Spkiling se font remarquer entre tous. Ils se battent comme des lions. Le premier n’hésite pas à faire des prisonniers. Après la mort de son capitaine, l’adjudant, quoique blessé, garde avec énergie le commandement de sa section et le caporal reste le seul gradé dans la sienne ».

 

Dans le Journal de Marche du 4ème zouaves, la mort du capitaine Verpillat ne fait qu’une ligne…

 

Par la suite, le 4ème participe aux batailles d’Ypres, de Verdun (Douaumont, la Côte 304, Louvement, les Chambrettes), de l’Aisne en 1917 et d’Orvillers-Sorel l’année suivante. En quatre années de guerre, le 4ème zouaves va perdre près de 10.000 hommes de rang, sous-officiers et officiers.

 

 

Verpillat Prosper

 

 

Sources :

 

-         Journal de Marche du 4ème zouaves.

-         Historique du 4ème zouaves, anonyme, numérisé par Jérôme Charraud.

-         Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

-          André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

-         Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

-         Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.

-         L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.

-         Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.

-         L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.

 

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Vendredi 9 novembre 2012 5 09 /11 /Nov /2012 22:06
 
 
106eme RI - Soldats
 
Soldats du 106ème RI
 
 
 
A Châlons-en-Champagne.
 
Charles Julien Louis Poncet nait à paris le 19 août 1889. L’exposition universelle vient de fermer ses portes. L’attention des visiteurs a été surtout retenue par la Tour métallique, dont certains se questionnent déjà sur l’utilité et prévoient la démolition ; tour qui prendra bientôt le nom de son constructeur : Gustave Eiffel.
 
De la classe 1909, matricule 4280 au 3ème bureau de recrutement de la Seine, Charles Poncet intègre le 106ème régiment d’infanterie au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale en août 1914 (matricule 4662 au Corps).
 
L’histoire de ce régiment a été racontée par un très grand écrivain, qui l’a connu au plus près pour avoir été de tous les combats, entre août 1914 et avril 1915, date de ses blessures et de sa réforme. Il s’agit de l’ouvrage Ceux de 14, écrit par le lieutenant de réserve Maurice Genevoix, futur membre de l’Académie française.
 
Maurice Genevoix : « L’ordre de mobilisation est tombé comme un coup de tonnerre : courses précipitées par la ville, avec la crainte et la certitude d’oublier quelque chose. Je trouve à peine le temps de prévenir les miens. Dernière revue dans la cour du quartier. J’étais à la cantine lorsque l’ordre m’a surpris. J’ai bondi, traversé la cour, et me voici, raide comme un piquet, devant deux files de capotes bleues et de pantalons rouges. (…) Nous allons à Troyes. On nous l’a dit. De Troyes, nous filerons sur Mulhouse pour occuper la ville conquise et la défendre. On nous l’a dit aussi. (…) Défilé en ville : trottoirs grouillants, mouchoirs qu’on agite, sourires et pleurs. (…) Une jeune ouvrière, blonde, rebondie, me sourit de toutes ses dents. Grand bien me fasse ce sourire : je vais à la guerre. J’y serai demain ».
 
 
 
Le principe des 3.
 
Le 106, avec le 132ème RI, forme la 24ème brigade de la 12ème division d’infanterie du général Souchier, au sein de la IIIème Armée du général Sarrail. Embarqués en train depuis Châlons, les hommes descendent à Saint-Mihiel, dans la Meuse.
 
Au cours de l’automne puis de l’hiver 1914, ils se battent dans la région de la Woëvre et celle des Eparges. Le principe est relativement clair : à trois jours de repos à l’arrière succèdent trois jours en seconde ligne puis trois jours en première ligne. Maurice Genevoix le décrit avec précision :
 
-       « Lundi 28 septembre : On ne les entend pas venir ces fusants. C’est trop rapide, le réflexe qu’on a pour se protéger se déclenche trop tard. L’obus qui a sifflé de loin n’atteint pas. Mais celui qui tombe sans dire gare, celui-là est dangereux et effraye : les mains restent fébriles longtemps encore après l’explosion ».
 
-       « Mardi 29 septembre (NB : alors que le régiment est à l’arrière, qu’après un repas chaud, les hommes dorment dans des granges réquisitionnées à cet effet, Maurice Genevoix et son camarade Robert Porchon sont invités à dormir chez l’habitant) : « Puis la femme est sortie doucement. Lorsqu’elle est revenue, elle ramenait avec elle cinq ou six villageoises d’alentour. Et toutes ces femmes nous regardaient rire, dans notre grabat ; et elles s’ébaubissaient en chœur de ce spectacle phénoménal : deux pauvres diables de qui la mort n’avait pas encore voulu, deux soldats de la grande guerre qui s’étaient battus souvent, qui avaient souffert beaucoup et qui déliraient de bonheur, et qui riaient à la vie de toute leur jeunesse, parce qu’ils couchaient, ce soir-là, dans un lit ».
 
 
Les Eparges.
 
Au début de l’année 1915 commence l’une des plus terribles batailles de la Première Guerre mondiale : les Eparges.
 
Le village des Eparges est situé dans le nord du département de la Meuse, non loin de la Woëvre, région vallonnée couverte de forêts. Sur ces collines, pendant des mois les armées françaises et allemandes vont batailler pour quelques arpents de terre. Les attaques sur les boyaux et les tranchées sont quotidiennes et il n’est pas rare que les combats se terminent au corps à corps.
 
L’attaque débute le 17 février par des sapes que font sauter les hommes du génie. Les premières positions allemandes sont facilement conquises par les biffins du 106 et du 132. Mais la riposte ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, les nouvelles positions françaises sont pilonnées par des milliers d’obus. Après près de trois heures d’un matraquage inouï de violence, ayant perdu une grande partie des officiers, les soldats français se retirent sur leurs positions initiales.
 
Pour autant une nouvelle offensive est déclenchée le 20 février et cette fois les éléments du 106 et du 132, en dépit de fortes pertes (plus de 300 tués et 1.000 blessés), tiennent bon. Avec son escouade, Charles Poncet est de toutes les attaques. Il s’en sort à chaque fois.
 
Ordre du corps d’armée n°60 : « Le 27 février, dans une opération brillante dans une opération brillante, la 24e Brigade a enlevé de haute lutte une partie importante de la position des Éparges.
 
L'ennemi avait accumulé sur cette hauteur escarpée, des travaux considérables. Depuis 4 mois, avec une science avisée, le Capitaine du Génie Gunther dirigeait par la sape et par la mine les travaux de siège régulier qui devaient ouvrir la voie à notre infanterie. Le jour de l'attaque, après une quadruple explosion de nos fourneaux de mines et une remarquable préparation par l'artillerie, le brave 106e Régiment d'infanterie, dans un élan magnifique, escalada les pentes abruptes et couronna toute la partie ouest de la position. Au même moment, le 132e RI aborda crânement la partie ouest des Éparges et s'y installa. Le 19 février, l'attaque fut poursuivie sur tout le front.
 
Au cours de cette bataille de 4 jours, pendant lesquels l'ennemi nous disputa le terrain avec la dernière âpreté, nos troupes furent soumises à un bombardement formidable. Elles conservèrent néanmoins les positions conquises. Elles repoussèrent deux contre attaques furieuses, firent éprouver des pertes sévères à l'ennemi, lui enlevèrent 700 mètres de tranchées, lui prirent 2 mitrailleuses, 2 minenwerfer et firent 175 prisonniers. Le 106e, le 132e, le 67e Bataillon Haguenin, la compagnie du Génie, qui prirent la tête dans la colonne d'assaut ont noblement soutenu le renom de la vaillance du 6e Corps d'Armée et montré une fois de plus quel succès naît de la fraternité des armes et de l'union des cœurs. Le Général, commandant le 6e Corps d'Armée, adresse ses félicitations à ces braves troupes. Il salue pieusement la glorieuse mémoire de ceux qui sont morts pour le pays. Il félicite les Colonels Barjonet, commandant le 106e RI et Bacquet, commandant le 132e RI qui ont magnifiquement conduit leurs régiments au feu». Signé : Général Herr.
 
Le répit est de courte durée. Dès le mois de mars, les combats reprennent. La 24ème division doit achever le travail commencé en janvier 1915 : reprendre la totalité du territoire des Eparges. Le 5 avril, alors qu’il tombe des cordes et que les soldats pataugent dans un mètre de boue, ordre est donné de s’emparer des collines restant encore aux mains des Allemands. Au prix de sacrifices invraisemblables, le 106 tient une partie de la crête. Encore une fois, les renforts ennemis arrivent et délogent nos braves poilus. Encore une fois, le sergent Charles Poncet s’en sort sans dommages…
 
Maurice Genevoix : « Et toujours les obus pleuvaient. Les canons-révolvers de Combres démolissaient les parapets que nous refaisions, inlassables, avec les mêmes sacs à terre. Par crises, les gros arrivaient. Il en tombait cent, deux cents, qui ne faisaient point d’autre mal qu’ensevelir quelques hommes, vite dégagés. Mais tout d’un coup, il y en avait un qui trouvait la tranchée, et qui éclatait, en plein dedans : alors c’étaient les mêmes cris que naguère, les mêmes hommes qui couraient, ruisselants de sang frais et rouge ; et, tout autour de l’entonnoir brûlé, empli encore de fumée puante, les mêmes cadavres déchiquetés… Les autres restaient là, les jambes prises dans ce ruisseau lourd, profond, glacé, les jambes engourdies et mortes. »
 
Le 25 avril 1915, alors qu’il s’apprête à sortir du boyau à la tête de sa compagnie, le lieutenant Genevoix reçoit deux balles au bras gauche et une troisième vient lui entailler le torse : « Il faut me lever, me traîner ailleurs… Est-ce Sansois qui parle ? Est-ce qu’on me porte ? Je n’ai pas perdu connaissance ; mon souffle fait un bruit étrange, un rauquement rapide et doux ; les cimes des arbres tournoient dans un ciel vertigineux, mêlé de rose et de vert tendres ».
 
 
Souain.
 
A l’approche de l’été, alors que les hommes viennent de connaître plusieurs mois de combats incessants, les positions se stabilisent. Sur ce front, comme d’autres, on assiste à l’enlisement des régiments. Du côté allemand, des tranchées renforcées et des casemates sont construites. Du côté français, ce sont des tranchées plus légères : « Provisoire » est le maître mot. Telle est l’idée du Grand-Quartier-Général : par une nouvelle offensive, en Champagne, la guerre de mouvement va reprendre et mettre à bas définitivement l’Allemagne du Kaiser. Les hostilités n’ont que trop duré. Et puis, focaliser l’attention des Allemands sur ce front, c’est aussi permettre aux alliés russes et polonais de se « refaire une santé » sur leur front respectif, après les multiples défaites qu’ils viennent de subir. Le choix de la Champagne s’impose pour le général Joffre car c’est un terrain relativement plat, qui permet une avance rapide. Il n’y a pas de villes importantes dans lesquelles l’ennemi pourrait se retrancher et s’accrocher.
 
La préparation d’artillerie commence le 22 septembre. Le 25 septembre, l’offensive générale est lancée. A gauche, la IVème armée du général Henri Gouraud avance assez rapidement, comme le 2ème corps colonial du côté de la ferme de Navarin (le général Gouraud s’y fera enterrer au milieu de ses hommes en 1946). Par contre, au centre du dispositif, sur la route de Souain à Tahure, les 11ème et 14ème corps se heurtent à une résistance acharnée des Allemands. Les combats sont terribles. Le sergent Charles Poncet est l’un des premiers à tomber. Il n’est pas le seul.
 
Le 29 septembre 1915, devant le peu de terrain gagné, le général Joffre ordonne l’arrêt de l’offensive. Sur le champ de bataille, 138.576 soldats français sont morts au combat, montrant l’effroyable vérité : en Champagne, on s’est battu pour rien !
 
Le 11 juin 1920, Charles Poncet est déclaré Mort pour la France et le jugement est transmis à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Plus tard, son nom est inscrit parmi ceux du millier d’isséens morts pendant la Première Guerre mondiale.
 
Maurice Genevoix : « Notre guerre… Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j’ai connus. En est-il donc pour dire : « La guerre est ceci et cela » ? Ils disent qu’ils comprennent et qu’ils savent ; ils expliquent la guerre et la jaugent à la mesure de leurs débiles cerveaux.
 
On vous a tué, et c’est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.
 
Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurai-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée.
 
Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ? »
 
106ème RI - Monument Eparges 
 
Monument à la gloire des héros du 106ème RI
 
 
 
 
 
 
 
Sources :
 
 
 
-       Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
 
-       Journal de Marche du 106ème RI
 
-       Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
 
-        André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
 
-       Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
 
-       - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
 
 
 
 
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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 11:09

Tavannes24

 

 

Naître chez l’ennemi.

 

Dabo est un village des Vosges mosellanes, placé entre Sarrebourg, Phalsbourg et Saverne. Le 1er Janvier 1875, comme un peu partout – que ce soit dans la République française ou l’Empire allemand – on fête le premier jour de l’année. Fête retenue au village : voilà près de cinq années que Dabo fait partie de l’Alsace-Lorraine annexée. Ce sont les lois de l’Empire qui s’appliquent et non plus celles de la République.

 

A Dabo, ce jour est également très particulier chez les Steiner : le petit Joseph Léon vient de pousser ses premiers cris ! Dans quelques années, il sera isséen et sera recensé puis appelé comme militaire du rang au 3ème bureau de la Seine sous le matricule 531 de la classe 1895. En 1914, il rejoint son unité d’affectation : le 24ème régiment d’infanterie territoriale.

 

 

Tavannes.

 

Tavannes est un village de la Meuse qui rassemble aussi un fort, élément de défense contre l’ennemi héréditaire, et un tunnel de la ligne de chemin de fer entre Saint-Hilaire-au-temple et Hagondange. Celle-ci dessert entre autres les gares de Suippes, Valmy, Sainte-Menehould, Verdun et Etain. Long de 1.170 mètres, le tunnel a été construit de 1873 à 1874. Il présente une largeur d’environ 5 mètres.

 

Quant au fort, il a été bâti de 1876 à 1879, sur les ordres du général Séré de Rivières, par ailleurs auteur de la ceinture fortifiée autour de Paris. D’abord construit en maçonnerie simple, l’élément de défense est pourvu dix années plus tard de renforts en béton, notamment au niveau des abris et de la caserne. En forme de polygone, ses dimensions sont relativement modestes. Situé à 1.600 mètre au sud-ouest de Vaux, il fait partie de la zone de défense de Verdun.

 

En 1915, le Grand Quartier Général décide de désarmer tous les forts. Ce sont des éléments de défense statiques, qui consomment beaucoup de munitions et d’obus, sans une grande efficacité, obus qu’il faut bien apporter donc au moyen de routes à protéger. En 1915, l’idée est plutôt orientée sur la guerre de mouvements.

 

 

Le tunnel.

 

Pour autant, en février 1916, dès le déclenchement de la bataille de Verdun, le fort de Tavannes subit des bombardements incessants. Pour les Allemands, la prise d’un fort est à la fois symbolique et permet aux hommes de constituer un point d’appui pour la prochaine avancée. Alors, il s’agit maintenant de le défendre…

 

Quant au tunnel de Tavannes, jugé suffisamment protégé par la dizaine de mètres de terre le recouvrant, il présente un abri idéal. Dès le début de la bataille, la circulation des trains est arrêtée. Quelques escouades en profitent pour s’y réfugier. Puis une compagnie. Bientôt, ce sont des éléments entiers de plusieurs régiments qui s’y abritent, exploitant là un relai fantastique pour être au plus près des combats.

 

S’y côtoient l’état-major de la 16ème Division, des éléments des 1er et 8ème génie, des 22ème, 24ème et 98ème régiments territoriaux, des blessés avec leurs médecins et leur infirmiers, des soldats du 346ème, 367ème, 368ème et 369ème RI.

 

Témoignage du général Rouquerol de la 16ème D.I. : « L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d’établir des câbles à hautes tension, nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.

 

L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetés. On y aurait trouvé même des cadavres. Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse au nom suggéré de « jaunisse des vidangeurs ».

 

Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive ».

 

Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. : "Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là? Je préfère la lutte à l'air libre, l'étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie. Une pile de sacs à terre monte jusqu'à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c'est l'orage dans la nuit et le martèlement continu d'obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d'un revers de main. Les visages sont moites, l'air tiède est écœurant. Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu'un camarade leur écrase un pied. Par place, un ruissellement s'étend ! De l'eau ou de l'urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d'éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d'humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l'eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime ».

 

Ainsi, depuis le mois de février 1916, chaque jour, des compagnies viennent faire une halte au tunnel de Tavannes pour y rester quelques heures ou plus. Saisissant la situation sanitaire désastreuse, l’Armée française décide d’évacuer les lieux et même de faire sauter le tunnel. Mais les Allemands se rapprochent. Non seulement l’abri subit des bombardements de plus en plus violents, mais des unités françaises se rapprochent poussées par les attaques ennemies. Les combats se déroulent maintenant à quelques centaines de mètres seulement de l’entrée du tunnel.

 

 

Le 4 septembre 1916.

 

René Le Gentil : « Je peux vivre cent ans, je me souviendrai toujours des heures vécues dans ce ghetto, tandis qu'au-dessus la mitraille faisait rage. Imaginez un boyau long de quinze cents mètres, large de cinq, fait pour une seule voie par où passait le chemin de fer allant de Verdun à Metz et où de 1000 à 2000 hommes travaillaient vivaient, mangeaient et satisfaisaient à tous leurs besoins!... »

 

René Le Gentil est un soldat du groupe des brancardiers de la 73ème division d’infanterie. Au front depuis des mois, il a été rapatrié à l’arrière à la suite d’une blessure. Ses camarades lui écrivent pour lui demander des nouvelles de sa santé. Peu après le 4 septembre 1916, ils lui apprennent un drame atroce : « Vous aurez sans doute appris l’affreux malheur ? Cent-un exactement de nos malheureux camarades sont restés ensevelis sous le tunnel de Tavannes. Tous morts ! Pauvre groupe de brancardiers déjà assez éprouvé, le voici presque anéanti ! Comme sergents survivants, il ne reste que Kohler et Mongeot. Quelle affreuse chose que la guerre… ».

 

René le Gentil : « Le 4 septembre, une formidable explosion, sur la cause de laquelle on n'était pas fixé, avait eu lieu sous le tunnel, faisant près d'un millier de victimes, dont les brancardiers de la 73e division. Ma pensée angoissée alla vers mes infortunés camarades, mon peloton, et Dehlinger qui m'avait écrit le 3, la veille ! ... Cent-un! me disait le mot laconique. Je songeai un instant que, peut-être, mon peloton avait été relevé. J'essayai de m'accrocher à de fragiles espoirs; mais, de la journée je ne pus penser à autre chose ; et c'est à peine s'il me fut possible de fermer l’œil ».

 

Plusieurs hypothèses existent quant à cette explosion. Celle, généralement admise, veut qu’un mulet, transportant des grenades et du ravitaillement, effrayé par des fusées, ait buté contre une traverse et renversé sa cargaison. Ce faisant certains engins explosent et provoquent un début d’affolement. Dans leur panique, des soldats sortent précipitamment du tunnel, rendu encore plus sombre car la nuit est tombée. Il est 21h45. L’un d’eux, portant des fusées, accroche des fils électriques qui courent tout au long des parois. L’incendie s’étend aux bidons d’essence du groupe électrogène de l’entrée du tunnel. La déflagration qui s’ensuit anéanti tout sur son passage…

 

René Le Gentil : « Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, fuyaient donc, pêle-mêle vers l'autre issue, à travers les flammes, et, pour lutter contre la fumée qui, par l'appel d'air de ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart avaient adapté les masques contre les gaz. Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l'Enfer, des centaines de damnés masqués participaient à cette course à la mort, butaient contre les traverses, tombaient sous les pieds des camarades, hurlaient le : « Sauve qui peut ! » féroce et égoïste de l'homme en danger, quand, devant eux, une terrible explosion se produisit... un feu d'artifice jaillit... trouant l'obscurité d'éclairs effroyables: c'était le dépôt de munitions qui sautait !

Le déplacement d'air fut tel que ceux qui se trouvaient à la sortie, du côté de Fontaine-Tavannes, faillirent être renversés.

 

Feu devant, feu derrière, prise entre les flammes et gagnée par l'asphyxie, la pauvre troupe, hurlante et douloureuse vit la mort s'avancer à grands pas... Seuls, René Birgé, secrétaire du colonel Florentin et dessinateur de la brigade, enseveli par un heureux hasard tout à l'entrée, et un homme du 8ème ou 10ème génie, purent être assez heureux pour échapper à la catastrophe ; dès le début, ce dernier avait pu s'évader par l'unique bouche d'air existante, en gagnant l'ouverture grâce à une échelle, et d'autres malheureux le suivaient, quand, sous leur poids l'échelle se brisa !...

 

Près de mille hommes périrent donc là : Etat-major de la 146ème brigade, colonel Florentin en tête, officiers et soldats des 8ème et 1er génie et des 24ème, 98ème et 22ème régiments territoriaux ; médecins majors et infirmiers régimentaires des 346ème, 367ème, 368ème et 369ème d'infanterie; blessés de ces régiments qui, après de rudes souffrances, attendaient là, sur des brancards, leur transfert ; vous, médecin major Bruas que je regrette doublement, puisque je vous dois la vie, et dont, seule trace de votre fin, on n'a retrouvé que la chevalière !… Et vous, les médecins et brancardiers de la 73ème division. Lorsque, deux jours plus tard, on put déblayer l'entrée du tunnel, on ne retrouva rien, rien que des restes humains calcinés qui tombèrent en poussière dès qu'on les toucha. »

 

Devant l’impossibilité d’identifier les cadavres, et pour éviter toute polémique quant aux responsabilités, l’Etat-major de l’armée décide de déclarer tous les hommes, dont Joseph Steiner, « disparus » ou « tués à l’ennemi » et morts pour la France

 

Steiner Joseph

 

 

 

 

Sources :

 

- Témoignages du général Rouquerol, du lieutenant Benech et du soldat René le Gentil.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

- Alain Denizot : Verdun et ses champs de bataille.

- www.fortiffsere.fr/verdun/index

- www.lesfrancaisaverdun-1916.fr

- www.espacetrain.com

 

 

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Première Guerre mondiale
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