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Première Guerre mondiale

Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 22:01

 

LCL Emile Driant

 

 

La revue trimestrielle du Souvenir Français, dans son numéro n°485 du mois de janvier 2012, a publié, un article très complet sur les régiments de Zouaves qui firent partie de l'armée française pendant plus de cent trente ans.

Parmi ceux-ci, figure le 4ème régiment de Zouaves qui présente la particularité d'avoir été le « héros » d'un des romans les plus connus du Capitaine Danrit : La guerre en rase campagne. Dans ce livre d'anticipation militaire, paru en 1892, l'auteur imagine cette guerre de revanche qui, dans l'esprit de ses contemporains, devait permettre à la France de recouvrer les provinces perdues en 1871. Et de sa garnison de Tunis à la grande bataille de Neufchâteau, de la libération de Strasbourg à la prise de Berlin, le lecteur suit le régiment dans lequel il servit en capitaine, mais sous son nom réel d’Émile Driant. Né en 1855, adolescent profondément marqué par le désastre de Sedan, Driant rentre à Saint-Cyr et commence une double carrière d'officier d'active et d'auteur de romans « patriotiques » avant de devenir au début du siècle dernier député de Nancy. 

En août 1914 il reprend du service en lieutenant-colonel et obtient le commandement de la demi-brigade qui regroupe les 56ème et 59ème bataillons de Chasseurs à Pied. Il est à leur tête, les 21 et 22 février 1916, au bois des Caures, quand ses hommes et lui subissent, avec un formidable barrage d'artillerie, le premier choc de l'offensive allemande sur Verdun. Il faudra à l'ennemi quarante-huit heures et deux divisions pour venir à bout des chasseurs de Driant qui fut tué le 22, vers quatre heures de l'après-midi, alors qu'il venait de donner l'ordre de repli aux quelques dizaines de survivants de son unité. Ces deux jours gagnés permettront au Commandement français l'acheminement des renforts indispensables... et Verdun tiendra.

A quelques jours du 96ème anniversaire de leur sacrifice héroïque, il était bon de rappeler leur souvenir.

 

 

GBA (2s) Jean-Claude Ichac

Président honoraire du Comité d'Issy-les-Moulineaux

du Souvenir Français

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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 22:03

Louis Thauvin

 

Au centre : le cuisinier Louis Thauvin.

 

Comme un beau conte de Noël !

 

Le 19 avril 2010, nous avions publié sur ce site Internet du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux, une histoire des opérations militaires des Français en Orient pendant la Première Guerre mondiale. Et nous avions évoqué Louis Thauvin en ces termes : « Louis Thauvin nait le 25 février 1888 à Meung-sur-Loire, bourgade du Val de Loire et de Sologne, fief de la tribu des Alains. En son église, en 1429, Jeanne d’Arc vient s’y recueillir. Louis Thauvin, de la classe 1908, est engagé au bureau d’Orléans. Il porte le matricule 202 et, intègre le régiment de marche d’Afrique pour moins d’une année : il disparaît dans les combats du 2 mai 1915, pendant la bataille de Gallipoli. Par le jugement du 3 décembre 1920, transcrit le 7 janvier 1921, Louis Thauvin est déclaré « Mort pour la France ». Son nom est gravé sur le monument aux morts de la place de la mairie d’Issy-les-Moulineaux ».

 

Monsieur Francis Thauvin a récemment découvert cet article et nous a fait parvenir la photographie ci-dessus et de nombreux renseignements sur son oncle.

 

 

A Issy, rue Jean-Jacques Rousseau.

 

Francis Thauvin : « Louis Thauvin, était un de mes oncles, et il exerçait la profession de cuisinier. Il avait été d’abord chef-saucier au restaurant Edouard VII à Paris puis chef-cuisinier auprès de la princesse Ghika (1). Il était né à Meung-sur-Loire où ses parents tenaient un café-restaurant. Ce qui déjà représentait un travail lourd. Mais il faut ajouter qu’ils étaient en plus chargés de huit enfants ! Louis Thauvin avait quitté sa Sologne natale pour « monter » à Paris, comme cela se fait toujours. Il était domicilié à Issy-les-Moulineaux, au 263 rue Jean-Jacques Rousseau, chez l’une de ses sœurs. La tradition familiale veut qu’il se soit engagé dans la Légion Etrangère à la suite d’un chagrin d’amour ».

 

 

A la Légion Etrangère.

 

« Après avoir effectué son service militaire de 1908 à 1911, et avoir vécu son métier pendant trois années environ, Louis Thauvin débarque en Algérie, s’engage à Sidi-Bel-Abbès et est affecté au 2ème Etranger, 13ème compagnie, à Saïda. Il porte le matricule 158.21. Du 23 septembre 1914 à la fin du mois de février 1915, il est stationné avec son régiment en Algérie. L’unité prend ensuite ses quartiers au Maroc où elle va, jusqu’en 1919 et en dehors de quelques compagnies, œuvrer à la pacification du Maroc sous les ordres d’un certain maréchal Lyautey.

 

Louis Thauvin est versé dans le Bataillon de marche de la Légion Etrangère en mars 1915 et s’embarque d’Afrique du Nord pour rallier Marseille le même mois. Ensuite, il incorpore le régiment de marche d’Afrique (compagnie D3, matricule 15813) pour se rendre sur l’île grecque de Lemnos, à environ 50 kilomètres du détroit des Dardanelles, gardé par la presqu’île fameuse de Gallipoli. Il débarque avec son unité sur Morto-Bay et est tué le 2 mai 1915.

 

Le 5 septembre 1915, son acte de disparition est enregistré au ministère de la Guerre, et le document sera dressé au dernier domicile de Louis Thauvin, à Issy-les-Moulineaux, six mois après la date du décret portant cessation des activités. »

 

 

 

 

(1)            La princesse Ghika, de son nom de jeune fille Henriette Aurélie Soubiran, fille du fantasque Paul Soubiran, dont les exploits et les aventures imaginaires ou réelles se racontent encore dans le Gers, à Lectoure. Elle nait de l’union de son père avec Caroline Aimée Le Sueur de La Chapelle à Caen en 1820. Henriette reçoit une très bonne éducation et, portée sur la littérature, ne tarde pas à se faire connaître dans les salons parisiens. Il y côtoie Balzac, Alexandre Dumas ou encore Henri Monnier. En 1849, elle épouse le prince roumain Grigore Ghika, qui a des prétentions de régner sur les provinces alors réunies de Moldavie et de Valachie. Le couple mène grand train dans son hôtel parisien. Malheureusement, dix années plus tard, le prince meurt dans un accident de voitures à cheval. La princesse se réfugie en Roumanie. Bénéficiaire testamentaire du prince, elle se voit contrainte de transiger avec le gouvernement de Bucarest et se retire alors dans le Gers, à Lectoure, où elle meurt en 1904.

 

 

Sources :

- Renseignements et archives familiales de Monsieur Francis Thauvin.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

 

 

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Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 17:19

 

Travailleurs chinois - 2 -

 

 

 

 

Les conditions de travail.

 

Les contrats ne sont pas les mêmes non plus : chez les Anglais, les travailleurs chinois sont intégrés dans Chinese Labour Corp et doivent œuvrer dix heures par jour, 6 ou 7 jours par semaine (les témoignages diffèrent). Le tout pour un salaire de 1 franc par jour. Chez les Français, intégrés à l’armée, leur contrat de travail stipule qu’ils doivent recevoir le même traitement que les auxiliaires européens. Rien ne dit que cela ait été le cas. Ils reçoivent entre 1 et 5 francs par jour. A cette occasion, le syndicat CGT fait quelques manifestations pour demander l’égalité de traitement entre tous les travailleurs et éviter une sorte de « dumping » social.

 

Selon le contrat qu’ils ont signé, pour une durée renouvelable de trois ans, les travailleurs chinois ne combattent pas et ne doivent pas être exposés aux bombardements. Ils sont là pour faire ou réparer des routes, poser des rails de chemin de fer, construire des baraquements. Mais certaines unités britanniques les emploient également pour ramasser les corps des soldats, creuser des tranchées, parfois sous le feu ennemi. Certains se rebellent contre les autorités françaises ou anglaises et finissent par croupir dans les prisons de leurs propres campements. D’autres, compte tenu du maigre salaire – parfois sans salaire du tout – commettent des effractions et se retrouvent arrêtés par la gendarmerie. Des affaires de meurtres sont attestées près de la ville de Rue.

 

D’autres encore sont employés loin du front : ils travaillent dans des manufactures d’armes, dans les ports pour décharger les navires de guerre ; certains sont utilisés dans des houillères des usines aéronautiques ou navales, ou des massifs forestiers.

 

Joseph de Valicourt : « Heureusement, ils étaient étroitement encadrés par des sous-officiers et des soldats anglais ; solides gaillards munis de gourdins et qui, tels des chiens de berger, allaient et venaient le long des colonnes de coolies. Car ceux-ci marchaient toujours en file indienne, ce qui constituait une véritable noria entre le camp et la gare à 1.200 mètres, d'où ils ramenaient ravitaillements, et matériaux de toute sorte pour l'entretien des pistes, des places du camp et même des tennis pour les officiers. »

 

 

Des hommes traumatisés.

 

Loin de leur pays, de leurs habitudes et de leurs coutumes, face à des populations toujours inquiètes, parfois hostiles, de nombreux travailleurs chinois sont rapidement traumatisés par cette nouvelle vie. Ils viennent de leur campagne, sont habitués aux conditions de vie très dures, mais les voilà plongés au cœur d’un conflit gigantesque avec des bombardements incessants, des avions qui font des piqués sur les lignes et les camps, des automobiles qui klaxonnent pour se frayer un chemin au milieu d’eux. A Noyelles-sur-Mer, le 23 mai 1918, pris sous le feu d’un bombardement formidable, certains s’enfuient, n’hésitant par à escalader les enceintes barbelées de leur camp. La plupart ne sont retrouvés que quelques jours plus tard, affamés, hagards, devenus à moitié fous, errant en pleine campagne.

 

Pour d’autres, ce sont les maladies qui les déciment : grippe espagnole, rougeole, tuberculose (…) ou les mauvais traitements infligés par leurs gardiens ou leurs employeurs. Et puis, il faut aussi compter plusieurs milliers qui meurent directement au combat en creusant des tranchées ou en déminant des terrains. Au total, plus de 8.000 travailleurs chinois décèdent pendant cette période.

 

 

Des remerciements bien particuliers…

 

Bien sûr, à la fin de la Première Guerre mondiale, les gouvernements anglais et français s’empressent de remercier l’Empire chinois pour son aide précieuse. Et ce d’autant que la Chine a déclaré la guerre au Reich en août 1917. Pour autant, au congrès de Versailles, en 1919, les Alliés acceptent les demandes japonaises de reconnaître leur annexion des concessions allemandes en Chine !

 

Cinq années plus tôt, en accord avec les Alliés, les forces japonaises ont envahi toutes les concessions allemandes en Chine (notamment la région de Tsingtao), et dans le Pacifique (îles Marshall, Salomon, Samoa…). En 1917, elles tentent même de pénétrer en Russie, alors en pleine révolution, mais échouent et s’en retournent. Les Anglais signent un pacte d’alliance avec les Japonais et les Américains reconnaissent la légitimité de ces annexions. En 1922, sous l’impulsion de la Société des Nations, le Japon accepte néanmoins de rendre les anciennes concessions à la Chine… mais pour mieux revenir en 1931 avec la guerre en Mandchourie !

 

 

Après la guerre.

 

Quant aux travailleurs chinois, s’ils sont encore près de 80.000 à être présents sur le sol français en mars 1919, bientôt ils repartent vers leurs terres d’origine. Mais certains s’installent. Ainsi, les archives de la Somme font état de plusieurs chinois fondant des foyers dans ce département. Pour d’autres, environ 3.000, c’est l’implantation en Région parisienne, dans des villages comme Noisy-le-Grand ou Torcy et bien entendu le 13ème arrondissement de Paris, qui n’est pas encore nommé « Chinatown ».

 

 

Les cimetières chinois en France.

 

« Quel étrange petit trou de verdure niché dans un trou de la Somme. Un chemin au milieu de nulle part, un enclos au milieu des champs : des stèles blanches, alignées comme les croix à Verdun, 838 exactement, fichées dans un gazon plus anglais que picard, à l’ombre de gigantesques pins, des petites fleurs proprettes, une entrée comme un temple chinois. Personne en vue. Et des inscriptions en anglais et en chinois sur les fameuses petits stèles : Li Chan Kuei, 1917 ; Sun Chan Kuei, 1918 ; Kuoyou King, 1919 ; Wang Ta Chi, décembre 1917 ; Lu Lung Fa, décembre 1917 ; Yen Huai Kung, 1917… ». Au mois de juillet 2010, la journaliste de Libération, Emmanuelle Peyret a raconté sa visite au cimetière chinois de Noyelles-sur-Mer.

 

Aujourd’hui, en-dehors du cimetière de Nolette à Noyelles-sur-Mer, des tombes individuelles de 160 Chinois demeurent dans le cimetière militaire de la commune de Saint-Etienne au Mont dans le Pas-de-Calais. Mais il existe aussi plusieurs tombes de travailleurs chinois disséminées dans les carrés militaires ou les nécropoles. Ainsi, à Etaples, port situé près de Boulogne-sur-Mer, à l’écart des 12.000 tombes des soldats de l’Empire britannique, repose Fu Pei Chen, originaire de Tianjin, connu aussi sous le matricule n° 9436 avec cette épitaphe : « Une bonne réputation demeure à jamais » !

 

 

Des erreurs.

 

 

Enfin, il convient d’être indulgent avec les officiants des hôpitaux et ceux de l’armée française, dans la gestion des cimetières militaires. Après la fin de la Première Guerre mondiale, les services des identifications et des statistiques sont tellement submergés par le nombre total de victimes, les nationalités différentes, et le manque d’indication parfois sur les origines des morts, que des erreurs existent. Ainsi, à Issy-les-Moulineaux, au carré militaire, Foo Sien Wang est enterré sous une stèle musulmane…

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Dossier du journal Libération, le 26 juillet 2010.

- Jacques Gernet, Le Monde chinois, Armand Colin, 1972.

- Danielle Elisseeff, Histoire de la Chine, Editions du Rocher, 1997.

- Site www.somme14-18.com

- Site www.memoiredeopale.cultureforum.net

- Travail de l’école Jaurès-Curie de Sains-en-Gohelle.

- Bulletin de la Société d’Emulation d’Abbeville, 1984.

- Université Lyon2 , Assistance et éducation des travailleurs chinois pendant la Grande Guerre, Sylvie Démurger, Martin Fournier et Annie Au-Yeung.

- Serge Thomas, Les travailleurs chinois dans le Pas-de-Calais pendant la Première Guerre mondiale, revue Gauheria n°55.

- The Chinese Labour Corps at the Western Front, rapport de la Commonwealth War Graves Commission.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 09:47

 

Travailleurs chinois -3

 

 

 

 

 

 

Monsieur Foo Sien Wang.

 

Dans le carré militaire de la Première Guerre mondiale, à Issy-les-Moulineaux, se trouve la tombe de Foo Sien Wang, soldat travailleur chinois, mort pour la France le 1er mars 1919.

 

Dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, le manque d’effectifs se fait sentir autant chez les Français que leurs alliés britanniques. Les premiers font rapidement appel aux troupes coloniales d’Afrique et d’Orient (49.000 indochinois participeront à cette guerre), et les seconds aux hommes de l’Empire (Canadiens, Indiens, Australiens, Néo-zélandais, Africains du Sud, Irlandais du Nord…). Pour autant, cela n’est pas encore suffisant. Il convient de faire porter les armes par un plus grand nombre d’hommes encore. Aussi, en 1915, le président Raymond Poincaré et le roi George V signent une convention avec l’empereur Yuan Shikai, de la dynastie Qing. Entre 1916 et 1919, ce sont près de 150.000 Chinois qui arrivent dans le nord de la France pour être employés aux travaux de terrassement.

 

A l’instar de plusieurs populations alors appelées indigènes, comme les Noirs d’Afrique du Sud, les Chinois n’ont pas le droit d’être armés. Ce ne sont pas des soldats mais des travailleurs. Ils permettent justement aux manœuvres alliés de devenir des soldats. Ce sont bien souvent des paysans illettrés qui proviennent autant des provinces du nord de leur empire – le Jilin ou Shanxi – que des zones sud, comme le Zhejiang, le Jiangxi, ou encore le Fujian. Ils prennent le bateau à Shanghai ou à Wenzhou et, après des mois de traversée dans des conditions précaires, débarquent généralement à Marseille, à partir du mois d’avril 1917. Là, ils prennent le train, dans ces wagons qui sont faits pour « hommes : 40 ; chevaux en long : 8 ». Enfin, ils arrivent dans la Somme, épuisés – certains sont morts pendant le voyage – et affamés.

 

Ils ne sont pas tous recrutés de la même manière : les Anglais mettent en avant les YMCA locales (Young Men Christian Association), dont de nombreux membres parlent le chinois et des agences privées comme la Huimi ; alors que les Français confient cette tâche à des associations comme le Mouvement Travail-Etudes ou l’Etude Frugale en France. Les recrutements sont parfois douteux et il arrive que des voyous fassent le voyage depuis leur pays d’origine dans l’unique but de ne vivre que de vols et de rapines. Le journal Un siècle de faits divers dans le Calvados rapporte cet étonnant fait divers : « Colombelles. En mars 1917, arrive un groupe de 150 chinois qui viennent travailler sur les chantiers des hauts-fourneaux. Huit de ces fils du céleste empire émettent la prétention de rançonner leurs camarades et de les obliger à leur abandonner une partie de leur salaire, sans quoi ils les empêcheraient de travailler. Ces derniers ne s’en laissent pas compter et tendent un piège. Un soir de mai 1917, le 12 exactement, ils tombent sur les huit chinois qui ont à peine le temps de se réfugier dans une baraque où ils se barricadent. Les gendarmes, alertés, réussissent à faire sortir les assiégés. L’un d’eux a la malheureuse idée de fuir à travers la campagne. Il est bientôt rejoint par un groupe de poursuivants qui l’assomment. Il est retrouvé une heure plus tard, râlant dans la plaine. Il a le crâne ouvert à coups de pioche. Il expire presque aussitôt. Ses compatriotes : Yong, Chanong, Chauong, Memong, Yien, Pen, Ping et Tehien ont comparu devant le tribunal pour entraves à la liberté du travail. Les peines de prison s’échelonnent de 4 à 8 mois ».

 

 

Leur installation.

 

Dans son étude Assistance et éducation des travailleurs chinois pendant la Grande Guerre, les chercheurs Sylvie Demurger et Martin Fournier indiquent : « En majeure partie issus de familles paysannes, ils n’avaient pour l’essentiel jamais eu de contacts avec des Occidentaux avant leur arrivée en France. Symétriquement, leur arrivée constitue la première vague de migration chinoise de masse en France et les Français étaient tout aussi peu familiers des us et des coutumes chinois que les Chinois l’étaient de ceux des Français ou des Britanniques qui les employaient. S’ensuivirent immanquablement des incompréhensions et tensions liées aux différences culturelles entre les communautés, qui rendirent presque immédiatement nécessaire une prise en charge des travailleurs chinois ».

 

Les Chinois sont placés dans des camps, à Noyelles-sur-Mer près de Saint-Valéry-sur-Somme, ou à Dannes et Saint-Etienne au Mont, dans le Pas-de-Calais. Ces camps, longs de plusieurs centaines de mètres, ont été installés l’année précédente et comportent des baraquements de logements, des cuisines, des sanitaires, une blanchisserie (leur réputation les avait précédés), une infirmerie et même une prison ! Il leur est autorisé de sortir de ces camps pour aller travailler et quelques heures de loisir. Les enceintes sont d’ailleurs entourées de plusieurs rangées de barbelés. Pour autant, peu à peu, ces camps prennent des couleurs de villages asiatiques : certains baraquements sont ornés de lanternes ; les éléments artisanaux de décoration sont très présents. Parfois, ce sont même des cerfs-volants qui flottent dans le ciel picard.

 

L’un des fascicules du Bulletin de la Société d’Emulation d’Abbeville de 1984, reprend un texte du comte Joseph de Valicourt. Il raconte – il avait 17 ans à l’époque – l’arrivée des travailleurs chinois sur ses terres : « Vêtus de coton matelassé, bleu de chauffe, jambes ficelées dans des bandelettes entrelacées, courte veste, petit bonnet rond avec cache-oreilles de fourrure, les arrivants avaient piètre mine. Leurs outils suscitaient la curiosité et l'étonnement de tous : essentiellement des bambous, porte-fardeau porté par deux hommes entre lesquels se balançaient sacs de riz, poutres, planches et autres. Ou, porté par un homme, un bambou aux extrémités duquel pendaient deux petits paniers pour porter des cailloux, mâchefer, ferraille. Et que dire des brouettes : sorte de triangle dont la roue occupait le sommet, les brancards largement ouverts tenus bras étendus par les brouetteurs, avec pour les agrémenter des languettes de bambou frappant les rayons et produisant une triste mélopée ... tel était le matériel. Des hommes dont beaucoup n'avaient jamais vu un avion (dont ils firent au front la connaissance brutale) et qui marchaient en trottinant... tels étaient les arrivants ... ».

 

D’autres témoignages, rapportés par la chaîne France 3, à l’occasion d’un reportage diffusé il y a quelques années pour l’anniversaire de l’armistice de 1918, font état de l’étonnement et de l’incrédulité des Picards qui voient en ces hommes à la fois des envahisseurs et des porteurs de maladie, à commencer bien entendu par la jaunisse !

 

 

Travailleurs chinois - 1

 

 

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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 21:55

 

Entree des Allies a Salonique.jpg

 

 

1 - La guerre en Orient.

 

Ouvrir un second front.

Qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

 

A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. La France a vu mourir plus de 500.000 de ses soldats.

 

Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

Gallipoli.

 

Une expédition maritime est proposée et envoyée. Sans grand succès. La présence de mines, de côtes fortifiées (donc difficiles à bombarder) et de nombreux sous-marins allemands ne facilitant pas les manœuvres ! Une nouvelle expédition est menée. Elle est terrestre et consiste en l’envoi d’un premier contingent de 75.000 soldats anglo-français (auxquels il convient d’ajouter des unités australiennes et néo-zélandaises) sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles. C’est une catastrophe : les soldats sont littéralement hachés par l’artillerie ottomane, sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Un second débarquement se déroule quelques semaines plus tard pour renforcer un dispositif déjà à bout de forces. Il ne fait qu’ajouter des morts. Les anglo-français doivent abandonner les lieux. Leur chef, le général Gouraud, vient de quitter le front, amputé du bras droit. Les Alliés réussissent néanmoins à sauver environ 100.000 hommes et les faire débarquer à Salonique, en Grèce, pays alors neutre, quoique soupçonné de docilité vis-à-vis de l’Allemagne.

 

Là, les soldats n’ont pas le temps de se refaire une santé. Le corps expéditionnaire devient l’Armée d’Orient et tente de faire la jonction avec les restes de l’Armée serbe qui vient de traverser la Macédoine, du nord au sud. La Serbie connait au début de la guerre quelques victoires, avec notamment la reprise de la ville de Belgrade, mais les défaites s’accumulent par la suite. De plus, la Bulgarie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. L’expédition française pour porter secours aux troupes serbes s’avère vite être un échec et le retour vers Salonique se déroule à la fois dans des conditions climatiques détestables et sous le feu des armées des Empires centraux, qui multiplient les combats avec les unités de l’arrière-garde alliée.

 

Le camp de Salonique.

 

Salonique devient alors un immense camp militaire retranché, sous la menace permanente des armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. L’Armée grecque s’est interposée entre les deux et tente d’éviter le pire. Au sommet de l’Etat grec les dissensions entre le Premier ministre, Vénizelos, partisan de la Triple-Entente (France, Russie, Empire britannique) et le roi Constantin 1er, pro Empires centraux, sont plus vives que jamais. Et les soldats alliés enfermés ne peuvent qu’attendre les ordres. Pour combattre la dysenterie, la malaria, le paludisme, la malnutrition et le scorbut, ils collaborent à l’assèchement des marais et se mettent à cultiver la terre. Une partie du camp se transforme en un immense potager. D’où la réplique, sarcastique, de Georges Clemenceau : « les jardiniers de Salonique ».

 

De leurs côtés, les états-majors s’affèrent pour mettre en place des unités dignes de ce nom. Le général français Maurice Sarrail tente un équilibre : ne pas déplaire aux Grecs, qui sont toujours neutres, faire attention aux espions allemands, bulgares ; faire régner l’ordre entre les troupes françaises, serbes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises, italiennes, sans oublier les contingents indiens et africains.

 

En 1916, sollicitée des deux côtés, la Roumanie entre en guerre finalement en se rapprochant des Alliés. Dans le même temps, le général Sarrail voit les Grecs dégarnir les postes qui sont sensés protéger les Alliés. Il décide de sorties : les Serbes attaquent les premiers et reprennent aux Bulgares les monts menaçant la plaine de Salonique. De leur côté, les Français entrent en Macédoine et fixent les troupes germano-bulgares. L’aide des Roumains est de courte durée : à la fin de l’année 1916, le pays est entièrement envahi par les puissances centrales. Tout au long de l’année suivante, quelques combats sporadiques opposent les deux camps.

 

L’offensive victorieuse de 1918.

 

Il faut attendre 1918 pour que l’offensive majeure se déroule. Au cours de 1917, le général Adolphe Guillaumat s’est ingénié à remonter le moral des troupes, à les entretenir et surtout à les soigner. Les épidémies sont enfin endiguées. Le général contribue aussi fortement à l’implantation d’un état-major interallié, suffisamment solide et intelligent pour ne froisser aucun des pays contributeurs, tout en permettant des décisions rapides et efficaces. De plus, les Grecs finissent par s’engager dans le conflit aux côtés des Alliés. Le camp de Salonique n’est plus retranché ! Le temps de la reconquête est arrivé.

 

En juin 1918, rappelé à Paris par le nouveau Président du Conseil, Georges Clemenceau, le général Guillaumat est remplacé par le général Louis Franchet d’Espérey, qui peut enfin mettre en œuvre la globalité du plan élaboré par son prédécesseur. Le 15 septembre 1918, avec l’accord des gouvernements anglais et italiens, Franchet d’Espérey lance les armées alliées à la reconquête des Balkans. A l’est, les soldats anglais et grecs attaquent en direction de la Bulgarie (vallée du Vardar). Au centre, les Français et les Serbes, progressent rapidement et s’emparent de l’ensemble de leurs objectifs. L’un des épisodes les plus fameux de cette offensive reste la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

 

Pendant ce temps, Franchet d’Espérey continue sa marche en avant et se dirige maintenant vers Bucarest, capitale de la Roumanie. Mais l’objectif est bien l’entrée en Autriche-Hongrie. L’armistice général du 11 novembre 1918 met un terme à la reconquête des Alliés, qui se retrouvent à ce moment-là bien plus proches des Empires centraux que leurs homologues de l’ouest. Mais pour l’Armée d’Orient, la guerre n’est pas encore terminée.

 

1919.

 

L’Armée Française d’Orient est à nouveau rebâtie pour se transformer en trois unités :

 

  • - L’Armée du Danube : commandée par le général Berthelot, elle est constituée des unités qui sont stationnées en Roumanie, d’abord à Bucarest puis dans le delta du Danube. Il s’agit de faire face aux nouveaux ennemis : les Russes bolchéviques qui eux sont positionnés en Moldavie (sous domination russe à l’époque).
  • - L’Armée de Hongrie, sous le commandement du général Labit, est chargée de mettre fin aux agissements des bolchéviques hongrois.
  • - Le Corps d’Occupation de Constantinople, a pour mission de faire régner l’ordre dans une partie de ce qui est bientôt l’ancien Empire ottoman.

 

Face aux « Rouges » et en appui des Russes « Blancs » (tsaristes), les troupes françaises vont stationner et se battre pendant plus de cinq mois après la fin officielle de la Première Guerre mondiale. Les ports russes sont envahis par des bateaux français et anglais : il s’agit d’étouffer économiquement le nouveau pouvoir de Lénine. Mais le retournement de la situation militaire (les Rouges amassant les victoires), les mutineries de marins français dans le port d’Odessa, et de plusieurs compagnies dans l’Armée du Danube, précipitent le retour des soldats français en métropole au printemps 1919.

 

 

2 – Louis Thauvin à Gallipoli.

 

Louis Thauvin nait le 25 février 1888 à Meung-sur-Loire, bourgade du Val de Loire et de Sologne, fief de la tribu des Alains. En son église, en 1429, Jeanne d’Arc vient s’y recueillir. Louis Thauvin, de la classe 1908, est engagé au bureau d’Orléans. Il porte le matricule 202 et intègre le régiment pour moins d’une année : il disparaît dans les combats du 2 mai 1915, pendant la bataille de Gallipoli.

 

Extrait du Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique :

 

« 2h : l’ennemi parvient jusque sur les positions de la brigade coloniale qui reçoit un renfort de deux compagnies du 3ème bataillon du RMA. Grâce à l’approche des deux compagnies, l’élan de l’ennemi est arrêté momentanément sur cette partie de la ligne.

 

3h : les deux dernières compagnies du 3ème bataillon sont engagées avec la Brigade coloniale pressée de plus en plus. Les deux compagnies du 1er bataillon tenant le terrain entre le ravin N 236 et la Brigade coloniale a également engagé ses deux compagnies de soutien, pour maintenir la violente attaque de l’ennemi.

 

3h15 : une contre attaque générale est décidée et se produit au signal de la charge. Toute la ligne se porte vigoureusement en avant et reconduit l’ennemi sur ses positions.

 

4h15 : accueilli par un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses, en face d’une infanterie très fortement retranchée, l’attaque de nos troupes est enrayée et les divers éléments viennent réoccuper les éléments de la veille. Un bataillon anglais vient s’installer entre le ravin et la côte 236 comme repli éventuel… »

 

Après trois mois d’intenses combats, d’attaques toutes vouées à l’échec, le gouvernement britannique décide d’envoyer cinq divisions supplémentaires. En vain. Décimées par l’ennemi et ses bombardements (l’artillerie turque est placée sur les hauteurs de la presqu’île), les maladies, les rats, et, l’hiver arrivant, par le gel, le repli général est décidé pour la fin 1915.

 

Les Alliés camouflent les tranchées et les garnissent de mannequins pour faire croire à leur occupation. En partant, ils règlent le tir des canons qu’ils actionnent au dernier moment. Grâce à ce stratagème, en quelques semaines, de nuit, près de 100.000 hommes, 200 canons et environs 5.000 animaux sont évacués vers Salonique. Au prix de près de 250.000 morts : 50.000 Français et coloniaux et 200.000 soldats des troupes du Commonwealth.

 

Par le jugement du 3 décembre 1920, transcrit le 7 janvier 1921, Louis Thauvin est déclaré « Mort pour la France ». Son nom est gravé sur le monument aux morts de la place de la mairie d’Issy-les-Moulineaux.

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

 

 

 

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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 08:26
Gervais Auguste


Une éducation militaire.

 

Auguste Gervais nait le 6 décembre 1857 à Paris VIIIe. Il est le fils d’un négociant parisien, Louis Aimable Gervais, et d'Adeline Joséphine Brochard. En 1870, il entre au lycée Charlemagne, où il entame des études supérieures. Cinq années seulement après la guerre franco-prussienne, il est admis à l’école militaire de Saint-Cyr, d’où il sort en 1877 avec le grade de sous-lieutenant d'infanterie. Il est alors affecté au 129e régiment d’infanterie. Il poursuit par la suite sa formation militaire en intégrant l'École spéciale militaire qu’il fréquente de 1877 à 1879. Dans l’armée, il occupe un rôle d’administrateur. Quelques années plus tard, Auguste Gervais intègre le cabinet du ministre de la Guerre, le général Jean Thibaudin, où il reste du 31 janvier janvier au 9 octobre 1883. C’est à ce moment qu’il commence à côtoyer les principaux hommes politiques de son temps.

 

Entrée dans la vie journalistique.

 

Auguste Gervais quitte alors l’armée pour raisons de santé avec le grade de lieutenant de chasseurs à pied et se lance dans le journalisme. D’abord proche des idées socialistes qui apparaissent à cette époque, il va rejoindre progressivement la gauche républicaine animée par les radicaux. Spécialisé dans les questions militaires, il travaille successivement au sein de la rédaction du National (1882-1887), de La Petite République (1887-1888), période à laquelle Jean Jaurès commence à y collaborer, puis du Petit Journal (1888). Remarqué par Georges Clémenceau, député de Paris depuis 1876, Auguste Gervais adhère aux idées de ce dernier et part rejoindre les quotidiens le Matin, le Soir, puis enfin L'Aurore, journaux auxquels celui-ci collabore.

 

En plus de son travail pour ces différents journaux d’opinion, Auguste Gervais rédige quelques chroniques dans les journaux les plus en vue de son époque, notamment La Revue bleue. Il écrit également pour des revues spécialisées comme le Journal des économistes et le Journal des sciences militaires. Son activité journalistique va le conduire à devenir membre d'honneur du syndicat de la presse commerciale et industrielle en 1910.

 

Parallèlement à ses analyses quotidiennes, prenant davantage de recul par rapport à l’actualité, Auguste Gervais signe des ouvrages dans lesquels il préconise de nouvelles réformes militaires. Il publie en ce sens Chef et soldat en 1883, Les Héros du Tonkin en 1885, L'Armée annamite en 1886, En captivité en 1892, puis L'Alimentation dans l'armée. Les sujets majeurs qu’il aborde sont liés à la défaite de 1870, à savoir la réforme nécessaire de l’armée et le rôle important que peuvent jouer les colonies dans le développement économique de la France.

 

En reconnaissance de ses travaux, Auguste Gervais est fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 1892, avant de devenir également officier de l’Instruction publique. En marge de son activité littéraire, comme beaucoup d’hommes politiques de cette époque, Auguste Gervais est initié à la franc-maçonnerie et intègre la loge Thélème en juillet 1895. Par la suite, il sera membre de la société Philomathique de Paris et en deviendra son Président d'honneur en 1907.

 

C’est vers 1880 que la vie politique locale commence réellement à se développer à Issy-les-Moulineaux, à l’époque de la première vague d’industrialisation de la commune, tandis qu’on y observe une croissance démographique importante liée à cet essor économique. L’Isséen Auguste Gervais décide alors d’y prendre part.

 

L’homme politique.

 

Deux groupes politiques avec des tendances bien distinctes émergent à Issy-les-Moulineaux. Edouard Naud, maire d'Issy-les Moulineaux de 1871 à 1878, se situe plutôt à droite. Tendance opposée aux maires qui vont par la suite se succéder : Auguste Hude, maire de 1884 à 1888 ; Jean Baptiste Charlot, maire de 1888 à 1894 ; Henri-Oscar Mayer, maire de 1894 à 1903, puis de 1908 à 1911, et à Auguste Gervais, encore plus à gauche. La tendance politique de ce dernier tend alors à devenir majoritaire à mesure que la croissance industrielle et par là même la population ouvrière gagnent en importance.

 

Auguste Gervais se présente lors des élections communales du 1er et du 8 mai 1892 sur la liste conduite par le maire sortant Jean-Baptiste Charlot, qui remporte les élections.

 

Lors du premier conseil municipal organisé le 15 mai 1892, Auguste Gervais est élu maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux, en même temps qu’un dénommé Sourdive. Une de leurs premières initiatives est, lors de la séance du conseil municipal du 21 avril 1894, de changer l’appellation de vingt-quatre voies de la commune en choisissant des noms tirés de l’histoire révolutionnaire de 1789. C’est ainsi qu’apparaissent la rue de l’Egalité, les rues Danton, Chénier et Desmoulins, la rue de l’Abbé Grégoire. Les philosophes des Lumières sont aussi mis à l’honneur, notamment d’Alembert, Diderot, Rousseau et Voltaire. De ce fait, leur empreinte sur le territoire isséen est toujours visible à l’heure actuelle dans les rues de la ville.

 

D’esprit très laïc, Auguste Gervais semble être intervenu pour donner aux rues de la commune le nom de personnages historiques ayant souffert de l’intolérance religieuse, afin de témoigner, selon lui, de l’importance de la liberté de conscience individuelle. Il prend ainsi pour exemple Etienne Dolet et le Chevalier de la Barre.

 

Le 24 septembre 1894, suite à un désaccord avec sa majorité, Jean-Baptiste Charlot décide de démissionner de son fauteuil de maire. Henri-Oscar Mayer lui succède. Auguste Gervais renonce alors à son mandat de maire-adjoint. Il semble avoir suivi la décision de Jean-Baptiste Charlot en restant simplement l’un des vingt-sept conseillers municipaux de la commune. Lors du scrutin municipal de 1896, la liste conduite à Issy-les-Moulineaux par le maire sortant Henri-Oscar Mayer, sur laquelle figure Auguste Gervais, remporte les élections dès le premier tour avec 1196 voix contre 933 voix pour Fauch de l’Union républicaine et 475 voix pour Chéradame, menant une liste socialiste révolutionnaire.

 

Au-delà de ces élections locales, Gervais remporte de nouveaux mandats électoraux. Membre de la Gauche radicale socialiste, il est élu au Conseil général de la Seine et siège comme représentant du canton de Vanves de 1893 à 1898. Il est même élu président du Conseil général de la Seine de 1896 à 1897.

 

Lors des élections législatives des 8 et 22 mai 1898, Auguste Gervais est élu député dans l’arrondissement de Sceaux, à savoir la quatrième circonscription de la Seine nouvellement créée, qui regroupe alors Sceaux et Vanves. À la Chambre des députés, Auguste Gervais intervient largement sur les questions militaires. Il prend aussi des initiatives nationales en fonction des événements affectant directement la vie de ses administrés. Par exemple, après une explosion à la cartoucherie de munitions Gévelot le 14 juin 1901, qui fait dix-sept morts et de nombreux blessés, Auguste Gervais est à l’initiative d’une pétition – signée également par deux autres parlementaires, Emmanuel Chauvière et Georges Girou, députés de la Seine qui résident à Issy-les-Moulineaux –, à l’adresse des parlementaires afin de permettre d’indemniser les familles des victimes.

 

Lors des élections législatives suivantes du 27 avril et du 11 mai 1902, Auguste Gervais est réélu de justesse avec 8 552 voix face au candidat de la droite Dumonteil, qui recueille 7 523 voix. C’est sans doute en raison de sa courte victoire aux législatives de 1902 qu’Auguste Gervais, réélu conseiller municipal lors des élections de 1900, décide de briguer la direction du conseil municipal en 1903 en qualité de maire d’Issy-les-Moulineaux.

 

Maire d’Issy-les-Moulineaux.

 

Auguste Gervais devient maire d’Issy-les-Moulineaux le 22 mars 1903. Radical socialiste, il reste à la tête de la commune jusqu’en 1908. Pour mémoire, il faut rappeler qu’au moment du recensement de 1901, la commune compte 930 maisons reparties en 4 327 ménages, regroupant au total 16 639 habitants. Le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales en 1903 est de 3 890 (les femmes n’ayant pas encore obtenu le droit de vote).

 

Suite aux élections législatives des 6 et 20 mai 1906, Auguste Gervais est réélu dans la 4e circonscription de la Seine. Il siège à la Chambre des députés dans le groupe des Républicains radicaux. Trois ans plus tard, Auguste Gervais est élu sénateur lors des élections du 3 janvier 1909. Devenu l’un des dix sénateurs du département de la Seine, il démissionne de son siège de député le 22 janvier 1909.

 

Membre du groupe de la gauche démocratique, Auguste Gervais fait partie de la commission militaire du Sénat. Il intervient fréquemment sur les textes de lois discutés au palais du Luxembourg, notamment sur le budget, le recrutement et les moyens matériels de l’armée. Alors qu’il continue à s’intéresser aux questions coloniales, il assure le secrétariat du groupe colonial du Sénat en 1910 et en 1914, et la vice-présidence du groupe d'études algériennes du Sénat en 1910.

 

Concernant les questions économiques, Auguste Gervais s’illustre particulièrement au sein de la commission des finances du Sénat. Il siège à la commission pour l’assistance aux familles en difficulté en 1909 et œuvre beaucoup en faveur de la mise en place d’un système de retraite pour les ouvriers et les paysans.

 

Mort pour la France.

 

Au cours de la Première Guerre mondiale, Auguste Gervais se fait remarquer par ses prises de position lors des séances publiques portant sur les questions militaires, étant lui-même un expert en ce domaine. Il convient également de rappeler que la commune d’Issy-les-Moulineaux regroupe plusieurs industries d’armement comme Gévelot et les usines d’aéronautique réparties le long du terrain militaire du Champ de Manœuvres. Le 14 juillet 1917, Auguste Gervais est promu officier de la Légion d’honneur.

 

Le 24 août 1917, au retour d’une mission d’inspection des avant-postes du front, effectuée en qualité de rapporteur de la commission de l'armée du Sénat, Auguste Gervais est victime d’un accident de voiture. Transporté en urgence à l’hôpital Boucicaut dans le XVe arrondissement de Paris, il y décède quelques jours plus tard, dans la nuit du 30 au 31 août 1917. Il a alors 60 ans.

 

Auguste Gervais est inhumé au cimetière communal d’Issy-les-Moulineaux. Un médaillon en bronze à son effigie est placé sur la stèle de son monument funéraire. Décoré de la Croix de guerre, Auguste Gervais obtient le titre de Mort pour la France. Suite à une délibération du conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux en date du 25 novembre 1917, une rue de la ville porte aujourd’hui le nom de son ancien édile. D’une longueur de 305 mètres, la rue Auguste Gervais borde la place de la mairie.

 

 

 

 

 

 

Thomas Nuk

Historien, membre du Souvenir français, Comité d’Issy-les-Moulineaux.

 

 

Principales sources :

Archives nationales, Légion d’honneur, dossier individuel Auguste Gervais ; Becchia Alain, Issy-les-Moulineaux, Histoire d’une commune suburbaine de Paris, Chez l’auteur, 1977 ; Beis Pierre, Issy-les-Moulineaux au jour le jour il y a 100 ans, Centre de recherches historiques d’Issy-les-Moulineaux, Lettre d’information, Hors-série, 1994 ; Chamouard Patrick, Weil Georges, Députés et sénateurs de la région parisienne de 1848 à 1984, Nanterre, Archives départementales des Hauts-de-Seine, 1985 ; Collectif, Annuaire des anciens élèves du lycée Charlemagne, Association amicale des anciens élèves du lycée Charlemagne, 1961 ; Collectif, Issy-les-Moulineaux, 2 000 ans d’histoire, Issy média, 1994 ; Collectif, Issy-les-Moulineaux, Notice historique et renseignements administratifs, Conseil général de la Seine, Montévrain, 1903 ; Jolly Jean (sous la dir. de), Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940, Paris, Presses universitaires de France 1960, notice sur Auguste Gervais.

 

 

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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /Fév /2010 13:14

2009-11-01, Issy-Astoul


Un fils de bonne famille.

 

Louis Raymond Jean Astoul nait au cœur de l’été 1892, le 10 août, dans le village du Theil, dans le sud-est du département de l’Orne (la vallée de l’Huisne). C’est un fils de bonne famille. Son père, officier de la Légion d’honneur, est officier d’administration principal des Subsistances. Au 3ème bureau du Recrutement de la Seine, il porte le matricule 3776. Comme les jeunes gens de son rang, le garçon, de la classe 1912, effectue son service militaire dans un régiment de cavalerie : le 4ème dragons, alors basé à Commercy, dans la Meuse. A la déclaration de guerre en août 1914, l’unité est une composante du corps de cavalerie du général Conneau.

 

Quelques mois plus tard, le sous-lieutenant Louis Astoul demande à passer dans l’infanterie coloniale – « la biffe »  – et reçoit un commandement au sein du 70ème bataillon de tirailleurs sénégalais.

 

 

L’histoire des Tirailleurs sénégalais.

 

La Traité de Vienne, en 1815, met fin à l’Empire français de Napoléon 1er. Une clause passe totalement inaperçu : l’île de Gorée, au large du Sénégal, est donnée au nouveau royaume de France, avec Louis XVIII à sa tête. Elle vient compléter les possessions françaises établies autour de la ville côtière de Saint-Louis. Depuis un peu plus d’un siècle, les Français s’efforcent de conquérir le pays en prenant appui sur le fleuve Sénégal, en dépit de la résistance d’ethnies telles que les Peuls et les Toucouleurs.

 

L’activité des zones côtières et de l’île sont importantes : il s’agit d’un des grands points de départ de la traite des Noirs. L’esclavage est aboli en 1848. Quatre années plus tard, le général Faidherbe débarque au Sénégal pour y établir une présence plus affirmée. Cette action étant à placer dans le contexte global de colonisation accélérée de la seconde moitié du 19ème siècle. En près de trente ans, toutes les régions du Sénégal, du delta du fleuve jusqu’à la Casamance, au sud, passent sous commandement français.

 

En 1857, le général Faidherbe, devant faire face à des besoins accrus en hommes, propose la création du corps des tirailleurs sénégalais. Sénégalais de nom, car les soldats proviennent aussi bien de ce pays que de Mauritanie, du Mali ou encore de Guinée. Le décret est signé par l’empereur Napoléon III le 21 juillet 1857, à Plombières-les-Bains.

 

Des difficultés de recrutement interviennent de suite. Il n’est pas rare que des révoltes éclatent. C’est notamment le cas chez les Bambaras du Mali. Aussi, les principaux contingents sont constitués d’esclaves rachetés à leurs maîtres, de « volontaires » et de prisonniers de guerre. Le nombre de régiments de tirailleurs sénégalais s’accroit, pour atteindre plusieurs dizaines de bataillons au moment de la Première Guerre mondiale. La majeure partie des sous-officiers et de nombreux officiers subalternes sont Africains. Il est vrai aussi que les officiers supérieurs sont tous issus de la métropole.

 

Au cours de la guerre de 1914-1918, près de 200.000 tirailleurs sénégalais participent au conflit, et environ 30.000 y laissent la vie. Leurs régiments étant bien souvent placés en première ligne. Au cours du second conflit mondial, ce sont encore 40.000 hommes qui contribuent aux batailles. Ils sont présents sur tous les fronts. Près de 17.000 reposent à jamais sur la terre de France. Un fait est important : au cours de cette guerre, les troupes du IIIème Reich participent régulièrement à des massacres et des exécutions sommaires de tirailleurs.

 

 

Le Chemin des Dames.

 

Placé au cœur de l’Aisne, entre les villes de Soissons et de Laon, suivant le tracé d’une ancienne voie romaine, le Chemin des Dames doit son nom au fait d’avoir été emprunté par les « Dames de France », alors filles du roi Louis XV, lorsqu’elles se rendaient au château de la Bove, appartenant à la duchesse de Narbonne, ancienne maîtresse royale.

 

En 1917, le nouveau général en chef de l’Armée française, Robert Nivelle – il a remplacé en décembre 1916 le maréchal Joffre – décide de continuer une tactique qui pourtant n’a pas été couronnée de succès au cours des offensives de 1914 et de 1915 (la bataille de l’Argonne dans la Marne laisse 135.000 Français hors de combat) : concentrer en un espace réduit un maximum de régiments et après un bombardement intense, attaquer baïonnette au canon! Normalement, les fantassins n’ont plus qu’à avancer, précédés d’un feu roulant  d’artillerie…

 

Près de 850.000 soldats français, soit 61 divisions d’infanterie – dont de nombreux régiments de tirailleurs algériens, marocains, sénégalais (…) – sont positionnés dans le secteur. En face, les troupes allemandes tiennent les crêtes. Sachant qu’une action d’ampleur se prépare, elles ont reculé leur zone défensive de plusieurs kilomètres.

 

 

Le 16 avril 1917.

 

L’offensive est lancée le 16 avril 1917, à 6h00. Dès le départ, c’est un échec cuisant. Les hommes sortent des tranchées, montent sur le parapet et sont de suite fauchés par les mitrailleuses ennemies qui n’ont pas été atteintes par l’artillerie française. De plus, surplombant nos régiments, les troupes du Reich ont beau jeu de tirer sur les fantassins, « comme à la foire ». C’est un désastre. Dans la semaine du 16 au 25 avril 1917, près de 134.000 Français perdent la vie sur ce champ de bataille. Sur les 15.000 Africains engagés, plus de 6.000 meurent durant la seule journée du 16 avril…

 

De plus, le temps est épouvantable : il pleut depuis près d’une semaine. Le froid et bientôt la neige s’en mêlent. Les Africains, qui ont été entraînés dans leur continent d’origine puis dans le sud de la France, sont frigorifiés. Qui plus est, les hommes partent à l’assaut avec des dizaines de kilos sur le dos : une couverture, une gourde de deux litres, de la nourriture, un masque à gaz, des grenades, le fusil, les munitions, un paquet de pansements, des feux de Bengale… Ce ne sont pas des unités rapides et vives qui montent à l’assaut, ce sont des hommes fatigués, empêtrés dans leurs guêtres et dont les lourdes capotes sont gorgées d’eau. Ils avancent vers une mort certaine.

 

Et les nouveaux chars d’assaut, Saint-Chamond et Schneider, qui pourraient venir en aide aux fantassins ont été dispersés au sein de l’ensemble des unités présentes, en tant que force d’appui. Ils ne servent presque à rien.

 

 

Le 16 avril 1917 au 70ème bataillon des tirailleurs sénégalais.

 

Débarqué à Fréjus le 21 avril 1916, le 3ème bataillon du 57ème régiment colonial devient le 70ème bataillon de tirailleurs sénégalais, deux jours plus tard. Son premier commandant est le chef de bataillon Delettre.

 

Extrait du Journal de marche du 70ème bataillon de tirailleurs sénégalais : «Avril 1917 :

 

  • - 10 avril : le bataillon quitte le camp pour aller cantonner à Dravigny. Arrivée à 22h.
  • - 12 avril : départ de Dravigny pour Révillon.
  • - 15 avril : séjour aux tranchées.
  • - 16 avril : à l’heure H (6 heures), le bataillon sort de la parallèle. 1ère et 2ème compagnies en première ligne. 3ème compagnie en soutien. 4ème compagnie en liaison et ravitaillement. Il est soutenu à droite par le 2ème RIC (NB : régiment d’infanterie coloniale) et à gauche par le 5ème RIC. Se portant en avant, le bataillon s’empare des trois premières lignes allemandes, qu’il dépasse, et à 7 heures, il arrive au point 7320 (jonction des boyaux de Trêves et de Juliers), à proximité de la tranchée de Sadowa, occupée encore par l’ennemi.

 

Celui-ci, s’appuyant sur une série de blockhaus et de mitrailleuses, non détruits par notre artillerie, empêche toute progression. Le bataillon se cramponne au terrain conquis jusqu’au 17 avril, à 6 heures. Le commandant ne peut à ce moment grouper que 112 hommes (NB : un bataillon comporte de 500 à 700 hommes). A ce moment, contre-attaque ennemie à la grenade. Les tirailleurs qui ont passé la nuit sous la neige, qui n’ont plus de munitions, sont obligés de se reporter en arrière, dans les lignes ennemies conquises la veille, ou sont allés se placer, le 16 avril dès 19 heures les 2ème et 5ème RIC, qui appuyaient le bataillon à droite et à gauche. Pendant 12 heures, le 70ème bataillon de Sénégalais est donc resté en flèche ne voulant abandonner le terrain conquis que par ordre.

 

L’offensive du 16 avril sur l’Aisne a montré que, s’il avait fait moins froid, si l’approvisionnement en munitions avait été assuré, et surtout si les Sénégalais avaient été appuyés à droite, à gauche et à l’arrière, ils n’auraient pas lâchés le terrain conquis. Il suffit de prendre une carte et de voir où se trouve la jonction des boyaux de Trêves et de Juliers (7320) pour se rendre compte que les Sénégalais sont allés le plus loin en cette région et qu’ils y sont restés le plus longtemps.

 

Les Sénégalais ont été remarquables au cours de cette journée. Aucun obstacle ne les a arrêtés. Ils n’ont abandonné le combat le 17 que, vaincus par le froid, privés de munitions et parce qu’ils n’étaient plus soutenus.

 

Tirailleurs et gradés ont rivalisé d’entrain et d’énergie au cours de cette journée.

 

Au combat du 16 avril, le bataillon a eu les pertes ci-après détaillées. Il faut ajouter à ces pertes, 298 évacuations d’Indigènes pour maladie ; sur ce chiffre, 118 pour pieds gelés.

 

1ère Compagnie : Tués (Européens) … Indigènes : …

2ème Compagnie : Tués (Européens) … Indigènes : …

3ème Compagnie : Tués (Européens) … Indigènes : … Disparus : le 16 avril 1917 : Astoul Louis, sous-lieutenant ; Dubois Pierre, sergent ; Brunel Fernand, 2ème classe ; Guisson Taraolé, caporal (…) ».

 

 

Comme des dizaines de milliers de soldats, le corps de Louis Raymond Jean Astoul  disparaît sur le Chemin des Dames. Quelques années plus tard, le père, fou de douleur, fait élever la tombe monumentale qui se trouve encore aujourd’hui au cœur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux. Mort en 1923, à l’âge de 63 ans, JP Louis Astoul repose auprès du souvenir de son fils. Et en 1949, à l'âge de 81 ans, Mme Astoul rejoint son époux.


tirailleurs senegalais1

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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 21:58
166ri

Un régiment révolutionnaire.

 

En 1794, le gouvernement de la 1ère République française créé la 166ème demi-brigade de Bataille, ancêtre du 166ème régiment d’infanterie.

 

L’année suivante, sous le commandement du général Schérer puis du général Kellermann, l’unité participe à la Première Campagne d’Italie. Il s’agit pour la France d’aller combattre l’Autriche sur plusieurs fronts : le Main, le Danube et en Italie du nord. L’engagement dans cette région est confié au tout jeune général Bonaparte, avec les succès que l’on sait…

 

La demi-brigade prend part ensuite aux guerres de l’Empire. Beaucoup plus tard, en 1913, l’unité devient le 166ème régiment d’infanterie et établit ses quartiers dans la caserne Chevert à Verdun, dans la Meuse. Sa devise est : Je suis de Verdun. Régiment de forteresse, l’unité reçoit dans sa formation des bataillons des 132, 150, 151 et 154ème RI. Les soldats qui le composent sont donc originaires du nord et de l’est de la France auxquels sont ajoutés des Normands et des Parisiens. Le régiment de réserve porte le numéro 366.

 

 

Etre du Bourbonnais.

 

Commune du sud du département de l’Allier, dans l’arrondissement de Montluçon, aux confins du Bourbonnais et de l’Auvergne, Blomard est de ces petits villages qui représentent bien la France rurale du début du 20ème siècle, chère à l’historien Pierre Miquel, avec ses paysans, ses cafés et autres échoppes modestes, son église, son école et son instituteur, hussard noir de la République, et ses commerçants ambulants.

 

C’est là que le 21 septembre 1896 nait Ferdinand Pontet. Il a pour frères Albert et Louis. Ferdinand apprend le métier de maçon et « monte sur Paris », comme bon nombre de jeunes à la recherche d’un emploi et s’installe à Issy-les-Moulineaux, alors commune du département de la Seine.

 

 

La Première Guerre mondiale.

 

Un document exceptionnel (« Mon régiment ») a été retrouvé et numérisé par Monsieur Marc Terraillon en 2007. Il s’agit de l’histoire du 166ème régiment d’infanterie racontée par l’un de ses soldats pendant la Première Guerre mondiale. Le document a été publié à l’issue du conflit par l’imprimerie Berger-Levrault.

 

En août 1914, donc installé dans la caserne Chevert de Verdun, le 166 est placé en état d’alerte. Sa première mission consiste en une défense active du secteur de Verdun. Pour contrecarrer l’offensive allemande, le 166 est appelé sur le secteur de la ville d’Etain. C’est là, à la tête de ses hommes, que le chef de corps, le colonel Jacquot, est tué d’une balle en plein front, dès les premiers engagements.

 

Plusieurs combats se déroulent ensuite autour de le secteur d’Haudiomont. A la fin de l’année 1914, le régiment a déjà perdu 7 officiers, 22 sous-officiers et près de 300 soldats.

 

En mars et avril 1915, le 166ème RI participe aux attaques dans l’Argonne, sur la plaine marécageuse de la Woëvre. Le bilan est terrible : en octobre de la même année, le régiment est transporté à l’arrière pour se refaire. Près de 1.200 hommes manquent à l’appel.

 

En février de l’année suivante, le 166 est au cœur de la bataille de Verdun : « En dépit de la conjuration des éléments naturels et des inventions les plus meurtrières de la science humaine, nous tenons tête aux attaques réitérées des Allemands ». En septembre suivant, après une période de repos, il est transporté sur le front de la Somme et fait preuve, dès les premiers engagements, d’un courage inouï en repoussant des troupes du IIème Reich, bien souvent au prix de corps à corps sauvages.

 

1917 voit le 166ème régiment d’infanterie se battre dans la Somme à Bouchoir puis à Avocourt, avant d’être intégré à la IVème Armée et de passer en Champagne : « A la plus mauvaise époque de l’année, sur les positions où il faut, dans la boue et l’eau, tenir sans relâche au prix de souffrances héroïques, le régiment va subir presque à son arrivée en ligne, de furieuses attaques ».

 

Jusqu’en juin 1918, l’unité tient « avec zèle » (général Lebrun) son rang dans le secteur de Saint-Hilaire le Grand (département de la Marne).

 

 

Les combats de la Lys.

 

Le 166ème régiment d’infanterie est appelé à relever le 128ème RI le 17 octobre 1918, dans les Flandres belges, proche de la rivière de la Lys. La tâche du 166 consiste à enfoncer l’ennemi qui partout recule.

 

« Dans la nuit du 19 au 20 octobre, le bataillon Lecocq relève le bataillon Mazoyer. Gardant toujours le contact avec l'ennemi, et manœuvrant avec habileté et opiniâtreté, nos fractions avancées font tomber les résistances successives ; elles abordent maintenant l'obstacle principal : la Lys, rivière de 30 mètres de largeur et d'une profondeur uniforme de 3 à 4 mètres, aux bords encaissés, au courant assez rapide.

 

Il n'existe aucun gué, aucune passerelle à proximité. Une vieille barque découverte dans les décombres d'une maison est mise à l'eau, et le capitaine Lecocq, prêchant d'exemple, effectue le premier le passage, protégé par le feu de nos mitrailleuses qui combattent les mitrailleuses ennemies. Avec des moyens aussi précaires, le passage est long et difficile, ce n'est qu'au bout de deux heures que la compagnie Lacour, tête d'avant-garde, aura pu franchir le cours d'eau. Elle se déploie aussitôt et prend sous son feu la ligne avancée ennemie, de façon à permettre à la 4e compagnie du 43e B. T. S. (NB : bataillon de soutien) de passer à son tour. Le mouvement terminé, de concert, ces deux compagnies essaient de progresser, mais l'ennemi constatant la faiblesse de notre situation, déclenche une violente contre-attaque avec un effectif bien supérieur au nôtre, et par un violent bombardement de la rive ouest, empêche l'arrivée des renforts. Pendant plusieurs heures, l'adversaire est maintenu ; il renouvelle ses efforts et lance des troupes fraîches à l'attaque. Les ailes commencent à céder et nos pertes sont sensibles. L'ennemi arrive au corps à corps, la lutte est menée sauvagement des deux côtés, mais la supériorité numérique de celui-ci rejette dans la rivière la 4e compagnie sénégalaise.

 

La barque a coulé ; le centre de la compagnie Lacour, acculé à la rivière, se cramponne désespérément à la position, et, grâce à l'appui de nos mitrailleuses de la rive gauche, cause de telles pertes à l'ennemi, que celui-ci est contraint d'abandonner son projet et de se replier. La 5e compagnie organise alors une solide tête de pont, pendant que la section du génie construit avec les sacs Hébert une passerelle de fortune. Grâce à l'énergie, à la bravoure et à la ténacité du 166e, le débouché sur la rive droite de la Lys est conservé et la progression va pouvoir reprendre.

 

Le 21, la compagnie Charrois relève la compagnie Lacour, repousse énergiquement une nouvelle contre-attaque ennemie et, reprenant l'offensive, s'empare de la ferme Peereboon, capturant 27 Allemands. Le 23, le bataillon Anglaret remplace le bataillon Lecocq et, malgré les mitrailleuses ennemies, réussit par son ardeur et son mordant à gagner la route de Courtrai à Gand, objectif assigné au régiment. Le 25, le régiment est relevé par dépassement et porté sur la rive ouest de la Lys, où il reste en réserve de corps d'armée.

 

II avait perdu, au cours de cette brillante avance, 5 officiers et 242 hommes. »

 

Parmi ces 242 hommes, figure le soldat de 2ème classe, Ferdinand Jean Baptiste Pontet, de la classe 1916, matricule 10927 au 3ème Bureau du Recrutement de la Seine. « Tué à l’ennemi » est-il indiqué sur la fiche remplie par les services administratifs du 166ème RI.

 

Aujourd’hui, l’une des descendantes de Ferdinand Pontet habite Issy-les-Moulineaux. Il s’agit de sa petite-nièce, et qui n’est autre que Lucette Pontet, porte-drapeau depuis des années de la section de notre commune de l’association FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants Patriotes).

 

 

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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 07:43



Juin 1888.

 

Le 15 juin 1888, Guillaume II, fils aîné de Frédéric III, roi de Prusse et récent empereur d’Allemagne, accède au trône. Il promet de donner une vision et une ambition à la mesure politique, géographique et démographique de ce tout nouveau pays.

 

Trois jours plus tard, dans une France qui ne rêve que de revanche, à la suite de la déroute de 1870-1871, dans une France désorientée par le mouvement boulangiste, à Ivry, ville ouvrière de la banlieue sud-est de Paris, naît Georges Alexandre Boivin.

 

Sa famille ne peut imaginer un seul instant que la politique du premier va entraîner la mort du second…

 

 

Les combats de Carency.

 

Dès les débuts de la Première Guerre mondiale, après être entrées en Alsace-Lorraine, les armées françaises subissent plusieurs défaites et se voient prises en tenailles : au nord, les forces allemandes n’ont que faire de la neutralité belge et s’engouffrent dans ce territoire. L’Armée belge, héroïque, ne peut résister longtemps. Au sud, les troupes du Reich progressent et tentent d’enfermer les Français en pilonnant la région de Nancy. Nos armées tiennent bon, sous l’impulsion du général Curières de Castelnau, qui rapporte de la bataille le surnom de « Sauveur de Nancy ».

 

Le 6 septembre, le général félicite ses régiments dans la note suivante : « d’avoir su conserver en face d’attaques violentes, une attitude continuellement offensive, qui a déterminé l’échec complet de l’ennemi. Leurs efforts n’ont pas seulement pour résultats de retenir en face d’elles des forces considérables, ils ont contribué pour une large part à faciliter la tâche des unités voisines et à rendre plus efficace leurs actions".

 

Le centre du dispositif national, subissant de plein fouet les coups de butoir des armées allemandes, doit reculer jusqu’aux portes de la Région parisienne, sur la rivière de la Marne, qui mais reste le lieu ultime de retraite : « Tu ne passeras pas ». Du 6 au 12 septembre, par un sursaut incroyable de courage, entraînée par l’épisode des « Taxis de la Marne », l’Armée française se reprend et tient le terrain, mètre par mètre, au prix de dizaines de milliers de morts. Le front, de la Suisse à cette région de la Champagne est consolidé. S’engage alors ce qui est resté dans les manuels d’histoire sous le nom de « Course à la mer ».

 

Chacun des belligérants tente de se déborder par l’ouest. Cette conquête est ponctuée, quotidiennement, d’engagements et de batailles : bataille de l’Aisne, bataille de Saint-Mihiel, bataille de Picardie, bataille de l’Artois et enfin, bataille des Flandres (Ypres), qui se déroule dans le courant du mois de novembre 1914. Finalement, le front se fige, de la Suisse à la Mer du Nord. 300.000 soldats français sont morts pour la Patrie, qui compte également plus de 600.000 blessés.

 

En octobre 1914, lors de la bataille d’Artois, le petit village de Carency, proche de la ville de Lens, tombe aux mains des Allemands. Carency revêt une grande importance pour la stratégie française : il forme une sorte de saillant allemand et coupe la ligne de liaison primordiale entre Arras, Lens et Béthune. Il convient donc de reprendre le village coûte que coûte…

 

Le 269ème Régiment d’Infanterie.

 

Au déclenchement de la guerre, le 269ème Régiment d’Infanterie opère sa mobilisation à Domgermain, près de Toul, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Le chef de corps est le lieutenant-colonel Grange, son adjoint le capitaine Rousseau. Ses soldats sont pour un grand nombre des réservistes originaires de la région ainsi que de Paris. Georges Boivin est l’un d’eux. Il habite Issy-les-Moulineaux et porte le matricule 2560 du 2ème bureau de recrutement du département de la Seine.

 

Au début du mois d’août 1914, le régiment, en compagnie du 226ème R.I. (Régiment d’Infanterie) progresse en Lorraine, en direction de Nancy. Quelques jours plus tard, pris au cœur de la bataille qui se déroule autour du Grand Couronné, le 269ème doit se replier.

 

Après la bataille de la Marne, le régiment participe à la « Course à la mer ». Il s’embarque à Nancy, sous les ordres de son nouveau commandant, le lieutenant-colonel Regnier-Vigouroux (le colonel Grange dirige la 139ème B.I.). Se plaçant à la disposition du général Plantey, commandant la place militaire de Douai, le régiment combat sur le flanc droit des armées françaises. Mais à Hénin-Beaumont, débordé par les attaques ennemies, il doit se replier et se dirige sur Rouvroy où il consolide sa ligne de défense. Celle-ci englobe les villes de Méricourt et d’Acheville. Nouveaux combats au début du mois d’octobre, toujours dans le même secteur, sur la colline de Vimy.

 

Le 9 octobre, après quelques jours de repos, le 269ème est transporté en camions à Barlin et Aix-Noulette. Dans ses mouvements, il est associé au régiment britannique Royal Kent. Ces unités se rapprochent de Carency où une nouvelle ligne défensive est implantée : creusement de tranchées, de boyaux, souterrains ; pose de barbelés, de pieux, de mines. Le 18 décembre 1914, une offensive générale est déclenchée sur le secteur.

 

 

Le 18 décembre 1914.

 

Extrait du Journal de marche du 269ème R.I., le 18 décembre 1914 : « La préparation d’artillerie a lieu de 9h à 9h45. Mais nos obus atteignent surtout Carency, sans détruire les tranchées intermédiaires. Les fractions du 226ème, à la droite du Bataillon Béjeard ne peuvent déboucher et tombent sous le feu des mitrailleuses. Au Bataillon Béjeard, trois sections de la 17ème Compagnie et une section de la 18ème pénètrent dans la tranchée et s’y maintiennent pendant deux heures. Mais privées de toute communication avec l’arrière, elles sont l’objet d’une contre-attaque à coups de pétards et de fusils par l’intérieur du boyau et elles sont massacrées ou faites prisonnières (Lieutenants Zeller, Liévin, Raguin).


 

Le sous-lieutenant Boivin a été tué dès le début en partant à l’assaut avec une section de la 18ème qui a été décimée par une mitrailleuse. Dans Carency, le lieutenant Dunoyer, de la 23ème Compagnie, s’empare de deux petites maisons dans la direction de la Brasserie. Pertes du 18 au 21 : sous-lieutenant Boivin tué ; sous-lieutenants Zeller, Raguin ; lieutenant Liévin disparus. Tués : 9 ; blessés : 27 ; disparus : 61.

 

Le 22 décembre. Une nouvelle attaque sur Carency a été prévue ce jour-là. Dans le secteur de la 139ème Brigade. Elle doit être dirigée par le lieutenant-colonel Wurster du 226ème, disposant du 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, de la 3ème Compagnie du 226ème et de 2 sections du Génie. Objectif : tranchées allemandes en face des tranchées du 226ème et cimetière de Carency. L’attaque sera flanquée à gauche : par une attaque d’une Compagnie du 27ème Bataillon et d’une Compagnie du 226ème sur la sortie sud de Carency. Et par une attaque d’une Compagnie du 269ème attaquant le long de la voie ferrée.

 

Le brouillard fait remettre l’opération au lendemain. »

 


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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 14:22


Les infirmières, qui furent également baptisées « anges blancs », ont beaucoup apporté pendant le premier conflit mondial. Au nombre de 200.000 dans les troupes alliées, des milliers d’entre-elles se sont sacrifiées pour sauver des soldats. Ainsi au cœur du carré militaire d’Issy-les-Moulineaux, demeure une femme au milieu de centaines d’hommes… Il s’agit de Marguerite Montet, infirmière militaire, morte pour la France, le 22 septembre 1918.

 

Les Sections d’infirmiers militaires.

 

Les Sections d’infirmiers militaires sont dirigées par des médecins, qui peuvent avoir des galons différents selon leur âge, leurs années de services (…). Ils ont le titre de médecin attaché devant leur grade.

 

Les Sections d’infirmiers militaires sont des entités du Service de Santé des Armées et sont des éléments organiques de corps d’armée, au même titre que l’état-major, les sections du train des équipages, les secrétaires, le recrutement, les commis et ouvriers militaires d’administration ou encore les légions de gendarmerie. Les Sections d’infirmiers comportent bien entendu des infirmiers, et aussi des brancardiers, des chauffeurs, des médecins, des aides-soignants, des auxiliaires. Des infirmières également.


Il y a des années de cela, pour la revue « Je sais tout », le journaliste Paul Fuchs interrogea Charlotte Maître, infirmière militaire pendant la Grande guerre : « Il y a deux sortes d'infirmières : les unes dépendent d'associations libres et donnent gracieusement leur concours à l'État ; les autres, dont je suis, sont réellement incorporées dans l'armée et sont des soldats, en tout et pour tout. Assimilées aux officiers subalternes, nous touchons les mêmes rations qu'eux, nous voyageons avec les mêmes feuilles de route. Nous n'avons sur eux qu'un avantage, une indemnité d'habillement de cent francs par an ».

 

La Croix-Rouge.

 

La Croix-Rouge française, créée en 1864, se matérialise via plusieurs entités : la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) et le Comité des Dames de la SSBM. Des scissions interviennent qui donnent naissances à deux autres œuvres : l’Association des Dames de France (ADF) et l’Union des Femmes de France (UFF).

 

Dès les premiers jours du conflit, la SSBM se rend sur les champs de batailles. A l’arrière, l’ADF et l’UFF œuvrent à l’organisation d’hôpitaux militaires provisoires et/ou auxiliaires. En 1918, on dénombre près de 1.400 hôpitaux. De nombreuses écoles, lycées, des châteaux (Chenonceau par exemple), sur tout le territoire national, sont transformés en unités de soins et de repos, en sanatorium ou encore en centres de tris pour l’envoi de colis aux soldats.

 

Ce sont près de 68.000 femmes qui s’engagent au sein de la Croix-Rouge française pour défendre la France et son armée.

 

Les religieuses.

 

Au même titre qu’il existe au sein de l’armée un service des aumôneries militaires, de très nombreuses religieuses se portent volontaires pour aider et soigner les blessés. Sœur Gabrielle à Clermont-en-Argonne, sœur Julie à Gerbéviller, sœur Cléophas de l’hôpital de Rochefort-en-Yvelines, sœur Thérèse, qui accompagne le corps expéditionnaire français dans les Dardanelles en 1915, les Sœurs franciscaines Missionnaires de Marie qui œuvrent à Paris, sont restées parmi les plus célèbres.

 

Il faut également mentionner les sœurs des ordres religieux originaires des pays alliés et qui interviennent sur le front.

 

Les religieuses reçoivent des décorations, comme la Médaille de la Reconnaissance française ou la Médaille des Epidémies (et de nombreuses décorations étrangères). Elles sont aussi citées à l’Ordre du corps d’armées ou de l’armée, comme Victoire Perrin, de l’ordre des Sœurs Hospitalières de Saint-Charles de Nancy : « Supérieure à l’hôpital de Blâmont, est restée à la tête de la maison pendant toute l’occupation allemande. D’une charité et d’un dévouement sans bornes, a donné ses soins, en pleine bataille des 14 et 22 août 1914, aux blessés français. Par la suite, au cours de la campagne, a caché à plusieurs reprises des patrouilles égarées dans les lignes allemandes et les a aidées à regagner nos lignes, sans souci des représailles ennemies auxquelles elle s’exposait.»

Les Armées alliées.

Il convient de distinguer les services de santé des armées présentent sur le sol français pendant la Première Guerre mondiale des associations caritatives et des dons de personnalités étrangères à l'Armée française.

Comme pour le Service de Santé de l'Armée française, des hôpitaux militaires de campagne et des centres de convalescence sont constitués sur réquisition de l'Administration par les armées belges, américaines, anglaises et troupes du Commonwealth (Canada, Inde, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Australie, Irlande du Nord...). C'est l'explication, par exemple, de la présence de nombreuses tombes belges dans le petit village d'Avon-les-Roches en Touraine.

Les interventions des YMCA (Young Men's Christian Association) anglaises et américaines, des oeuvres caritatives canadiennes, sud-africaines, ou encore australiennes, des dons de familles telles que les Rockefeller ou les Gould, sont primordiaux pour suppléer ou aider les infirmières militaires.

 

Quand les Etats-Unis lèvent un corps expéditionnaire pour aider son alliée la France, en 1917, il y a déjà presque trois ans que l'association américaine American Ambulance Field Service fournit des véhicules modernes pour le front occidental. Et au moment où ce même corps expéditionnaire quitte le port de New-York, il est accompagné de bataillons entiers d'infirmières.

Autre exemple : les ladies de la Société londonienne se dévouent corps et âmes pour créer et administrer des antennes en Belgique et dans le nord de la France, payant elles-mêmes les matériels et les médecins.

 

Le dévouement au soldat, de quelque origine qu'il soit.


Les services de santé agissent d'abord et principalement pour leurs armées. Mais il ne faut pas oublier que la Convention de 1906 pour l'amélioration du sort des blessés et malades dans les armées en campagne, signée à Genève, est généralement respectée et est associée à un esprit "chevaleresque" encore présent dans les conflits.

De fait, il n'est pas rare que les infirmières soient désignées pour s'occuper de blessés ennemis récupérés sur le champ de bataille.

C'est le cas d'Elisabeth Ridell Henderson, infirmière écossaise, qui raconte, bien des années plus tard, une demande particulière de sa supérieure : "Dans la matinée, un jeune scout est venu dans l'aile en saluant brièvement. Avec une étincelle espiègle dans les yeux, il m'a dit : "Ma soeur, la directrice veut vous voir dans son bureau immédiatement". Il savait très bien qu'un tel message a le don de mettre une personne à l'envers ! Voici ce que la directrice avait à me dire : "Ma soeur, il faut que vous prépariez vos bagages immédiatement : je vous envoie à une école dont nous avons pris possession afin de préparer les lieux pour que nous puissions recevoir 300 blessés allemands ce soir même". Je suis restée clouée sur place, puis j'ai répondu, désespérée : "Madame, ne pourriez-vous pas envoyer quelqu'un d'autre qui n'ait pas les mêmes sentiments que moi ? Le frère dont je suis le plus proche est porté disparu, le frère de mon fiancé a été tué en ramenant des prisonniers qui s'étaient rendus, et le fiancé d'une de mes soeurs, grièvement blessé, est à l'hôpital de Cambridge, à Aldershot, depuis près d'un an. Je ne pourrai pas toucher aux Allemands !" ai-je lancé fougueusement. La directrice a répondu doucement : "C'est un ordre !".

 

Pourquoi s'engagent-elles ?

Les infirmières s'engagent par devoir, par sentiment patriotique, par fidélité à un amour parti au feu, en souvenir d'un frère, d'un mari, d'un aïeul tombé au champ d'honneur. Les infirmières proviennent de toutes les classes sociales, de tous les milieux : de l'aristocrate à la paysanne, de l'ouvrière à la femme au foyer. Il n'est que de citer Elisabeth, reine de Belgique, Madeleine Jacquemaire, fille aînée du Président Georges Clemenceau, Louise de Bettignies, surnommée la "Jeanne d'Arc du Nord", qui, prisonnière des Allemands, refuse de fabriquer des pièces d'armement pour les ennemis de son pays, et finit par mourir de privations et de maladie dans les geôles du IIème Reich.

Ou encore Edith Cavell, infirmière anglaise, qui organise en 1915 l'évasion de nombreux blessés alliés de la zone d'occupation allemande. Pour ce fait de résistance, elle est arrêtée et exécutée le 12 octobre 1915. "J'ai pensé que c'était mon devoir de faire cela pour mon pays. Je suis anglaise et j'ai agi en patriote".

Léonie Bonnet dans son journal de la Grande Guerre écrit : "C'est dans le travail et la prière, qu'un très grand chagrin dont personne ne peut soupçonner l'existence, peut trouver un certain apaisement. Aujourd'hui plus qu'hier, et demain davantage, je penserai à ces deux mots : "Travail ; prière". (placé en exergue du livre Aimer et travailler, Léonie Bonnet, d'Alexandre Lafond et Céline Piot, Ed. Nérac).

 

Monuments et stèles.


A Pierrefonds, dans le département de l'Oise, le 20 août 1918, un bombardement aérien tue l'infirmière Elisabeth Jalaguier. Depuis, un monument a été érigé en sa mémoire et pour toutes les infirmières tombées au combat : "In memoriam. Gloire aux infirmières militaires de France. Ce monument est érigé dans le parc ou fut tuée Elisabeth Jalaguier".

 

Dans de nombreux édifices religieux se trouvent des stèles à la mémoire du sacrifice de ces femmes merveilleuses, comme par exemple à Paris, sur l'un des piliers de la nef de l'église Saint-Louis de Invalides. A Reims, a été inauguré en 1924, un monument pour les infirmières de la Première Guerre mondiale. A Berck-sur-Mer, le monument représente un Poilu sur un brancard. En dessous figurent ces mots : "Aux infirmières françaises, les combattants reconnaissants".

"Il fallait quand même consoler, distraire, encourager ceux qui, dans les trente lits de la salle, gisaient et souffraient pour la Patrie ; il fallait rire et sourire durant douze heures par jour, mais le soir, dans le dortoir sans feu, bien lasse, si lasse qu'elle avait à peine touché à sa ration, la jeune infirmière tirait alors les rideaux de son alcôve et sanglotait en appelant "sa maman" qui la gâtait si fort et la soignait si bien, elle, la pauvre gosse à peine sortie elle-même de l'enfance" (Louise C., infirmière belge, citée par Hubert Depester dans son ouvrage Nos héros et nos martyrs de la Grande Guerre - Ed. Tamines).

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : Première Guerre mondiale
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