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Vendredi 3 octobre 2008

Départ pour la chasse à dos d’éléphants ; région de Buon (Ban) Me Thuot (vers 1930).

 

Juin 2008. A la terrasse du café Le Comptoir d’Issy, nous rencontrons Louis Fortunat.

 

L'engagement. Le colonel Fabien.

« Je suis Lorrain. C’est dire si dans ma famille les invasions allemandes, on connaît ! Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, mes deux frères, au front, se retrouvèrent rapidement prisonniers. Etant âgé de 16 ans en 1940, je n’avais pas été incorporé. Mais, dans l’insouciance de ma jeunesse, et je dois bien avouer que j’étais un peu « tête brulée », je ne pouvais m’empêcher de montrer mon hostilité à l’envahisseur. Ce qui donnait souvent des soucis à ma pauvre mère. Ainsi, le jour du 11 novembre 1942, je refusai de saluer un drapeau du IIIème Reich et expliquai mes convictions à l’officier allemand qui me toisait. Je fus immédiatement conduit au poste de police et, de là, emmené dans une mine de fer de Lorraine où on m’intima l’ordre de ne pas me faire remarquer. Deux ans, deux longues années, je restai enfermé à creuser et pousser des wagonnets. En 1944, je réussis à me sauver et rejoindre les bois pour tomber sur des maquisards. Ils m’aidèrent et bientôt, je fus incorporé dans une unité dirigée par le colonel Fabien ».

Le colonel Fabien est un personnage fort connu de la Second Guerre mondiale. Pierre Georges, alias Fredo, alias le colonel Fabien, est né en 1919. Militant communiste, il est de tous les combats idéaux et militaires entre les deux Guerres mondiales, s’engageant par exemple dans la Guerre d’Espagne en 1936 pour défendre les Républicains. En 1939, du fait qu’il est un dirigeant du Parti communiste français et après le Pacte Germano-soviétique, Pierre Georges est arrêté. Il s’évade d’un train, à l’occasion d’un transfert. En Juin 1941, l’Allemagne nazie attaque l’Union soviétique. C’est pour Pierre Georges le moment de rejoindre la Résistance. En août 1941, il abat un officier allemand sur le quai de la station de métro Barbès. C’est le premier fait d’armes contre un haut gradé de la Wehrmacht. Arrêté en novembre 1942, Pierre Georges s’évade de nouveau au printemps 1943 et, forme une unité de FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) qui participe à la Libération de Paris, puis de la France. Son unité est alors placée sous le commandement du colonel Salan (qui lui-même s’illustrera en Indochine puis en Algérie).

Louis Fortunat : « C’est en Lorraine que je l’ai rencontré. Il était à la tête de la Brigade de Paris, avec le colonel Salan. Pour s’engager, il fallait être majeur, ou pas loin, et signer. C’était aussi simple que cela. Alors, fidèle à moi-même, je suis allé embrasser ma famille et me voilà parti pour faire la guerre. On était en août 1944. A la fin du mois de décembre 1944, j’appris la mort du colonel Fabien. Il avait été tué, ainsi que tout son état-major, par une mine qu’il tentait de désamorcer. Ensuite, nous poursuivîmes en Allemagne. Belle revanche pour un Lorrain ! Et puis, mes supérieurs me parlèrent de l’Indochine. Comme je m’étais engagé « pour la durée de la guerre », j’acceptai. En juin 1945, à Strasbourg, je fus incorporé aux hommes du général Leclerc. Le 12 octobre 1945, à Marseille, à bord d’un navire britannique, L’Orante, nous embarquâmes pour Saigon ».

Le départ pour l'Indochine.

Depuis 1940, l’Indochine est restée dans le giron du gouvernement de Vichy. Le Japon, Empire du Soleil Levant, laisse faire, puis change d’avis et réalise un coup de force le 9 mars 1945 : les Japonais envahissent les villes du Tonkin, d’Annam et de Cochinchine, se rendant maîtres rapidement des maigres garnisons françaises. De nombreux européens sont arrêtés, enfermés, massacrés. Et ce, sous les yeux des Vietnamiens, qui comprennent à cet instant que la France est loin d’être invincible. Le 11 mars 1945, l’empereur Bao-Daï, que tous disent à la botte de la République, proclame l’abolition du protectorat et annonce que le Vietnam prend en main son destin. De même, le prince Norodom Sihanouk, le lendemain, prononce l’indépendance du Cambodge.

En juin 1945, le général de Gaulle charge le général Leclerc d’organiser un corps expéditionnaire dont le but est de faire la guerre, avec les Alliés, à l’ennemi japonais. Intervenir devient urgent car à la conférence de Potsdam, Staline, Churchill et Truman (qui a succédé à Roosevelt, mort en avril 1945) se partagent les pays libérés / à libérer. Pour le Vietnam, ils décident qu’au nord du 16ème parallèle, ce sera une administration chinoise et qu’au sud, elle sera anglaise.

La France ne peut laisser faire. Leclerc fait nommer Jean Sainteny, commissaire de la République en Indochine. Alors que les troupes chinoises pénètrent au Tonkin, que des soldats anglais arrivent au sud, Jean Sainteny tente de faire entendre la voix de la France. Le 23 septembre, une opération surprise, avec des militaires français réarmés, et sans que les Anglais interviennent, permet de reprendre Saigon aux Japonais et leurs supplétifs.

Le 5 octobre, le général Leclerc entre dans la ville. Il est suivi quelques jours plus tard par le groupement Massu de la 2ème Division Blindée et la 9ème Division coloniale. Le général Salan s’installe à Hanoï, en tant que Délégué militaire du Haut-commissaire.

Louis Fortunat : « Nous arrivâmes à Saigon. Quel spectacle ! Moi, petit gars de la France profonde, je voyais des centaines de soldats japonais, immobiles, plantés au garde-à-vous, leurs armes à terre. Ils se rendaient avec dignité et grandeur. On n’entendait pas un mot. Il y avait quelque chose d’invraisemblable là-dedans. Et puis, les opérations commencèrent. Je fus nommé brancardier au sein de l’équipe chirurgicale. Les coloniaux et la 2ème DB progressèrent par l’intérieur du pays quand nous passions par le fleuve. Les premiers accrochages se déroulèrent à Cai-Nin ».

Ban Me Thuot.

Dès son débarquement, le groupement Massu ordonne l’opération Moussac qui permet la libération de plusieurs villes du delta du Mékong : Bentre, Cantho, Vinh Lang, Travinh. Le groupement est appuyé par le bataillon SAS Ponchardier. Le 25 novembre 1945, la ville de Ban Me Thuot est enlevée aux insurgés. Il y a là des éléments du Vietminh, des vietnamiens manipulés par les Japonais, et surtout des Caodaïstes, secte religieuse, forte de 1,5 millions d’adeptes, et alliée du Japon depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Louis Fortunat : « Ban Me Thuot, ce fut terrible. D’abord, on me confia une jeep. Mais je ne savais pas conduire. Un colonel qui s’occupait, entre autres, des chauffeurs, me fit piloter l’engin sur un terrain de football. Et quelques heures plus tard, je domptais ma monture dans les rues du village voisin. Mon rôle consistait à aller chercher les blessés. Je notais les blessures sur un petit carton, que j’attachais au treillis, et je repartais vers l’antenne chirurgicale. Là, le médecin-lieutenant Valon faisait un boulot extra. Il arrivait à soigner des dizaines de blessés en même temps. Et il y avait aussi beaucoup de malades : la dysenterie, les fièvres amibiennes, par exemple, faisaient des ravages. Et moi ? Je ne le fus jamais ! Je passais mon temps à manger des fruits. J’ai dû engloutir des tonnes d’orange. C’est peut-être cela qui m’a sauvé. Le fait d’être en jeep me permettait de voyager partout. Depuis Saigon jusqu’à Hué et le col des Nuages, j’en fis des kilomètres au volant de ma voiture. Ainsi, je me souviens avoir traversé, en pleine nuit, la vallée des empereurs annamites. C’était un spectacle fabuleux de deviner leurs tombeaux. Les statues des souverains, de leurs gardes, des chevaux, se dessinaient sur un horizon d’étoiles et de clair de lune.

En décembre 1946, l’antenne chirurgicale fut placée à Tourane. Je rencontrai le commandant Eugène Guilbaud. Un vrai chef, qui savait se faire obéir ! Grâce à des renseignements obtenus auprès des Chinois, nous apprîmes – je ne le sus qu’après évidemment – qu’une offensive générale Vietminh se préparait. A la tête du 3ème régiment d’Infanterie coloniale, Guilbaud fit merveille et réussit non seulement à couper l’élan des communistes mais en plus à mener la contre-offensive. Il y avait des blessés partout. Je n’arrêtais pas. Une nuit, un officier vint me réveiller. Il fallait faire une autopsie sur un cadavre car le gradé était persuadé avoir à faire à un début d’épidémie. Je protestais, n’étant pas toubib. Me voilà en train de scier le crâne du pauvre gars. Je tentai de me rappeler ce que j’avais vu faire au bloc. Bien entendu, je ne fus pas capable de réaliser le diagnostic.

Une autre fois, il fallait que je surveille un blessé particulier. C’était un légionnaire, originaire de Suède. Un gaillard immense, qui devait approcher les deux mètres et pesait plus de 100 kg. Avec cette corpulence, il passait son temps à faire peur aux Vietnamiens. Je le gardai quelques jours. Je crois qu’il finit par migrer en Australie. »

En ce mois de décembre 1946, l’insurrection communiste est générale en Indochine. Depuis les bombardements sur Haiphong le mois précédent, par l’amiral Thierry d’Argenlieu, les colons français sont systématiquement attaqués. L’ordre finit pas être rétabli, mais au prix de lourdes pertes. « J’ai le souvenir d’avoir vu six légionnaires découpés à la machette. C’était horrible », reprend Louis Fortunat.

Le retour.

« En juin 1947, je repris le bateau pour la Mère patrie. Et pas tout seul ! Je ramenais avec moi ma fiancée. Une infirmière d’Issy-les-Moulineaux, rencontrée dans un hôpital de campagne. Bientôt elle deviendrait Madame Fortunat. Après cette guerre, je fis mille métiers, principalement dans la mécanique de précision. Je faisais aussi beaucoup de sport, comme du football. Je jouais en amateur au Stade Français. Je chantais également. Cela devint presque un second métier. Je pris des cours et m’améliorai. Le dimanche, il m’arrivait de chanter dans des hôtels particuliers, dans des galas où j’accompagnais des vedettes du moment comme Marie-Josée Neuville. Plus d’une fois, je doublai mon salaire ! On peut dire que j’en connus des vedettes du show business comme Eddie Constantine, Philippe Clay et puis Ludmila Tcherina. Quelle belle femme… ».

par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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Vendredi 11 juillet 2008

Rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux, juin 2008 : Madame Renée Pagès nous reçoit et nous parle de son défunt époux : le lieutenant-colonel Henry Pagès.



En 1950, le capitaine Henry Pagès s’engage dans le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) et est affecté au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie). Il rejoint le nord du Tonkin et se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française (septembre 1950), située à la frontière entre Indochine et Chine. L’évacuation tourne au désastre.
Le succès de l’opération repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, venant de Lang Son, autre garnison à la frontière des deux pays. Attaquées et très vite débordées par les Bodoïs Vietminh, les troupes du CEFEO sont massacrées. La grande majorité des survivants est emmenée dans des camps. Seuls 475 soldats et 12 officiers, sur les 5.000 français présents, ont réussi à rejoindre le poste colonial de That Khé à travers la jungle.
Commandant Jean Pouget : « A Diên Biên Phù (NDLR : 7 mai 1954), c’est fini. Nous voilà prisonniers. Les officiers supérieurs ont été séparés de nous. Ils ont fait le voyage en camion. Et nous, nous étions à pied. Je savais que les types qui marchaient pieds nus étaient condamnés. Je savais qu’il y avait 700 kilomètres depuis Diên Biên Phù jusqu’au camp. Des anciens avaient parlé. Nous marchions de nuit. Nous n’avions qu’une boule de riz à manger par jour. Mais on y est arrivé. On a laissé de nombreux camarades sur la piste. La dysenterie, les pieds gangrénés, toutes les maladies possibles. On les abandonnait dans des villages. Ils y mouraient. Et puis, je suis arrivé moi-aussi au Camp n°1. Et là, on a retrouvé les anciens. Des gars qui étaient là depuis des années ».
En 1954, Jean Pouget retrouve le capitaine Henry Pagès, qui lui en est à sa quatrième année de captivité !
Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».
Dans l’article Le Camp n°1 en 1954, paru dans la revue Floréal An X, de l’association des membres de la Légion d’honneur décorés au péril de leur vie (DPLV), Henry Pagès indique : « Tout d’abord, on exigea des prisonniers qu’ils rédigent et qu’ils signent un manifeste collectif à la gloire du régime et à destination de la métropole. La rédaction et la signature ayant fait apparaître de la mauvaise volonté, on prit de sanctions : nourriture encore plus infecte que d’ordinaire, blocage du courrier, transport de bois et de sacs de riz, corvées diverses… ».
Jean Pouget ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. »
Le général Marcel Bigeard : « Il y avait la rééducation ; mais cela ne prenait pas sur des types qui avaient 35, 40 ans. Il y avait des sujets donnés par le Vietminh et il fallait faire des groupes de discussions : on ne travaillait pas naturellement. Une fois, à la question « Que pensez-vous de l’aide américaine à votre pays ?», nous avons répondu : « Et vous que pensez-vous de l’aide chinoise à votre pays ? » Et ça y allait : privés de riz pendant deux jours ! »
Jean Pouget : « Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».
Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».
Même si parfois les soldats finissent pas se laisser convaincre de coopérer, surtout pour avoir l’espoir de s’en sortir, il n’en demeure pas moins que « moralement, le lavage de cerveau fut un échec », comme le souligne Henry Pagès dans son article.
Guy Léonetti dans les Lettres de Diên Biên Phù parle de 39.888 Français prisonniers pendant la guerre et seulement de 9.314 libérés en 1954. Sur les 10.000 prisonniers après Diên Biên Phù, 7.708 trouvèrent la mort dans la cinquantaine de camps disséminés partout dans le Haut-Tonkin.

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès, dans la cour des Invalides.

par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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Lundi 7 juillet 2008

Le 26 mai 2008, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux : Madame Renée Pagès nous reçoit. Aux murs sont accrochés des souvenirs de voyages en Chine et au Vietnam.



Henry Pagès est né le 19 octobre 1914, peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. S’engageant dans l’Armée française en 1932, il gravit peu à peu tous les échelons et est nommé sous-lieutenant au 7ème Bataillon de Chars Légers de Satory en 1939.
 
En mai 1940, sous le commandement du capitaine Mignotte, il reçoit l’ordre de lancer ses chars face aux Panzers III et IV de la Wehrmacht, sur la Meuse, près de Sedan. La progression est difficile car les routes sont encombrées par des réfugiés. Ayant atteint la zone des combats, Henry Pagès commence par détruire un canon de 37 chargé de lui couper la route. Mais peu après, c’est à son tour d’être arrêté par une batterie antichar postée sur une petite colline. Il détruit les armements de son Renault FT 17 et s’enfuit à travers les bois. Les chars français qui ont réussit à passer doivent faire face aux Panzers. Un combat inégal s’engage. En dépit de pertes sérieuses infligées aux Allemands, les Français doivent lâcher prise. Quant à Henry Pagès il est rapidement encerclé par les soldats ennemis. Théâtral, respectueux de son adversaire, un officier allemand lui tend un casse-croûte et une bière et lui dit, dans un français impeccable : « Pour vous, la guerre est terminée ». De fait, Henry Pagès va passer près de cinq années en Autriche, dans l’Oflag XVII A.


A son retour, Henry Pagès est affecté à Valence, puis part pour l’Afrique du Nord, d’abord à Bizerte, en Tunisie, puis à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. 1950 marque son départ pour l’Indochine. Au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie), promu capitaine, il rejoint le nord du Tonkin au mois de septembre de la même année. Là, il fait la connaissance d’un personnage hors du commun : Elie de Saint-Marc. Le capitaine Pagès se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française, située à la frontière entre Indochine et Chine.

 

L’affaire de Cao Bang est également connue sous le nom de « désastre de la RC4 » (Route Coloniale n°4, qui suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son). Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été maîtrisée totalement depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. Pendant quatre ans, le capitaine Henry Pagès réussit à survivre grâce à la formidable solidarité des camarades de combat et les conseils de médecins militaires, eux-aussi prisonniers.

 

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

De retour dans la Métropole, Henry Pagès est nommé au sein des Forces Françaises en Allemagne, avant de faire un séjour en Algérie, en 1960. L’année suivante, il est affecté à la Préparation Militaire Supérieure de Vincennes. Il prend sa retraite militaire en 1965, mais conserve des activités dans le civil jusqu’en 1979. Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-40, avec une palme et une étoile de vermeil, de la Croix de guerre T.O.E. (Théâtre des Opérations Extérieures), de la Médaille commémorative d’Indochine, le lieutenant-colonel Henry Pagès s’éteint le 17 mars 2006, aux Invalides, où il avait été admis deux ans plus tôt.

 

Son frère cadet, le général (2S) Jacques Pagès, chef de corps du 8ème Régiment de hussards de 1976 à 1978, a dit de son frère aîné : « C’était un homme non seulement sportif, résistant et énergique, mais également cultivé, perspicace, fin, plein d’humour et sensible, en somme quelqu’un d’équilibré, à la fois déterminé et ouvert. De plus, il était fidèle en amitié et très attaché à la famille, ainsi qu’au terroir du Mâconnais ! »

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès et le Gouverneur des Invalides, le général Hervé-Michel Gobilliard.


par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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Samedi 10 mai 2008


Le 13 mars 1954, en un éclair, une pluie d’obus s’abat sur le camp retranché de Diên Biên Phù. Stupeur au sein de l’Etat-major. Le colonel Piroth, de l’artillerie coloniale, qui avait juré qu’aucun obus ennemi ne tomberait sur le camp, se suicide. Le moral des troupes françaises s’effondre. En quelques heures, les troupes coloniales tenant les collines Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie sont anéanties. Trois jours plus tard, Bigeard et ses paras sautent à nouveau sur le camp et prennent appui sur Eliane, une des collines principales. Pendant quinze jours encore, le ravitaillement aérien est possible. Le 28 mars, un Dakota se pose. A son bord se trouve Geneviève de Galard, convoyeuse de blessés. L’avion est touché au moment de l’atterrissage. Il ne peut repartir. Geneviève de Galard : « Je rejoins l’infirmerie. Elle est remplie de blessés. Nous faisons comme nous pouvons pour maintenir les conditions d’hygiène, en tapissant les murs de la salle d’opération de draps blancs. Mais nous sommes vite dépassés. Partout se trouvent des blessés. Dans certaines salles, par manque de place et de moyens, nous creusons des lits à même le sol et nous enveloppons les hommes dans des parachutes. Cela donne un air lugubre de catacombes à notre hôpital ». 

Les offensives vietnamiennes des 13 et 31 mars sont repoussées. Le général Giap a perdu plus de 15.000 hommes. Mais il sait que bientôt s’ouvre la conférence de Genève. Il décide de jouer son va-tout et engage 25.000 hommes supplémentaires dans la bataille. Les Français ne croient plus en la victoire. Partout ils sont débordés. Ils arrêtent un assaut et tuent des centaines d’hommes. Quelques instants plus tard, les ennemis sont aussi nombreux. Et les munitions viennent à manquer. Cela n’empêche pas des actions héroïques, comme celle du capitaine Jean Pouget, qui saute avec ses hommes sur Diên Biên Phù fin avril 1954, alors que l’issue fatale est connue. La colline Eliane tombe le 6 mai. Bigeard : « Nous n’avons plus de munitions. C’est la fin. Je mets mon béret. J’ajuste ma veste. J’attends ». Le Groupement Opérationnel du Nord Ouest (GONO) refuse de hisser le drapeau blanc mais cesse le feu. 

Diên Biên Phù représente pour le Vietminh une victoire sans précédent, mais au prix de plus de 25.000 morts et, environ, 12.500 blessés. Du côté français, sur près de 15.000 hommes présents, on dénombre 2.293 morts et 5.195 blessés. Les prisonniers sont aussitôt regroupés.

En 2004, un ancien combattant de Dijon, Pierre Chérier s’est confié au journal local le Bien Public : « On voyait le drapeau Vietnamien se hisser sur les collines à chaque fois qu'ils prenaient un nouveau poste. On reprenait du terrain, ils contre-attaquaient. Ça a duré 56 jours. Et ils se rapprochaient sans cesse. A la fin, ils étaient à 300 mètres. On sortait la tête de la tranchée, ils tiraient. Et le 7 mai au matin, on nous a donné l'ordre de détruire nos archives, notre matériel radio et de neutraliser nos armes. C'était fini. Ce jour-là, vers 17 heures, j'ai vu des Vietnamiens courir sur un pont, à quelques dizaines de mètres du PC. J'ai couru donner l'alerte. J'étais à peine revenu qu'un Vietnamien plus jeune que moi me braquait avec son fusil. J'étais prisonnier. Mais je pensais, comme l'immense majorité de mes camarades, que 10 000 prisonniers, c'était beaucoup trop pour eux, que cela ne durerait pas. »

Et pourtant. La longue colonne des prisonniers est formée. Elle a pour direction les camps de redressement du Vietminh à plus 700 kilomètres de Diên Biên Phù. Pierre Chérier : « On marchait de nuit, pieds nus parce que les Vietnamiens nous avaient volé nos chaussures. On partait vers 17 heures, et on marchait jusqu'à une heure du matin. On avait droit à 300 g de riz par jour et par homme. Nous étions en état de survie. A la halte, il fallait faire cuire le riz. On se débrouillait pour trouver de l'eau, trouver du bois, faire des feux, et on cuisait dans nos casques. La journée, on buvait quand on trouvait un ruisseau, une cascade, une mare, un suintement. Nombreux sont ceux qui sont morts sur le bord de la route, de dysenterie, d'épuisement.

Finalement, je me suis retrouvé au Camp 73. Nous devions assister chaque soir, à la nuit tombée, à des séances de rééducation. Le lavage de cerveau communiste de base. Séances d'autocritique, séances de délation. On nous faisait chanter l'Internationale, et ça se finissait toujours par la répartition du travail. Qui irait chercher le riz, le bois. Le régime était le même que sur la route : 300 g. de riz par jour et par homme, avec de temps en temps un poulet. Mais un poulet pour 100 personnes ! Et une fois par semaine du gras de porc. 4 ou 5 hommes mouraient chaque jour de dysenterie, de malnutrition, de fatigue, de manque de soins. Il n'y avait aucun médicament. Les malades, on les emmenait directement à la morgue quand ils étaient trop faibles. Ils gisaient là sur des bas-flancs en attendant la mort. On les enterrait à quatre par tombe, tête-bêche. C'était vraiment très très difficile.»

Le 21 juillet 1954, à la suite de la conférence de Genève, l’armistice est signé. Pierre Chérier : « On nous l'a annoncé le lendemain. Et on a été libérés le 28 août. Mais jusqu'au bout, les commissaires politiques ont continué leur travail : ils nous disaient que la France ne voulait plus de nous, que personne ne viendrait nous chercher. Je rassurais les copains en leur disant que c'était du flanc. »

Sur les 10 000 prisonniers du 7 mai 1954, seuls 3 200 ont survécu à l'enfer des camps communistes. Et Pierre Dupont, isséen, n’a pas eu cette chance. Brigadier au Centre d’Instruction de l’Artillerie du Nord Vietnam, il est mort le 31 juillet 1954 au Camp 73. Il avait 22 ans.

 

Retrouvez toutes les photographies de Dien Bien Phu dans l’album éponyme.

 

par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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Mercredi 7 mai 2008

 

Le 7 mai 1954, la France perdait la bataille de Diên Biên Phù. Cet échec allait marquer la fin de notre présence au Tonkin et de l’Indochine, « perle » de l’empire colonial. 

Novembre 1953. Depuis sept ans, depuis le bombardement du grand port du Tonkin, Haiphong, par la flotte de l’amiral Thierry d’Argenlieu en 1946, la France est en guerre contre les forces communistes du Vietminh. Il est généralement admis que la Guerre d’Indochine a commencé à ce moment-là. 

Mais en fait, les germes sont à rechercher un an plus tôt. Le 9 mars 1945, les Japonais attaquent les garnisons françaises d’Indochine. Rapidement débordées, nos forces se rendent et sont humiliées par l’envahisseur. Les Vietnamiens comprennent alors que les colons ne sont plus invincibles. Quelques mois plus tard, se sachant perdus, les Japonais quittent le Vietnam, non sans appuyer les mouvements sécessionnistes de l’Empire colonial. Le 2 septembre 1945, la République démocratique du Vietnam est proclamée à Hanoi par Ho Chi Minh, en présence de Bao Dai, dernier empereur sous administration coloniale. La France ne peut laisser faire sans réagir. D’où, après moult provocations des partisans du Vietminh, le bombardement d’Haiphong. 

Depuis cette date, la France est aux prises avec les forces communistes du Vietminh et plusieurs chefs militaires français de grand renom comme les généraux Leclerc et de Lattre de Tassigny n’ont rien pu faire pour arrêter l’expansion des soldats de Giap, chef militaire de ce même Vietminh. 

En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos. Les gouvernements indochinois officiels semblent être de moins en moins sûrs pour la France. Il s’agit de l’empereur Bao Dai pour le Vietnam (revenu au pouvoir grâce à notre administration) et de Sihanouk au Cambodge. Seul, le prince Souvana Phouma, du Laos, a fait allégeance à la France. L’objectif est donc de prendre la cuvette de Diên Biên Phù, longue de 16 km, et d’en faire un point d’appui. Mission est donnée aux commandants Bigeard (6ème BCP) et Bréchignac (2/1er RCP) de sauter et prendre le village. Le général Bigeard : « Les hommes de Bréchignac et les miens, nous sautons. Ce n’est pas facile, il y a du vent. Nous voilà mélangés aux Viets. Ça tire de partout. Mais finalement on s’en sort. Tout le monde se regroupe et nous prenons le village de Diên Biên Phù. De notre côté, nous avons eu environ vingt paras tués, contre plus d’une centaine de Viets ». 

En globalité l’Etat-major français est persuadé de la bonne position des troupes françaises. Le Vietminh ne pourra pas attaquer le Laos et va venir s’empaler sur nos défenses. Si certains font remarquer que la position se trouve au creux d’une cuvette, entourée de collines d’environ 700 mètres de hauteur, ce qui permet des tirs tendus d’artillerie, l’évocation est vite reprise par le colonel Piroth, responsable de l’artillerie qui s’est engagé : « Jamais les Bodoïs ne pourront monter des canons à dos d’hommes et les placer sur les collines ». Le responsable du dispositif, le colonel Christian de Castries est également de cet avis. « C’était une vue de l’esprit. On ne connaissait pas l’embrigadement des soldats du Vietminh. Et tenir une vallée n’empêche personne de passer » répond aujourd’hui le général Bigeard. A partir de la fin du mois de novembre 1953, des avions en provenance d’Hanoi acheminent hommes et matériels. 

Le général en chef du Vietminh, le général Giap, est d’accord avec les Français sur un point : il faut que la bataille finale s’engage. Pour la France, s’il s’agit d’annihiler une fois pour toutes les forces communistes ; pour elles, il convient de battre la puissance coloniale pour placer le Vietnam aux conférences de Berlin (janvier 1954) et de Genève (mai 1954) dans les meilleures conditions qui soient. 

Entre les mois de janvier et mars 1954, Giap lance une offensive générale. Mais elle ne se transforme pas en une attaque éclair. 75.000 hommes du Vietminh, grâce à 20.000 vélos, des camions prêtés par la Chine et des armes soviétiques, s’approchent du camp retranché de Diên Biên Phù. Ils creusent des centaines de kilomètres de galeries, de tunnels. Ils démontent les pièces d’artillerie, les installent sur des mulets et les enfouissent dans des galeries placées à flanc de colline. Ainsi, le canon peut être sorti, tirer et être aussitôt rentré dans sa cachette ("les Gueules du Crapaud" selon les soldats du Vietminh).

En 1991, au micro de France Inter, dans Indochine 1946-1954 : histoire d’une guerre oubliée, une émission de Patrice Gélinet, le colonel vietnamien Le Kim expliquait l’approche de Diên Biên Phù : « Nous voyons que le sol est très fertile. Très facile à creuser. Et les Vietnamiens sont un peuple de terrassiers. Alors, nos hommes s’équipent de pioches et de pelles. Ils creusent. Partout. Il s’agit d’acheminer les munitions et l’artillerie au plus près du camp afin de détruire la piste d’aviation et la forteresse ».

 

Retrouvez toutes les photographies dans l’album intitulé Diên Biên Phù.

 

par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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Lundi 21 janvier 2008

Le 12 novembre 2007, le Souvenir Français a assisté à la conférence organisée par la municipalité d’Issy-les-Moulineaux sur le soldat d’Indochine. La conférence était animée par Michel Bodin, docteur d’Etat en Sorbonne, auteur de l’ouvrage de bibliophilie en deux volumes « Indochine des Français » et « Indochine : la déchirure » et par Michel Anfrol, journaliste.
De nombreuses personnalités étaient présentes, comme Madame le général Valérie André, Madame Geneviève de Galard, infirmière du camp de Diên Biên Phu, Monsieur André Santini, ainsi que les représentants des associations des Anciens combattants et des combattants de l’Indochine française.


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De gauche à droite : Michel Bodin, Michel Anfrol, Geneviève de Galard, André Santini, Valérie André.

 

Le Corps Expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) est le nom de la force des armées françaises envoyées en Indochine, initialement pour combattre les Japonais mais qui ne sera déployée qu’après l’armistice de 1945 et participera surtout à la guerre d’Indochine.
En 1954, dernière année de cette guerre, le Corps Expéditionnaire comptait 235.000 hommes, répartis entre 13.800 légionnaires et 221.200 soldats de diverses origines : Métropolitains, Nord-africains, Africains, Indochinois. Soldats souvent oubliés d’une guerre qui n’est commémorée que depuis 2005, la date retenue étant le 8 juin.
Cette date correspond au jour de l’inhumation du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, dans le Pas-de-Calais, en 1980.
La guerre d’Indochine fut très éprouvante pour les soldats, qui n’étaient pas tous volontaires, contrairement à une idée reçue : les soldats étaient considérés comme volontaires car ils s’étaient engagés volontairement pour l’Armée, et pas forcément pour aller combattre en Indochine. Il y eut rapidement une crise des effectifs et de ce fait, le temps de présence sur les lieux des opérations passa de 24 à 27 mois. Beaucoup de soldats effectuèrent d’ailleurs plusieurs séjours.
D’après les travaux de Michel Bodin, les soldats étaient majoritairement d’origine modeste, souvent sans diplômes et sans qualification, venant principalement des campagnes (les régions ayant données le plus de soldats pour l’Indochine étant le Grand Ouest, le Grand Est, le Nord et la Corse). Pour autant, fit remarquer le conférencier, le sentiment national et l’attachement au drapeau étaient très vivaces.
Dans une certaine indifférence, et l’hostilité de partis politiques, comme le Parti communiste français, 40.000 militaires du Corps Expéditionnaire perdirent la vie au cours des neuf années de la Guerre d’Indochine. 
Retrouvez les photographies de l’événement dans l’album intitulé : « 12 novembre 2007 – Soldat d’Indochine. »

 

par Frédéric-Edmond RIGNAULT publié dans : Indochine
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