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1870-1871

Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 09:00

Veterans1

 

Vétérans de la Garde nationale et de la Guerre franco-prussienne. Etienne Lalis se tient debout, derrière à droite.

 

 

La Guerre franco-prussienne.

 

Le 2 juillet 1870, l’Espagne dont le trône est vacant depuis la révolution de 1868, confirme l’annonce de la Prusse d’une candidature du prince Léopold de Hohenzollern. L’Empire français ne peut accepter une telle décision qui viendrait à l’entourer de pays favorables à l’expansionnisme prussien. Le 12 juillet, le gouvernement espagnol déclare la candidature fameuse « caduque », mais le lendemain, le chancelier prussien Bismark provoque Napoléon III dans une dépêche : Hohenzollern s’est retiré et le chancelier « n’a plus rien d’autre à dire à l’ambassadeur de l’Empire français ». L’humiliation est accentuée dès le lendemain par une série de caricatures et d’articles dans la presse allemande. Bismarck veut « exciter le taureau gaulois » selon la formule restée célèbre. Poussé par l’opinion publique et une partie de son entourage, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse.

 

Les mouvements militaires sont immédiatement déclenchés. Mais, profitant d’un meilleur armement, de forces aguerries et de la pitoyable stratégie des chefs de l’Armée française, les Prussiens défont les troupes de Napoléon III en quelques semaines. Ils se trouvent aux portes de Paris le 19 septembre 1870.

 

 

La guerre d’Etienne Lalis.

 

Madame Batard-Lalis a conservé un précieux document. Il s’agit du Livre d’Or des combattants de 1870-1871 de France et des colonies, publié au début des années 1900.

 

« Ancien sergent-fourrier, du 41ème Bataillon de la Garde nationale de la Seine, M. Lalis n’écoutant que son patriotisme s’engage pour la durée de la guerre. Bientôt, il est nommé sergent-major de la 2ème Compagnie de guerre 1er Bataillon du 13ème régiment de Paris qui occupe le poste avancé du château d ‘Issy. Dans cette position avancée, la Compagnie perd 4 hommes tués et onze blessés.

 

Il assiste également aux engagements avec l’ennemi à la gare aux Bœufs, à Choisy-le-Roi, à la gare de Clamart et au Moulin de pierre.

 

Le 29 décembre 1870, dans l’après-midi en poussant une reconnaissance sous les ordres du capitaine Candon, le sergent-major Lalis découvrit, caché dans une carrière, une certaine quantité de munitions et un outillage servant à la confection des cartouches. Cette carrière était située route de Gardes à Meudon sous la prise d’eau des bains, au lieu dit Les Montalats, carrière Malzac.

 

Ces munitions étaient enfermées dans 200 boîtes de tôle, le tout contenu dans des sacs.

 

Le général Coréard ordonna au lieutenant-colonel Jametel, une sortie de nuit pour aller s’emparer des munitions de guerre. Deux compagnies armées et un nombre d’hommes de corvées se mettaient en marche à 9 heures du soir dans la direction de Meudon.

 

Le capitaine Candon et le sergent-major Lalis guidèrent la colonne, qui marchait en se gardant de l’ennemi, précédée de tirailleurs et de flanqueurs, l’éveil pouvant d’un moment à l’autre attirer l’attention de l’ennemi.

 

Après un travail opiniâtre, nécessitant de grandes précautions, l’expédition rentrait avec les munitions au château d’Issy.

 

L’honneur de cette expédition revenait au capitaine Candon, mais une grande part au sergent-major Lalis qui le premier, signala l’existence de ce dépôt. »

 

Rapport du général Coréard, ordre du jour du 3 janvier 1871 : « Colonel, M. le Commandant en chef de la 3ème armée, a fait connaître à M. le Gouverneur de Paris, les détails de la reconnaissance opérée par le 13ème régiment de la garde mobilisée, sous la direction du colonel Jametel commandant le régiment : dans la nuit du 29 au 30 décembre 1870, le gouverneur a chargé M. le général Commandant supérieur des gardes mobilisés de la Seine, d’être auprès du Régiment et de son chef, l’interprète de sa vive satisfaction pour l’ordre parfait avec lequel cette opération a été conduite, et de féliciter en particulier, M. le capitaine Candon et son sergent-major Lalis qui a le 1er signalé l’existence du matériel ».

 

Le 25 février 1871, Etienne Lalis est nommé agent-comptable, avec rang d’adjudant, pour les 1ère et 2ème compagnies sédentaires et 2ème compagnie de guerre du 41ème Bataillon. Mais le mois suivant, les troupes prussiennes défilent sur les Champs-Elysées.

 

 

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : 1870-1871
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /Mai /2009 21:40




Formation musicale.

 

Vincent d’Indy nait à Paris le 27 mars 1851, au sein d’une famille aristocrate, formée de possédants et de militaires, et originaire de la région du Vivarais (sud de l’Ardèche). Les d’Indy sont de ces milieux de la grande bourgeoisie parisienne, qui vouent leur temps aux affaires et aux mondanités. La musique tient une grande place dans leur vie. Antonin, le père de Vincent, est violoniste amateur. Sa grand-mère, Rézia d’Indy, épouse de Théodore d’Indy, chef d’escadron dans la Garde royale, est une pianiste avertie. Elle a suivi les cours de professeurs prestigieux comme Jean-Louis Adam et Kalkbrenner. C’est elle qui assure l’éducation et la formation musicale du jeune Vincent.

 

Entre 1862 et 1870, Vincent d’Indy étudie le piano avec Louis Diémer, l’harmonie avec Albert Lavignac, puis au hasard d’un déménagement avenue de Villars (dans le quartier des Invalides à Paris), la famille d’Indy fait la connaissance du compositeur Henri Duparc. Aîné de trois ans de Vincent, les deux jeunes hommes se lient d’amitié. Leur rencontre est fructueuse et pendant les années 1870, ils travaillent ensemble presque quotidiennement.

 

En 1869, année de l’obtention de son baccalauréat, Vincent d’Indy voyage en Suisse, en Autriche et en Italie.

 

 

La Guerre franco-prussienne.

 

Mais l’heure est à la guerre. En juillet 1870, l’empereur Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Après quelques semaines, les ennemis sont aux portes de Paris. Vincent d’Indy n’hésite pas et s’engage dans la Garde nationale. Il est affecté au Bataillon 105 qui tient garnison au fort d’Issy. Il n’a pas oublié que sa famille compte de nombreux militaires et il tient lui-aussi, à servir sa patrie comme l’a fait un bon nombre de ses aïeux. Il participe aux combats, avec courage, ce qui lui vaut de recevoir les galons de caporal et une citation. Dans un livre, publié en 1872, intitulé Histoire du 105ème bataillon de la garde nationale en 1870-71 par un engagé volontaire dudit bataillon de dix-neuf ans, il raconte ses souvenirs et pleure la capitulation de l’Armée française : « J’assure que, tous, nous aurions consenti à souffrir encore trois fois plus pour ne pas subir une honte pareille… ».

 

 

 

Premières œuvres.

 

Même si Vincent d’Indy a déjà publié quelques œuvres à la fin des années 1860, comme les Quatre romances sans paroles, Angoisse, La Chanson des aventuriers de la Mer, sa production démarre après le conflit franco-prussien. Il devient l’élève du grand compositeur César Franck, puis il voyage en Allemagne. Il découvre Franz Liszt et Johannes Brahms. A Bayreuth, on lui autorise, grâce à une porte dérobée, de visualiser, de dos, le grand Richard Wagner.

 

En 1875, Vincent d’Indy épouse sa cousine, Isabelle de Pampelonne. Par la suite, et jusqu’en 1878, il tient plusieurs postes, dont la maîtrise d’orgues de Saint-Leu la Forêt. Il continue à composer et, en 1885, il obtient le Grand Prix de la ville de Paris pour son poème dramatique, Le Chant de la Cloche. Cinq années plus tard, à la mort de César Franck, il est élu président de la Société Nationale de Musique (il en était le secrétaire depuis 1876). Il devient également professeur au Conservatoire de Paris et est fait chevalier de la Légion d’honneur.

 

 

La Schola Cantorum.

 

En 1894, avec ses compagnons Charles Bordes et Alexandre Guilmant, il créé la Schola Cantorum. Au départ, cette école a pour vocation l’étude de la musique religieuse, mais peu à peu, elle devient une école d’enseignement de très haute tenue. Erik Satie, Isaac Albéniz, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Edgard Varèse, Albert Dupuis, en sont élèves. Leur célébrité et leur génie musical sont la meilleure des illustrations des enseignements reçus.

 

A partir de 1904, et jusqu’à sa mort, Vincent d’Indy est le directeur de cette école.

 

Des tournées triomphales.

 

En 1895, Vincent d’Indy réalise des tournées en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas. Il est bientôt fait chevalier du roi Léopold de Belgique ; partout, ce n’est que triomphe et acclamation du public. En 1905, il tourne aux Etats-Unis, à la tête de l’Orchestre symphonique de Boston. Il y interprète des œuvres d’artistes contemporains : César Franck, – qu’il défend avec passion – Gabriel Fauré, Ernest Chausson ou encore Albéric Magnard.

 

Son épouse rend son âme à Dieu la même année. Vincent d’Indy se réfugie encore et toujours dans le travail. En même temps, il prépare des représentations à l’Opéra de Paris, étudie des musiques religieuses comme la messe en si de Jean-Sébastien Bach, et compose des opéras et autres pièces.

 

En 1912, il est fait officier de la Légion d’honneur. Il devient membre de l’Académie royale d’Angleterre, de la Société pour la Promotion de la Musique aux Pays-Bas, de la commission pour l’enseignement de la musique de la ville de Paris. Il est aussi membre du jury du Conservatoire de musique de Lyon, entre 1906 et 1922.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, il reste à Paris, avenue de Villars, dans cet appartement qu’il habite depuis sa tendre enfance. Il fait la connaissance de Caroline Janson, une jeune pianiste (trente-six ans les séparent) qui devient élève avant de l’épouser en 1920. Le couple fait construire une villa, à Agay, sur les bords de la Méditerranée. Vincent d’Indy délaisse alors le château familial des Faugs à Boffres en Ardèche.

 

Vincent d’Indy continue, pendant les dernières années de sa vie, à mêler composition et enseignement musical, défendant une certaine « moralité » de l’œuvre artistique. Il s’éteint à Paris, le 2 décembre 1931. Apprenant sa mort, le journaliste du Journal de Genève, Henri Gagnebin indique : « Et maintenant l’infatigable travailleur prend son repos ».

 

 

Œuvres.

 

Parmi les nombreuses œuvres de Vincent d’Indy, il convient de noter : La Forêt Enchantée, Jour d’été sur la montagne, Wallenstein, en musique orchestrale ; des Sonates pour piano, pour violon et violoncelle, en musique de chambre ; Le Chant de la Cloche, en musique vocale ; Attendez-moi sur l’orme, Le Rêve de Cinyras ou encore la Légende de Saint-Christophe, parmi les cinq opéras composés par ses soins.

 

Des disques d’œuvres de Vincent d’Indy sont disponibles, aux Editions EMI ou Erato.




Par Souvenir Français Issy - Publié dans : 1870-1871
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /Fév /2009 07:55

Ce monument, placé proche de l’entrée du cimetière d’Issy-les-Moulineaux est dédié à la mémoire de quatre gardes nationaux d’Issy, morts en 1871. Il s’agissait de Messieurs Dufour, Legru, Hervieux et Duval. Ils appartenaient au 41ème bataillon de la Garde. Le monument a été édifié par souscription patriotique.

 

La Garde nationale et la Guerre franco-prussienne. 

Sous le Second Empire, la Garde nationale se voit confirmée dans ses prérogatives. Les officiers prêtent serment à l’empereur Napoléon III. En 1868, la loi Niel créé une Garde nationale mobile chargée de défendre les frontières. Celle-ci est principalement mise en œuvre pour appuyer l’armée contre la montée de l’expansion prussienne.

 

Au moment de la déclaration de guerre, la Garde nationale n’est que peu mobilisée. Seuls les ressortissants du Nord et de l’Est de la France sont incorporés à l’armée. Après les premières défaites, de nouveaux gardes sont appelés. Des régiments d’infanterie sont formés.

 

Arrivent le désastre de Sedan et la capture de l’Empereur : un gouvernement de la défense nationale est institué. Tous les gardes nationaux sont alors employés. Entre autres, ils participent au siège et à la défense de la capitale. En cela, on peut indiquer que la Garde nationale s’est transformée en dernier rempart contre l’envahisseur prussien.

 

Le Comité central de la Garde nationale. 

Cependant, dès la fin de l’année 1870, de nombreux gardes nationaux sont séduits par la propagande révolutionnaire et l’idéal anarchiste. Des comités se créent, des bataillons se soulèvent contre le gouvernement légitime. Celui-ci est incarné par Adolphe Thiers. En janvier 1871, après l’échec de la tentative de percée du front prussien à Buzenval, près de Rueil-Malmaison, l’armistice est signé. Le gouvernement, qui s’était réfugié à Bordeaux se rapatrie à Versailles, d’où le nom de « Versaillais » pour ses fidèles.

 

Le 1er mars, les Prussiens défilent sur les Champs-Elysées. Le surlendemain, le Comité central de la Garde nationale est constitué par des membres de la Délégation des vingt arrondissements de Paris (elle-même conçue en janvier 1871). Ce comité demande aux habitants de la capitale de ne pas céder à l’appel du gouvernement Thiers de négocier la paix avec les Prussiens et pousse à l’armement des parisiens pour « protéger le pays mieux que n’ont pu le faire jusque là les armées permanentes et à défendre, par tous les moyens possibles, la République menacée ».

 

Le Comité central s’installe à l’hôtel de ville de Paris et nomme des délégués pour l'administration municipale : Jourde et Varkin sont aux Finances ; Grollier et Vaillant à l’Intérieur ; Grousset aux Relations Extérieures ; Duval et Rigault à la Préfecture de Police ; Eudes à la Guerre ; Bergeret à l’Etat-major de la Garde nationale et Moreau dirige le Journal Officiel, organe de propagande. Les maires des arrondissements sont remplacés et peu à peu des quartiers se soumettent.

 

La Commune. 

Après les élections du 26 mars 1871, le Comité central cède la place à la Commune. Il demeure néanmoins sous son existence propre et conserve sa mission de la défense de Paris. Le mouvement insurrectionnel prend un certain nombre de décisions en faveur du « petit peuple » de Paris, ce qui provoque des troubles et le départ d’une partie de la population des quartiers chics de la capitale. Des bataillons de la Garde appuient ces décisions.

 

Mais la Commune se transforme rapidement en une sorte de « dictature du prolétariat ». Tous ceux qui soutiennent le pouvoir légitime sont susceptibles d’être passés par les armes ; des journaux « pro-versaillais » sont interdits ; les arrestations et exécutions sommaires se multiplient. Le gouvernement Thiers ne peut plus laisser faire. Après avoir adressé un ultimatum aux Parisien, les Versaillais profitent d’une trahison et entrent dans la capitale par la Porte de Saint-Cloud. Pendant une semaine, appelée la « Semaine sanglante » les combats sont acharnés entre les deux camps. A la fin du mois de mai 1871, la Commune est anéantie. Ses partisans, quand ils ne sont pas morts en combattant, sont fusillés, enfermés ou déportés, principalement en Nouvelle-Calédonie. 

 

La fin.

A la suite des événements de la Commune de Paris, la Garde nationale est dissoute le 25 août 1871, à Paris, comme dans toutes les communes de France…

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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 21:24


Cet étrange obélisque est dédié à la mémoire d’Honoré Richard, né le 15 mai 1811, à Issy et Auguste Marie, né également à Issy, le 9 juillet 1811. Ils sont tous les deux morts en 1848. Ils étaient « gardes nationaux ».

 

Genèse.

L’origine de la Garde nationale remonte à la Révolution française. Elle désigne la milice de citoyens formée dans chaque commune. Fondée sur le principe de la Garde bourgeoise de la royauté, elle a pour mission la protection des biens et des personnes, entre autres en réprimant le pillage et en assurant la distribution de pains et de blé dans les moments difficiles.

 

A Paris, au moment de la prise de la Bastille, le roi Louis XVI reconnaît le marquis de La Fayette comme commandant en chef de la garde parisienne. Pour autant, il s’agit de ne pas laisser le pays se doter de cohortes qui pourraient devenir incontrôlables. L’article 12 de la constitution de 1789 indique : « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée ». Et dans la foulée, les députés demandent aux gardes nationaux de prêter serment sur cette même constitution. Cela n’évite cependant pas, ça et là, quelques débordements et règlements de comptes…

 

En 1792, puis l’année suivante, après l’exécution du roi, la France est attaquée à ses frontières. En appui de l’armée, la Garde nationale est réquisitionnée et envoyée combattre. Il arrive que des membres de la Garde, plutôt aisés, payent de jeunes hommes pour les remplacer au moment de ces campagnes militaires.

 

Sous le Consulat puis l’Empire.

Sous Bonaparte, la Garde nationale est réservée à des rôles subalternes, comme le maintien d’un certain ordre à l’intérieur des frontières. Le Premier consul se méfie de ces milices qui peuvent soulever les citoyens d’une commune ou d’une région et marcher contre l’ordre établi.

 

Sous l’Empire, la Garde nationale sert à nouveau de réservoir à hommes au gré des besoins des campagnes militaires. En 1806, Napoléon 1er réaffirme par décret l’obligation pour tous les Français, âgés de 20 à 60 ans d’effectuer le service de la Garde nationale. En 1809, face à un débarquement anglais ayant échoué de justesse sur les côtes des Pays-Bas, alors sous administration française, l’Empereur confie à la Garde la surveillance des côtes et des frontières. En 1813 et 1814, la Garde participe activement à la défense du pays contre l’invasion des Prussiens et des Autrichiens.

 

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

Le 15 mai 1814, le comte d’Artois est nommé colonel général des gardes nationales ; celles-ci redeviennent sédentaires et reprennent leur rôle de maintien de l’ordre. Après le désastre de Waterloo, la Garde est à peu près la seule force sur laquelle le roi et les préfets peuvent compter. L’armée étant encore nostalgique des grandes épopées qu’elle vient de vivre. En, 1816, le caractère obligatoire de faire le service de la Garde est réaffirmé. A contrario, et toujours pour les mêmes craintes, la Garde de Paris est dissoute en 1827.

 

Le 25 juillet 1830, la roi Charles X publie des ordonnances qui vont à l’encontre de l’esprit de liberté soufflant sur la société française. Celles-ci provoquent la Révolution de Juillet. La Garde de Paris est reconstituée, et La Fayette, à 73 ans, en reprend la direction. Il accueille, à l’hôtel de ville de Paris, Louis-Philippe 1er, nouveau roi, chef de la Maison d’Orléans et cousin de Charles X, chef de la Maison de Bourbon.

 

Encore une fois, la Garde nationale voit son rôle réaffirmé, son importance reconnue. De fait, à plusieurs reprises, elle démontre sa capacité à faire régner l’ordre. Mais, encore une fois, prenant peur du pouvoir des milices, Louis-Philippe demande au ministre de la Guerre, le maréchal Soult, de réorganiser l’armée pour permettre un contrepoids à l’omniprésence de la Garde.

 

La Révolution de 1848.

Le « roi bourgeois », répondant aux attentes des Français, mène une politique intérieure d’abord libérale avant de se tourner vers plus de conservatisme. Les dix premières années de son règne sont néanmoins agitées par des nombreuses émeutes (insurrection républicaine de 1832, puis tentative d’une insurrection royaliste par la duchesse de Berry la même année ; émeutes populaires de Lyon et de Paris en 1834 ; attentat de Fieschi en 1835 ; insurrections de Barbès et de Blanqui en 1839). En 1840, Louis-Philippe nomme Guizot à la tête du pays : « Enrichissez-vous ! » devient le maître mot. Mais l’opposition demeure active et ses attaques virulentes aboutissent à la révolution de février 1848. Après les premières émeutes, sanglantes, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Le mouvement révolutionnaire balaie cette initiative. La Garde nationale n’intervient pas ou peu.

 

La Seconde République est proclamée par le gouvernement provisoire le 25 février 1848. Mais elle doit faire face à la pression populaire. Des résolutions démocratiques sont prises : droit au travail ; création des ateliers nationaux ; liberté de la presse ; suffrage universel.

 

En mars 1848, un décret indique que « tout citoyen de 21 à 55 ans, ni privé ni suspendu de ses droits civiques est garde national et y exerce le droit de suffrage pour tous les grades d'officiers". Plus tard, en juillet, un nouveau décret affirme que les officiers sont partout, en province comme à Paris, élus au suffrage universel. Dans l’un de ses romans (César Birotteau), Honoré de Balzac montre ainsi l’ascension sociale que connaît un officier de la Garde nationale.

 

Pour autant, de grandes difficultés économiques subsistent. Les Ateliers nationaux, organisation qui fournit du travail à près de 115.000 chômeurs, sont saturés et génèrent pour l’Etat des dépenses exponentielles. Cela ne suffit pourtant pas et la misère se fait partout sentir. De nouvelles émeutes éclatent en mai puis en juin 1848. Celles-ci sont réprimées durement par l’armée et la Garde nationale, bien souvent dirigée par des officiers qui se sont embourgeoisés et n’hésitent pas à faire tirer sur le « petit » peuple de Paris. La rupture est consommée entre les partis de gauche et la Garde nationale…


Gardes nationaux sous l'uniforme de 1848.

 

Par Souvenir Français Issy - Publié dans : 1870-1871
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 21:32



Napoléon III et Bismark, le 2 septembre à Donchery, entrevue après la bataille de Sedan.

Alors que Guillaume Ier de Hohenzollern, régent de Prusse depuis 1861 en raison de la maladie mentale de Frédéric-Guillaume IV, remporte une victoire décisive sur les Autrichiens à Sadowa le 3 juillet 1866, en France, après la chute de la monarchie orléaniste de Louis-Philippe, la Deuxième République est proclamée et son premier président est Louis-Napoléon Bonaparte. 

Le neveu de Napoléon 1er est élu en décembre 1848. Cette république n’accorde que peu de pouvoirs à son représentant. Dans le but de diviser ses opposants, de mener librement la politique qu’il pense correcte pour le pays et d’accroître son prestige personnel, Louis-Napoléon Bonaparte provoque un coup d’Etat le 2 décembre 1851. Un an plus tard, jour pour jour, il est proclamé Empereur des Français.

Les craintes françaises d’une hégémonie allemande se trouvent rapidement validées par le désir de Bismarck, ministre-président de Prusse, de renforcer l’unité des Etats d’Allemagne du Sud (Bavière, Bade, Wurtemberg et Hesse) dans une grande épreuve nationale. En 1870, la candidature au trône d’Espagne du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen provoque une crise. Il n’est pas question que la France se trouve au nord, à l’est et au sud, entourée d’Etats pro-allemands. A l’occasion d’une rencontre entre la France (représentée par son ambassadeur Benedetti) et la Prusse, dans la ville d’eau d’Ems, Guillaume Ier accepte que le prince retire sa candidature. Mais  Napoléon III veut plus et exige des garanties à cette renonciation. Ce qu’il finit par obtenir. Malheureusement, Bismarck publie un compte-rendu de cette réunion, mais avec une traduction pro-prussienne : l’attitude « arrogante » de l’Empire français est brocardée.

Piqué au vif, l’empereur, plutôt d’abord hostile à un conflit, est vite débordé par un entourage et un parlement favorables à l’ouverture des hostilités. Napoléon III déclare la guerre à Guillaume Ier le 19 juillet 1870. A sa grande surprise, l’empereur français découvre que les Etats de l’Allemagne du sud se rangent du côté de la Prusse, dans une sorte d’enthousiasme guerrier, contre l’ennemi héréditaire.

Les armées françaises sont portées rapidement aux frontières grâce au chemin de fer, issu de l’extraordinaire développement industriel voulu par l’empereur. Ces armées, qui n’ont connu que des guerres de conquêtes coloniales, sont impréparées à un conflit européen, face à un adversaire riche d’un enseignement sur les guerres modernes, recueilli par des observateurs militaires envoyés étudier les nouvelles techniques et notamment celles employées au cours de la Guerre de Sécession en Amérique : évolutions de l’armement, les obus, les canons, le chargement par la culasse, les premières armes à répétition. Un enseignement qui manque aux troupes françaises dont le commandement est l’héritier des stratégies du 1er Empire.

L’offensive victorieuse prussienne est menée par Von Moltke (que l’on retrouvera en 1914 à la tête de l’Armée allemande) et l’on voit l’Armée française s’effondrer en quelques jours en dépit de violents combats, comme à Gravelotte, et une résistance acharnée de plusieurs unités. Il est vrai que dans le même temps des armées entières se laissent enfermer dans des places fortes, sans munitions et sans ravitaillements. Ces armées finissent par capituler, comme celle du général Bazaine à Metz, et l’empereur lui-même qui s’est retranché avec Mac Mahon dans Sedan.

Le 4 septembre 1870, la IIIème République est proclamée sur l’initiative de Léon Gambetta et commence le siège de Paris, qui dure tout l’hiver. Retranchés derrière leurs « fortifs » les Parisiens connaissent misère et famine, mangeant les chevaux, les chiens jusqu’aux animaux du Jardin des Plantes. Sur les étals des bouchers sont vendus chats et rats.

Le 8 février 1871, les élections donnent la majorité aux conservateurs favorables à la cessation de la guerre. Adolphe Thiers ouvre les préliminaires de paix à Versailles. La France perd l’Alsace et la Lorraine, et doit payer 5 milliards de francs or d’indemnités. En gage, l’est de la France est entièrement occupé. Il le sera jusqu’en 1873.

Le 1er mars 1871, les Prussiens entrent dans Paris.
 

***

« C’était un soir à la bataille de Reichshoffen

Il fallait voir les cuirassiers charger ».

Dans le nord de l’Alsace, il ne subsiste que très peu de souvenirs du Second empire. Le long de tous les petits chemins de campagne, l’un des rares témoignages de l’époque a survécu. Il s’agit des « bancs de l’impératrice Eugénie ». Ces curieux bancs de grès rouge, surmontés d’un linteau, avaient été créés pour que les paysannes alsaciennes, qui allaient vendre leurs produits aux marchés, puissent s’asseoir un instant avant de reprendre leur route. C’est en suivant ces bancs que j’arrivai dans une petite bourgade du nom de Woerth, se situant entre Haguenau et Wissembourg. Intrigué par le nom du restaurant – « Le Restaurant du Musée » - alors qu’aucun musée n’existait à trente kilomètres à la ronde, je pénétrai les lieux. Plus qu’une traditionnelle auberge alsacienne, je me trouvai dans une grande salle décorée de panoplies et d’équipements militaires français et allemands de la Guerre franco-prussienne. Il y avait aussi des mannequins aux visages de cire, datant certainement de la fin du 19ème siècle. Etaient représentés des zouaves, un turco, un fantassin allemand. Des chasseurs d’Afrique côtoyaient des Uhlans. Et là, juste devant moi, était placé un uniforme de cuirassiers. Les rayons du soleil se reflétaient dans la cuirasse, donnant une flamboyance, une grandeur, à ce dernier mannequin. Je ne savais pas encore que j’avais face à moi l’uniforme de l’un de ces héroïques cavaliers qui chargèrent à Reichshoffen.

Le patron du restaurant, devant ma curiosité, se fit un devoir de me citer chaque unité à laquelle appartenaient les uniformes exposés. Cette collection avait été réalisée par son grand-père, réquisitionné pour enlever les morts. Au lendemain de la charge fameuse, le 6 août 1870, le brave homme avait fait ce que le vainqueur lui commandait et il en profita pour récupérer ce qui pouvait l’être. D’ailleurs, la bataille s’était plutôt déroulée sur la commune de Froeschwiller, Reichshoffen étant le bureau de poste d’où partirent les messages communiquant le résultat de l’attaque.

En tant que passionné par l’Histoire et ancien militaire, je fis tout de même remarquer au patron que son grand-père avait dépouillé des morts de leurs uniformes pour se constituer cette collection. Gêné, l’homme me répondit que l’aïeul avait en fait récupéré les vêtements et les armes dans des bagages laissés à l’abandon. J’acceptai cette explication. Finalement, le Devoir de Mémoire passait peut-être aussi par de tels chemins, même si j’imaginai mal les zouaves ou les prussiens s’encombrer de malles de vêtements ou de cartons à chapeaux sur un champ de bataille.

Tous ces guerriers étaient maintenant figés dans leurs uniformes raidis. Une restauration archaïque avait été réalisée : les tissus avaient été repeints pour leur redonner l’éclat de leurs couleurs. L’empâtement des peintures et les poussières agglutinées leur conféraient une allure de statues aux visages de cire déformés par le temps.

Aujourd’hui, ce restaurant est fermé. Le propriétaire a fait don de sa collection à la ville de Woerth, qui l’expose dans les salles du château. La plupart des pièces ont été restaurées – correctement – et quelques-unes, laissées en l’état témoignent de ce que je vis.

Autour de ce village alsacien, il n’est pas rare de trouver, enfouie sous des ronces, une stèle rappelant qu’en ce chemin, ou ce champ, est tombé un cuirassier ou un Major du 3ème Zouave. Pendant longtemps, les vestiges de la Guerre franco-prussienne ont été soit cachés, soit bousculés puis ensevelis par l’agriculture ou les événements qui ont suivi. Celles qui restent témoignent à jamais qu’en 1870, en ces lieux, s’écrivit un fait d’armes qui n’était plus connu que par une comptine : « C’était un soir à la bataille de Reichshoffen ».

*Thierry Gandolfo, ancien sous-officier au 32ème régiment d’Artillerie, est conservateur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux et trésorier du Comité local du Souvenir Français.

 

 

Par Frédéric-Edmond RIGNAULT - Publié dans : 1870-1871
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 19:31



Le 23 octobre 2007. Rue de la Glacière, chez Monsieur et Madame Pierre Debeaurain.

 

 

   

Pierre Debeaurain : « Mon arrière-grand-père, Ernest-Pierre Richard est mort en 1942, à l’âge de 92 ans. Il était donc né en 1850. Habitant de ce qui n’était alors encore qu’un village, Issy, il avait appris à lire et écrire très jeune, grâce à un curé qui avait dû déceler en lui certaines capacités. Lire et écrire, ce n’était pas si courant à l’époque. Comme, de plus, Ernest Richard était très grand et costaud, il eut la chance d’entrer à la Garde personnelle de l’empereur Napoléon III, peu avant la Guerre franco-prussienne».

Il semble qu'Ernest-Pierre Richard ait rejoint une formation particulière : l’escadron des Cent-gardes à cheval. Corps d’élite de cavalerie créé par décret du 24 mars 1854, il est commandé par Lepic puis par le colonel baron Jacques Albert Verly. L’esprit de constitution des Cent-gardes s’inspire des Life Guards anglais. Composé d’un état-major, de deux compagnies de cent quatre-vingt-dix sous-officiers et gardes, l‘escadron ne fait pas partie de la Garde impériale mais est attaché directement à l’empereur.

Sa mission consiste en la protection personnelle de Napoléon III et le service au quotidien dans les palais impériaux, ne rendant les honneurs qu’à l’empereur et sa famille. Une des particularités de ce corps consiste en la taille minimum de chacun des cavaliers : mesurer au minimum 1,80 m !

La tunique s’inspire des cuirassiers : bleu de ciel, culotte blanche, bottes de cuir noir à l’écuyère. Pour la grande tenue, une cuirasse est portée ; elle arbore les grandes armes de l’Empire. L’armement des Gardes comprend un mousqueton et un sabre-lance qui se fixe comme une baïonnette. La solde est particulièrement généreuse : mille francs-or pour les gardes et les trompettes.

En juillet 1870, après des provocations des deux côtés du Rhin, entre autres au sujet de la candidature du prince de Hohenzollern à la couronne d’Espagne – ce qui entraînerait de facto un enveloppement de l’Empire français par des souverains allemands – la France déclare la guerre à la Prusse, soutenue immédiatement par les princes allemands (ce qui accélérera la fondation de l’Allemagne). Le 28, Napoléon III arrive à Metz, suivi des Cent-gardes et prend le commandement de l’armée du Rhin.

Au début du mois d’août, les armées prussiennes envahissent la France et attaquent à Wissembourg ; les batailles se multiplient : Woerth (Froeschwiller pour les Français – la fameuse charge des cuirassiers de Reichshoffen), Spicheren, Borny-Noisseville. La ville de Nancy est occupée. Partout les armées de l’empereur sont bousculées.

Napoléon III se retire de Metz, se dirige vers Verdun puis Châlons-en-Champagne ; à Beaumont, dans les Ardennes, le corps d’armée du général de Failly est mis en déroute. L’empereur s’enferme dans la ville de Sedan. Plusieurs Cent-gardes l’ont suivi et demeurent en permanence à ses côtés.

Pierre Debeaurain : « C’est au moment de la bataille de Sedan que Napoléon III confie à Ernest Richard la mission de sa vie ! Il s’agit de porter des courriers au plus vite à l’impératrice Eugénie – devenue régente – et la maison impériale. Huit jours sont nécessaires à mon aïeul pour se rendre au château de Saint-Cloud et remettre les courriers. Mais il est déjà trop tard. Le siège de Sedan dure moins d’une semaine. L’empereur, acculé dans une ville dévastée par les obus des canons prussiens, fait hisser le drapeau blanc et se rend auprès de Bismarck. La mission d’Ernest Richard n’aura servi à rien. Et je n’ai jamais su les lignes contenues dans ces lettres. Mon arrière-grand-père possédait dans sa maison de la rue Prudent Jassedé une grande armoire. Interdiction formelle nous était faite de l’ouvrir ou de poser la moindre question sur ce meuble, pour nous merveilleux».

L’escadron des Cent-gardes est dissous le 1er octobre 1870, par décret, et versé au 2ème Régiment de marche de cuirassiers ; régiment qui participe activement à la défense de Paris, dans un premier temps face aux Prussiens puis face aux partisans du gouvernement de la toute nouvelle République française, l’empire venant d’être déclaré déchu.

Pierre Debeaurain : « Mon arrière-grand-père n’a plus d’emploi. Il devient Garde national et s’enrôle dans un bataillon parisien. Il s’agit de défendre son pays et venger son honneur. C’était cela l’important : ne pas déposer les armes devant l’ennemi prussien ! Thiers pactise avec la Prusse car faire cesser les hostilités entre les deux pays passe avant toute chose par un désarmement de Paris ».

En avril 1871, Thiers, réfugié à Versailles et élu « Chef du pouvoir exécutif de la République française » monte une armée faite d’anciens prisonniers de la guerre qui s’achève, auxquels il peut ajouter plus de 12.000 hommes dont il dispose. Cette armée est placée sous les ordres de l’ancien vaincu de Sedan : le maréchal de Mac-Mahon. Les combats s’engagent rapidement. Les Prussiens tiennent le Nord et l’Est de Paris ; ils laissent passer les « versaillais ». La butte de Suresnes et l’ouest parisien sont pris assez facilement. Il n’en va pas de même avec le sud. Les partisans de la continuation de la guerre contre la Prusse et les Communards se défendent, rue par rue, maison par maison. Le 26 avril, le village des Moulineaux est occupé par les hommes de Thiers. Puis le fort d’Issy est pris, mais les Communards le reprennent dès le lendemain.

« Les versaillais se permettent tout. Ils brulent les maisons. Avec leurs canons, ils pilonnent les villages du sud de Paris. Ils se livrent à des atrocités. Dans Issy, des barricades sont montées, sur la place de l’église Saint-Etienne, rue de l’Abbé Grégoire également. Beaucoup de bâtiments sont ruinés du fait des bombardements prussiens ; ceux qui sont restés debout sont anéantis par les canons versaillais. Un obus tombe sur le Moulin de Pierre, alors réserve de munitions, et l’explosion qui s’en suit est incroyable de puissance. Le Moulin de Pierre se trouve aujourd’hui à Clamart, mais, à l’époque, il était dans Issy. Notre fort finit par tomber, comme celui de Vanves. Les versaillais entrent alors dans Paris et fusillent tous les meneurs de la Commune. Entre 10.000 et 25.000 personnes, selon les sources, sont passées par les armes. Ce fut une chance inimaginable pour Ernest Richard d’en réchapper.

Je me souviens très bien des histoires et des anecdotes que me racontait mon arrière-grand-père. Par exemple, il faisait tous les jours – parfois plusieurs fois par jour – l’aller-retour, à cheval, entre le Louvre et Issy, rue Prudent Jassedé. Et il rabâchait sans arrêt ses souvenirs de guerre : « D’abord Napoléon III était impressionnant. Tu m’imagines ? J’avais vingt ans et j’étais face à l’empereur. Le neveu de Napoléon Ier ! Napoléon III n’était pas un mauvais bonhomme mais il était mal entouré. Il y avait des orléanistes, des monarchistes, des illuminés. Surtout, il écoutait le dernier qui parlait. Lui était plutôt favorable à la paix. Finalement, c’est sa femme, Eugénie de Montijo qui emporta la décision. Elle était à la tête des partisans de la guerre. En tant qu’Espagnole, cela peut se comprendre. Et puis, l’empereur souvent laissait faire car il était rongé par la maladie : atteint d’un calcul de la vessie, il souffrait mille maux et cela pouvait le laisser anéanti pendant des heures. Mais le plus mauvais était bien Bazaine, qui perdit son armée enfermée dans Metz. Et par sa faute. Uniquement par sa faute. Douze balles que ce traitre aurait dû recevoir ! Douze balles pour avoir sacrifié son armée, la France et notre Honneur».

 

 Portrait d'Ernest-Pierre Richard, après 1870.

Par Frédéric-Edmond RIGNAULT - Publié dans : 1870-1871
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