Publié le 4 Décembre 2015

Salut au harki inconnu.

L’histoire qui suit a été publiée dans Le Piège, qui est la revue des anciens élèves de l’Ecole de l’Air. Elle s’inspire très largement d’un article écrit par le général d’aviation Christian Gueguen. L’affaire qui suit se déroule en avril 1962, soit moins d’un mois après les Accords d’Evian, dans la région de Geryville à 370 km au sud d’Oran. A l’époque capitaine, Christian Guegen raconte l’honneur d’un soldat harki.

Cette histoire a été également publiée dans le bulletin de l’association Secours de France.

Dans la région de Geryville.

Quelques jours auparavant, un commando de marine avait été envoyé à la rencontre d’une katiba qui, contrairement aux ordres reçus en application des Accords d’Evian, sortait de la zone qui lui était assignée pour infiltrer les nombreux campements de nomades existants dans la région. Dès son arrivée et avant toute entrée en pourparlers, les hommes de la katiba ouvraient le feu, tuant deux fusiliers-marins. Au terme du combat, appuyé par un hélicoptère « canon », « on dénombrait 26 cadavres en uniforme de l’ALN sur le terrain ».

En représailles, le FLN s’en prend à une harka attachée au régiment de spahis implanté dans le secteur. Dès le 19 mars, sur ordres supérieurs, les harkis avaient été désarmés et renvoyés dans leur village. Le 26 avril, deux harkis, qui ont réussi à s’échapper reviennent au PC du régiment : selon eux « plus de la moitié des membres de la harka avaient été sauvagement assassinés ».

Rupture du cessez-le-feu ?

Le lieutenant-colonel commandant le régiment de spahis indique qu’il va lancer une opération pour retrouver et détruire l’unité de l’ALN responsable du massacre ; il demande à Christian Gueguen « si l’armée de l’air accepterait de fournir un appui feu à l’opération ». Gueguen interroge sa hiérarchie, s’attendant à un refus caractérisé : « Gueguen, en plein cessez-le-feu ! Vous avez perdu l’esprit ! »

Au lieu de cela, un silence, puis une phrase laconique : « Soyez au terrain de Geryville à 8h demain ; je viendrai en Broussard et vous m’expliquerez ce que vous voulez faire ».

Le lendemain, à l’heure dite, le capitaine Gueguen expose à son supérieur – le commandant L. – ce qui a été envisagé avec le colonel de spahis. Le commandant l’écoute et tranche : « OK. Vous aurez un DIH (Détachement d’intervention hélicoptères) et quatre T-28 à partir de 7h demain matin. Renouvelable jusqu’à 18h… A 18h, on arrête tout, sauf cas exceptionnel… ».

« J’éprouve le plus grand respect, précise le général Gueguen, pour cet homme. Rupture de cessez-le-feu. Il sait qu’il engage la suite de sa carrière si l’affaire tourne mal… ».

Une dizaine de corps.

Les spahis sont transportés sur zone par des hélicoptères H34 de la marine. La katiba responsable s’est évidemment évaporée. Les deux harkis qui se sont échappés s’offrent à guider les spahis vers le lieu où se tient le chef FLN local responsable de l’exécution de leurs camarades, et précisent que plusieurs harkis sont retenus captifs dans un village à quelque distance. Le responsable FLN est capturé. Il indique l’emplacement d’un charnier. Une dizaine de corps dénudés, démembrés et terriblement mutilés sont ainsi découverts.

Les harkis survivants sont libérés par une partie du détachement de spahis et l’officier chargé de cette opération, invite, par radio, son colonel sur le chemin du retour, à bord de l’hélicoptère, à le rejoindre sur place.

Au garde-à-vous.

Ecoutons le général Gueguen : « un harki est là, avec le capitaine de spahis. Celui-ci explique à son chef que le harki n’accepte d’embarquer en hélicoptère que si l’on évacue en même temps sa femme et ses enfants ; en tout, huit personnes.

Le colonel explique à l’homme qu’il n’y a pas assez de place dans les hélicoptères pour évacuer toute la famille. Et essaie de la convaincre de partir seul : on récupérera sa famille plus tard en camion. Refus du harki : s’il part, toute sa famille sera assassinée le soir même, à sa place, sauvagement, à titre d’exemple. Il doit rester. Malgré les efforts du colonel pour le faire changer d’avis, il reste intraitable. Notre armada redécolle, direction Geryville. Le harki nous regarde, impassible et digne. Il se met au garde-à-vous et agite la main pour nous dire au revoir. Dans l’Alouette, le silence est écrasant… ».

Sources :

  • Revue Le Piège.
  • Amicale des Anciens élèves de l’Ecole de l’Air.
  • Bulletin Secours de France, automne 2015.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 29 Novembre 2015

La chapelle de That-Khé est sauvée !

Le 27 août 2014, nous relayions sur ce site l’appel pour sauver la chapelle de That-Khé de la ruine. Souvenez-vous, cette chapelle avait abrité de nombreux soldats français du CEFEO durant la terrible bataille de la RC4.

Aujourd’hui, comme vous pouvez le constater sur cette photographie, la chapelle a été restaurée et est sauvée. Grâce à de nombreuses associations, dont l’ANAPI, le Souvenir Français d’Asie, et surtout l’action énergique de Bernard Tissier et de Thierry Servot-Viguier.

Une plaque figure à l’entrée de cette chapelle :

« Nous tenons à remercier sincèrement les organisations, les associations, de leur soutien pour la restauration de la chapelle de That Khé, notamment :

  • La congrégation d’évangélisation des puples ;
  • L’évêque de Lang-Son et Cao-Bang ;
  • Vietnam-Espérance, l’ANAPI et leurs amis ;
  • Les mécénats nationaux et internationaux ».

Bravo à Bernard Tissier, Thierry Servot-Viguier et Amédée Thévenet d’avoir œuvré pour répondre à l’attente de tous les anciens d'Indochine.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 29 Novembre 2015

Commémorations en Macédoine.

A la suite de notre article sur les cimetières militaires français en République de Macédoine, son Excellence Monsieur Blagoj Zasov, ambassadeur, Délégué général du Souvenir Français en Macédoine, nous a fait parvenir des photographies, dont celle ci-dessus, et nous a écrit quelques lignes : « Vous savez que la Macédoine est l’un des pays où sont enterrés des soldats français tombés pendant la Première guerre mondiale. De ce fait, chaque année, les Macédoniens participent massivement aux commémorations du 11 novembre organisées de l’Ambassade de France à Skopje. »

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Publié le 25 Novembre 2015

Yvette Farnoux (Copyright Le Monde).
Yvette Farnoux (Copyright Le Monde).

Yvette Farnoux n’est plus. Décédée le 7 novembre 2015 à Vanves, ville qu’elle habitait avec son époux Abel depuis longtemps. Résistante et déportée française, survivante du camp d’Auschwitz, Yvette Farnoux faisait partie des quelques françaises devenues Grand’Croix de la Légion d’honneur comme Germain Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jacqueline de Romilly et Madame le général Valérie André.

Un hommage lui a été rendu aux Invalides en présence d’un grand nombre de représentants d’associations d’anciens combattants et patriotiques, parmi lesquels le Contrôleur général des armées Serge Barcellini, président général du Souvenir Français. Des représentants des hautes autorités de l’Etat étaient également présents. A cette occasion le président de la République, a indiqué : « Cette combattante de la liberté est devenue après la guerre une militante de la mémoire qui n’a jamais cessé d’œuvrer pour la transmission de l’esprit de Résistance aux jeunes générations ». Puis, Manuel Valls, Premier ministre, a ajouté : « Nous saluons ce jour ses combats, son courage, ses souffrances. Elle aura été un grande héroïne de la nation ».

Yvette Farnoux, née Baumann, voit le jour en Alsace, le 10 septembre 1919, au sein d’une famille juive. Ses parents s’installent sur Paris dans le 16e arrondissement. Etudiante au lycée Molière de Paris, la jeune Yvette s’oriente très tôt vers le service aux autres et décide de travailler pour le Secours national. Arrive la Seconde Guerre mondiale : elle s’engage dans la Résistance dès 1941 – elle n’a pas alors 22 ans – et devient une collaboratrice de Berty Albrecht.

Berty Albrecht est alors l’une des figures des mouvements clandestins. Ancienne surintendante aux usines Fulmen de Clichy et de Vierzon, elle participe aux premiers mouvements de la Résistance, en compagnie de Pierre Fresnay (qui fonde le Mouvement de Libération Nationale), Pierre de Froment et Robert Guédon. Mais arrêtée en 1942, Berty Albrecht réussit à s’évader et entre en clandestinité. Arrêtée de nouveau en 1943, transférée à la prison de Fresnes, elle est retrouvée pendue dans sa cellule le jour même. Un suicide pour ne pas parler sous la torture. Les Mouvements Unis de la Résistance (MNR) se tournent alors vers Yvette Baumann et lui demande de prendre la responsabilité nationale de ses services sociaux. Profitant de ce poste, elle monte des actions visant à l’évasion des résistants.

Mais en janvier 1944, alors qu’elle est enceinte de huit mois d’un premier mari qui disparaîtra dans les camps de concentration, Yvette est arrêtée pour fait de résistance. Elle tente de se suicider en se tailladant les poignets, est transférée vers l’hôpital de Blois, accouche d’un enfant mort-né, puis cherche à s’évader. Reprise, elle est déportée vers Auschwitz-Birkenau puis Ravensbrück. Les nazis lui tatouent le numéro 80583 sur le bras. Tatouage qu’elle ne fera jamais effacer.

Le camp est libéré par les Soviétiques le 30 avril 1945. Yvette rencontre Abel Farnoux, évadé du camp de Buchenwald après 22 mois de captivité. Il a été intégré à l’armée américaine et est chargé du rapatriement des déportés. Ils se marient l’année suivante et auront trois enfants.

Après la guerre, Abel fait carrière aux Postes et Télécommunications. Il travaille aux liaisons téléphoniques entre l’Afrique et l’Europe et n’a de cesse de promouvoir la technologie française en matière d’électronique et d’une toute nouvelle activité, l’informatique. Viennent ensuite l’aventure de la télévision en couleur – Abel Farnoux est à l’origine du procédé de télévision Vidéocolor – et l’aventure politique : en 1991 il est nommé conseiller spécial de Madame le Premier ministre Edith Cresson. Quant à Yvette, assistante sociale, elle créé des associations de défense de la mémoire et œuvre pour les anciens déportés. Entre autres, elle fonde l’association Mémoire des déportés et des résistants d’Europe.

En 2009 au magasine Le Déporté, elle déclare : « Malgré les interrogations disons… musclés, ma seule gloire, ainsi que celle de mon mari, c’est qu’après mon arrestation, personne n’a été capturé ». Puis d’ajouter : « Avoir eu des enfants fut une grande revanche. Mais quand ils ont grandi, j’ai toujours eu peur pour eux. Peur que ça recommence… En fait, depuis la Libération, j’ai cette peur-là ».

Bertold Brecht, in La Résistible Ascension d’Arturo Ui, a écrit ceci :

« Vous apprenez à voir, plutôt que de rester

Les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder.

Voilà ce qui aurait pour un peu dominé le monde !

Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut

Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt.

Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. »

Source :

  • Blog de Bernard Gauducheau, maire de Vanves.
  • Journal Le Parisien.
  • Journal Le Monde.
  • Journal Le Figaro.

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Publié le 15 Novembre 2015

Deuil national.

Décret du 14 novembre portant déclaration de deuil national :

« Le Président de la république,

Sur le rapport du Premier ministre,

Décrète :

Article 1 : les 15 novembre, 16 novembre et 17 novembre sont déclarés jours de deuil national en hommage aux victimes des attentats commis à Paris le 13 novembre 2015.

Article : 2 : le Premier ministre est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la république française ».

Circulaire du 14 novembre 2015 relative aux jours de deuil national en hommage aux victimes des attentats commis à Paris le 13 novembre 2015.

« J'ai l'honneur de vous faire connaître que, conformément à un décret de ce jour du Président de la République, les dimanche 15 novembre, lundi 16 novembre et mardi 17 novembre 2015 seront jours de deuil national afin de rendre hommage aux victimes des attentats commis à Paris le 13 novembre 2015.

L'ensemble de nos concitoyens doit pouvoir se joindre à cet hommage. Les employeurs ont été invités à permettre à leurs salariés d'y participer.

Selon des modalités qu'il vous appartiendra de fixer, vous veillerez donc à organiser lundi 16 novembre prochain, à 12 heures, un moment de recueillement permettant aux agents des services publics relevant de votre autorité ou placés sous votre tutelle de s'associer à cet hommage.

Enfin, les drapeaux seront mis en berne sur les bâtiments et édifices publics dès aujourd'hui et jusqu'au mardi 17 novembre inclus.

Manuel Valls ».

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Publié le 11 Novembre 2015

La lettre.

« Bien chers parents,

La lettre que je vous écris est une lettre d’adieu et lorsqu’elle vous parviendra, je serai probablement tombé sous les balles de l’ennemi. Mais qu’importe, ne pleurez pas, ma mort sera bien peu de chose si elle peut contribuer à la victoire de mon pays. Mon seul regret aura été de mourir sans avoir pu jouir du beau spectacle de son triomphe.

Vous achèterez une petite couronne ou un rameau de laurier que vous mettrez sur la tombe de mon frère et vous lui direz un dernier adieu pour moi.

Embrassez-bien mes sœurs, frères et beaux-frères s’ils reviennent sains et saufs. Dites-leur que si ma vie a été courte, mon rôle aura été suffisamment rempli, car j’aurai disparu au champ d’honneur sous les plis du drapeau, en faisant mon devoir de Français.

Chers parents, j’écris cette lettre avant de partir au feu, demain, nous arriverons sur le champ de bataille. Et, avant d’y aller, j’ai voulu vous faire mes adieux ; pour le moment, je suis en parfaite santé et désire qu’il en soit de même pour vous tous.

Je vous embrasse bien tous.

Marcellin. »

Extrait de la revue du Souvenir Français – Octobre 2015 – Lettre écrite par Marcellin Porteix, tombé au champ d’honneur à Lankhof (Belgique), le 24 décembre 1914.

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Publié le 11 Novembre 2015

Le Souvenir Français d'Issy vous dit merci.

Pour le Souvenir Français, le mois de novembre est toujours chargé, surtout sur sa première quinzaine. Cette année n’a pas dérogé à la règle. Avec une différence d’importance : nous avons organisé notre quête annuelle du jeudi 29 octobre au 1er novembre. Et les Isséens et Isséennes et toutes celles et ceux qui se sont rendus au cimetière communal en ces jours ont été particulièrement généreux. Nous n’avions jamais auparavant connu une telle réussite. Le beau temps y est peut-être pour quelque chose, mais rien n’oblige pour autant à « mettre la main dans le porte-monnaie ». Nous avons récolté 515 Euros. Cette somme ira pour partie au siège de notre organisation pour être employée à des actions de réhabilitation de monuments et de tombes de Morts pour le France en état de décrépitude avancée et pour partie pour notre cimetière où, en accord avec la municipalité, nous pourrons refaire à nouveau des plaques pour les victimes civiles des bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

Ensuite, le mardi 10 novembre au soir se sont déroulées les Flammes de l’Espoir, qui consistent à déposer des bougies sur le Monument aux Morts de la Ville. En présence des unités militaires filleules de la ville, et des représentants de nombreuses associations d’anciens combattants et autres comme les Pupilles de la Nation ou la Légion d’Honneur, plus de 50 bougies ont été déposées.

Nous tenons à remercier la municipalité d’Issy-les-Moulineaux et en particulier Michel Raineri, de même que tous les participants pour leur générosité et leur implication. Un salut spécial et nos plus vifs remerciements à nos quêteurs et à la gentillesse et au dévouement du personnel du cimetière communal.

Un autre salut amical à notre ami Jacques Landois qui a organisé avec la municipalité de Vanves la première manifestation du Souvenir Français sur sa commune.

CDT (RC) Frederic RIGNAULT

Président du Comité – Délégué Adjoint pour les Hauts-de-Seine

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Publié le 27 Octobre 2015

Commémorations de novembre.

Mois de novembre chargé pour le Souvenir Français !

  • Le samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre, quête du Souvenir Français à la sortie des églises d’Issy-les-Moulineaux (paroisses St-Etienne et Notre Dame des Pauvres) et à l’entrée du cimetière. L’argent récolté servant à l’entretien des tombes de celles et ceux qui sont morts pour la France. Merci par avance.
  • Le mardi 10 novembre à 18h15 au Monument aux Morts de la ville, opération « Flammes de la Mémoire » ; notre comité organise chaque année le dépôt de bougies sur le monument aux morts. Vous êtes invités à venir nombreux !
  • Le mercredi 11 novembre : commémoration de l’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Nous comptons sur vous et vous remercions par avance de votre générosité.

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Publié le 14 Octobre 2015

Un Comité à Vanves !

Le Comité est heureux d'annoncer la naissance d'une Section à Vanves ! Cette section est présidée par Monsieur Jacques Landois, qui fut longtemps maire-adjoint de cette commune, chargé des Anciens combattants.

Premier travail : être présent aux cérémonies de la commémoration de l'armistice de la Première Guerre mondiale pour un dépôt de gerbe au nom du Souvenir Français.

Et que longue vie à cette Section !

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Publié le 7 Octobre 2015

Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).
Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).

Il n’est pas rare dans les carrés militaires de voir des tombes de soldats, ou des civils, morts en Algérie, mais après les Accords d’Evian du 19 mars 1962. Une date est d’ailleurs marquée à jamais du sceau noir de la mort. Il s’agit du 5 juillet 1962…Comment en est-on arrivé là ?

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités.

Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

« Une victoire française sur le terrain ».

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

Oran – 5 juillet 1962.

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

Sources :

  • Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr
  • Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.
  • Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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