Publié le 8 Mars 2014

 

Rangoon Cemetery

 

Il y a peu, le Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie, Monsieur Claude Jaeck, alors en mission professionnelle à Rangoon en Birmanie, découvrait avec étonnement la tombe d’un soldat français au beau milieu du cimetière militaire anglais de la ville.

Il s’agit du caporal Philibert Methia, du 10e RICM, mort pour la France le 27 octobre 1945 (parcelle 2 – Rangée A – Tombe n°4). Pourquoi un Français là ?

 

Une province de l’Empire des Indes.

 En 1886, la Birmanie devient une province des Indes britanniques et sa capitale est Rangoon. Le pays se transforme en une société coloniale orientée vers son puissant voisin indien : les liens étroits entre le pouvoir civil et religieux, existants depuis des siècles, sont distendus ; l’agriculture, première économie locale, se tourne vers l’exportation et les élites se mettent à la langue anglaise. Les plus riches envoyant même leurs rejetons faire des études au Royaume-Uni. L’émancipation de 1937, avec la création d’une nouvelle constitution et une assemblée élue, distincte de l’Inde, permet de préserver une paix relative pendant quelques années. Bien entendu, comme dans chaque situation similaire, certains étudiants rentrés au pays tentent de monter des organisations de libération du joug colonial.

 

 La Seconde Guerre mondiale.

 Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les événements vont s’amplifier. En décembre 1941, les Japonais déclarent la guerre au Royaume-Uni. Dès le mois de janvier de l’année suivante, ils envahissent la Birmanie par le sud et expulsent les troupes anglo-indiennes qui s’y trouvent. Ces dernières reculent vers le nord et se réfugient en Chine ou en Inde. Les Japonais sont appuyés par les hommes d’Aung San, un nationaliste birman, qui a formé l’Armée pour l’indépendance birmane, avec l’appui logistique et financier de l’Empire du soleil levant. Comme en Indochine française, les Japonais cherchent à favoriser l’émancipation du peuple afin qu’il se retourne contre le colon européen.

Pour les Anglais, la défaite est cuisante : ils assistent, au fur et à mesure de leur retraite, à l’effondrement de leur administration birmane. De plus, à l’est, l’armée thaïlandaise pénètre en territoire birman et occupe en quelques semaines tout la partie orientale du pays. Les combats sont très meurtriers ; focalisés pendant la période sèche (hors du temps de la mousson), des milliers de villages sont entièrement détruits.

Les deux années suivantes sont particulièrement difficiles pour le Royaume-Uni : il doit défendre son île contre les bombardements nazis, entretenir la guerre au Moyen-Orient et en Afrique (Egypte, Territoires palestiniens, Syrie, Jordanie) et faire face à de nombreux soulèvements en Inde, qui connait une famine retentissante, notamment dans la province du Bengale. Avec l’aide d’observateurs et d’instructeurs américains (cette notion n’est donc pas récente…), les Anglo-indiens montent quelques opérations le long de la frontière birmane. Elles ont pour but de montrer que la guerre n’est pas terminée et d’entretenir la foi dans les combats pour les soldats.

Par ailleurs, pour affirmer que leurs hommes sont tout aussi capables que les Japonais de se battre dans la jungle, les Anglais envoient plusieurs milliers de commandos au cœur de la Birmanie afin d’y créer des situations de déstabilisation : dynamitage et destruction de ponts, de voies ferrées, attentats dans les villages et les villes, attaques surprises dans la jungle… Toutes ces opérations ne sont pas couronnées de succès, mais là encore, elles redonnent le moral aux hommes restés en Inde ou dans la Chine de Tchang Kaï-chek. Elles permettent aussi de démontrer une certaine insécurité : les Birmans ont bien souvent accueillis les Japonais en libérateurs. Au bout de quelques mois, ils s’aperçoivent que leur condition ne s’améliore pas forcément et qu’une insécurité permanente demeure, là où les Anglais faisaient régner un certain ordre.

A la fin de l’année 1943, les choses commencent à changer : avec un commandement nouveau et soudé autour de Lord Mountbatten (oncle du duc Philippe d’Edimbourg, futur époux de la reine Elisabeth II), commandant en chef des forces alliées en Asie du Sud-est, avec l’utilisation de moyens dus à la puissance industrielle et économique des Etats-Unis comme par exemple une aviation considérable, le cours de la guerre s’inverse réellement. De plus, les Anglais reçoivent l’appui d’unités chinoises (Force X et Force Y) et de commandos de plusieurs armées alliées (australiennes, néo-zélandaises…).

Les Japonais ne restent pas sans rien faire et décident une attaque éclair sur l’Inde orientale au début de l’année 1944. Des batailles comme celles d’Imphal ou de Kohima font des milliers de victimes. A la fin de l’offensive, on relève près de 55.000 morts chez Les Japonais et environ 17.000 chez les alliés. Pour beaucoup, les soldats sont décédés de leurs blessures auxquelles se sont ajoutées les maladies tropicales.

 

L’offensive victorieuse de 1945.

 L’offensive victorieuse de 1945 vient de deux fronts : au nord, les divisions chinoises et anglo-indiennes enfoncent les lignes japonaises en quelques semaines. Au centre du pays, les troupes alliées provenant d’Inde immobilisent à Mandalay de nombreuses divisions japonaises. Ces derniers se battent avec une ardeur désespérée. Ils profitent de la situation pour détruire une grande partie des édifices religieux de la ville. Bientôt, à cours d’artillerie et de munitions, laissant des milliers de morts, ils se retirent vers l’est.

Une nouvelle fois avec l’appui de l’aviation américaine, Winston Churchill, Premier ministre britannique, ordonne à Lord Mountbatten d’envoyer des milliers de soldats à la reconquête de la capitale Rangoon. Des commandos, ceux de la Force 136 (principalement des Anglais, mais aussi plusieurs dizaines de Français), participent à cette offensive. Il s’agit d’être à Rangoon avant la mousson. Par ailleurs, le nationaliste Aung San change de camp et prend contact avec les alliés. Il s’agit maintenant de l’appuyer, après l’avoir combattu…

Au cours du mois d’avril 1945, les Japonais décident de quitter Rangoon. Il n’est que temps : les troupes alliées sont à 30 kilomètres de la ville. Le 2 mai, la mousson débute vraiment, rendant impossible toute manœuvre militaire d’importance.

Au total, plus de 144.000 Japonais trouvent la mort dans ces campagnes, soit deux fois plus que les Alliés. Ils sont enterrés dans de nombreux cimetières militaires, dont celui de Rangoon.

 

 Sources.

  •  Souvenir Français – Délégation de Chine / Asie.
  • Site web de cette délégation : www.souvenir-francais-asie.com
  • Allen, Burma : The Longuest War.
  • Bob Maloubier, L’espion aux pieds palmés, Rocher, 2013.
  • Colonel Jean Sassi, Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes, Nimrod, 2009.
  • Pierre Yanic-Laquerre, La Force X, Revue 2e Guerre mondiale, oct.-nov. 2010.

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Publié le 1 Mars 2014

Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux participera à la messe à la mémoire des isséens morts au combat en Algérie. Celle-ci se déroulera le samedi 22 mars 2014 ; en voici le programme :

 

  • 9h30 – Rassemblement sur le parking du CNET et départ en car.
  • 10h00 : église Saint-Bruno, 14 rue de l’Egalité – Messe du Souvenir.
  • 11h00 : cimetière communal, 57 rue de l’Egalité – Fleurissement des tombes des Morts en Algérie.

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Publié le 1 Février 2014

 

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Des éclaireurs-cyclistes se rendent sur Ypres.

 

Le 342e régiment d’infanterie, régiment de réserve du 142e RI de Lodève-Mende, a été crée à la mobilisation, le 2 août 1914. Il est alors composé de 2186 hommes qui quittent Mende (Lozère), le 10 août 1914 sous les ordres du lieutenant-colonel Heliot, « un vieil et rude africain ». Le régiment est composé de deux bataillons : le 5e commandé par le chef de bataillon Julien qui encadre quatre compagnies (capitaines Danton, Boge, Saget, Balesta) et le 6e avec à sa tête, le chef de bataillon Bernard qui encadre aussi quatre compagnies (capitaines Petitjean, Devaux, Chourreu et Taffin). Les hommes viennent de la Lozère, de l'Aveyron, de l'Hérault, de l'Aude, des Pyrénées-Orientales. Un noyau important d'Auvergnats de Paris apporte, au milieu du patois méridional, un accent faubourien qui sait blaguer aux heures difficiles.

 

La bataille d’Ypres

 

Le 19 août, c’est le baptême du feu en lisière sud du bois de Mulwald pour couvrir Angviller (Moselle). Le 26 août, le 342e se distingue à La Mortagne (Meurthe-et-Moselle). Les compagnies Danton et Saget subissent leurs premières pertes. La campagne de Lorraine terminée, le 342e rejoint Saint-Mihiel (Meuse) puis Manoncourt (Meurthe-et-Moselle) sous une pluie battante et une marche épuisante. Le 24 septembre, elle perd son premier officier, le sous-lieutenant Lasvignes de la 24e Cie.

Le secteur s'organise, les tranchées se creusent, des réseaux barbelés sont posés, les attaques deviennent vaines sans une préparation d'artillerie encore impossible à réaliser. Les escarmouches sont quotidiennes et le 342e tient bon la place quand, fin octobre, il est envoyé à Ypres (Belgique). Le 5e bataillon (Julien) est placé, le 1er novembre au matin, sous les ordres du chef de corps du 143e R. I. et va renforcer ce régiment, au nord de Wyschaête (Belgique), sur la route de St-Éloi. La 18e Cie (Boge) est au sud, les 17e (Danton) et 20e (Balesta), au centre, la 19e (lieutenant Pic), au nord, tout le bataillon est face à l'est sur deux lignes et l'on s'efforce de faire le plus de volume possible.

Le capitaine Balesta est tué le soir du 1er novembre. Le capitaine Boge et le sous-lieutenant Surbézi (20e Cie) le 2 novembre, le commandant Julien et le lieutenant Ribes (17e Cie) sont grièvement blessés ce même jour. Les pertes sont importantes. Les combats violents se poursuivent Le lieutenant téléphoniste Teisserenc essaie de les contenir ; il est tué presque aussitôt et la poussée est si forte, que le 342e est contraint à céder un peu de terrain. A la 22e compagnie, le capitaine Devaux et le lieutenant Geoffroy sont tués, les lieutenants Palanca et Cayrel sont très grièvement blessés ; à la 23e compagnie, le seul officier présent, le sous-lieutenant Gleyses, est grièvement blessé à la tête ; les mitrailleurs perdent leur chef, le sous-lieutenant Justafré, tué en tête de sa section. Au soir du 3 novembre, le bataillon Bernard ne compte plus que deux officiers valides : le sous-lieutenant Darnaudy de la 24e compagnie et le lieutenant Rigal qui prend le commandement du 6e bataillon où une compagnie reste encore sous le commandement d'un adjudant, car il n'y a pas assez d'officiers…

 

Noël 1914 en Belgique

Après cette hécatombe, le 342e est relevé par des Anglais pendant trois jours avant de repartir au combat. Il est renforcé par près de 300 hommes. Le 9 décembre, les hommes abandonnent les tranchées de Saint-Eloi et les cantonnements de Dickebusch, pour la Clytte et le secteur de la ferme de Hollande devant Groote-Vierstraat.

Noël 1914 se passe à la Clytte en joyeuses fraternisations avec Anglais et Belges, puis le 342e occupe de nouveau Saint-Éloi. Le 28 décembre, le régiment de réserve prend enfin le secteur de Laukof, au nord du canal d'Ypres à Commines. Là, les tranchées sont par endroits à quinze mètres de celles de l'ennemi. Tout le mois de janvier 1915, les compagnies passent à tour de rôle, 36 heures consécutives dans les tranchées, en première ligne.

Le 31 janvier, une attaque allemande à la grenade s’empare d’une tranchée française. Pour la reprendre, le 6e bataillon (capitaine Laliron) perd 143 hommes, dont deux officiers. En février, le 342e RI quitte avec amertume les zones de combats où il a connu de terribles souffrance malgré le renfort, entre novembre 1914 à février 1915, de 1.867 hommes venus d’autres régiments.

 

Bataille de la Champagne

Le 342e RI est transféré sur le front de Champagne. Le 19 mars, seulement une demi-heure après avoir relevé le 96e RI, les hommes du LCL Heliot essuient un violent bombardement et une fulgurante attaque de l’infanterie ennemie. Le régiment qui riposte vaillamment perd 176 hommes ainsi que 122 blessés et une centaine de disparus. Parmi les premiers tués : le capitaine Laliron commandant le 6e bataillon et ses quatre commandants de compagnie : le capitaine Combet, le lieutenant Rigal, le capitaine Garnier et le lieutenant Guiraud. Un sixième officier grièvement blessé tombe aux mains de l'ennemi : le sous-lieutenant Daubiné (21e Cie) qui rentrera plus tard d'Allemagne les deux jambes coupées. Cette même journée, dans une escarmouche proche de la Ferme de Beauséjour, le chef de corps du 342e RI, le LCL Héliot est grièvement blessé et trois de ses officiers du 5e bataillon sont tués : le capitaine Jacoby (19e Cie), le lieutenant Ribes et le sous-lieutenant Le Garrec (20e Cie).

C’est le capitaine Danton qui vient prendre le commandement du régiment et le conduit le 23 mars à Somme-Bionne où arrivent un nouveau chef de corps, le Lieutenant-colonel Blavier, les officiers et gradés du 107e bataillon de marche, en tout 462 hommes en divers renforts. Installé à l’ouest de Perthes-les-Hurlus en avril 1915, le régiment doit affronter la terrible guerre des mines et celle des créneaux où les tireurs d'élite font merveille ; ce sont les meurtrières fléchettes, les bombes de tout calibre que l'on s'envoie de tranchée à tranchée et qui, par leur harcèlement continu, ralentissent les travaux. Les cinq mois à Perthes-les-Hurlus se passent en luttes incessantes ; « on se grignote » de tranchées en tranchées pour gagner 10 mètres, en reperdre 15 puis en reprendre 20…

Pendant cette période (avril à août 1915) le 342e reçoit le renfort de 817 hommes. A la fin août, le Régiment est à Rapsécourt (Marne), puis à Chaudefontaine, d'où il va travailler vers Berzieux et Ville-sur-Tourbe (Marne) en vue de l'offensive d'automne. Il est, à de rares exceptions, laissé en réserve de la 32e division même si la 18e compagnie (Gely) est éprouvée le 28 septembre à la Main de Massiges. Le 28 octobre, le 342e occupe un secteur sur les pentes ouest de la Butte de Tahure (1). Le 5e bataillon (Beaudesson) repousse les vagues d'assauts ennemies ; les mitrailleuses des sections Boulard et Jourda font merveille aux deux extrémités de ce bataillon. Le 30 octobre, malgré les efforts du 6e bataillon (Rochard), l’ennemi parvient à prendre la Butte de Tahure, descendant dans le dos des 22e et 23e Cie. Le commandant Beaudesson qui arrive pour renforcer la résistance est tué à l’ennemi. Plus de 120 soldats du 342e RI perdent la vie dans cette bataille (2).

 

Bataille de Verdun

Epuisé par les fatigues de la Bataille de Champagne, le régiment retourne à l’arrière prendre un repos mérité. Le 28 novembre, il revient à Hautvillers, près d'Épernay et achève de se reconstituer. En janvier 1916, le 342e, commandé par le lieutenant-colonel Blavier, a ses cadres au complet : le chef de bataillon Pauly commande le 5e bataillon formé des compagnies : Maurandy, Bernard, de La Brosse et Pic ; au 6e, il y a le chef de bataillon Saunier et les compagnies Lapeyre, Durand, Pillieux et Ménigoz ; les mitrailleurs ont le capitaine Lapisse. Fin Janvier 1916, il prend le secteur assez calme de Soissons où il ne rencontre aucune difficulté majeure. Relevé à la mi-février par le 80e RI, le 342e va stationner à Fismes près de Verdun car la grande bataille est déclenchée. C’est en août 1916 que le 342e régiment d’infanterie connaît son heure de gloire. Le 16 août, il relève le 4e régiment mixte Zouaves et Tirailleurs.

Le 23 août 1916, le bataillon Pauly est chargé de conquérir la fameuse crête Fleury-Thiaumont, particulièrement importante à posséder pour cacher à l'ennemi le ravin des Vignes d'où partira plus tard l'attaque qui délivrera Douaumont. Durant quatre heures, l’artillerie fait excellente besogne ; les obus de 155mm, s’abattent drus sur les positions allemandes. A 17 h. 30, les lieutenants Chaumont, Mouzon et Broussaud s'élancent avec la première vague d'assaut de leurs compagnies respectives ; tout le reste du bataillon les suit en deux autres vagues.

Les hommes, enthousiasmés par la belle préparation d'artillerie, y vont de tout leur cœur. Les combats font rage pendant plusieurs jours avec quelques périodes d’accalmie. Les deux chefs de bataillon Pauly et Saunier sont tués au combat.

 

Argonne et Côte 304

 

Le 31 août au soir, le 342e est relevé et s'embarque le lendemain à Lempire (Aisne) pour Foucaucourt (Somme) où il jouit d'un repos bien gagné. Le 8 septembre, le Lieutenant-colonel Blavier, les deux chefs de bataillon tués, les capitaines du 5e bataillon et quelques militaires sont cités à l'ordre de la 2e Armée par le Général Nivelle.

Après avoir participé à la bataille en Argonne (automne 1916), le 342e revient, le 12 janvier 1917, à Foucaucourt où la température descend à vingt degrés en dessous de zéro. Dans la nuit du 21 au 22 janvier, le bataillon Thiébaud, renforcé des mitrailleurs du 6e bataillon et de la 22e compagnie, prend le secteur de la côte 304. Le 25 janvier 1917, après une très violente préparation d'artillerie et de torpilles, les Allemands réussirent à s'emparer de la première ligne tenue par le 5e bataillon sur le sommet de la côte 304. Les fantassins français ont épuisé sans résultat apparent leurs moyens de liaison avec l'arrière, du reste le 6e bataillon alerté a des éléments jusqu'à Jouy-en-Argonne et ne peut arriver qu'à la fin de l'action. Tout est emporté par l'ennemi entre 15 et 16 heures, seuls surnagent le poste de commandement du bataillon et une section de mitrailleurs du capitaine Lapisse. Le 28 janvier à 14 heures, deux bataillons essayent sans succès de reconquérir le sommet de la côte 304. Le 16 février, le 6e bataillon (capitaine de la Brosse) prend de nouveau le secteur 304 et, jusqu'au 13 mars, les deux bataillons (5e et 6e) alternent entres les premières lignes et Jouy-en-Argonne, tandis que tous les mitrailleurs restent en ligne. Durant un mois, les positions s'organisent malgré la neige, la pluie et la boue. Le 8 mars, le 5e bataillon est mis au repos à Nixéville (Meuse). Le 13 mars, c’est au tour du 6e bataillon de rejoindre l’arrière à Osches (Meuse).

Un temps affecté (avril) dans le secteur du Bec entre la côte 304 et le Mort-Homme, le 342e RI est relevé le 10 mai 1917 et mis au repos aux camps du Deffoy et des Clairs-Chênes ; le 11 mai, il cantonne à Jubécourt et Brocourt.

 

La dissolution : mai 1917

La réorganisation de l'armée française après l'offensive du 16 avril 1917 réduit à trois régiments toutes les divisions. Le 342e doit donc quitter ses camarades de combat de la 32e division : le 15e d'Albi, le 80e de Narbonne et le 143e de Castelnaudary. Le Colonel Bertrand qui commande, depuis janvier 1916, la 63e brigade, où il a remplacé le général de Voillemont, vient faire ses adieux au régiment et rend hommage à sa « fermeté dans l'accomplissement du sacrifice » (Ordre n° 257). Le régiment est dissous le 12 mai 1917. Ce même jour, les bataillons s'embarquent à Lemmes pour la Ve Armée, où ils sont affectés au 35e R.I. de Belfort (Bataillon Thiébaud) et au 60e R.I. de Besançon (Bataillon Jusselain).

Le 342e RI a payé un lourd tribut en moins de trois ans : sur les 2186 hommes qui sont partis le 10 août 1914, seuls un peu plus de la moitié sont encore vivants le 12 mai 1917. Le 342e a perdu 976 hommes de troupe en 33 mois (sans compter les officiers).

 

tahure 2 

 

La butte de Tahure.

 

1 Le village de Tahure comptait 185 habitants en 1911. Pendant la Première Guerre mondiale, le village fut anéanti. Il ne s'est plus jamais relevé.

2 La Butte de Tahure n’est reconquise que le 20 septembre 1918, par des régiments de la 14e Division, composée pour une bonne part de vieux soldats du 342e qui ainsi vengèrent leurs malheureux camarades.

 

 Cet article a été écrit par le LTN (r) C. Soulard, pour le Bulletin de Liaison n°148 de l’association des réservistes de l’infanterie, ANORI (Sources : historique du 342e RI).

 

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Publié le 26 Janvier 2014

Dien Bien Phu ECPAD

 

Soldats à Diên Biên Phù (copyright ECPAD).

 

Retour à la 13.

 Giacomo Signoroni revient en Indochine en 1951. Il rejoint sa formation d’origine, la 13e DBLE. L’unité est transportée dans le Tonkin où, là encore, elle s’illustre à de nombreuses reprises. En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Définitivement. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos pour éviter la contagion communiste. Les 1er et 3ème bataillons y sont envoyés.

 Giacomo Signoroni : « Je revois encore le lieutenant-colonel Gaucher. Il était le commandant de la 13. Il nous avait réuni et nous indiqua : « C’est simple. Je connais le terrain. Ici, j’ai foutu une branlée aux Japonais en 1940 ! »

 

Diên Biên Phù : la mission.

 L'assaut contre le camp retranché de Diên Biên Phù est déclenché le 13 mars 1954, contre le point d’appui (PA) Béatrice, alors sous le commandement du commandant Pégo. C’est une pluie d’obus qui s’abat sur le PA, et ce à l’étonnement général, à commencer par le commandant des forces françaises, le général de Castries. Le colonel d’artillerie Piroth, qui a juré qu’aucun obus ne serait tiré sur le camp, prend acte de son erreur et se suicide quelques jours plus tard à l’aide d’une grenade. En fait, les troupes du Vietminh ont mobilisé des dizaines de milliers d’hommes pour creuser des galeries un peu partout à l’intérieur des collines qui entourent le camp retranché. Elles y ont placé des canons, qu’elles peuvent, aussitôt le coup parti, rentrer dans leur cachette. Le commandement français devient fou ne sachant d’où viennent les coups.

 Quant au PA Béatrice, comme les autres PA d’ailleurs, ses constructions n’ont absolument pas été faites en prévision de bombardements. En quelques heures, les voilà pulvérisées…Les soldats français tombent comme des mouches. Pégo et Gaucher sont tués par un obus qui pénètrent dans leur abri.

 Giacomo Signoroni : « En qualité de Chef de la Section Pionniers, je fus convoqué par le lieutenant Bacq, commandant la C.C.B. (Compagnie de Commandement du Bataillon) du 1/13 DBLE (1er bataillon de la 13ème demi-brigade), le 14 mars 1954 vers 8 heures. Etaient présents : le chef de bataillon Brinon, commandant le 1/13 DBLE, le lieutenant de Chapotin, officier de transmission du 1/13 DBLE et le capitaine Stermann, médecin-chef du 1/13 DBLE.

 Une trêve venait d’être signée jusqu’à midi. Le lieutenant Bacq me donna des explications sur ma mission :

  •  Rassembler au complet sans armes.
  • Tenue de combat, casque lourd, toile de tente, couverture, bidon plein d’eau, le maximum de brancards, pelles de campagne.
  • Pas d’insigne de l’unité et du grade.

 

Mais les officiers revinrent sur ce dernier point devant ma ferme attitude à vouloir conserver les insignes de grade.

 Ma mission consistait en les éléments suivants :

  •  Me rendre sur le PA Béatrice – le camp retranché de Diên Biên Phù était entouré de PA aux noms de Gabrielle, Anne-Marie, Huguette, Dominique, Eliane, Claudine, Béatrice, Françoise et Isabelle – perdu la nuit du 13 au 14 mars 1954, après de durs combats.
  • Récupérer les blessés, les morts, reconnaître les corps et en particulier ceux des officiers.
  • Me rendre compte de la situation sur le PA Béatrice.

Deux Dodge 6x6 furent mis à ma disposition, plus une jeep pour l’équipe médicale, dirigée par le capitaine Stermann, assisté du caporal infirmier Sgarbazzini et deux infirmiers de son équipe médicale.

 

L’organigramme de ma section était ainsi composé :

  •  Moi-même, adjudant Signorini.
  • Sergent Trumper (qui fut tué le 17 mars 1954).
  • Caporal-chef Miguel Leiva.
  • Caporal Joss Mirko.
  • Les légionnaires : Gutierez, Pregati, Clément, Redina, Bosio, Blanc, Andreis, Nitch, Radwaski, et d’autres encore dont les noms m’échappent plus de cinquante ans après les faits. »

 

En direction du PA Béatrice.

 « A 9h, à bord de nos véhicules, nous démarrâmes en direction de l’antenne chirurgicale où nous retrouvâmes l’équipe médicale du capitaine Le Damany, médecin-chef de la 13 DBLE, ainsi que le Père Trinquant, aumônier de la demi-brigade. En tête du convoi se trouvaient les quatre véhicules de l’équipe médicale, battant pavillon de la Croix Rouge : la jeep du capitaine Le Damany, une ambulance, la jeep du capitaine Stermann et le véhicule du Père Trinquant. Suivaient mes deux Dodge plus un camion GMC pour les légionnaires.

 Le convoi prit la direction du PA Béatrice. Un kilomètre avant l’arrivée sur le PA, je remarquai deux emplacements de mines antichars, de chaque côté de la route, ainsi que plusieurs autres pour des armes automatiques, et en particulier des SKZ, placés à mi-hauteur sur les pentes qui surplombaient le chemin. De même, je vis des recoins de combats, destinés certainement à une compagnie pour une embuscade. Tous ces dispositifs ne pouvaient être là que pour nous empêcher de dégager Béatrice.

 A l’entrée du PA, la barrière était fermée. La chapelle était intacte. Par contre, le terrain tout autour était labouré par les obus et les mortiers. Notre convoi stoppa à la chapelle. Je fis mettre pied à terre et disposait les véhicules pour le retour. Ordre était donné aux chauffeurs de ne pas bouger, prêts à toute éventualité.

 Sur Béatrice même, régnait un silence pesant. Un silence de mort et de désolation. Les abris étaient démolis, les tranchées pleines de terre, à la suite des éclatements des obus ou des grenades. C’était évident : la lutte avait dû être dure et farouche. Mais, en dépit de ces images de dévastation, j’avais un sentiment étrange : il y avait une présence vivante autour de nous. Etait-elle amie, ennemie ? Nous partageâmes cette intuition. Aussi, disposais-je mes légionnaires en plusieurs équipes, et nous commençâmes la montée sur Béatrice. Nous progressions difficilement, fouillant avec minutie les abris à la recherche de survivants.

 Avec l’équipe du caporal-chef Leiva, je me rendis à l’abri du PC (poste de commandement) du commandant Pegot, situé au sommet du point d’appui. Le Père Trinquant me rejoignit. Le toit de l’abri était effondré ; les créneaux et l’entrée étaient bouchés par des éboulements. Il était impossible de constater si des corps se trouvaient sous les décombres. Je présumai que les restes du commandant Pegot, du capitaine Pardi étaient ensevelis, avec tous les occupants du PC. »

 

Face-à-face avec un officier Vietminh.

 « Je descendis vers la rivière appelée Nam Youm (il faut la traverser en quittant le PC du général de Castries, Béatrice étant une des collines les plus éloignées). Partout régnait ce même silence de mort. A mi-chemin, un officier Vietminh, dont j’avais remarqué la présence (certainement un commissaire politique) m’interpela et me signala que sur cette piste se trouvaient trois blessés, abandonnés, surpris comme les autres par l’attaque de nuit. Mais pour quelle raison auraient-ils été laissés là, alors que, visiblement, les Bodoïs avaient emporté les morts et les blessés du Corps Expéditionnaire ? Tout à ma mission, je remontai vers le sommet du PA et, face à la chapelle, nous trouvâmes un mort, à moitié enseveli sous les décombres. Je ne découvris pas son identité.

 Le même officier Vietminh m’interpela à nouveau et m’indiqua que tous les survivants officiers, sous-officiers et légionnaires avaient été conduits vers des camps de captivité, les blessés vers des infirmeries et des hôpitaux, et que les morts avaient été ensevelis dans les abris effondrés et dans les tranchées. A ma demande sur le sort des officiers, sa réponse fut la suivante : « Tous les prisonniers seront bien traités chez nous ». Puis, il me confia une bouteille de rhum en me disant : « Pour vos blessés ». Enfin, il me serra la main et me souhaita bonne chance.

 Plus de cinquante ans après, je me pose encore la question : comment cet officier ennemi a pu s’adresser à moi, alors que j’étais en mission, et entouré de trois officiers, portant bien visibles leurs galons ? Peut-être s’agissait-il encore une fois de cette philosophie vietnamienne dont on parlait tant.

 Vers 11h, un tir d’artillerie fut déclenché depuis les camps retranchés. Les obus de 155 visaient les collines entourant le camp retranché de Diên Biên Phù. Alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur, pourquoi ce tir, sachant que des éléments français se trouvaient en ce moment même en zone Viet pour effectuer une mission humanitaire. Nous continuâmes rapidement nos recherches et nous récupérâmes les trois officiers dont avait parlé notre ennemi. Il s’agissait des lieutenants Pungier, Jego, et Carrière. Mais le temps de notre mission étant compté, nous dûmes rentrer à la base non sans avoir essuyé un nouveau tir d’artillerie à hauteur de l’antenne chirurgicale. Nous eûmes à déplorer un blessé léger.

 Et je rendis compte de ce que j’avais vu à l’officier des renseignements et retrouvai mon unité vers midi. Plus de cinquante-cinq après, je tiens à préciser une fois pour toutes et en particulier à ceux qui écrivent des bons livres, que les artisans de cette mission sont bien ceux cités et non d’autres. Il s’agissait bien de la 13ème DBLE et en particulier de la Section Pionniers ».

 

A Diên Biên Phù.

 « A Diên Biên Phù, nous avons tous fait notre travail en soldat. Je prends en exemple les légionnaires de la Compagnie de Commandement du Bataillon (CCB) du 1/13 DBLE, qui avec sa Section Pionniers fut à toutes les pointes des combats, soit comme section de choc, soit avec les M5 Extincteurs Spéciaux que les anciens connaissent très bien et qui étaient célèbres pour leur efficacité dans les préparations d’attaque ou pour enrayer les assauts ennemis.

 La Section Mortiers de l’adjudant Adamait fut elle-aussi à la pointe des tous les combats. Pour sa part, elle agissait soit en tir d’appui et de barrage, soit en unité de combat, ce qu’elle fit à la fin après avoir détruit ses dernières pièces. Il faut également citer le travail remarquable de l’unité de transmission, avec les caporaux Guenzi et Piccinini, le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint et tant d’autres encore. Quant au Service de santé avec Stermann, c’est bien simple, il était présent à chaque instant.

 Je tiens également à préciser que les derniers à passer la Nam Youm, le 8 mai 1954 – c’est-à-dire le lendemain de la reddition du chef du GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest, le général de Castries) – furent les éléments de la CCB 1/13 aux ordres du capitaine Coutant, la Section Pionniers, la transmission, plus les survivants des trois compagnies du capitaine Capeiron, du lieutenant Viard, du lieutenant Bacq et du lieutenant de Chapotin. D’autres noms m’échappent. Ils passèrent vers 15h après avoir soutenu les assauts des Bodoïs sur Eliane 2.

 Après avoir tiré le dernier obus, la Section Mortiers détruisit l’unique pièce et prit part au combat comme unité fantassin. Le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint en firent de même après la destruction des matériels de transmission. Les caporaux Guenzi et Piccinini assurèrent la liaison radio jusqu’au dernier moment avant la destruction de leur matériel.

 C’était la fin. Les Viet arrivaient de partout. Nous étions encerclés, prêt au sacrifice suprême. Piccinini et Guenzi brûlèrent le fanion de la compagnie. Ordre était donné de nous rendre. L’humiliation.»

 Pour ses actes de guerre et de bravoure, Giacomo Signoroni reçut la médaille militaire, sur le champ de bataille. La fin de l’aventure indochinoise est connue. Après le désastre militaire, et face à des dizaines de milliers de soldats ennemis, les troupes du Corps Expéditionnaire capitulent. S’ensuit une marche de près de 700 kilomètres, dans des conditions épouvantables, à travers la jungle pour rejoindre l’est du pays (Giacomo Signoroni est enfermé au Camp 73).

 Les pertes humaines à Diên Biên Phù sont d’environ 3.000 morts au combat ou disparus, plus de 4.400 blessés. Le 8 mai 1954, les hommes du général Giap font 10.948 prisonniers. Au moment de la restitution de ces mêmes prisonniers, en septembre 1954, 7.658 hommes manquent à l’appel…

 

L’Algérie.

 Au retour de l’Indochine, Giacomo Signoroni est muté dans un Régiment Etranger de Cavalerie. Entre 1954 et 1960, il combat les fellaghas à la frontière marocaine dans la région de Colomb-Béchar. Raccourci tragique de l’Histoire : c’est en ces lieux que disparut le 28 novembre 1947, le général Leclerc, qui avait été à le premier chef du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient en 1945-46.

 Là, Giacomo Signoroni prend part à moult opérations dans les montagnes de l’Atlas Saharien. Puis il suit son unité à Saïda, dans l’arrière-pays oranais, non loin de Sidi-Bel-Abbès, patrie d’origine de la Légion. D’ailleurs, la perte de l’Algérie sera un traumatisme pour elle, comme pour de nombreuses unités. Même si la Légion perd dix fois moins d’hommes qu’en Indochine, de nombreux militaires pensent qu’ils ont été lâchés par le pouvoir politique, quand la victoire par les armes, elle, était acquise. Contrainte de quitter le pays, la Légion étrangère brûle en partant le pavillon chinois, pris en 1884 à Tuyen Quang, et qui ne devait pas quitter Sidi-Bel-Abbès. Elle emporte les reliques du Musée du Souvenir et exhume les cercueils du général Rollet (Père de la Légion), du prince Aage du Danemark et du légionnaire Heinz Zimmermann, dernier tué d’Algérie. Elle s’installera à Aubagne, dans le département des Bouches-du-Rhône.

 Mais Giacomo Signoroni n’est déjà plus concerné…

 En 1958, il se marie. De cette union, naissent une fille puis un garçon. Peu avant la naissance de son premier enfant, il quitte l’armée. Le retour en France a lieu en 1961. Giacomo Signoroni, officier de la Légion d’honneur, commence une nouvelle vie, une nouvelle carrière au sein de plusieurs entreprises de sécurité et des centres de surveillance.

 

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 10 Janvier 2014

 

rc4

Convoi sur la RC4 (copyright ECPAD).

 

L’engagement.

 Giacomo Signoroni est né en 1921 dans le petit village de Castagneto Po – connu depuis que sa native la plus célèbre, Carla bruni, est devenue Première dame de France – situé à quelques kilomètres de Turin, au cœur du Piémont. Les industries automobiles Fiat et l’agriculture, entres autres, assurent la prospérité de la région.

 « J’ai assisté à pas mal d’atrocités, indique Giacomo Signoroni, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Italiens étaient les alliés des Allemands. Avec eux, cela pouvait aller. Tout a dégénéré quand les Américains sont arrivés et que la population s’est coupée en deux : il y avait d’un côté ceux qui voulaient se battre pour le Duce, de l’autre, ceux qui voulaient aider la libération du pays. Puis le Duce a été renversé et la liberté est revenue. Mais j’en avais trop vu. J’ai décidé d’émigrer en France, vers Nice et de m’installer. Après quelque temps, je me suis engagé dans la Légion étrangère ».

 

La 13ème DBLE.

 La 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) est créée en 1940, à partir de volontaires du 1er régiment étranger d’infanterie et de troupe basées au Maroc. Elle est alors composée de 55 officiers, 210 sous-officiers et 1.984 caporaux et légionnaires. Destinée à combattre en Finlande contre les troupes de la Wehrmacht, elle est finalement envoyée en Norvège, à Narvik et se couvre de gloire pour son baptême du feu. Après l’armistice, son état-major est placé en Angleterre. Une partie des légionnaires reste dans ce pays et intègre les unités de la France Libre tandis que d’autres rejoignent l’Afrique du Nord. A partir de 1942, la 13ème  DBLE est de tous les combats pour la libération de la France : Bir-Hakeim, Tobrouk, l’Italie puis le débarquement de Provence et la course vers les Vosges et l’Alsace.

 A Nice, en avril 1945, le général de Gaulle embrasse le drapeau de l’unité, qu’il vient de décorer de la Croix de la Libération.

 Giacomo Signoroni intègre la 13e DBLE à ce moment-là (il prend le pseudonyme de Signorini) et part pour Bizerte en Tunisie. En son sein, il côtoie des hommes qui vont devenir des célébrités, comme le général Saint-Hillier (Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération), ou Pierre Messmer, qui un jour sera Premier ministre de la France. Quelquesmois plus tard, la Guerre d’Indochine est déclenchée.

 

La 13ème DBLE est envoyée en mars 1946 à Saigon. Sous le commandement du colonel Brunet de Sairigné, cette unité participe à tous les engagements en Cochinchine, au Cambodge et dans le centre du Vietnam, l’Annam. Les chiffres témoignent de l’âpreté des combats : entre 1946 et 1951, l’unité perd 80 officiers, 307 sous-officiers et 2.334 légionnaires.

 Giacomo Signoroni : « Le colonel Brunet de Sairigné était un très grand chef. Plus jeune colonel de l’armée française de l’époque, il nous emmena très loin et dans des conditions très difficiles. Il faisait partie de ses hommes qui n’ont pas besoin de secouer le cocotier pour se valoriser ! Il ne se passait pas une semaine sans que nous partions en patrouille pour débusquer des Viets. Nous avions déjà occupé la plaine des Joncs, au sud de Saigon, près de la ville de Mytho, dans l’estuaire du Mékong. Nous nous déplacions sans arrêt. Mais mon pire souvenir de cette époque reste bien ce 1er mars 1948. J’étais de poste. Le colonel était parti pour encadrer un convoi sur la route de Dalat. Je la connaissais bien cette route. Je m’étais fait allumer quelques semaines plus tôt par un déserteur : un communiste français ! Je l’ai su bien plus tard : c’était un gars de la cellule de Courbevoie. Pour le colonel, il y eut une embuscade au kilomètre 113 et ce fut un massacre. Le soir, nous étions au courant de la tragédie qui nous laissa sans voix. Il avait 35 ans et c’était un chef exceptionnel et certainement un des meilleurs qu’aie connu la Légion étrangère ».

 

 Brunet de Sairigne

Gabriel Brunet de Sairigné.

 

La compagnie para du 3e REI.

 L’une des lacunes de la Légion en Indochine est le manque d’une unité de parachutistes. Pour combler ce vide, le commandement décide le 1er avril 1948 la création d’une compagnie au sein du 3e régiment étranger d’infanterie. Mais pour la gestion au quotidien, l’unité dépend du 1er régiment de chasseurs parachutistes. Elle est stationnée pour sa formation à Hanoi.

 Formée de volontaires venus des unités de la Légion présentes en Indochine, elle a, à sa tête, un jeune lieutenant repéré pour ses qualités de meneur d’hommes : Paul Arnaud de Foïard. Il est aidé par les lieutenants Morin, Camus, Audoye, Salles et le sous-lieutenant Vion. Mais le commandement du lieutenant ne dure pas : malade, il est rapidement remplacé par le lieutenant Morin. Ce dernier s’appuie sur des sous-officiers : 1 adjudant, 11 sous-officiers (dont le sergent Signoroni), deux caporaux-chefs, 15 caporaux, 24 1e classes et 89 légionnaires.

 Les indications qui suivent sont pour la plupart issues du Journal de Marche et des Opérations de la compagnie. Le lieutenant Audoye l’avait fait dactylographié en plusieurs exemplaires mais en avait conservé l’original. Soixante quatre années après les faits, ses trois fils ont remis en mains propres au colonel commandant le 3e REI le document fameux.

 Retour à 1948 : l’entraînement ne tarde pas avec des tirs au fusil 36, au PM, des essais des lance-grenades de 50. Souvent, l’unité utilise le stand de tir de l’armée de l’air situé à l’aéroport militaire de Bach-Mai, près d’Hanoi. Le 22 avril, les légionnaires en sont déjà à leur 4e saut en parachute. Le lendemain, départ en patrouille pour investir le village de Duyen Duong.

 Le 30 avril, anniversaire de la bataille de Camerone, le Haut-commandement décide de consigner tous les légionnaires, de peur de débordements… funeste erreur ! « Les légionnaires sortirent quand même. Quitte à être tous punis ! Il est vrai que des bars furent démontés et quelques filles se souvinrent des beaux légionnaires ».

 La compagnie est placée sur la Route coloniale 4 (RC4). Le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 Le 30 septembre 1948, la 1e section et deux groupes de la 2 et de la 3 forment un groupe de mortiers pour escorter un convoi sur Bac-Kan. Il s’agit pour lui de relier Na Fac par le col des Vents. Le mois suivant la compagnie para s’installe à Lang Son et effectue un saut dont la mission consiste en la fouille de villages qui peuvent cacher des éléments rebelles.

 Noël 1948. La compagnie fête la fin de l’année avec un banquet qui rappelle à tous la métropole : andouille de vire, jambon de Bayonne, saucisson à l’ail, asperges d’Argenteuil. Une distribution de cadeaux est organisée à l’hôpital de Lanessan.

 Janvier 1949 : opérations à Lac Tho et Noac Koï, puis en commun avec le 1er RCP le mois suivant à Lac Dao. Le capitaine Pierre Segrétain, commandant le 1er bataillon étranger parachutiste (créé en juillet 1948), rend visite à la compagnie. Une autre fois, la compagnie est envoyée à Talung pour desserrer l’étau que les Bodoïs ont placé autour de la compagnie d’un certain capitaine du nom d’Hélie Denoix de Saint-Marc. Au printemps 1949, la compagnie est envoyée en opération à Lao Kay puis sur les pics de Coc-Xam.

 Giacomo Signoroni : « Il fallait tout le temps faire attention. Etre sur ses gardes. Un soir, alors que j’étais chef de poste, un légionnaire s’est endormi et 20 tirailleurs ont été égorgés dans leur sommeil par les Viets. Je peux vous dire que le lendemain, je mettais le même gars de garde, mais sans ses armes habituelles : il avait un sifflet, une grenade et un bambou. Et je lui ai dit : maintenant, on verra bien si tu vas t’endormir : si tu vois des Viets, le sifflet c’est  pour nous prévenir, la grenade pour les repousser et le bambou pour te battre ! »

 Mais le 31 mai 1949, par décision 220/FTEO/1/0 la compagnie parachutiste du 3e REI est dissoute à partir de minuit et son effectif est affecté au 1er BEP. Quelques jours plus tard, les sergents Signoroni et Morhange terminent leur séjour en Indochine. Ils prennent le train pour Hanoi avant d’embarquer sur le Pasteur pour la métropole.

 La RC4, qui n’a jamais été maîtrisée totalement depuis la fin du 19ème siècle, coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton (avec à sa suite de nombreux civils…) par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin.

 

 

 Giacomo Signoroni - 2

 

Giacomo Signoroni et Frédéric Rignault, president du SF d’Issy (Issy – 2013 – Copyright Alain Bétry).

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 26 Décembre 2013

 

Vokaer-Le Quinio

 

Le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous présente tous ses meilleurs vœux pour la nouvelle année 2014.

Mais auparavant, notre dernière pensée pour 2013 sera pour les deux soldats du 8e RPIMA de Castres, tués en Centrafrique, Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio. Que leur sacrifice ne soit pas oublié et qu’il ne soit pas vain.

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Publié le 20 Décembre 2013

 

Chapelle That Khe aujourd'hui

La Chapelle de That Khê… aujourd’hui.

 

S’il est bien une terre étrangère où le sang de nos compatriotes a coulé en abondance, chacun sait que c’est celle de l’ex Indochine où sont tombés près de 50.000 soldats et civils originaires de l’ensemble des pays de l’Union française…

 

Du poste isolé qui succombe à court de munitions ou de défenseurs dans un coin perdu de brousse, aux grandes batailles qui ont enseveli des bataillons entiers, les lieux susceptibles de voir s’élever des stèles perpétuant la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour remplir leur mission ne manquent pas…

 

Certes, le mémorial des guerres en Indochine de Fréjus a accueilli les dépouilles ayant pu être rapatriées, et une stèle a bien été élevée sur le site de Diên-Biên-Phû à l’initiative privée de l’ex légionnaire Rolf Rodel pour rappeler le souvenir de nos anciens… En revanche, s’agissant des victimes de l’embuscade du Groupement mobile 100 en juin 1954 dans la région d’Ankhé ou de celles des combats de septembre – octobre 1950 sur la Route coloniale n° 4, il n’existe malheureusement à ma connaissance au Vietnam, aucun monument ou stèle rappelant la mémoire de ceux qui ont disparu à l’occasion de ces deux catastrophes militaires, trop souvent méconnues du grand public.

 

Je n’aborderai pas ici le drame du GM 100 que je ne connais pas suffisamment, préférant me limiter à l’évocation de la RC 4 dont je viens de parcourir à mon tour à pied en compagnie de deux camarades, une partie du tracé, sans doute le plus connu, je veux parler de la portion That Khê – Dong Khê… et des environs de ces lieux. Pourquoi ce choix ? Tout simplement, parce qu’en dépit des modifications apportées au tracé de la route, malgré l’urbanisation de plus en plus marquée qui remodèle ces localités désormais entrées dans notre histoire, voire dans notre jargon militaire comme ce hameau de Coc Xa qui a donné naissance au néologisme « coxer »… le paysage, les noms, les pierres, les vieux arbres… sentent encore la poudre et « prennent aux tripes » celui qui se donne la peine de prendre un peu de temps pour méditer sur le passé…

 

Elever aujourd’hui un monument officiel sur la RC 4 à la mémoire de nos soldats constituerait assurément un projet particulièrement noble mais il me semble quelque peu irréalisable… du moins dans un proche avenir, ceci pour une raison fondamentale… Une tentative pour élever une stèle sur la RC 4 avait été bien initiée il y a quelques années mais je crois savoir que cette démarche, pourtant relayée jusqu’aux plus hautes instances du pouvoir, n’a jamais abouti ou en est encore au stade de « l’étude » pour des motifs bien évidemment davantage politiques que matériels…

 

En effet, au-delà des sourires de convenance, en dépit de l’ouverture aux visites guidées « à vocation historique » et malgré les libations communes autour du thème de « l’amitié des peuples »… cette route a été, est et restera… pour longtemps encore, un des symboles de la lutte contre le colonisateur français, aussi fort que la mise en place du drapeau Vietminh sur les demi-lunes du PC GONO de Dien-Biên-Phû… Il suffit à celui qui en douterait de comptabiliser le nombre de monuments et de cimetières élevés aux soldats Vietminh tombés lors de la bataille de la frontière de Chine, pour se convaincre que la RC 4 constitue l’acte fondateur de l’armée populaire du Vietnam. La RC 4 et Dien Bien Phû revêtent en effet pour l’armée vietnamienne la même importance que chez nous Bazeilles, Camerone, Sidi Brahim… pour la coloniale, la Légion étrangère, les chasseurs… à ceci près diraient les esprits chagrins que ce sont là des défaites …

 

Au risque de choquer le lecteur, je rajouterai presque que dans l’esprit des Vietnamiens, élever un monument à nos disparus et à tous ceux qui ont souffert sur cette « route morte » serait assimilable à l’édification d’un monument commémoratif à la gloire des soldats allemands… sur un de ces lieux de martyre que sont Tulle ou Oradour sur Glane… Alors que faire dans ces conditions ?

 

Soixante ans après le drame de la RC 4, les citadelles de Cao Bang et de That Khê sont aujourd’hui des emprises militaires vietnamiennes difficilement accessibles, la citadelle de Dong Khê, n’est plus qu’un amas de pierres dont émergent quelques constructions à la gloire des soldats vietnamiens tombés en 1950 ou plus récemment lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Le pont Bascou, porte d’entrée au col de Loung Phaï a disparu… L’ancien nid d’aigle du capitaine Mattei sur Na Cham est désormais perdu sous la végétation et les constructions, les forts de Lang Son élevés lors de la conquête du Tonkin ne sont plus que des ruines…

 

Force est donc de constater que le seul témoin encore visible de cette période sombre est la chapelle de That Khê qui elle, en revanche, a su résister au passage du temps… mais aussi à l’action des hommes comme l’attestent les multiples impacts qui constellent les murs extérieurs de cet édifice, stigmates de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Me gardant bien de refaire l’historique du drame de la RC 4 que chacun d’entre nous connaît, je souhaiterais quand même rappeler qu’à l’issue du repli français avorté de Cao Bang, marqué par l’anéantissement des colonnes Lepage et Charton, nombre de nos soldats blessés ont été provisoirement hébergés en ce lieu, transformé pour la circonstance en infirmerie de fortune… avant de partir pour l’oubli derrière le rideau de bambou… Que l’on ait ou pas l’âme religieuse, il n’en demeure pas moins que pénétrer dans ce bâtiment revient à faire un saut dans le passé car tout ou presque y est resté dans l’état d’autrefois… Que ce soient l’autel, les bancs des fidèles, les gravures aux murs… tout ou presque est d’époque… un peu comme si le temps s’était arrêté en ce lieu où beaucoup de nos soldats se sont éteints ou ont agonisé en attendant une hypothétique évacuation aérienne vers Hanoï…

 

Compte tenu de l’impossibilité d’élever un monument à la mémoire de tous ceux, comme l’a écrit le docteur Serge Desbois , « dont la vie s’est arrêtée, un jour de l’automne 1950, sur les bords de la Route coloniale n° 4 », pourquoi ne pas saisir dans ces conditions l’opportunité de réhabiliter cette chapelle, véritable « cheval de Troie » du devoir de mémoire… Un projet de réhabilitation existe actuellement, relayé notamment par monsieur Thierry Servot-Viguier que l’on peut consulter sur internet.

 

Aux dernières nouvelles, l’église vietnamienne, en l’occurrence l’évêché de Lang Son, serait d’accord pour réhabiliter ce lieu sous réserve d’un financement français mais le devis (30.000 euros) fourni par l’évêché semble excessif… En outre l’utilisation des crédits risque de manquer de transparence…

 

Sous réserve d’une diminution du montant et d’un contrôle des travaux, la réhabilitation de cette chapelle constituerait une bonne opportunité pour tourner la réticence vietnamienne à nous laisser commémorer notre passé militaire et le souvenir de ceux qui sont tombés sur la frontière de Chine… tout en leur laissant sauver les apparences… donnée essentielle s’il en est en Asie…

 

 

 

Colonel (er) Jean Luc Martin

 

Sources:

 

Ce texte du colonel Martin, a été publié avec l’aimable autorisation de la Délégation du Souvenir Français de Chine (nous remercions son Délégué général, notre ami Claude R. Jaeck).

Chapelle That Khe 2

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 14 Décembre 2013

 

2013-11-11, Issy - J

 

Le général de corps aérien Roland Glavany, Grand Croix de la légion d’honneur, et le général de brigade aérienne Jean-Claude Ichac, président honoraire du Souvenir Français, déposent une gerbe pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918.

 

 

Le dimanche 8 décembre 2013 s’est déroulée dans la salle d’honneur de la Maison du Combattant, l’assemblée générale du comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

 

Le président a remercié l’ensemble des personnes présentes, Monsieur le député-maire, ancien ministre, André Santini, Monsieur le maire-adjoint Marie-Auguste Gouzel, les présidents des associations d’anciens combattants de la ville d’Issy-les-Moulineaux, le président de l’UFAC, Messieurs Villenfin et Leconte pour l’organisation.

 

Après un moment de silence demandé en mémoire de nos soldats morts au combat et une pensée pour notre adhérente Georgette Poussange, la séance de travail a été ouverte.

 

Le président a présenté le rapport moral et le rapport d’activité du comité au cours de l’exercice 2012-2013, en rappelant, entre autres, la sortie du livre « Mémoire des carrés militaires des Hauts-de-Seine » publié par le Souvenir Français. Ensuite, le rapport financier a été exposé.

 

Monsieur André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine, a rappelé les valeurs de l’association et la nécessité de joindre des jeunes aux manifestations patriotiques puis, en compagnie de Monsieur André Santini, qui avait honoré cette assemblée générale de sa présence, des médailles ont été remises :

 

Médaille de Bronze : Monsieur Michel Villenfin et Monsieur Giovanni Gandolfo, porte-drapeau du Comité.

Médaille d’argent pour Gilles Guillemont (qui va céder sa place à Louise Zazerra) et pour Monsieur le général Jean-Claude Ichac, président honoraire.

 

Par la suite le verre de l’amitié a été servi au foyer Robert Savary et les participants se sont rendus au restaurant Le Bistrot du Boucher pour le déjeuner.

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Publié le 23 Novembre 2013

  Saigon 1941 - Entrée des troupes japonaises

 

Saigon : les Japonais entrent dans la ville.

 

Ascendance prestigieuse.

 

Personnages importants de la société française en Indochine, les frères Schneider occupent une place de premier plan dans le monde de l’édition à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. François-Henri nait en 1852. Ce dernier arrive de France en 1883 alors qu’il vient d’être promu au grade d’Agent de 1ère classe, Chef d’atelier de l’Imprimerie coloniale du Protectorat à Saigon. Deux années plus tard, il développe une imprimerie indépendante, mais reprend à son compte les travaux de son premier employeur. Moins de dix ans après son arrivée, François-Henri Schneider compte près de 160 employés au sein de sa société : l’Imprimerie de l’Extrême-Orient.

 

En 1892, il fait venir son frère, Ernest-Hyppolite – né en 1843 – pour lui confier la gestion d’une fabrique de papier qu’il vient d’ouvrir à Hanoi. François-Henri s’est en effet aperçu que l’on peut tirer un excellent papier à partir de bambous et, de fait, avec son frère, organise une véritable filière : de la production, à l’impression, en passant par la vente d’articles de papeterie. Bientôt, les frères Schneider siègent à la Chambre de Commerce et au Conseil municipal d’Hanoi. A contrario d’un bon nombre d’entrepreneurs coloniaux, François-Henri Schneider semble particulièrement apprécié de ses collaborateurs et de son milieu professionnel. En 1923 – soit deux années après sa mort – des Vietnamiens lettrés édifient une statue commémorative à sa mémoire, à Daï-Ich, au Tonkin.

 

Outre les bulletins de l’Ecole française d’Extrême-Orient d’archéologie, François-Henri Schneider édite des auteurs français d’Indochine, connus en leur temps, comme Pierre-Gabriel Vallot, Gustave Dumoutier ou encore Alfred Raquez et il imprime le Journal Officiel de l’Indochine. Parallèlement, il lance la Revue indochinoise et créé L’Avenir du Tonkin, premier quotidien à paraître en vietnamien à Hanoi. Proche des milieux politiques pro-français, François-Henri Schneider aide le journaliste et écrivain Henry Chavigny de la Chevrotière à publier ses œuvres et son journal, La Dépêche, qui deviendra le quotidien le plus lu de Cochinchine et de sa capitale, Saigon.

 

Henry Chavigny de la Chevrotière est également connu pour ses prises de position contre André Malraux. Le futur ministre de la Culture du général de Gaulle est à l’époque un voyageur et écrivain remarqué, mais aussi condamné : au retour d’un premier voyage en Indochine, il s’est fait prendre à la frontière ayant dans ses bagages près de huit cent kilos de statues et des bas-reliefs arrachés à Angkor. De plus, ses amitiés communistes en font une cible privilégiée pour la Chevrotière, qui lui-même mourra pour ses idées et ses convictions en 1952, assassiné par le Vietminh.

 

Alors qu’il est déjà avancé en âge, François-Henri Schneider épouse la jeune sœur d’Henry Chavigny de la Chevrotière. De cette union naissent quatre enfants, dont la mère de Jean-Pierre Jaillon, Denise Schneider.

 

Jean-Pierre Jaillon : «Je n’ai malheureusement connu ni connu mon grand-père, Monsieur Schneider, ni ma grand-mère, Henrilia Chavigny, décédée en 1914, l’unique sœur du journaliste, qui repose à La Thieu. Ma mère épousa à la fin des années 1930 Monsieur Robert Jaillon – originaire de Nancy – qui s’occupait d’une plantation de café aux Collines Rouges des hautes terres du Tonkin. Son travail l’amena à voyager dans toute la péninsule indochinoise, et avec ma mère nous le suivîmes ! La vie en Indochine à cette époque – et avec le regard d’un enfant – me paraissait paradisiaque. N’allez pas croire que nous étions englués dans une quelconque société française colonialiste refermée sur elle-même. Je passai mes journées à jouer avec de petits Annamites. Et comme d’habitude, les choses sont bien plus complexes qu’on ne veut bien l’admettre, surtout si l’on considère les événements d’Indochine avec une réflexion a posteriori. Ainsi, même dans les familles françaises, « blanches » pour être très clair, les débats faisaient rage entre les tenants d’une colonisation jusqu’au-boutiste et les partisans d’une émancipation, voire d’une liberté totale du peuple vietnamien. Et c’était sans compter les familles au sein desquelles parfois des hommes avaient épousé de jeunes femmes vietnamiennes.

 

 

Le coup de force des Japonais.

 

Présents depuis 1940, les Japonais n’ont que de faibles garnisons dans la péninsule. Ils se sont organisés avec les représentants locaux du Gouvernement de Vichy pour tirer les ficelles du pouvoir en maintenant un semblant d’autorité française. Les données changent en février 1945 quand en France, la victoire acquise, il est question de recouvrer la pleine et entière souveraineté sur les territoires coloniaux encore entre les mains de l’ennemi. Au premier jour de la fête du Têt, le 15 février 1945, le général de Gaulle déclare : « La France fera du développement politique, économique social et culturel de l’Union indochinoise l’un des buts principaux de son activité dans sa puissance renaissante et dans sa grandeur retrouvée ».

 

Le 9 mars 1945, les Japonais, qui se sont considérablement renforcés depuis quelques mois, attaquent toutes les garnisons françaises en Indochine. A Hanoi, Lang Son, Hué ou encore à Saigon, des milliers de Français sont passés par les armes – souvent décapités – qu’ils soient soldats, officiers ou civils. Qu’ils soient des hommes, des femmes ou des enfants. Des récits horribles, par dizaines, racontent ces journées terribles. Il y eut aussi des miracles comme celle de l’infirmier Cron qui survivra au coup de sabre qui lui entamé le cou et les cervicales mais sans totalement détaché la tête…

 

Jean-Pierre Jaillon : « En mars 1945, nous vécûmes des journées atroces au moment de l’occupation japonaise. L’envahisseur était présent depuis plusieurs années déjà, mais s’en tenait aux casernes, les ports et les aéroports où les soldats étaient somme toute assez discrets. La Gendarmerie japonaise était en face de notre maison à Saigon. D’étranges « infirmiers » venaient en « griller une » juste devant ma porte, entre deux drôles de soins qu’ils réservaient essentiellement aux Chinois d’Indochine. Il convient cependant d’ajouter qu’ils se dérangèrent quand le « comité d’assassinat » Binh Xuyen vint essayer de fracasser nos solides volets, à travers lesquels je pus observer d’ailleurs la première manifestation anti-française, ordonnée par le Vietminh. Des hordes de Vietnamiens passèrent dans la rue, avec des camions, bourrés à craquer d’ex-prisonniers du bagne de Poulo Condor. Ils hurlaient, brandissaient des armes. D’autres hommes en armes tentaient de ramener un semblant d’ordre. J’appris plus tard qu’ils avaient une mission pour le moins terrible : l’assassinat du Père Tricoire, de la cathédrale de Saigon ; épisode qui devait marquer le début de la Guerre d’Indochine.

 

Du jour au lendemain, nous vîmes de plus en plus de Japonais dans les rues. Les arrestations se multiplièrent. Quiconque cherchait à résister était abattu sur place, sans sommation, sans explication. Et nous avons découvert ce qui était pour nous insoupçonnable : globalement – encore une fois avec mon regard de jeune enfant – les Vietnamiens se comportaient bien avec les Français. Mais ce que nous pensions être une amitié certaine n’était que crainte. Du moment où les Japonais démontrèrent que nos soldats étaient facilement battables, nous vîmes dans leur attitude que cette amitié – cette crainte – avait disparu. Le temps de la « courbure d’échine », si je puis dire, était terminé. Les Japonais nous firent prisonniers pendant quelques jours.

 

Enfin, les premiers soldats français arrivèrent en provenance de métropole. Nous allions être libérés. Je me souviens parfaitement avoir été sauvé par des parachutistes. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que je retrouvai certains de ces paras quelques quinze ans plus tard, alors que j’étais appelé du contingent en Algérie.

 

En septembre 1946 ; j’ai vu Henry Chavigny de la Chevrotière. Il était venu signer des papiers à la maison, et furieux de notre départ, son regard a croisé en une fraction de seconde le mien, dans une sorte d’interrogation mutuelle. Il était en tenue de cavalier, et son accoutrement était bien différent de ce que j’avais l’habitude de voir à la maison : nos domestiques, mais aussi des rescapés et prisonniers hollandais (dont je trouvais le premier caché dans un arbre), des soldats anglais, puis des Français, fraîchement débarqués et en transit pour se rendre sur le front, contre les « terroristes ».

 

En 1946 donc, nous avons pris le bateau à Saigon et nous nous sommes installés à Paris – rue de Saigon, comme un pied de nez de ma mère à sa famille restée là-bas – et j’ai terminé ma scolarité. Par la suite, j’ai fait carrière dans l’industrie pétrolière, aux achats chez Exxon-Mobil, et j’ai fondé une famille. Et je me suis installé à Coutances, dans le département de la Manche. Le climat est relativement doux et humide. Ce qui permet d’avoir une végétation luxuriante avec des palmiers et des plantes exotiques ! Et les côtes du Cotentin me rappellent celles de mon Vietnam natal…

 

Quant à mon grand-oncle, nous avons su son destin. Nous apprîmes son assassinat le 12 janvier 1951. Les restes d’Henry Chavigny de la Chevrotière furent rapatriés par la suite en France. Un fait est avéré : la très grande partie des Français qui sont morts en Indochine, qu’ils soient civils ou militaires – quand on a retrouvé les corps pour ces derniers – ne sont pas restés en Indochine ».

 

 

Le drame des sépultures françaises en Indochine.

 

Le 28 décembre 1993, le journaliste et écrivain Michel Tauriac a publié un remarquable article dans le journal Le Figaro sur la disparition des restes des Françaises et des Français inhumés en Indochine pendant la colonisation. Il est vrai que la République française, via le ministère des Affaires étrangères en collaboration avec les services de l’armée, avait procédé en 1986 et 1987, autant que possible, au rapatriement de ces enfants de l’ancien empire colonial.

 

Pour autant, dans plusieurs endroits du Vietnam, comme à Laï Thieu, à 25 km au nord de Saigon, des restes de milliers de Français ont été placés dans de petites urnes et laissées à l’abandon. Michel Tauriac : « Sont posées là, de chaque côté de ce couloir sans fenêtre ni éclairage, ces pauvres urnes d’argile au couvercle souvent entrebâillé, les unes sur une tablette de béton fixée au mur, les autres par terre. Certaines sont cassées et leur contenu, composé de cendres, d’ossements et de terre craque sous les semelles au milieu des tessons… Jetés au hasard, quelques menus bouquets de fleurs desséchées dans leur papier transparent, rappellent une cérémonie lointaine. »

 

  

Sources :

 

Entretiens avec Jean-Pierre Jaillon, 2010-2011.

Jacques de la Chevrotière : Les Chavigny de la Chevrotière en Nouvelle-France, à la Martinique.

Georges Fleury, La Guerre en Indochine, Perrin, 2000.

Recherches dans les archives des Bulletins de l’Ecole français d’Extrême-Orient d’archéologie.

Recherches biographiques André Malraux.

Recherches sur l’histoire de la presse française en Indochine.

Extraits du journal Le Figaro du 28 décembre 1993.

 

www.wikipedia.org/fr

www.myheritage.com

http://alain.j.schneider.free.fr/schneider_vietnam.htm

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 15 Novembre 2013

 

2013-11-11, Issy - G

Christian Poujols.

 

Christian Poujols est président de l’Union Nationale des Combattants, 46e Section (Issy-les-Moulineaux). Voici son discours à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

 

 

« Monsieur le Maire,

Monsieur le Maire-Adjoint délégué aux Anciens Combattants et aux Affaires militaires,

Messieurs les présidents d’Associations d’Anciens Combattants et les Anciens Combattants,

Mesdames Messieurs les représentants des Autorités civiles et militaires,

Mesdames Messieurs les élus,

Mesdames Messieurs,

 

Nous voici rassemblés cette année encore devant le monument aux Morts de notre ville pour commémorer le 11 Novembre 1918 où, à la 11ème heure du 11ème jour du 11èmemois, le clairon a sonné la fin d’une longue guerre de 52 mois.

 Un peu plus de quatre années pendant lesquelles les soldats ont vécu dans les tranchées ; ils ont connu sans discontinuer le froid, la pluie, la neige et, aussi, la chaleur. Il nous arrive de nous plaindre de la chaleur ou du froid ; dans ces moments-là, pensons à nos Poilus et à ce qu’ils ont dû endurer. En plus de la mitraille, en plus des obus, en plus des assauts donnés et reçus.

 Il y avait des moments pendant lesquels Français et Allemands se retrouvaient entre les tranchées pour porter secours et ramener les blessés dans leurs tranchées respectives ; ils échangeaient un signe, un salut, se montraient les photos de leurs enfants puis rejoignaient leurs postes.

 Et la guerre reprenait. Que ressentaient-ils en voyant fixé sur eux le regard de l’homme dans le ventre duquel ils enfonçaient leur baïonnette et avec lequel ils avaient, peu de temps auparavant, échangé un signe, des photos ?

 La Marne, la Somme, l’Yser, Verdun où, le premier jour, nos soldats ont encaissé 936.000 obus ; ils ont riposté, tiré quelques 120.000 obus par jour. On estime que 37 millions de projectiles ont été tirés de part et d’autre à Verdun !

 L’année prochaine, nous commémorerons le 100ème anniversaire du début de cette guerre qui a changé la façon de vivre des français : les maris, les fils étaient au front et les femmes ont dû les remplacer. Elles ont travaillé la terre, elles ont travaillé en usine pour fabriquer les munitions dont leurs hommes avaient besoin ; elles ont appris à conduire les tramways. La guerre finie, beaucoup d’entre elles ont continué ce travail qu’elles avaient découvert parce que l’homme n’était pas revenu. Parce que cette guerre a fait 1.500.000 morts et trois fois plus de blessés dans les rangs de l’Armée française.

 La Der des Der pensaient  nos Poilus. Hélas ! L’esprit de revanche amena les Allemands à refaire la guerre en 1939 avec Hitler à leur tête. Cette deuxième guerre mondiale qui fut suivie de bien d’autres, Indochine, Corée, Afrique du Nord. Le monde ne s’est pas encore assagi et de nombreux conflits surgissent ; la menace nucléaire reparait.

 Que, tout au long de cette année 2014 où sera commémorée la Grande Guerre, les dirigeants du monde soient interpellés par ces batailles, ces nombreux lieux de mémoire, ces morts, ces blessés et qu’il leur soit donné un peu de raison ; de nombreuses raisons d’apaiser les tensions et que nos enfants et petits enfants ne connaissent jamais ce que nos aînés ont vécu, ce que vous les Anciens Combattants ici présents avez connu.

 Mon Père qui se levait lorsqu’il entendait  La Marseillaise jouée à la radio après le discours de tel ou tel Ministre ou Président, les badauds qui se découvraient lorsque passait devant eux le drapeau du régiment ou lorsqu’ils entendaient l’hymne national ou la sonnerie aux Morts sont un monde révolu paraît-il ; autres temps autres mœurs nous dit-on.

 Eh bien, malgré cela,

 

Vive la France. »

 

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