Publié le 9 Novembre 2012

 
 
106eme RI - Soldats
 Soldats du 106ème RI
 
A Châlons-en-Champagne.
 
Charles Julien Louis Poncet nait à paris le 19 août 1889. L’exposition universelle vient de fermer ses portes. L’attention des visiteurs a été surtout retenue par la Tour métallique, dont certains se questionnent déjà sur l’utilité et prévoient la démolition ; tour qui prendra bientôt le nom de son constructeur : Gustave Eiffel.
 
De la classe 1909, matricule 4280 au 3ème bureau de recrutement de la Seine, Charles Poncet intègre le 106ème régiment d’infanterie au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale en août 1914 (matricule 4662 au Corps).
 
L’histoire de ce régiment a été racontée par un très grand écrivain, qui l’a connu au plus près pour avoir été de tous les combats, entre août 1914 et avril 1915, date de ses blessures et de sa réforme. Il s’agit de l’ouvrage Ceux de 14, écrit par le lieutenant de réserve Maurice Genevoix, futur membre de l’Académie française.
 
Maurice Genevoix : « L’ordre de mobilisation est tombé comme un coup de tonnerre : courses précipitées par la ville, avec la crainte et la certitude d’oublier quelque chose. Je trouve à peine le temps de prévenir les miens. Dernière revue dans la cour du quartier. J’étais à la cantine lorsque l’ordre m’a surpris. J’ai bondi, traversé la cour, et me voici, raide comme un piquet, devant deux files de capotes bleues et de pantalons rouges. (…) Nous allons à Troyes. On nous l’a dit. De Troyes, nous filerons sur Mulhouse pour occuper la ville conquise et la défendre. On nous l’a dit aussi. (…) Défilé en ville : trottoirs grouillants, mouchoirs qu’on agite, sourires et pleurs. (…) Une jeune ouvrière, blonde, rebondie, me sourit de toutes ses dents. Grand bien me fasse ce sourire : je vais à la guerre. J’y serai demain ».
 
 
 
Le principe des 3.
 
Le 106, avec le 132ème RI, forme la 24ème brigade de la 12ème division d’infanterie du général Souchier, au sein de la IIIème Armée du général Sarrail. Embarqués en train depuis Châlons, les hommes descendent à Saint-Mihiel, dans la Meuse.
 
Au cours de l’automne puis de l’hiver 1914, ils se battent dans la région de la Woëvre et celle des Eparges. Le principe est relativement clair : à trois jours de repos à l’arrière succèdent trois jours en seconde ligne puis trois jours en première ligne. Maurice Genevoix le décrit avec précision :
 
-       « Lundi 28 septembre : On ne les entend pas venir ces fusants. C’est trop rapide, le réflexe qu’on a pour se protéger se déclenche trop tard. L’obus qui a sifflé de loin n’atteint pas. Mais celui qui tombe sans dire gare, celui-là est dangereux et effraye : les mains restent fébriles longtemps encore après l’explosion ».
 
-       « Mardi 29 septembre (NB : alors que le régiment est à l’arrière, qu’après un repas chaud, les hommes dorment dans des granges réquisitionnées à cet effet, Maurice Genevoix et son camarade Robert Porchon sont invités à dormir chez l’habitant) : « Puis la femme est sortie doucement. Lorsqu’elle est revenue, elle ramenait avec elle cinq ou six villageoises d’alentour. Et toutes ces femmes nous regardaient rire, dans notre grabat ; et elles s’ébaubissaient en chœur de ce spectacle phénoménal : deux pauvres diables de qui la mort n’avait pas encore voulu, deux soldats de la grande guerre qui s’étaient battus souvent, qui avaient souffert beaucoup et qui déliraient de bonheur, et qui riaient à la vie de toute leur jeunesse, parce qu’ils couchaient, ce soir-là, dans un lit ».
 
Les Eparges.
 
Au début de l’année 1915 commence l’une des plus terribles batailles de la Première Guerre mondiale : les Eparges.
 
Le village des Eparges est situé dans le nord du département de la Meuse, non loin de la Woëvre, région vallonnée couverte de forêts. Sur ces collines, pendant des mois les armées françaises et allemandes vont batailler pour quelques arpents de terre. Les attaques sur les boyaux et les tranchées sont quotidiennes et il n’est pas rare que les combats se terminent au corps à corps.
 
L’attaque débute le 17 février par des sapes que font sauter les hommes du génie. Les premières positions allemandes sont facilement conquises par les biffins du 106 et du 132. Mais la riposte ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, les nouvelles positions françaises sont pilonnées par des milliers d’obus. Après près de trois heures d’un matraquage inouï de violence, ayant perdu une grande partie des officiers, les soldats français se retirent sur leurs positions initiales.
 
Pour autant une nouvelle offensive est déclenchée le 20 février et cette fois les éléments du 106 et du 132, en dépit de fortes pertes (plus de 300 tués et 1.000 blessés), tiennent bon. Avec son escouade, Charles Poncet est de toutes les attaques. Il s’en sort à chaque fois.
 
Ordre du corps d’armée n°60 : « Le 27 février, dans une opération brillante dans une opération brillante, la 24e Brigade a enlevé de haute lutte une partie importante de la position des Éparges.
 
L'ennemi avait accumulé sur cette hauteur escarpée, des travaux considérables. Depuis 4 mois, avec une science avisée, le Capitaine du Génie Gunther dirigeait par la sape et par la mine les travaux de siège régulier qui devaient ouvrir la voie à notre infanterie. Le jour de l'attaque, après une quadruple explosion de nos fourneaux de mines et une remarquable préparation par l'artillerie, le brave 106e Régiment d'infanterie, dans un élan magnifique, escalada les pentes abruptes et couronna toute la partie ouest de la position. Au même moment, le 132e RI aborda crânement la partie ouest des Éparges et s'y installa. Le 19 février, l'attaque fut poursuivie sur tout le front.
 
Au cours de cette bataille de 4 jours, pendant lesquels l'ennemi nous disputa le terrain avec la dernière âpreté, nos troupes furent soumises à un bombardement formidable. Elles conservèrent néanmoins les positions conquises. Elles repoussèrent deux contre attaques furieuses, firent éprouver des pertes sévères à l'ennemi, lui enlevèrent 700 mètres de tranchées, lui prirent 2 mitrailleuses, 2 minenwerfer et firent 175 prisonniers. Le 106e, le 132e, le 67e Bataillon Haguenin, la compagnie du Génie, qui prirent la tête dans la colonne d'assaut ont noblement soutenu le renom de la vaillance du 6e Corps d'Armée et montré une fois de plus quel succès naît de la fraternité des armes et de l'union des cœurs. Le Général, commandant le 6e Corps d'Armée, adresse ses félicitations à ces braves troupes. Il salue pieusement la glorieuse mémoire de ceux qui sont morts pour le pays. Il félicite les Colonels Barjonet, commandant le 106e RI et Bacquet, commandant le 132e RI qui ont magnifiquement conduit leurs régiments au feu». Signé : Général Herr.
 
Le répit est de courte durée. Dès le mois de mars, les combats reprennent. La 24ème division doit achever le travail commencé en janvier 1915 : reprendre la totalité du territoire des Eparges. Le 5 avril, alors qu’il tombe des cordes et que les soldats pataugent dans un mètre de boue, ordre est donné de s’emparer des collines restant encore aux mains des Allemands. Au prix de sacrifices invraisemblables, le 106 tient une partie de la crête. Encore une fois, les renforts ennemis arrivent et délogent nos braves poilus. Encore une fois, le sergent Charles Poncet s’en sort sans dommages…
 
Maurice Genevoix : « Et toujours les obus pleuvaient. Les canons-révolvers de Combres démolissaient les parapets que nous refaisions, inlassables, avec les mêmes sacs à terre. Par crises, les gros arrivaient. Il en tombait cent, deux cents, qui ne faisaient point d’autre mal qu’ensevelir quelques hommes, vite dégagés. Mais tout d’un coup, il y en avait un qui trouvait la tranchée, et qui éclatait, en plein dedans : alors c’étaient les mêmes cris que naguère, les mêmes hommes qui couraient, ruisselants de sang frais et rouge ; et, tout autour de l’entonnoir brûlé, empli encore de fumée puante, les mêmes cadavres déchiquetés… Les autres restaient là, les jambes prises dans ce ruisseau lourd, profond, glacé, les jambes engourdies et mortes. »
 
Le 25 avril 1915, alors qu’il s’apprête à sortir du boyau à la tête de sa compagnie, le lieutenant Genevoix reçoit deux balles au bras gauche et une troisième vient lui entailler le torse : « Il faut me lever, me traîner ailleurs… Est-ce Sansois qui parle ? Est-ce qu’on me porte ? Je n’ai pas perdu connaissance ; mon souffle fait un bruit étrange, un rauquement rapide et doux ; les cimes des arbres tournoient dans un ciel vertigineux, mêlé de rose et de vert tendres ».
 
 
Souain.
 
A l’approche de l’été, alors que les hommes viennent de connaître plusieurs mois de combats incessants, les positions se stabilisent. Sur ce front, comme d’autres, on assiste à l’enlisement des régiments. Du côté allemand, des tranchées renforcées et des casemates sont construites. Du côté français, ce sont des tranchées plus légères : « Provisoire » est le maître mot. Telle est l’idée du Grand-Quartier-Général : par une nouvelle offensive, en Champagne, la guerre de mouvement va reprendre et mettre à bas définitivement l’Allemagne du Kaiser. Les hostilités n’ont que trop duré. Et puis, focaliser l’attention des Allemands sur ce front, c’est aussi permettre aux alliés russes et polonais de se « refaire une santé » sur leur front respectif, après les multiples défaites qu’ils viennent de subir. Le choix de la Champagne s’impose pour le général Joffre car c’est un terrain relativement plat, qui permet une avance rapide. Il n’y a pas de villes importantes dans lesquelles l’ennemi pourrait se retrancher et s’accrocher.
 
La préparation d’artillerie commence le 22 septembre. Le 25 septembre, l’offensive générale est lancée. A gauche, la IVème armée du général Henri Gouraud avance assez rapidement, comme le 2ème corps colonial du côté de la ferme de Navarin (le général Gouraud s’y fera enterrer au milieu de ses hommes en 1946). Par contre, au centre du dispositif, sur la route de Souain à Tahure, les 11ème et 14ème corps se heurtent à une résistance acharnée des Allemands. Les combats sont terribles. Le sergent Charles Poncet est l’un des premiers à tomber. Il n’est pas le seul.
 
Le 29 septembre 1915, devant le peu de terrain gagné, le général Joffre ordonne l’arrêt de l’offensive. Sur le champ de bataille, 138.576 soldats français sont morts au combat, montrant l’effroyable vérité : en Champagne, on s’est battu pour rien !
 
Le 11 juin 1920, Charles Poncet est déclaré Mort pour la France et le jugement est transmis à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Plus tard, son nom est inscrit parmi ceux du millier d’isséens morts pendant la Première Guerre mondiale.
 
Maurice Genevoix : « Notre guerre… Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j’ai connus. En est-il donc pour dire : « La guerre est ceci et cela » ? Ils disent qu’ils comprennent et qu’ils savent ; ils expliquent la guerre et la jaugent à la mesure de leurs débiles cerveaux.
 
On vous a tué, et c’est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.
 
Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurai-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée.
 
Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ? »
 
106ème RI - Monument Eparges 
 
Monument à la gloire des héros du 106ème RI
 
 
 
Sources :
 
-       Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
-       Journal de Marche du 106ème RI
-       Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
-        André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
-       Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
-       - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
 
 
 
 

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Publié le 2 Novembre 2012

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Soldats du 1er bataillon Muong s’asseyant au mortier.

 

Incorporer des troupes locales.

 

Dès le début de la guerre d’Indochine se pose un double problème : faire face au manque d’effectifs et impliquer les populations locales pour, entre autres, bénéficier de leurs connaissances. Le général Leclerc fait donc appel en 1946 aux Indochinois et propose d’en incorporer dans le cadre du CEFEO : Corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient.

 

Ainsi, des milliers d’hommes, venant principalement des minorités ethniques des montagnes du Tonkin, hostiles aux visées des partisans communistes, s’enrôlent dans cette armée française, et forment des Compagnies de Supplétifs Militaires. Ce ne sont pas les seuls coloniaux, car ils y retrouvent des Algériens, des Marocains et des Sénégalais.

 

Arrivé à la fin de l’année 1950, le général de Lattre de Tassigny théorise le concept et, en accord avec les autorités locales, monte une armée vietnamienne et des bataillons dans toutes les armes pour appuyer le CEFEO et doter le pays d’une force qui lui est propre.

 

Peuple des montagnes.

 

Les Muongs représentent la plus importante des 53 minorités ethniques reconnues aujourd’hui dans le cadre de la population du Vietnam. Ils sont environ 1,2 millions. Proches du peuple Thaï, ils ont subit l’influence des Chinois, que ce soit dans leurs coutumes ou dans leurs langues. Ils vivent dans les montagnes du nord du Vietnam, à l’ouest d’Hanoi, dans les provinces d’Hoa-Binh et de Thanh Hoa.

 

A l’époque, et c’est bien souvent le cas encore, ces minorités sont exclues des milieux d’affaires et des centres de décision de l’Indochine. Non pas particulièrement par les Européens, mais plutôt par le peuple vietnamien, habitant les plaines et les côtes du pays. Une haine s’est ainsi développée entre ces deux peuples au cours des siècles.

 

Aussi, leur incorporation aux côtés des troupes françaises s’en trouve facilitée.

 

Les bataillons Muong.

 

Reprenant les idées du général Leclerc, le général Alessandri – il est alors commandant en chef des forces en Extrême-Orient – propose un premier statut d’autonomie pour les Muongs. Il s’inspire du modèle retenu pour les Thaïs, autre peuple des montagnes du Tonkin. Dans un premier temps, il s’agit de rassembler des hommes, de leur confier un fusil – pas à tous – et de bénéficier, pour une solde moindre par rapport aux soldats de la métropole et aux autres coloniaux, de toutes les connaissances de ces hommes sur leur propre territoire.

 

Puis, le 1er mars 1950, le général Vanuxem – bientôt proche collaborateur du général de Lattre de Tassigny – créé le bataillon Muong. Une année plus tard, l’unité devient le 1er bataillon Muong et un 2ème bataillon est à son tour créé le 6 avril 1951.

 

Le 1er opère à Xom-Giam, Dao-Tu, et surtout à Vinh-Yen lors de la grande victoire du général. L’unité attaque un village à la baïonnette et après avoir mené de très durs combats, revient dans les lignes françaises en ramenant le corps de l’un de ses commandants de compagnie. Par la suite, il intervient dans la région de Hoa-Binh et libère celle de Bich-Du (Tonkin). Après la chute du camp retranché de Diên-Biên-Phù, le bataillon est dissous le 11 août 1954.

 

Quant au 2ème, il se signale à Phat Diem, Tri Le et également Bich Du. Le 24 décembre 1952, l’unité attaque le village de Nghi Xa. Les combats de ne cessent de la journée et de la nuit. Ils vont jusqu’au corps à corps. Au lendemain, le 2ème se reforme à l’arrière. A l’Etat-major on apprend qu’il a, à lui tout seul, stoppé puis anéanti l’équivalent d’un bataillon vietminh. Plus tard, fort de cette réputation, le 2ème est dissous pour devenir 73ème bataillon de l’Armée nationale vietnamienne.

 

Les soldats Muongs sont particulièrement efficaces dans leur région d’origine et ils permettent bien souvent de repérer avant tout le monde la présence des forces du Vietminh. Ce sont des éclaireurs de premier ordre. Ils savent approcher l’ennemi sans se faire repérer. Ils connaissent chaque parcelle du district d’Hoa-Binh. C’est évidemment moins le cas lorsqu’il s’agit pour eux de faire la guerre loin de leur territoire et selon des conventions qui sont imposées par certains officiers, pour qui « il n’est de guerre que celle qui est enseignée à Saint-Cyr ! ».

 

 

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Le fanion du 1er Bataillon Muong est décoré par le général de Lattre de Tassigny après la bataille de Vinh Yen (document ECPAD).

 

Les combats de Décembre 1953.

 

Emile Maurice Magnaval nait le 5 juin 1920 dans le 15ème arrondissement de Paris. Habitant Issy-les-Moulineaux, il s’engage dans l’armée par un bureau de recrutement du département de la Seine. Puis, il suit une école d’officier et, volontaire pour l’Indochine, fait son apprentissage dans le 1er bataillon Muong, alors basé au Tonkin.

 

Novembre 1953. L’Etat-major du CEFEO est entièrement tourné vers son objectif de l’Opération Castor : attirer un maximum de régiments du Vietminh dans la cuvette de Diên-Biên-Phù pour les battre, et faire plier définitivement l’armée du général Giap et d’Hô Chi Minh. Pour autant, partout au Tonkin, des combats sporadiques et des embuscades subsistent. Dans la région de Ninh Binh par exemple, située à quelques 300 kilomètres au sud d’Hanoi.

 

Ainsi, à la tête de sa compagnie, Emile Magnaval trouve la mort au front, le 18 décembre 1953, entre Nam Than et Nam Buang. Après la défaite de Diên-Biên-Phù – 7 mai 1954 – et les accords de Genève, les Français survivants des camps du Vietminh sont libérés courant septembre de la même année. Beaucoup de corps sont rapatriés en métropole. C’est le cas d’Emile Magnaval, dont les restes reposent dans la crypte se trouvant sous le monument aux morts du cimetière municipal.

 

Il est à noter qu’Emile Magnaval avait également des attaches à Courbevoie, car son nom figure sur le monument aux morts de cette commune.

 

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Soldats du 1er Bataillon Muong.

 

Sources :

 

 

  • - Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • - Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • - Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • - Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • - Michel Bodin, La France et ses soldats, Indochine 1945-1954.
  • - Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • - Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • - Bibliothèque et photothèque de l’ECPAD.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 23 Octobre 2012

 

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français participera aux commémorations et aux cérémonies du mois de novembre :

 

 

- Mercredi 31 octobre et Jeudi 1er novembre :

– Quête nationale du Souvenir Français : nous serons présents à l’entrée du cimetière d’Issy-les-Moulineaux.

 

 

- Samedi 10 novembre :

– 18h20 : opération des « Flammes de la Mémoire » devant le monument aux morts de la ville. Chaque participant est invité à déposer une bougie rappelant le sacrifice des femmes et des hommes afin que nous puissions vivre dans un monde libre.

 

 

- Dimanche 11 novembre :

– 8h00 : départ en car pour les cérémonies, devant le CNET.

– 8h10 : dépôt de gerbes à l’église Sainte-Lucie.

– 8h30 : cérémonie de prières à l’auditorium du collège Saint-Nicolas.

– 9h30 : départ en car pour le cimetière et cérémonie au carré militaire.

– 10h25 : dépôts de gerbes place du 11 novembre et lecture du message du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, par Monsieur Fleury, Président de la FNACA et de l’UFAC.

– 10h50 : cérémonie au monument aux morts de la ville ; discours de Monsieur Poujols, Président de l’UNC et de Monsieur Santini, député-maire.

– 11h15 : vin d’honneur offert par la municipalité.

 

 

Comme d’habitude, le Souvenir Français se chargera de la quête au profit du Bleuet de France. Soyez généreux !

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Publié le 21 Octobre 2012

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Naître chez l’ennemi.

 

Dabo est un village des Vosges mosellanes, placé entre Sarrebourg, Phalsbourg et Saverne. Le 1er Janvier 1875, comme un peu partout – que ce soit dans la République française ou l’Empire allemand – on fête le premier jour de l’année. Fête retenue au village : voilà près de cinq années que Dabo fait partie de l’Alsace-Lorraine annexée. Ce sont les lois de l’Empire qui s’appliquent et non plus celles de la République.

 

A Dabo, ce jour est également très particulier chez les Steiner : le petit Joseph Léon vient de pousser ses premiers cris ! Dans quelques années, il sera isséen et sera recensé puis appelé comme militaire du rang au 3ème bureau de la Seine sous le matricule 531 de la classe 1895. En 1914, il rejoint son unité d’affectation : le 24ème régiment d’infanterie territoriale.

 

 

Tavannes.

 

Tavannes est un village de la Meuse qui rassemble aussi un fort, élément de défense contre l’ennemi héréditaire, et un tunnel de la ligne de chemin de fer entre Saint-Hilaire-au-temple et Hagondange. Celle-ci dessert entre autres les gares de Suippes, Valmy, Sainte-Menehould, Verdun et Etain. Long de 1.170 mètres, le tunnel a été construit de 1873 à 1874. Il présente une largeur d’environ 5 mètres.

 

Quant au fort, il a été bâti de 1876 à 1879, sur les ordres du général Séré de Rivières, par ailleurs auteur de la ceinture fortifiée autour de Paris. D’abord construit en maçonnerie simple, l’élément de défense est pourvu dix années plus tard de renforts en béton, notamment au niveau des abris et de la caserne. En forme de polygone, ses dimensions sont relativement modestes. Situé à 1.600 mètre au sud-ouest de Vaux, il fait partie de la zone de défense de Verdun.

 

En 1915, le Grand Quartier Général décide de désarmer tous les forts. Ce sont des éléments de défense statiques, qui consomment beaucoup de munitions et d’obus, sans une grande efficacité, obus qu’il faut bien apporter donc au moyen de routes à protéger. En 1915, l’idée est plutôt orientée sur la guerre de mouvements.

 

 

Le tunnel.

 

Pour autant, en février 1916, dès le déclenchement de la bataille de Verdun, le fort de Tavannes subit des bombardements incessants. Pour les Allemands, la prise d’un fort est à la fois symbolique et permet aux hommes de constituer un point d’appui pour la prochaine avancée. Alors, il s’agit maintenant de le défendre…

 

Quant au tunnel de Tavannes, jugé suffisamment protégé par la dizaine de mètres de terre le recouvrant, il présente un abri idéal. Dès le début de la bataille, la circulation des trains est arrêtée. Quelques escouades en profitent pour s’y réfugier. Puis une compagnie. Bientôt, ce sont des éléments entiers de plusieurs régiments qui s’y abritent, exploitant là un relai fantastique pour être au plus près des combats.

 

S’y côtoient l’état-major de la 16ème Division, des éléments des 1er et 8ème génie, des 22ème, 24ème et 98ème régiments territoriaux, des blessés avec leurs médecins et leur infirmiers, des soldats du 346ème, 367ème, 368ème et 369ème RI.

 

Témoignage du général Rouquerol de la 16ème D.I. : « L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d’établir des câbles à hautes tension, nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.

 

L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetés. On y aurait trouvé même des cadavres. Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse au nom suggéré de « jaunisse des vidangeurs ».

 

Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive ».

 

Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. : "Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là? Je préfère la lutte à l'air libre, l'étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie. Une pile de sacs à terre monte jusqu'à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c'est l'orage dans la nuit et le martèlement continu d'obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d'un revers de main. Les visages sont moites, l'air tiède est écœurant. Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu'un camarade leur écrase un pied. Par place, un ruissellement s'étend ! De l'eau ou de l'urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d'éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d'humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l'eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime ».

 

Ainsi, depuis le mois de février 1916, chaque jour, des compagnies viennent faire une halte au tunnel de Tavannes pour y rester quelques heures ou plus. Saisissant la situation sanitaire désastreuse, l’Armée française décide d’évacuer les lieux et même de faire sauter le tunnel. Mais les Allemands se rapprochent. Non seulement l’abri subit des bombardements de plus en plus violents, mais des unités françaises se rapprochent poussées par les attaques ennemies. Les combats se déroulent maintenant à quelques centaines de mètres seulement de l’entrée du tunnel.

 

 

Le 4 septembre 1916.

 

René Le Gentil : « Je peux vivre cent ans, je me souviendrai toujours des heures vécues dans ce ghetto, tandis qu'au-dessus la mitraille faisait rage. Imaginez un boyau long de quinze cents mètres, large de cinq, fait pour une seule voie par où passait le chemin de fer allant de Verdun à Metz et où de 1000 à 2000 hommes travaillaient vivaient, mangeaient et satisfaisaient à tous leurs besoins!... »

 

René Le Gentil est un soldat du groupe des brancardiers de la 73ème division d’infanterie. Au front depuis des mois, il a été rapatrié à l’arrière à la suite d’une blessure. Ses camarades lui écrivent pour lui demander des nouvelles de sa santé. Peu après le 4 septembre 1916, ils lui apprennent un drame atroce : « Vous aurez sans doute appris l’affreux malheur ? Cent-un exactement de nos malheureux camarades sont restés ensevelis sous le tunnel de Tavannes. Tous morts ! Pauvre groupe de brancardiers déjà assez éprouvé, le voici presque anéanti ! Comme sergents survivants, il ne reste que Kohler et Mongeot. Quelle affreuse chose que la guerre… ».

 

René le Gentil : « Le 4 septembre, une formidable explosion, sur la cause de laquelle on n'était pas fixé, avait eu lieu sous le tunnel, faisant près d'un millier de victimes, dont les brancardiers de la 73e division. Ma pensée angoissée alla vers mes infortunés camarades, mon peloton, et Dehlinger qui m'avait écrit le 3, la veille ! ... Cent-un! me disait le mot laconique. Je songeai un instant que, peut-être, mon peloton avait été relevé. J'essayai de m'accrocher à de fragiles espoirs; mais, de la journée je ne pus penser à autre chose ; et c'est à peine s'il me fut possible de fermer l’œil ».

 

Plusieurs hypothèses existent quant à cette explosion. Celle, généralement admise, veut qu’un mulet, transportant des grenades et du ravitaillement, effrayé par des fusées, ait buté contre une traverse et renversé sa cargaison. Ce faisant certains engins explosent et provoquent un début d’affolement. Dans leur panique, des soldats sortent précipitamment du tunnel, rendu encore plus sombre car la nuit est tombée. Il est 21h45. L’un d’eux, portant des fusées, accroche des fils électriques qui courent tout au long des parois. L’incendie s’étend aux bidons d’essence du groupe électrogène de l’entrée du tunnel. La déflagration qui s’ensuit anéanti tout sur son passage…

 

René Le Gentil : « Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, fuyaient donc, pêle-mêle vers l'autre issue, à travers les flammes, et, pour lutter contre la fumée qui, par l'appel d'air de ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart avaient adapté les masques contre les gaz. Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l'Enfer, des centaines de damnés masqués participaient à cette course à la mort, butaient contre les traverses, tombaient sous les pieds des camarades, hurlaient le : « Sauve qui peut ! » féroce et égoïste de l'homme en danger, quand, devant eux, une terrible explosion se produisit... un feu d'artifice jaillit... trouant l'obscurité d'éclairs effroyables: c'était le dépôt de munitions qui sautait !

Le déplacement d'air fut tel que ceux qui se trouvaient à la sortie, du côté de Fontaine-Tavannes, faillirent être renversés.

 

Feu devant, feu derrière, prise entre les flammes et gagnée par l'asphyxie, la pauvre troupe, hurlante et douloureuse vit la mort s'avancer à grands pas... Seuls, René Birgé, secrétaire du colonel Florentin et dessinateur de la brigade, enseveli par un heureux hasard tout à l'entrée, et un homme du 8ème ou 10ème génie, purent être assez heureux pour échapper à la catastrophe ; dès le début, ce dernier avait pu s'évader par l'unique bouche d'air existante, en gagnant l'ouverture grâce à une échelle, et d'autres malheureux le suivaient, quand, sous leur poids l'échelle se brisa !...

 

Près de mille hommes périrent donc là : Etat-major de la 146ème brigade, colonel Florentin en tête, officiers et soldats des 8ème et 1er génie et des 24ème, 98ème et 22ème régiments territoriaux ; médecins majors et infirmiers régimentaires des 346ème, 367ème, 368ème et 369ème d'infanterie; blessés de ces régiments qui, après de rudes souffrances, attendaient là, sur des brancards, leur transfert ; vous, médecin major Bruas que je regrette doublement, puisque je vous dois la vie, et dont, seule trace de votre fin, on n'a retrouvé que la chevalière !… Et vous, les médecins et brancardiers de la 73ème division. Lorsque, deux jours plus tard, on put déblayer l'entrée du tunnel, on ne retrouva rien, rien que des restes humains calcinés qui tombèrent en poussière dès qu'on les toucha. »

 

Devant l’impossibilité d’identifier les cadavres, et pour éviter toute polémique quant aux responsabilités, l’Etat-major de l’armée décide de déclarer tous les hommes, dont Joseph Steiner, « disparus » ou « tués à l’ennemi » et morts pour la France

 

Steiner Joseph

 

 

 

 

Sources :

 

- Témoignages du général Rouquerol, du lieutenant Benech et du soldat René le Gentil.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

- Alain Denizot : Verdun et ses champs de bataille.

- www.fortiffsere.fr/verdun/index

- www.lesfrancaisaverdun-1916.fr

- www.espacetrain.com

 

 

 

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Publié le 13 Octobre 2012

 

spadXIII

Spad XIII.

 

 

 

C'était dans les années cinquante. Il ne se passait pas de mois sans que ne sortent en librairie les souvenirs des pilotes qui, quelques années plutôt, s'affrontaient dans le ciel en feu de la Deuxième Guerre mondiale et dont, pour n'en citer que quelques uns, « Les carnets » de René Mouchotte, « Le grand cirque » de Pierre Clostermann, « La vieille équipe » de Bernard Dupérier côtoyaient sur les rayonnages « Jusqu'au bout sur nos Messerschmitt » d'Adolf Galland, « Pilote de stuka » d'Hans Rudel, ou « La dernière rafale » de Peter Henn.

 

Me voyant passionné par ces récits de combats aériens, mon père me dit un jour : « J'ai acheté dans les années trente un livre qui devrait t'intéresser » et, le sortant de sa bibliothèque, il me mit dans les mains un bouquin un peu fatigué, orné du« Petit Poucet » avec ses bottes de sept lieues, en noir sur fond jaune. Et c'est ainsi que j'ai pu découvrir ce rare témoignage d'un  pilote de chasse pendant la Grande Guerre.

 

Paru en 1935 aux Éditions Berger-Levrault sous le titre « Escadrille 155 » et rédigé par le journaliste romancier Jean Bommart, ce livre porte en sous-titre : « D'après les notes de guerre du pilote Jean Puistienne ». Ce dernier, « fantassin de 2éme  classe au 105éme régiment d'infanterie », blessé au visage sur la Somme à l'automne 1916 par un éclat d'obus, est enfin, en mars 1917 et après quatre demandes infructueuses, « par décision du G.Q.G., versé dans l'aviation comme élève pilote ». Avant d'aborder sa carrière opérationnelle, il est intéressant de suivre sa formation de pilote :

 

·         - 31/03. Dijon. Cours théoriques de « débourrage » aéronautique.

 

·         - 06/04. Miramas. Arrivée en École de pilotage.

 

·         - 11/04. Premier vol d'initiation sur Caudron G.3.

 

·         - 14/04. Premier vol en « double commande », en place avant, le moniteur derrière.

 

·         - 31/04. Lâcher : premier vol « solo », en place arrière. Virages à plat.

 

·         - 02/06. Passage en « Perfectionnement ». Virages au manche.

 

·         - 04/06. « Spirales ».

 

·         - 06/06. Épreuve de « Hauteur », 3500 mètres atteints.

 

·         - 07/06. Épreuves de « Lignes droites » et « Voyage en triangle ».

 

·         - 08/06. Breveté ! « Vite ! Mes ailes au col, du fil, une aiguille... ! »

 

·         - 21/06. Avord, Division des « Pingouins », un Nieuport aux ailes rognées permettant de maîtriser le roulage au sol.

 

·         - 20/07. Division « Nieuport ». Un mois de double commande sur Nieuport 28, puis 23, et enfin 18, ce nombre indiquant la surface alaire en m² des différents modèles de Nieuport. Comme le souligne le rédacteur « la surface portante des appareils diminue à mesure que le perfectionnement se poursuit !»

 

La pédagogie est brutale, comme en témoigne cette affiche :

 

«  Pilotes, perdez tout ce que vous voulez,

mais ne perdez pas votre vitesse.

Ne virez pas au ras du sol.

Ne montez pas en chandelle.

Ne croisez pas les commandes, sinon...

Au dessous, deux tibias et une tête de mort » !

 

 

·         - 13/08. Lâcher sur Nieuport.

 

·         - 15/08. Qualifié « Perfectionné » sur Nieuport avec 16h05 de vol.

 

 

Puis c'est le départ pour Pau, où est implantée la Division Avion de Combat.

 

-        19/08. Arrivée à Pau.

 

« Ici, au moins on vole ! … En six jours de présence à la D.A.C. Je me trouve avec plus d'heures de vol qu'en deux mois à l’École d'Avord !... Le 15 mètres sur lequel je suis, 80 chevaux Rhône, est un prodigieux joujou. Il décolle en 20 mètres, répond à la moindre touche des commandes, grimpe comme un ascenseur. »

 

·         - 25/08. Passage aux « Vols de groupe ».

 

·         - 29/08. Épreuve d'altitude, atteint 5900 mètres (sans oxygène !).

 

·         - 31/08. Enfin sur Nieuport 13, le fameux « Bébé Nieuport », afin d'apprendre à maîtriser, après les avoir simulés sur le « Fantôme », fuselage d'avion fixé au sol, « La vrille, le renversement, le retournement, le virage à la verticale et la glissade sur l'aile. Le looping n'est pas obligatoire, car il est peu utilisé en combat (sic). »

 

·         - 05/09. Départ pour le Groupe de Divisions d'Entraînement, à Plessis-Belville, entre Meaux et Senlis, dernière étape avant le front.

 

·         - 27/09. Le caporal Puistienne rejoint l'escadrille N 155, stationnée à Mélette, près de Châlons-sur-Marne. L'unité est dotée de Nieuport (d'où l'initiale N) et son insigne est le « Grand Cacatois », bizarre perroquet exotique.

 

Il n'a donc fallu que six mois pour transformer un « poilu » habitué à son fusil Lebel et chargé d'un « barda » de 30 kilos en pilote opérationnel en unité ! Mais c'était la guerre, une guerre qui a vu très vite évoluer les tactiques de la toute jeune aviation de chasse : « Les temps héroïques du chasseur isolé ne sont plus...Les fritz ne sortent que par trois, six, ou même dix. Nous en faisons autant...  Les « as » eux-mêmes doivent se plier à la règle commune des patrouilles. Maintenant le chasseur n'est qu'un cavalier dans le grand carrousel aérien. »

 

En escadrille, Puistienne découvre les différents aspects des missions de l'unité, comme en témoigne ces exemples :

 

  • - 01/11. Il est « de jour », enregistrant « le nombre des sorties et rentrées, les pannes ; combats et victoires au besoin » pendant que les quarante avions du groupe sont partis vers les lignes... Mais coup sur coup deux « saucisses » françaises sont incendiées. Une protection est réclamée d'urgence. Il décolle en solo, patrouille le long du front, est pris à partie par la D.C.A., rejoint un combat tournoyant, repère un avion camouflé, attend que les croix noires passent dans le viseur... « Nom d'un chien... les cocardes ! », et rentre au terrain pour apprendre que l'on commence à avoir aussi « chez nous des zincs camouflés » !

 

  • 13/11. Escorte à cinq Nieuports d'un Dorand de reconnaissance. Au passage des lignes deux Nieuports ont déjà abandonné sur panne. Un tir de D.C.A. fait éclater la patrouille. Puistienne, sur sa « Môme Jeannette », aperçoit en dessous de lui trois Albatros, pique sur le dernier : « La silhouette aux croix noires dans mon viseur... Feu ! Malheur à moi ! Une seule traçante frappe nettement le boche... et ma mitrailleuse enrayée reste muette ! ». Pris en chasse par cinq appareils ennemis, il part en vrille, redresse alors que les Albatros,  encadrés par les tirs de la D.C.A. amie, fuient... « Braves artilleurs, merci ! ». Mais ... «  A droite, un trou rond dans le plan inférieur ; la toile est brûlée... Mon plan gauche est cintré. Il se courbe, se gondole, les haubans détendus vibrent... Va-t-il céder ?... Le terrain approche. Le terrain est là... tout doucement je pique... le sol monte. Je le touche. Je roule. Je m'arrête. »

 

Le début de l'année 1918 est fertile en événements : d'abord, à partir du début janvier, les Nieuport 27 sont remplacés par des Spad XIII, et donc au début de février la N 155 devient la SPA 155.

 

Avec trois autres escadrilles, les SPA 48, 94 et 153, elle constitue le Groupe de combat 18 qui rejoint le terrain de Villeneuve-les-Vertus où il forme avec deux autres groupes la 1ère Escadre de combat. Enfin le 1er mars la SPA 155 perd son « Grand Cacatois » et arbore un nouvel insigne, le « Petit Poucet » qui « a vraiment bonne figure ; avec ses bottes de sept lieues, il a l'air de dévorer l'espace ». Mais dès la fin de janvier, Puistienne a enregistré sa première victoire :

 

  • - 27/01. Mission de protection d'une sortie de reconnaissance menée par un Spad biplace de l'Escadrille 48. Au delà des lignes, à 6.500 mètres, baisse de pression d'air dans le réservoir, le moteur ralentit, le pilote pompe à la main et le moteur repart. Mais il a perdu de l'altitude. « Où est mon poussin, le Spad biplace ?...Là-bas un point noir... il faut le rattraper... le biplace s'enfonce encore chez le boche... Mais il était jaune clair... maintenant vert foncé... Ah ! Des croix noires !». C'est un gros biplace Rumpler qui rentre au gîte et que Puistienne abat de longues rafales de sa mitrailleuse, le suivant pendant sa vrille mortelle et ne redressant qu'à quelques centaines de mètres au dessus du sol : « J'en ai un ! J'ai un boche ! »

 

Mais sous la poussée allemande le front évolue vite et les escadrilles se replient fin mars sur le terrain du Plessis-Belleville, à seulement 35 kilomètres de Paris ! La mission principale est maintenant le mitraillage des colonnes ennemies :

 

  • - 26/03. Patrouille région de Montdidier. Puistienne et un jeune ailier, son leader s'étant posé dans un champ après une panne, découvrent... « Cette tache verdâtre, qui coupe la route... Parbleu, ce sont eux ! Je cabre la « Môme Jeannette... Je pique et mes deux mitrailleuses crépitent ; les traçantes zèbrent l'air de longues traînées blanches, s'enfoncent dans une masse mouvante vert-de-gris... En bas la colonne boche s'éparpille. Des hommes courent à toutes jambes dans les champs... ».

 

De fin mars à début août l'escadrille déménage une douzaine de fois au gré des offensives allemandes et des contre-attaques alliées. Les ordres du 20 août caractérisent l'activité des escadrilles : « Départ des patrouilles à 8h20. Secteur d'attaque nord-est Soissons. Mission : interdiction des lignes ; protection des avions de corps d'armée ; mitraillage des formations et batteries ennemies. »

 

Au cours de cette journée, Puistienne mitraille une ligne de pièces d'artillerie embusquées dans un petit ravin mais revient avec « la moitié du volet de mon stabilisateur en miettes... Le plan fixe entamé et le volet bloqué... l'air s'engouffrant par la plaie béante de l'aile gauche risque de la désentoiler... ». Avant l’atterrissage, il coupe le contact, l'avion tombe... et le pilote se retrouve dans son lit avec seulement quelques contusions. Mais la « Môme Jeannette » est en miettes !

 

Le 12 septembre, au cours d'une mission d'escorte de Bréguets de bombardement, Puistienne engage le combat avec un Fokker D7 allemand et le voit disparaître traînant un long panache de fumée noire.

 

Le 21 octobre nouvel accrochage avec les D7 au cours d'une mission d'attaque de « Drachen ». Atterrissage de précaution avec encore une « Môme Jeannette » à mettre à la ferraille, « mât de cabane droit arrière broyé, les ferrures de câbles tordues, un longeron de fuselage haché... En tout vingt-trois balles, y compris les deux du pare-brise » !

 

Enfin le 11 novembre, c'est l'armistice et le 19, dans Metz reconquise, défilé des troupes victorieuses survolées par les appareils de la division aérienne. Et c'est le drame : « … Lequel a commencé ?... Un carrousel aérien se déclenche... Loopings, glissades, boucles... au dessus de la foule ravie... Soudain, une clameur s'élève... Avec fracas un Spad vient de s'écraser sur le pavé... »

 

Le 13 décembre, la sanction tombe. Quatre de ses camarades et « le Sergent Puistienne, du 105ème d'infanterie, détaché à l'escadrille SPA 155, cité à l'ordre de l'armée... Une blessure... Sont tous les cinq punis de quinze jours d'arrêts de rigueur... Sont radiés du personnel navigant de l'aéronautique et renvoyés dans leurs armes respectives, avec le motif suivant : « Pilotes absolument inconscients, sont un danger pour la sécurité publique ».

 

« Nous nous sommes inclinés, sans protester. La guerre était finie.    On avait plus besoin de nous. »

 

 

Pour compléter les biographies ou les souvenirs des « As » de la 1ère guerre mondiale, les Guynemer, Fonck, Nungesser ou Madon, il est passionnant de découvrir avec le caporal Puistienne, de l'« Escadrille 155 », ce que fut la vie en unité d'un des quelques 6.000 aviateurs français formés pendant cette période. Fantassins ou « tringlots », transmetteurs, cavaliers ou artilleurs, ils ont, devenus pilotes, contribué à écrire les premières pages de la glorieuse histoire de l'aviation de chasse.

Couverture Escadrille 155

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Publié le 28 Septembre 2012

 

North Korea 1948

Char nord-coréen en 1948.

 

Yalta et ses conséquences.

La Conférence de Yalta, en février 1945, rassemble Josef Staline, chef de l’Union Soviétique, Franklin Roosevelt, président des Etats-Unis et Winston Churchill, Premier ministre de Grande-Bretagne. Il s’agit pour ces puissances, qui sont en train de vaincre l’Allemagne nazie et ses alliés, de se donner les moyens d’établir partout où sont installées des troupes ennemies, les bases du rétablissement de la paix. Ceci en langage diplomatique. Traduit en termes d’intérêts, cette conférence consiste aussi et surtout à affirmer un partage de « zones d’influence ».

A Yalta, l’Union soviétique donne également son accord pour se retourner vers l’ennemi japonais, trois mois après l’anéantissement de l’Allemagne. Aussi, le 9 août 1945, au lendemain de sa déclaration de guerre à « l’Empire du soleil levant », les troupes russes pénètrent dans le nord de la Corée pour y chasser les derniers bataillons japonais. Au sud, les Américains font de même dans le courant du mois de septembre 1945 : il a en effet été décidé que le 38ème parallèle servirait de « frontière » entre la zone d’influence soviétique et celle d’influence américaine.

Deux idéologies s’affrontent : au nord, sous influence soviétique, hégémonie est donnée aux idées révolutionnaires communistes. Au sud, en juillet 1948, se déroulent les premières élections : Syngman Rhee (1875-1965) devient président de la République coréenne, lui qui fut déjà par la passé, président du Gouvernement provisoire de la République de Corée, pendant l'occupation japonaise, de 1919 à 1925.

En réponse à ce qui est considéré comme une provocation, en septembre de la même année, la République Populaire de la Corée du Nord est proclamée, et Kim Il-sung (1912-1994) en est le Premier ministre, poste qu'il occupera jusqu'en 1972 avant de devenir président de «sa» Corée, et cela jusqu'à sa mort en 1994.

Inutile de préciser que ces deux partis revendiquent chacun l'intégralité de la Corée...

 

Invasion du sud.

Après avoir reçu les assurances de soutien de Staline et du dirigeant chinois Mao Zedong, Kim Il-sung lancent 135.000 hommes à l’assaut de la frontière du 38ème parallèle. Auparavant, il a pris soin de procéder à un gigantesque tir d’artillerie. Avec l’ouverture des archives soviétiques, il apparait aujourd’hui clairement qu’il s’agit d’une initiative de Kim Il-sung, et non d’une réponse à des tentatives de déstabilisation, comme cela fut souvent indiqué à l’époque, entre autres par une certaine intelligentsia communiste des pays occidentaux. En fait, le Premier ministre nord-coréen couve ce projet depuis sa nomination en 1948.

La Corée du Sud et son allié américain sont totalement pris de cours. Aux Nations unies, l’Union soviétique joue la politique de la « chaise vide » arguant du fait qu’une majorité des membres se réfère davantage des Etats-Unis, et que l’entrée de la Chine communiste est bloquée. Profitant de ce fait, les Américains font voter dans l’urgence deux résolutions – la 83 puis la 84 – établissant un contingent militaire fort de seize pays, dont la Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada, la Turquie, la France, la Belgique, la Grèce (…). En pratique, les Américains sont très largement majoritaire. Le commandement de la force onusienne est confié au général Douglas Mac Arthur, alors commandant des forces US dans le Pacifique. C’est un militaire reconnu, qui a participé aux deux conflits mondiaux et qui vient de se couvrir de gloire dans la guerre contre le Japon.

Il n’est que temps !

En quelques jours, par des attaques surprises sur les villes de Kaesong, Chunchon, Uijongbu et Ongjin, les troupes du nord détruisent en grande partie la petite armée de Corée du Sud, bien faible avec ses 38.000 hommes. C’est même la débandade. Le 28 juin, Séoul tombe à son tour. Les communistes parviennent jusqu'à Pusan – au sud-est de la péninsule – en septembre 1950. Seule une poche autour de cette ville a pu résister au déferlement communiste. Avec cette incroyable avancée, les troupes Nord-coréennes ne parviennent pourtant pas à atteindre ses buts, à savoir la reddition de Sygman Rhee et l'anéantissement total de son armée. Kim Il-sung a pourtant promis à ses alliés une guerre éclair.

 

La reconquête.

 La joie communiste n’est que de courte durée. Les troupes onusiennes de Mac Arthur organisent la contre-attaque, par l’arrivée de soldats majoritairement occidentaux (près de 200.000 hommes) et un appui aérien et logistique d’importance. Les troupes du nord sont alors repoussées jusqu'à la frontière Chinoise à peine deux mois plus tard, en novembre 1950, ce qui donne lieu à l'intervention non officielle de la Chine, qui envoie sur le champ de bataille des «volontaires» – près de 300.000 soldats – commandés par les généraux Lin Biao et Peng Dehuai. Avec ce renfort de taille, les forces de l'ONU sont stoppées nettes. Mieux, Séoul est reprise, ce qui entraîne un exode de près d’un million de Coréens.

Maintenant, au gré des batailles, la guerre de mouvement fait place à une guerre de position. Au moyen du sacrifice de nombreuses troupes, le général américain Ridgway parvient à reprendre Séoul, en mars 1951, et repousse les troupes de Corée du Nord au-delà du 38ème parallèle. Mais le général Mac Arthur ne peut se contenter du statu quo : il propose à son président, Truman, de lancer la bombe atomique sur la Mandchourie afin d’infléchir définitivement la position chinoise. Le président, refusant l’éventualité d’un conflit avec la Chine communiste, démet le général de ses fonctions et nomme Ridgway à sa place, en avril de la même année.

Le conflit s'enlise : les deux parties connaissant leurs lots de victoires et de défaites, bien que les deux camps entrent en négociation parallèle dès cette année-là. Elles se poursuivent d’ailleurs, et ce jusqu'en 1953, année de la disparition de Joseph Staline, le Petit père des peuples. Le 27 juillet 1953, est proclamé l'armistice de Panmunjeom. Il met fin à une guerre qui aura duré pratiquement 3 ans, et fait au minimum un million de morts (différentes sources mentionnent même des chiffres de 2-3 millions de morts).

 

Monclar et le Bataillon français de l’ONU.

 

 

  monclar et mc arthur

Le lieutenant-colonel Monclar et le général Mac Arthur.

 

En novembre 1950, le Bataillon français de l’ONU est incorporé au sein du 23ème régiment de la deuxième division de l’infanterie US, sous le célèbre insigne Indian Red. Il est composé de plus de mille volontaires, commandés par un chef de premier ordre : le général Ralph Monclar.

Saint-cyrien, il termine la Première Guerre mondiale au 60ème régiment d’Infanterie avec le grade de capitaine, la Légion d’honneur, 11 citations et une invalidité de 90 % ! Par la suite, il est envoyé en Syrie afin d’y organiser le mandat de la France sur le pays dans les années 1920. Son invalidité ne l’empêche pas d’être l’un des premiers à répondre à l’appel du général de Gaulle, qui lui confie la 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère à Narvik (Norvège) en 1940. Peu après, en Syrie, il se refuse à entamer des combats contre les troupes françaises restées fidèles au Gouvernement de Vichy. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il effectue des missions d’inspection pour la Légion en Algérie, au Maroc, à Madagascar, en Indochine. Au moment de la constitution du bataillon de l’ONU pour la Corée, il se porte volontaire, et échange, pour la durée de sa mission, ses étoiles de général de corps d’armée contre un grade de lieutenant-colonel.

Dès noël 1950, le Bataillon français de l’ONU (BF/ONU) s’installe dans la vallée de Mokkey-Dong, par un froid des plus glaciaux, allant jusqu’à -30°, rendant les armes complètement inutilisables. Dans ces conditions extrêmes, le bataillon perd accidentellement son premier soldat.

En janvier 1951, le Bataillon français participe à une série de combats victorieux, pendant près d’un mois. Après une difficile progression, il s’installe au sud de Chipyong-Ni et d’une voie ferrée, appelé Twin Tunnel, dans le centre de la péninsule, défendue par les 10.000 volontaires Chinois de la 125ème division. Le rapport est donc de 1 à 10 ! Le combat dure près de 14 heures, mais les Français tiennent bon, perdant seulement 30 hommes et une centaine de blessés. Les volontaires Chinois quant à eux déplorent la mort de plus de 1.300 hommes. Ce combat vaut sa première citation à l’ordre de l’Armée française et sa première Citation présidentielle américaine.

Monclar se dirige sur Chipyong-Ni, carrefour stratégique important, isolé face à l’ennemi. Le 23ème régiment US et le BF/ONU sont alors encerclés par 4 divisions chinoises, soit près de 45.000 hommes. Après trois jours de combats, et avec l’aide de l’aviation, les troupes chinoises sont repoussées. Le Bataillon français obtient deux nouvelles citations, à l’ordre de l’Armée et une nouvelle Citation présidentielle américaine. Mais le général Monclar, frappé par la limite d’âge, rentre en France.

 

 Camp Kapyong - 1952 - Cliche - Stanilas Salisz

 Camp Payong – 1952

(Photographie de Stanislas Salisz).

 

Par la suite, le BF/ONU participe encore à de nombreux combats. En mars 1951, la prise de la cote 1037 ouvre la route de Chuchon et d’Honchon, au nord de Séoul. Le 6 avril, il franchit le 38ème parallèle, et arrive deux jours plus tard aux réservoirs de Hwachon. Repoussé par une contre-offensive, il refranchit le 38ème pour s’établir dans la ville d’Inje. En octobre de la même année, après trois semaines de combats, le BF/ONU s’empare de la cote 851 puis du piton Crève-Cœur. S’ensuit une guerre de position. Dans le courant de l’été 1952, le Bataillon français participe au barrage d’une nouvelle offensive chinoise sur Séoul. Placée en avant, la Section des Pionniers, à court de munitions, prend l’initiative d’un corps à corps à coup de pelles ! La Section d’armes lourdes se porte à son secours, désobéissant aux ordres. Mais pour ce fait d’armes, elle recevra sur ordre du Président de la République de Corée du Sud, la haute décoration de l’Ordre du mérite militaire Hwarang, avec étoile d’argent. Puis, le bataillon prend part aux combats du triangle de fer, nom d’un important gisement de minerai de fer entre Kumwa, Chorwon et Pyongyang, dans l’ouest de la péninsule.

C’est à la suite de ses blessures reçu lors d’une de ces batailles, que Jacques Landry, un Isséen de 25 ans, décède le 30 mai 1952. Il était brancardier au sein de la compagnie de commandement du bataillon.

L’année suivante, le BF/ONU est à Songkok et tient pendant plusieurs mois le secteur de Chumgasan, à l’ouest de Gumhwa, dans le centre du pays.

 

 Jacques Landry

 Jacques Landry et le médecin-capitaine Brottin en Corée.

(Photographie de Rémond Shappacher).

 

 

 

 

Giovanni Gandolfo

Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux.

 

Sources :

·         La guerre de Corée, Robert Leckie, Ed. Robert Laffont, 1962.

·         Histoire de la Corée, André Fabre, Ed. L’Asiathèque, 2000.

·         La guerre de Corée (1950-1953),Patrick Souty, Presses universitaires de Lyon, 2002.

·         Sites internet :

o    http://commandos-marine.winnerbb.net/

o    http://france-coree.pagesperso-orange.fr/

o    http://bataillon-coree.org/

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Publié le 16 Septembre 2012

Magdeburg ruinen

 

1945 : Magdebourg en ruines.

 

 

Mars 2012, Issy-les-Moulineaux : nous rencontrons Monsieur Wolfgang Cotta.

 

 

Magdebourg.

 

« Je suis né en 1928 à Magdebourg, qui fut une cité de premier plan du temps du Saint-Empire Romain Germanique et haut lieu du protestantisme. Son université était d’ailleurs particulièrement réputée. Magdebourg, cité de l’Elbe, se situe aux confins des massifs de l’Allemagne centrale et de la grande plaine germano-polonaise ».

 

La ville de Magdebourg est également connue pour avoir présenté, par l’intermédiaire de son bourgmestre en 1654, Otto von Guericke, une expérience pour montrer la force de la pression atmosphérique. L’homme de science avait fait assembler deux demi-sphères en métal puis il avait fait le vide à l’intérieur. Pour réaliser sa démonstration, il avait fait attacher des chevaux de trait à chaque demi-sphère. Les animaux eurent beau déployer toute leur force, ils n’arrivèrent pas à séparer en deux la sphère ! Celles et ceux qui ont un ouvert une encyclopédie à la page de Magdebourg ont forcément lu cette anecdote.

 

 

« Mon père, originaire des Sudètes, s’était installé dans cette ville, comme photographe artistique. Là où il avait rencontré ma mère. Notre grand appartement, dans un immeuble du centre de la ville, en face de la cathédrale début gothique, était aussi l’atelier de mon père. Ses clients étaient surtout les acteurs et chanteurs des théâtres et de l’opéra de Magdebourg.

 

Pendant ma prime enfance, je n’étais absolument pas conscient de la situation, dans laquelle se trouvait l’Allemagne, sous la dictature d’Adolf Hitler ».

 

 

Le parti nazi au pouvoir.

 

Fondé au début des années 1920, le parti national-socialiste (« Nationalsozialismus » en Allemand), fort de 1.500.000 membres, fait campagne aux élections législatives de 1933 sur les thèmes de la sécurité, de l’indépendance du pays face à l’internationalisme (l’Allemagne a un « espace vital » à faire respecter) et le soutien aux classes paysannes et moyennes (le pays est toujours en crise économique) par un accroissement de la protection économique et sociale et l’assistance aux prix agricoles.

 

Les résultats sont sans appel : les partis de gauche (communistes et sociaux-démocrates) comptent 201 députés, ceux du centre et le parti bavarois, 92 députés. Quant au Parti national du peuple allemand, il envoie 52 de ses représentants au Reichstag. Le grand vainqueur est le parti national-socialiste avec 288 élus.

 

« Deux événements me sont restés en mémoire : j’avais 5 ou 6 ans, je sentais chez mes parents une certaine peur et angoisse. Ma sœur, 5 ans plus âgée que moi, me raconta bien plus tard qu’il fallait à cette époque prouver depuis deux générations son ascendance aryenne, ce que mon père ne pouvait pas, parce que son père (ou son grand-père je ne sais plus) était juif. Pour s’en sortir, il prétendit que les papiers de naissance de ses parents avaient disparu dans l’incendie de l’église de son petit village en Bohême.

 

Le deuxième événement fut la déclaration de la guerre en 1939. Je n’avais jamais vu mon père dans un tel désespoir. Il savait ce que voulait dire la guerre, car il l’avait vécu en tant que soldat autrichien pendant 1914-1918.

 

A partir de cette date, le parcours de ma vie, comme adolescent pendant les 6 ans de la guerre, et comme jeune adulte pendant les premières années après-guerre peut, peut-être, donner une certaine image de ce temps de la destruction de l’Allemagne, pas seulement matérielle, et de sa résurrection.

 

Je vivais les premières années de la guerre tout à fait normalement, inscrit dans un lycée humaniste de longue tradition (grec et latin), avec des professeurs âgés de grande érudition (tous les jeunes professeurs étaient mobilisés) ou le culte de National-socialisme était absent. Et comme tous les jeunes allemands âgés de 10 ans, je fus intégré dans la Jungvolk ».

 

 

 

De Deutsche Jungvolk à Hitlerjugend.

 

Le mouvement des Jeunesses hitlériennes est créé en 1922, sous le nom de Jungsturm Adolf Hitler. Obligatoire pour les jeunes enfants allemands, garçons et filles, il est organisé en classes d’âges :

 

  • Les Pimpf sont les plus jeunes. Ils sont admis à partir l’âge de six ans.
  • Les Deutsche Jungvolk regroupent les garçons de 10 à 14 ans.
  • Les Jungmädelbund gèrent les filles des mêmes âges.
  • Les Hitlerjungend sont les jeunes garçons de 14 à 18 ans, quand les Bund Deutscher Mädel sont les jeunes filles des mêmes âges.

 

Les jeunes gens sont encadrés par des adultes, bien entendu membres du Parti national-socialiste. Ils exigent une obéissance absolue et enseignent la doctrine nazie. Au sein des sections régionales, des concours sont organisés afin de sélectionner ceux des élèves pourront servir dans la Schutzstaffel (la SS « escadron de protection ») et ceux qui pourront se tourner vers la relève politique du parti nazi.

 

« J’avais un bel uniforme, et tous les mercredis et les samedis après-midi, nous faisions des exercices collectifs. Je commandais un petit groupe de camarades, et comme j’étais sportif, cela me convenait bien. Il y avait la guerre, qu’on vivait à travers les images des informations dans les cinémas, qui claironnaient les victoires de notre armée en Pologne et en France. Je sentais peut-être une problématique quand je me rappelle les violentes discussions entre mon père et son beau-père, antisémite et national-socialiste fanatique, qui dirigeait une agence d’assurances du groupe Albignia à Magdebourg. Je vois encore chez lui, entassés, les exemplaires du journal SS Der Stürmer, dont le sous-titre était Les juifs sont notre malheur. »

 

 

L’année 1943.

 

« Arrive 1943 : les bombardements avaient déjà bien commencé. Au début de cette année, ma mère mourut subitement d’une attaque cérébrale. Elle disparut en une journée, sans que mon père, ni notre médecin de famille, ne puissent faire quelque chose. Déjà, les urgences n’existaient plus, et la vie normale, quotidienne, avait changé en profondeur.

 

C’est effectivement le moment où ma vie changea et où je perdis mon insouciance. Je me servis de la mort de ma mère comme prétexte, pour ne pas être intégré – j’avais maintenant 14 ans – dans la Hitlerjungend.

 

A la fin de 1943, lors d’un grave bombardement, notre immeuble fut détruit. Quelques mois après, mon père, âgé de 56 ans, fut encore une fois mobilisé. Je me trouvai seul avec ma grand-mère maternelle dans une maison que mon père avait fait construire avant la guerre à la périphérie du centre de la ville ».

 

 

Magdebourg anéantie.

 

« A la fin de l’année 1944, à l’âge de 16 ans, je fus interné dans une caserne pour préparer mon intégration comme soldat dans l’armée. Un peu après, la caserne fut bombardée. C’était le 16 janvier 1945. Magdebourg fut pratiquement rasée par ce bombardement, qui détruisit 90 % de la ville, faisant plus de 7.000 morts en quelques heures. Notre maison fut anéantie lors de cet événement.

 

 

La vie était maintenant complètement désorganisée. Occasion pour moi de m’enfuir. Je quittai mon uniforme et, sans papiers, je partis en train, en Poméranie près de la mer Baltique, en me cachant dans les couloirs de gares, pour éviter les contrôles. C’est là que nous avions des amis qui tenaient une laiterie ; une condition qui me permettait de survivre sans carte d’alimentation. Mais les Russes arrivaient, provoquant la complète dissolution de tout ordre. Les pires horreurs – dont finalement certaines étaient vraies – étaient alors colportées sur l’Armée Rouge. Cette anarchie me permit, je ne sais plus comment, de revenir à Magdebourg quelques semaines avant la fin de la guerre.

 

En ce printemps 1945, la ville fut d’abord occupée par les Américains et les Anglais. Mon père revint après sa libération d’un camp anglais de prisonniers de guerre. Nous vivions alors dans une petite maison à la limite de la ville ».

 

 

Domination soviétique.

 

« Mais la ville de Magdebourg était située, selon les conditions du Traité de Yalta, dans la zone attribuée aux Soviétiques ; zone qui deviendrait plus tard l’Allemagne de l’Est. Alors, les Alliés partirent et laissèrent les Russes prendre possession de la cité.

 

C’était assez étonnant comment la vie quotidienne, normale, s’installa peu à peu quelques mois après la guerre. L’école recommença en septembre 1945, avec une nouvelle langue vivante : le Russe ! Quant à la ville, administrée par d’anciens communistes allemands, elle se transforma en une sorte de nouvelle dictature. Dans les rues, des haut-parleurs lançaient des slogans à la gloire des Soviétiques et du parti communiste ; partout aux murs étaient attachées des banderoles rouges de propagande. Un jour, sortant de l’école avec mes amis, je marchai exprès sur l’une d’entre-elles, tombées à terre. Comme une sorte de réflexe contestataire, pas vraiment réfléchi. Quelqu’un se jeta sur moi : rixe ! Je me trouvai en prison, seul dans une cellule, avec de l’eau ruisselant sur les murs.

 

En ce temps, ce genre de comportement suffisait pour disparaître. Je me souviens d’un jeune garçon qui avait distribué clandestinement des tracts anti-communistes. Il fut arrêté comme moi, mais l’on n’entendit plus jamais parler de lui… Dans mon cas, mon père, connaissait un antifasciste notoire et qui avait des contacts avec l’administration. C’est lui qui me sauva ! Maintenant, je n’avais qu’une idée en tête : quitter au plus vite cette Allemagne de l’Est ».

 

 

A Berlin.

 

« En juillet 1947, j’obtins mon baccalauréat. Je partis pour Berlin-Ouest, ce qui était encore possible à cette époque, bien avant le mur, pour m’inscrire à l’Ecole des Beaux-arts, située dans le secteur américain, pour faire des études d’architecture. Ces toutes premières années d’après-guerre, à Berlin, furent des années de miracle : tout était alors possible ! Tout était à faire dans cette ville détruite. Personne n’avait d’argent. Et depuis, jamais, je n’ai ressenti et vécu une telle ambiance de joie collective. Nous avions survécu à l’anéantissement. Nous nous trouvions à « l’heure Zéro » ! Je découvris l’art moderne, proscrit sous les Nazis, décrit comme un « art dégénéré ».

 

En peinture, nous vîmes l’expressionisme des années 1920 ; d’ailleurs, quelques artistes étaient professeurs chez nous, aux Beaux-arts. En matière de littérature, ce fut la découverte de Kafka, d’Hemingway et de tant d’autres. Et le dimanche matin était bien souvent réservé aux concerts du philarmonique de Berlin, sous la direction de Furtwängler.

 

 

Nous sortions aussi au théâtre et nous nous régalions des Mouches de Sartre ou de La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux. Et toutes ces distractions et joies culturelles ne coûtaient pratiquement rien pour les étudiants. Enfin, nous découvrîmes le cinéma américain avec les comédies musicales de Fred Astaire et les films de Rita Hayworth, sublime. Le soir, j’écoutais avec ma petite radio, émerveillé, les émissions de l’AFN (American Forces Network) : Glenn Miller, Benny Goodman, Frank Sinatra, Billy Holiday, Ella Fitzgerald. Après les horreurs de la guerre, nous nous trouvions dans un autre monde : un monde de rêve.

 

A la fin de l’année 1948, les Soviétiques installèrent le « blocus » en coupant la seule route, un corridor d’environ 200 km, traversant l’Allemagne de l’Est, et qui reliait à Berlin les secteurs américain, anglais et français avec l’Allemagne de l’Ouest. Le but étant que les Alliés abandonnent la ville. Comme bien souvent, le contraire se produisit : les Américains organisèrent un pont aérien. Nous voyions un flot ininterrompu de gros avions de transport, venant de l’Ouest, assurer le ravitaillement en aliments, souvent transformés en farine, des médicaments. Enfin, tout ce qui peut servir à la survie d’une ville de plus d’un million d’habitants.

 

 

Cette attitude d’affronter les menaces se manifestera plus fort encore, quand, lors de la construction du Mur, en 1960, le président Kennedy, en visite officielle, déclara devant la population de Berlin : « Ich bin ein Berliner ! » (je suis un Berlinois).

 

Nous nous trouvâmes encore une fois dans une ambiance de guerre : personne ne pouvait sortir de la ville, et chacun avait besoin de l’autre. Qui plus est, l’hiver fut très rigoureux et nous manquâmes cruellement de charbon. Les quotas d’électricité étaient très simples : deux heures le matin et deux heures le soir. Après huit mois, les Soviétiques abandonnèrent et la vie normale se réinstalla".

 

 

Partir.

 

« Mais Berlin de l’Ouest restait un îlot, entouré par l’Allemagne de l’Est. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles j’envisageais, après mon diplôme d’architecte, de partir, pas nécessairement pour quitter mon pays, mais pour découvrir le monde : Londres, Paris, New York… Aucune importance !

 

Ce fut Paris, ou j’avais une adresse d’un cabinet d’architecture grâce à un ami anglais. Ainsi, j’arrivai comme Allemand, seulement quelques années après la guerre, à Paris, et je fus accueilli avec une étonnante gentillesse, accompagnée d’intérêt pour moi. Je fus rapidement intégré dans ce cabinet. Six mois après, je commençais à parler le français à peu près correctement. On me confia – et je décrochai – des projets intéressants : hôpitaux, habitations, pavillons, où mon instruction à la base du « Bauhaus », peu connue à cette époque à Paris, me permettait de m’exprimer et d’être reconnu.

 

Une fois installé comme architecte indépendant, la question de retourner en Allemagne ne se posa plus. Je vivais avec ma femme allemande, qui m’avait suivi depuis Berlin, dans un cadre cosmopolite : une condition qui offre une capitale comme Paris. Je gardai mon identité allemande, basée sur la confrontation des deux cercles de culture : germanique et français. Mes clients, essentiellement des étrangers, me confiaient des ambassades, des sièges sociaux de sociétés, des hôtels.

 

 

Le passage dans ma vieille maison de Bourgogne de quelques membres de ma famille, et les enfants, avec leurs propres enfants, des mes anciens amis de Berlin, me permet aujourd’hui de garder le contact avec mon pays natal et de parler ma langue maternelle, devenue de plus en plus importante pour moi. Ils sont toujours accueillis avec chaleur dans ce petit village, d’à peine 100 habitants de familles d’agriculteurs. Ils vivent avec plaisir, pendant leurs passages, l’ambiance de la France profonde.

 

Voilà mon parcours à travers les événements du XXème siècle, et qui sont maintenant déjà devenus l’Histoire, mais sont aussi et surtout à la base de notre nouveau monde européen ».

 

Berlin Mur bild

 

Construction du Mur de Berlin en 1960.

 

Sources :

·         Entretiens – Mars – Mai 2012.

·         Université de Magdebourg – www.uni-magdeburg.de

·         Ville de Magdebourg – www.magdeburg.de

·         R.J. Evans, Le Troisième Reich, Flammarion.

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Publié le 11 Septembre 2012

Armes-Issy.gif

 

 

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, l'association isséenne HISTORIM organise une conférence au Musée de la Carte à jouer, le dimanche 16 septembre 2012, à 15h30.

 

Le sujet ? Et si Lutèce se trouvait sur l'île Saint-Germain ? Il apparaît aujourd'hui vraisemblable que les Gaulois n'étaient pas installés sur l'île de la Cité, à Paris, à l'arrivée des Romains en l'an 52 avant Jésus Christ. Mais alors où habitaient-ils ?

 

Et si la grande bataille entre les Romains et les Gaulois pour la prise stratégique des îles de la Seine s'était déroulée entre Issy, les îles de Billancourt et de Boulogne. Maurizio Silenzi, venu exprès de Rome, va tenter de le démontrer. Vous ne serez pas déçu et verrez Issy-les-Moulineaux différemment !

 

Rendez-vous à 15h30 au Musée de la Carte à Jouer, 16 rue Auguste Gervais, à Issy-les-Moulineaux. En parallèle, la ville organise des reconstitutions historiques de 11h à 18h.

 

D'autres informations et l'histoire d'Issy et des Isséens sur www.historim.fr

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Publié le 2 Août 2012

 

Le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux participera aux cérémonies communales destinées à célébrer l’anniversaire de la Libération de Paris, le dimanche 26 août 2012 :

 

 

– 9h20 : rassemblement sur le parc de stationnement du CNET et départ en car.

 

– 9h30 : place « Groupe Manouchian » - Dépôt de gerbes au buste éponyme.

 

– 9h45 : parc de la Résistance ZAC Sainte-Lucie – Dépôt de gerbes à la stèle commémorative.

 

– 10h05 : angle pont Jean Moulin / avenue Jean Monnet – Dépôt de gerbes au buste de Jean Moulin, premier Président du Conseil National de la Résistance.

 

– 10h25 : place du 8 mai 1945 – Dépôt de gerbes au buste du général de Gaulle, chef de la France libre.

 

– 10h40 : square Bonaventure Leca – Dépôt de gerbes au buste du général Leclerc.

 

– 10h45 : square Bonaventure Leca – Fleurissement du monument aux morts – Allocutions de Monsieur Jean Quillard, président départemental des ACV et de Monsieur André Santini, ancien ministre, député-maire.

 

– 11h15 : vin d’honneur dans le salon Elysée de l’Hôtel de Ville.

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Publié le 14 Juillet 2012

Allemands au fort d'Issy
 
Allemands au fort d’Issy.
 11 – La commune.
 
11.1 – Les Fédérés :
 
Au début du mois de mars, les soldats de Paris se désignent sous le nouveau nom de Fédération de la Garde nationale, d’où, plus tard, le nom de « Fédérés ». L’Assemblée nationale quitte Bordeaux pour s’installer à Versailles, d’où, plus tard, le nom de « Versaillais ».
 
Les Fédérés ont dans leurs unités de Belleville et de Montmartre des canons, que le nouveau chef du Gouvernement, Adolphe Thiers, cherche à récupérer. Par cette action, il entend également mater la rébellion de certains soldats qui sont ouvertement des soutiens à une révolution socialiste. Soutiens d’autant plus actif, que leur solde est impayée. Les soldats élisent alors un Comité central de la garde nationale et bientôt, le 26 mars, c’est au tour du Conseil général de la Commune de Paris d’être proclamé, après les élections municipales.
 
La Commune se fixe trois objectifs majeurs : révolutionnaire avec l’adoption du drapeau rouge et du calendrier révolutionnaire ; anticlérical avec la suppression du budget des Cultes (de nombreux édifices religieux sont saccagés) ; social avec un train de réformes. L’œuvre de la Commune va se révéler effectivement féconde en lois et en décrets : pensions aux blessés, aux veuves et aux orphelins des Gardes nationaux ; ouverture de cantines municipales ; interdiction du travail de nuit dans les boulangeries ; journée de dix heures ; mise en place de coopératives ouvrières quand les dirigeants ont quitté les ateliers qu’ils ont créé ; bureaux municipaux de placement de la main d’œuvre…
 
Des noms sont restés à jamais attachés au Conseil de la Commune, à Paris : Charles Amouroux, ouvrier chapelier élu dans le 4ème arrondissement ; Augustin Avrial, commandant du 66ème bataillon de la Garde nationale ; Jules-Henri Bergeret, ouvrier typographe et élu du 20ème arrondissement ; Alfred Billioray, artiste-peintre ; Jean-Baptiste Clément, chansonnier ; Gustave Cluseret, officier élu dans le 18ème ; Gustave Courbet, artiste-peintre, élu dans le 6ème ; Charles Delescluze, journaliste ; Emile Eudes, employé, élu du 11ème ; Léo Frankel, ouvrier bijoutier ; Benoît Malon, ouvrier teinturier ; Raoul Rigault, journaliste ; Edouard Vaillant, enseignant, élu du 8ème et Jules Vallès, journaliste, élu du 15ème arrondissement.
 
Enthousiastes face à cette nouvelle forme de gouvernement, les Parisiens sont rapidement excédés de voir les querelles de personnes pour le pouvoir prendre le dessus sur les idées novatrices du mouvement.
 
Le gouvernement d’Adolphe Thiers ne veut bien entendu pas s’en laisser compter. L’anarchie ne peut se développer dans la capitale. Négociant avec les Prussiens, Thiers monte de toutes pièces une nouvelle force qui doit bientôt entrer dans Paris.
 
11.2 – La reprise des forts :
 
Les Fédérés peuvent compter sur les soldats de la Garde nationale. Les Versaillais ont rapidement près de 100.000 hommes : 40.000 laissés en Région parisienne à « titre de force de police » par les Prussiens, qui libèrent eux-mêmes quelque 60.000 prisonniers des batailles de l’est de la France. Les troupes versaillaises sont dirigées par le maréchal Mac Mahon. Le 21 mars, le fort du Mont Valérien est repris. Puis, au début du mois d’avril, sont successivement libérées les villes de Courbevoie, de Rueil et de Meudon. Les Versaillais sont à chaque fois en surnombre et nettement mieux équipés que les Gardes nationaux.
 
11.3 – A Issy :
 
Le 25 avril 1871, le général Faron amène ses 20.000 Versaillais devant le fort et la commune d’Issy, occupés par les Communards. Ces prises sont cruciales : les enlever, c’est s’assurer le passage le plus sûr par le Point du Jour (les rives de la Seine) et le sud-ouest de la capitale. Le fort est théoriquement appuyé par ceux de Vanves, de Montrouge et de Bicêtre, tous aux mains des soldats de la Garde nationale.
 
Les Fédérés n’ont pas attendu le général Faron pour équiper le fort d’Issy en hommes d’armes et en matériels. Parmi les chefs insurgés, se trouve, comme le souligne Patrica Crété-Bétry de l’association Historim, Augustin Avrial, ouvrier-mécanicien, élu commandant du 66ème bataillon de la Garde, qui écrit la lettre suivante : « Citoyen, Excusez mon absence je suis encore au fort, et pourtant l'ordre a dû être donné de faire relevé le bataillon [le 66e] qui y est depuis 12 jours. Je ne peux concevoir cette lenteur dans les mouvements de troupe. Comptant d'après les ordres être relevé aujourd'hui, je n'ai pas fait de bons de vivre.… Sur 950 hommes que j'ai emmenés, il m'en reste 300 à peine. Depuis que je suis au fort malgré les rapports que j'ai envoyés au Comité, je n'ai jamais reçu aucune communication. Ce matin, j'ai mis le drapeau rouge au fort… ».
 
Augustin Avrial
Augustin Avrial.
 
Dans Issy-les-Moulineaux, histoire d’une commune suburbaine de Paris, Alain Becchia rappelle quelques faits : « Eudes et son état-major s’installent au séminaire. L’abbé Perdreau, curé d’Issy, raconte : « Rien de plus curieux que ce mélange de prêtres, à qui on ne disait rien, qui vaquaient tranquillement à leurs exercices de piété, au milieu de tout ce brouhaha de gens armés, de cantinières et de chevaux disséminés dans les parterres. Il faisait un temps splendide“. On déjeunait sur les pelouses et l’on cueillait des fleurs. Certains étaient venus avec leur famille. Il y avait là des gens de Belleville, de Montmartre, les frères May, les frères Caria, Louise Michel, plusieurs garibaldiens et même un Noir, ancien zouave de la Garde pontificale ».
 
Louise Michel dans La Commune, Histoire et Souvenirs parle de son passage à Issy : « Le fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue en haut par les Prussiens et à qui cette brèche va bien. J'y passe une bonne partie du temps avec les artilleurs… Voici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles qui saluent les fédérés ; elles établissent une ambulance au fort, d'où les blessés sont dirigés sur celles de Paris, mieux agencées… Moi, je m’en vais à la gare de Clamart, battue en brèche toutes les nuits par l’artillerie versaillaise. On va au fort par une petite montée entre les haies, le chemin est tout fleuri de violettes qu’écrasent les obus… ». Puis, plus loin : « Il y a eut à Clamart une escarmouche de nuit dans le cimetière, à travers les tombes éclairées tout à coup d’une lueur… Je revois tout cela comme un songe dans le pays du rêve, du rêve et de la liberté ».
 
Louise Michel
Louise Michel.
Au Séminaire arrive le 107ème bataillon de la Garde nationale au sein duquel se trouvent les terribles « Enfants Perdus », plus saccageurs et révolutionnaires que soldats : toutes les statues du Séminaire et du foyer de la Solitude sont cassées et foulées au sol.
 
Pendant 41 jours, le fort d’Issy, ainsi que les habitations de cette ville, vont subir quotidiennement les bombardements des canonniers versaillais. Près des trois-quarts des maisons isséennes vont être détruites.
 
11.4 – Combats de rues :
 
Dans les rues, la bataille a commencé. Les Versaillais prennent le pont de Billancourt, traversent le chemin de fer puis entrent dans Issy par le parc du château des Conti. Ils s’approchent du fort. Pendant ce temps, des unités s’emparent du village des Moulineaux, situé le long de la Seine.
 
Les Versaillais progressent maintenant sur les hauteurs d’Issy ; le cimetière est le théâtre de combats violents. D’ailleurs, La Cécilia et Cluseret arrivent de Paris avec des renforts. Il s’agit de 300 hommes du 137ème bataillon, appelé les « Turcos de la Commune ». Le fort subit continuellement un déluge de feu. Tous les jours, les tués se comptent par dizaines. Les cadavres sont enterrés à la hâte, dans des tranchées situées dans l’enceinte même de l’ouvrage fortifié.
 
Les 1er et 2 mai, les Versaillais, conduits par le général Lamariouse prennent enfin la totalité du château et de son parc. Du moins ce qu’il en reste : la demeure des cousins des rois de France a subit tant de bombardements, et plusieurs incendies, qu’elle n’est plus que ruines. L’église Saint-Etienne n’est pas en meilleur état. L’on dit même que le clocher sert de cibles aux artilleurs ! Par Clamart, le général Berthier fait pilonner les maisons entourant le fort d’Issy. En deux jours, on compte plus de 400 morts.
 
Le site internet Historim a publié le récit de la chute du fort d’Issy, par Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste et soldat communard : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».
 
Le 6 mai 1871, à 19h30, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif fait publier la déclaration suivante : « Ceux qui suivent les opérations que notre armée exécute avec un dévouement admirable, pour sauver l’ordre social, si gravement menacé par l’insurrection parisienne, ont compris qu’il s’agissait d’annuler le fort d’Issy en éteignant ses feux et en coupant ses communications, tant avec le fort de Vanves qu’avec l’enceinte. Ces opérations touchent à leur terme, malgré l’obstacle qu’elles rencontrent dans les batteries du fort de Vanves. En ce moment, nos troupes travaillent à la tranchée qui va séparer le fort d’Issy de celui de Vanves. La ligne du chemin de fer que traverse un passage voûté est la ligne qu’on dispute depuis trois jours. Cette nuit, 240 marins et deux compagnies du 17ème bataillon de chasseurs à pied, conduits par deux compagnies du 17ème, et la ligne du chemin de fer ainsi que le passage voûté sont restés en notre pouvoir. Cependant, la garnison de Vanves, cherchant en ce moment à prendre nos soldats à revers, était prête à sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s’est jeté sur elle à la tête du 2ème régiment provisoire, a enlevé les tranchées des insurgés, a pris le redan où ils se logeaient, en a tué et pris un grand nombre et a terminé ce brillant engagement par un coup de main décisif. On a tourné  aussitôt le redan contre l’ennemi et on y a pris une quantité d’armes, de munitions, de sacs, de vivres abandonnés par la garnison de Vanves, et le drapeau du 119ème bataillon insurgé. Comme on le voit, pas un jour n’est perdu. Chaque heure nous rapproche du moment où l’attaque principale terminera les anxiétés de Paris et de la France entière. Nous avons eu divers officiers distingués mis hors de combat dans ses opérations. Le colonel Laperche, le lieutenant Pavot et le jeune de Broglie ont été gravement, mais non dangereusement, blessés. On espère qu’ils seront bientôt remis ».
 
 
Federes a Issy
Fédérés à Issy.
 
Le lendemain, Eudes fait venir encore des renforts de Paris. Une nouvelle fois, c’est un massacre. Rue de l’Eglise, les maisons sont systématiquement détruites. Dans la Grande-Rue, la prise de la barricade donne lieu à des corps à corps à la baïonnette. Au Séminaire puis au Couvent des Oiseaux, les combats sont obstinés : A la fin pourtant, une des portes d’entrée cède sous les efforts des soldats que la résistance acharnée des Parisiens oblige chaque chambre l’une après l’autre, à briser les portes, à faire voler en éclats les cloisons. C’est dans le dortoir que la plus terrible mêlée a lieu. Après la prise définitive du couvent, ce dortoir présentait l’aspect le plus terrifiant. Les morts et les mourants gisaient pêle-mêle et tout le parquet était inondé de sang » (extrait de l’Avenir national en date du 20 mai 1871).
 
Le 13 mai, c’est au tour du lycée Michelet et de ses hommes de se rendre. Les Communards ont perdu…
 
 En un mois, environ 60.000 obus sont tombés sur le fort et la commune d’Issy. Le général de Rivières estime avoir perdu 300 hommes dans cette bataille, quant les Communards déplorent la mort de près d’un millier d’entre eux (hommes et femmes).
 
Cimetiere d'Issy detruit
Le cimetière d’Issy en ruines, après les combats.
 
11.4 – La Semaine sanglante :
 
Le 21 mai les troupes versaillaises entrent dans Paris. C’est un carnage… Pendant près d’une semaine, du 22 au 28 mai 1871, les 130.000 hommes des troupes versaillaises s’acharnent à combattre et à éliminer tous les Communards – environ 20.000 hommes – qui se placent devant eux. Des barricades sont érigées un peu partout dans les rues de la capitale : elles sont renversées. Les exécutions sommaires d’hommes et de femmes se multiplient. Menés par des chefs inexpérimentés, comme Bergeret et Cluseret, les Communards, sentant leurs dernières heures venues, incendient l’Hôtel de Ville, la Cour des Comptes et le château des Tuileries. Ils fusillent eux-aussi des otages. Ainsi, le 26 mai, répondant aux massacres de Communards au Panthéon, les Fédérés fusillent les otages de la rue Haxo : 36 soldats, 4 civils et 10 prêtres.
 
Le lendemain, alors que les Communards ne tiennent plus que quelques rues autour du canal de l’Ourcq, l’on se bat à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise. 147 révolutionnaires sont fusillés devant un mur d’enceinte du cimetière, qui prendra le nom de « Mur des Fédérés ». Au global, cette Semaine sanglante fait plus de 20.000 victimes parmi les Communards – dont la grande majorité des commandants militaires – contre moins de 1.000 pour les Versaillais. Près de 38.000 parisiens sont emprisonnés et certains leaders politiques sont envoyés en Nouvelle Calédonie, comme Louise Michel ou Henri Rochefort.
 
Des Federes viennent d'etre fusilles.
Cercueils de Fédérés.
 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871