Publié le 26 Décembre 2013

 

Vokaer-Le Quinio

 

Le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous présente tous ses meilleurs vœux pour la nouvelle année 2014.

Mais auparavant, notre dernière pensée pour 2013 sera pour les deux soldats du 8e RPIMA de Castres, tués en Centrafrique, Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio. Que leur sacrifice ne soit pas oublié et qu’il ne soit pas vain.

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Publié le 20 Décembre 2013

 

Chapelle That Khe aujourd'hui

La Chapelle de That Khê… aujourd’hui.

 

S’il est bien une terre étrangère où le sang de nos compatriotes a coulé en abondance, chacun sait que c’est celle de l’ex Indochine où sont tombés près de 50.000 soldats et civils originaires de l’ensemble des pays de l’Union française…

 

Du poste isolé qui succombe à court de munitions ou de défenseurs dans un coin perdu de brousse, aux grandes batailles qui ont enseveli des bataillons entiers, les lieux susceptibles de voir s’élever des stèles perpétuant la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour remplir leur mission ne manquent pas…

 

Certes, le mémorial des guerres en Indochine de Fréjus a accueilli les dépouilles ayant pu être rapatriées, et une stèle a bien été élevée sur le site de Diên-Biên-Phû à l’initiative privée de l’ex légionnaire Rolf Rodel pour rappeler le souvenir de nos anciens… En revanche, s’agissant des victimes de l’embuscade du Groupement mobile 100 en juin 1954 dans la région d’Ankhé ou de celles des combats de septembre – octobre 1950 sur la Route coloniale n° 4, il n’existe malheureusement à ma connaissance au Vietnam, aucun monument ou stèle rappelant la mémoire de ceux qui ont disparu à l’occasion de ces deux catastrophes militaires, trop souvent méconnues du grand public.

 

Je n’aborderai pas ici le drame du GM 100 que je ne connais pas suffisamment, préférant me limiter à l’évocation de la RC 4 dont je viens de parcourir à mon tour à pied en compagnie de deux camarades, une partie du tracé, sans doute le plus connu, je veux parler de la portion That Khê – Dong Khê… et des environs de ces lieux. Pourquoi ce choix ? Tout simplement, parce qu’en dépit des modifications apportées au tracé de la route, malgré l’urbanisation de plus en plus marquée qui remodèle ces localités désormais entrées dans notre histoire, voire dans notre jargon militaire comme ce hameau de Coc Xa qui a donné naissance au néologisme « coxer »… le paysage, les noms, les pierres, les vieux arbres… sentent encore la poudre et « prennent aux tripes » celui qui se donne la peine de prendre un peu de temps pour méditer sur le passé…

 

Elever aujourd’hui un monument officiel sur la RC 4 à la mémoire de nos soldats constituerait assurément un projet particulièrement noble mais il me semble quelque peu irréalisable… du moins dans un proche avenir, ceci pour une raison fondamentale… Une tentative pour élever une stèle sur la RC 4 avait été bien initiée il y a quelques années mais je crois savoir que cette démarche, pourtant relayée jusqu’aux plus hautes instances du pouvoir, n’a jamais abouti ou en est encore au stade de « l’étude » pour des motifs bien évidemment davantage politiques que matériels…

 

En effet, au-delà des sourires de convenance, en dépit de l’ouverture aux visites guidées « à vocation historique » et malgré les libations communes autour du thème de « l’amitié des peuples »… cette route a été, est et restera… pour longtemps encore, un des symboles de la lutte contre le colonisateur français, aussi fort que la mise en place du drapeau Vietminh sur les demi-lunes du PC GONO de Dien-Biên-Phû… Il suffit à celui qui en douterait de comptabiliser le nombre de monuments et de cimetières élevés aux soldats Vietminh tombés lors de la bataille de la frontière de Chine, pour se convaincre que la RC 4 constitue l’acte fondateur de l’armée populaire du Vietnam. La RC 4 et Dien Bien Phû revêtent en effet pour l’armée vietnamienne la même importance que chez nous Bazeilles, Camerone, Sidi Brahim… pour la coloniale, la Légion étrangère, les chasseurs… à ceci près diraient les esprits chagrins que ce sont là des défaites …

 

Au risque de choquer le lecteur, je rajouterai presque que dans l’esprit des Vietnamiens, élever un monument à nos disparus et à tous ceux qui ont souffert sur cette « route morte » serait assimilable à l’édification d’un monument commémoratif à la gloire des soldats allemands… sur un de ces lieux de martyre que sont Tulle ou Oradour sur Glane… Alors que faire dans ces conditions ?

 

Soixante ans après le drame de la RC 4, les citadelles de Cao Bang et de That Khê sont aujourd’hui des emprises militaires vietnamiennes difficilement accessibles, la citadelle de Dong Khê, n’est plus qu’un amas de pierres dont émergent quelques constructions à la gloire des soldats vietnamiens tombés en 1950 ou plus récemment lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Le pont Bascou, porte d’entrée au col de Loung Phaï a disparu… L’ancien nid d’aigle du capitaine Mattei sur Na Cham est désormais perdu sous la végétation et les constructions, les forts de Lang Son élevés lors de la conquête du Tonkin ne sont plus que des ruines…

 

Force est donc de constater que le seul témoin encore visible de cette période sombre est la chapelle de That Khê qui elle, en revanche, a su résister au passage du temps… mais aussi à l’action des hommes comme l’attestent les multiples impacts qui constellent les murs extérieurs de cet édifice, stigmates de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Me gardant bien de refaire l’historique du drame de la RC 4 que chacun d’entre nous connaît, je souhaiterais quand même rappeler qu’à l’issue du repli français avorté de Cao Bang, marqué par l’anéantissement des colonnes Lepage et Charton, nombre de nos soldats blessés ont été provisoirement hébergés en ce lieu, transformé pour la circonstance en infirmerie de fortune… avant de partir pour l’oubli derrière le rideau de bambou… Que l’on ait ou pas l’âme religieuse, il n’en demeure pas moins que pénétrer dans ce bâtiment revient à faire un saut dans le passé car tout ou presque y est resté dans l’état d’autrefois… Que ce soient l’autel, les bancs des fidèles, les gravures aux murs… tout ou presque est d’époque… un peu comme si le temps s’était arrêté en ce lieu où beaucoup de nos soldats se sont éteints ou ont agonisé en attendant une hypothétique évacuation aérienne vers Hanoï…

 

Compte tenu de l’impossibilité d’élever un monument à la mémoire de tous ceux, comme l’a écrit le docteur Serge Desbois , « dont la vie s’est arrêtée, un jour de l’automne 1950, sur les bords de la Route coloniale n° 4 », pourquoi ne pas saisir dans ces conditions l’opportunité de réhabiliter cette chapelle, véritable « cheval de Troie » du devoir de mémoire… Un projet de réhabilitation existe actuellement, relayé notamment par monsieur Thierry Servot-Viguier que l’on peut consulter sur internet.

 

Aux dernières nouvelles, l’église vietnamienne, en l’occurrence l’évêché de Lang Son, serait d’accord pour réhabiliter ce lieu sous réserve d’un financement français mais le devis (30.000 euros) fourni par l’évêché semble excessif… En outre l’utilisation des crédits risque de manquer de transparence…

 

Sous réserve d’une diminution du montant et d’un contrôle des travaux, la réhabilitation de cette chapelle constituerait une bonne opportunité pour tourner la réticence vietnamienne à nous laisser commémorer notre passé militaire et le souvenir de ceux qui sont tombés sur la frontière de Chine… tout en leur laissant sauver les apparences… donnée essentielle s’il en est en Asie…

 

 

 

Colonel (er) Jean Luc Martin

 

Sources:

 

Ce texte du colonel Martin, a été publié avec l’aimable autorisation de la Délégation du Souvenir Français de Chine (nous remercions son Délégué général, notre ami Claude R. Jaeck).

Chapelle That Khe 2

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 14 Décembre 2013

 

2013-11-11, Issy - J

 

Le général de corps aérien Roland Glavany, Grand Croix de la légion d’honneur, et le général de brigade aérienne Jean-Claude Ichac, président honoraire du Souvenir Français, déposent une gerbe pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918.

 

 

Le dimanche 8 décembre 2013 s’est déroulée dans la salle d’honneur de la Maison du Combattant, l’assemblée générale du comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

 

Le président a remercié l’ensemble des personnes présentes, Monsieur le député-maire, ancien ministre, André Santini, Monsieur le maire-adjoint Marie-Auguste Gouzel, les présidents des associations d’anciens combattants de la ville d’Issy-les-Moulineaux, le président de l’UFAC, Messieurs Villenfin et Leconte pour l’organisation.

 

Après un moment de silence demandé en mémoire de nos soldats morts au combat et une pensée pour notre adhérente Georgette Poussange, la séance de travail a été ouverte.

 

Le président a présenté le rapport moral et le rapport d’activité du comité au cours de l’exercice 2012-2013, en rappelant, entre autres, la sortie du livre « Mémoire des carrés militaires des Hauts-de-Seine » publié par le Souvenir Français. Ensuite, le rapport financier a été exposé.

 

Monsieur André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine, a rappelé les valeurs de l’association et la nécessité de joindre des jeunes aux manifestations patriotiques puis, en compagnie de Monsieur André Santini, qui avait honoré cette assemblée générale de sa présence, des médailles ont été remises :

 

Médaille de Bronze : Monsieur Michel Villenfin et Monsieur Giovanni Gandolfo, porte-drapeau du Comité.

Médaille d’argent pour Gilles Guillemont (qui va céder sa place à Louise Zazerra) et pour Monsieur le général Jean-Claude Ichac, président honoraire.

 

Par la suite le verre de l’amitié a été servi au foyer Robert Savary et les participants se sont rendus au restaurant Le Bistrot du Boucher pour le déjeuner.

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Publié le 23 Novembre 2013

  Saigon 1941 - Entrée des troupes japonaises

 

Saigon : les Japonais entrent dans la ville.

 

Ascendance prestigieuse.

 

Personnages importants de la société française en Indochine, les frères Schneider occupent une place de premier plan dans le monde de l’édition à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. François-Henri nait en 1852. Ce dernier arrive de France en 1883 alors qu’il vient d’être promu au grade d’Agent de 1ère classe, Chef d’atelier de l’Imprimerie coloniale du Protectorat à Saigon. Deux années plus tard, il développe une imprimerie indépendante, mais reprend à son compte les travaux de son premier employeur. Moins de dix ans après son arrivée, François-Henri Schneider compte près de 160 employés au sein de sa société : l’Imprimerie de l’Extrême-Orient.

 

En 1892, il fait venir son frère, Ernest-Hyppolite – né en 1843 – pour lui confier la gestion d’une fabrique de papier qu’il vient d’ouvrir à Hanoi. François-Henri s’est en effet aperçu que l’on peut tirer un excellent papier à partir de bambous et, de fait, avec son frère, organise une véritable filière : de la production, à l’impression, en passant par la vente d’articles de papeterie. Bientôt, les frères Schneider siègent à la Chambre de Commerce et au Conseil municipal d’Hanoi. A contrario d’un bon nombre d’entrepreneurs coloniaux, François-Henri Schneider semble particulièrement apprécié de ses collaborateurs et de son milieu professionnel. En 1923 – soit deux années après sa mort – des Vietnamiens lettrés édifient une statue commémorative à sa mémoire, à Daï-Ich, au Tonkin.

 

Outre les bulletins de l’Ecole française d’Extrême-Orient d’archéologie, François-Henri Schneider édite des auteurs français d’Indochine, connus en leur temps, comme Pierre-Gabriel Vallot, Gustave Dumoutier ou encore Alfred Raquez et il imprime le Journal Officiel de l’Indochine. Parallèlement, il lance la Revue indochinoise et créé L’Avenir du Tonkin, premier quotidien à paraître en vietnamien à Hanoi. Proche des milieux politiques pro-français, François-Henri Schneider aide le journaliste et écrivain Henry Chavigny de la Chevrotière à publier ses œuvres et son journal, La Dépêche, qui deviendra le quotidien le plus lu de Cochinchine et de sa capitale, Saigon.

 

Henry Chavigny de la Chevrotière est également connu pour ses prises de position contre André Malraux. Le futur ministre de la Culture du général de Gaulle est à l’époque un voyageur et écrivain remarqué, mais aussi condamné : au retour d’un premier voyage en Indochine, il s’est fait prendre à la frontière ayant dans ses bagages près de huit cent kilos de statues et des bas-reliefs arrachés à Angkor. De plus, ses amitiés communistes en font une cible privilégiée pour la Chevrotière, qui lui-même mourra pour ses idées et ses convictions en 1952, assassiné par le Vietminh.

 

Alors qu’il est déjà avancé en âge, François-Henri Schneider épouse la jeune sœur d’Henry Chavigny de la Chevrotière. De cette union naissent quatre enfants, dont la mère de Jean-Pierre Jaillon, Denise Schneider.

 

Jean-Pierre Jaillon : «Je n’ai malheureusement connu ni connu mon grand-père, Monsieur Schneider, ni ma grand-mère, Henrilia Chavigny, décédée en 1914, l’unique sœur du journaliste, qui repose à La Thieu. Ma mère épousa à la fin des années 1930 Monsieur Robert Jaillon – originaire de Nancy – qui s’occupait d’une plantation de café aux Collines Rouges des hautes terres du Tonkin. Son travail l’amena à voyager dans toute la péninsule indochinoise, et avec ma mère nous le suivîmes ! La vie en Indochine à cette époque – et avec le regard d’un enfant – me paraissait paradisiaque. N’allez pas croire que nous étions englués dans une quelconque société française colonialiste refermée sur elle-même. Je passai mes journées à jouer avec de petits Annamites. Et comme d’habitude, les choses sont bien plus complexes qu’on ne veut bien l’admettre, surtout si l’on considère les événements d’Indochine avec une réflexion a posteriori. Ainsi, même dans les familles françaises, « blanches » pour être très clair, les débats faisaient rage entre les tenants d’une colonisation jusqu’au-boutiste et les partisans d’une émancipation, voire d’une liberté totale du peuple vietnamien. Et c’était sans compter les familles au sein desquelles parfois des hommes avaient épousé de jeunes femmes vietnamiennes.

 

 

Le coup de force des Japonais.

 

Présents depuis 1940, les Japonais n’ont que de faibles garnisons dans la péninsule. Ils se sont organisés avec les représentants locaux du Gouvernement de Vichy pour tirer les ficelles du pouvoir en maintenant un semblant d’autorité française. Les données changent en février 1945 quand en France, la victoire acquise, il est question de recouvrer la pleine et entière souveraineté sur les territoires coloniaux encore entre les mains de l’ennemi. Au premier jour de la fête du Têt, le 15 février 1945, le général de Gaulle déclare : « La France fera du développement politique, économique social et culturel de l’Union indochinoise l’un des buts principaux de son activité dans sa puissance renaissante et dans sa grandeur retrouvée ».

 

Le 9 mars 1945, les Japonais, qui se sont considérablement renforcés depuis quelques mois, attaquent toutes les garnisons françaises en Indochine. A Hanoi, Lang Son, Hué ou encore à Saigon, des milliers de Français sont passés par les armes – souvent décapités – qu’ils soient soldats, officiers ou civils. Qu’ils soient des hommes, des femmes ou des enfants. Des récits horribles, par dizaines, racontent ces journées terribles. Il y eut aussi des miracles comme celle de l’infirmier Cron qui survivra au coup de sabre qui lui entamé le cou et les cervicales mais sans totalement détaché la tête…

 

Jean-Pierre Jaillon : « En mars 1945, nous vécûmes des journées atroces au moment de l’occupation japonaise. L’envahisseur était présent depuis plusieurs années déjà, mais s’en tenait aux casernes, les ports et les aéroports où les soldats étaient somme toute assez discrets. La Gendarmerie japonaise était en face de notre maison à Saigon. D’étranges « infirmiers » venaient en « griller une » juste devant ma porte, entre deux drôles de soins qu’ils réservaient essentiellement aux Chinois d’Indochine. Il convient cependant d’ajouter qu’ils se dérangèrent quand le « comité d’assassinat » Binh Xuyen vint essayer de fracasser nos solides volets, à travers lesquels je pus observer d’ailleurs la première manifestation anti-française, ordonnée par le Vietminh. Des hordes de Vietnamiens passèrent dans la rue, avec des camions, bourrés à craquer d’ex-prisonniers du bagne de Poulo Condor. Ils hurlaient, brandissaient des armes. D’autres hommes en armes tentaient de ramener un semblant d’ordre. J’appris plus tard qu’ils avaient une mission pour le moins terrible : l’assassinat du Père Tricoire, de la cathédrale de Saigon ; épisode qui devait marquer le début de la Guerre d’Indochine.

 

Du jour au lendemain, nous vîmes de plus en plus de Japonais dans les rues. Les arrestations se multiplièrent. Quiconque cherchait à résister était abattu sur place, sans sommation, sans explication. Et nous avons découvert ce qui était pour nous insoupçonnable : globalement – encore une fois avec mon regard de jeune enfant – les Vietnamiens se comportaient bien avec les Français. Mais ce que nous pensions être une amitié certaine n’était que crainte. Du moment où les Japonais démontrèrent que nos soldats étaient facilement battables, nous vîmes dans leur attitude que cette amitié – cette crainte – avait disparu. Le temps de la « courbure d’échine », si je puis dire, était terminé. Les Japonais nous firent prisonniers pendant quelques jours.

 

Enfin, les premiers soldats français arrivèrent en provenance de métropole. Nous allions être libérés. Je me souviens parfaitement avoir été sauvé par des parachutistes. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que je retrouvai certains de ces paras quelques quinze ans plus tard, alors que j’étais appelé du contingent en Algérie.

 

En septembre 1946 ; j’ai vu Henry Chavigny de la Chevrotière. Il était venu signer des papiers à la maison, et furieux de notre départ, son regard a croisé en une fraction de seconde le mien, dans une sorte d’interrogation mutuelle. Il était en tenue de cavalier, et son accoutrement était bien différent de ce que j’avais l’habitude de voir à la maison : nos domestiques, mais aussi des rescapés et prisonniers hollandais (dont je trouvais le premier caché dans un arbre), des soldats anglais, puis des Français, fraîchement débarqués et en transit pour se rendre sur le front, contre les « terroristes ».

 

En 1946 donc, nous avons pris le bateau à Saigon et nous nous sommes installés à Paris – rue de Saigon, comme un pied de nez de ma mère à sa famille restée là-bas – et j’ai terminé ma scolarité. Par la suite, j’ai fait carrière dans l’industrie pétrolière, aux achats chez Exxon-Mobil, et j’ai fondé une famille. Et je me suis installé à Coutances, dans le département de la Manche. Le climat est relativement doux et humide. Ce qui permet d’avoir une végétation luxuriante avec des palmiers et des plantes exotiques ! Et les côtes du Cotentin me rappellent celles de mon Vietnam natal…

 

Quant à mon grand-oncle, nous avons su son destin. Nous apprîmes son assassinat le 12 janvier 1951. Les restes d’Henry Chavigny de la Chevrotière furent rapatriés par la suite en France. Un fait est avéré : la très grande partie des Français qui sont morts en Indochine, qu’ils soient civils ou militaires – quand on a retrouvé les corps pour ces derniers – ne sont pas restés en Indochine ».

 

 

Le drame des sépultures françaises en Indochine.

 

Le 28 décembre 1993, le journaliste et écrivain Michel Tauriac a publié un remarquable article dans le journal Le Figaro sur la disparition des restes des Françaises et des Français inhumés en Indochine pendant la colonisation. Il est vrai que la République française, via le ministère des Affaires étrangères en collaboration avec les services de l’armée, avait procédé en 1986 et 1987, autant que possible, au rapatriement de ces enfants de l’ancien empire colonial.

 

Pour autant, dans plusieurs endroits du Vietnam, comme à Laï Thieu, à 25 km au nord de Saigon, des restes de milliers de Français ont été placés dans de petites urnes et laissées à l’abandon. Michel Tauriac : « Sont posées là, de chaque côté de ce couloir sans fenêtre ni éclairage, ces pauvres urnes d’argile au couvercle souvent entrebâillé, les unes sur une tablette de béton fixée au mur, les autres par terre. Certaines sont cassées et leur contenu, composé de cendres, d’ossements et de terre craque sous les semelles au milieu des tessons… Jetés au hasard, quelques menus bouquets de fleurs desséchées dans leur papier transparent, rappellent une cérémonie lointaine. »

 

  

Sources :

 

Entretiens avec Jean-Pierre Jaillon, 2010-2011.

Jacques de la Chevrotière : Les Chavigny de la Chevrotière en Nouvelle-France, à la Martinique.

Georges Fleury, La Guerre en Indochine, Perrin, 2000.

Recherches dans les archives des Bulletins de l’Ecole français d’Extrême-Orient d’archéologie.

Recherches biographiques André Malraux.

Recherches sur l’histoire de la presse française en Indochine.

Extraits du journal Le Figaro du 28 décembre 1993.

 

www.wikipedia.org/fr

www.myheritage.com

http://alain.j.schneider.free.fr/schneider_vietnam.htm

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 15 Novembre 2013

 

2013-11-11, Issy - G

Christian Poujols.

 

Christian Poujols est président de l’Union Nationale des Combattants, 46e Section (Issy-les-Moulineaux). Voici son discours à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

 

 

« Monsieur le Maire,

Monsieur le Maire-Adjoint délégué aux Anciens Combattants et aux Affaires militaires,

Messieurs les présidents d’Associations d’Anciens Combattants et les Anciens Combattants,

Mesdames Messieurs les représentants des Autorités civiles et militaires,

Mesdames Messieurs les élus,

Mesdames Messieurs,

 

Nous voici rassemblés cette année encore devant le monument aux Morts de notre ville pour commémorer le 11 Novembre 1918 où, à la 11ème heure du 11ème jour du 11èmemois, le clairon a sonné la fin d’une longue guerre de 52 mois.

 Un peu plus de quatre années pendant lesquelles les soldats ont vécu dans les tranchées ; ils ont connu sans discontinuer le froid, la pluie, la neige et, aussi, la chaleur. Il nous arrive de nous plaindre de la chaleur ou du froid ; dans ces moments-là, pensons à nos Poilus et à ce qu’ils ont dû endurer. En plus de la mitraille, en plus des obus, en plus des assauts donnés et reçus.

 Il y avait des moments pendant lesquels Français et Allemands se retrouvaient entre les tranchées pour porter secours et ramener les blessés dans leurs tranchées respectives ; ils échangeaient un signe, un salut, se montraient les photos de leurs enfants puis rejoignaient leurs postes.

 Et la guerre reprenait. Que ressentaient-ils en voyant fixé sur eux le regard de l’homme dans le ventre duquel ils enfonçaient leur baïonnette et avec lequel ils avaient, peu de temps auparavant, échangé un signe, des photos ?

 La Marne, la Somme, l’Yser, Verdun où, le premier jour, nos soldats ont encaissé 936.000 obus ; ils ont riposté, tiré quelques 120.000 obus par jour. On estime que 37 millions de projectiles ont été tirés de part et d’autre à Verdun !

 L’année prochaine, nous commémorerons le 100ème anniversaire du début de cette guerre qui a changé la façon de vivre des français : les maris, les fils étaient au front et les femmes ont dû les remplacer. Elles ont travaillé la terre, elles ont travaillé en usine pour fabriquer les munitions dont leurs hommes avaient besoin ; elles ont appris à conduire les tramways. La guerre finie, beaucoup d’entre elles ont continué ce travail qu’elles avaient découvert parce que l’homme n’était pas revenu. Parce que cette guerre a fait 1.500.000 morts et trois fois plus de blessés dans les rangs de l’Armée française.

 La Der des Der pensaient  nos Poilus. Hélas ! L’esprit de revanche amena les Allemands à refaire la guerre en 1939 avec Hitler à leur tête. Cette deuxième guerre mondiale qui fut suivie de bien d’autres, Indochine, Corée, Afrique du Nord. Le monde ne s’est pas encore assagi et de nombreux conflits surgissent ; la menace nucléaire reparait.

 Que, tout au long de cette année 2014 où sera commémorée la Grande Guerre, les dirigeants du monde soient interpellés par ces batailles, ces nombreux lieux de mémoire, ces morts, ces blessés et qu’il leur soit donné un peu de raison ; de nombreuses raisons d’apaiser les tensions et que nos enfants et petits enfants ne connaissent jamais ce que nos aînés ont vécu, ce que vous les Anciens Combattants ici présents avez connu.

 Mon Père qui se levait lorsqu’il entendait  La Marseillaise jouée à la radio après le discours de tel ou tel Ministre ou Président, les badauds qui se découvraient lorsque passait devant eux le drapeau du régiment ou lorsqu’ils entendaient l’hymne national ou la sonnerie aux Morts sont un monde révolu paraît-il ; autres temps autres mœurs nous dit-on.

 Eh bien, malgré cela,

 

Vive la France. »

 

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Publié le 13 Novembre 2013

 

  2013-11-11, Issy - D

 Les Flammes de l’Espoir par le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux.

 

 A Issy-les-Moulineaux, les commémorations se sont déroulées sur trois jours : le dimanche 10 novembre, l'Union nationale des Combattants a rapporté la flamme sous l'Arc de Triomphe pour la transmettre à Monsieur le maire adjoint en charge des anciens combattants.

Auparavant s'était déroulée la désormais connue manifestation des Flammes de l'Espoir. Organisée par le Comité isséen du Souvenir Français, celle-ci consiste à placer des bougies devant le monument aux morts de la ville, en présence des autorités, des unités militaires filleules d'Issy et des membres du Comité. Le lendemain, 11 novembre, a eu lieu la commémoration proprement dite de l'armistice.

Enfin, le mardi 12 novembre, la classe de CM2 de l'école élémentaire Anatole France, conduite par Madame Véronique Pacitto, a eu droit aux explications sur la Première Guerre mondiale, grâce au conservateur du cimetière, Monsieur Thierry Gandolfo. Au travers de nombreux exemples de soldats enterrés au carré militaire, Monsieur le conservateur a indiqué ce qu'avait été ce conflit majeur.

Retrouvez les photographies de ces journées dans l'album intitulé "2013-11-11, Issy" (merci à Alain Bétry, de l'association Historim, pour les clichés remarquables).

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Publié le 3 Novembre 2013

 

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français participera aux cérémonies de commémoration de l’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale :

 

- Dimanche 10 novembre :

– 18h20 : opération des « Flammes de la Mémoire » devant le monument aux morts de la ville. Chaque participant est invité à déposer une bougie rappelant le sacrifice des femmes et des hommes afin que nous puissions vivre dans un monde libre.

 

- Lundi 11 novembre :

– 8h00 : départ en car pour les cérémonies, devant le CNET.

– 8h10 : dépôt de gerbes à l’église Sainte-Lucie.

– 8h30 : cérémonie de prières à l’auditorium du collège Saint-Nicolas.

– 9h30 : départ en car pour le cimetière et cérémonie au carré militaire.

– 10h25 : dépôts de gerbes place du 11 novembre et lecture du message du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, par Monsieur Fleury, Président de la FNACA et de l’UFAC.

– 10h50 : cérémonie au monument aux morts de la ville ; discours de Monsieur Poujols, Président de l’UNC et de Monsieur Santini, député-maire.

– 11h15 : vin d’honneur offert par la municipalité.

 

Comme d’habitude, le Souvenir Français se chargera de la quête au profit du Bleuet de France. Soyez généreux !

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Publié le 5 Octobre 2013

 

Reichshoffen

Charge de la cavalerie française à Reichshoffen.

 

C’est l’un des épisodes les plus célèbres de la Guerre franco-prussienne. Celui qui a bercé le coucher des enfants mais aussi entretenu les flammes de l’espoir entre 1871 et 1914 : la bataille de Reichshoffen !

 

Août 1870 : après avoir perdu la bataille de Wissembourg, le maréchal français Patrice de Mac-Mahon décide de stopper l’avance ennemie à Frœschwiller, non loin de Woerth, dans le nord du département. Pour se faire, il dispose de plusieurs corps d’armée : les 1er, 5ème et 7ème ; mais à la veille de la bataille seul le 5ème est opérationnel qui, heureusement est bientôt rejoint par la 1ère division du 7ème corps d’armée de Dumesnil. La fine fleur de la cavalerie française est présente : régiments de hussards, de lanciers, de chasseurs à cheval, mais aussi et surtout les 1er, 2ème, 3ème, 4ème 8ème et 9ème régiments de cuirassiers. Pour autant, face aux 90.000 prussiens, les Français n’alignent que 50.000 hommes.

 

Le blog www.hdebougareyt.blogspot.fr présente le récit d’un survivant du 9ème ; il s’agit de Jean Pons, qui raconte à sa belle-fille la charge fameuse : « Ce samedi 6 août 1870, en Alsace, dans un vallon entre Niederwald et Eberbach près de Woerth, la journée se lève maussade, nuageuse ; déjà vers les 7 heures des tirs d’armes légères et d’artilleries sont perçus. Le maréchal des logis transmet les ordres : le temps presse, seuls les cavaliers se préparent, les hommes à pied, chevaux de trait, cantines, bagages restent sur place sous la protection d’éléments du 4ème peloton.

 

Les chevaux sont nerveux, rapidement abreuvés et nourris, ils sont harnachés ; puis chacun d’entre nous s’affaire pour ne rien oublier et malgré l’estomac noué, tacher de manger un morceau de pain et de boire un peu d’eau. Pendant un long moment les chevaux sont tenus à la bride en attendant la transmission des ordres.

 

Vers les 13 heures, le trompette, malgré sa blessure aux lèvres et deux dents cassées, causée suite à un écart de son cheval en plein galop alors qu’il jouait pour transmettre les instructions, sonne le rassemblement du 9ème, suivi en cela par celles du 8ème puis des lanciers. Notre chef, le colonel Waternaud présente le 9ème au général Michel lequel se dirige ensuite vers le 8ème, commandé par le colonel Guiot de la Rochére et enfin vers les deux escadrons du 6ème lanciers aux ordres des capitaines Lefèvre et Pouet. Il reçoit les honneurs puis s’adresse à nous tous ; trop loin, je ne saisi que quelques bribes : « Mes enfants …sans vous l’armée est perdue...nous allons bousculer ces prussiens….la bataille sera rude….le salut de la France …. vos familles…. sont entre vos mains…. Régiment …garde vous…sabre à la main …en avant... ».

 

Ce fut pour moi un moment terrible : dans un piétinement formidable les 1.100 cavaliers en ordre de bataille s’ébranlent, le 8ème en tête, nous derrière, puis enfin les deux escadrons du 6ème, au pas d’abord, puis rapidement au trot et très vite au galop ; nous sommes presque botte contre botte comme pour mieux nous unir, nous soutenir, nous protéger devant l’inconnu. Nous crions ou plutôt nous hurlons, pour faire fuir l’adversaire ? Je ne le crois pas, peut-être chasser notre peur car lorsque l’on hurle l’on ne pense à plus rien ; j’entends même des : « vive l’empereur ! » et« vive la France ». Plus nous avançons, plus nous nous rapprochons de l’ennemi moins nous réfléchissons : oubliés balles, obus percutants, lances acérées, sabres, un seul but bousculer, renverser, anéantir le prussien !

 

Devant nous le flanc de la colline est couvert de houblonnières, de champs de lin, de blé qui n’a pu encore être fauché, de vergers avec leurs pommiers bas,  un peu comme chez nous, de quelques vignes mais également de prés avec des souches recouvertes d’herbe qui représentent autant de pièges dangereux pour notre charge.

 

Tout est rapidement dévalé mais à quel prix ! Dans les vignes des fantassins en embuscade nous tirent, sur la terre lourde et grasse nos lourds chevaux glissent entrainant dans leurs chûtes cavaliers et d’autres chevaux ; dans les vergers biens des nôtres sont jetés à terre, désarçonnés par les branches des pommiers, le pire : le premier escadron de mon régiment est mis hors de combat en se précipitant au galop du haut d’un champ dans un petit chemin profond en contrebas ! Malgré les tirs nourris des fantassins et des obus percutants ou à balles qui causent des pertes dans nos rangs, très vite la charge se rapproche de Morsbrönn.

 

La grosse partie de notre régiment derrière le lieutenant-colonel Archambault de Beaune appuie sur la droite et brusquement se trouve face à plusieurs bataillons de l’infanterie prussienne dont une compagnie de pionniers ; devant notre masse déferlante ils n’ont pas le temps de se former en colonnes d’attaques mais rapidement se regroupent et forment le carré. Il parait solide, impénétrable, le premier rang, arc-bouté, avec ses longues baïonnettes, dresse un mur hérissé, le second rang nous pointe de ses fusils, le troisième prêt à son tour à tirer dès la salve du second. Soudain un nuage gris s’élève du carré, aussitôt un crépitement assourdissant suivit de chocs, d’impacts, de ricochés sur nos cuirasses, mais aussi de sang et de cris. La fumée s’élèvent, je distingue un grand nombre de chevaux qui passent comme des ombres sans cavalier, d’autres, leurs malheureux maîtres un pied pris dans un étrier sont trainés et tels des corps désarticulés rebondissent sur tous les obstacles; le pire, c’est cette douloureuse rumeur faite de cris, de râles, de gémissements, d’hennissements qui s’élève du sol ou jonchent hommes et chevaux … Nous nous reformons poursuivi par la mitraille et aussitôt, plein de hargne, nous repartons à la charge.

 

Des camarades, enfonçant les éperons, font sauter leurs chevaux par-dessus ce mur de baïonnettes pour retomber dans les lignes prussiennes ; puis par de larges moulinets de leurs longues lattes creusent des vides chez l’ennemi, créant une certaine désorganisation dans ses rangs avant que ne s’écroulent leurs montures ensanglantées ou éventrées. Profitant de ce relâchement, avec d’autres camarades, couchés sur nos chevaux, sabrant de droite, de gauche nous arrivons à pousser nos chevaux entre les colonnes ennemis et leur causer grand dommage. Par trois fois nous avons enfoncé le carré, par trois fois nous nous sommes retirés, chaque fois hélas moins nombreux. Deux fois j’ai eu un cheval tué sous moi. Comme nous l’avions appris à l’exercice, l’important pour sa survie est de ne pas rester démonté. Grace à une énergie inconnue, insoupçonnée devant le pire mais aussi par chance, j’ai toujours pu, malgré mes bottes et ma lourde cuirasse qui limite les mouvements, vivement me dégager, courir sous les balles, sauter par-dessus des corps, sans perdre mon sabre grâce à sa dragonne, éviter les autres cavaliers, chercher, saisir par la crinière un cheval affolé, et réussir à me hisser sur son dos puis repartir vers l’enfer.

 

Je me souviens de nos grands sabres rouges de sang jusqu’à la garde, je revois des camarades avec des balafres, les yeux pleins de sang s’essuyer en riant d’un air féroce ; d’autres rient bruyamment comme s’ils avaient fait une bonne farce ; de mon côté je cherche des visages amis de mon peloton mais hélas, personne, tous sont couchés là-bas, pour eux tout est fini, pour nous tout est à recommencer.

 

Mais vois-tu, le plus impressionnant c’est le regard des hommes que nous combattons, regard si rapproché lors des contacts que nous y voyons le reflet du nôtre et pouvons y lire nos propres sentiments de peur, de colère, de haine, de méchanceté, d’imploration mais aussi curieusement parfois de compassion (c’est si facile d’appuyer un peu plus ou un peu moins avec le sabre !).

 

Ces furieux coups de boutoirs ont anéanti les pionniers qui cèdent et battent en retraite pour se réfugier dans les vignes et houblonnières. Le trompette sonne le ralliement, rapidement, mais sous les obus nous reprenons notre chevauchée. Déjà nous voici aux abords de Morsbrönn et y accédons par un chemin encaissé ou la mitraille des fantassins cachés au-dessus se fait plus violente. Plusieurs des nôtres sont arrêtés net dans leur élan, d’autres glissent lentement sur le dos de leurs montures puis soudain roulent et tombent.

 

Couchés sur l’encolure de nos chevaux, le regard fixe, le sabre en avant nous nous engouffrons dans la grande rue ; de chaque ouvertures, fenêtres, portes, un fusil est pointé et fait feu, la rue se rétrécie, l’on n’y voit plus rien cependant des cris, des hurlements, des crépitements incessants font penser qu’un drame se déroule un peu plus haut mais une courbe nous bloque la vue. Sans ralentir nous la dépassons, puis de suite une seconde et là nous nous écrasons sur nos camarades bloqués par un obstacle, en effet des charrettes et quelques autres objets placés en travers de la rue obstruent la sortie du village.

 

Le crépitement continu des fusils nous assourdit et nous affole, ils nous fusillent à bout portant, si près que parfois la tunique brûle autour de la plaie. Les hommes hurlent, les chevaux hennissent, ruent, piétinent les malheureux au sol, d’autres sautent sur le dos d’autres chevaux comme voulant s’échapper de cet enfer mais blessent les cavaliers. Je vois des hommes à terre levant la main comme voulant se protéger des sabots des chevaux, d’autres malgré leurs blessures tentent de se lever. Bloqués par d’autres chevaux dans cette rue et tournant en rond sur place sous la mitraille, l’horreur est d’entendre des craquements et des cris de suppliciés lorsque nous piétinons nos camarades, hélas dans ces instants chacun ne pense qu’à sauver sa peau. Une nouvelle fois mon cheval est tué. Par grande chance je réussi une fois de plus à me dégager et dans la bousculade me saisir d’un autre.

 

Chacun d’entre nous fait ce qu’il peut, sabre çà et là dans les fenêtres lorsqu’un coup de feu part ou au hasard dans chaque recoin. Dans la bousculade arrivent maintenant les lanciers ajoutant à la confusion. Nous tournons comme au carrousel cherchant une issue pour échapper à cette pluie mortelle mais tout est bloqué. Dans cette bousculade les lanciers sont gênés par leurs lances et en les manœuvrant blessent au visage bon nombre des nôtres par les extrémités des hampes. Cependant ils sont d’une grande efficacité pour débusquer les tireurs à l’étage et peu à peu l’intensité des tirs s’apaise. Enfin des hommes démontés ont réussi courageusement à dégager le passage, aussitôt nous pouvons nous libérer de ce piège.

 

Alors que les coups de feu ont pratiquement cessés à la sortie du village nous faisons halte à l’abri d’un petit bosquet. Nous pouvons nous retrouver, nous reconnaitre, nous compter. L’horreur ! Un tout petit nombre de cavaliers, quelques petites dizaines, inférieures aux doigts d’une main tout corps confondus, du 9ème il me semble n’en apercevoir que 8.

 

Les chevaux sont harassés, de leurs gueules une bave mélangée de sang s’écoule, leurs flancs tremblent, nos bras sont lourds, les poignets et les cuisses nous font mal, chacun a des blessures plus ou moins impressionnantes, du sang macule nos tuniques mais curieusement personne n’en souffre vraiment encore. A la vue de ma cuirasse bosselée et percée légèrement à un endroit, bêtement je me dis : « Jean tu vas faire de la salle de police pour avoir abimé ta cuirasse et ils vont te faire payer la réparation ». Je sursaute car je me rends compte à l’instant que je monte un cheval du 6ème lancier.

 

Progressivement nous reprenons nos esprits, commençons à parler, à prendre conscience de la situation, que nous sommes vivants, le reste… Quelques camarades se sont retirés de quelques pas et debout sur les étriers soulagent leur vessie. Soudain deux s’écrient « ils sont là ! Ils arrivent ! » Ces mots nous figent mais aussitôt nous reconditionnent, pas de temps à perdre l’endroit n’est pas propice pour combattre. Un gros capitaine avec de grandes moustaches étant le plus vieux et le plus haut gradé s’octroie le commandement. Il nous fait prendre le galop pour essayer de nous soustraire à l’ennemi, mais nos pauvres chevaux harassés ne peuvent soutenir le train. Le capitaine nous fait arrêter ; de nous-mêmes nous faisons demi-tour et nous plaçons en ligne de bataille, prêt pour l’assaut, le capitaine brièvement nous harangue : « Camarades montrons aux prussiens qui nous sommes … pistolet en main … pointez … feu ! ».

 

Ceux d’en face, des hussards du 13ème, ralentissent et s’arrêtent surpris devant un tel sursaut et du danger encouru. Le tir n’a pas un grand résultat ; le capitaine se retourne vers nous, lève son sabre et d’une voie forte s’écrie : « Vive la France … Sabre en main … Chargeons … ». Voyant cela, les prussiens éperonnent et s’élancent vers nous pour engager le combat.

 

Les sabres crissent sur les cuirasses, les chevaux soufflent, les lances montent ou descendent, nos grands sabres s’allongent, des cris s’élèvent, les hommes se courbent pour piquer en dessous, les chevaux furieux se dressent et se mordent en hennissant d’un ton terrifiant, des hommes tombent, des chevaux s’écroulent ».

 

 

« C’était un soir la bataille de Reichshoffen

Il fallait voir les cavaliers charger.

Ils étaient là alignés dans la plaine

Le sabre au clair, le pied à l’étrier

Attention cavaliers, chargez ! »

 

 

 Reischoffen 2

 

Rescapés de Reichshoffen – Eglise de la Madeleine, Paris, 1917 (copyright BNF).

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 16 Septembre 2013

 

 Bauds-Le reve Alphone de Neuville

 

Le rêve, d’Edouard Detaille (Musée d’Orsay).

 

Arthur Baudot fut un soldat de 1870. Dans ses lettres – plutôt son journal de bord, certainement écrit, du moins remanié, a posteriori – retrouvées par son arrière-petit-fils (Monsieur Alain Baudot), il témoigne de sa captivité.

 

Le 1er septembre 1870.

 

« Chers parents,

 

Jusqu’à présent, je n’ai pu vous donner que des détails bien incomplets sur notre position, mais aujourd’hui, je vais essayer de vous en donner une idée. Fais prisonnier sur le champ de bataille aux environs de Sedan, vers trois heures de l’après-midi, on nous a rassemblés et dirigés sur Douzy où nous sommes arrivés à la nuit. On nous a fait coucher dans l’église, sans manger et nous n’avions pris pour toute nourriture qu’un peu de café vers quatre heures du matin ».

 

 

Le 2 septembre – Douzy : « Le lendemain matin, avant le départ, nous avons assisté à la messe dans la même église, ensuite, on nous a conduit à quelques kilomètres de là, où nous avons passés une grande partie de la journée sur trois rangs afin de nous compter. Là, une espèce de cantine prussienne qui vendait du pain et du lait, en très petite quantité, et pour beaucoup d’argent, mais malgré le prix exorbitant, tout le monde voulait en acheter. Mais les officiers prussiens voyant le désordre dans nos rangs, et un rassemblement considérable auprès de la voiture, nous ordonnèrent de reprendre nos places ; nous étions à leur pouvoir. Il fallait obéir… ».

 

Dans les jours qui suivent, les milliers de soldats, dûment escortés, prennent la route de la Prusse. Ils passent par les villages de Ligny-devant-Dun, Ecurey, Etain (au-dessus de Verdun), Gorze. Le 8 septembre 1870 : « Bien qu’on nous ait dit que nous n’avions plus que quelques lieues à faire pour prendre le chemin de fer, nous avions raison de n’y pas croire, car ce fut bien la journée où nous avons le plus marché. Vers midi, à chaque pas, il en restait en route ; on était forcé de les conduire en voiture, car ils ne pouvaient pas continuer le chemin à pied, les rangs s’éclaircissaient de plus en plus car tous, nous étions à bout de forces ».

 

Ensuite, les prisonniers sont parqués dans des champs, à nouveau comptés et recomptés, puis ils sont dirigés vers la gare de Rémilly (Moselle) et sont entassés dans le train : « Voilà comme on nous a placés : quarante-cinq et même cinquante dans chaque wagon à bestiaux ». Le convoi traverse la Grand-duché du Luxembourg, passe par les villes de Mayence, Francfort, Erfurt, pour terminer son périple à Magdebourg.

 

11 septembre – Magdebourg : « Il était une heure du matin : aussitôt notre arrivée, après nous avoir fait placer sur les rangs, on nous a conduits dans un vaste camp dressé pour nous loger. Les premières compagnies seulement eurent de la paille et une couverture par homme ; à nous, on nous a donné à chacun une couverture, c’était assez pour nous contenter, et nous avons passé une bonne nuit ».

 

12 septembre : « Il en fût ainsi pendant quelques jours, puis ils nous donnèrent à chacun un plat en terre et une cuiller que nous devions conserver. La nourriture du matin, dont je parlais tout à l’heure, consistait en un peu de farine délayée dans l’eau, et un peu de beurre ; mais ce beurre passait le plus souvent auprès des marmites de sorte que cette colle, comme nous l’appelions, n’était pas quelque chose de bon. A midi, on nous donnait une petite portion de viande, puis le rata aux pommes de terre avec du riz, des haricots ou de l’orge.

 

Puis, on nous conduisit au travail tous les jours depuis une heure après midi jusqu'au soir. Nous étions occupés aux fortifications, à servir les maçons. Pour y aller, on nous faisait traverser la ville, nous avons remarqué qu’elle était jolie, et qu’elle renfermait d’aussi beaux magasins que ceux de France. Pendant quelques temps, nous avons touché trois sous par jour pour notre travail, mais l’habitude de payer s’est passée, de sorte qu’on travaillait pour le roi de Prusse… ».

 

Fin septembre : « Vers cette époque, je fus malade à mon tour, mais pas sérieusement, la fatigue en devait être la seule cause. Je suis allé à la visite pendant une quinzaine de jours (car il y avait au camp une infirmerie, et chaque jour venait un docteur pour passer la visite). Au bout de ce temps, je me suis rétabli assez bien, et jusqu’au moment où j’écris, je n’ai eu pas trop à me plaindre du côté de la santé ».

 

Fin octobre : « Vers la fin d’octobre, il nous fallut quitter le camp, nous sommes venus dans une baraque. Un magasin d’artillerie, où nous étions assez bien logés : nous avions chacun une paillasse et une couverture. C’est là qu’ils commencèrent à nous retirer un repas, de sorte que nous n’avions plus que deux fois à manger par jour. Le matin, un jour le café, un jour la colle ; le soir, le rata et un pain de quatre livres pour quatre jours ; on faisait aussi quelquefois une distribution, soit de lard, de beurre, ou des harengs, mais le plus souvent des harengs. Voilà notre ordinaire, heureusement, les jours étaient courts, sans quoi on aurait eu beaucoup plus à souffrir de la faim.

 

15 décembre 1870 – Janvier 1871 – Magdebourg : « Vers le quinze décembre, ils commencèrent à monter une machine pour nous chauffer au moyen de la vapeur. Mais cette opération était si lente que nous n’avions pas l’espoir d’en connaître l’effet cet hiver. En attendant, vers le 1er janvier, ils donnèrent deux poêles dans chaque chambre, mais qu’est-ce que c’était, pour une chambre de 60 mètres de long, par un froid de -25°, et surtout que le charbon nous manquait la moitié du temps. Mais nous regrettons de ne pas avoir passé tout l’hiver dans ce nouveau domicile. Car sur une trentaine de mille que nous étions à Magdebourg, le nombre de morts est tout près d’atteindre le chiffre énorme de 4.000. Voilà en abrégé à peu près tout ce qui me concerne. Car pour détailler tout, il faudrait faire un gros livre… ».

 

« Les hommes de la compagnie étaient bien plus malheureux, car ils étaient forcés d’aller travailler dehors, même par le plus grand froid, et lorsque l’un d’eux cherchait à s’en échapper, ou qu’on avait quelque chose à lui reprocher, sa punition était celle d’un peuple sauvage : on l’attachait dehors à un poteau, par les pieds et les épaules, pendant des heures entières, exposé aux rigueurs du temps. Je me trouvais heureux auprès d’eux. Jugez donc de ce qu’on avait à souffrir avec un peuple aussi barbare. C’est seulement un aperçu pour vous faire connaître notre position. Je ne vous donne pas plus de détails sur les coups de plat de sabre qu’on recevait, lorsqu’on n’obéissait pas assez promptement, lorsqu’on n’était pas levé assez matin ou pour tout autre motif. Le code pénal auquel nous étions assujettis contenait les peines les plus sévères pour les moindres bagatelles. Beaucoup contenaient la peine de mort et d’autres la citadelle pendant plusieurs années et même perpétuité. Des prisonniers de guerre n’auraient cependant pas dû être traités si rudement ».

 

 

Depuis le 28 janvier 1871, la convention d’armistice est signée entre la République française et l’Empire d’Allemagne. A titre de gage sur les sommes colossales que la France doit régler à son ennemi, le tiers nord-est du pays sera occupé jusqu’au 16 septembre 1873.

 

A cette date, les survivants des camps de prisonniers en Allemagne sont rentrés dans leurs foyers ; bien souvent à pieds…

 

Sources : Ces lettres ont été publiées par MR Alain BAUDOT, sur son blog – www.bauds.fr

 

Arthur Baudot (photographie de 1920).

Bauds Arthur

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 30 Août 2013

 

Issy libérée par les siens - 3

Issy-les-Moulineaux libérée par les siens.

 

 

A Issy-les-Moulineaux, la commémoration célébrant le 69ème anniversaire de la Libération de Paris s’est déroulée le dimanche 25 août 2013. Voici un extrait du discours de Monsieur André Santini, ancien ministre, député-maire de la ville. Retrouvez par ailleurs, dans l’album intitulé « 2013-08-25, Libération de Paris – Commémoration » des photographies de cet événement historique, et des portraits de celles et ceux qui ont été acteurs de ces événements, qu’ils aient été des libérateurs, des ennemis ou des collaborateurs.

 

 

« Au lendemain de la libération de Paris, le cortège des libérateurs mené par le Général de Gaulle défile le 26 août 1944 à travers la ville, des Champs-Élysées jusqu’à Notre-Dame. Les femmes pleurent de joie et saluent les soldats, les pères prennent leurs enfants sur les épaules, et tous regardent défiler les visages fiers et souriants des héros de la France libre.

 

Mais, tout au long de cette parade surgissent parfois des cris et des affolements : des tireurs embusqués visent encore la foule. Arrivés sur le parvis de la cathédrale et même dans Notre-Dame, les tirs résonnent et perturbent le Te Deum. Paris est libéré mais la guerre n’est pas encore finie… Reclus sur les toits et dans les immeubles, il reste des soldats Allemands, des miliciens, des collaborateurs, prêts à tout car n’ayant plus rien à perdre. Le régime abject qu’ils servaient est en train de s’écrouler, ils sont aux abois.

 

A cette heure, l’Histoire bascule de nouveau en faveur de la liberté des peuples et de la démocratie, cinq années après que le voile noir du nazisme a recouvert l’Europe. Cinq années durant lesquelles Paris et sa banlieue – conquises sans peine par l’envahisseur – ont survécu au gré des privations, des rafles, des couvre-feux, des exécutions et des sommations. Au gré aussi de la peur lancinante qui hante le quotidien de la population et qui glace le sang à chaque hurlement, chaque alarme, chaque détonation.

 

Soumise à l’occupation, la Patrie est avilie, mais l’honneur de la France subsiste tout de même en dehors du territoire national, de l’autre côté de la Manche grâce au Général de Gaulle, ou dans nos colonies avec le Gouverneur Félix Eboué. Et puis, en France, le nazisme n’a pas réussi à conquérir tous les esprits. Alors que l’État pétainiste collabore, d’autres citoyens entrent dans la Résistance. Durant cinq années, chaque train dynamité, chaque officier SS abattu, chaque information transmise aux Alliés, sont autant de coups portés au renoncement et à la fatalité. Pendant ces longs mois d’occupation, les actions courageuses menées par les forces de l’ombre, par tous les hommes et les femmes de la Résistance, ont permis de déstabiliser l’ennemi, de maintenir la flamme de l’espoir.

 

En ce jour de commémoration, ayons une pensée pour tous ces héros qui ont agis avec courage et dignité. Je pense en particulier aux membres du « groupe Manouchian» ou aux résistants d’Issy-les-Moulineaux. Dans notre ville, deux groupes se sont organisés à partir de 1942 : le Mouvement de Libération Nationale, dont le quartier général clandestin se trouvait au cœur même de la Mairie ; et le groupe Francs-Tireurs et Partisans Boisredon, qui siégeait à l’Hôpital Corentin-Celton. Ces résistants, comme tous les autres, ont risqué leur vie au nom d’un idéal de justice et de liberté, au nom de la République, au nom de l’humanité. Leurs cinq longues années d’actions, de sabotages, de harcèlement, d’espionnage contre la soldatesque du Reich et de l’État vichyste, ont préparé la libération de la France.

 

Cette libération a débuté, rappelons-le, en septembre-octobre 1943 lorsque la Corse a été reprise par les forces Alliées. Ce fut le premier territoire métropolitain libéré et nous en commémorons cette année le 70ème anniversaire. Il a fallut reprendre la France, notre France, ville par ville, quartier par quartier, parfois même maison par maison, mais la ténacité de nos soldats était la plus forte et leur cause était juste.

 

En août 1944, à Paris, on murmure que la déroute de l’Allemagne nazie est proche, que l’avancée des Alliées est inexorable ! Un fol espoir saisit la population, la fin du cauchemar serait proche. Alors Paris renaît, Paris retrouve sa fièvre révolutionnaire, hisse ses barricades. Gendarmes, fonctionnaires, ouvriers s’insurgent, la grève générale est déclarée le 18 août ! Dans toute la région, les Forces Françaises de l’Intérieur s’activent pour faciliter l’avancée du Général Leclerc et de ses chars.

 

A Issy-les-Moulineaux, le groupe mené par Emile Bienvenu réussit à faire capituler l’unité de 550 soldats allemands basée sur l’Ile-Saint Germain.

 

Enfin, le 25 août, Paris et sa banlieue sont libérés, la République est restaurée, la France se redresse. Ce jour-là, le pays tout entier palpitait d’une force nouvelle, prêt à affronter l’avenir et mettre fin à la guerre.

 

Recueillons-nous aujourd’hui en souvenir des 3500 hommes et femmes, soldats, résistants ou civils – dont beaucoup Isséens – qui périrent pour libérer la Capitale. Nous restons redevables de leur courage et de leur sacrifice ».

 

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