Publié le 21 Février 2020

Lieutenant Blanc – 4 – Citations.

Citation du 4 avril 1947 à l’Ordre du corps d’armée, par le général de Perier :

 

« Blanc Paul – Lieutenant 1ère compagnie – Demi-brigade de Marche Parachutiste.

Lieutenant adjoint au Commandant de Compagnie, a participé brillamment à toutes les opérations de son unité, en Cochinchine et au Tonkin. Au cours de l’opération parachutée de Hoa Binh le 15 avril 1947 s’est fait une fois de plus remarqué par sa fougue et son audace. Le 18 avril 1947 à Cho Bo, le Commandant de Compagnie venant d’être blessé et évacué a pris le Commandement dans un moment difficile et conduit la Compagnie dans un élan magnifique à l’assaut de ses objectifs malgré une résistance acharnée des rebelles. Le 21 avril s’est emparé de Su Yut malgré une vive opposition. A infligé des pertes sensibles à l’adversaire.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. »

 

Citation du 31 mai 1947 à l’Ordre de la Division – O.G. n° 236 en date du 31 mai 1947, par le général commandant les T.F.I.N. (Troupes Françaises d’Indochine du Nord) :

 

« Blanc Paul – Lieutenant 1/1er RCP.

Officier d’un allant exceptionnel, plein de courage et d’ardeur au combat. Le 23 mars 1947, au cours de l’investissement de Phu Ly (Tonkin) commandant un détachement de deux sections de F.M., a bousculé les résistances adverses, tuant de nombreux réguliers et capturant un lot important de grenades et de munitions. Le 28 mars 1947, à l’attaque de Van Dinh, a anéanti une bande, faisant 8 prisonniers, capturant 8 fusils et un stock important de munitions.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre des T.O.E. avec étoile d’argent. »

 

Citation du 11 septembre 1947, par le général Salan, commandant T.F.I.N. :

 

Le texte est identique mais le général Salan ajoute les étoiles d’argent sur la Croix de Guerre 1393-1945.

 

Citation à l’Ordre de l’Armée, JO du 1er avril 1948 – Décision du 23 mars 1948.

 

Blanc, Paul – Lieutenant 1/1er RCP

« Officier adjoint au Commandant de Cie a toujours fait preuve du plus grand sang-froid et d’un courage exemplaire.

S’est particulièrement distingué les 9 et 15 octobre 1947 au cours de l’opération parachutée de Cao Bang (Tonkin).

Le 9 octobre, la Cie ayant pour mission de s’emparer de deux ponts de Cao Bang intacts, a regroupé les sections du 1er pont et s’est emparé de cet ouvrage en quelques minutes. Continuant sa marche à travers la ville malgré la vive réaction adverse, s’est emparé du 2e pont sous un feu violent de deux mitrailleuses V.M., réussissant ainsi dans un temps record à assurer avec plein succès la réussite de l’opération.

Le 15 octobre, la Cie ayant pour mission de nettoyer la route de Tra Linh et d’occuper le croisement des routes de Tra Linh et de Thung Khanh Phu, a progressé en personne avec la section en tête, donnant des ordres judicieux et des renseignements précis sur la situation. Grâce à son action personnelle, a permis à son unité de s’emparer du Col et du carrefour malgré une défense acharnée de l’adversaire remarquablement retranché.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre des TOE avec palme ».

 

Au total le lieutenant Blanc sera honoré de six citations.

 

Sources :

Archives familiales.

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Publié le 20 Février 2020

Lieutenant Blanc – 3 – La mort, par le lieutenant Forhan.

Le 2 mai 1948, depuis Cao Bang (Tonkin), le lieutenant Forhan du 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes) dont, faut-il le rappeler, la devise est : Vaincre ou mourir, écrit cette lettre à l’attention d’Henri de Dessauger, chef de bataillon dans l’arme du génie et qui était le beau-père du lieutenant Paul Blanc. Paul Blanc savait de qui tenir puisque son beau-père avait été maintes fois cité et décoré, au cours des deux guerres mondiales.

 

« Mon commandant,

 

Je viens de recevoir votre télégramme et je vous ai confirmé la triste nouvelle par la même voie.

Je comptais écrire à votre fille, n’ayant votre adresse ni votre nom qu’un mois après le décès, c’est-à-dire le 7 mai.

BLANC est mort dans mes bras le 7 avril vers 16h30 sans souffrir, le sourire aux lèvres, allant au secours de blessés, il fut atteint d’une seule balle (sniper) qui le prit du côté droit de la cage thoracique (à la hauteur du sein) pour le transpercer de part en part venant sortir à gauche à la hauteur de la ceinture, 5 secondes après il était mort.

J’aimerais pouvoir vous dépeindre la sérénité qui illuminait son visage. Cette conscience qu’il a dû avoir au dernier moment, d’avoir fait son devoir jusqu’au bout. La veille, il avait communié, 5 minutes avant sur la route balayée par quelques rafales, nous avions ri ensemble, il me disait « c’est au poil ». Le convoi que nous protégions étant passé sans casse.

Je ne puis vous exprimer, mon commandant, toute la peine que j’ai, que nous avons tous.

BLANC reste pour moi, le seul ami que j’ai jamais eu, je le pleure comme un Frère. Pour moi qui suis croyant, je suis certain que de l’autre côté il est là, nous attendant, souriant de ce sourire mi-moqueur, mi-affectueux.

Ici à Cao-Bang, il avait conquis tout le monde, tous les Officiers, de quel corps que ce soit, le connaissaient et l’estimaient. Sa droiture, et son Honnêteté, son Courage, l’avaient placé à notre tête. Son enterrement fut magnifique, tous les Corps étaient représentés, musique de la Légion, Colonels. Lui qui était sensible à ces marques extérieures… Nous avons pris des photos que je vous ferai parvenir.

BLANC devait comme moi rentrer en France en juillet prochain. Je garde ses affaires personnelles que je vous ferai parvenir dès mon retour, la voie « réglementaire » étant très longue et peu sûre.

D’autre part, le chef de bataillon va faire parvenir à votre fille le montant de deux mois de solde que BLANC n’avait pas encore perçu.

Voici, mon commandant, tout ce que je sais de la fin de sa fin. BLANC est mort en soldat, la seule mort qu’il jugeait digne de lui. Pour moi, il est toujours là. Si notre douleur peut un peu atténuer celle de votre fille, dites-lui que nous le pleurons tous.

Je reste à votre disposition pour tout ce que vous jugeriez utile de faire à ce sujet.

Recevez, mon commandant, tous mes respects.

 

Lt FORHAN S.P. 64.425

3e Cie – T.O.E.”

 

Sources :

Archives familiales.

 

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Publié le 18 Février 2020

Lieutenant Blanc – 2 – La grande évasion.

Dans un récit de sa main, le lieutenant Paul Blanc a raconté sa blessure en Italie, sa capture, son statut de prisonnier et son évasion. Voici le texte (extraits) :

 

« Je suis blessé et capturé le 26 juillet 1944 à San Casciano en Italie : une balle dans la jambe gauche, un éclat de grenade à la jambe droite et des plaies à la suite d’une chute. Pendant 8 jours, je subis des interrogatoires en continu, sur l’arme parachutiste. J’ai droit au cachot, ayant refusé de répondre. On m’a laissé mon premier pansement et j’ai les plaies aux jambes et au bras droit infectées.

Début Août 1944 : ébauche d’une évasion, malgré les blessures, du PC de la division de parachutistes allemands où j’étais gardé. Mais je suis arrêté au moment où elle allait être découverte. Je suis transféré en Allemagne dans un Oflag d’officiers alliés à l’intérieur du Stalag VII, à Moosburg, au nord de Munich.

 

En septembre 1944, à 9 h du matin, je fais partie d’une sortie de 50 officiers alliés. Nous marchons, en rangs, encadrés par des gardiens armés en tête et en queue. En arrivant sur le pont de l’Amper, je saute le parapet et je me cache sous le pont. Je rampe pendant 4 kilomètres et je me cache au bord d’une rivière en attendant la nuit. Il y a trop de paysans, je suis en uniforme et je ne sais pas parler l’allemand. De plus, je suis pisté et rapidement récupéré par une patrouille allemande accompagnée de chiens. L’un d’eux me mord profondément au bras droit.

 

Le mois suivant, je prépare un nouveau plan. Mais le major anglais me fait appeler et m’interdit de m’évader.

 

Novembre 1944 : arrivée à l’Oflag du médecin-capitaine Bacques. Il me donne un de ses laissez-passer pour Munich. C’est un vieux modèle. Il est facile de gratter le papier et d’y inscrire son nom. Je retire la photographie et place la mienne, prise sur ma carte d’identité d’officier. Dans l’alinéa réservé à l’indication des endroits autorisés pour la promenade, ne sachant quoi mettre, j’inscris une phrase ironique et difficilement lisible tournant les Allemands en ridicule. Ce laissez-passer me permet de passer les deux dernières enceintes du camp. Pour les deux premières, j’ai projeté de les passer en allant à la douche, en me sauvant des rangs après le blockhaus. Il ne me reste plus qu’à attendre que le jour et l’horaire des douches correspondent au jour et à l’horaire de sortie.

 

Le 26 décembre 1944, la coïncidence se produit. Je distribue mes affaires et change ma couverture pour que les chiens ne puissent plus me pister. J’ai un croquis de la région et une boussole-sifflet. Tout se passe comme je l’avais prévu. Par miracle, aucun Allemand ne me voit sortir des rangs. Pourtant la dernière sentinelle m’arrête et s’étonne de ne pas pouvoir comprendre la phrase humoristique dont j’ai parlé plus haut. Je lui fais comprendre que c’est un « secret ». Satisfait ; il me laisse.

 

NDLR : à chaque moment, Paul Blanc cite des témoins. Ici, il s’agit du capitaine Bacques et du lieutenant Essoubet.

 

Sur la route, je croise le colonel du camp. Je le salue. Il me répond. En faisant un détour par le nord, j’arrive à Munich le surlendemain, à 6 h du matin, après une randonnée de plusieurs heures par – 25°. Deux heures plus tard, à l’entrée de la ville, je suis arrêté par un gendarme. Je dis être du camp de Vestende, juste à côté, travaillant dans une cordonnerie de Garcing. Je lui sors ma carte d’officier et il finit par me laisser partir après que je lui ai montré ma plaque de prisonnier. J’ajoute que je vais être en retard. Insupportable pour un fervent partisan de la « grande Allemagne ».

 

Vers midi, je rencontre deux jeunes requis : André Pinault et Bernard Poisson, de Paris. Ils m’emmènent dans leur camp. Je troque mon uniforme contre des habits civils. Enfin, je vais pouvoir dormir. Le lendemain, à 5h, je suis réveillé par un SS. Ce dernier m’entraîne dans son bureau. Il veut téléphoner à la police. Au moment où il entre dans la pièce, je détale, descends les deux étages et je vais me cacher dans une petite rue. Là, je termine de m’habiller.

 

Quelques jours plus tard, je retrouve à Kufstein un jeune soldat échappé du Stalag VII. Il s’appelle Viron et s’est sauvé peu après moi. Il parle un allemand parfait. La neige tombe à gros flocons. Nous décidons de prendre le train pour Innsbruck. En chemin, nous échappons de justesse à un agent de la Gestapo, qui contrôle les papiers. Nous avons dû descendre du train en marche.

 

A Innsbruck, nous prenons la direction de la vallée de Saint-Jodock où nous espérons trouver des passeurs italiens. Il n’en est rien. Qui plus est, nous nous faisons cueillir par la gendarmerie. Ne voulant à aucun prix retourner dans un Oflag, nous indiquons être des sous-officiers. On nous déshabille presque entièrement, ne nous laissant que quelques effets militaires. Mis en prison, nous prenons le lendemain le train pour le camp de prisonniers de Salzbourg, en Autriche.

 

A Vorgl, le train est arrêté sous le pont route-chemin de fer. Viron se lève pour aller aux WC du wagon, ainsi qu’un prisonnier russe. Le gardien nous accompagne. Il se méfie de Viron. Il surveille la porte de devant. Mais il a oublié celle de derrière. Il faut en profiter maintenant. Je recule, déverrouille tout doucement la porte. Me voilà dehors. Il ne faut pas que je cours avec mon K.P. (prisonnier de guerre en allemand) inscrit dans mon dos sur ma capote. La sortie s’est bien passée. Je marche. Je file de l’autre côté du pont et marche dans la nature. Une alerte aérienne survient à ce moment. Tout le monde se met à plat ventre. Je fais de même après avoir retiré ma capote, si compromettante. Maintenant que faire. Il me faut d’abord des lunettes. Pour un myope comme moi, c’’est indispensable. Mais il me faut justifier un billet de la « Krankenkasse » et être régulièrement inscrit à « l’Arbeitsam » (bureau du travail). Je dois pousser jusqu’à Kufstein où je connais quelqu’un de sûr dans un camp.

 

J’y arrive quelques heures plus tard. Je profite d’une entrée de prisonniers pour me glisser à l’intérieur. L’ami me donne des vêtements – un bleu de travail – et m’indique qu’une place de fleuriste vient de se libérer. Il m’accompagne à l’Arbeitsam. Je dis avoir été transféré depuis l Pologne et avoir perdu mes papiers dans le bombardement du camp par les Russes. On me donne le travail de fleuriste. En quelques jours, embauché chez Madame Bickel, j’ai mis un peu d’argent de côté et je peux m’acheter la fameuse paire de lunettes. Grâce à mes nouveaux papiers obtenus à Kufstein, je peux aller et venir sans trop me faire remarquer.

 

J’ai décidé de me sauver une nouvelle fois. On m’a dit qu’en Slovaquie des Français se battent aux côtés des Slovaques et de Russes. Je sais qu’un camion doit partir pour Vienne. Je réussi à convaincre le chauffeur en indiquant que j’ai un frère à Vienne dont je n’ai plus de nouvelles depuis le dernier bombardement. L’homme finit par accepter. Mais je n’ai pas le droit de circuler aussi loin. Le chauffeur m’autorise à me cacher sous les bâches de son chargement. Me voilà à Vienne !

 

Dès mon arrivée, je suis contrôlé par la police qui trouve mon passeport du Tyrol relativement suspect. De plus, je devrais être au Tyrol et non à Vienne. Je réponds que je suis chauffeur et que je dois repartir au plus vite pour Kufstein. On me laisse partir. Je retire mon pardessus et entre dans la gare de Vienne en bleu de chauffe. Je vois un train pour Marchegg. C’est à la frontière. Je me glisse dedans et m’y cache. Bien m’en prends. Le train est rempli de SS !

 

Arrivé non loin de la Slovaquie. Je prends la direction approximative des Carpates. Je dois contourner plusieurs positions allemandes. Une fois, au détour d’un chemin, je tombe sur un camp allemand. Je feins de poser culotte ! En me disant que quelqu’un qui pose culotte à cinq mètres d’eux ne peut qu’avoir la conscience tranquille. Ça marche… Je continue ma route vers Svaty Jur. On m’a dit, il y a longtemps, qu’on s’y bat là-bas. Les fameux partisans. Je finis par y arriver à la fin du mois de février 1945. Enfin, contact est pris avec eux après quelques tentatives sans succès. Ce n’est qu’un mois plus tard, et après quelques combats aux cotés de Slovaques et de Russes, que je rencontre des Partisans français de Slovaquie. Ils appartiennent à la compagnie du capitaine Georges Barazer de Lannurien.

 

Chez les Russes, je fais une demande écrite pour rejoindre l’escadrille Normandie-Niemen. En vain.

 

Je ne retrouve la France qu’au mois de juin suivant ».

 

Sources :

Archives familiales.

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Publié le 8 Février 2020

Au lieutenant Blanc.

 

William Blanc, lecteur de notre site internet, a pris contact avec nous pour nous parler de son grand-père, Paul – dit « Paulo » – Blanc lieutenant au 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes) mort pour la France en avril 1948 en Indochine.

 

Cette série d’articles comprendra une présentation des états de services et des campagnes (1), un épisode épique sur son évasion vers la Slovaquie (2), les conditions de sa mort (3), ses citations (4) et le baptême de promotion parachutistes Classe 1951 (5).

 

Lieutenant Blanc – 1 – L’épopée.

 

Paul Blanc nait le 15 septembre 1921 à Alger, de l’union d’Alexis Blanc et de Marie Ottavioli. Il est incorporé au Chantiers de Jeunesse n°103 le 13 novembre 1942 et en est libéré quelques semaines plus tard pour intégrer l’Ecole des Elèves Aspirants de Cherchell en Algérie, la veille de Noël 1942. Il en sort avec le grade d’aspirant le 10 mai 1943.

 

L’aspirant Paul Blanc est affecté au Bataillon de Parachutistes de Fez. Le 15 décembre 1943, il est nommé au grade de sous-lieutenant de réserve. Quelques mois plus tard, lors de la campagne d’Italie, il est blessé par balle à la jambe gauche à San Casciano. Il est alors fait prisonnier et est emmené en Allemagne dans un Oflag… d’où il s’évade à la troisième tentative. De là, il rejoint la Slovaquie toute proche et s’enrôle auprès des résistants locaux et des Partisans français (ce sont des prisonniers de guerre, évadés, qui œuvrent avec la résistance slovaque et sont appuyés par des cadres de l’Armée Rouge).

 

En juin 1945, Paul Blanc rejoint la France et gagne Avord dans le Cher pour être intégré au 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes). De là, il part pour Nancy au Centre de Préparation aux Grandes Ecoles et est intégré dans l’Armée d’active avec le grade de sous-lieutenant. Affecté au dépôt commun de la Légion étrangère en 1946 il est promu au grade lieutenant la même année. En novembre, il rejoint le 1er RCP et fait mouvement avec le 3e bataillon sur Bône en Algérie.

 

En janvier 1947, Paul Blanc, alors passé au 1er bataillon du 1er RCP rejoint Sétif en Algérie puis embarque sur le S/S Athos pour l’Indochine. Il débarque à Saigon en février 1947 puis fait mouvement sur Hanoi pour entrer en campagne avec la Demi-Brigade de Marche Parachutiste.

 

Le 7avril 1948, le lieutenant Paul Blanc est tué au kilomètre 40 de la route de Cao Bang. Il s’était marié le 23 décembre 1943 à Mademoiselle Jacqueline Dessauger, alors domiciliée à Tlemcen (au Pavillon militaire) et il était père de deux enfants.

 

 

Sources :

Archives familiales.

 

Au lieutenant Blanc.

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Publié le 1 Février 2020

Réunion annuelle des adhérents 2019.

La réunion annuelle des adhérents du Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux et Vanves s’est déroulée le dimanche 26 janvier 2020 au sein de la Maison des Combattants d’Issy, rue du général Leclerc.

 

Etaient présents les membres du comité et :

 

  • Madame Christine Hélary-Olivier, maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux.
  • Monsieur le lieutenant-colonel Claude Guy, Délégué général de l’association pour les Hauts-de-Seine.
  • Monsieur Jacques Tchirbachian, président de l’UFAC et de l’ANACRA.
  • Monsieur Lucien Martinsky, président de la FNACA.
  • Monsieur Fabien Lavaud, président de l’ACPG.
  • Monsieur André Rabartin, président de l’UNDIVG.
  • Monsieur Christian Poujols, président de l’UNC.
  • Monsieur le colonel Xavier Mélard, président du Comité d’Asnières-Clichy du Souvenir Français.
  • Madame Marie-Claude Bouzon, secrétaire du Comité de Châtillon du Souvenir Français.

 

Un hommage a été rendu à nos soldats morts pour la France en 2019, ainsi qu’à nos disparus de ce début d’année :

  • Robert Choffé, ancien de la Seconde Guerre mondiale.
  • François Goure, président honoraire du Comité de Vaucresson.
  • Jean-Marie Duhaut, président du Comité de Meudon.

Après lectures du rapport financier et du rapport moral, après présentations des actions et des initiatives prises au cours de l’exercice écoulé, du nettoyage de cinq tombes à Vanves, de la quête du Souvenir Français, des quêtes du Bleuet de France, des études et analyses publiées sur ce site Internet, des récompenses ont été remises :

  • Diplôme d’Honneur pour Alsira Cacheda.
  • Diplôme d’Honneur pour Nicole Borde.

A la suite de cette réunion, un buffet « déjeunatoire », préparé par Jacques Tchirbachian et toute son équipe a rassemblé les participants à l’espace Savary d’Issy.

 

 

 

Frédéric Rignault LCL ad honores

Président du Comité

Délégué général adjoint.

Réunion annuelle des adhérents 2019.
Réunion annuelle des adhérents 2019.
Réunion annuelle des adhérents 2019.
Réunion annuelle des adhérents 2019.
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Publié le 19 Janvier 2020

2016 - Robert Choffé est fait chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, en présence de présidents des associations d’anciens combattants et d’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux.

2016 - Robert Choffé est fait chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, en présence de présidents des associations d’anciens combattants et d’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux.

Le Comité d’Issy-les-Moulineaux – Vanves du Souvenir Français vient de perdre l’un de ses amis, un de ses grands anciens et plus vieux piliers ! Robert Choffé nous a quitté le 12 janvier 2020. Isséen depuis toujours, Robert Choffé était un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale.

Engagé très jeune dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), il avait été affecté à un régiment d’artillerie. Ainsi nous disait-il il y a quelques années : « Pour moi, l’engagement était naturel. De métier, j’étais mouleur – fondeur. En 1944, je rentre dans les FFI. On nous faisait coucher dans le sous-sol de l’école Paul Bert. En septembre 1944, nous sommes regroupés au Petit Séminaire d’Issy. Je signe, comme tous mes camarades, un engagement pour la « durée de la guerre ». Je suis alors affecté au 32e régiment d’artillerie divisionnaire et je deviens orienteur ».

Par la suite, avec son unité, Robert participa à la libération de l’île d’Oléron et à de nombreux combats : « Avant même la fin de la guerre, en avril 1945, j’ai fait quelques temps de classe à Saint-Loup sur Thouré puis, au sein de la 1ère Armée, Rhin et Danube – chère à de Lattre de Tassigny – je suis envoyé en Allemagne pour participer au déminage et à la destruction des bunkers de la ligne Siegfried. Plus d’une fois nos gars ont laissé leur vie dans des champs de mines. Je me souviens en particulier de mon lieutenant, Bonnet, qui est mort alors qu’il transportait des explosifs et des bouteilles d’oxygène dans sa chenillette. Le feu a pris dans le moteur et l’explosion a été terrible. »

 

Le 6 mai 1945, le brigadier Choffé, du 32e régiment d’artillerie de la 10e division d’infanterie de la Première Armée était cité à l’ordre du régiment : « Brigadier à l’équipe d’orientation du groupe, a participé au déminage de plusieurs positions de batterie avec un sang-froid et une compétence remarquable. A toujours été volontaire pour les missions les plus périlleuses en particulier à la pointe de Vallières et dans l’île d’Oléron. La présente citation donne droit au port de la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze ».

 

Robert Choffé : « Après, j’ai fait l’Ecole des Sous-officiers, en Allemagne, jusqu’en septembre 1945. J’ai même participé sur les Champs-Elysées au premier défilé de la Victoire. Puis, pour un certain nombre de raisons personnelles, et parce que j’avais déjà vu pas mal d’horreurs, j’ai quitté l’armée, je suis redevenu un civil et je suis entré chez Renault à Boulogne-Billancourt. Et j’ai oublié ce que j’avais fait ; je n’ai, par contre, j’avais effacé de ma mémoire les images des camarades, leur courage, et parfois leur vie sacrifiée ».

 

Robert Choffé était chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1939-45, titulaire de la médaille militaire, médaillé des combattants volontaires.

 

Le Souvenir Français présente ses plus sincères condoléances à sa famille et ses amis.

 

 

 

Sources :

 

  • Entretiens Robert Choffé, de 2008 à 2018.
  • Documents Archives personnelles de Robert Choffé.
  • Photographie Copyright Souvenir Français Issy-Vanves.

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Publié le 12 Janvier 2020

Capitaine Petit - En Algérie - 2.

Dans les Aurès.

 

« Des rumeurs saugrenues circulent, laissent entrevoir un retour vers notre base d’Arzew. Les rumeurs se transforment vite en déplacement vers un autre grand massif du sud algérien : les Aurès.

 

Le 4 octobre 1960, une grande opération est lancée. Elle porte le nom « d’Ariège » et s’inscrit dans le cadre des opérations de démantèlement des zones refuges rebelles qui ont commencé en 1959 dans l’Ouarsenis puis se sont poursuivies dans le Hodna, en Kabylie et la presqu’île de Collo. Dernière phase du plan Challe, d’importantes opérations sont déclenchées dans les Aurès. La 11e DI, sous les ordres du colonel Langlois, groupe le 3e REI, le 5e REI, le 1er REP, le 1er REC et le 2e REP. Ensemble, ils vont opérer côte à côte durant cinq semaines de durs combats. Plus de 700 rebelles seront mis hors de combat et près de 700 armes saisies. Les opérations de ratissage se succèdent. Les résultats sont là.

 

Dix jours plus tard, nous accrochons une importante bande de rebelles. La compagnie fait face à un ennemi fortement retranché. Mais les légionnaires veulent en finir. Ils montent à l’assaut. De suite, 12 rebelles sont tués. Les 16 et 17 octobre, héliportés à 20 km au sud, nous réussissons avec quelques autres compagnies, à encercler des bandes éparses de fellaghas. Au soir de ces deux journées, 124 ennemis sont neutralisés. Ma compagnie est regroupée à proximité du 3e escadron du 1er REC. Je suis invité à partager le diner à la popote de cet escadron dans un véhicule 6x6 où se trouvent le capitaine Deheurles, le lieutenant Bao-Long, prince d’Annam et fils de Bao-Daï, le lieutenant Morillon (futur général d’armée et commandant des Forces françaises en Bosnie).

 

Après presqu’une année d’opérations sans discontinuer, nous voilà de retour à Arzew : remise en condition, prise d’armes, décorations, repas de corps. En permission du 17 décembre au 2 janvier 1961, je repars pour la métropole. Je passe les fêtes de fin d’année à Grasse et à Nice, en compagnie de ma fiancée, Françoise Desgeorges. Mais ça s’agite là-bas !

 

Le 20 décembre, dans une allocution radiotélévisée, le général de Gaulle a indiqué : « Le Peuple français est donc appelé à dire par référendum, s’il approuve, comme je le lui demande, que les populations algériennes, lorsque la paix règnera, choisissent elles-mêmes leur destin. Cela signifie : ou bien rompre avec la République française, ou bien en faire partie ou s’y associer ». On peut dire qu’à ce moment-là le sort de l’Algérie est clairement défini. Mon régiment est rameuté à Alger pour faire face, une seconde fois, aux événements qui s’y déroulent depuis le discours fameux. En date du 25 janvier, par décret paru au Journal Officiel, je suis promu au grade de capitaine ».

 

Dans le sud oranais – Le putsch.

 

« Le capitaine Roger Mougin, commandant la 1ère compagnie, est muté au Laos. Le colonel Pfirrmann me nomme pour prendre le commandement de cette compagnie.

 

Le 28 février, de graves incidents viennent de se produire à Oran place du docteur Roux où deux femmes européennes ont été brûlées. Appelé à la rescousse, c’est vers 16h00 que le régiment se dirige vers le centre ville. C’est sur les marches du perron du Grand Lycée que Mougin me passe le commandement en présence de l’adjudant de compagnie, puis s’éclipse dans la nuit naissante vers son destin. Le PC de l’EMT1 aux ordres du commandant Camelin, sous les ordres duquel je suis dorénavant placé, s’installe au stade Ben-Yamine Ville-Nouvelle. Habituellement, c’est au cours d’une prise d’armes que le colonel transmet le fanion de la compagnie de l’ancien au nouveau commandant de compagnie. Mais les circonstances ne s’y prêtent guère.

 

La 1ère compagnie patrouille à proximité immédiate de la Grande Mosquée, elle-même toute proche de la place du docteur Roux. C’est vendredi, jour de prière. La cour de la mosquée est pleine à craquer d’individus au coude à coude, aux visages barbus et hostiles. J’envoie dans cette foule la 1ère section forte d’une trentaine de légionnaires, qui se faufile et se trouve aussitôt noyée dans cette masse mouvante, avec le sentiment de ne pas pouvoir agir en cas de clash. Le chef de section, le sergent-chef Wasclulesky, me demande par radio du renfort ce que je fais en dirigeant une autre section vers les lieux. Je m’y rends également avec mon radio, l’infirmier et mon fidèle ordonnance. Il est vrai que dans de telles circonstances, c’est l’angoisse qui vous étreint. Une bavure et c’est le carnage. Aussitôt, je fais sortir mes deux sections de la cour que nous avons sous contrôle de l’extérieur. Des patrouilles et des bouchons sont assurés jour et nuit jusqu’au 3 mars 1961.

 

Nous retournons sur Arzew où nous recevons les félicitations du général Lhermitte, commandant le secteur urbain d’Oran. Début avril, nous faisons mouvement vers la petite palmeraie d’Aïn-el-Orak au sud de Géryville, elle-même au sud de l’Oranais. Notre mission se résume à la surveillance et l’assistance d’un regroupement de près de 6.000 nomades encerclés par un réseau de barbelés. Une entrée et une sortie contrôlée par mes légionnaires. La nuit, c’est patrouille sur la périphérie et embuscade. La plupart de la population masculine est pro-FLN, ce qui coupe court à tous renseignements. Mes hommes sont tous formés à la discipline légion. On ne transige pas sur une faute, aussi sommes-nous reconnaissants dans la rectitude du de voir accompli. Pour résumer : ça tourne rond. J’ai pu constater à plusieurs reprises, lors d’accrochages, l’allant de cette troupe d’élite, qui, sans coup férir, avance au charbon et prend aussitôt le dessus sur son adversaire au mépris de tous les dangers.

 

Le 11 avril 1961, l’Algérie est déclarée Etat souverain. Aussi, le 22 avril, à Alger, c’est le putsch des généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan. Le 1er REP, commandé par le commandant Elie Denoix de Saint-Marc, venu de Zéralda, se place sous le commandement des généraux. L’armée a pris le pouvoir dans l’ordre et la discipline. La population, en liesse, manifeste sa joie, aussi bien parmi les pieds noirs que parmi la population algérienne dont les femmes quittent le voile et défilent dans l’allégresse. Au 2e bureau, des ralliements à la cause française sont enregistrés dans les rangs du FLN.

 

J’écris à ma fiancée : « Ce matin, une grande nouvelle sur les ondes. L’armée a pris le pouvoir en Algérie. Tu t’imagines facilement la joie de cette armée française qui souffrait, qui attendait que quelque chose se passe. Enfin, c’est chose faite maintenant, dans l’ordre et la discipline comme je n’osais l’espérer. Le général Challe est un homme raisonnable, ayant les pieds sur terre. Tu peux être sûre que nous sommes tous derrière lui. Comment t’exprimer tous mes sentiments ? Tout le monde savait que le général de Gaulle traitait secrètement avec le FLN pour lui donner tous les pouvoirs. Tu penses bien que cela ne pouvait avoir lieu. Tu sais aussi quelle était ma position sur ce sujet. Dans les milieux musulmans, ce doit être un immense soulagement. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir ; notre mission de soldat a repris tout son sens, toute sa valeur, c’est une très grande satisfaction morale. Tu peux croire aussi que tous les « plastiqueurs » ou « troublions » de tous acabits seront remis dans le bon chemin. Les grandes choses ne se réalisent pas dans le désordre. L’ordre règne en Algérie. J’ai écouté la radio, celle d’Alger et celle de la France. Le gouvernement raconte des histoires sur ce qui se passe ici. Crois-moi, c’est la dernière chance maintenant. Il faut s’unir, l’armée ne fait qu’un bloc. Comme je te le disais, nombre de musulmans respirent maintenant. Pour moi, la chose est nette, je suis derrière Challe. D’un instant à l’autre, nous sommes prêts à descendre sur Oran ».

 

J’ajoute, deux jours plus tard : « Deux jours déjà, c’est fou ce que le temps passe vite. En commençant cette lettre le 22, je n’ai pu la terminer. Sous les ordres du commandant Camelin, en une heure de temps ce jour-là, nous avons bouclé nos cantines et pris le chemin du nord. Destination inconnue. Nous étions dans la joie. Nous avons quitté notre poste et toute la nuit sur les routes nous avons roulé. A 4h30, le 23, nous sommes donc arrivés à Saïda. La prise de contact avec nos camarades légionnaires du 1er RE, tous du même avis, et tous avec des sourires immenses, l’espoir fait vivre ! Du coup, personne ne s’est couché tellement l’ambiance était bonne. Les discussions allaient bon. Tous derrière Challe ! ».

 

C’est la compagnie portée commandée par le lieutenant Lepivain qui est allée encercler le PC du général Ginestet, lui demandant de se placer sous les ordres de Challe. Mais cette requête n’a pas abouti. Le 25 avril, c’est la reddition de Challe et la fin de l’insurrection. Le 27 avril, le 1er REP est enfermé au camp de Zéralda avec les 14e et 18e RCP. Le 30 avril, les cérémonies pour l’anniversaire de Camerone ne seront pas célébrées à Sidi-Bel-Abbès.

 

Nous regagnons notre poste d’Aïn-el-Orak dans la tristesse. En fin d’après-midi, un incident éclate à la 2e section réunie sous la guitoune. Un légionnaire la menace avec son pistolet-mitrailleur. Mon sang ne fait qu’un tour. Je coiffe mon képi. J’entre. Je m’approche du légionnaire et je me plante devant lui, au garde-à-vous à le toucher. Son arme est sur ma poitrine. Il me vient à penser qu’un légionnaire bien instruit obéit toujours aux ordres de ses supérieurs. Par trois fois, je le somme de se mettre au garde-à-vous et de rendre son arme. Les quelques secondes qui suivent sont longues. Le silence est total. D’un seul coup, il s’effondre et me donne son PM. Un coup de bourdon, le mal du pays, une injustice ? Allez savoir ! Bref, la suite de cette histoire se solde par 15 jours de prison.

 

Le 5 mai, le commandant Camelin rejoint Oran aux arrêts de forteresse. Le lieutenant Lepivain quitte délibérément le régiment et rejoint Alger pour se placer clandestinement dans la mouvance de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète). Le colonel Pfirrmann, également aux arrêts de forteresse, garde son commandement. De retour d’Oran, le colonel nous déclare : « Je me suis rangé derrière le général Challe. Je n’aurai pas voulu que plus tard mon fils dise : « Et toi papa, qu’as-tu fait pour l’Algérie ? ». Je suis pied noir, c’est ma peau. J’ai beau me laver, rien n’y change. Je suis passé dans beaucoup de bureaux. J’ai vu beaucoup de colonels, qui lors du 23 avril me disaient : « Je suis avec vous. Nous sommes avec vous ». Maintenant, ils n’osent plus me regarder. Je préfère être à ma place qu’à la leur. On ne reconnaît plus ses amis ».

 

A Zéralda, le 1er REP est dissous. Tous ses officiers sont aux arrêts. Les compagnies sont dirigées sur Thiersville, encadrées par un officier de chaque compagnie. La route est jalonnée de CRS. La population européenne massée sur le parcours jette des fleurs en signe de reconnaissance. Les légionnaires déchargent leur mitraillette à chaque passage dans une ville. Le 16 juillet, au cours d’une prise d’armes, le lieutenant-colonel Bénézit prend le commandement du régiment en lieu et place du colonel Pfirrmann. Le commandant Colin remplace le commandant Camelin à la tête de l’EMT1.

 

Nous effectuons des reconnaissances. Nous sommes ensuite relevés par une compagnie du 2e REI, commandée par le fils du maréchal Juin. Le régiment n’est plus en odeur de sainteté. Nous sommes parqués le long de la frontière, dans des postes. Les véhicules de train qui d’habitude sont à notre disposition pour tous nos déplacements nous ont été retirés, de telle sorte que le commandement n’a plus à se méfier de nous. Il est vrai que des troubles risquent encore d’éclater. Des rumeurs circulent ici et là comme quoi nous serions sur le point de rejoindre Sidi-Bel-Abbès en vue de constituer une enclave française de fait, comprenant le siège de la Légion et toute la région au nord avec Oran et le port de Mers-El-Kebir. Et les mois passent. Pénibles.

 

Le 30 avril 1962, nous célébrons Camerone dans une ambiance emprunte d’une grande simplicité. Un repas amélioré est servi au mess. Je fais la tournée des sections et bois quelques bières avec les légionnaires. L’un d’eux me saisit mon képi et commence à faire le pitre avec. Arrive le commandant Colin, visiblement ivre. Il hurle « C’est inadmissible ! Un légionnaire ne porte pas le képi de son capitaine. Je vous mets aux arrêts ». Prévenu, le colonel nous reçoit dans son bureau. Ne sachant plus très bien ce qu’il fait, le commandant Colin donne un grand coup de sa canne sur le bureau du colonel et se met de nouveau à hurler. Le colonel n’est pas dupe et me demande de sortir de son bureau, afin d’avoir un entretien particulier avec le commandant. La décision est immédiate : le commandant Colin rejoindra la base arrière d’Arzew en attendant sa mutation hors légion.

 

Retour au quotidien. Nous tuons le temps en inspection de matériels d’équipement, de sports et quelques incursions au Maroc, au-delà du rideau du barrage. Figuig n’est pas très loin. Mon temps de commandement touchant à sa fin, je quitte le régiment fin juin. Le capitaine Savatier est désigné pour me remplacer. Le colonel Bénézit préside la cérémonie. De mes mains, il transmet le fanion de la compagnie dans celles du capitaine Savatier. Musette en bandoulière et car de rouge, adieux la Légion.

 

En permission à Cagnes-sur-Mer chez mes parents, je me marie le 10 juillet 1962 en l’église Notre Dame de Nice avec Mademoiselle Françoise Desgeorges. Ma nouvelle affectation prendra la direction de l’Allemagne à l’état-major du Secteur français de Berlin. Une semaine plus tôt, le général de Gaulle a reconnu l’indépendance de l’Algérie ».

 

 

 

 

Photographies :

 

Ces textes sont issus des mémoires du capitaine Petit, qui nous a fait l’amitié de nous les faire parvenir. Ses mémoires sont d’un seul bloc. Nous les avons sectionnées en plusieurs parties pour des facilités de transposition sur internet. Nous remercions le capitaine Petit pour ce témoignage remarquable et sa confiance.

 

Les photographies des deux articles du capitaine Petit sur sa période algérienne présentent des défilés du 5e REI à Arzew ; des opérations dans les Aurès ; le capitaine Petit ; le cimetière de Tlmecen ; opérations sur la presqu’île de Collo ; la visite du général de Gaulle et de Pierre Messmer ; opérations en Kabylie ; passation de commandement au capitaine Savatier ; les adieux à la Légion.

 

Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.
Capitaine Petit - En Algérie - 2.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 11 Janvier 2020

Capitaine Petit – En Algérie – 1.

Sidi Bel-Abbes.

 

« Le 8 décembre 1958, j’arrive à la « Maison Mère » de la Légion étrangère, sise à Sidi Bel-Abbes. C’est le « Quartier Viénot ». Lorsqu’on y pénètre, on a devant soi la « Voie Sacrée » que nul ne peut fouler, à l’exception de la prise d’armes qui commémore chaque année la bataille de Camerone au Mexique le 30 avril 1863.

 

Au fond est érigé le Monument aux morts, couronné d’une mappemonde flanquée aux quatre coins cardinaux d’une statue rappelant les différents théâtres d’opérations où s’est illustrée la Légion. Arrivant d’une unité régulière, il me faut revêtir les attributs distinctifs. Je vais chez le maître-tailleur pour m’équiper : képi noir, fond rouge, galons d’or, grenade évidée à sept branches, pattes d’épaules, écussons, insigne du régiment…

 

Ainsi paré, je vais me présenter au colonel commandant le 1er RE (régiment étranger), le colonel Thomas qui a qualifié cette visite de courtoisie bienveillante.

 

Le 1er RE représente le lieu commun, le centre administratif par où toutes les nouvelles recrues doivent transiter durant l’instruction de base avant de rejoindre les unités combattantes. De même lorsqu’il s’agit de mutations, fins de contrat. C’est la plaque tournante, la « Portion centrale ».

 

C’est à Arzew que je rejoins le régiment le 8 décembre 1958. Le 5e régiment étranger d’infanterie, qui était jusque là installé sur le secteur de Turenne, vient d’être placé en réserve générale d’opération ici même avec sa base arrière. En effet, dans le cadre du Plan Challe, ont été constituées plusieurs divisions d’intervention, capables d’agir aux quatre coins du territoire. Ce sont la 11e Division d’Infanterie (DI) et la 10e Division Parachutiste (DP) à laquelle le régiment est rattaché. Nous sommes sans fausse modestie la fine fleur de l’armée sur laquelle le commandement va compter pour atteindre ses objectifs : la pacification.

 

A mon arrivée à Arzew, le capitaine Valent, officier étranger d’origine slave, grand seigneur, me reçoit en l’absence du régiment partit le matin même en opération dans la région de la Gada d’Aflou, région d’Aïn-Sefra, dans le sud oranais. Il est chargé de réquisitionner un certain nombre de villas et locaux pour y installer les cadres et les services au retour du régiment. La troupe trouvant son salut sous la tente. »

 

Dans l’Ouarsenis.

 

« Nous sommes fin décembre 1958 et le temps ne nous épargne pas. Ciel bas sur la mer. Vent et pluie traversent l’espace sans discontinuer. Les Oranais convoqués pour la réquisition de leur propriété ne sont pas contents de leur sort.

 

Le régiment remonte bredouille de son opération. Il est commandé par le colonel Gabriel Favreau. Il était auparavant chef de cabinet du maréchal Juin. Il porte un bandeau noir ou blanc sur l’œil droit qu’il a perdu, d’où son surnom « neunoeil ». Dynamique, il en veut et ne nous laissera pas chômer. Présenté, je suis affecté à l’ETM2 (Etat-Major Tactique), commandé par le commandant Edouard Repellin, et à la 9e compagnie, dont le chef est le capitaine Debrouker. Je serai son second. J’ai maintenant mon ordonnance, un légionnaire d’origine italienne.

 

Le 4 janvier 1959, nous défilons sur le front de mer à Oran. Un journaliste a relaté dans L’Echo d’Oran, la prestation du 5e REI : « Clôturant le défilé à pied, le 5e régiment étranger d’infanterie, drapeau en tête, s’avance aux accents de la célèbre marche légionnaire. La foule s’apprêtait à applaudir ces magnifiques soldats lorsque soudain, elle se figea, emplie d’une indéfinissable émotion. Les notes des cuivres et des tambours s’estompaient au loin, et c’est dans un silence étonnamment profond que les hommes au képi blanc, bottés de caoutchouc, passèrent devant les tribunes du front de mer ».

 

Le 16 janvier, nous faisons mouvement pour nous porter dans la région de Frenda. Cela ne donne rien. Les jours suivants non plus. Lever à 5h30, départ dans la foulée et bivouac à 22h. A ce rythme, les « canards boiteux » ne tiendront pas longtemps. Pour ma part, cela me va. Quelques jours plus tard, alors que j’avais envoyé mon Italien chercher un réchaud au camp, il n’est pas revenu. Déserteur ! Il a pris mes vêtements civils. Je l’imagine, allant prendre le bateau pour l’Italie, avec des vêtements civils trois fois trop grands pour lui… Il ne donnera pas de nouvelles. Certains déserteurs ont la gentillesse de nous écrire pour nous dire qu’ils sont bien arrivés et que tout va bien !

 

Les opérations se suivent. Chaque jour nous allons dans les bas-fonds traquer les fellaghas qui se replient. Nous trouvons des infrastructures de repos et de ravitaillement que nous détruisons en attendant mieux. Notre action vise à vider la zone de tous les éléments rebelles, en vue d’installer plus tard des postes permanents de contrôle. Le 25 mars, au cours d’un ratissage, un voltigeur de ma section repère sur le terrain devant nous un fellagha en fuite. Voilà le bougre rattrapé. Il s’avère que cet homme est l’opérateur radio du poste avec lequel il communique avec Oujda au Maroc. Le 14 avril, mon beau-frère, Edouard Bonhoure, affecté au 2e Bureau de l’état-major à Alger me dit par lettre : « Bravo pour ton boulot dans l’Ouarsenis, le zèbre que tu as piqué était extrêmement intéressant et c’est moi qui m’occupais de cette affaire, sans savoir que tu étais à l’origine du coup. Le seul ennui c’est qu’il se passe beaucoup trop de temps entre la capture et le moment où les services techniques peuvent l’utiliser ».

 

Notre dispositif se resserre autour de la zone suspecte. Nous avons repéré une bande de 50 fellaghas. De son côté, la 11e compagnie en a tué 4 et fait un prisonnier. Regroupés à 16h00 aux environs de la Côte 1055, nous nous préparons pour la nuit. Auparavant, nous grenouillons dans les thalwegs situés au nord. Bien nous en prend, car la 1ère section découvre deux abris avec quelques vivres. A son tour la 2e section trouve deux autres niches. Je pénètre dans l’une d’elles et découvre un musulman mozabit (originaire du Mzab et généralement commerçant), les jambes et les bras attachés dans le dos, suspendu par une corde au dessus d’un feu dont il ne reste que quelques braises. Le ventre est plus ou moins carbonisé. Une boîte de médicaments enveloppée d’un papier blanc porte l’inscription « Au frère Si Mohamed, Commandant la Wilaya 4 ». Nous sommes là au cœur du dispositif ennemi. Plus bas, dans le thalweg, de nombreux abris attestent de la présence d’un katiba (compagnie) qui s’est évanouie dans la nature. Notre mozabit, encore vivant, est détaché. Plus tard, il est transporté par un hélicoptère Alouette qui le conduit à Molière, au PC (Poste de Commandement) de la 10e DP pour identification et suite à donner.

 

30 avril : nous fêtons Camerone. 147 rebelles ont été capturés, mais des camarades, des amis, ont offert leur vie au cours de ces combats récents. Notre pensée fervente monte vers eux. Quelques jours plus tard, des hélicoptères nous déposent sur DZ indiquée par le commandement. Mais lors de la deuxième rotation, l’appareil heurte le sol suite à une chute du régime moteur. Nous déplorons 6 morts et deux blessés. Je l’ai échappé belle : à une rotation près…

 

Le 17 et 18 mai, nouvelle action de 48h dans le fief du Commando 54, troupe d’élite rebelle. Le 1er REP (régiment étranger parachutiste) et le 3e REI (régiment étranger d’infanterie) engagés dans la même opération ont accroché les rebelles en fin de matinée. Ils se replient vers notre zone d’action. C’est au tour du lieutenant Alain Ivanoff du 1er bataillon de manœuvrer et donner l’assaut. En pleine action, il tombe frappé d’une balle en pleine tête. Malgré les pertes sévères, les éléments décimés du Commando 54 s’évanouissent dans le maquis inextricable des fonds d’oueds.

 

Le 2 juin, je fais mouvement sur Arzew avec la 4e section de la compagnie et des détachements des autres compagnies pour assister aux cérémonies religieuses et militaires qui vont rendre hommage et adieux aux tués des derniers combats. Le lieutenant-colonel Dubos indique : « Le régiment, une fois de plus hélas, est en deuil. J’ai le douloureux privilège à vous lieutenant Ivanoff, à vous sergent Swanda, à vous les légionnaires Eibl, Palomino et Maier de vous saluer une dernière fois et de vous adresser au nom du colonel Favreau et de tout le 5e Etranger, un ultime adieu. A nous se sont joints des délégations de vos camarades, représentants tous ceux qui, par suite des nécessités opérationnelles impératives, n’ont pas pu venir partager notre peine et vous accompagner dans cette dernière partie de votre chemin sur cette terre. Votre destin est accompli et si votre vie fut brève, elle reste pour nous un exemple et l’idéal d’une vie de soldat ».

 

Les jours suivants nous entraînent dans la région située à l’est de Champlain et au sud de la Petite Kabylie. Durant toutes ces opérations, tous nos déplacements se font avant le lever du jour, pour une mise en place dès l’aurore sur notre base de départ. Dans ces conditions, nous dormons peu, mais nous sommes entraînés au physique comme au moral à faire de tels efforts prolongés. Le 27 juin 1959, le colonel Favreau est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’honneur par le général Gilles, représentant le général Challe. Le surlendemain, le capitaine de Broucker quitte le régiment. La compagnie, sous mes ordres, défile devant le commandant Repellin. Quant au capitaine, il boit, devant la compagnie rassemblée, le traditionnel car de vin rouge et reçoit la musette contenant quelques vivres de route. »

 

Le Hodna et la Kabylie.

 

« Le 6 juillet 1959, nous faisons mouvement dans un premier temps sur Blida, puis dans un deuxième temps sur Tizi-Ouzou. En réalité, nous avons été détournés vers les Monts du Hodna au sud de Bordj-Bou-Arredidj, cette destination ayant été tenue secrète jusqu’au dernier moment pour ne pas alerter nos adversaires. Les opérations « Jumelles » et « Etincelle » viennent de débuter. Elles consistent en de grandes opérations visant à encercler l’ennemi et l’anéantir. Avec d’autres unités de la 10e DP, durant onze jours, sur les pentes pré-sahariennes, nues, ravinées, inhospitalières, surchauffées par un soleil de plomb, nous avons découvert une importante base arrière, stocks de matériels divers : machines à coudre, tissus, vivres, chaussures, appareils de soudure…

 

Après quelques jours de terrain, nous voilà au repos au Bordj-R’dir. Souffrant d’une douleur intense a la mâchoire depuis plus jours, je me rends à l’infirmerie pour me faire soigner. Je demande le dentiste. Un certain bipède mal coiffé me dit qu’il se trouve au mess. Je lui demande d’aller le chercher. Ce dernier revient après un moment et me répond qu’il ne peut être dérangé, étant attablé ! Mon sang ne fait qu’un tour et j’indique au pauvre garçon que désobéir à un officier de la Légion est une faute extrêmement grave. L’aspirant dentiste arrive enfin. Je lui demande de m’arracher cette molaire qui me fait souffrir. Il se saisit d’un instrument et d’un geste bref et convaincant il s’exécute. Soulagé, mais endolori, je le quitte avec mes remerciements.

 

Le terrain est difficile à pénétrer. Nous devons prendre position, voir sans être vu. Enfin, le 19 août, nous repérons 11 fellaghas. Je fais mon compte-rendu et demande l’appui d’autres compagnies. Une heure plus tard, une compagnie est héliportée. Nous progressons. Les fellaghas refluent. Dans leur retraite, ils passent dans la zone de ratissage de la compagnie voisine. Dix d’entre eux sont tués ou faits prisonniers. Le n°150 de Képi Blanc (octobre 1959) relate l’affrontement : « La 12e compagnie du capitaine Frigard qui déjà depuis six jours grenouille dans la zone de refuge de Bounaaman, est en déplacement. Il est 12h30. Dans un terrain boisé, au relief accidenté, la 1ère section commandée par le lieutenant Lambert, aborde un village abandonné. Tout à coup, le tir des armes automatiques retentit. Parmi les maisons en ruines, un rebelle tente de s’enfuir. Blessé, il tombe mais se relève et se laisse glisser dans un ravin. La section s’élance aussitôt. Mais que se passe-t-il ? Derrière une murette deux mains agitent un mouchoir blanc. Puis, le silence régnant, deux têtes émergent, une femme et un homme, Monsieur et Madame Dubois de Dunilac, ressortissants suisses, installés en AFN depuis des années, prisonniers des rebelles depuis deux mois. Ils étaient gardés par deux rebelles armés de fusils de chasse. Le gardien blessé est retrouvé, ainsi que son fusil, le second reste introuvable ».

 

Je pars en permission pendant le mois de septembre 1959. La joie de se retrouver chez soi. De voir ses parents.

 

De retour en Algérie, je passe le commandement de la compagnie au capitaine Derréal, non sans regret. Je suis affecté auprès du commandant Repellin à l’EMT 2 en qualité d’officier de renseignement. Le commandant donne une soirée au cercle à Sidi-Bel-Abbès. J’y rencontre Olivier, lieutenant au 1er REC (régiment étranger de cavalerie) et Françoise. La soirée s’éternise jusqu’au lever du jour. Un ingénieur américain, venu étudier l’emploi des hélicoptères, qui ne jure que par la Légion, finit par rouler sous la table. Ah « The Foreign Legion » il s’en souviendra toute sa vie ! Il y a là aussi le général Gardy, inspecteur de la Légion, qui danse sans arrêt. Sa spécialité est de mettre sa main droite sous le sein gauche de sa partenaire, d’où le surnom qui lui est donné de « masse au sein ». Ceci pour la petite histoire… »

 

 

Dans la presqu’ile de Collo.

 

« Nous quittons Arzew le 1er novembre 1959. La presqu’île de Collo, 1.525 km², est un massif épais dont la tête est le Ghoufi qui culmine à 1.183 mètres. Les trois-quarts de ces djebels abrupts sont couverts de chênes liège. Cette zone incontrôlée depuis fort longtemps, est le siège d’une implantation du FLN, servant à la fois de transit et de repos pour les unités infiltrées depuis la Tunisie. La forêt de chênes cache sous ses frondaisons un maquis touffu, impénétrable, quelques rares pistes.

 

Le chêne liège n’est plus exploité depuis des années. Ce sont deux sociétés qui, en temps ordinaire, récoltent près d’un million de quintaux transformés en 22 millions de bouchons, vendus à l’URSS. Aujourd’hui, c’est l’armée qui assure la sécurité des chantiers. Plusieurs opérations ne donnent aucun résultat. Les fellaghas ne souhaitent pas nous rencontrer. Il va falloir agir par petits groupes pour ne pas attirer l’attention.

 

Le 24 novembre 1959, une équipe d’officiers du régiment part en reconnaissance sur la frontière tunisienne. Je rate mon frère Stéphane de peu. Il se présente à la popote des sous-officiers de Bône, où nous étions la veille. Nous passons de poste en poste. Le colonel nous a expliqué l’organisation de son secteur et le ratissage en cours. Le 27, par la piste qui longe le barrage électrifié, nous rejoignons Ouenza. La nuit précédente, une bande de fellaghas a forcé le barrage. Le bouclage est en cours. Rendus au PC opérationnel, nous apprenons que ladite bande est encerclée. Le premier bilan fait ressortir 45 tués et 69 prisonniers ! Finalement le nombre de tués se monte à 145. Armement pris en conséquence. C’est un échec total pour le FLN qui voulait, en franchissant le barrage, faire bonne impression avant la session de l’ONU. En fait, il existe deux réseaux électrifiés. Le premier longe grosso-modo la frontière. L’alerte est donnée en cas de franchissement. C’est alors que le second réseau en retrait de quelques kilomètres est mis sous tension. C’est dans cet espace que les rebelles sont pris et ne peuvent en sortir.

 

Retour sur nos cimes à Collo. Noël approche. Les opérations de nettoyage se multiplient, refoulant nos adversaires dans leurs derniers retranchements possibles. Comme le veut la tradition, chaque section prépare sa crèche qui sera ensuite évaluée. Les trois sections ayant obtenu le meilleur classement seront récompensées. La neige tombe abondamment.

 

Le 26 janvier 1960, n’ayant pas de commandement particulier, j’ai obtenu une permission de 15 jours pour me rendre à Alger. Cependant, la situation est très tendue sur le plan politique. Des troubles ont éclaté à Alger et Constantine. Très occupés par nos activités opérationnelles, nous ne sommes pas toujours au courant de ce qui se passe dans les hautes sphères. En réalité, le général Massu a été limogé de son commandement après la création des comités de salut public. Cette nouvelle n’a pas été acceptée des partisans de l’Algérie française qui ont réagi comme on va le voir.

 

Arrivé à Constantine où je dois prendre mon train, une grève immobilise tous les moyens de transport. Le 1er REC a été dépêché la veille en vue du maintien de l’ordre. Mon ami Olivier est aux portes de la ville avec son escadron. Nous suivons à la radio le déroulement des événements. Les manifestants crient « A bas de Gaulle » et réclament l’intégration de l’Algérie à la France. Le lendemain je fais le trajet vers Alger en jeep. Je me rends chez des amis. Inutile de dire combien notre cœur souffre.

 

A Alger, c’est l’insurrection. En effet, dès le 23 janvier, le député Pierre Lagaillarde a occupé avec 30 hommes la faculté boulevard Laférrière, suivi par un grand nombre de pieds-noirs des unités territoriales (5.000) groupés autour de la Grande Poste. Le 1er REP et le 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes) ont été rameutés en ville pour maintenir l’ordre. Des tirs sur les forces de l’ordre ont fait 14 morts dans les rangs de la gendarmerie mobile et 9 morts parmi les civils musulmans. Lagaillarde, sur les barricades, indique : « Nous résisterons jusqu’au bout, dussions-nous mourir. Nous ne voulons que l’intégration de l’Algérie à la France. Luttons tous ensemble pour l’Algérie française ». D’autres régiments arrivent en renfort, à commencer par le mien, 5e REI. La situation se détend peu à peu quand il apparaît que la troupe ne tirera pas sur la foule et que la fraternité se soit établie avec les unités territoriales. Le 1er février 1960, le siège des facultés est levé.

 

Mes amis pleurent de rage. Pour ma part, je veux m’en tenir au discours du général de Gaulle : « L’autodétermination, une fois la pacification terminée ». Il n’empêche, son discours a bien évolué : du « je vous ai compris » le 4 juin 1958, il est devenu le 16 septembre 1959 : « trois solutions : la sécession, la francisation, l’association ».

 

Le 3 mars 1960, le général de Gaulle fait une nouvelle « tournée des popotes ». Outre la présence des tous les officiers du régiment, ont fait le déplacement tous les officiers de la 13e demi-brigade la Légion étrangère. L’arrivée du chef de l’Etat est précédée de celles du général Hubert, commandant la 11e DI, du général Gandoet, commandant le corps d’armée, du général Challe, commandant en chef, du ministre des Armées, Pierre Messmer, et enfin de Monsieur Delouvrier. Sept autres hélicoptères, de type « banane », transportent des « mouches du coche »…

 

De Gaulle arrive enfin. Tout le monde au garde-à-vous. Nous sommes là, autour de lui. Il écoute l’exposé de la situation militaire et les résultats obtenus par le général Challe, puis nous indique : « Nous n’abandonnerons pas l’Algérie. Il n’y aura pas de Dien-Bien-Phu en Algérie. C’est de la fumisterie que de penser à l’indépendance de l’Algérie. Le FLN ne veut pas d’un cessez-le-feu. Votre mission reste de combattre et de lui prendre ses armes, puisqu’il ne veut pas les déposer. Il est absolument impossible de dire aujourd’hui ce que sera l’Algérie de demain. L’Algérie française, ce sont des mots et l’avenir d’un pays ne repose pas sur des mots. Le problème de l’Algérie sera définitivement tranché après la victoire de nos armes et par les Algériens eux-mêmes ».

 

Dans les semaines qui suivent, nous recommençons nos ratissages. Mais ils ne donnent rien. Seules des traces prouvent le passage de fellaghas. Au régiment, le colonel Favreau passe la main au colonel Pfirrmann. C’est un dur à cuire, un « marche ou crève ». Vieux grognard, il a commencé comme simple légionnaire et a gravé tous les échelons. Ce qui par ailleurs est remarquable. Malheureusement, son langage est émaillé de grossièretés sans nom. La cérémonie passée, nous continuons nos opérations. Eté 1960, nous remplaçons les harkis – ils ne sont plus du tout en sécurité – pour rassurer les récolteurs de liège.

 

Le commandant Repellin nous quitte. Il est remplacé par le commandant Buzy-Debat. Il a comme adjoint le capitaine Maestrali, qui vient de nous arriver de Madagascar. Je suis attaché à ce dernier en tant qu’officier de renseignement ».

 

Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.
Capitaine Petit – En Algérie – 1.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 5 Janvier 2020

Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.

Reconnaissance à El Barka.

 

« Le 3 octobre 1957, une opération est montée pour reconnaître le terrain jusqu'à la frontière face à El Barka. Le groupement chargé de cette mission sous les ordres du Lieutenant Leproust est composé de trois pelotons de la 1ère l CSPL et du 4éme peloton de la CMA (compagnie méhariste des Ajjer) sous mon commandement.

 

Le Lieutenant Post à la tête de son peloton d'AM M8 ouvre la marche de la colonne. Arrivé dans la zone frontalière, tandis que les AM se déploient en ligne face au mouvement de terrain qui lui fait face, un avion d'observation MD 315 venu de Djanet nous épauler est vivement pris à partie par un grand nombre de rebelles installés sur les crêtes à droite du dispositif. Les salves des tirs de fusil crépitent, une balle perce un réservoir de l'avion qui retourne hâtivement à Djanet.

 

Les autres pelotons simultanément se sont déployés en ligne. Le peloton Post tire au canon de 37 des obus perforants sur la mechta du Caïd d'El Barka qui se détache sur la crête. Les obus traversent les parois sans dégâts apparents. Le Caïd qui se trouve à l'intérieur surpris par les événements prend la fuite dans sa voiture en direction de Ghat. Mon peloton s'est déployé à gauche du peloton Post et nous marchons maintenant dans la palmeraie d'El-Barka. Les rebelles très nombreux sur les crêtes au début de l'accrochage ont reflué en désordre puis se sont repliés en totalité vers El-Barka et Ghat.

 

Devant mon peloton, après quelques coups de feu, c'est le vide total. Nous trouvons abandonné dans la palmeraie le « guèche » (les affaires) d'une dizaine de rebelles touareg qui n'ont pas eu le temps de les emporter. Dans l'un des sacs, mêlé aux vêtements, un Coran gainé de cuir contient un reçu au nom de Corsera Ben Mohamed daté du 17/05/1942, établi par les autorités italiennes locales de l'époque.

 

Dans le secteur couvert par le Lieutenant Post, on dénombre 1 rebelle tué, 1 fusil récupéré et des documents relatifs à la destruction des camions Devicq. Nous sommes maintenant bien engagés en Territoire libyen et ne pouvons aller plus loin. Le Lieutenant Leproust donne le signal du retour, il est environ 13h00.

 

L'avion de reconnaissance qui avait été atteint par une balle est rentré sans encombre à Djanet. En fait, le réservoir percé n'était autre qu'une réserve d'eau. Si le bilan n'est pas spectaculaire, cette opération chez l'adversaire aura une portée psychologique très importante.

 

Dix jours plus tard quelques rebelles sont venus sur les crêtes du Tassili à 7 km nous harceler au mortier de 81 m/m. Au début nous avons été surpris d'entendre des explosions dans l'oued à environ 2 km devant nous. Il ne nous a pas été difficile de situer l'emplacement de tir sur la crête à 4 km au-delà des premiers impacts. Immédiatement notre fameux canon de 75 m/m est mis en batterie. Le premier coup fait mouche dans la zone prévue à 7 km, suivi de trois autres coups étalés en distance. Simultanément un groupe de combat s'élance en doge 6x6 pour aller au résultat.

 

Dans la zone d'impact de nos obus le sergent Pinel trouve abandonnés sur le terrain un goupillon, des relais de poudre et autres accessoires témoins de la fuite éperdue des servants du mortier. La situation s'est rapidement dégradée ces derniers jours. Les deux pelotons méharistes de la compagnie et un peloton à pied de la 1ère CSPL ont pris position sur le plateau du Tamrirt en vue d'intercepter une bande rebelle venue tenter un gros coup sur Djanet contre les français. Une quarantaine de rebelles ont rebroussé chemin sous la poussée de nos trois pelotons qui ont finalement rejoint Tin-Alkoum le 19 octobre.

 

Le Capitaine Marchand à l'issue de son temps de commandement est remplacé par le Capitaine Martin qui sera lui-même remplacé par le Capitaine Reffas un mois plus tard le 30 novembre 1957. A la suite de la tension sur la frontière libyenne, il a été créé un secteur opérationnel de Hadamard en Tunisie à Mezzanine, dont le PC est à Fort Polignac sous le commandement du Lt-colonel Devisse.

 

Des mesures sont prises pour activer la mise en place de la SAS de Tin-Alkoum. Le 27 octobre une équipe de forage arrive à Tin-Alkoum et perce en une semaine un puits dans la roche pour atteindre 30 mètres plus bas la nappe phréatique. Et quelle joie de voir à l'aide d'une motopompe couler cette eau millénaire, abondante fraîche et pure. Le Lieutenant Bert a bon espoir pour l'installation d'une baraque Fillod ces jours prochains. En attendant, ses touaregs ont construit quelques zéribas. Le calme est revenu dans les Ajjer et les quelques touareg dissidents sont allés déposer les armes à Djanet. Les reconnaissances tous azimuts sont associées aux trois lettres RAS du compte-rendu quotidien. »

 

Retour à Djanet.

 

« Avec mon peloton nous rentrons à Djanet le 11 décembre après 3 mois 1/2 d'absence. A Djanet je retrouve la civilisation, une palmeraie magnifique, le bordj « Fort-Charlet » qui abrite le PC de la compagnie. A côté du mess, j'ai une chambre avec quelques affaires personnelles, y dormir ? J'y étouffe. Le grand air, la belle étoile, quand même, c'est merveilleux !

 

Le 22 décembre 1957 je vais en reconnaissance dans la région de Fort Gardel et du djebel Tazat en liaison avec le 1er peloton méhariste. Le Lieutenant Brossollet qui vient d'arriver à la compagnie prend le commandement de ce peloton. Dans les Etats-Majors, à la lumière des événements, on projette le remodelage des compagnies méharistes sur un nouveau type :

 

  • 2 pelotons méharistes de 70 hommes chacun,
  • 2 pelotons portés de 45 hommes chacun,
  • 1 peloton de commandement et des services, l'ensemble comprenant 45% de français.

 

De tous temps, on a soigneusement équilibré les effectifs touaregs et chaamba dans les pelotons. Ces 2 communautés rivales sont la garantie de la stabilité. En effet, lorsqu'il se trame quelque chose d'anormal chez les touaregs, le renseignement vous parvient par l'intermédiaire d'un chaambi et vice-versa. Aujourd'hui le moral des troupes est tombé très bas. Les chaamba sont maintenant beaucoup plus travaillés par le FLN qu'il y a quelques mois. Propagande anti-française, mot d'ordre, appel à la guerre sainte, rébellion, sont à l'ordre du jour. Est-ce pour cette raison que les pelotons portés seront renforcés à 45% de français ? Oui, car les pelotons portés sont composés en presque totalité de chaamba et les laisser ainsi serait extrêmement dangereux.

 

La dernière semaine de janvier le Général Malagutti, Inspecteur général de l'infanterie est venu à Djanet visiter la compagnie. Avec le Capitaine Reffas nous l'avons accompagné jusqu'à Fort Gardel où sont rassemblés les 2 pelotons méharistes. Depuis 1937, les méharistes n'avaient pas vu un général. Le lendemain le Général se rend aux postes de Tin-Alkoura et Arrikine, puis rejoint Fort-Polignac. Le Général fait bonne impression, par son allant et sa bonne humeur, un peu aussi par son paternalisme.

 

Deux jours plus tard, nous recevons à Djanet, venant de Tamanrasset, Monsieur Raymond Cartier et sa femme ainsi qu'un journaliste prétentieux et snob, Monsieur Chargeleygue et le célèbre photographe parachutiste Camus. Toute cette équipe effectue un long périple saharien dans le but de se forger une opinion sur l'avenir de la France dans ce pays. A la popote la discussion s'anime entre nous (les officiers) et eux (les journalistes). Un conseil, méfiez-vous des journalistes. Votre interprétation des faits n'est pas là leur. Ils vous posent beaucoup de questions et vous poussent dans vos derniers retranchements. Le médecin Lieutenant Morvan « ce breton aux yeux bleus » laisse parler son cœur patriotique et s'insurge contre toute arrière pensée qu'il serait possible qu'un jour... la France ne puisse plus continuer à soutenir à bout de bras une Algérie sans ressources, à moins que la mise en valeur du Sahara ... puisse faire changer les choses. Pour Raymond Cartier, il déclare sans ambages que son analyse est économique. C'est une question d'argent. Le Sahara peut-il subvenir aux besoins de l'Algérie et de son développement ? Sous-entendu les richesses du sous-sol. Evidemment je n'avais jamais envisagé le problème de l'Algérie sous cet angle. Mais quoiqu'il en soit pour nous (les officiers) l'Algérie doit rester française.

 

A compter du 15 février, nous nous sommes rendus, le Capitaine Rossi et mon peloton à Fort-Polignac via Tarat (1200 km aller et retour). A la suite des pluies sur la cuvette de Tarat, les pâturages sont arrivés à maturité. Toute la population des Ajjer est là avec les troupeaux pour le grand repas. Monsieur Max Lejeune, ministre du Sahara, est attendu à Djanet à la fin du mois. Le Capitaine Rossi prépare cette visite avec soin, car le ministre doit donner l'aman aux touaregs qui se sont ralliés récemment en déposant les armes.

 

A nouveau, le 27 février 1958, je rejoins Arrikine. Ici c'est le grand calme. Aucun passage ne vient troubler la quiétude des lieux. Seuls quelques chameaux errants dont on relève les traces sont la manifestation de la vie autour de nous. En reconnaissance dans l'oued Djerane le 27 mars à 75 km au sud, oued sauvage et grandiose, encaissé entre des falaises abruptes et très étroites, nous avons rencontré un pauvre campement de touareg libyens, deux femmes, un bébé, les hommes à notre arrivée se sont enfuis, des traces dans le sable indiquent la direction qu'ils ont prise. Où étions-nous nous-mêmes ? En Libye ? Allez savoir !

 

Cette fois-ci nous avons fait une nouvelle incursion dans l'oued Arrikine le 7 avril, jour de Pâques, toujours en direction de la Libye. Après avoir parcouru 40 km nous sommes arrivés devant un obstacle de pierres en travers de l'oued à un endroit très resserré. Cette barrière symbolique vient d'être placée par quelques rebelles, pour matérialiser la frontière. L'oued est grandiose avec ses chandeliers rongés aux formes bizarres, ses grottes imprévues, ses escarpements et ses couleurs. Ah! ces couleurs ! Du marron foncé au marron clair avec tous les intermédiaires du rose mélangés qui offrent des tons cuivrés. Oui, cette barrière symbolique dérisoire au fond d'un oued perdu où personne jamais ne passe nous rappelle la présence des rebelles au-delà de cette limite et qui n'ont pas désarmé. En effet les renseignements qui nous parviennent témoignent à nouveau de la présence à Ghat d'une forte bande rebelle et la menace d'une attaque en force sur nos installations resurgit. Aussi multiplions-nous les reconnaissances.

 

Le 11 avril, je suis avisé par radio de la visite d'un officier supérieur de l'EM des Territoires des Oasis à Ouargla. A l'heure convenue, je suis au terrain de Tazaït à une demi-heure d'Arrikine pour l'accueillir à sa descente d'avion et le mener au poste que nous occupons. Ce poste est situé sur un mouvement de terrain qui s'étend en demi-lune au confluent des oueds Arrikine et Essayene. Il domine toute la région d'une trentaine de mètres.

 

Aucun convoi ne peut passer sans être vu. L'officier supérieur me demande s'il serait opportun de construire ici des blockhaus équipés de canons de 105 pour interdire totalement le passage. Je demande simplement à cet officier de regarder avec moi le terrain, le confluent des oueds ici compte plus de 15 km de large. Il suffit de passer au-delà de la limite de portée des canons pour ne pas être inquiété. Par ailleurs, baser la défense du Sahara à partir de blockhaus, me semble une ineptie totale. Au contraire c'est par la mobilité et la surprise que l'on pourra le mieux intercepter l'adversaire avec un armement plus performant que celui dont nous disposons. L'Officier supérieur a repris son avion à Tazaït dans l'après-midi en direction d'Edjelé, Flatters et Ouargla, emportant avec lui mes convictions.

 

En ce 19 avril, c'est la fin du Ramadan mais l'ambiance n'y est pas. Les mots d'ordre du FLN ont infiltré la compagnie. Les relations ne sont plus les mêmes, les regards fuyants sont les signes d'un malaise profond. Le 21 avril, je suis de retour à Djanet, le Capitaine Reffas étant en permission, je commande la compagnie. Le Capitaine Rossi, chef d'annexe me confie une mission particulière ».

 

Missions particulières.

 

« En effet, le dimanche 27 avril 1958, je quitte Djanet à 5h00 du matin avec deux véhicules Dodge 6x6 et une douzaine d'hommes dont cinq français, cinq chaamba et deux touaregs. Ces deux derniers connaissant bien la région où nous allons nous rendre.

 

Dans un premier temps nous allons à la rencontre des deux pelotons méharistes dans l'oued Ounane. La mission confiée par le Capitaine Rossi consiste à me rendre au nord-ouest d'Ounane où se trouve actuellement un nommé x.... touareg originaire de l'Aïr (à 1.000 km) venu de Kidal au Niger, une sorte de marabout, qui passe de campement en campement, prêchant la dissidence, la rébellion contre la France, semant le désordre. Il s'agit donc de retrouver ce personnage pour ensuite le conduire à Serouenout en direction de Tamanrasset où il sera pris en charge par un peloton porté de la compagnie méhariste du Hoggar qui le conduira par relais successifs dans ses foyers au Niger.

 

Mais comment retrouver un homme sur un territoire aussi vaste qu'un département où rien ne dit qu'il soit là plutôt qu'ailleurs. Cette marche d'approche s'est pourtant faite en douceur après de multiples contacts pris auprès de nomades aux environs d'un puits, dans un campement qui nous avait été signalé et où l'homme était passé ! Enfin au bout d'une matinée à remonter la piste, nous sommes arrivés dans une cuvette avec en face de nous deux lignes de thalwegs qui se rejoignent et forment un Y. A gauche, derrière ce mouvement de terrain aux formes molles, 1 km environ, c'est là. Il est là-bas dans un campement que l'on ne voit pas.

 

J'envoie pour le chercher et lui dire que je veux lui parler, le caporal-chef Ahmed, un chaamba, accompagné d'un targui- Ils disparaissent tous deux derrière la ligne de crête, puis l'attente commence. Je dispose les hommes restés avec moi en surveillance. Au bout d'un certain temps, ressenti comme relativement court, je vois revenir à moi mes deux émissaires accompagnés de l'homme recherché, qui vient me saluer militairement. Je lui signifie sans ménagement ni aucune explication que je dois le conduire à Sérouenout. A-t-il des affaires à prendre au campement ? Rien me dit-il. Aussitôt embarqués nous avons pris la piste et avons roulé jusqu'au soir. A Sérouenout nous attendait le peloton venu de Tamanrasset. Le prisonnier une fois transféré, nous avons formé le carré pour la nuit à quelques kilomètres de là avant de rejoindre Djanet le lendemain dans le courant de l'après-midi.

 

Seuls, les marabouts peuvent se déplacer sans autres aides que celle de l'hospitalité, c'est pourquoi cet homme respecté en tant que personnalité religieuse avait beaucoup d'influence sur les nomades.

 

Les intentions du FLN dans notre secteur en ce mois de mai 1958 ne semblent plus axées sur des actions d'envergure, mais plutôt sur des actions de harcèlement partout où cela est possible. Les permissions sont suspendues. Si de Gaulle reprend le pouvoir, l'unité peut se faire autour de lui. Quoiqu'il arrive, l'Algérie veut rester française, l'enthousiasme de ces derniers jours à Alger et partout ailleurs le prouve. A la mi-mai, avec le médecin Lieutenant Morvan, le breton aux yeux bleus, nous nous rendons à Issalane à 200 km nord du puits d'In-Azzaoua au devant du peloton Brossolet qui s'est rendu dans l'Air (1.000 km) recruter quelques touareg, acheter des naïls, des rahlas et qui maintenant rentre au bercail après plus de 3 mois d'absence.

 

Comme prévu nous faisons notre jonction à Issalane. A l'ombre d'un tahla, par une chaleur torride au milieu des mouches qui sans arrêt tournent autour de nous, nous échangeons nos impressions sur les événements survenus au cours de la période écoulée et la grande aventure d'une randonnée dans l'Aïr avec la traversée du Ténéré. Brossolet a vécu là des heures extraordinaires. Nous avons chargé sur nos véhicules tout le « guèche » (toutes les affàires) acheté dans l'Aïr pour soulager au maximum les chameaux très fatigués après ce périple de plus de 2000 km. A l'aube du quatrième jour après notre liaison à Issalane, le peloton Brossolet fait son entrée à Djanet.

 

Un message radio expédié d'Arrikine par le Sergent-chef qui commande actuellement le peloton porté en ce lieu m'informe de la désertion d'un jeune chaambi, le plus jeune du peloton. Pour rejoindre Ghat en Libye, il faut parcourir une centaine de kilomètres ce qui n'est pas facile à faire compte tenu des fortes chaleurs en cette période de l'année qui précède l'été. Dès le moment où son absence a été signalée, le Sergent-chef x... Commandant le peloton est parti sur les traces du fugitif retrouvées dans l'oued et remontées sur plus de 40 km. Là, les traces se perdent dans le djebel rocailleux inaccessible aux véhicules.

 

Compte tenu du temps écoulé depuis son départ, il était impossible que le déserteur ait pu atteindre El Barka, l'endroit le plus près pour être à l'abri des recherches. Sur les lieux où l'on perd ses traces, il n'y a aucun point d'eau dans un environnement suffisamment proche pour se ravitailler. Après de multiples recherches l'espoir de le retrouver s'est complètement estompé. Une chose est sûre, il n'a jamais rejoint Ghat. Tout se sait au Sahara, la seule hypothèse sérieuse est celle de sa mort par épuisement, mort de soif, ayant sous estimé la distance à parcourir.

 

Etant arrivé sur les lieux vers 13h00, j'ai aussitôt fait venir à moi le plus ancien des chaamba du peloton, le Caporal Ahmed qui interrogé a dit ne rien savoir sur cette affaire. Bien sûr je suis persuadé que c'est lui l'instigateur de cette entreprise. Je lui fais connaître aussitôt ma décision, lui retirer son arme et son retour immédiat à Djanet avec moi. Ceci afin de créer au sein du peloton un effet surprise, laissant à penser que le coupable était arrêté. Il n'y eut par la suite aucun autre incident de cette nature à déplorer.

 

A la recherche d’un PC fellagha.

 

Le 13 septembre 1958, en permission à Cagnes-sur-Mer chez mes parents, je suis rappelé pour rejoindre Djanet au plus tôt. Le 16 septembre, c'est chose faite après une journée d'avion. Alger 8h00, Ouargla 10h00, à Fort-Flatters 13h15, Polignac 14h30 et enfin Djanet à 16h00. Une quarantaine de fellaghas sont signalés sur le plateau du Tamrirt. Le 23 septembre, à 8h00 un avion JU 52 m'emporte d'un coup d'ailes à Tazaït où il me dépose à 10h00. Je rejoins aussitôt mon peloton à Tin-Alkourn et reprends le commandement du sous-quartier.

 

Sur place, je fais la connaissance du Capitaine Gatti (un ancien officier de Légion) envoyé pour renseigner l'EM 3ème bureau d'Alger sur la situation aux Ajjer.

 

Une nouvelle mission m'a été confiée lors de mon passage à Djanet. En effet, un targui venant de Ghat est venu informer le Capitaine Rossi de l'existence d'un PC fellagha dans les dunes de la palmeraie de Fehouet près de Ghat. La mission consiste tout simplement à anéantir ce PC. Aussitôt avec mon encadrement nous avons constitué le commando chargé de cette mission. Outre le Capitaine Gatti qui nous accompagnera, nous serons six à participer à cette opération : sous mes ordres le Sergent Pinel et quatre appelés du contingent triés sur le volet. Avec nous le guide targui, à l'origine du renseignement, qui nous mènera au but.

Nous sommes partis de Tin-Alkoum en véhicules jusqu'à la frontière devant El Barka une heure environ avant la tombée de la nuit. Les véhicules sont ensuite rentrés avec mission de revenir nous chercher le lendemain matin à 6h00 au même endroit. Dès l'obscurité accomplie, nous nous sommes mis en marche vers notre objectif distant de plus de 20 km. Nous étions équipés très léger, short, chemisette, pataugas, bretelles de suspension supportant les chargeurs de PM et deux bidons d'eau. Pour armement, chacun un PM et deux grenades offensives. Le tout à l'épreuve des cliquetis, aucun bruit métallique ne devait être entendu. Aussi chacun avait-il pris les dispositions adéquates.

 

En septembre, il fait encore très chaud, 40' le jour, 30' et plus la nuit, si bien que notre réserve d'eau était à peine suffisante, mais légèreté et rapidité d'action avaient pris le pas sur le confort. Cette marche d'approche quasiment dans le sable devient très rapidement fatigante, et je ne vous dis pas l'envie de boire ! Le ciel est clair et l'on peut se repérer à l'horizon pour prendre le cap.

 

Avant d'entrer dans la palmeraie d'ailleurs clairsemée et à l'approche du mouvement de terrain où est censé se trouver le PC fellagha, nous avons fait le point sur la façon d'agir de chacun. Nous buvons les dernières gouttes d'eau de notre 1ère réserve. PM armé, prêts à tout, nous sommes repartis avec le guide qui donne la direction. Après avoir passé la dernière ligne de crête, le guide nous fait signe négativement. Il n'y a personne et je constate qu'il n'y a aucune trace d'occupation des lieux. Donc pas de PC en ce lieu auparavant. Le guide nous a-t-il mené en bateau ? C'est un coup d'épée dans l'eau, aussi une grosse déception.

 

Il est maintenant environ minuit et déjà l'on entend le ronron de l'avion d'Air France qui se rend à Fort-Lamy. Ah! Ces voyageurs du ciel savent-ils !... Sans plus attendre nous faisons demi-tour. Durant la première heure nous avons accéléré notre marche de plus en plus difficile à supporter. Dans le sable le pied n'entraîne pas le corps vers l'avant. Il faut marcher plus verticalement que la normale pour que la semelle se pose à plat pour ne pas s'enfoncer dans le sable et riper. A mi-parcours vers les 3 à 4 heures du matin, nous avons tous plus ou moins terminé notre 2ème réserve d'eau et déjà la température nous semblait avoir repris quelques degrés.

 

Au lever du jour, vers 5h00, nous étions arrivés à notre point de départ. Un nuage de poussière au loin du côté d'Essayene nous indique que les véhicules sont en route vers notre point de ralliement, avec un solide casse-croûte, car nous en avons bien besoin. Relevant nos traces, les libyens sont restés longtemps perplexes. En tout cas, ils ont compris qu'ils n'étaient pas à l'abri d'une intervention sur leur propre terrain.

 

Le FLN en infiltrant quelques groupes rebelles pratiquement inoffensifs sur le plateau du Tamrirt tente à nouveau de nous intimider. Une nouvelle opération de nettoyage est entreprise, le 7 octobre, sur le plateau et jusqu'à Essayene. Les fellaghas refluent en Libye où ils sont désarmés par les autorités libyennes (source AI). Le Tassili a retrouvé sa quiétude.

 

Le 25 novembre, de retour à Djanet, j'apprends la mutation du Lieutenant Seznec du 46ème BI, à Berlin, à la CMA, pour me remplacer à compter du 1er décembre 1958. Pour ma part, je dois rejoindre le 5éme REI (Régiment étranger d'infanterie) à Arzew et quitte Djanet le 5 décembre 1958.

 

Photographies et sources :

 

Les photographies des parties 1 et 2 liées au Sahara présentent le bordj Irehir ; la carte d’opérations des méharistes ; présentation des armes au colonel d’Arcimolles ; le fanion ; les méharistes des Ajjer ; le Fort Gardel ; le lieutenant Petit ; le puits d’Idriss ; la région du Tamrirt avec Henri Lhote.

 

Les textes sont issus des mémoires du Capitaine Petit, sous la forme de recueils envoyés au Comité du Souvenir Français d’Issy-Vanves. Nous remercions le capitaine Petit pour sa confiance.

Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 4 Janvier 2020

Capitaine Petit - Au Sahara - 1.

Mr. Dominique Petit a été militaire de carrière. Engagé dans les troupes coloniales, puis dans la Légion étrangère et enfin retour au sein de l’armée de terre, il a vécut le déclin de notre empire colonial. Officier d’active – comme on dit aujourd’hui – il a été envoyé en Indochine alors que celle-ci se détachait de l’Union française. Ensuite, il a été nommé au Sahara français puis a fait la guerre d’Algérie.

En 1962, direction Berlin au sein de l’état-major des Force Françaises en Allemagne puis, plus tard, ce sera une nouvelle mutation au Fort de Vincennes et le départ de l’institution. Alors une nouvelle vie commence, dans le monde de la grande distribution au sein des Docks de France (hypermarchés Mammouth, repris depuis par Auchan). Enfin, vint l’heure de la retraite et le déménagement vers Nice.

 

Retour en Afrique du Nord.

 

NDLR : 1955. Après avoir vécu la fin de l’Indochine française, le lieutenant Petit rentre en métropole pour une permission avant de regagner le Maroc, où est stationné son régiment.

 

« Ma permission se déroule dans le calme. La joie de ma mère de retrouver son fils. Je passe des diapositives sur l’Indochine. Je raconte ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Je raconte aussi ce que la France a fait de bien : les hôpitaux, les soins, les infrastructures… Mais bientôt les gendarmes viennent à la maison me signifier que je dois rejoindre au plus vite mon unité au Maroc. C’est une habitude : les autorités responsables ont besoin d’avoir tout leur monde autour d’eux lorsqu’ils ont eux-mêmes déjà pris leur permission.

 

Nous arrivons à Casablanca le 22 décembre 1955. Je fais route jusqu’à Rabat. Le commandant Bertin me reçoit et me fait part des intentions du commandement : nous devons partir en Algérie nous installer dans la région de Batna, sous la coupe du général Vanuxem (un ancien de l’équipe de chez de Lattre en Indochine).

 

Mon bataillon est maintenant le 2e bataillon du 9e RTM (régiment de tirailleurs marocains). Nous faisons route pour Mostaganem. L’Algérie n’a pas le caractère spécifique du Maroc, ni dans sa géographie, ni dans sa modernité urbaine. On a reproduit en Algérie des bâtiments et des casernes sur le même type qu’en métropole, sans cachet, sans goût. Il est vrai que la conquête de l’Algérie remonte à plus d’un siècle, comparé au Maroc de Lyautey, grand bâtisseur.

 

Nous poussons jusqu’à Tébessa. Là, nous voyons le défilé du 2e BEP du lieutenant-colonel Jeanpierre. Impressionnant. Nous prenons nos équipements puis direction Aïn-Ras-el-Euch à 100 km au sud de Tébessa. Nous nous installons dans un bordj. Dans le même secteur, il y a aussi le 6e RSM (spahis) et un régiment de tirailleurs algériens. Un officier des Affaires algériennes nous signale que parmi les rebelles il y a un ancien officier français. Il s’agit de l’ex-capitaine Tarago. Pour bien comprendre les choses, il faut signaler que Tarago a fait la campagne pour la libération de la France à la 1e Armée (celle de de Lattre). Ancien résistant communiste, il suit un stage en 1947 de mise à niveau à l’Ecole d’Achern, commandée par le colonel Petit (mon père). Il effectue un séjour en Indochine (1950-1952) comme capitaine où il commande une compagnie d’un bataillon de marche du 5e régiment de tirailleurs marocains. Durant son séjour, ayant pris des accords secrets avec le Vietminh local, il simule une attaque contre les Viets au cours de laquelle il incite sa compagnie à passer à l’ennemi. Mais en de compte, il se retrouve seul chez les Viets !

 

Régulièrement, notre bordj est l’objet de tirs en provenance des hauteurs. Désormais, chaque nuit, nous occupons les points élevés aux alentours. Au cours du mois de février 1956, à plusieurs reprises nous sommes harcelés par les tirs ennemis. Le 15, trois de nos tirailleurs désertent avec armes et bagages. Ceux du poste de garde qui n’ont pas déserté restent bouche cousue. En dépit de mesures prises par le commandant, de nouvelles désertions sont signalées.

 

Départ vers Alger. Notre position n’était plus tenable. Me revoilà en France à Marseille, le 10 mars 1956, jour de mes 28 ans ! Après quelques de permissions passés en Italie, j’apprends que je dois rejoindre d’urgence mon unité. Cela devient une habitude ! Mais en effet, mon comandant de compagnie, le capitaine Serghini, officier marocain, est rappelé au Maroc par le sultan Mohamed V. Je repars prendre la tête de la 7 Cie du 2e bataillon du 9e RTM. Ne voulant entretenir une troupe de balayeurs, je dépose, non les armes, mais une demande de mutation pour servir de nouveau en Algérie, là où se fait l’Histoire. Après un premier refus, mon dossier est finalement accepté par la DPMAT (Direction du Personnel de l’Armée de Terre) au sein de la Compagnie méhariste des Ajjer dont le PC est à Djanet aux confins de la Libye et du Niger. J’exulte ! »

 

Au sein de la Compagnie méhariste des Ajjer.

 

« Rien ne serait comme avant depuis que les troupes françaises installées en Libye et composées pour la plupart des compagnies sahariennes portées de la Légion étrangère avaient quitté le Fezzan par décision de l'ONU le 20 novembre 1956, pour s'installer au Sahara.

 

Le territoire ainsi évacué va permettre aux rebelles algériens d'envisager de développer des activités beaucoup plus importantes que par le passé, pour le soutien de la rébellion en territoire algérien : passage d'armes au sud de la Tunisie, infiltration de troupes et pourrissement de la population, implantations de bases stratégiques et de soutien aux points clés de la frontière, dont Ghat qui ne fut évacuée que le 5 décembre 1956. Tout le matériel et les biens que nous possédions dans cette garnison avaient été transportés en camions jusqu'à Djanet par la piste, via Tin-Alkoum et Arrikine, dont deux vieux canons de 75 datant de 1939 et les munitions correspondantes. Seul était resté à Ghat, en accord avec les autorités libyennes, le médecin français au titre de l'assistance médicale auprès de la population civile.

 

En cette fin d'année 1956, j'étais avec mon peloton méhariste dans la région de Fort Gardel et m'apprêtais à faire mouvement vers lherir. J'écrivais le 28 novembre à ma tante Simone ce qui suit : « Je t'adresse ces quelques lignes car je sais qu'elles te feront plaisir sachant que tu aurais peut-être aimé venir dans ce beau pays. Je suis actuellement avec mon peloton à Fort-Gardel à 150 km nord-ouest de Djanet. Voilà 1 mois que nous y sommes arrivés et déjà je songe à quitter ce lieu pour remonter plus au nord. Fort-Gardel est un endroit favorisé en ce sens qu'il y existe sept puits, une trentaine d'habitants qui cultivent de maigres jardins et aussi quelques zones de pâturages pour les chameaux. La région est très pauvre, comme toute l'Annexe du Tassili des Ajjer qui compte 5.000 habitants pour 382.000 km2. Sur ces 5.000 habitants, 2.000 sont fixés à Djanet et 1000 à Fort-Polignac. Il reste donc 2.000 nomades à se partager le reste du territoire. Ils sont d'ailleurs localisés dans les régions montagneuses plus riches au point de vue, de l'eau et des pâturages pour chameaux et chèvres.

 

La région Dider-lherir où je vais bientôt me rendre est un centre nomade assez important. J'ai sous mes ordres 47 méharistes dont 3 sous-officiers, 2 français, 1 targui et des chameaux, nos véhicules. J’en ai 63 plus ou moins en bonne forme mais, dans l'ensemble, assez forts pour remplir le travail demandé. En cette période de l'année où la chaleur est tombée à 25° de l0h30 à 17h30 et 4° la nuit, les bêtes ne vont à l'abreuvoir que tous les 8 jours au lieu de 3 à 4 jours l'été, ce qui nous permet de parcourir des distances importantes sans s'inquiéter du ravitaillement en eau pour les chameaux. Ainsi en 8 jours on pourrait facilement parcourir 400 km et dans la région qui m'occupe, les points d'eau sont beaucoup plus rapprochés entre eux que cette distance. La montagne recèle un nombre incalculable de « guelta », cuvettes de 3 à 15 mètres remplies d'eau de pluie et cette eau se conserve presque indéfiniment.

 

Je mène donc une vie nomade, mes affaires sont réduites au minimum, une cantine avec quelques effets de rechange, une petite caisse servant de bureau, un tapis, deux couvertures, une djellaba, un burnous, deux mezoued (grand sac de cuir en peau de chèvre) de fabrication locale dans lesquels se mettent diverses affaires et qui s'accrochent aux flancs du chameau, et la rahla (selle). C'est tout et la vie est belle. J'oubliais le calme reposant et l'horizon où la vue se perd, les masses noires des rochers immenses et les dunes roses, le ciel bleu. La nuit, les étoiles qui sont également nourriture de l'esprit.

 

Voilà ma chère tante, crois bien que je ne t'oublie pas ».

 

« C'est le 8 décembre 1956 que nous avons fait mouvement vers lherir, petite vallée perdue du Tassili où s'étale sur un kilomètre une jolie palmeraie au pied de laquelle circule une eau claire et transparente arrivée là par je ne sais quel repli du sous-sol ! Un bordj en torchis a été construit ici par nos anciens. Le coin est fort agréable et l'on comprend pourquoi il a été choisi comme résidence d'été par l'Amrar, le chef, des touareg Ajjer ».

 

Mission sur les hauteurs de Ghat.

 

« Le 11 décembre, vers 16h00, lors de la vacation radio avec le PC à Djanet, je reçois la mission suivante :

1 / Me rendre dans les meilleurs délais à hauteur de Ghat.

2/ Etudier tout en respectant les limites frontalières, l'implantation d'une batterie de canons de 105 permettant d'atteindre Ghat et la palmeraie.

3/ A partir d'Essayene relever l'itinéraire permettant l'accès à l'emplacement de batterie.

 

L'idée du commandement était de faire peser la menace de nos canons sur Ghat afin de dissuader le FLN d'intervenir chez nous. A vol d'oiseau Ghat n'est qu'à 80 km de Djanet. Aussitôt avec le sergent-chef Cabrol, mon adjoint, nous préparons cette expédition. Le sergent Ag-Khan m'accompagnera avec 13 méharistes, 6 chaamba et 7 touaregs et le 1ére classe français Magnin, radio. Le reste du peloton sous les ordres de Cabrol rejoindra Fort-Gardel.

 

Après avoir réparti les vivres et rassemblé les chameaux, nous avons pris la piste qui emprunte le plateau du Tassili en direction d'Essayene. Nous parcourons ainsi plus de 400 Km en 9 jours dans des conditions climatiques assez pénibles en cette saison. Nous sommes en moyenne entre 1.200 et 1.400 mètres d'altitude. Il fait froid 10 à 11 ° le jour aggravé par le vent qui souffle et la nuit la température tombe rapidement pour atteindre -2 à -3° vers 7h00 du matin. Nous progressons du lever au coucher du soleil sans arrêt ou presque et le plus souvent à pied pour soulager les montures.

 

Chaque jour le sergent Ag-Khan qui connaît parfaitement toute cette région, m'indique l'endroit le plus favorable pour baraquer la nuit. Le cinquième jour, la nuit étant arrivée, nous marchons toujours et je demande à Ag-Khan ce qu'il en est. Il me répond que la région n'est pas favorable pour les chameaux, il y a beaucoup trop de lauriers roses qui sont autant de poison. Nous continuons encore un bon moment puis à nouveau j'interroge Ag-Khan qui me fait la même réponse. Nous arrivons alors sur un glacis après avoir franchi un oued escarpé et là je décide l'arrêt pour le reste de la nuit, au grand mécontentement d'Ag-Khan. De toute façon, il fait nuit noire, il serait dangereux de continuer. Peut-être Ag-Khan prévoyait-il les étapes en fonction des campements nomades que nous serions susceptibles de rencontrer, cela je voulais l’éviter.

 

Le lendemain en fin d'après-midi, le radio butte sur une pierre, tombe lourdement sur un rocher la tête en avant et se coupe le nez en profondeur. Nous sommes arrivés à hauteur de l'akba d'Assakao qui mène à Djanet. Une akba est un passage rétréci et très pentu qui permet de relier le plateau du Tassili à 1.200 mètres à la plaine 400 mètres.

 

Après avoir donné notre position par radio au PC comme chaque jour, j'annonce l'évacuation de Magnin accompagné d'un méhariste sur Djanet afin qu'il puisse recevoir les soins appropriés à sa blessure. Ils rejoindront Djanet en deux jours tandis que nous continuons notre approche vers Ghat que nous apercevons dans le lointain le 18 décembre vers 11h00 du matin.

 

Un temps magnifique s'est installé depuis la veille, le ciel est bleu, l'horizon visible dessine une frange de verdure qui n'est autre que la palmeraie de Ghat à quelques 20 km de notre point d’observation.

 

Je fais baraquer les chameaux en deçà de la ligne de crête et nous nous installons pour une pause. De mon côté j'accède au sommet d'une dune et déploie ma carte sur laquelle est tracée le frontière qui sépare le Sahara français du Territoire libyen. Ce tracé résulte de discussions entre la France et la Turquie qui se sont tenus en 1911, mais des désaccords profonds subsistent toujours dans cette région, les Italiens puis les Libyens voulant s'approprier le passage de l'oued Essayene qui commande l'accès vers le sud, c'est à dire vers le Tchad et le Niger. Du côté français nous avons toujours su faire comprendre que ce passage était nôtre, d'où l'importance du poste de Tin-Alkourn qui en est le verrou.

 

Pour ma part, je m'en tiens aux indications portées sur ma carte et quoique je fasse la distance qui me sépare de Ghat et de sa palmeraie ne peut être inférieure à 20 km. Dans ces conditions je ne peux trouver un emplacement compatible avec la distance de tir des canons de 105 de 15 km pour atteindre l'objectif. Toutefois je fais le relevé d'une aire pouvant accueillir une batterie en précisant l'inconvénient de la distance.

 

Dans l'après-midi, nous nous dirigeons vers Essayene. Je fais le relevé d'itinéraire possible en indiquant chaque fois que cela est nécessaire les aménagements à pratiquer, tels que les élargissements, les trous à combler, les rochers à faire sauter, etc…

 

Avant la tombée du jour nous sommes à hauteur du village d'Essayene. Le village constitué de quelques zéribas, (sorte de paillotes) est abandonné et formons le carré pour la nuit afin de faire face dans toutes les directions. Toujours méfiant dans cette zone proche d'El-Barka en Libye à portée de tir de fusil, nous sommes prêts à toutes éventualités.

 

Rappelons nous que « c'est le 6 avril 1913 que le Lieutenant Gardel en mission dans les environs de Tin-Alkoum, décide d'aller aux renseignements vers Ghat, car apprend-t-il qu'une harka (compagnie) est en formation sous l'influence de la Senoussia qui prône la guerre sainte et s'apprête à marcher sur Djanet.

 

Le 10 avril le groupe commandé par Gardel est à Essayene, (à l'endroit même où nous sommes aujourd'hui). A 15h00 il est encerclé par la harka du Sultan Ahmoud. Tous les chameaux sont tués ou blessés. Gardel et ses hommes sont submergés. Durant la nuit un courrier est parti pour Djanet. A l'aube le combat reprend. Il faut en finir ou mourir. Gardel et ses méharistes s'élancent baïonnette au canon. C'est la fuite de la harka et pour Gardel la victoire. 47 hommes de la harka sont tués ou blessés et pour Gardel 2 tués et 10 blessés dont 6 gravement. Boukeghba doit être amputé d'une jambe, ce qui est fait sans anesthésie. Le 15 avril Gardel et ses hommes rentrent à Djanet » (cf Méharistes au combat de Raymond Lacroze, Ed. France Empire).

 

Mais nous sommes en 1956, je saurai plus tard que notre arrivée depuis la veille avait été signalée à Ghat ainsi que notre étape à Essayene.

 

Le 19 décembre nous reprenons la piste vers Tin-Alkoum, 25 km plus au sud.

 

De retour à Djanet le 26 décembre, je fais mon rapport sur la mission qui m'a été confiée, puis je rejoins Fort-Gardel le 10 janvier.

 

Le peloton est à nouveau regroupé après le retour de toutes les patrouilles ».

 

Aux pâturages.

 

« Le 17 janvier 1957, je pars au pâturage des 2ème montures dans l'oued Timedioune à 80 km ouest. Nous sommes au puits d'Aheledjem dans la nuit du 19 au 20 janvier où les 100 chameaux de réserve sont rassemblés pour être abreuvés.

 

Les 4 méharistes chargés du troupeau sont heureux de nous voir leur apporter des vivres. Les nouvelles s'échangent autour des rituels verres de thé à la menthe. Les chameaux sont en très bon état. Dans l'ordre des choses, chaque méhariste est doté de deux montures, l'une en service au peloton, l'autre au pâturage. Ainsi par alternance tous les douze mois, la monture en service va se refaire une « bosse » en échange de la 2ème monture qui prend du service.

Le 23 janvier à notre retour à Fort-Gardel, l'oued Afara est en crue. De très loin l'on entend le bruit sourd du bouillonnement de l'eau qui dévale sur plus de 200 mètres de large et qui durera 12h00. Il y a plus de 5 ans que l'oued n'a pas coulé et déjà l'on prévoit l'abondance des pâturages dans quelques mois.

 

La venue du Capitaine Marchand commandant la compagnie est annoncée pour le 1er février, avec lui le Capitaine Batimes, médecin-chef à Djanet. Il est de coutume en de telles circonstances que le peloton se présente en tenue de parade, les méharistes montés sur les chameaux. La revue précède le défilé au petit trot. C'est tout simplement magnifique. C'est ensuite le paiement de la solde, puis la perception des vivres pour les 3 mois à venir. Les vivres sont constitués principalement de farine, pâtes, huile, sucre, sardines, sauce tomate concentrée, thé, menthe, oignons et aussi les fameuses boites de singe de Madagascar. La viande n'est pas au menu de tous les jours. De temps à autre, un méhariste est dépêché pour aller tuer soit une gazelle soit un mouflon, généralement dans un délai de 3 à 4 jours.

 

Du 6 au 8 février, j'effectue une reconnaissance en amont de l'oued Afara au contact des nomades installés dans ce secteur.

 

Le 26 février le caïd El Hassan, chef des tribus des Kel lherir, vient nous rendre visite. Pendant que le thé à la menthe se prépare nous échangeons toutes les formules de politesse en usage et cela prend du temps. Puis le thé est servi. Enfin nous parlons de la pluie et du beau temps. En effet la pluie est tombée avec une rare intensité dans la cuvette de Tarat. Dans 3 ou 4 mois l'acheb (herbe) sera si abondante que la quasi totalité des nomades Ajjer seront au rendez-vous avec tous leurs troupeaux.

 

Ce sera pour le chef d'annexe, le Capitaine Rossi, l'occasion d'aller au milieu d'eux faire le point et recueillir par personne interposée tous renseignements utiles sur ce qui se passe à Ghat. L'antenne médicale devra s'attacher à soulager les douleurs aux yeux, oreilles et dents d'un grand nombre venus spontanément se faire soigner.

 

Le caïd El Hassan a l'œil vif et la rumeur circule qu'il possède une moustache si longue qu'il peut la nouer derrière le cou. Il ne m'est pas permis de lui demander de me la montrer, car il serait indécent pour lui de baisser son litham (voile qui cache son visage). Je ne peux qu'imaginer ! Le 22 avril de retour à Djanet après avoir été opéré de l'appendicite à Alger, le capitaine Marchand me confie le commandement du 4ème peloton porté composé d'une quarantaine d'hommes dont 1/3 de jeunes français du contingent et 2/3 de chaambas originaires de la région de Ouargla. Le peloton est transporté sur 5 dodges 6x6 et dispose comme armement outre des fusils MAS 36, de 2 FM et d'un mortier de 60m/m. Les missions des 2 pelotons portés de la compagnie sont principalement des missions de reconnaissance et d'intervention rapide en cas de besoin. »

 

Avec Henri Lhote.

 

« L'accès du plateau du Tassili, véritable forteresse, à trois jours de marche de Djanet après l'ascension de l'akba d'Assakao, s'étend une véritable forêt de pierres au sein de laquelle ont été découvertes de très nombreuses peintures rupestres par l'explorateur saharien Henri Lhote il y a déjà quelques années.

 

Il avait obtenu, ces derniers temps, d'envoyer une mission sur les lieux pour y effectuer le relevé systématique de toutes les peintures. Depuis déjà 2 mois, une équipe de 3 jeunes gens sortis des Beaux-arts est au travail. La technique pour effectuer le relevé des peintures consiste à humidifier les parois avec une éponge, les couleurs et les traits apparaissent alors très visiblement. Il faut aussitôt appliquer un calque et relever les contours. Cette méthode, pour aller vite, n'en a pas moins été une catastrophe pour les peintures qui, humidifiées, perdaient une grande partie de leurs pigments encore en place. Si bien qu'aujourd'hui la lecture de ces peintures est moins aisée.

 

Toujours est-il que le 4 mai 1957, Monsieur Henri Lhote en personne est arrivé à Djanet par avion spécial Nord 2501 venant d'Alger avec comme objectif d'aller larguer matériels et vivres au camp de base de nos 3 artistes sur le plateau afin qu'ils puissent terminer leur mission sans perte de temps. J'ai l'avantage de pouvoir accompagner Henri Lhote dans cette tâche. Après avoir largué comme convenu vivres et matériels nous avons survolé à plusieurs reprises cette fameuse région du Tamrirt, véritable chaos de pierres, qui recèle encore probablement beaucoup de trésors cachés. D'un coup d'aile nous sommes allés survoler lherir pour revenir nous poser à Djanet après un magnifique rase-mottes au-dessus du bordj.

 

Dans cette région, témoin des forêts anciennes, vivent encore quelques cyprès rabougris. Il y a ici et là d'autres vestiges laissés par les Garamantes (hommes du néolithique, 5000 ans) et notamment dans l'erg d'Admer à hauteur du djebel Tiska au pied des dunes sur des espaces balayés par le vent et mis au jour par le déplacement du sable, des ateliers où se pratiquait la taille du silex. Partout des éclats, des pointes de flèches, aussi des œufs d'autruches et les déchets sur le sol racontent l'histoire de la fabrication des perles dans l'épaisseur de la coquille. En d'autres endroits, ce sont des plats creux en pierre servant au concassage des graines, le pilon est là à côté !

 

Le 8 juin 1957, le colonel d'Arcimolles, nouveau commandant militaire du territoire des oasis rencontre l'aménocal des Ajjers, le caïd Brahim, entouré des anciens méharistes dont certains ont connu Laperrine ! »

 

Mission sur Tin-Alkoum.

 

« Cependant, du côté de Ghat, quelques touareg qui en reviennent informent le chef d'annexe, le Capitaine Rossi, sur les effectifs rebelles et leurs intentions. A Ouargla, la capitale saharienne, le haut commandement ne veut pas laisser la porte ouverte aux fellaghas qui voudraient pénétrer sur notre territoire par Tin-Alkourn.

 

L'idée d'implanter une batterie d'artillerie face à Ghat a été abandonnée. Par contre, l'implantation d'un poste fixe à Tin-Alkoum se précise. Le 20 mai 1957, j'effectue une reconnaissance avec le 2ème peloton méhariste en amont de l'oued Essandilène jusqu'à une magnifique guelta. Nous visitons un campement, nous ne relevons aucune trace suspecte.

 

Le Capitaine Marchand part en permission le 12 juin. Je commande la compagnie en son absence.

 

Le secteur Ghat-Essayene-Tin-Alkoum préoccupe le commandement qui ordonne maintenant la mise sur pied d'une SAS (section administrative spécialisée) qui sera implantée à Tin-Alkoum, chargée d'administrer le secteur, d'être un lieu de rencontre pour les nomades en transit, de recueillir des renseignements sur les voisins libyens et de récréer une activité dans cette ancienne palmeraie dont les 7 puits sont comblés. Enfin, attirer ici les touaregs plutôt que de les voir se rendre à Ghat. Outre ces activités, démontrer que nous ne sommes pas disposés à laisser le passage aux troupes du FLN installées à Ghat.

 

Nous accentuons nos reconnaissances dans le secteur du 13 au 15 juin vers Arrikine et In-Ezzane afin de vérifier s'il existe des passages, mais nous ne relevons aucun indice. Le Lieutenant Bert qui vient de terminer les cours des Affaires sahariennes à Alger est affecté pour prendre le commandement de la SAS de Tin-Alkoum. Le 22 juillet, nous effectuons une nouvelle reconnaissance sur la frontière entre In -Ezzane- Arrikine et Tin-Alkoum qui n'apporte aucun élément nouveau. Par ailleurs, des renseignements récents font état de la volonté d'agression des rebelles sur notre territoire.

 

Le Capitaine Marchand écourte sa permission et rentre le 18 août. Pour ma part avec mon peloton renforcé d'un canon de 75 m/m évacué de Ghat en décembre dernier, nous rejoignons Tin-Alkoum le 31 août. La situation est très sérieuse, il faut s'attendre à une attaque imminente de la part des rebelles installés à El-Barka, tout proche de la frontière.

 

A Alger le commandement ne reste pas indifférent et devant la faiblesse de mes effectifs (40+15) face à ceux estimés de nos adversaires (600) envoie le 5 septembre quatre avions Nord 2501 au-dessus de ma position parachuter des munitions, des quantités de rouleaux de fil de fer barbelés et des sacs à sable. Au total 20 tonnes en 2 passages. Avec ces moyens supplémentaires, je dois assurer la défense « sans esprit de recul » ! L'action d'envergure du FLN est attendue pour le 16 septembre date à laquelle la question algérienne sera à l'ordre du jour de l'ONU.

 

Chaque jour je reçois le même télégramme m'invitant à prendre toutes dispositions nécessaires en vue d'une attaque rebelle imminente. Les jours et les nuits s'écoulent dans l'attente des signes précurseurs. J'ai été informé également que le convoi de ravitaillement trimestriel venant de Ouargla composé de quatre camions dont deux de carburant, de la société Devicq est en route depuis quelques jours et doit arriver très bientôt.

 

A Tin-Alkourn notre système défensif est constitué de trois petits points d'appui, deux face au nord vers Ghat avec le peloton porté, un face au sud avec les éléments de la SAS du Lieutenant Bert. Nous avons utilisé les sacs à sable autour des emplacements de tir au milieu des touffes de drinn qui nous entourent (drinn : plante appréciée des chameaux). Les munitions sont réparties. Un observateur aérien aurait du mal à nous localiser dans cette immensité. La largeur de l'oued Essayene est d'environ 3 km, les premiers contreforts du Tassili à 2 km, là où se trouve cette ancienne palmeraie. Alors, une cinquantaine de « guss », ce n'est vraiment pas grand chose ! Une nuit les chameaux de la SAS ont été capturés et emmenés en Libye, ce qui n'est pas fait pour remonter le moral des touaregs du Lieutenant Bert.

 

Pourtant à regarder autour de soi on a l'impression d'être enfermé au milieu d'un décor qui vous domine, les mouvements de terrain semblent proches, les distances s'estompent complètement, on a l'impression de toucher le relief, de butter contre. Il y a ambiguïté sur les distances. Je n'ai pas voulu utiliser le fil de fer barbelé, à quoi bon s'enfermer au milieu de l'espace! J'ai voulu garder la possibilité de manœuvrer en cas de besoin.

 

La nuit est tombée et nous nous installons comme chaque jour pour une longue veille nocturne. Sur chaque PA (Point d’Appui), il y a 2 sentinelles mixtes, 1 français et 1 targui ou chaamba. Au poste de commandement avec le sergent Pinel nous nous partageons la nuit en surveillance afin de prendre toutes mesures sans délai en cas de nécessité.

 

Il faut scruter l'obscurité, écouter les bruits, en faire le tri, pour ne retenir que ceux qui nous semblent suspects. Y-a-t-il un bruit de fond qui dure et perdure ? Est-ce une colonne en marche à 20 Km de là ? Car ici, en l'absence d'humidité dans l'atmosphère, les sons se propagent très vite et très loin. Ce bruit, voilà déjà 10 minutes qu'il se propage. Je reste à l'écoute..., le silence est revenu ! A nouveau un ronron se fait entendre, heurte les montagnes, arrive de plusieurs directions à la fois, s'amplifie... je sais maintenant qu'il s'agit de l'avion régulier d'Air France qui relie chaque jour Marseille à Fort-Lamy via Tunis. L'avion se dirige sur la balise radio de Ghat avant de poursuivre sa route vers le sud. Longtemps encore après son passage j'entends le bruit de ses moteurs. On se prend alors à rêver, et de comparer la vie de ces pilotes, de ces voyageurs du ciel et la nôtre. Nous les voyons passer, eux ne savent pas que nous sommes là tout petit à veiller prêt au combat ! ... Le jour se lève, RAS (« rien à signaler »).

 

Nous attendons toujours le convoi de ravitaillement de la société Devicq. Ce convoi trimestriel apporte dans les garnisons reculées du Sahara le ravitaillement lourd indispensable, tels que: eaux, pommes de terre, oignons (anti-scorbut), farine, carburant, boissons diverses, conserves etc...

 

La piste pour atteindre Djanet passe obligatoirement par la Libye. A partir de FortPolignac, il n'y a pas d'autre possibilité que d'entrer en Libye pour atteindre Ghat puis Tin-Alkoum. et Djanet. La barrière du Tassili empêche toute liaison directe. Comme chaque soir, nous nous installons pour une nouvelle nuit de veille. Demain nous serons le 17 septembre. Avec le sergent Pinel nous restons très attentifs à toutes manifestations lorsque vers 21h00 une immense lueur apparaît à l'horizon, plein nord dans l'axe de l'oued en direction de Ghat. Compte tenu de la configuration du terrain et de la connaissance que j'ai des lieux, je localise cet embrasement dans le secteur du village d'Essayene à environ 20, 25 km de notre position.

 

Peut-être les rebelles ont-ils mis le feu aux zénibas (huttes) du village d'Essayene pour faire table rase et forcer les quelques derniers occupants à rentrer en Libye. Enfin nous montrer qu'ils sont là. Aussitôt je passe un message à Djanet aussi complet et précis que possible. Dès le lever du jour un avion de reconnaissance vient survoler la zone et constate non loin d'Essayene sur un promontoire à proximité de la piste les quatre camions du convoi attendu, rangés côte à côte, entièrement détruits par le feu. C'est l'embrasement des deux camions citernes remplis de carburant que j'ai pris hier pour un simple feu de paillotes. Eh bien oui, la veille au soir après que le convoi Devicq ait été liquidé, il semblerait que les fellaghas, de retour à Ghat, avec les 4 chauffeurs originaires de Touggourt, les aient passés par les armes.

 

Dès la première heure nous sommes allés sur les lieux du drame pour faire l'inventaire des dégâts et recueillir le maximum de renseignements possibles. Toutes les marchandises ont été brûlées. Seules deux cents boîtes de bière qui ont chauffé n'ont pas éclaté. C'est la seule récupération qui nous permet sur-le-champ de nous désaltérer à bon compte ! Dans le même temps, le médecin militaire français qui avait été maintenu à Ghat après l'évacuation aurait été conduit à l'extérieur de ses locaux et placé sous la surveillance de quelques rebelles dans l'attente de savoir s'il allait être passé par les armes... Heureusement il n'en fut rien. Cet incident a été relaté dans la presse française les jours suivants.

 

A Alger le Commandement a pris des mesures pour renforcer le secteur de Tin-Alkoum en envoyant une quinzaine de jours après ces événements trois pelotons portés de la 1ère CSPL (compagnie saharienne portée de la Légion étrangère) sous les ordres du Lieutenant Leproust dont 1 peloton d'AM M8 (auto mitrailleuse) commandé par le Lieutenant Post. En soutien à Arrikine ont été dépêchés deux pelotons, l'un de parachutistes équipé de jeeps, l'autre de la CSPO (compagnie saharienne portée des oasis) venant de Ouargla.

 

Ces renforts presque trop importants nous ont soulagé en grande partie des tâches que nous assumions seuls depuis un mois. Surtout la nuit, les veilles incessantes. Et puis malgré tout, l'incertitude du comportement de nos chaamba et touareg en cas d'accrochage avec les rebelles ».

Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale