Publié le 11 Février 2012

 

LCL Emile Driant

 

La revue trimestrielle du Souvenir Français, dans son numéro n°485 du mois de janvier 2012, a publié, un article très complet sur les régiments de Zouaves qui firent partie de l'armée française pendant plus de cent trente ans.

Parmi ceux-ci, figure le 4ème régiment de Zouaves qui présente la particularité d'avoir été le « héros » d'un des romans les plus connus du Capitaine Danrit : La guerre en rase campagne. Dans ce livre d'anticipation militaire, paru en 1892, l'auteur imagine cette guerre de revanche qui, dans l'esprit de ses contemporains, devait permettre à la France de recouvrer les provinces perdues en 1871. Et de sa garnison de Tunis à la grande bataille de Neufchâteau, de la libération de Strasbourg à la prise de Berlin, le lecteur suit le régiment dans lequel il servit en capitaine, mais sous son nom réel d’Émile Driant. Né en 1855, adolescent profondément marqué par le désastre de Sedan, Driant rentre à Saint-Cyr et commence une double carrière d'officier d'active et d'auteur de romans « patriotiques » avant de devenir au début du siècle dernier député de Nancy. 

En août 1914 il reprend du service en lieutenant-colonel et obtient le commandement de la demi-brigade qui regroupe les 56ème et 59ème bataillons de Chasseurs à Pied. Il est à leur tête, les 21 et 22 février 1916, au bois des Caures, quand ses hommes et lui subissent, avec un formidable barrage d'artillerie, le premier choc de l'offensive allemande sur Verdun. Il faudra à l'ennemi quarante-huit heures et deux divisions pour venir à bout des chasseurs de Driant qui fut tué le 22, vers quatre heures de l'après-midi, alors qu'il venait de donner l'ordre de repli aux quelques dizaines de survivants de son unité. Ces deux jours gagnés permettront au Commandement français l'acheminement des renforts indispensables... et Verdun tiendra.

A quelques jours du 96ème anniversaire de leur sacrifice héroïque, il était bon de rappeler leur souvenir.

 

 

GBA (2s) Jean-Claude Ichac

Président honoraire du Comité d'Issy-les-Moulineaux

du Souvenir Français

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Publié le 11 Février 2012

Armes-Issy.gif

 

Le samedi 24 mars 2012, le Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux participera à la messe du souvenir pour les morts en Algérie. Celle-ci se déroulera en l'église Saint-Bruno, 14, rue de l'Egalité à Issy. A 11h00, fleurissement des tombes des Morts pour la France en Algérie.

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Publié le 21 Janvier 2012

 

J. Merchant - 4

 Air Force Academy, Colorado, 1972.

 

Officier au sein de l’USAF.

Après avoir accompli ma formation d'officier en 1964, je fus envoyé à Denver dans l’Etat du Colorado, à l'école d'intelligence de l'Air Force Academy (le « West Point » de l'armée de l'air). Durant six mois, j'appris le métier. Nous avions accès à toutes sortes d'informations classifiées, y compris des photos satellites et des U2 des bases soviétiques, qu’ils aient été à Cuba ou au Vietnam. On me forma à l'intelligence photo aérienne et pendant six mois, je suivis de très près et jour après jour ce qui se passait dans le monde. Nous avions appris beaucoup de choses, même jusqu'à préparer une attaque par bombe d'une cible ennemie. Lorsque je terminai cette formation, je fus envoyé à la Reconnaissance Technical Squadron en Californie du sud. Quant à mes camarades de formation, ils furent mutés à droite et à gauche à des postes d'Intelligence humaine ou électronique.

Ma première mission en tant qu'officier était celle de Chef du Centre d'intelligence de cible (Chief of the Target Intelligence Center), un lieu regroupant des cartes classées secrètes indiquant des lieux à bombarder, et produites par cette organisation.

J'avais, durant cette époque, un petit peu de temps libre, alors je m’inscris dans un programme de Master à l'Université de Californie à Riverside, et obtins peu de temps après mon Master en science politique/relations internationales. C'était aussi à cette époque que naquit notre deuxième fille, Stéphanie. Peu de temps après sa naissance, je reçus les ordres de partir au Vietnam, en septembre 1966. Je fus placé pendant un an à Saigon où j'étais nommé Assistant Branch Chief of Escape and Evasion. J'avais trois soldats sous mes ordres et ils étaient censés obtenir des informations sur le terrain, la géographie, etc. afin qu'on produise ensuite des carnets pour les pilotes au cas où ils seraient abattus et en fuite après s'être éjectés de leurs avions. Les carnets leur indiquaient des endroits "sûrs" et quelles routes prendre pour éviter d'être capturés ou tués par les Vietnamiens du nord, les Bodois du Viêt-Cong.

Mon autre travail consistait à éditer et publier un journal hebdomadaire de 50 pages environ de tous les événements liés aux activités aériennes et d'intelligence, à travers tout l'Asie du sud-est. Des quantités d'informations classifiées arrivaient sur mon bureau tous les jours. Je les triais, les éditais, ajoutais des photos ; puis publiait le journal et le distribuait ensuite à toutes les unités militaires américaines du monde. Le journal avait comme nom WAIS (Weekly Air Intelligence Survey), et était classifié Secret NOFORN.

Pendant mon séjour au Vietnam, mes possibilités pour voyager étaient très limitées étant donné l'information à laquelle j'avais accès. Je ne pouvais voyager que par avion (et pas par hélicoptère). En somme, j'étais plus ou mois astreint à rester à Saigon. Cependant, je fus à une seule reprise détaché de ces restrictions, et on m'envoya en Thaïlande pour y rédiger un texte classifié. Ainsi, je pus passer deux jours à Bangkok et profiter de cette ville. Ce fut merveilleux car Saigon était vraiment une ville en zone de combat avec une atmosphère de tension extrême. Après ces deux journées, on me dépêcha dans le nord de la Thaïlande sur la base de Korat où étaient stationnés les Wild Weasels (http://www.wildweasels.org/) pour y passer quelques jours. Les Wild Weasels étaient ceux qui volaient au-dessus du nord du Vietnam à la recherche des radars Fan Song qui contrôlaient les missiles SAMS (missiles terre-air). Leur travail, incroyable, consistait à s'offrir en tant que cible aux SAMS, pour ensuite bombarder le radar Fan Song dans le but de détruire l’ensemble du site. C'était une mission très périlleuse et mon rôle était de passer un peu de temps avec eux et écrire leur histoire pour le WAIS. Peu de temps après, je fus renvoyé aux Etats-Unis, et à nouveau affecté à la base de March. Je reçus la médaille de bronze pour ma mission au Vietnam.

A March, je ne repris pas mon emploi d’origine, car je fus nommé Officier de Communication pour le général de la base. C'était un travail extraordinaire, et je fus exposé à davantage d'informations et de sources classifiées. Nous étions en 1967-68 et je communiquai au général, mon supérieur, des éléments à propos de la « révolution en France et de la disparition du général de Gaulle ». Nous savions qu'il était en Allemagne avec les forces militaires. Ce fut aussi l'époque de la révolution Tchécoslovaque contre l'Union soviétique qui écrasa si brutalement le soulèvement. Ce qui était le plus intéressant pour moi fut mon accès à toutes les photos des satellites et des avions, toute l'intelligence, et tous les rapports et analyses de la CIA (Central Intelligence Agency). Mon travail consistait à transmettre l'ensemble des ces informations au général.

 

A la United Air Force Academy.

Ma mission à la March Air Force Base se termina à la fin de 1968, date à laquelle je fus sélectionné pour enseigner à l'United States Air Force Academy au Colorado. J'étais donc professeur assistant d'Histoire, et je me spécialisai dans l'Histoire européenne. Cela ne m’empêcha pas d’enseigner deux autres cours : « Histoire des révolutions" et "La Guerre froide". C'était un moment difficile car on attendait de nous non seulement un service d'enseignement complet mais la prise en charge de nombreuses autres responsabilités. En conséquence, je devins l'Officier exécutif et personnel du Département des 33 professeurs et 5 secrétaires. Mes tâches consistaient à gérer le département au quotidien et partir à la recherche de nouveaux enseignants. Je m’inscris aussi dans l'Ecole doctorale de l'Université de Denver en vue d'obtenir mon doctorat, et j'y allais donc plusieurs fois par semaine pour assister aux séminaires (à une heure de voiture de l'Air Force Academy). Ce fut difficile, mais « rentable » si je puis écrire, car je décrochai mon doctorat. Ma recherche et ma thèse portaient sur Napoléon Bonaparte : « Evolution et opérations de l'administration napoléonienne : Nice 1792-1810 ».

Suite à cela, on me proposa un poste d'enseignant à Cranwall (haut lieu de l’enseignement de la Royal Air Force en Angleterre), et un poste d'Officier des affaires militaires/politiques au quartier général du SHAPE, mais ma femme ne souhaitait ni l'un ni l'autre, alors nous nous contentâmes d'un poste à Sacramento en Californie, à la McClellan Air Force Base. Ce n'était pas très « folichon » comme mission. Sauf à une seule fois : c’était en 1973. Les Soviets menaçaient de s'immiscer au Moyen-Orient et les Etats-Unis mirent toutes les forces armées en alerte. Mon commandant, qui avait lancé plusieurs fois ses avions sur de nombreuses missions, ne connaissait pas les enjeux. Moi seul étais au courant, mais je ne pouvais communiquer ce que je savais qu'au général, même pas à mon propre commandant.

 

 J. Merchant - 5



McClellan Air Force Base, Sacramento, Californie.

 

 

Professeur à l’Université de Californie.

 

 

La seule chose positive qui est sortie de cette mission à McClellan Air Force Base c'est qu'elle me confirma dans mon désir de prendre ma retraite de l'armée de l'air.

 

Par la suite, je travaillai tout d'abord pendant sept ans comme fonctionnaire public pour l'Etat de Californie. Je fus ensuite sollicité par l'Université de Californie à Sacramento où on me demanda de prendre un poste de professeur. J'acceptai bien volontiers, et après vingt-et-un ans d'enseignement je pris ma retraite définitive.

 

Mes deux filles, Jennifer et Stéphanie ont bien grandi. Elles sont devenues de véritables francophiles. La plus jeune, Stéphanie, est professeur de français dans un lycée en Californie et a deux enfants, Philippe et Christian. L'aînée, Jennifer, est professeur à l'Université Paris II, avec également deux enfants, Simon et Justine. Ma deuxième femme, Sylnovie, et moi-même avons acheté un appartement à La Rochelle en 2000, et nous y allons tous les ans. Je m’y sens bien. Comme une sorte de retour à mes racines. Je peux aujourd’hui dire que je connais la signification profonde de l'expression l’amour du clocher.

 

 J. Merchant - 8

 

 

La Rochelle, France, 2011.

 

 

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

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Publié le 15 Janvier 2012

 

J. Merchant - 2

March Air Force Base, Californie, 1966.

 

 

S’engager dans l’armée.

 

Notre histoire familiale a débuté par des voyages au long cours ! Mon ancêtre français, Jean Marchand, quitta La Rochelle au 17ème siècle pour s'installer dans la « Nouvelle France » au Canada. Puis, l’un de ses descendants quitta le Canada pour s'installer à Rutland, dans le Vermont aux Etats-Unis, là où mon propre père est né et a été élevé. C’est à cette époque que notre nom est changé en « Merchant » par une institutrice de l’école primaire car selon elle « Marchand » sonne trop « étranger ». Plus tard, mon père épousa une jeune irlandaise, Mary Elizabeth Whelan originaire de County, dans le Kilkenny. Je suis né en 1934 à Troy, état de New York. Depuis mon plus tendre souvenir, j'ai toujours voulu voyager, surtout en Europe, et plus particulièrement, en France.

 

A l’âge de 15 ans, j'abandonnai le lycée. A cette époque, les Etats-Unis étaient engagés dans la guerre de Corée, et tous mes camarades et moi-même ne rêvions que d'une chose : nous enrôler dans les forces armées et partir pour nous battre. Nous avions alors tout essayé – l'armée de terre, les "Marines", les forces navales, mais les effectifs étaient déjà au complet. On nous conseilla de nous présenter dans une nouvelle branche des forces armées, les forces aériennes (USAF pour United States Air Force). Nous suivîmes le conseil immédiatement, et nous fumes pris. Je n'avais que 16 ans à l'époque, et bien entendu je mentis sur mon âge – et cela fonctionna !

 

Pendant trois mois, se déroula la formation initiale. Elle avait lieu au nord de l'Etat de New York. Après une longue série d'examens et d'évaluations, on m'indiqua que j'étais mieux fait pour « l'Administration », et on m'envoya à l'Université A&M dans l'Etat d’Oklahoma pour apprendre à devenir secrétaire. Après l'obtention de mon diplôme en 1952, j'eus la chance d'être sélectionné pour partir à Wiesbaden en Allemagne au Quartier Général de l'USAF en Europe. Je fus affecté au Centre de la messagerie et mon travail servait à surveiller la machine à télé-impression qui recevait et envoyait toutes les correspondances classifiées (secrètes) et non-classifiées de et vers toutes nos bases militaires. Mon travail consistait à déterminer quelle agence avait besoin de telle ou telle information afin d'agir en concordance avec le message transmis. En conséquence, j'avais accès à des informations "top secret", ce qui limitait mes déplacements et mes voyages en Europe. Par exemple, je n'avais pas le droit d'aller à Berlin ou dans n'importe quel pays de l'Europe de l'est. La Guerre froide prenait de l'ampleur, et il était tout le temps question d'une éventuelle invasion des troupes de l’Armée Rouge. Je me souviens que j'avais aussi comme tâche de conduire un bus rempli d'Américains qui travaillaient au Quartier général, y compris le Vice-Commandant, le général Bradley (le vainqueur de la bataille de Normandie en 1944), à travers le Rhin vers des lieux plus sûrs à Mainz. C’était une mission de première importance à réussir en cas d’alerte. Dans un but d'entraînement, je recommençai l’exercice à plusieurs reprises. Nous étions vraiment sur le qui-vive à l’idée d’une invasion communiste. Cela n'arriva jamais. Cette mission et le lieu furent réellement intéressants pour le jeune célibataire que j'étais.

 

Mais célibataire, pas pour longtemps ! C’est également à Wiesbaden que je rencontrai ma future femme. Son père était citoyen français (d'origine italienne) et le responsable du Restaurant/Club des officier de l'USAF à Wiesbaden. Avec eux, je pus voyager à Paris et à Cannes. Après quatre ans, je fus envoyé à Albany dans l'Etat de Georgie aux Etats-Unis en tant que Clerc Principal (Chief Clerk) d'une branche de combat stratégique aérien. Malheureusement, ce n'était pas l'Europe. Aussi, dès que la première opportunité se présenta, je me portai volontaire. Ainsi fus-je muté à Paris…

 

A Paris.

 

Paris en 1957 : nul besoin de porter l'uniforme. Je le remplaçai volontiers par des vêtements de ville. D’un côté, je gagnai plus d'argent et l'économie française était en pleine croissance : une vie fantastique, quoi ! Mais d'un autre côté, la révolte hongroise venait d'être brutalement réprimée par l'Union soviétique quelques mois auparavant. La Guerre froide battait son plein et les tensions étaient fortes entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. En France, beaucoup de gens avaient peur de la CGT. Le syndicat pouvait changer radicalement la politique dans le pays. De plus, tous les jours aux actualités, on entendait parler des heurts et violences en Algérie. Nous étions, nous militaires américains, censé gardé un œil très attentif sur tous ces événements. Nos supérieurs nous rappelaient systématiquement la manière dont nous devions nous comporter afin de ne pas attirer l'attention sur nous. Cela n'empêcha pas de nombreux citoyens français de nous lancer des cris « US Go Home ! ». Je me souviens des nombreuses alertes, avec des phares puissants scrutant le ciel à la recherche d'avions hostiles prêts à lâcher des bombes à cause des événements en Algérie.

 

En 1958, le général de Gaulle arriva pour former un nouveau gouvernement car la guerre en Algérie risquait de provoquer une guerre civile sur le territoire français entre ceux qui souhaitaient l'indépendance de la colonie et les autres qui voulaient que l'Algérie demeure une partie de la France.

 

Malgré ces événements inquiétants, j'arrivai à mener une vie relativement normale. J'épousai la jeune femme française que je fréquentais en Allemagne, et notre premier enfant naquit à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. C’était une fille, que nous prénommâmes Jennifer. Je commençai également à suivre des cours du soir à l'université.

 

 

A la California Institute of Technology.

 

Après trois ans à Paris, on me proposa une mission d'enseignement à la California Institute of Technology à Pasadena pour les étudiants en ROTC (Reserve Officers Training Corps). Il s'agissait des meilleurs étudiants et futurs ingénieurs et scientifiques du pays, et notre but était de convaincre le plus grand nombre de se vouer à une carrière au sein de l'armée de l'air. Nous n'avions jamais eu beaucoup d'étudiants, par conséquent j'avais pas mal de temps libre, et mon commandant me suggéra de poursuivre mes propres études afin d’obtenir un diplôme. Mission accomplie et deux ans plus tard, j'obtins mon diplôme d’Associate of Arts (l'équivalent de l'ancien DEUG français). A l'époque, l'armée de l'air dispensait des bourses d'étude. En cas de sélection, l'on pouvait poursuivre ses études jusqu'à l'obtention d'une licence et suivre ensuite une formation de trois mois pour devenir officier. Je fus pris, et grâce à mes expériences en Allemagne et en France, mon travail dans le renseignement, je fus sélectionné pour obtenir mon diplôme en relations internationales avec comme objectif de travailler plus tard dans le domaine de l'intelligence militaire.

 

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

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Publié le 4 Janvier 2012

 

Tombés pour la France

 

 

Le Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous souhaite une très bonne année 2012 et vous présente tous ses meilleurs voeux. Et pour bien la commencer, nous vous proposons l'ouvrage édité par Le Publieur et écrit par la Délégation Générale des Hauts-de-Seine.

 

Il s'agit en 37 chapitres, comme autant de communes dans notre département, de raconter l'histoire des carrés militaires et les destins de certains des hommes et des femmes qui y sont enterrés. De la guerre franco-prussienne à la Grande guerre, en passant par  l'Indochine et l'Algérie, tous les conflits de l'époque moderne sont ainsi visités, et même revisités selon des anecdotes bien souvent mal connues.

 

Pour commander ce livre, il convient d'envoyer un chèque (ordre Souvenir Français) d'un montant de 28 euros (20 euros pour le livre et 8 euros pour les frais de port) au Souvenir Français d'Issy dont l'adresse est la suivante : Souvenir Français - Frédéric RIGNAULT - 10, avenue Bourgain 92130 ISSY-LES-MOULINEAUX.

 

Merci !

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Publié le 22 Décembre 2011

Louis Thauvin

 

Au centre : le cuisinier Louis Thauvin.

 

Comme un beau conte de Noël !

 

Le 19 avril 2010, nous avions publié sur ce site Internet du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux, une histoire des opérations militaires des Français en Orient pendant la Première Guerre mondiale. Et nous avions évoqué Louis Thauvin en ces termes : « Louis Thauvin nait le 25 février 1888 à Meung-sur-Loire, bourgade du Val de Loire et de Sologne, fief de la tribu des Alains. En son église, en 1429, Jeanne d’Arc vient s’y recueillir. Louis Thauvin, de la classe 1908, est engagé au bureau d’Orléans. Il porte le matricule 202 et, intègre le régiment de marche d’Afrique pour moins d’une année : il disparaît dans les combats du 2 mai 1915, pendant la bataille de Gallipoli. Par le jugement du 3 décembre 1920, transcrit le 7 janvier 1921, Louis Thauvin est déclaré « Mort pour la France ». Son nom est gravé sur le monument aux morts de la place de la mairie d’Issy-les-Moulineaux ».

 

Monsieur Francis Thauvin a récemment découvert cet article et nous a fait parvenir la photographie ci-dessus et de nombreux renseignements sur son oncle.

 

A Issy, rue Jean-Jacques Rousseau.

 

Francis Thauvin : « Louis Thauvin, était un de mes oncles, et il exerçait la profession de cuisinier. Il avait été d’abord chef-saucier au restaurant Edouard VII à Paris puis chef-cuisinier auprès de la princesse Ghika (1). Il était né à Meung-sur-Loire où ses parents tenaient un café-restaurant. Ce qui déjà représentait un travail lourd. Mais il faut ajouter qu’ils étaient en plus chargés de huit enfants ! Louis Thauvin avait quitté sa Sologne natale pour « monter » à Paris, comme cela se fait toujours. Il était domicilié à Issy-les-Moulineaux, au 263 rue Jean-Jacques Rousseau, chez l’une de ses sœurs. La tradition familiale veut qu’il se soit engagé dans la Légion Etrangère à la suite d’un chagrin d’amour ».

 

A la Légion Etrangère.

 

« Après avoir effectué son service militaire de 1908 à 1911, et avoir vécu son métier pendant trois années environ, Louis Thauvin débarque en Algérie, s’engage à Sidi-Bel-Abbès et est affecté au 2ème Etranger, 13ème compagnie, à Saïda. Il porte le matricule 158.21. Du 23 septembre 1914 à la fin du mois de février 1915, il est stationné avec son régiment en Algérie. L’unité prend ensuite ses quartiers au Maroc où elle va, jusqu’en 1919 et en dehors de quelques compagnies, œuvrer à la pacification du Maroc sous les ordres d’un certain maréchal Lyautey.

 

Louis Thauvin est versé dans le Bataillon de marche de la Légion Etrangère en mars 1915 et s’embarque d’Afrique du Nord pour rallier Marseille le même mois. Ensuite, il incorpore le régiment de marche d’Afrique (compagnie D3, matricule 15813) pour se rendre sur l’île grecque de Lemnos, à environ 50 kilomètres du détroit des Dardanelles, gardé par la presqu’île fameuse de Gallipoli. Il débarque avec son unité sur Morto-Bay et est tué le 2 mai 1915.

 

Le 5 septembre 1915, son acte de disparition est enregistré au ministère de la Guerre, et le document sera dressé au dernier domicile de Louis Thauvin, à Issy-les-Moulineaux, six mois après la date du décret portant cessation des activités. »

 

 

 

(1)            La princesse Ghika, de son nom de jeune fille Henriette Aurélie Soubiran, fille du fantasque Paul Soubiran, dont les exploits et les aventures imaginaires ou réelles se racontent encore dans le Gers, à Lectoure. Elle nait de l’union de son père avec Caroline Aimée Le Sueur de La Chapelle à Caen en 1820. Henriette reçoit une très bonne éducation et, portée sur la littérature, ne tarde pas à se faire connaître dans les salons parisiens. Il y côtoie Balzac, Alexandre Dumas ou encore Henri Monnier. En 1849, elle épouse le prince roumain Grigore Ghika, qui a des prétentions de régner sur les provinces alors réunies de Moldavie et de Valachie. Le couple mène grand train dans son hôtel parisien. Malheureusement, dix années plus tard, le prince meurt dans un accident de voitures à cheval. La princesse se réfugie en Roumanie. Bénéficiaire testamentaire du prince, elle se voit contrainte de transiger avec le gouvernement de Bucarest et se retire alors dans le Gers, à Lectoure, où elle meurt en 1904.

 

 

Sources :

- Renseignements et archives familiales de Monsieur Francis Thauvin.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

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Publié le 10 Décembre 2011

 

Rafale-St-Dizier-Le Monde

 

Un Rafale de l'armée de l'air décollant de la base de Saint-Dizier pour se diriger sur la Libye (copyright le Monde).

 

Le 19 mars 2011, dès l’ordre d’engagement donné par le Président de la République, 36 heures après le vote au conseil de sécurité de la résolution 1973 autorisant le recours à la force en Libye pour assurer la protection de la population civile, des Rafale, Mirage 2000D et Mirage 2000-5 de l’armée de l’air décollaient de leurs bases de métropole (Saint-Dizier, Nancy et Dijon) pour des raids allers et retours sans escale au dessus de la Cyrénaïque, soit des missions de près de sept heures comportant plusieurs ravitaillement en vol. Ces raids bloquaient les forces de Kadhafi, sauvant la population de Benghazi du massacre qui se préparait. Redéployées progressivement par la suite sur les bases de Solenzara en Corse, de Sigonella en Sicile et de Souda en Crète, les unités aériennes de l’armée de l’air ont poursuivi leur engagement sans interruption pendant 226 jours, c’est-à-dire jusqu’à la fin officielle des opérations, le 31 octobre dernier. Au cours des milliers de sorties qu’elles ont effectuées, les unités aériennes n’ont subi aucune perte. Les centaines d’interventions feu qu’elles ont conduites ont toutes été réalisées avec des armes guidées de très haute précision. Aucun dommage collatéral n’a été déploré.

L’armée de l’air a fait ainsi une démonstration particulièrement frappante de ses capacités d’intervention, même si les médias n’en ont fait entendre qu’un faible écho. Raison de plus pour revenir sur la genèse de telles capacités, résultantes d’un certain nombre d’ avancées opérationnelles et techniques remarquables conçues et/ou exploitées par des personnels de qualité, que ce soit au niveau  des commandements, des états-majors ou des unités.

                                                                       °°°

Il faut remonter aux premières années 60 pour entendre parler de stratégie d’action extérieure , quelque peu masquée, il est vrai, par l’importance et la priorité accordées alors à la stratégie de dissuasion nucléaire, à la montée en puissance de la première composante des forces nucléaires stratégiques, à la restructuration et au redéploiement des forces aéroterrestres et aux nouvelles relations à établir avec l’Otan dont nous n’allions pas tarder à quitter l’organisation militaire intégrée (1966). Et pourtant, c’est bien dès cette époque qu’ont été définis pour notre pays les premiers éléments d’une stratégie d’intervention hors métropole.

Au début, il s’agissait essentiellement d’être capable de venir en aide, sur leur demande, aux états africains issus de nos anciennes possessions, états désormais indépendants mais encore fragiles avec lesquels la France avait passé des accords de coopération et même, pour certains d’entre eux, des accords de défense. Dans ce contexte, seuls étaient envisagés des déploiements de forces modestes, en vue d’opérations de faible intensité et de courte durée (1). Pour cela avait été conçu pour chacune des trois armées un système de « cellules d’intervention », cellules légères, susceptibles d’être retenues en totalité ou en partie pour mettre sur pied et déployer rapidement une force adaptée à la situation du moment (2). Ces cellules ont pris nom de « Guépard » pour l’armée de terre, de « Tarpon » pour la Marine et de « Rapace » pour l’Air. Sans entrer dans le détail, les cellules Rapace prévoyaient un maximum de douze appareils de combat avec l’environnement technique et logistique adapté, le tout étant transporté par avion. Le problème, à l’époque, était que les avions prévus – des « Vautour »(3) pour l’attaque et l’appui et des « N2501 » pour le transport – avaient les uns et les autres les pattes courtes tandis que la capacité d’emport des Nord 2501 était limitée, ce qui obligeait ces derniers à mettre en œuvre un flot d’appareils relativement important pour répondre à des besoins même limités. Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept. Cet inconvénient était d’autant plus pénalisant que le transport aérien avait aussi la charge d’opérer au profit des cellules Guépard de l’armée de terre. Dans ces conditions, atteindre depuis la métropole  aussi bien Dakar que N’Djamena et plus encore Bangui ou Libreville imposait de multiples escales, d’où des délais pour obtenir les autorisations des pays concernés tandis que le choix des itinéraires était restreint, les contournements de pays non coopératifs ne pouvant qu’augmenter les délais de mise en place ... et le nombre d’escales. En un mot, les moyens prévus par l’armée de l’air étaient encore peu adaptés aux contraintes de la stratégie alors envisagée. Cet inconvénient, si on ne faisait rien, ne pouvait que s’aggraver avec le temps.

Après la fin de la guerre froide et la disparition de l’URSS, totalement inattendues l’une et l’autre, l’instabilité, loin de s’apaiser, allait s’aggraver pour des raisons très différentes, aussi bien en Europe qu’ailleurs. En Europe, si l’ordre ancien, détestable, n’était plus, en revanche c’est le désordre qui s’était installé. Le retrait soviétique avait mis à découvert un ensemble de pays appauvris, sinon ruinés et instables sur fond de problèmes de frontières, de religions, de régionalisme ou de nationalités. C’était là une source de crises sévères dont celles des Balkans sont encore dans toutes les mémoires (Croatie en 1991, Bosnie à/c de 1992, Kosovo en 1999). Hors d’Europe, Soviétiques et Américains avaient réussi pendant la guerre froide à bloquer certains conflits extérieurs, dès lors que ceux-ci étaient susceptibles de déraper et de provoquer un affrontement direct et majeur entre eux (cas de la guerre du Viêt-Nam, du Kippour en 1973, de la guerre Irak-Iran à compter de 1979...). Ces « verrous » ayant sauté avec la fin de la guerre froide, l’instabilité s’est aggravée notamment dans les pays s’étendant en arc de cercle du Maghreb à la Corée du nord en passant par le Moyen-Orient, par les républiques caucasiennes et celles d’Asie centrale, tandis que Saddam Hussein crut que le moment était venu pour lui de se lancer dans une politique d’expansion au détriment de ses voisins avec la conséquence que l’on sait: Deux guerres de première grandeur, l’une à laquelle la France a participé (Le Golfe 1991) et l’autre où elle est restée à l’écart (Guerre en Irak de 2003). D’autre part, certains pays, en Afrique notamment, avaient perdu au lendemain de la chute du mur, toute importance stratégique et étaient abandonnés à eux mêmes. L’anarchie s’est alors étendue offrant un terrain propice aux mouvements extrémistes, en particulier religieux, tandis qu’en Afghanistan, les talibans offraient aux terroristes du monde entier toutes facilités pour s’entrainer chez eux. Le drame du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, puis la guerre en Afghanistan en ont été les conséquences. Dans un tel contexte, le domaine de nos interventions extérieures s’élargissait encore. Il imposait à l’armée de l’air, entre autres, la généralisation progressive au cours des années 90 de l’aptitude au ravitaillement en vol de sa flotte aérienne de combat, l’acquisition de quatre avions ravitailleurs supplémentaires et pour le transport, l’acquisition de quatorze C130H (15 tonnes sur 5000 km) suivie de celle d’Airbus A310 et A340 afin de renforcer les capacités de soutien logistique des forces projetées.

Ces crises et guerres de l’après guerre froide ont des caractéristiques communes :

 

·         - Elles se traduisent le plus souvent par des interventions à moyenne sinon à haute intensité pour certaines d’entre elles, c’est à dire conduites contre un adversaire disposant de systèmes de défense modernes ou, au minimum, faisant appel aux ressources de la haute technologie ( Kosovo, Golfe, Afghanistan , Libye tout récemment) (6) et ce, au milieu d’une population qu’il s’agit de protéger, ce qui impose des règles d’engagement drastiques et des actions feu d’une extrême précision.

 

·         - Non seulement les interventions se déroulent loin de notre territoire, mais encore s’inscrivent elles de plus en plus dans la durée (45 jours pour la guerre du Golfe en 1991; 78 jours pour l’offensive aérienne au Kosovo et en Serbie en 1999; 226 jours en Libye). D’où l’importance accordée au soutien opérationnel technique et logistique des forces engagées.

 

·         - Le cadre de ces interventions est le plus souvent multinational et/ou interallié, ce qui complique la structure des états-majors et organismes de conduite et de contrôle des opérations, tandis que le contrôle du pouvoir politique national doit rester très serré dans la mesure où les opérations se déroulent sans état de guerre déclaré. D’où pour les responsables militaires, comme pour les exécutants, une prise en compte permanente du contexte politique dont ils doivent bien comprendre les données, condition indispensable pour garder la maîtrise de la force et respecter strictement la discipline de l’ouverture du feu.

 

·         - Enfin et surtout, si les opérations ont toujours eu un caractère interarmées, elles n’en sont pas moins caractérisées par le rôle majeur de l’engagement des forces aériennes, notamment dans la phase initiale des interventions, comme cela  a été le cas dans la guerre du Golfe, (cinq semaines d’offensives aériennes suivies de quatre jours d’intervention aéroterrestre), au Kosovo (78 jours d’offensive aérienne précédent le déploiement des forces de l’Otan dans la province), en Afghanistan lors de l’offensive US de la fin 2001 destinée à chasser les talibans de Kaboul et tout récemment en Libye comme cela a été évoqué en entrée de cet article. La réactivité et la vitesse d’intervention de nos forces aériennes se sont imposées ainsi comme des facteurs de succès essentiels. Encore faut-il que ces forces soient en mesure d’intervenir non seulement vite et loin, mais encore en toute sécurité pour elles mêmes, pour les troupes amies qu’elles sont amenées à appuyer, directement ou indirectement ... et pour les populations, c’est à dire en évitant tout risque de dommages collatéraux, toutes conditions de mieux en mieux remplies grâce aux avancées enregistrées dans les domaines des équipements et des armements.

                                                                        °°°

Les contraintes précédemment rappelées ont imposé en effet une évolution progressive et profonde des caractéristiques des forces aériennes engagées. Il y a loin désormais entre les moyens somme toute modestes et aux capacités limitées retenus pour les forces aériennes d’intervention dans les premières années 60 (Vautour/N2501) et ceux d’aujourd’hui, caractérisés, surtout pour l’aviation de combat, par les très hautes performances des vecteurs, de leurs équipements et de leur armement, capables d’opérer dans un environnement opérationnel, technique et logistique complexe, le plus souvent multinational, à plusieurs milliers de kilomètres des bases de stationnement. Ces moyens ont fait en Libye la preuve de leur efficacité, c’est à dire de leur réactivité, de leur capacité de recueil, de traitement et de transmission du renseignement, de la sélectivité enfin et de la précision de leurs frappes. Pour l’armée de l’air, c’est là la conséquence des progrès enregistrés dans trois domaines: la généralisation déjà évoquée de l’aptitude au ravitaillement en vol de ses avions de combat; le développement de munitions air-sol guidées de très haute précision; l’exploitation enfin des possibilités offertes par les nouvelles techniques du traitement de l’information.

 

Au début des années 60, la technique du ravitaillement en vol était certes connue, mais elle n’était appliquée, et ce depuis 1964, que dans les forces aériennes stratégiques équipées de Mirage IV. Sous la contrainte de notre stratégie d’action extérieure, l’aviation tactique a cherché à exploiter cette technique d’abord dans les unités de F100 (7), appareil prévu pour figurer dans les cellules d’intervention Rapace en remplacement des Vautour. C’est ainsi qu’en février 1969 trois F100 réalisaient le premier raid à longue distance Toul/Dakar et que deux ans plus tard, fin 1971 une autre cellule de trois F100 ralliait Madagascar via Istres, Fort Lamy (N’Djamena) et Djibouti. C’est néanmoins avec la mise en service du Jaguar, à partir de 1975, laquelle succédait à l’arrivée dans les unités de transport, à la fin des années 60, du C160 Transall que l’armée de l’air a disposé des moyens beaucoup mieux adaptés aux contraintes des interventions extérieures de l’époque. Le trio Jaguar/C160/C135F (8) s’est en effet illustré dans la quasi totalité des opérations conduites jusqu’à la fin de la guerre froide, opérations dont il a constitué le fer de lance. Le ravitaillement en vol de notre aviation de combat couplé avec les  capacités accrues de notre flotte de transport a eu d’autres conséquences souvent occultées et dont la mise en évidence s’impose.

Alors que jusqu’ici on voyait surtout dans la technique du ravitaillement en vol des avions de combat tactiques le moyen d’assurer un déploiement rapide de ces derniers sur les théâtres les plus lointains, l’opération conduite en Mauritanie fin 1979 à partir de Dakar avec une poignée de Jaguar pour contraindre le Polisario à cesser ses raids au cœur de ce pays a révélé que cette technique permettait aussi – et surtout – d’atteindre des objectifs même très lointains – c’est à dire à plus de 1.200 kilomètres de la base de départ avec retour sans escale sur cette dernière (9). Grâce à la mise en service, dans les mêmes années 70 d’un nouvel appareil de transport tactique déjà mentionné, le C160 Transall caractérisé par une capacité d’emport plus importante et une plus grande  distance franchissable, démonstration était faite de la possibilité de soutenir depuis la métropole des détachements d’appareils de combat déployés sur des terrains très éloignés et exigeant ainsi sur place un soutien en personnels allégé. De nouvelles perspectives d’interventions étaient ainsi ouvertes, imposant un nouveau style aux opérations extérieures. L’armée de l’air était amenée du coup, on le sait, à étendre dans un premier temps la capacité de ravitaillement en vol aux Mirage F1 nouvellement mis en service avant de l’étendre ensuite  à l’ensemble de la flotte de combat.

La technique du ravitaillement en vol a permis également  de diminuer dans une large mesure  les inconvénients nés de l’obligation d’obtenir les autorisations de survol (10)  et d’escale nécessaires au déploiement de forces aériennes destinées à opérer  sur un théâtre extérieur, une contrainte souvent avancée pour minimiser les capacités d’interventions de l’Armée de l’Air. A partir du moment où les distances franchissables tant des avions d’armes que du transport se chiffrent  en plusieurs milliers de kilomètres,  le nombre d’escales nécessaires au déploiement  sur des théâtres éloignés diminue voire s’annule tandis que s’élargit le choix des itinéraires possibles, en incluant notamment la possibilité d’emprunter des itinéraires maritimes. Ainsi, à l’occasion d’une mise en place d’urgence de Jaguar  au Gabon, en 1982, les appareils fidèlement suivis par leur ravitailleur C135F et leur C160 n’ont emprunté que des itinéraires maritimes avec une seule escale à Dakar. Aujourd’hui, pour rallier l’Afghanistan, nos Rafale et Mirage 2000D ont le choix entre deux itinéraires, l’un “continental” via la Turquie, l’autre “maritime” via Djibouti, les deux ne comportant également qu’une seule escale.

Cette même technique offre aussi une plus grande possibilité de choix des terrains de déploiement des forces aériennes prévues pour telle ou telle opération. Grâce aux rayons d’action évoqués, un tel terrain peut, si nécessaire, se situer hors du théâtre d’opérations, à plus d’un millier de kilomètres des zones d’intervention envisagées. A titre d’exemple, en 2002, les premiers Mirage 2000D destinés à opérer au dessus de l’Afghanistan ont été déployés sur le terrain de Manas, au Kirghizistan, à plus de mille kilomètres de la zone prévue d’intervention, avec, en prime, entre les deux, la chaîne de l’Himalaya à franchir ! Un tel avantage est d’autant plus apprécié qu’aucune intervention extérieure n’est concevable aujourd’hui sans que les forces ne disposent d’un aérodrome terrestre, qu’il soit implanté au cœur du théâtre ou à l’extérieur, aérodrome indispensable en effet en toute hypothèse aux avions lourds, de transport, ravitailleurs, de guerre électronique, AWACS, sans lesquels il n’est pas possible d’opérer aujourd’hui. Ces aérodromes permettent également aux avions de combat qui y sont déployés de décoller avec le maximum de charges, dès lors que la ou les piste(s) ont la longueur suffisante, ce qui est le cas aujourd’hui pour la plupart des aérodromes modernes répartis sur la planète.

Le développement des armes air-sol guidées de très haute précision est le deuxième facteur qui a bouleversé les conditions d’emploi des forces aériennes tout en  multipliant leur efficacité. C’est pour les besoins de la guerre au Viêt-Nam que de telles armes ont été développées par les américains. Elles ont fait leur apparition sur ce théâtre dans les premières années 70. Il s’agissait essentiellement d’armes à guidage laser susceptibles d’être tirées à « distance de sécurité » (stand-of), c’est à dire en évitant à l’avion tireur de survoler son objectif, tout en étant d’une extrême précision. Le 13 mai 1972, le pont de Than Hoa était attaqué et détruit par un seul raid de huit chasseurs « Phantom » de l’USAF armés de tels missiles, alors qu’entre 1965 et 1968, ce même pont avait subi de multiples attaques à la bombe classique sans autre résultat pour les américains que de perdre dix appareils du fait de la défense adverse. C’était là une révolution de première grandeur dans le domaine tactique, révolution appelée à s’étendre au domaine stratégique. C’est ainsi que  les premiers raids aériens qui ont marqué le début de la guerre du Golfe dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991 ont été conduits, entre autres, par des bombardiers géants B52. Ceux-ci n’ont pas dévasté la capitale en larguant en aveugle des « tapis de bombes » comme au bon vieux temps. Ils ont visé au contraire des objectifs ponctuels – centres de commandement, nœuds de transmissions – situés en plein cœur de la ville, objectifs neutralisés en tirant des missiles air-sol guidés d’une précision décamétrique, sans causer de dommages collatéraux notables. Le B52, symbole du bombardement par tapis de bombes devenait le symbole des frappes dites chirurgicales même si toutes n’ont pas mérité ce qualificatif ! Il n’est pas inutile de rappeler que l’armée de l’air avait su tirer la leçon de l’expérience US au Viêt-Nam en développant pour ses Jaguar un missile air-sol à guidage laser (AS30L), missile utilisé pendant la guerre du Golfe contre des objectifs tactiques (hangars d’aérodromes militaires, navires). Elle fut la seule à utiliser de telles armes, à côté de l’USAF.

Bombes, propulsées ou non, et missiles guidés de précision sont désormais à la base des capacités offensives tactiques et stratégiques des forces aériennes, dont les nôtres, capacités dont l’importance est fondamentale dans la stratégie d’action extérieure Le développement et le perfectionnement de ces armements sont spectaculaires. Leur portée et leur précision – du décamétrique, on est passé au métrique – ne cessent de croître et leur emploi devient de plus en plus indépendant des conditions météo ou de la luminosité par le recours aux systèmes de guidage  GPS/inertiel, infrarouge ou par corrélation d’image. Leur engagement se traduit en termes non seulement d’efficacité mais aussi d’économie des forces, avec les conséquences que l’on sait sur le format de ces dernières. Que ce soit au niveau tactique ou stratégique, un nouveau style de guerre aérienne se précise désormais. Les attaques massives plus ou moins dévastatrices pour l’environnement font place aux frappes ponctuelles, réduisant de façon drastique les dommages collatéraux, frappes conduites par un nombre limité de vecteurs dont la vulnérabilité aux défenses adverses devient plus faible grâce à la portée de plus en plus grande de leur armement (11). Ce style est d’autant plus recherché que nous vivons une époque où les interventions sont conduites non pas dans le cadre de la défense directe de la mère-patrie mais dans celui d’actions extérieures visant à éliminer des fauteurs de troubles susceptibles de mettre en cause indirectement nos intérêts et ce dans des territoires plus ou moins lointains dont les populations ne sauraient être victimes des actions conduites par nos propres forces. Le résultat en est un emploi de plus en plus large des bombes et missiles guidées de précision: De 8% de la totalité des munitions air-sol tirées pendant la guerre du Golfe (1991) on est passé à 35% pendant la campagne aérienne du Kosovo, à 60% pendant la première campagne aérienne en Afghanistan (2001) et à 100% pendant les opérations en Libye. Au cours de ces quatre campagnes, la proportion de bombes ou missiles guidés de précision à capacité « tous temps » n’a pas cessé non plus de croître, passant respectivement de 0% à 3%, puis 30% et plus encore pendant l’opération Harmattan (12).

De telles capacités donnent enfin à la notion de “diplomatie aérienne” (13) une réalité qu’elle n’avait pas jusqu’ici. Elle est un volet particulier de la stratégie d’action extérieure. Par diplomatie aérienne en effet, dans son aspect “coercitif” (14) il s’agit de conduire des actions offensives ciblées appuyant une démarche diplomatique, c’est-à-dire dont le but est moins de neutraliser des forces adverses qu’à influencer  directement le pouvoir politique du pays visé. Ce qui s’est passé lors de la deuxième phase de l’offensive aérienne au Kosovo en 1999 en est un exemple. Le but des coalisés était d’amener le président Milosevic à stopper l’exode forcé de la population albanaise du Kosovo, à évacuer ses forces de cette province où devaient être déployées celles de l’Otan, le tout sous la pression des seules forces aériennes. La première phase de l’offensive avait été un échec dans la mesure où elle visait les forces serbes présentes au Kosovo, forces qui se mêlaient au flot des réfugiés albanais ou qui restaient camouflées, rendant dans un cas comme dans l’autre inopérante l’action de nos forces aériennes. Celle-ci se transformait, dans une deuxième phase des opérations, en raids stratégiques visant des objectifs au cœur de la Serbie, notamment Belgrade, objectifs soigneusement ciblés en fonction des réactions du chef d’état serbe et ce, sans causer de dommages collatéraux à la population. La destruction de tel ou tel objectif, en réponse à une déclaration ou à une attitude données du dirigeant serbe traduisait une volonté politique de ne pas se laisser impressionner par ces dernières. C’est l’extrême précision des raids qui a permis de conduire une telle stratégie relevant de la diplomatie aérienne coercitive laquelle a finalement amené Milosevic à accepter le déploiement au Kosovo  de forces de l’Otan (juin 1999).

Intervenir les premiers, vite et loin, de façon sélective, dosée, sans risques de bavures, avec des forces aériennes de combat et de transport dont les vecteurs deviennent de moins en moins nombreux au fur et à mesure de l’accroissement de leurs performances est une chose. Encore faut-il au préalable avoir une connaissance précise des conditions d’engagement sur le terrain, c’est à dire sur l’adversaire, ses défenses, ses points de vulnérabilité. Encore faut-il, en cours d’opération, disposer d’un environnement opérationnel adapté, un environnement dont la tendance est, quant à lui, de prendre de l’ampleur : avions de surveillance du ciel (Awacs), avions de surveillance du sol (Jstars) (15), avions de guerre électronique... ravitailleurs, et ce pour assurer la sécurité et coordonner l’intervention aussi bien des avions que des hélicoptères et des drones – qu’il s’agisse d’attaque, de reconnaissance, de défense – tout en étant capables de répondre aux contraintes du contrôle politique. Cela fait du monde et tout ce monde doit pouvoir être identifié, recueillir et échanger les données tactiques entre les différents niveaux de la chaine de commandement. Dans les situations le plus souvent mouvantes caractérisant les situations de crises ou de guerre actuelles, il s’agit également de réduire au maximum le délai entre le moment où un objectif est décelé et celui où il est attaqué, après recueil, analyse de cet objectif, décision de l’attaquer et l’attaque elle même. C’est la boucle de John Boyd dite OODA (observe, orient, decide, act). Tout repose sur le recours aux technologies de l’information et de la communication les plus modernes, sur la mise en œuvre de centres de commandement et de contrôle des opérations aériennes capables de suivre en temps réel les opérations, capables de mettre en réseau les différents acteurs, ce qui passe notamment par le recours aux transmissions satellitaires, la numérisation des données et le développement de l’interopérabilité entre nos propres systèmes et ceux des alliés. L’armée de l’air, lors de l’opération Harmattan (16), a récolté les fruits de l’attention qu’elle a portée depuis de nombreuses à l’ensemble de ces domaines: Rôle déterminant du centre de commandement et de contrôle de Lyon Mont Verdun au lancement de l’opération, engagement dans la semaine précédant Harmattan de Mirage F1CR de reconnaissance et de Transall de guerre électronique  destinés à recueillir le maximum de renseignements sur le futur théâtre, déploiement d’un de ses awacs et des ravitailleurs nécessaires aux raids prévus, recours à la liaison 16 sur nos appareils permettant l’échange des informations, y compris des images entre les différents intervenants, aptitude des équipages à opérer dans un environnement interallié. Le résultat est connu.

                                                                       °°°

Cet aperçu des capacités de l’Armée de l’Air dans le cadre de notre stratégie d’action extérieure et notamment les succès enregistrés lors des récentes opérations en Libye ne sauraient cependant masquer les lacunes et faiblesses qui subsistent aujourd’hui dans certains domaines. Quatre d’entre elles doivent être évoquées :

 

·         - La flotte de combat est dotée d’un matériel excellent. Les armements et équipements dont elle dispose et la qualité des équipages la placent au premier rang des flottes européennes. Mais cette flotte se rétrécit comme peau de chagrin et ne saurait, à elle seule, supporter dans la durée des opérations de haute intensité ou exigeant l’engagement d’un volume important de forces. Les excellentes disponibilités maintenues dans les détachements qui ont opéré pendant Harmattan (95%) n’ont été obtenues qu’au prix d’un recours aux ressources logistiques et techniques offertes par les appareils non engagés, ce qui, à terme, pose de sérieux problèmes d’entraînement. Quant au nombre d’appareils de combat engagés, il était dans chaque unité concernée, relativement faible.

 

·         - Le transport aérien a certes rempli son contrat mais son potentiel est en chute libre avec le retard pris par la sortie du très attendu A400M.

 

·         - La question du remplacement de nos ravitailleurs C135F, en service depuis 1964, c’est à dire depuis près de cinquante ans se pose avec acuité. La solution existe – l’A330 adapté à la fois au transport stratégique et au ravitaillement en vol des appareils de combat (programme MRTT – MultiRol Tanker and Transport). Cet appareil a été commandé par la Grande Bretagne et l’Australie. Il devrait figurer dans la prochaine loi de programmation...

 

·         - La France prend un retard sérieux dans le domaine des drones. Les services rendus par le Harfang (drone intérimaire) utilisé tant en Afghanistan qu’au-dessus de la Libye ont confirmé tout l’intérêt de ce genre de vecteur dans la mesure où il est effectivement capable d’assurer une permanence au dessus d’un théâtre. Le Harfang n’a cependant pas de capacités d’attaque, ce qui le pénalise lourdement par rapport à ceux mis en œuvre notamment par les Américains. Le besoin est reconnu mais la solution retenue – le drone « Heron » israélien adapté aux besoins français – apparaît une solution sans doute coûteuse et sûrement réalisable seulement à long terme (> 2020 ?).

                                                                        °°°

Puisse ce texte appeler en tout cas l’attention des uns et des autres sur l’importance des efforts qu’il nous reste à consentir pour que nos forces aériennes  continuent de jouer dans les années à venir le rôle qui doit être le leur au sein de nos armées et ce, pour une meilleure défense de nos intérêts en Europe et dans le monde.

 

Général Michel FORGET – Décembre 2011.

 

 

 

 

 

 

Renvois :

 

(1)   Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept.

 

(2)    La première Instruction officielle instaurant ce système date de 1964.

 

(3)   Vautour B : bombardier léger, bimoteur, sans possibilité de ravitaillement en vol. Le Nord 2501 : bimoteur, premier avion-cargo français, entré en service au milieu des années 50. Il avait un rayon, d’action limité (2 tonnes sur 2500 kilomètres) soit deux escales et près de 11 heures de vol pour rejoindre Dakar depuis la métropole. Etait néanmoins très supérieur à son prédécesseur, le DC3 (2 tonnes sur 1800 kilomètres) qui n’était pas un avion-cargo.

 

(4)   Jaguar : chasseur bimoteur franco-britannique apte au ravitaillement en vol, destiné à l’attaque au sol, mis en service à partir de 1975 (l’armée de l’air comptera jusqu’à neuf escadrons de Jaguar). Le Mirage F1 entré en service à la même époque sera rendu apte au ravitaillement envol à la fin des années 70.

 

(5)   C160 Transall : remarquable avion de transport tactique franco-allemand entré en service en 1968. Bimoteur. Ses performances en rayon d’action et en capacités d’emport étaient plus du double de celles du N2501 : 5 tonnes sur 5000 kilomètres.

 

(6)   En Afghanistan, les talibans ne manquent pas d’utiliser des IED (Improvided Explosive Device), engins explosifs redoutables commandés à distance.

 

(7)   F100 : chasseur monoplace transsonique adapté aux missions d’attaque au sol et de pénétration. A équipé dans les années 60 deux escadres de chasse de l’armée de l’air.

 

(8)   C135F : avion ravitailleur quadriréacteur dérivé du Boeing 707 dont 15 sont actuellement en service dans l’armée de l‘air.

 

(9)   Le 19 mars 2011, soit trente années plus tard, Rafale et Mirage 2000D ont attaqué depuis leurs bases de stationnement des objectifs situés à 2300 km de ces dernières avec retour directe sans escale.

 

(10) Aucun moyen ne permet d’éliminer ce problème des autorisations de survol. Ainsi les appareils de notre porte-avions opérant dans l’Océan Indien et destinés à intervenir en Afghanistan ne peuvent se passer de l’autorisation de survol du Pakistan.

 

(11) Cette portée va de quelques kilomètres pour les premiers missiles à guidage laser à plusieurs dizaines de kilomètres pour les armements air-sol modulaires (A2SM) propulsés et  à plusieurs centaines de kilomètres pour les missiles de croisière comme le SCALP, tous missiles et bombes qui ont été tirés au cours de opérations de Libye.

 

(12) Proportion exacte non diffusée à ce jour.

 

(13) La diplomatie navale est mieux connue. Elle répond à la même définition, avec des moyens évidemment différents.

 

(14) La diplomatie aérienne peut être aussi une diplomatie de « coopération » (expression de Mr Coutau-Bégarie). Elle a alors pour but de renforcer les liens d’amitié avec un pays donné ou de démontrer l’intérêt que l’on porte à celui-ci par la participation d’éléments de nos forces aériennes à de démonstrations en vol, voire à des manœuvres avec les forces aériennes du pays en cause.

 

(15) Quadriréacteur de l’USAF : « Joint Surveillance Tracking Attack Radar System » utilisé notamment pendant la guerre du Golfe et équipé pour détecter les mouvements au sol alors que l’AWACS, lui aussi quadriréacteur (Air Warning Control System) est spécialisé pour la surveillance de l’espace aérien.

 

(16) Nom de baptême de l’opération conduite au-dessus de la Libye.

 

 

 

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Publié le 27 Novembre 2011

Issy-les-Moulineaux – 21 Février 2010 – Inauguration de la place Missak Manouchian. André Santini, député-maire, est entouré d’Arsène Tchakarian (à gauche) et d’Henry Karayan (à droite).

Cliché F. E. Rignault.

 

 

Extrait du journal Le Monde du 25 novembre 2011 ; article écrit par Dominique Buffier.

 

"Je n'ai jamais tué d'Allemands, je n'ai tué que des nazis", répondait-il lorsqu'on l'interrogeait sur ses actions armées durant la Résistance. Avant-dernier survivant du groupe Manouchian, vice-président de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants arméniens, Henri Karayan est mort le 2 novembre, à Paris, à l'âge de 90 ans.

 

Né en 1921 à Istanbul, d'une famille arménienne victime du génocide de 1915, Henri Karayan arrive en France à l'âge d'un an et demi. La famille Karayan s'installe à Décines (Rhône) près de Lyon. Son père est responsable, en 1921, du comité de secours pour l'Arménie, une association qui vient en aide à l'Arménie soviétique isolée, alors, par le blocus des armées alliées.

 

Union populaire franco-arménienne.

 

En 1938, quand ce comité est dissous, Missak Manouchian, militant communiste depuis 1934, met en place une nouvelle structure sous le nom d'Union populaire franco-arménienne et fait la tournée des communautés arméniennes en France. C'est dans ce cadre que le jeune Henri Karayan, âgé de seulement dix-sept ans, fait sa connaissance.

 

"La première fois que j'ai rencontré Manouchian, rappelait-il, nous avons passé l'après-midi ensemble. Tout ce qu'il me disait résonnait en moi. Nous partagions les mêmes convictions". "Je pensais ne jamais le revoir. Nos routes avaient peu de chances de se croiser de nouveau. C'était compter sans la pression des événements", ajoutait Henri Karayan, dans un entretien avec le journaliste Jean Morawski publié en 2000 par L'Humanité. Ces "événements" se traduiront d'abord, en mai 1940, par son incarcération à la prison de Saint-Paul de Lyon comme – faute d'autres charges - "individu douteux".

 

Opérations armées à partir de 1943.

 

Après un transfert au camp de Loriol (Drôme) puis celui de Vernet (Ariège), il est contraint d'aller travailler en Allemagne, où, dans la région de Dortmund, il retrouve un jeune communiste juif, Léo Kneler, ancien des Brigades internationales et dont il avait fait connaissance à Vernet. C'est en sa compagnie qu'il s'évade et, en mars 1942, rejoint Paris où il reprend contact avec Manouchian. Participant d'abord aux distributions clandestines de tracts ou de l'Humanité, il rejoint en avril 1943 le groupe de jeunes FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main d'œuvre immigrée) sous le commandement de Manouchian et participe à de nombreuses opérations armées.

 

C'est de justesse qu'il échappe, avec son camarade Arsène Tchakarian, à la rafle qui mena au peloton d'exécution 23 membres du groupe le 21 février 1944 au Mont-Valérien. C'est en hommage à cet épisode tragique que Louis Aragon devait écrire en 1955 le poème Strophes pour se souvenir, plus connu sous le nom de l'Affiche rouge, qui sera mis en musique et chanté, en 1959, par Léo Ferré. Arsène Tchakarian, 95 ans, est désormais le dernier survivant du groupe Manouchian.

 

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Publié le 18 Novembre 2011

Pilotes US DBP

 

Au milieu des éclatements de DCA, un C-119 Packet effectue un largage lourd sur le camp retranché de Dîen Bîen Phu  (photo DR).

 

 

A Issy-les-Moulineaux, Place des Combattants d'Indochine et de Corée, le 8 juin dernier : comme tous les ans, et comme partout en France en ce jour de commémoration, la sonnerie aux morts retentit pendant que s'inclinent les drapeaux des associations patriotiques. Devant les autorités qui viennent d'y déposer gerbes et coussins, la simple plaque porte ces mots :

 

« A NOS COMPAGNONS MORTS POUR LA FRANCE

EN INDOCHINE ET EN COREE »

 

Et parmi ces compagnons, je pense à ces pilotes américains abattus sous les cocardes françaises...

 

Là, beaucoup d'entre vous m’arrêteraient : « Mais non ! Votre mémoire s'égare ! C'est à Marnes-la-Coquette que se trouve le mémorial de l'Escadrille Lafayette que nous fleurissons chaque année le dernier lundi de mai, jour du « Memorial Day », en souvenir de ces aviateurs américains venus combattre et, pour plus d'une soixantaine d'entre eux, mourir en France, à partir de 1916, avant même l'entrée en guerre officielle de leur pays ! ».

 

Et pourtant, écoutez ce témoignage du lieutenant Bertin (*), alors pilote de transport en Indochine, la veille de la chute de Dîen Bîen Phu :

 

« Les Américains, comme chaque jour, vont parachuter sur « Isabelle ». Dès leur arrivée, un des leurs a dû être touché. Ils sont canonnés violemment sur leur DZ. Le gouvernail de profondeur du n°125 est emporté. Le n°149 est atteint par un et sans doute deux obus de 37. L'avion perd de l'altitude, le pilote sort de la cuvette par le sud mais se trouve de plus en plus en difficulté. Son dernier message est capté par un de ses camarades qui l'a rejoint, Steve Kusak : « On dirait que ça y est, fiston ! ». Et il s'écrase dans la région de Muon Guet à cent vingt kilomètres à l'est de Dîen Bîen Phù.

 

Les deux pilotes américains, Buford et Mac Govern, sont tués. Les quatre autres membres de l'équipage sont français, trois sont tués et le quatrième, un jeune sous-lieutenant parachutiste, fraîchement débarqué en Indochine, n'est que blessé. Les Viets le font prisonnier».

 

Ces deux américains faisaient partie d'un groupe de pilotes de la compagnie aérienne civile CAT, crée à Formose après la 2ème guerre mondiale par le général Claire L. Chennault, ancien patron des « Tigres Volants », ces pilotes américains volontaires qui avaient combattu, au côté du général nationaliste Tchang Kaï-chek, d'abord contre les Japonais, puis contre les communistes de Mao Tsé-toung.

 

Lorsque, en 1953, le Haut commandement français en Indochine demanda à l'armée de l'air américaine un renfort en avions de transport, il lui fut accordé un détachement de C-119 Packet mis en œuvre par une forte équipe de mécaniciens de l'U.S. Air Force. Mais il n'était pas question que des pilotes d'active soient engagés aux côtés des équipages français qui avaient été qualifiés sur ce nouveau type d'avion. D'où l'appel à ce contingent d'une petite quarantaine de pilotes « civils » volontaires, mais composé de baroudeurs qui allaient faire preuve, dans l'enfer de la D.C.A. Viet Minh, des mêmes qualités de courage et de professionnalisme que leurs camarades du transport aérien militaire français.

 

L'unité mixte ainsi constituée, le « Détachement C-119 », comptera à la mi-mars 1954 jusqu'à 29 appareils, pilotés par vingt-deux équipages, dix de l'armée de l'air française et douze américains, chacun à deux pilotes. C'était la plus importante unité du transport aérien de l'époque et elle permettait, grâce à la capacité de la soute du Packet et la possibilité de les effectuer « par l'arrière », des parachutages ou des largages lourds sur les points d'appui de Diên Biên Phù, allant des rouleaux de barbelés aux canons de 105m/m et aux bulldozers en passant par du carburant ou des munitions.

 

Plus de quarante appareils de l'U.S. Air Force, mais volant sous cocardes tricolores, seront successivement affectés au détachement dont les pilotes américains effectueront près de 700 sorties au dessus du camp retranché. L'un d'eux, Paul R. Holden en place copilote droite, reviendra sur le n°536, le 24 avril, un bras déchiqueté par un obus de 37 et, le 6 mai 1954, c'était l'équipage McGovern / Buford qui disparaissait.

 

James McGovern était une des figures de ce détachement. Dans son livre de souvenirs le lieutenant Bertin fait de lui ce portrait :

 

« Mac Govern était une figure haute en couleur pesant bien au-delà du quintal. Il était le seul Américain parlant français. Cet énorme personnage, surnommé « Mac Goon » ou « Earthquake » (**) s'était glorifié à une autre époque de quelques neuf victoires contre les Japonais (***), mais il était tombé plus tard, prisonnier des Chinois communistes. Ils ne le retinrent d'ailleurs que six mois en captivité, n'ayant pas les moyens, affirmaient quelques-uns de ses collègues, de le nourrir. C'était un bon vivant, un bon et solide pilier de bar... »

 

Les restes de James McGovern, retrouvés en 2002 dans une tombe anonyme du nord-Laos grâce aux efforts d'anciens de la CAT, seront formellement identifiés en septembre 2006  et quelques semaines plus tard, le 28 octobre, « Earthquake McGoon » rentrait enfin au pays après plus d'un demi-siècle d'exil en terre étrangère...

 

L'année précédente, le 24 février 2005, les sept pilotes américains encore en vie, sur les trente-sept ayant participé à cette opération, avaient reçu, des mains de notre ambassadeur de France aux États-Unis, la croix de Chevalier de la Légion d'honneur.

 

 

 

Général Jean-Claude Ichac.

Président honoraire du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux.

 

 

 

Sources :

 

(*) En remerciant le Colonel (er) Marc Bertin qui a autorisé pour ce texte l'utilisation d'extraits et d'informations tirés de son livre : « Packet sur Diên Biên Phù » (1991).

 

(**) « Eathquake » : Tremblement de terre !

 

(***) En fait quatre victoires en combat aérien auxquelles il faut ajouter cinq avions japonais détruits au sol.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 13 Novembre 2011

 

Louis Astoul 1

 

En février 2010, le Comité du Souvenir Français avait publié sur ce site l’histoire de Louis Raymond Jean Astoul, sous-lieutenant au 4ème dragon, demandant à passer dans l’infanterie coloniale – « la biffe ». Il prenait alors un commandement au sein du 70ème bataillon de tirailleurs sénégalais.

 

Au moment de l’offensive de l’armée française sur le Chemin des Dames, en avril 1917, le sous-lieutenant Louis Astoul mourrait glorieusement au Champ d’honneur, comme des dizaines de milliers de jeunes camarades. Quelques années plus tard, son père, ancien officier d’administration principal des Subsistances, faisait élever une tombe monumentale au cœur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux à la mémoire de son fils.

 

Au début du mois de novembre 2011, notre comité a retrouvé un second monument élevé à la mémoire du sous-lieutenant Astoul, là même où il fut tué : « A la mémoire de notre fils bien-aimé, le sous-lieutenant Louis Astoul, du 70ème sénégalais, tombé glorieusement dans ces parages, à l’âge de 24 ans, au cours de l’assaut du 16 avril 1917, et de ses camarades ».

 

Mort en 1923, à l’âge de 63 ans, JP Louis Astoul repose auprès du souvenir de son fils. Et en 1949, à l’âge de 81 ans, Mme Astoul rejoint son époux.

 

L’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale a été signé il y a 93 ans. Il était le premier acte de la conclusion d’un conflit terrible qui avait duré quatre années, « à la onzième heure, du 11ème jour, du 11ème mois ». Il convient de ne pas passer sous silence la similitude des dates : nous voici ce jour, le 11ème jour, du 11ème mois, de la 11ème année du siècle nouveau. Récemment, les résultats d’une étude d’opinion étaient affligeants pour la mémoire collective : à la question «  Que signifie pour vous le 11 novembre ? », un Français sur deux n’a pas su répondre. Dans son ouvrage, Les Croix de Bois, Roland Dorgelès a écrit : « On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois ».

 

A Issy-les-Moulineaux, la municipalité, les associations d’anciens combattants et le Souvenir Français s’évertuent pour qu’il n’en soit pas ainsi, et que, comme les 869 autres isséens, le sous-lieutenant Louis Astoul ne soit jamais oublié.

 

Retrouvez les photographies de notre voyage au Chemin des Dames et des cérémonies du 11 novembre à Issy dans l’album intitulé : 2011-11-11, Chemin des Dames et Issy.

 

 

 2011-11-11, Issy 022

 

 

 

De gauche à droite : Commander Alexander Tesich, président des VOFW ; Marie-Auguste Gouzel, maire-adjoint en charge des anciens combattants ; André Santini, député-maire, ancien ministre ; Christian Poujols, président de l’UNC ; Roger Fleury, président de l’UFAC et de la FNACA, général Roland Glavany, président d’honneur du Souvenir Français, général Jean-Claude Ichac, président honoraire du Souvenir Français.

 

 

 

 

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