Publié le 1 Juin 2009

 

Christian Poujols, président de la section d’Issy-les-Moulineaux de l’Union Nationale des Combattants, a participé à la guerre d’Algérie en tant que parachutiste au sein de la 10ème Division parachutiste. Sur le terrain d’aviation « La Cigogne », près de Blida, il a assisté à une aventure incroyable.

 

 

 

 

« C’était le 23 septembre 1958. J’étais en Algérie depuis quelque temps déjà. Dans les régiments de parachutistes, il y a plusieurs catégories de sauts : des sauts de jour, de nuit, avec ou sans armes… Et puis, chaque année nous avions des sauts d’entretien.

 

L’avion de l’époque était le Nord Atlas 2501. C’était un avion à tout faire : il pouvait aussi bien prendre des passagers civils que militaires ; des marchandises ou des équipements pour l’armée. Une de ses particularités consistait en l’ouverture du fuselage à l’arrière. Cela offrait une possibilité multiple de largages, au même titre que ses transports. Je crois qu’il avait été surtout construit sous licence par la SNECMA (à l’origine, c’était une conception de la Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord ou SNCAN).

 

Alors voilà. L’avion décolle de La Cigogne, son chargement et le largueur à bord. Un gars du 1er REP (Régiment Etranger de Parachutistes).  Le largage devait se faire sur la zone de saut du terrain d’entraînement. Cela faisait partie des exercices habituels des largueurs, du contrôle du matériel… Lequel largueur sautait systématiquement, en saut d’entretien, après avoir « basardé » le matériel.

 

L’opération commence. Tout semble normal. Nous sommes au sol. Nous regardons l’exercice par simple routine. D’un seul coup, à l’arrière de l’appareil, c’est la stupéfaction : l’avion traine le parachutiste derrière lui ! On voit bien que le gars du 1er REP n’a pas pu sauter car les suspentes de son parachute sont restées accrochées à je ne sais quoi au cœur de l’avion. La tour de contrôle prévient le pilote qu’il doit atterrir immédiatement. Vous imaginez un peu le message du contrôleur aérien au pilote de l’Atlas : « Reviens vite, le para que tu devais larguer vole derrière toi ! ». Je suppose que le gars avait essayé de couper les suspentes pour ensuite utiliser son ventral. En vain.

 

L’avion atterrit. Il bloque ses freins pour parcourir le minimum de terrain, avec son délicat paquetage. On se précipite vers le para, persuadé que nous sommes en présence d’un gars mort ou déchiqueté. Et là : point de mal ! Le parachutiste est relevé, puis placé sur un brancard et zou : dans une ambulance. On ne lui trouva que deux côtes cassées ! »

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 20 Mai 2009


Formation musicale.

 

 

 

 

Vincent d’Indy nait à Paris le 27 mars 1851, au sein d’une famille aristocrate, formée de possédants et de militaires, et originaire de la région du Vivarais (sud de l’Ardèche). Les d’Indy sont de ces milieux de la grande bourgeoisie parisienne, qui vouent leur temps aux affaires et aux mondanités. La musique tient une grande place dans leur vie. Antonin, le père de Vincent, est violoniste amateur. Sa grand-mère, Rézia d’Indy, épouse de Théodore d’Indy, chef d’escadron dans la Garde royale, est une pianiste avertie. Elle a suivi les cours de professeurs prestigieux comme Jean-Louis Adam et Kalkbrenner. C’est elle qui assure l’éducation et la formation musicale du jeune Vincent.

 

Entre 1862 et 1870, Vincent d’Indy étudie le piano avec Louis Diémer, l’harmonie avec Albert Lavignac, puis au hasard d’un déménagement avenue de Villars (dans le quartier des Invalides à Paris), la famille d’Indy fait la connaissance du compositeur Henri Duparc. Aîné de trois ans de Vincent, les deux jeunes hommes se lient d’amitié. Leur rencontre est fructueuse et pendant les années 1870, ils travaillent ensemble presque quotidiennement.

 

En 1869, année de l’obtention de son baccalauréat, Vincent d’Indy voyage en Suisse, en Autriche et en Italie.

 

La Guerre franco-prussienne.

 

Mais l’heure est à la guerre. En juillet 1870, l’empereur Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Après quelques semaines, les ennemis sont aux portes de Paris. Vincent d’Indy n’hésite pas et s’engage dans la Garde nationale. Il est affecté au Bataillon 105 qui tient garnison au fort d’Issy. Il n’a pas oublié que sa famille compte de nombreux militaires et il tient lui-aussi, à servir sa patrie comme l’a fait un bon nombre de ses aïeux. Il participe aux combats, avec courage, ce qui lui vaut de recevoir les galons de caporal et une citation. Dans un livre, publié en 1872, intitulé Histoire du 105ème bataillon de la garde nationale en 1870-71 par un engagé volontaire dudit bataillon de dix-neuf ans, il raconte ses souvenirs et pleure la capitulation de l’Armée française : « J’assure que, tous, nous aurions consenti à souffrir encore trois fois plus pour ne pas subir une honte pareille… ».

 

 

Premières œuvres.

 

Même si Vincent d’Indy a déjà publié quelques œuvres à la fin des années 1860, comme les Quatre romances sans paroles, Angoisse, La Chanson des aventuriers de la Mer, sa production démarre après le conflit franco-prussien. Il devient l’élève du grand compositeur César Franck, puis il voyage en Allemagne. Il découvre Franz Liszt et Johannes Brahms. A Bayreuth, on lui autorise, grâce à une porte dérobée, de visualiser, de dos, le grand Richard Wagner.

 

En 1875, Vincent d’Indy épouse sa cousine, Isabelle de Pampelonne. Par la suite, et jusqu’en 1878, il tient plusieurs postes, dont la maîtrise d’orgues de Saint-Leu la Forêt. Il continue à composer et, en 1885, il obtient le Grand Prix de la ville de Paris pour son poème dramatique, Le Chant de la Cloche. Cinq années plus tard, à la mort de César Franck, il est élu président de la Société Nationale de Musique (il en était le secrétaire depuis 1876). Il devient également professeur au Conservatoire de Paris et est fait chevalier de la Légion d’honneur.

 

 

La Schola Cantorum.

 

En 1894, avec ses compagnons Charles Bordes et Alexandre Guilmant, il créé la Schola Cantorum. Au départ, cette école a pour vocation l’étude de la musique religieuse, mais peu à peu, elle devient une école d’enseignement de très haute tenue. Erik Satie, Isaac Albéniz, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Edgard Varèse, Albert Dupuis, en sont élèves. Leur célébrité et leur génie musical sont la meilleure des illustrations des enseignements reçus.

 

A partir de 1904, et jusqu’à sa mort, Vincent d’Indy est le directeur de cette école.

 

Des tournées triomphales.

 

En 1895, Vincent d’Indy réalise des tournées en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas. Il est bientôt fait chevalier du roi Léopold de Belgique ; partout, ce n’est que triomphe et acclamation du public. En 1905, il tourne aux Etats-Unis, à la tête de l’Orchestre symphonique de Boston. Il y interprète des œuvres d’artistes contemporains : César Franck, – qu’il défend avec passion – Gabriel Fauré, Ernest Chausson ou encore Albéric Magnard.

 

Son épouse rend son âme à Dieu la même année. Vincent d’Indy se réfugie encore et toujours dans le travail. En même temps, il prépare des représentations à l’Opéra de Paris, étudie des musiques religieuses comme la messe en si de Jean-Sébastien Bach, et compose des opéras et autres pièces.

 

En 1912, il est fait officier de la Légion d’honneur. Il devient membre de l’Académie royale d’Angleterre, de la Société pour la Promotion de la Musique aux Pays-Bas, de la commission pour l’enseignement de la musique de la ville de Paris. Il est aussi membre du jury du Conservatoire de musique de Lyon, entre 1906 et 1922.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, il reste à Paris, avenue de Villars, dans cet appartement qu’il habite depuis sa tendre enfance. Il fait la connaissance de Caroline Janson, une jeune pianiste (trente-six ans les séparent) qui devient élève avant de l’épouser en 1920. Le couple fait construire une villa, à Agay, sur les bords de la Méditerranée. Vincent d’Indy délaisse alors le château familial des Faugs à Boffres en Ardèche.

 

Vincent d’Indy continue, pendant les dernières années de sa vie, à mêler composition et enseignement musical, défendant une certaine « moralité » de l’œuvre artistique. Il s’éteint à Paris, le 2 décembre 1931. Apprenant sa mort, le journaliste du Journal de Genève, Henri Gagnebin indique : « Et maintenant l’infatigable travailleur prend son repos ».

 

Œuvres.

 

Parmi les nombreuses œuvres de Vincent d’Indy, il convient de noter : La Forêt Enchantée, Jour d’été sur la montagne, Wallenstein, en musique orchestrale ; des Sonates pour piano, pour violon et violoncelle, en musique de chambre ; Le Chant de la Cloche, en musique vocale ; Attendez-moi sur l’orme, Le Rêve de Cinyras ou encore la Légende de Saint-Christophe, parmi les cinq opéras composés par ses soins.

 

Des disques d’œuvres de Vincent d’Indy sont disponibles, aux Editions EMI ou Erato.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 12 Mai 2009

En ce vendredi 8 mai, Issy-les-Moulineaux a commémoré la fin de la Seconde Guerre mondiale (64ème anniversaire). En présence d'André Santini, ministre-maire, de Frédéric Lefebvre, député, des présidents des asociations d'anciens combattants et de nombreux élus et de personnalités, parmi lesquelles il convient de citer Michel Leclerc de Hautecloque, fils du général Philippe Leclerc, et devant les troupes des unités parrainées par la ville, notre ami Robert Choffé a reçu la médaille militaire, en reconnaissance de son engagement en 1944 et sa participation aux combats, dont la libération de l'île d'Oléron. Retrouvez toutes les photographies de l'évènement dans l'album intitulé "2009-05-08, Issy".
 


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Publié le 5 Mai 2009

 

Le commander Alexander Tesich, à gauche de l’ancien président américain George W Bush, lors d’une commémoration au cimetière américain du Mont Valérien.

 

 

L’association “Veterans of Foreign Wars of the United States” (VFW), est une organisation officielle de vétérans de l’armée américaine. Elle regroupe ainsi près de 1,5 millions de membres, ce qui en fait la plus importante organisation de ce genre dans ce pays.

 

Pour pouvoir appartenir à cette organisation, il faut être citoyen américain, avoir servi dans l'armée américaine et avoir été congédié de manière honorable de l'armée. Il faut de plus avoir servi dans l'armée dans un corps expéditionnaire à l'étranger durant un conflit et avoir été décoré d'une médaille ou d'un ruban. Parmi ces décorations se trouvent la SSBN Deterrent Patrol Insignia, le Combat Infatryman Badge, le Combat Medic Badge, le Combat Action Ribbon, le Combat Action Badge, l'Air Force Combat Action Medal et l'Air Force Expeditionary Service Ribbon (avec le bord doré).

 

Il est également suffisant d'avoir servi durant 30 jours consécutifs ou soixante jours non consécutifs en Corée. Les soldats qui sont actifs en zones de combat peuvent prétendre à l'organisation. L'organisation est reconnue officiellement par le Congrès américain depuis 1936. L'organisation a un poids électoral assez important et en profite pour réaliser un peu de lobyying au niveau du gouvernement américain pour améliorer les avantages des vétérans (pensions, soins de santé). L'organisation redistribue des montants importants d'argent à différentes associations sociales.

 

Son quartier général se situe aux Etats-Unis, 406 West 34th Street, à Kansas City dans l’Etat du Missouri. L’adresse internet de son site officiel est www.vfw.org

 

A Issy-les-Moulineaux, son siège est la Maison du Combattant, 4, rue du général Leclerc et elle est dirigée par le commander Alexander Tesich, vétéran américain de la Seconde Guerre mondiale.

 

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Publié le 25 Avril 2009

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Les débuts.

 

A l’armistice de 1918, l’aviation militaire française comptait 10.000 appareils dont 3.800 en ligne, répartis en 288 escadrilles, 3.000 appareils en écoles et 3.000 en réserve. Notre industrie aéronautique était la première au monde. Elle employait 190.000 personnes et avait produit pendant les quatre années de guerre 50.000 avions et 90.000 moteurs ! Ces chiffres traduisent le spectaculaire et foudroyant développement d’une aviation qui était encore dans les limbes en 1914 avec à peine 160 avions en ligne.

 

Les premiers textes officiels la concernant se situent en effet au début des années 1910. En octobre 1910, avait été créée une inspection de l’aéronautique chargée de suivre les progrès de l’aviation et d’en étudier les applications au domaine militaire. Deux ans plus tard, en mars, une loi avait été promulguée fixant les grandes lignes de l’organisation de notre aviation militaire.

 

Au début du conflit, bombardement et observation étaient les premières et seules missions envisagées pour l’aviation, et ce, aussi bien côté Français qu’Allemand. A la mi-août 1914, des appareils français bombardaient les hangars à dirigeables de la base de Metz, tandis qu’en septembre, Paris subissait son premier raid aérien – quelques bombes larguées (de fait, des obus de 90mm) sans causer de dommages significatifs. De telles actions n’eurent aucune influence sur le cours des événements. Plus important en revanche allait être le rôle de l’aviation d’observation : le 3 septembre 1914, un de nos appareils confirmait l’infléchissement vers le sud des colonnes allemandes, lesquelles se détournaient ainsi de la capitale. Même s’il ne fut pas le seul, ce renseignement devait conduire le général Joffre à donner le signal de la contre-offensive. Et ce fut la victoire de la Marne.

 

En novembre 1914, était constitué le premier groupe de bombardement, le GB1, suivi de trois autres entre cette date et mars 1915. Ces groupes étaient équipés d’appareils Voisins, biplans, biplaces, volant à une vitesse de 90 km/h, équipés d’un moteur de 80 CV dont l’hélice, placée à l’arrière présentait l’avantage d’offrir une grande visibilité verticale. En mai 1915, un raid de 18 de ces appareils était dirigé contre des usines d’armement de Ludwigshafen, laissant entrevoir ainsi le rôle stratégique de l’aviation.

 

L’action aérienne dans les domaines évoqués devait entraîner une réaction, celle de l’artillerie visant à s’opposer aux survols ennemis et surtout celle d’avions cherchant à abattre en vol les appareils de l’adversaire. C’est ainsi que le 5 octobre 1914, un équipage français (sergent-pilote Frantz et son mécanicien Quenault) remportait, pour la première fois au monde, une victoire aérienne en abattant au fusil mitrailleur de bord un biplace allemand. Un nouveau rôle se dessinait pour l’aviation : la chasse ! Un rôle qui eut d’abord du mal à s’affirmer en l’absence de toute étude sur le tir aérien.

 

 

Verdun.

 

C’est la bataille de Verdun – février à décembre 1916 – qui allait imposer définitivement le fait aérien dans la conduite des opérations militaires. L’offensive allemande déclenchée fin février reposait en effet sur l’engagement d’une puissante artillerie dont le réglage devait être assuré par des observateurs installés dans des ballons captifs. Le total était protégé par une flotte de près de 300 avions concentrés sur la zone et destinés à interdire toute intrusion d’appareils cherchant à détruire lesdits ballons captifs, voire les avions allemands chargés eux aussi de régler les tirs d’artillerie. L’enjeu était déterminant pour la réussite de l’offensive en question. Devant cette situation, le général Pétain convoquait un pilote très expérimenté, le commandant de Rose. Il lui ordonnait de rassembler les meilleurs pilotes de chasse afin de balayer l’aviation allemande du ciel de Verdun. S’engageait alors une bataille aérienne, la première du genre, dont le sort allait conditionner celui de la bataille au sol. La notion de bataille aérienne en vue d’acquérir la supériorité aérienne, préalable nécessaire au succès des armes, faisait son entrée dans l’Histoire. Elle ne la quittera plus.

 

Quant à notre aviation de chasse, elle acquérait à Verdun ses lettres de noblesse. Sa spécificité et son importance étaient désormais reconnus. Les premiers groupes de chasse étaient officiellement créés en octobre 1916, réunissant plusieurs escadrilles sous un même commandement afin de pouvoir agir en concentrant au maximum les forces.

 

 

Le développement de l’aviation militaire.

 

Notre aviation militaire devait connaître à partir de 1916 un développement considérable, conséquence de l’expérience acquise et aussi des rapides progrès techniques enregistrés dans tous les domaines de l’aéronautique.

 

L’aviation de bombardement partageait ses missions, d’une part, entre les attaques de concentrations de troupes, les cantonnements, les voies de communication et d’autre part, le bombardement à caractère stratégique avec une tendance de plus en plus marquée, pour ce dernier, aux raids de nuit. A l’automne 1917 cependant, la mise en service d’un nouvel appareil de bombardement – et de reconnaissance – plus puissant, plus rapide et mieux armé que ses prédécesseurs, le Bréguet XIV, permettait de relancer les bombardements de jour, notamment ceux à caractère stratégique : blocus du bassin lorrain, raids de représailles massifs sur les villes du Rhin, en liaison avec l’aviation britannique.

 

L’aviation de reconnaissance connaissait une évolution analogue et inaugurait les missions de reconnaissance stratégique de nuit.

 

L’aviation de chasse, de son côté, équipée à partir de 1917 d’un remarquable appareil, le Spad VII, affirmait son concept d’emploi. Aux missions de chasse à caractère offensif, elle ajoutait celles de couverture aérienne afin à la fois d’interdire à l’adversaire le survol de certaines zones et, d’assurer la protection de l’aviation d’observation.

 

Bombardement, reconnaissance, chasse : l’aviation militaire moderne était née. En 1918, toutes ses principales missions avaient été définies et défrichées. Afin de respecter le principe fondamental de concentration des forces, les unités aériennes étaient de plus en plus lourdes. Ainsi, en février 1918, après les escadrilles, puis les groupes, les premières escadres rassemblant sous un même commandement plusieurs groupes étaient créées. Au mois de mai suivant, naissait la Division aérienne, à savoir un ensemble de 600 appareils, moitié chasse, moitié bombardement et reconnaissance, grande unité mise à la disposition du Grand Quartier Général ou d’un groupe d’armées en vue d’une action donnée.

 

A partir d’août 1918, l’aviation était jetée en masse dans la grande bataille terrestre. Chaque offensive devait être appuyée par une force aérienne de 300 à 500 appareils : couverture de la zone d’offensive, actions de bombardements sur les arrières de l’adversaire, appui reconnaissance, appui feu rapproché des troupes par le mitraillage des tranchées adverses. En septembre 1918, ce furent même 1.500 appareils qui furent engagés en appui aussi bien direct qu’indirect de l’offensive du Corps d’armées américain destiné à éliminer le saillant de Saint-Mihiel.

 

En novembre 1918, notre aviation militaire était la première au monde. En cinq années, près de 16.450 pilotes et 2.000 observateurs avaient été formés. Elle avait acquis une expérience exceptionnelle. Elle avait contribué puissamment à la victoire, au prix de près de 5.500 pilotes tués du fait de l’ennemi ou par accident. Pour beaucoup, elle était destinée, de par l’importance de son rôle et la spécificité de ses conditions d’emploi, à constituer une armée à part entière. Ce sera l’objet d’âpres discussions et de polémiques désastreuses, pendant de nombreuses années avec les conséquences que l’on sait en 1940. Mais c’est déjà une autre histoire…

 

 

 

Général Michel Forget.

 

 

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(*) Le général de corps aérien Michel Forget, isséen, a fait une brillante carrière d’officier pilote de chasse. Il a assumé tous les commandements correspondants à sa spécialité. Il a quitté le service actif en 1983 après avoir commandé pendant quatre ans la Force Aérienne Tactique. Auteur de plusieurs ouvrages (« Puissance aérienne et stratégies » - 2001, « Guerre froide et guerre d’Algérie » - 2002, « Notre défense dans un monde en crise » - 2006, « Du Vampire au Mirage » - 2007), il est correspondant de l’Académie des Sciences Morales et Politiques et a été Vice Président national du Souvenir Français.

 

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Publié le 10 Avril 2009


Ernest, en uniforme allemand et Adèle Lerdung, née Burgy, et leurs enfants : Lucien, Bernard et Marguerite.


 

Le Traité de Francfort

 

Le 10 mai 1871, le traité de Francfort est signé entre la toute nouvelle République française et l’Empire allemand. Il stipule que la France doit verser une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or. En gage, l’est du pays est occupé (il le sera jusqu’en 1873). Et une partie de l’Alsace et de la Lorraine est annexée. Ce nouveau territoire va rapidement devenir le sujet majeur de la pensée collective française : il convient, dès que les armées seront reconstituées, de récupérer au plus vite la chère Alsace-Lorraine.

 

 

L’Alsace-Lorraine

 

L’Alsace-Lorraine est un territoire à part au sein de l’Empire allemand. Ce n’est pas un Etat ou une région, mais une province régie directement par les organes de l’Empire. Dans les faits, les lois allemandes votées par le Conseil Fédéral de l’Empire s’appliquent au lendemain de l’annexion. S’ensuit un double mouvement de population : de nombreux Français émigrent. Il leur suffit bien souvent de passer la frontière et de se poser à quelques kilomètres de là où ils étaient installés. Des villes comme Nancy ou Belfort voient leur population croître rapidement. Dans le même temps, de nombreux Allemands s’installent dans cette nouvelle « annexe » de l’Empire. Pour autant, il ne s’agit pas d’une migration massive, même si elle est plus importante dans des cités comme Metz (dont une partie est reconstruite à cette époque) que dans la région de Strasbourg.

 

Pour les Allemands, l’Alsace-Lorraine représente un nouveau territoire, qui leur appartient, soit, mais il y subsiste une population et une « manière de vivre » qui vont souvent à l’encontre des habitudes, des manières, d’outre-Rhin. Pour les Français, il convient de faire le moins de concessions possibles. D’ailleurs, l’association le Souvenir Français nait à ce moment-là, grâce à l’énergie d’un Alsacien-Lorrain émigré à Neuilly-sur-Seine : Xavier Niessen. Il croit, avec quelques amis, que le culte des morts pour la France pendant la Guerre franco-prussienne, et l’entretien de leurs tombes, peuvent et doivent constituer le trait d’union capable de conserver dans les esprits le sentiment d’unité nationale. En Alsace-Lorraine, le développement de l’association et l’enthousiasme qu’elle provoque sont tels que celle-ci est dissoute en 1913.

 

 

A la veille de la Première Guerre mondiale

 

A la suite de l’attentat de Sarajevo et de ses conséquences dans le jeu des alliances européennes, le 3 août 1914, l’Empire allemand déclare la guerre à la République française. « Nach Berlin » est-il écrit sur les wagons qui emmènent les soldats sur le front. Pour la France, cette guerre n’est qu’une histoire de semaines.

 

La population d’Alsace-Lorraine est-elle à ce moment-là farouchement opposée aux Allemands ? Très difficile à estimer. Il y a, comme toujours, des minorités d’un côté et une majorité silencieuse de l’autre. Des groupes germanophiles se forment tandis que d’autres revendiquent le rattachement à la France « d’avant », donc un refus d’intégrer l’armée du Reich. Mais, parce que la vie est ainsi faite, des Allemands, souvent fonctionnaires de l’Empire, se sont installés et ont fondé des familles. Ils sont totalement intégrés. Et dans les écoles, pour mieux se comprendre, la langue allemande est favorisée.

 

Pourtant, après les premières batailles, il en va tout autrement. Une haine sourde nait entre les deux populations. Les Allemands multiplient les vexations vis-à-vis des habitants de l’Alsace-Lorraine. Et puis, comme dans toutes les provinces de l’Empire, la région annexée est contrainte de fournir des bataillons de soldats : les Alsaciens-Lorrains sont généralement méprisés, considérés comme des « moins que rien » et sont envoyés combattre sur le Front russe, où ils servent en première ligne.

 

 

Ernest Lerdung

 

Ernest Lerdung est Alsacien, originaire du village d’Aspach (sud du département du Haut-Rhin, vers Altkirch). Comme ses concitoyens, il est enrôlé dans l’Armée allemande.

 

Selon son petit-fils, Claude, Ernest Lerdung est fait prisonnier par les Français. Plutôt que de rester dans un camp militaire, il donne son accord pour travailler pour la France et son effort de guerre. Il est alors envoyé à Issy-les-Moulineaux et œuvre dans la fabrication de cartouches pour le fusil Lebel, chez Gévelot. Cette société est à l’époque l’un des gros employeurs de la région. Développée par la famille du même nom en 1825, l’usine fabrique d’abord modestement des cartouches pour les fusils de chasse. A la fin du Second Empire, en 1867, elle se lance dans la mise au point et l’industrialisation de munitions de guerre. Les conflits franco-allemands permettant à cette activité un essor sans précédent…

 

 

 

C’est en travaillant dans ces usines, qu’Ernest Lerdung, au cours d’un accident, perd la vie. C’était le 19 octobre 1918. Il avait 28 ans.

 

Ernest Lerdung, Alsacien-Lorrain, ayant commencé la guerre, contre son gré sous l’uniforme allemand, l’a poursuivie en soutenant la France, sa patrie d’origine. Quelques mois plus tard, un tribunal le déclare « Mort pour la France ». Il est enterré au cimetière d’Issy-les-Moulineaux, dans le carré militaire.

 

 

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Publié le 4 Avril 2009

Le dimanche 22 mars 2009, une délégation du Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français s’est rendue en Picardie pour visiter les champs de bataille de la Somme qui ont vu, pendant la Première Guerre mondiale, l’Armée britannique, et ses alliés du Commonwealth, se battre aux cotés des Français contre les troupes du IIème Reich.

 

La journée a commencé par la visite de Mémorial du bois de Delville, dédié aux troupes sud-africaines qui s’y sont battues en 1916. Chargée par l’armée britannique de faire face au 4ème Corps d’armée allemand, la brigade sud-africaine, forte de plus de 3.000 hommes, tient le bois pendant 4 jours et 4 nuits, allant jusqu’aux corps à corps. A la relève, seuls 142 hommes sortent de ce carnage…

 

Ensuite, notre délégation a visité l’Historial de la Grande Guerre de Péronne et est passée sur les hauts lieux de mémoire de l’Armée britannique (monument de Thiepval, la Grande Mine, cimetières de Guillemont, de Pozières…). La journée s’est terminée par un dépôt de gerbes à la chapelle de Rancourt, érigée en mémoire du jeune lieutenant Jean du Bos, mort pour la France. La chapelle est aujourd’hui administrée par le Souvenir Français.
 

Retrouvez toutes les photographies de notre voyage en Picardie dans l’album éponyme.




La chapelle du Souvenir Français à Rancourt (Somme).
 

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Publié le 21 Mars 2009

Vue aérienne de Diên Biên Phù  - Fin 1954 - au centre, la rivière de la Nam Youn. Entre les deux points, l'ancienne piste d'atterrissage.

 

A Diên Biên Phù.

 

« A Diên Biên Phù, nous avons tous fait notre travail en soldat. Je prends en exemple les légionnaires de la Compagnie de Commandement du Bataillon (CCB) du 1/13 DBLE, qui avec sa Section Pionniers fut à toutes les pointes des combats, soit comme section de choc, soit avec les M5 Extincteurs Spéciaux que les anciens connaissent très bien et qui étaient célèbres pour leur efficacité dans les préparations d’attaque ou pour enrayer les assauts ennemis.

 

La Section Mortiers de l’adjudant Adamait fut elle-aussi à la pointe des tous les combats. Pour sa part, elle agissait soit en tir d’appui et de barrage, soit en unité de combat, ce qu’elle fit à la fin après avoir détruit ses dernières pièces. Il faut également citer le travail remarquable de l’unité de transmission, avec les caporaux Guenzi et Piccinini, le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint et tant d’autres encore. Quant au Service de santé avec Stermann, c’est bien simple, il était présent à chaque instant.

 

Je tiens également à préciser que les derniers à passer la Nam Youm, le 8 mai 1954 – c’est-à-dire le lendemain de la reddition du chef du GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest, le général de Castries) – furent les éléments de la CCB 1/13 aux ordres du capitaine Coutant, la Section Pionniers, la transmission, plus les survivants des trois compagnies du capitaine Capeiron, du lieutenant Viard, du lieutenant Bacq et du lieutenant de Chapotin. D’autres noms m’échappent. Ils passèrent vers 15h après avoir soutenu les assauts des Bodoïs sur Eliane 2.

 

Après avoir tiré le dernier obus, la Section Mortiers détruisit l’unique pièce et prit part au combat comme unité fantassin. Le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint en firent de même après la destruction des matériels de transmission. Les caporaux Guenzi et Piccinini assurèrent la liaison radio jusqu’au dernier moment avant la destruction de leur matériel.

 

C’était la fin. Les Viet arrivaient de partout. Nous étions encerclés, prêt au sacrifice suprême. Piccinini et Guenzi brûlèrent le fanion de la compagnie. Ordre était donné de nous rendre. L’humiliation.»

 

Pour ses actes de guerre et de bravoure, Giacomo Signoroni reçut la médaille militaire, sur le champ de bataille. La fin de l’aventure indochinoise est connue. Après le désastre militaire, et face à des dizaines de milliers de soldats ennemis, les troupes du Corps Expéditionnaire capitulent. S’ensuit une marche de près de 700 kilomètres, dans des conditions épouvantables, à travers la jungle pour rejoindre l’est du pays (Giacomo Signoroni est enfermé au Camp 73).

 

Les pertes humaines à Diên Biên Phù sont d’environ 3.000 morts au combat ou disparus, plus de 4.400 blessés. Le 8 mai 1954, les hommes du général Giap font 10.948 prisonniers. Au moment de la restitution de ces mêmes prisonniers, en septembre 1954, 7.658 hommes manquent à l’appel…

 

 

L’Algérie.

 

Au retour de l’Indochine, Giacomo Signoroni est muté dans un Régiment Etranger de Cavalerie. Entre 1954 et 1960, il combat les fellaghas à la frontière marocaine dans la région de Colomb-Béchar. Raccourci tragique de l’Histoire : c’est en ces lieux que disparut le 28 novembre 1947, le général Leclerc, qui avait été à le premier chef du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient en 1945-46.

 

Là, Giacomo Signoroni prend part à moult opérations dans les montagnes de l’Atlas Saharien. Puis il suit son unité à Saïda, dans l’arrière-pays oranais, non loin de Sidi-Bel-Abbès, patrie d’origine de la Légion. D’ailleurs, la perte de l’Algérie sera un traumatisme pour elle, comme pour de nombreuses unités. Même si la Légion perd dix fois moins d’hommes qu’en Indochine, de nombreux militaires pensent qu’ils ont été lâchés par le pouvoir politique, quand la victoire par les armes, elle, était acquise. Contrainte de quitter le pays, la Légion étrangère brûle en partant le pavillon chinois, pris en 1884 à Tuyen Quang, et qui ne devait pas quitter Sidi-Bel-Abbès. Elle emporte les reliques du Musée du Souvenir et exhume les cercueils du général Rollet (Père de la Légion), du prince Aage du Danemark et du légionnaire Heinz Zimmermann, dernier tué d’Algérie. Elle s’installera à Aubagne, dans le département des Bouches-du-Rhône.

 

Mais Giacomo Signoroni n’est déjà plus concerné…

 

 

Après les guerres...

 

En 1958, il se marie. De cette union, naissent une fille puis un garçon. Peu avant la naissance de son premier enfant, il quitte l’armée. Il est des rôles, des aventures, qui le temps venu, l’expérience acquise, vous semblent plus petits que le plus petits des Etres.

 

Le retour en France a lieu en 1961. Giacomo Signoroni, officier de la Légion d’honneur, commence une nouvelle vie, une nouvelle carrière au sein de plusieurs entreprises de sécurité et des centres de surveillance.

 


 

Giacomo Signoroni devant le monument au morts de la Chapelle de Rancourt, dans la Somme. 22 mars 2009.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 14 Mars 2009

 

La mission.

 

 

L'assaut contre le camp retranché de Diên Biên Phù est déclenché le 13 mars 1954, contre le point d’appui (PA) Béatrice, alors sous le commandement du commandant Pégo. C’est une pluie d’obus qui s’abat sur le PA, et ce à l’étonnement général. Le colonel d’artillerie Piroth avait juré qu’aucun obus ne serait tiré sur le camp. Prenant acte de son erreur, il se suicide quelques jours plus tard à l’aide d’une grenade. En fait, les troupes du Vietminh ont mobilisé des dizaines de milliers d’hommes pour creuser des galeries un peu partout à l’intérieur des collines qui entourent le camp retranché. Elles y ont placé des canons, qu’elles peuvent aussitôt le coup parti rentrer dans leur cachette. Le commandement français devient fou ne sachant d’où viennent les obus.

 

Quant au PA Béatrice, comme les autres PA d’ailleurs, ses constructions n’ont absolument pas été faites en prévision de bombardements. En quelques heures, les voilà pulvérisées…

 

Giacomo Signoroni : « En qualité de Chef de la Section Pionniers, je fus convoqué par le lieutenant Bacq, commandant la C.C.B. (Compagnie de Commandement du Bataillon) du 1/13 DBLE (1er bataillon de la 13ème demi-brigade), le 14 mars 1954 vers 8 heures. Etaient présents : le chef de bataillon Brinon, commandant le 1/13 DBLE, le lieutenant de Chapotin, officier de transmission du 1/13 DBLE et le capitaine Stermann, médecin-chef du 1/13 DBLE.

 

Une trêve venait d’être signée jusqu’à midi. Le lieutenant Bacq me donna des explications sur ma mission :

 

- Rassembler au complet sans armes.

- Tenue de combat, casque lourd, toile de tente, couverture, bidon plein d’eau, le maximum de brancards, pelles de campagne.

- Pas d’insigne de l’unité et du grade.

 

Mais les officiers revinrent sur ce dernier point devant ma ferme attitude à vouloir conserver les insignes de grade. Ma mission consistait en les éléments suivants :

 

- Me rendre sur le PA Béatrice – le camp retranché de Diên Biên Phù était entouré de PA aux noms de Gabrielle, Anne-Marie, Huguette, Dominique, Eliane, Claudine, Béatrice, Françoise et Isabelle – perdu la nuit du 13 au 14 mars 1954, après de durs combats.

- Récupérer les blessés, les morts, reconnaître les corps et en particulier ceux des officiers.

- Me rendre compte de la situation sur le PA Béatrice. Deux Dodge 6x6 furent mis à ma disposition, plus une jeep pour l’équipe médicale, dirigée par le capitaine Stermann, assisté du caporal infirmier Sgarbazzini et deux infirmiers de son équipe médicale.

 

L’organigramme de ma section était ainsi composé :

 

- Moi-même, adjudant Signorini.

- Sergent Trumper (qui fut tué le 17 mars 1954).

- Caporal-chef Miguel Leiva.

- Caporal Joss Mirko.

- Les légionnaires : Gutierez, Pregati, Clément, Redina, Bosio, Blanc, Andreis, Nitch, Radwaski, et d’autres encore dont les noms m’échappent plus de cinquante ans après les faits. » 

 

En direction du PA Béatrice.

 

« A 9h, à bord de nos véhicules, nous démarrâmes en direction de l’antenne chirurgicale où nous retrouvâmes l’équipe médicale du capitaine Le Damany, médecin-chef de la 13 DBLE, ainsi que le Père Trinquant, aumônier de la demi-brigade. En tête du convoi se trouvaient les quatre véhicules de l’équipe médicale, battant pavillon de la Croix Rouge : la jeep du capitaine Le Damany, une ambulance, la jeep du capitaine Stermann et le véhicule du Père Trinquant. Suivaient mes deux Dodge plus un camion GMC pour les légionnaires.

 

Le convoi prit la direction du PA Béatrice. Un kilomètre avant l’arrivée sur le PA, je remarquai deux emplacements de mines antichars, de chaque côté de la route, ainsi que plusieurs autres pour des armes automatiques, et en particulier des SKZ, placés à mi-hauteur sur les pentes qui surplombaient le chemin. De même, je vis des recoins de combats, destinés certainement à une compagnie pour une embuscade. Tous ces dispositifs ne pouvaient être là que pour nous empêcher de dégager Béatrice.

 

A l’entrée du PA, la barrière était fermée. La chapelle était intacte. Par contre, le terrain tout autour était labouré par les obus et les mortiers. Notre convoi stoppa à la chapelle. Je fis mettre pied à terre et disposait les véhicules pour le retour. Ordre était donné aux chauffeurs de ne pas bouger, prêts à toute éventualité.

 

Sur Béatrice même, régnait un silence pesant. Un silence de mort et de désolation. Les abris étaient démolis, les tranchées pleines de terre, à la suite des éclatements des obus ou des grenades. C’était évident : la lutte avait dû être dure et farouche. Mais, en dépit de ces images de dévastation, j’avais un sentiment étrange : il y avait une présence vivante autour de nous. Etait-elle amie, ennemie ? Nous partageâmes cette intuition. Aussi, disposais-je mes légionnaires en plusieurs équipes, et nous commençâmes la montée sur Béatrice. Nous progressions difficilement, fouillant avec minutie les abris à la recherche de survivants.

 

Avec l’équipe du caporal-chef Leiva, je me rendis à l’abri du PC (poste de commandement) du commandant Pegot, situé au sommet du point d’appui. Le Père Trinquant me rejoignit. Le toit de l’abri était effondré ; les créneaux et l’entrée étaient bouchés par des éboulements. Il était impossible de constater si des corps se trouvaient sous les décombres. Je présumai que les restes du commandant Pegot, du capitaine Pardi étaient ensevelis, avec tous les occupants du PC. »

 

 

Face-à-face avec un officier Vietminh.

 

« Je descendis vers la rivière appelée Nam Youm (il faut la traverser en quittant le PC du général de Castries, Béatrice étant une des collines les plus éloignées). Partout régnait ce même silence de mort. A mi-chemin, un officier Vietminh, dont j’avais remarqué la présence (certainement un commissaire politique) m’interpela et me signala que sur cette piste se trouvaient trois blessés, abandonnés, surpris comme les autres par l’attaque de nuit. Mais pour quelle raison auraient-ils été laissés là, alors que, visiblement, les Bodoïs avaient emporté les morts et les blessés du Corps Expéditionnaire ? Tout à ma mission, je remontai vers le sommet du PA et, face à la chapelle, nous trouvâmes un mort, à moitié enseveli sous les décombres. Je ne découvris pas son identité.

 

Le même officier Vietminh m’interpela à nouveau et m’indiqua que tous les survivants officiers, sous-officiers et légionnaires avaient été conduits vers des camps de captivité, les blessés vers des infirmeries et des hôpitaux, et que les morts avaient été ensevelis dans les abris effondrés et dans les tranchées. A ma demande sur le sort des officiers, sa réponse fut la suivante : « Tous les prisonniers seront bien traités chez nous ». Puis, il me confia une bouteille de rhum en me disant : « Pour vos blessés ». Enfin, il me serra la main et me souhaita bonne chance.

 

Plus de cinquante ans après, je me pose encore la question : comment cet officier ennemi a pu s’adresser à moi, alors que j’étais en mission, et entouré de trois officiers, portant bien visibles leurs galons ? Peut-être s’agissait-il encore une fois de cette philosophie vietnamienne dont on parlait tant.

 

Vers 11h, un tir d’artillerie fut déclenché depuis les camps retranchés. Les obus de 155 visaient les collines entourant le camp retranché de Diên Biên Phù. Alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur, pourquoi ce tir, sachant que des éléments français se trouvaient en ce moment même en zone Viet pour effectuer une mission humanitaire. Nous continuâmes rapidement nos recherches et nous récupérâmes les trois officiers dont avait parlé notre ennemi. Il s’agissait des lieutenants Pungier, Jego, et Carrière. Mais le temps de notre mission étant compté, nous dûmes rentrer à la base non sans avoir essuyé un nouveau tir d’artillerie à hauteur de l’antenne chirurgicale. Nous eûmes à déplorer un blessé léger.

 

Et je rendis compte de ce que j’avais vu à l’officier des renseignements et retrouvai mon unité vers midi. Plus de cinquante-cinq après, mon cher Rignault, je tiens à préciser une fois pour toutes et en particulier à ceux qui écrivent des bons livres, que les artisans de cette mission sont bien ceux cités et non d’autres. Il s’agissait bien de la 13ème DBLE et en particulier de la Section Pionniers ».

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Mars 2009

Insigne de la 13ème DBLE.
 

L’engagement.

 

Janvier 2009, rue Foucher-Lepelletier, au domicile de Madame et Monsieur Giacomo Signoroni, autour d’un verre de Marsala, nous évoquons son engagement dans la Légion étrangère.

 

Giacomo Signoroni est né en 1921 dans le petit village de Castagneto Po – connu depuis que sa native la plus célèbre est devenue Première dame de France – situé à quelques kilomètres de Turin, au cœur du Piémont. Les industries automobiles Fiat et l’agriculture, entre autres, assurent la prospérité de la région.

 

« J’ai assisté à pas mal d’atrocités, indique Giacomo Signoroni, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Italiens étaient les alliés des Allemands. Avec eux, cela pouvait aller. Tout a dégénéré quand les Américains sont arrivés et que la population s’est coupée en deux : il y avait d’un côté ceux qui voulaient se battre pour le Duce, de l’autre, ceux qui voulaient aider la libération du pays. Puis le Duce a été renversé et la liberté est revenue. Mais j’en avais trop vu. J’ai décidé d’émigrer en France, vers Nice et de m’installer. Après quelque temps, je me suis engagé dans la Légion étrangère ».

 

 

La 13ème DBLE.

 

La 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) est créée en 1940, à partir de volontaires du 1er Régiment Etranger d’Infanterie et de troupe basées au Maroc. Elle est alors composée de 55 officiers, 210 sous-officiers et 1.984 caporaux et légionnaires. Destinée à combattre en Finlande contre les troupes de la Wehrmacht, elle est finalement envoyée en Norvège, à Narvik et se couvre de gloire pour son baptême du feu. Après l’armistice, son état-major est placé en Angleterre. Une partie des légionnaires reste dans ce pays et intègre les unités de la France Libre tandis que d’autres rejoignent l’Afrique du Nord. A partir de 1942, la 13ème  DBLE est de tous les combats pour la libération de la France : Bir-Hakeim, Tobrouk, l’Italie puis le débarquement de Provence et la course vers les Vosges et l’Alsace.

 

A Nice, en avril 1945, le général de Gaulle embrasse le drapeau de l’unité, qu’il vient de décorer de la Croix de la Libération.

 

Dans le même temps, le tout jeune légionnaire, Giacomo Signoroni (il prend le pseudonyme de Signorini) intègre l’unité et part pour Bizerte en Tunisie. En son sein, il côtoie des hommes qui vont devenir des célébrités, comme le général Saint-Hillier (Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération),  ou Pierre Messmer, qui un jour sera Premier ministre de la France. Quelques mois plus tard, la Guerre d’Indochine est déclenchée.

 

La 13ème DBLE est envoyée en mars 1946 à Saigon. Sous le commandement du colonel Brunet de Sairigné, cette unité participe à tous les engagements en Cochinchine, au Cambodge et dans le centre du Vietnam, l’Annam. Les chiffres témoignent de l’âpreté des combats : entre 1946 et 1951, l’unité perd 80 officiers, 307 sous-officiers et 2.334 légionnaires.

 

Giacomo Signoroni : « Nous apprîmes la mort de notre chef le 1er mars 1948. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairigné fut tué lors de l’attaque du convoi de Dalat. Il avait 35 ans et c’était un chef exceptionnel et certainement un des plus jeunes officiers supérieurs de l'histoire de la Légion étrangère ».

 

A partir de 1951, la 13ème DBLE est transportée dans le Tonkin où, là encore, elle s’illustre à de nombreuses reprises. En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Définitivement. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos pour éviter la contagion communiste. Les 1er et 3ème bataillons y sont envoyés.


 

Largage au-dessus de Diên Biên Phù (on distingue les parachutes au centre de la photographie) - Novembre 1953.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine