Publié le 30 Mars 2013

 

 

Soldats du 4ème zouaves.

 

 Le 4ème zouaves.

 

La dénomination de zouave vient du berbère zwava, qui est le nom d’une tribu kabyle. Entièrement composés de métropolitains, les régiments de zouaves se couvrent de gloire partout où ils combattent. Leur réputation commence avec l’arrivée des Français en Algérie en 1830 : les Kabyles fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger ; avec la domination de la France, ils fourniront le Royaume puis la République. Ces unités sont également remarquables par l’exigence ultime de leur discipline ; d’où l’expression « faire le zouave » : un zouave est capable de tout faire, sur un simple commandement.

 

En 1914, le 4ème zouaves (RZ) est fort de sept bataillons. Alors que les 1er et 2ème bataillons sont en pleine campagne au Maroc, et que le 5ème bataillon est cantonné à Rosny-sous-Bois, près de Paris, les 3ème, 4ème et 6ème bataillons sont stationnés dans leurs quartiers et Bizerte et de Tunis.

 

Prosper Honoré Verpillat nait le 29 juillet 1874 à Paris. La capitale se remet peu à peu du siège de l’armée prussienne de 1870-1871. D’ailleurs, les travaux d’une nouvelle enceinte fortifiée sont votés par le gouvernement. Il grandit dans le culte de la revanche vis-à-vis de cet empire allemand qui a mis à genoux la France glorieuse et éternelle. Ses parents, qui se sont installés à Issy-les-Moulineaux, se sacrifient pour que le jeune garçon puisse passer des concours et tenter les grandes écoles. A l’âge de 20 ans, Verpillat entre à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Il choisit, comme un grand nombre de ses camarades, l’Armée d’Afrique, qui a le double avantage d’offrir de l’aventure aux jeunes gens galvanisés par les articles de l’hebdomadaire L’Illustration, et des conditions financières et d’avancement plus avantageuses.

 

La déclaration de guerre.

 

Un zouave a raconté a posteriori la mobilisation du 4èm en Tunisie et la sa guerre de 14-18: « Le 1er août 1914, à 17 heures, les quartiers de Tunis et de Bizerte furent consignés. L’ordre de mobilisation venait d’être affiché. On le communiqua aux troupes et les zouaves déjà prêts à sortir en ville débouclèrent leur ceinturon avec le plus grand calme, raccrochèrent leur baïonnette et remirent leur bourgeron comme un soir ordinaire de piquet. Dès le 4 septembre, toutes les dispositions ayant été prises, les inspections faites, le 3ème bataillon s’embarque à Bizerte et le 4ème à Tunis. En exécution du plan de mobilisation, ils rejoignent en France, au fort de Rosny-sous-Bois, les 5ème et 11ème bataillons pour former le 4ème régiment de zouaves sous le commandement du colonel Pichon. Salué par les camarades qui demeurent en Tunisie, acclamés avec enthousiasme, ils reçoivent à leur départ des marques répétées de confiance de la Colonie, déjà fière de leur passé et de leur belle attitude.

 

Les bataillons sont transportés à Alger en chemin de fer, et c’est à Alger que l’on doit prendre la mer. Le 9, le départ d’Alger sera plus solennel encore. La présence d’une composée de trois cuirassiers fera plus imposante la levée d’ancre et les honneurs rendus au Drapeau sur la place du Gouvernement. Le 10 et le 11, c’est la pleine mer. On vogue tous feux éteints. Au matin du 12, la côte de France est abordée à Sète. Les zouaves débarquent, s’égaillent dans la ville, où ils sont fêtés, comblés et entourés jusqu’au soir. C’est par le train qu’ils rejoignent Rosny. Les journées des 14 et 15 sont passées à recevoir les réservistes, déjà organisés, équipés et répartis au fort de Rosny. Le 16 au matin, le 4ème régiment de marche de zouaves se trouve réuni dans la gare de Bercy, après avoir fait à pied, au milieu des acclamations, le trajet de Romainville-Bercy.

 

La musique joue, le drapeau flotte, les fleurs voltigent, panachent les selles des chevaux, les fusils des hommes. Paris croit à la promptitude de la victoire et les zouaves rayonnants sous le rouge des chéchias, campés dans la blancheur de leurs sarouels, répondent avec crânerie aux vœux de la foule ».

 

A Tarciennes.

 

Au départ, sous la direction du colonel Pichon, unité de la 38ème division d’infanterie, le 4ème zouaves comprend : le 3ème bataillon du commandant Ballivet, le 4ème avec le commandant Daugan ; le 5ème avec le commandant Bézu et le 11ème avec le commandant Eychenne.

 

Le régiment reçoit son baptême du feu à l’occasion de la bataille de Charleroi. Cette bataille réside dans la rencontre entre la IIème armée allemande, du général von Bülow, qui progresse à travers la Belgique, face à la Vème armée française du général Lanrezac, qui tente justement d’éviter l’encerclement par l’ouest de l’ensemble des armées alliées.

 

Le 23 août 1914, situé dans le village de Tarciennes, le 4ème s’apprête à livrer le combat : « L’ordre de se porter en avant arriva à minuit et l’on partit à 2 heures. On dépassa l’artillerie en position d’attente. Les quatre bataillons marchaient de formation largement ouverte. On allait voir l’ennemi, se mesurer, et certainement le vaincre ». Mais le régiment est vite débordé à la fois par la puissance de l’artillerie ennemie et par des troupes, beaucoup plus nombreuses, qui les contournent par la gauche. Avec leurs uniformes rouges, bleus et blancs, les zouaves font des cibles parfaites pour les grenadiers prussiens : ce n’est plus la guerre mais un tir de fête foraine !

 

Il n’y a qu’une solution possible : retraiter, et si possible en bon ordre pour permettre à la Vème armée de Lanzerac de se reformer. Le 5 septembre, le régiment se trouve à quelques kilomètres de Provins, dans le sud du département de la Seine-et-Marne. Des centaines de kilomètres ont été parcourus en une dizaine de jours, « pas un instant les zouaves n’avaient cru la partie perdue. Soutenus par leurs officiers qui se dépensèrent brillamment au cours de la retraite, ils se laissaient dire que le recul préparait l’attaque et les chefs qui leur parlaient ainsi avaient leur confiance ».

 

Reprise de l’offensive.

 

Il n’est pas possible pour l’Armée française de reculer plus loin (« Vous n’irez pas plus loin » est-il écrit sur bon nombre de monuments de la Première bataille de la Marne). Au matin du 7 septembre 1914, le 4ème repart en avant et refait les étapes dans l’autre sens. Il participe au mouvement général de reconquête initiée par le général Joffre et bien aidé dans son œuvre par le général Gallieni qui envoie plus de 6.000 hommes depuis Paris à quatre (ou plus) dans des taxis !

 

Le terrain perdu quelques jours auparavant est repris sans trop d’effort : alors tous ces morts pour rien ? En fait, les Allemands n’ont pas respecté l’ordre initial qui consistait à fondre sur Paris, et il leur manque 120.000 hommes restés en Belgique pour prendre la place forte d’Anvers. Le 13, ils se replient finalement sur la ligne qu’ils avaient préparée avant l’offensive et ils y installent des casemates et des abris imprenables.

 

« La bataille s’engage. Elle est dure. Le 14 au soir, la division se trouve en flèche par rapport aux autres éléments de l’armée. Il faut attendre. Le 15, l’ennemi affirme sa résolution d’arrêt par un violent tir d’artillerie. Le 16, notre mouvement continue. Tandis que la 38ème division se porte sur Craonne, la 12ème compagnie du 4ème zouaves avance sur Ailles, le 11ème bataillon va aider les Anglais à Cerny et le commandant Daugan reçoit l’ordre d’attaquer Vauclerc avec son bataillon, la 9ème compagnie et des éléments du 12ème d’infanterie. La lutte se stabilise autour de la ferme d’Hurtebise. Lutte terrible : nous attaquons et nous sommes attaqués. Nos fantassins sont mis à rude épreuve. Ils en ressortent aguerris, grandis, plus confiants en eux-mêmes et dans leurs chefs, dont trois – le capitaine Rajer, le capitaine Gavory, le sous-lieutenant Parison – trouvèrent là une mort héroïque ».

 

Repli sur l’Yser.

 

A l’issue de la bataille de la Marne, les belligérants tentent de se contourner par le flanc. C’est ce qui restera dans l’histoire sous le nom de « Course à la mer » : partant de la Champagne et de la Picardie, les Alliés et les Allemands vont tenter à plusieurs reprises de percer les lignes afin de se prendre à revers. Toutes les tentatives resteront des échecs et cette course prendra fin à la mer du Nord. La bataille de l’Yser est l’une de ces tentatives.

 

Le 15 octobre 1914, après avoir perdu Anvers, les restes de l’Armée belge se réfugient sur Gand. Mais la situation devient vite intenable face à des ennemis beaucoup plus forts. Un ordre est donné : « Le ligne de l’Yser constitue notre dernière ligne de défense en Belgique et sa conservation est nécessaire pour le développement du plan général des opérations. Cette ligne sera donc tenue à tout prix ». La 38ème DI fait partie du dispositif. Au 4ème RZ : « Ces jours monotones et tristes d’octobre sont marqués cependant par une détente de trois jours à Révillon. On a aussi appris à compter avec un ennemi terrible : la boue ! Les hommes savent maintenant l’énergie qu’il faut déployer pour lutter contre la pluie, qui envahie les tranchées, les transforme en cloaques, en ruisseaux et en marécages glacés. L’arrivée des effets de drap, en permettant de remplacer la tenue de toile en guenilles a bien apporté quelques conforts mais les larges culottes rouges, qui s’alourdissent d’eau et de vase, restent peu pratiques ».

 

Des bataillons du 4ème sont maintenant portés sur Ypres pour retrouver des divisions d’infanterie et des troupes coloniales. Les combats contre les troupes du Reich reprennent. Intervient là un épisode resté dans les mémoires comme « la mort héroïque d’Assas » : alors qu’une colonne allemande se porte à l’attaque d’un pont défendu par les troupes françaises, elle pousse au-devant d’elle quelques prisonniers. Ce sont des zouaves. Les soldats cessent le tir : il n’est pas question de mettre en joue des camarades qui se replient. Mais les zouaves se mettent à hurler : « Mais tirez donc, nom de Dieu, ce sont les Boches qui arrivent ! ». La fusillade reprend. Des zouaves se sont sacrifiés pour que reste intacte le pont et leur honneur…

 

Au 4ème RZ : « Les zouaves, sous la conduite habile de leur chef, répondent avec le plus grand empressement à tous les appels et combattent avec la plus grande bravoure. Le 11 novembre, après un bombardement d’une violence inouïe, les colonnes allemandes culbutent la première ligne anglaise. La 15ème compagnie qui était en première ligne est submergée. Le capitaine Chevrier rassemble la trentaine d’hommes qui lui restent et défend le terrain pied à pied. La situation est encore une fois critique. Le commandant Bonnery, appuyé par le capitaine Verpillat ordonne une contre-attaque : les compagnies Helbert, Grambouland et les débris de la compagnie Chevrier s’élancent à la baïonnette avec une énergie telle que l’ennemi, non seulement est arrêté, mais recule jusqu’à son front de départ. Les Boches n’ont pas passé cette fois encore. Le zouave Paquet, le capitaine Verpillat, l’adjudant Arsant, le caporal Spkiling se font remarquer entre tous. Ils se battent comme des lions. Le premier n’hésite pas à faire des prisonniers. Après la mort de son capitaine, l’adjudant, quoique blessé, garde avec énergie le commandement de sa section et le caporal reste le seul gradé dans la sienne ».

 

Dans le Journal de Marche du 4ème zouaves, la mort du capitaine Verpillat ne fait qu’une ligne…

 

Par la suite, le 4ème participe aux batailles d’Ypres, de Verdun (Douaumont, la Côte 304, Louvement, les Chambrettes), de l’Aisne en 1917 et d’Orvillers-Sorel l’année suivante. En quatre années de guerre, le 4ème zouaves va perdre près de 10.000 hommes de rang, sous-officiers et officiers.

 

Verpillat Prosper

 

 

Sources :

 

-         Journal de Marche du 4ème zouaves.

-         Historique du 4ème zouaves, anonyme, numérisé par Jérôme Charraud.

-         Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

-          André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

-         Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

-         Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.

-         L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.

-         Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.

-         L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.

 

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Publié le 15 Février 2013

 

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Légionnaires en renfort à Lao Kay (Tonkin – Copyright : www.photo-memory.eu )

 

Capitaine de Borelli, officier de la Légion : « A mes hommes qui sont morts, et particulièrement à la mémoire de Tiebald Streibler, qui m’a donné sa vie le 3 mars 1885 ».

 

 

Mes compagnons, c’est moi ; mes bonnes gens de guerre,

C’est votre Chef d’hier qui vient parler ici

De ce qu’on ne sait pas, ou que l’on ne sait guère ;

Mes Morts, je vous salue et je vous dis : Merci.

 

Il serait temps qu’en France on se prît de vergogne

A connaître aussi mal la vieille Légion

De qui, pour l’avoir vue à sa rude besogne

J’ai la très grande amour et la religion.

 

Or, écoutez ceci : « Déserteurs ! Mercenaires ! »

« Ramassis d’Etrangers sans honneur et sans foi ! »

C’est de vous qu’il s’agit, de vous, Légionnaires !

Ayez-en le cœur net, et demandez pourquoi ?

 

Sans honneur ? Ah ! passons ! Et sans foi ? Qu’est-ce à dire,

Que fallait-il de plus et qu’aurait-on voulu ?

N’avez-vous pas tenu, tenu jusqu’au martyre,

La parole donnée et le marché conclu ?

 

Mercenaires ? sans doute : il faut manger pour vivre ;

Déserteurs ? Est-ce à nous de faire ce procès ?

Etrangers ? Soit. Après ? Selon quel nouveau livre

Le maréchal de Saxe était-il donc Français ?

 

Et quand donc les Français voudront-ils bien entendre

Que la guerre se fait dent pour dent, œil pour œil

Et que des Etrangers qui sont morts, à tout prendre,

Chaque fois, en mourant, leur épargnaient un deuil.

 

Aussi bien c’est assez d’inutile colère,

Vous n’avez pas besoin d’être tant défendus ;

Voici le Fleuve Rouge et la Rivière Claire

Et je parle à vous seuls de vous que j’ai perdus !

 

Jamais garde de Roi, d’Empereur, d’Autocrate,

De Pape ou de Sultan, jamais nul Régiment

Chamarré d’or, drapé d’azur ou d’écarlate,

N’allez d’un air plus mâle et plus superbement.

 

Vous aviez des bras forts et des tailles bien prises,

Qui faisaient mieux valoir vos hardes en lambeaux ;

Et je rajeunissais à voir vos barbes grises,

Et je tressaillais d’aise à vous trouver si beaux.

 

Votre allure était simple et jamais théâtrale ;

Mais, le moment venu, ce qu’il eût fallu voir,

C’était votre façon hautaine et magistrale

D’aborder le « Céleste » ou de le recevoir.

 

On fait des songes fous, parfois, quand on chemine,

Et je me surprenais en moi-même à penser,

Devant ce style à part et cette grand mine

Par où nous pourrions bien ne pas pouvoir passer ?

 

J’étais si sûr de vous ! Et puis, s’il faut tout dire,

Nous nous étions compris : aussi de temps en temps,

Quand je vous regardais vous aviez un sourire,

Et moi je souriais de vous sentir contents.

 

Vous aimiez, troupe rude et sans pédanterie,

Les hommes de plein air et non les professeurs ;

Et l’on mettait, mon Dieu, de la coquetterie

A faire de son mieux, vous sachant connaisseurs.

 

Mais vous disiez alors : « La chose nous regarde,

Nous nous passerons bien d’exemples superflus ;

Ordonnez seulement, et prenez un peu garde,

On vous attend … et nous on ne nous attend plus ! »

 

Et je voyais glisser sous votre front austère

Comme un clin d’œil ami doucement aiguisé,

Car vous aviez souvent épié le mystère

D’une lettre relue ou d’un portait baisé.

 

N’ayant à vous ni nom, ni foyer, ni Patrie

Rien où mettre l’orgueil de votre sang versé,

Humble renoncement, pure chevalerie,

C’était dans votre chef que vous l’aviez placé.

 

Anonymes héros, nonchalants d’espérance,

Vous vouliez, n’est-ce pas, qu’à l’heure du retour,

Quand il mettrait le pied sur la terre de France,

Ayant un brin de gloire, il eût un peu d’amour.

 

Quant à savoir si tout s’est passé de la sorte,

Et si vous n’êtes pas restés pour rien là-bas,

Si vous n’êtes pas morts pour une chose morte,

O mes pauvres amis, ne le demandez pas !

 

Dormez dans la grandeur de votre sacrifice,

Dormez que nul regret ne vienne vous hanter ;

Dormez dans cette paix large et libératrice

Où ma pensée en deuil ira vous visiter !

 

Je sais où retrouver, à la suprême étape

Tous ceux dont la grande herbe a bu le sang vermeil,

Et tous ceux qu’ont engloutis les pièges de la sape,

Et tous ceux qu’ont dévorés la fièvre et le soleil ;

 

Et ma pitié fidèle, au souvenir unie,

Va du vieux Wunderli qui tomba le premier

Et suivant une longue et rouge litanie

Jusqu’à toi, mon Streibler, qu’on tua le dernier !

 

D’ici je vous revois, rangés à fleur de terre

Dans la fosse hâtive où je vous ai laissés,

Rigides, revêtus de vos habits de guerre

Et d’étranges linceuls faits de roseaux tressés.

 

Les survivants ont dit – et j’ai servi de prêtre !

L’adieu du camarade à votre corps meurtri ;

Certain geste fut fait bien gauchement peut-être,

Pourtant je ne crois pas que personne en ait ri !

 

Mais quelqu’un vous prenait dans sa gloire étoilée

Et vous montrait d’en haut ceux qui priaient en bas,

Quand je disais pour tous, d’une voix étranglée,

Le Pater et l’Ave – que tous ne savaient pas !

 

Compagnons, j’ai voulu vous parler de ces choses,

Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais :

Lorsque l’oubli se creuse au long des tombes closes,

Je veillerai du moins et n’oublierai jamais.

 

Si parfois, dans la jungle où le tigre vous frôle

Et que n’ébranle plus le recul du canon,

Il vous semble qu’un doigt se pose à votre épaule,

Si vous croyez entendre appeler votre nom.

 

Soldats qui reposez sous la terre lointaine,

Et dont le sang me laisse des remords,

Dites-vous simplement : « C’est notre Capitaine

Qui se souvient se nous … et qui compte ses Morts. »

 

 

 

 

Poème du capitaine de Borelli, officier de la Légion. Avec l’aimable autorisation de la Délégation du Souvenir Français de Chine.

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 19 Janvier 2013

 800px-Attaque d Alger par la mer 29 Juin 1830 par Theodore

La prise d’Alger en 1830 (par Théodore Duguin).

 

 

Au carré militaire d’Issy-les-Moulineaux sont enterrés plusieurs tirailleurs, un spahi, des zouaves... Et en cherchant bien, on pourrait y trouver aussi un goumier ! Il ne s’agit pas d’un inventaire à la Prévert, mais de soldats, morts pour la France, qui combattaient au sein de l’Armée d’Afrique.

 

Une armée composée de trois groupes distincts.

 

 511px-GeneralYusuf

Le général Youssouf.

 

Au 19ème siècle, alors que la France connait l’apogée de son empire colonial, nos forces armées sont composées de trois grands ensembles : les régiments et les armes de la France métropolitaine, les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique.

Les troupes coloniales sont formées d’unités militaires stationnées dans les colonies, basées sur des soldats locaux (et un encadrement bien souvent de Métropole) chargées d’assurer la défense des territoires d’outre-mer, autres que l’Afrique du Nord.

L’Armée d’Afrique regroupe donc justement ces mêmes troupes mais sur les territoires du Maghreb. Elle dépend d’un seul état-major général. Une autre distinction est d’importance : les régiments de l’Armée d’Afrique sont très majoritairement composés d’Européens (du moins les régiments de zouaves et de chasseurs d’Afrique). Son origine remonte aux sources même de la colonisation en Afrique du Nord : le général de Bourmont débarque en Algérie en 1830 à la tête d’un corps expéditionnaire qui bientôt prendra ce nom d’Armée d’Afrique. Après l’Algérie, viendront les territoires (puis protectorats) de la Tunisie et du Maroc.

 

Unités.

 

·         La Légion étrangère : la Légion Etrangère, fondée en 1831 pour rassembler dans un même corps tous les étrangers des différents régiments de l’Armée française, établit son quartier-général à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. Jusqu’en 1962, date de l’indépendance du pays, les régiments de la Légion, stationnés en Afrique du Nord, font partie de l’Armée d’Afrique.

 

·         Les zouaves : la dénomination de zouave vient du berbère zwava, qui est le nom d’une tribu kabyle. Entièrement composés de métropolitains, les régiments de zouaves se couvrent de gloire partout où ils combattent. Leur réputation commence avec l’arrivée des Français en Algérie en 1830 : les Kabyles fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger ; avec la domination de la France, ils fourniront le Royaume puis la République. Ces unités étaient également remarquables par l’exigence ultime de leur discipline ; d’où l’expression « faire le zouave » : un zouave est capable de tout faire, sur un simple commandement.

 

·         Les tirailleurs algériens : aussi appelés Turcos, les régiments de tirailleurs avaient un recrutement principalement local (à l’époque on dit indigène). Présents sur tous les fronts entre 1842 et 1964, ils se distinguent par leur bravoure : pendant le premier conflit mondial, les 14 régiments de tirailleurs obtiennent 55 citations à l’ordre de l’armée !

 

·         Les chasseurs d’Afrique : après la conquête de l’Algérie, en 1830, le chef d’escadron Marey-Monge et le cavalier Youssouf créent des régiments de chasseurs à cheval, qui prendront rapidement la dénomination de chasseurs d’Afrique.

 

·         Les compagnies méharistes sahariennes : il s’agissait d’unités de l’Armée française, dont le rôle consistait à contrôler et gérer le Sahara français. Equipées en dromadaires, elles sont les sentinelles du désert. Pendant des années, ces compagnies vont protéger les habitants et les commerçants – caravanes – des pillages de tribus insoumises. Elles se chargent également de répertorier, de cartographier et de pacifier ces territoires.

 

·         Les goums : les goumiers marocains étaient des soldats relevant de tabors (bataillons), et de goums (compagnies), alors unités d’infanterie légère de l’Armée d’Afrique. Formés de marocains, encadrés de métropolitains, les goumiers s’illustrent entre 1910 et 1955, date de l’indépendance du pays. Sous le commandement du général Guillaume, les goumiers sont invincibles, obtenant, entre 1942 et 1945, 17 citations à l’ordre de l’armée.

 

·         Les bataillons d’infanterie légère d’Afrique (BILA) : généralement connus sous le nom de Bat’ d’Af, ces unités font aussi partie de l’Armée d’Afrique (qui elle-même dépendit jusqu’en 1962 de l’Armée de Terre). En 1840, ils se rendent célèbres à la bataille de Mazagran.

 

·         Les spahis : ce terme, d’origine turque (sibahis), veut dire : soldat. A l’origine, ce sont des cavaliers fournis par des tribus plus ou moins inféodées à l’Empire ottoman. Lors des batailles, ils se payent sur le terrain, en pillant allègrement. Le grand Youssouf en fait des cavaliers d’élite.

 

 

Au cœur de tous les conflits.

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Le chef d’escadron Marey-Monge.

 

Les régiments de l’Armée d’Afrique sont parmi les plus décorés de l’Armée française. Ils sont au cœur de la colonisation d’Afrique du Nord et de l’Afrique noire : Afrique Occidentale Française et Afrique Equatoriale Française. Compte tenu de leur tenue au feu, elles sont également envoyées dans les expéditions lointaines : en Crimée en 1856, en Italie trois années plus tard, au Mexique (ou la Légion étrangère connaîtra le combat fameux de Camerone) en 1861. Bien entendu, l’Armée d’Afrique participera au conflit franco-prussien de 1870-1871.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, elle enverra plus de 300.000 hommes. Ses unités sont de toutes les batailles. Le général, puis ministre de la Guerre, Adolphe Messimy, dira : « Je laisse à ceux qui me liront le soin de réfléchir à ce qu’auraient été les événements, si Gallieni sur l’Ourcq et Foch aux marais de Saint-Gond, n’avaient pas eu à leur disposition ces troupes d’élite, plein d’élan et fraîches, s’ils auraient pu remporter de justesse les deux succès qui décideront du sort de la bataille décisive et de la France ». A la fin du conflit, plus de 60.000 « Africains » ne reviendront pas…

 

Vingt-deux ans plus tard, les troupes de l’Armée d’Afrique prennent part au second conflit mondial. Présent pendant la Campagne de France, les régiments sont surtout sollicités dans le cadre du Corps expéditionnaire Français en Italie (bataille de Monte-Cassino). En août 1944, sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, l’Armée d’Afrique débarque en Provence et n’arrête sa progression victorieuse qu’en Allemagne, une fois le Reich allemand définitivement à terre.

 

Collectionnant prestige, citations et décorations, voici l’exemple du 8ème régiment de zouaves, recevant la Légion d’honneur :

«Régiment superbe d'héroïsme et de vaillance qui, pendant quatre ans de guerre, sans jamais faiblir, a dressé devant l'envahisseur la foi sacrée d'une troupe qui sait mourir pour la défense de son sol. Entré le 28 août 1914 en contact de l'ennemi, ils manœuvrent en retraite sans faiblir jusqu'au 8 septembre ou les zouaves s'arrêtent et font face. Au château de Mondement et dans les marais de Saint-Gond, ils battent la garde prussienne. Beaux de dévouement, de courage et de sacrifice, ils dressent, dans la boue de Belgique, à Boesinghe et à Nieuport, le mur inébranlable de leurs poitrines. Le 9 mai, le 16 juin et le 25 septembre 1915, sous les ordres du lieutenant-colonel Modelon, ils se lancent à l'attaque de la crête de Vimy et de la butte de Souain. Le 9 juillet 1916, ils se sacrifient et meurent sur les fils de fer de Barleux. Puis, sous les ordres de lieutenant-colonel Lagarde, ils s'emparent, le 17 avril 1917, du Mont-Sans-Nom, réputé imprenable. Le 20 août, ils éloignent à jamais le Boche de Verdun, la citadelle inviolée. L'année 1918 les trouve prêt encore à toutes les audaces et à tous les sacrifices; le 26 avril, ils attaquent Villers-Bretonneux et barrent la route d'Amiens. Les 29 et 30 mai, alors que menaçant et terrible monte le flot ennemi, ils accourent, se sacrifient héroïquement pour défendre la route de Soissons à Paris. Ils sont encore debout, le 18 juillet, pour pousser de l'avant et chasser l'ennemi de Chaudun et de Charantigny. Et c'est en vain que, du 28 août au 15 septembre, l'ennemi essayera de s'accrocher aux falaises de l'Aisne, de tenir Neuville-sur-Margival et le ravin de Vauxaillon, la fougue impétueuse de ceux qui, par sept fois déjà, les ont vaincus, commencera leur défaite. »

 

Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur au Drapeau du 8e RMZ - Le Président de la République

 

 300px-7e RTA est son drapeau en 1917

Drapeau du 7ème RTA en 1917.

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.

- L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.

- Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.

- L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.

 

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Publié le 15 Décembre 2012

André Rabartin reçoit la médaille du Souvenir Français des mains d’André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine.

 

 

Le dimanche 2 décembre – anniversaire de la bataille d’Austerlitz – s’est déroulée dans la salle d’honneur de la Maison du Combattant, l’assemblée générale du comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

 

Le président a remercié l’ensemble des personnes présentes, Monsieur le maire-adjoint Marie-Auguste Gouzel, les présidents des associations d’anciens combattants de la ville d’Issy-les-Moulineaux, le président de l’UFAC, Messieurs Villenfin et Leconte (venu en famille – que nous remercions pour son aide) pour l’organisation. Ont été aussi remerciés, pour leur présence et leur soutien, les présidents et les représentants et leurs présidents de comités des Hauts-de-Seine :

 

·         Madame Zajac pour le Comité de Suresnes

·         Monsieur Michel et sa délégation pour Villeneuve-la-Garenne.

 

Après un moment de silence demandé en mémoire de nos soldats morts au combat et une pensée pour notre adhérente Georgette Poussange ainsi que pour Christian Poujols, président de l’UNC, la séance de travail a été ouverte.

 

Le président a présenté le rapport moral et le rapport d’activité du comité au cours de l’exercice 2011-2012, en rappelant, entre autres, la sortie du livre « Mémoire des carrés militaires des Hauts-de-Seine » publié par le Souvenir Français (se reporter à l’article sur ce site en date du 4 janvier 2012). Ensuite, Monsieur Gilles Guillemont a exposé le rapport financier.

 

Monsieur André Labour a rappelé les valeurs de l’association et la nécessité de joindre des jeunes aux manifestations patriotiques puis, en compagnie de Monsieur André Santini, qui avait honoré cette assemblée générale de sa présence, des médailles ont été remises :

 

·         Médaille de Bronze : Monsieur André Rabartin.

·         Médaille d’honneur pour Monsieur Roger Fleury, président de la FNACA et de l’UFAC.

 

Par la suite le verre de l’amitié a été servi au foyer Robert Savary et les participants se sont rendus au restaurant Le Bistrot du Boucher pour le déjeuner.

 

Retrouvez toutes les photographies de cette belle journée dans l’album (à droite sur le site dans la liste des albums) intitulé : « 2012-12-02, AG Issy ».

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Publié le 14 Décembre 2012

 

Chine Toussaint 2012

 

Cérémonie de la Toussaint au cimetière civil des Etrangers de Pékin.

 

Depuis plusieurs années, le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux a noué des liens avec la Délégation de notre association en Chine, remarquablement présidée par Monsieur Claude Jaeck. Voici quelques nouvelles en provenance de Beijing : « la cérémonie du Souvenir s’est tenue jeudi 01 novembre, le jour de la Toussaint, au Cimetière Civil des Etrangers de Pékin (Xi Jing Yuan Wai Qiao Gong Mu). L’Ambassadeur, accompagné du Consul, de l’Attaché de Défense Adjoint, du Souvenir Français de Chine, des représentants des associations françaises et de membres de la communauté française vivant à Pékin, a déposé une gerbe sur les tombes des français enterrés dans ce cimetière.

 

Cette année, la cérémonie du Souvenir en l’honneur de la Première Mondiale s’est tenue le 11 novembre, à l’Ambassade de France. L’Ambassadeur, Son Excellence Mme Sylvie BERMANN a fait un discours puis les différentes délégations ont déposé une gerbe avant de se recueillir. Le Délégué General du Souvenir Français de Chine était représenté par Mr. Marc Burban, Président du Comite de Pékin. ». Claude Jaeck.

 

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Publié le 3 Décembre 2012

Entrée du cimetière de Ploaré (Bretagne), où se trouve la tombe de Corentin Celton

(Copyright : Landru Cimetière).

 

 

Corentin Celton nait en Bretagne, dans le Finistère, à Ploaré, le 18 juillet 1901. Au début des années 1920, il se rend sur Paris pour y chercher du travail. Il se fait recruter par l’Assistance publique, qui le place comme garçon de salle, dans un service de chirurgie de l’hôpital Saint-Antoine.

 

En 1925, il adhère à la Section Française de l’Internationale Communiste. Militant zélé, il se fait rapidement remarquer. En 1934, il prend un poste à l’hôpital des Petits-Ménages, à Issy-les-Moulineaux. Le directeur de l’établissement lui confie des tâches de travail de bureau, au service de la consultation. L’année suivante, il est placé en congé syndical, à sa demande. Il gravit un à un les échelons du syndicat CGT (Confédération générale du travail), Section des Services Publics, et après avoir représenté la région parisienne pendant deux années, il est nommé secrétaire suppléant de la Fédération CGT des Services Publics. Parallèlement, il est secrétaire du syndicat des Municipaux de Paris et membre de la Commission administrative de la Bourse du Travail de Paris.

 

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, il est mobilisé en tant qu’infirmier. Par son action, son mérite, il se voit attribuer la Croix de Guerre. Mais l’Armée française est anéantie rapidement. Démobilisé, Corentin Celton retrouve son emploi à l’hôpital des Petits-Ménages.

 

En septembre 1940, l’Assistance publique le relève de ses fonctions au titre de « militant communiste » ; son parti étant alors interdit depuis le Pacte Germano-soviétique de l’année précédente. Corentin Celton s’engage alors dans la Résistance et travaille aux liaisons entre le syndicat légal de la Santé et des syndicalistes qui, comme lui, sont dans la clandestinité. Dénoncé par le directeur de l’Assistance publique, il est arrêté, le 10 avril 1942, et transféré à la prison de la Santé. Il porte sur lui de faux papiers au nom de Pierre Le Meur.

 

Jugé en 1943, il est condamné à trois années de prison, qu’il doit effectuer à la prison de Clairvaux. Peu de temps après, alors que les premiers meurtres de soldats et responsables allemands dans Paris sont l’œuvre de militants communistes, Corentin Celton est transféré à la prison de Fresnes. Interrogé, torturé, il est à nouveau jugé. La sentence tombe le 20 décembre 1943 : la mort ! Il est fusillé au Mont Valérien le 29 décembre 1943.

 

En février 1945, l’hôpital des Petits-Ménages est débaptisé et prend le nom de Corentin Celton. Plus tard, c’est au nom de la station de métropolitain qui le dessert de s’appeler également Corentin Celton.

 

En 2002, après avoir transformé la place devant l’hôpital, le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux vote une délibération qui nomme Corentin Celton le parvis et tout le quartier environnant.

 

Peu avant de mourir, Corentin Celton écrit ces quelques mots qui figurent sur l’une des plaques de sa pierre tombale : « J’ai lutté pour un monde meilleur, et cela restera ma fierté. Il ne me coûte pas de mourir puisque j’ai la certitude que la France vivra ».

 

 

Celton Plaque-reduc

 

 Tombe de Corentin Celton (détail).

 

 

 

Sources :

 

·         - Encyclopédie Larousse.

·         - www.issy.com

·         - http://lysianealezard.elunet.fr

·         - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, par Claude Pennetier et Jean Maitron, Les Editions ouvrières, 1984.

·         -  Encyclopédie Wikipédia.

·         - Clichés d’Henri Chapalain.

 

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Publié le 24 Novembre 2012

Armes-Issy.gif

 

 

 

Le dimanche 2 décembre 2012, en la Maison du Combattant d'Issy-les-Moulineaux, 4, rue du général Leclerc, à 10h30, se déroulera en présence de Monsieur André Santini, l'assemblée générale de notre Comité.

 

Vous qui voulez oeuvrer pour le Devoir de Mémoire, nous comptons sur vous.

 

Venez nombreux!

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Publié le 19 Novembre 2012

 

  Anatole France Carre Militaire

 

 

Expérience inédite le lundi 12 novembre 2012 au carré militaire du cimetière municipal d'Issy-les-Moulineaux. Les classes de CM2 de l'école élémentaire Anatole France, emmenées par Madame Pacitto et Monsieur Susini, sont venues écouter Monsieur Thierry Gandolfo, conservateur et Frédéric Rignault, président du comité du Souvenir Français, en collaboration avec l'association Historim, leur parler de la Première Guerre mondiale. Non pas de manière linéaire, mais au travers des destins d'Ernest Lerdung, Alsacien-Lorrain, de Marguerite Montet, infirmière militaire, du capitaine Verpillat, du 4ème zouaves, d'un soldat russe, d'un aviateur, des travailleurs chinois et malgaches,...

 

Manière de parler des horreurs de la guerre, de l'Europe avant et après ce conflit terrible, du nationalisme, de la patrie, du jeux des alliances, de la mention "Mort pour la France"  et des temps de paix. 

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Publié le 9 Novembre 2012

 
 
106eme RI - Soldats
 Soldats du 106ème RI
 
A Châlons-en-Champagne.
 
Charles Julien Louis Poncet nait à paris le 19 août 1889. L’exposition universelle vient de fermer ses portes. L’attention des visiteurs a été surtout retenue par la Tour métallique, dont certains se questionnent déjà sur l’utilité et prévoient la démolition ; tour qui prendra bientôt le nom de son constructeur : Gustave Eiffel.
 
De la classe 1909, matricule 4280 au 3ème bureau de recrutement de la Seine, Charles Poncet intègre le 106ème régiment d’infanterie au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale en août 1914 (matricule 4662 au Corps).
 
L’histoire de ce régiment a été racontée par un très grand écrivain, qui l’a connu au plus près pour avoir été de tous les combats, entre août 1914 et avril 1915, date de ses blessures et de sa réforme. Il s’agit de l’ouvrage Ceux de 14, écrit par le lieutenant de réserve Maurice Genevoix, futur membre de l’Académie française.
 
Maurice Genevoix : « L’ordre de mobilisation est tombé comme un coup de tonnerre : courses précipitées par la ville, avec la crainte et la certitude d’oublier quelque chose. Je trouve à peine le temps de prévenir les miens. Dernière revue dans la cour du quartier. J’étais à la cantine lorsque l’ordre m’a surpris. J’ai bondi, traversé la cour, et me voici, raide comme un piquet, devant deux files de capotes bleues et de pantalons rouges. (…) Nous allons à Troyes. On nous l’a dit. De Troyes, nous filerons sur Mulhouse pour occuper la ville conquise et la défendre. On nous l’a dit aussi. (…) Défilé en ville : trottoirs grouillants, mouchoirs qu’on agite, sourires et pleurs. (…) Une jeune ouvrière, blonde, rebondie, me sourit de toutes ses dents. Grand bien me fasse ce sourire : je vais à la guerre. J’y serai demain ».
 
 
 
Le principe des 3.
 
Le 106, avec le 132ème RI, forme la 24ème brigade de la 12ème division d’infanterie du général Souchier, au sein de la IIIème Armée du général Sarrail. Embarqués en train depuis Châlons, les hommes descendent à Saint-Mihiel, dans la Meuse.
 
Au cours de l’automne puis de l’hiver 1914, ils se battent dans la région de la Woëvre et celle des Eparges. Le principe est relativement clair : à trois jours de repos à l’arrière succèdent trois jours en seconde ligne puis trois jours en première ligne. Maurice Genevoix le décrit avec précision :
 
-       « Lundi 28 septembre : On ne les entend pas venir ces fusants. C’est trop rapide, le réflexe qu’on a pour se protéger se déclenche trop tard. L’obus qui a sifflé de loin n’atteint pas. Mais celui qui tombe sans dire gare, celui-là est dangereux et effraye : les mains restent fébriles longtemps encore après l’explosion ».
 
-       « Mardi 29 septembre (NB : alors que le régiment est à l’arrière, qu’après un repas chaud, les hommes dorment dans des granges réquisitionnées à cet effet, Maurice Genevoix et son camarade Robert Porchon sont invités à dormir chez l’habitant) : « Puis la femme est sortie doucement. Lorsqu’elle est revenue, elle ramenait avec elle cinq ou six villageoises d’alentour. Et toutes ces femmes nous regardaient rire, dans notre grabat ; et elles s’ébaubissaient en chœur de ce spectacle phénoménal : deux pauvres diables de qui la mort n’avait pas encore voulu, deux soldats de la grande guerre qui s’étaient battus souvent, qui avaient souffert beaucoup et qui déliraient de bonheur, et qui riaient à la vie de toute leur jeunesse, parce qu’ils couchaient, ce soir-là, dans un lit ».
 
Les Eparges.
 
Au début de l’année 1915 commence l’une des plus terribles batailles de la Première Guerre mondiale : les Eparges.
 
Le village des Eparges est situé dans le nord du département de la Meuse, non loin de la Woëvre, région vallonnée couverte de forêts. Sur ces collines, pendant des mois les armées françaises et allemandes vont batailler pour quelques arpents de terre. Les attaques sur les boyaux et les tranchées sont quotidiennes et il n’est pas rare que les combats se terminent au corps à corps.
 
L’attaque débute le 17 février par des sapes que font sauter les hommes du génie. Les premières positions allemandes sont facilement conquises par les biffins du 106 et du 132. Mais la riposte ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, les nouvelles positions françaises sont pilonnées par des milliers d’obus. Après près de trois heures d’un matraquage inouï de violence, ayant perdu une grande partie des officiers, les soldats français se retirent sur leurs positions initiales.
 
Pour autant une nouvelle offensive est déclenchée le 20 février et cette fois les éléments du 106 et du 132, en dépit de fortes pertes (plus de 300 tués et 1.000 blessés), tiennent bon. Avec son escouade, Charles Poncet est de toutes les attaques. Il s’en sort à chaque fois.
 
Ordre du corps d’armée n°60 : « Le 27 février, dans une opération brillante dans une opération brillante, la 24e Brigade a enlevé de haute lutte une partie importante de la position des Éparges.
 
L'ennemi avait accumulé sur cette hauteur escarpée, des travaux considérables. Depuis 4 mois, avec une science avisée, le Capitaine du Génie Gunther dirigeait par la sape et par la mine les travaux de siège régulier qui devaient ouvrir la voie à notre infanterie. Le jour de l'attaque, après une quadruple explosion de nos fourneaux de mines et une remarquable préparation par l'artillerie, le brave 106e Régiment d'infanterie, dans un élan magnifique, escalada les pentes abruptes et couronna toute la partie ouest de la position. Au même moment, le 132e RI aborda crânement la partie ouest des Éparges et s'y installa. Le 19 février, l'attaque fut poursuivie sur tout le front.
 
Au cours de cette bataille de 4 jours, pendant lesquels l'ennemi nous disputa le terrain avec la dernière âpreté, nos troupes furent soumises à un bombardement formidable. Elles conservèrent néanmoins les positions conquises. Elles repoussèrent deux contre attaques furieuses, firent éprouver des pertes sévères à l'ennemi, lui enlevèrent 700 mètres de tranchées, lui prirent 2 mitrailleuses, 2 minenwerfer et firent 175 prisonniers. Le 106e, le 132e, le 67e Bataillon Haguenin, la compagnie du Génie, qui prirent la tête dans la colonne d'assaut ont noblement soutenu le renom de la vaillance du 6e Corps d'Armée et montré une fois de plus quel succès naît de la fraternité des armes et de l'union des cœurs. Le Général, commandant le 6e Corps d'Armée, adresse ses félicitations à ces braves troupes. Il salue pieusement la glorieuse mémoire de ceux qui sont morts pour le pays. Il félicite les Colonels Barjonet, commandant le 106e RI et Bacquet, commandant le 132e RI qui ont magnifiquement conduit leurs régiments au feu». Signé : Général Herr.
 
Le répit est de courte durée. Dès le mois de mars, les combats reprennent. La 24ème division doit achever le travail commencé en janvier 1915 : reprendre la totalité du territoire des Eparges. Le 5 avril, alors qu’il tombe des cordes et que les soldats pataugent dans un mètre de boue, ordre est donné de s’emparer des collines restant encore aux mains des Allemands. Au prix de sacrifices invraisemblables, le 106 tient une partie de la crête. Encore une fois, les renforts ennemis arrivent et délogent nos braves poilus. Encore une fois, le sergent Charles Poncet s’en sort sans dommages…
 
Maurice Genevoix : « Et toujours les obus pleuvaient. Les canons-révolvers de Combres démolissaient les parapets que nous refaisions, inlassables, avec les mêmes sacs à terre. Par crises, les gros arrivaient. Il en tombait cent, deux cents, qui ne faisaient point d’autre mal qu’ensevelir quelques hommes, vite dégagés. Mais tout d’un coup, il y en avait un qui trouvait la tranchée, et qui éclatait, en plein dedans : alors c’étaient les mêmes cris que naguère, les mêmes hommes qui couraient, ruisselants de sang frais et rouge ; et, tout autour de l’entonnoir brûlé, empli encore de fumée puante, les mêmes cadavres déchiquetés… Les autres restaient là, les jambes prises dans ce ruisseau lourd, profond, glacé, les jambes engourdies et mortes. »
 
Le 25 avril 1915, alors qu’il s’apprête à sortir du boyau à la tête de sa compagnie, le lieutenant Genevoix reçoit deux balles au bras gauche et une troisième vient lui entailler le torse : « Il faut me lever, me traîner ailleurs… Est-ce Sansois qui parle ? Est-ce qu’on me porte ? Je n’ai pas perdu connaissance ; mon souffle fait un bruit étrange, un rauquement rapide et doux ; les cimes des arbres tournoient dans un ciel vertigineux, mêlé de rose et de vert tendres ».
 
 
Souain.
 
A l’approche de l’été, alors que les hommes viennent de connaître plusieurs mois de combats incessants, les positions se stabilisent. Sur ce front, comme d’autres, on assiste à l’enlisement des régiments. Du côté allemand, des tranchées renforcées et des casemates sont construites. Du côté français, ce sont des tranchées plus légères : « Provisoire » est le maître mot. Telle est l’idée du Grand-Quartier-Général : par une nouvelle offensive, en Champagne, la guerre de mouvement va reprendre et mettre à bas définitivement l’Allemagne du Kaiser. Les hostilités n’ont que trop duré. Et puis, focaliser l’attention des Allemands sur ce front, c’est aussi permettre aux alliés russes et polonais de se « refaire une santé » sur leur front respectif, après les multiples défaites qu’ils viennent de subir. Le choix de la Champagne s’impose pour le général Joffre car c’est un terrain relativement plat, qui permet une avance rapide. Il n’y a pas de villes importantes dans lesquelles l’ennemi pourrait se retrancher et s’accrocher.
 
La préparation d’artillerie commence le 22 septembre. Le 25 septembre, l’offensive générale est lancée. A gauche, la IVème armée du général Henri Gouraud avance assez rapidement, comme le 2ème corps colonial du côté de la ferme de Navarin (le général Gouraud s’y fera enterrer au milieu de ses hommes en 1946). Par contre, au centre du dispositif, sur la route de Souain à Tahure, les 11ème et 14ème corps se heurtent à une résistance acharnée des Allemands. Les combats sont terribles. Le sergent Charles Poncet est l’un des premiers à tomber. Il n’est pas le seul.
 
Le 29 septembre 1915, devant le peu de terrain gagné, le général Joffre ordonne l’arrêt de l’offensive. Sur le champ de bataille, 138.576 soldats français sont morts au combat, montrant l’effroyable vérité : en Champagne, on s’est battu pour rien !
 
Le 11 juin 1920, Charles Poncet est déclaré Mort pour la France et le jugement est transmis à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Plus tard, son nom est inscrit parmi ceux du millier d’isséens morts pendant la Première Guerre mondiale.
 
Maurice Genevoix : « Notre guerre… Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j’ai connus. En est-il donc pour dire : « La guerre est ceci et cela » ? Ils disent qu’ils comprennent et qu’ils savent ; ils expliquent la guerre et la jaugent à la mesure de leurs débiles cerveaux.
 
On vous a tué, et c’est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.
 
Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurai-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée.
 
Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ? »
 
106ème RI - Monument Eparges 
 
Monument à la gloire des héros du 106ème RI
 
 
 
Sources :
 
-       Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
-       Journal de Marche du 106ème RI
-       Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
-        André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
-       Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
-       - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
 
 
 
 

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