Publié le 20 Mars 2012

 

Peronne Monuments aux Morts

Le monument aux morts de Péronne (Somme).

 

 

Discours du Président de la République.

 

 

« Mes chers compatriotes,

 

Nous voici réunis, comme chaque année, en ce 11 Novembre, pour célébrer la mémoire des combattants de la Grande Guerre. Depuis que le dernier d'entre eux a disparu, le souvenir personnel des souffrances et des sacrifices a laissé la place à l'Histoire.

 

Mais pour que tant de souffrances et de sacrifices n'aient pas été consentis en vain, nous avons un devoir moral : faire en sorte que cette Histoire construite sur tant de destinées tragiques continue d'être une Histoire partagée, dans laquelle chacun reconnaît une part de lui-même et puise cette fierté de notre pays que nous voulons garder et que nous voulons transmettre à nos enfants.

 

J'irai tout à l'heure me recueillir sur la tombe de Charles Péguy. En 1909, il avait écrit à propos de l'Histoire dont Michelet disait « elle est une résurrection » : « il ne faut pas passer au long du cimetière, ni passer au long des monuments (...), il s'agit de remonter en nous-mêmes comme l'on remonte le cours d'un fleuve ». Oserais-je dire que pour remonter le cours de notre propre histoire, car c'est la nôtre, nous ne devons pas simplement commémorer, nous devons communier. Communier, non seulement par le geste, mais aussi par la pensée avec les vertus de devoir, de courage et de sacrifice de ceux qui se sont tant battus pour nous, mais aussi avec leur douleur, car la douleur fut immense. Les générations qui commencèrent cette guerre l'avaient regardée venir d'abord comme une fatalité, puis comme une nécessité. Toute une jeunesse qui souffrait d'une forme de désespérance et d'un manque d'idéal, avait même fini par la regarder comme une rédemption. Elle cherchait une mystique. Elle épousa celle du sacrifice.

 

Péguy avait écrit : « Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, couchés dessus le sol à la face de Dieu (...), Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre, Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés » Cette jeunesse partit avec ses aînés le cœur presque gai vers le grand massacre. Péguy mourut aux premiers jours de la guerre, dans les premiers combats, debout sous la mitraille, d'une mort de poète, dans un geste héroïque et naïf. Quelques jours après, Alain Fournier, son ami, l'auteur du grand Meaulnes, sera foudroyé à son tour. La guerre devait être fraîche et joyeuse et ne durer que quelques semaines. Elle fut la plus atroce des guerres et elle dura quatre ans. Après le baptême du feu de ce mois d'août 1914 si sanglant, après la guerre de mouvement, effroyable saignée, l'horreur des tranchées attendait les survivants du massacre.

 

Aucun mot, sans doute ne peut rendre compte de ce que vécurent ces hommes entassés dans des boyaux de boue sanglante, à demi inondés, jonchés de cadavres, attendant la peur au ventre sous les obus l'ordre de monter à l'assaut. Le miracle fut que chacun se battit jusqu'à l'extrême limite de ses forces et nul n'avait songé qu'elle pourrait être repoussée aussi loin.

 

Tous furent des héros, même ceux qui, après avoir affronté avec un courage inouï, les plus terribles épreuves, refusèrent un jour d'avancer parce qu'ils n'en pouvaient plus. D'un côté de la ligne de front comme de l'autre, les lettres des soldats à leurs familles expriment au milieu de la douleur et de l'angoisse, les mêmes sentiments d'honneur et de devoir. Meurtrie, blessée, saignée à blanc, amputée pour longtemps de ses forces les plus vives, la France éprouva dans cette horreur le sentiment de son unité avec une intensité qu'elle n'avait jamais éprouvée auparavant. Le mot fraternité prit dans le malheur un sens qu'il n'avait jamais eu. Les familles de pensée, les origines, les classes sociales s'unirent dans la douleur et le sentiment profond d'une destinée commune.

 

« Plus jamais ça » s'écrièrent les survivants qui revinrent de l'enfer. Ils avaient fait leur devoir. Mais ils l'avaient fait d'abord pour que leurs enfants n'aient pas à leur tour à souffrir comme ils avaient souffert. Ils voulaient que cette guerre qui avait atteint le comble de l'horreur et de la souffrance à cause de la folie des hommes fût la dernière des guerres. Ils voulaient qu'en regardant en face cette horreur et cette souffrance, chaque homme se guérît de cette folie qui avait conduit l'Humanité à cette extrémité. Ils voulaient désormais que la Nation fût un partage et non plus une volonté de puissance. Ils voulaient qu'elle fût fraternelle et non plus conquérante. Ce furent ces générations sacrifiées qui mirent la guerre hors la loi. On sait ce qu'il advint. Loin de suffire à calmer la folie des hommes, le souvenir de cette horreur attisa la vengeance. Il n'y eut pas de pardon. Alors, la rancœur arma à nouveau le ressort de la tragédie.

 

Une autre horreur emporta le monde. A l'horreur de toutes les guerres, elle mêla celle du génocide. Le crime inexpiable de la Shoah fit entrevoir à toute l'Humanité la possibilité de son anéantissement. L'Humanité eut peur et cette peur nourrit une aspiration. Contrairement à ce qui s'était passé après la Grande Guerre, cette fois-ci le pardon fut au rendez-vous et l'Europe pu entreprendre enfin de se réconcilier avec elle-même après être passée deux fois au bord du suicide.

 

L'Europe est une entreprise de paix qui s'est construite sur le sang versé dans trois guerres dont deux mondiales, grâce à des hommes de bonne volonté. Ce qu'ont construit pour nous Winston Churchill, Robert Schuman, Jean Monnet, Alcide de Gaspéri, Konrad Adenauer, le général de Gaulle sont notre bien le plus précieux. Nous avons le devoir de le préserver à tout prix. Mais alors, faut-il occulter nos guerres ? Faut-il alors oublier nos soldats morts pour que nous puissions continuer d'être libres et pour que nous soyons une Nation qui continue d'écrire sa propre histoire ?

 

Pendant la Grande Guerre, tous les Français en âge de combattre furent soldats. Certains devancèrent même l'appel parce que la France les avait accueillis et qu'ils voulaient honorer la dette qu'ils pensaient avoir à son égard. Je songe à Lazare Ponticelli qui fut le dernier survivant et qui disait : « Je voulais rendre à la France ce qu'elle m'avait donné ». L'histoire est tragique parce qu'elle est humaine. La France n'a existé que parce que des hommes ont accepté de se sacrifier à sa cause et parce que cette cause les a unis jusqu'à l'ultime sacrifice. Occulter la dimension tragique de l'Histoire ce serait nous condamner à sortir de l'Histoire. On ne construit pas la Paix en renonçant à se défendre. On construit la Paix sur le courage, la fidélité et le sens de l'honneur. On construit la Paix sur la certitude que l'honneur et la dignité d'un peuple ne se marchandent pas. Où seraient l'honneur et la dignité d'un peuple qui n'honorerait pas la mémoire de ceux qui ont aimé si sincèrement et si profondément leur pays qu'ils ont risqué leur vie pour lui ? En septembre 1914, un jeune peintre de 24 ans qui allait mourir aux Eparges le 5 avril 1915 écrit à sa mère : « Auparavant, j'aimais la France d'un amour sincère, encore qu'un peu dilettante : je l'aimais en artiste, fier de vivre sur la plus belle terre, mais en somme, je l'aimais un peu à la façon dont un tableau pourrait aimer son cadre. Il a fallu cette horreur pour sortir tout ce qu'il y a de filial et de profond dans les liens qui m'unissent à mon pays...». Le jour où plus une seule femme, un seul homme sera capable d'écrire cela, il n'y aura plus de France.

 

« Honneur et Patrie », le jour où ces mots ne toucheront plus le cœur d'aucun Français, le jour où ils seront devenus incompréhensibles pour la plupart d'entre eux, il n'y aura plus de France. Le jour où les corps des soldats morts pour la France gagneront leur dernière demeure dans l'indifférence, il n'y aura plus de France.

 

Soldats de la Grande Guerre qui avez tant souffert, vous nous avez tous quittés, mais la flamme du souvenir ne s'éteindra pas. Le 11 Novembre demeurera à jamais le jour où dans toutes les villes et tous les villages de France, devant les monuments aux morts où sont gravés les noms de ceux d'entre vous qui ne sont jamais revenus, nous irons nous recueillir et vous rendre l'hommage qui vous est dû. Mais dans cette journée à laquelle la pire des guerres a donné une signification si profonde, c'est à tous les « morts pour la France », vos frères dans le sacrifice, que la Nation rendra désormais aussi hommage. Qu'il soit bien clair qu'aucune commémoration ne sera supprimée et qu'il s'agit seulement de donner plus de solennité encore au 11 Novembre alors que tous les témoins ont disparu. Il ne s'agit pas d'honorer la guerre. Il s'agit d'honorer ceux qui sont tombés en faisant leur devoir pour leur pays. Il s'agit d'honorer aussi ceux que l'on n'a jamais honorés, ceux que l'on a oubliés, ceux auxquels l'on se contente de dire une fois merci au moment des funérailles mais dont on délaisse ensuite la mémoire parce que l'on préfère oublier les guerres dans lesquelles ils sont tombés. C'est pourquoi le Gouvernement déposera dans les semaines qui viennent un projet de loi qui fera de la date anniversaire de l'Armistice de 1918 la date de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France, donnant ainsi sa pleine signification à l'intitulé de la loi du 24 octobre 1922 instituant la date du 11 Novembre comme jour de « commémoration de la Victoire et de la Paix ».

 

Le Gouvernement apportera aussi son soutien à la proposition de loi visant à rendre obligatoire l'inscription sur les monuments aux morts des noms des « Morts pour la France ». Je pense en particulier à tous les morts en opérations extérieures. Ceux qui sont tombés en Indochine, à Suez, en Afrique du Nord mais aussi dans les Balkans, au Moyen-Orient, au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan ont droit au respect et aux honneurs que la Nation réserve à ceux qui ont fait pour elle le sacrifice de leur vie. Nous le devons non seulement à leur mémoire, mais aussi à leur famille, à leurs frères d'armes et à ceux qui continuent à risquer leur vie pour servir la cause de la France. Et c'est dans le même esprit que sera entrepris à Paris la construction d'un monument dédié aux soldats morts en opérations extérieures sur lequel leurs noms seront inscrits. Depuis 10 ans, 158 soldats ont perdu la vie et près de 1500 ont été blessés dans ces opérations. En ce 11 Novembre, où pour la première fois nous rendons à tous nos morts un même hommage solennel, je voudrais que nous ayons une pensée particulière pour les 24 soldats qui depuis un an sont morts en Afghanistan. L'hommage qui s'adresse aux morts s'adresse aussi à ceux que la guerre a meurtris dans leur chair, aux blessés, aux mutilés, à ceux qui souffriront toute leur vie d'avoir fait leur devoir. Je veux leur dire aujourd'hui que la Nation ne les oublie pas et qu'elle leur exprime sa gratitude. Le soldat risque sa vie, il le sait. C'est le destin qu'il s'est choisi. Mais c'est un destin singulier, un destin tragique qui lui confère dans la cité une place hors du commun et qui exige de lui des vertus exceptionnelles de courage et d'engagement. C'est l'honneur d'un grand peuple de respecter ses soldats et d'honorer ceux qui sont morts pour le défendre.

 

Vive la République ! Vive la France ! »

 

Nicolas Sarkozy – Président de la République.

 

 

Loi n° 2012-273 du 28 février 2012.

 

La loi n°2012-273 fixe au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France.

 

L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

 

Article 1er

Le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice de 1918 et de commémoration annuelle de la victoire et de la Paix, il est rendu hommage à tous les morts pour la France.

Cet hommage ne se substitue pas aux autres journées de commémoration nationales.

 

Article 2

Lorsque la mention « Mort pour la France » a été portée sur son acte de décès dans les conditions prévues à l’article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, l’inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l’environnement immédiat de ce monument est obligatoire.

La demande d’inscription est adressée au maire de la commune choisie par la famille ou, à défaut, par les autorités militaires, les élus nationaux, les élus locaux, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre par l’intermédiaire de ses services départementaux ou les associations d’anciens combattants et patriotiques ayant intérêt à agir.

 

Article 3

La présente loi est applicable sur l’ensemble du territoire de la République.

La présente loi sera exécutée comme loi de l’Etat.

 

Fait à Paris, le 28 février 2012.

 

 

Lire la suite

Publié le 23 Février 2012

 
De la Chevrotiere - 1930
 
Henry Chavigny de la Chevrotière, dans les années 1930.
 
     

Au mois de novembre 2009, le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux avait publié un article sur le journaliste Henry Chavigny de la Chevrotière, dont le nom orne le monument aux morts de la ville (section Extrême-Orient). Nous avions terminé cette publication par ces mots : « Une seule question subsiste : pourquoi le nom d’Henry Chavigny de la Chevrotière se trouve-t-il sur le monument aux morts de la ville d’Issy-les-Moulineaux ? »

 

A la suite de cet article, Monsieur Jean-Pierre Jaillon a pris contact avec notre Comité pour évoquer longuement son aïeul et son enfance en Indochine.

 

 

Les frères Schneider.

 

Personnages importants de la société française en Indochine, les frères Schneider occupent une place de premier plan dans le monde de l’édition à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. François-Henri nait en 1852. Ce dernier arrive de France en 1883 alors qu’il vient d’être promu au grade d’Agent de 1ère classe, Chef d’atelier de l’Imprimerie coloniale du Protectorat à Saigon. Deux années plus tard, il développe une imprimerie indépendante, mais reprend à son compte les travaux de son premier employeur. Moins de dix ans après son arrivée, François-Henri Schneider compte près de 160 employés au sein de sa société : l’Imprimerie de l’Extrême-Orient.

 

En 1892, il fait venir son frère, Ernest-Hyppolite – né en 1843 – pour lui confier la gestion d’une fabrique de papier qu’il vient d’ouvrir à Hanoi. François-Henri s’est en effet aperçu que l’on peut tirer un excellent papier à partir de bambous et, de fait, avec son frère, organise une véritable filière : de la production, à l’impression, en passant par la vente d’articles de papeterie. Bientôt, les frères Schneider siègent à la Chambre de Commerce et au Conseil municipal d’Hanoi. A contrario d’un bon nombre d’entrepreneurs coloniaux, François-Henri Schneider semble particulièrement apprécié de ses collaborateurs et de son milieu professionnel. En 1923 – soit deux années après sa mort – des Vietnamiens lettrés édifient une statue commémorative à sa mémoire, à Daï-Ich, au Tonkin.

 

Outre les bulletins de l’Ecole française d’Extrême-Orient d’archéologie, François-Henri Schneider édite des auteurs français d’Indochine, connus en leur temps, comme Pierre-Gabriel Vallot, Gustave Dumoutier ou encore Alfred Raquez et il imprime le Journal Officiel de l’Indochine. Parallèlement, il lance la Revue indochinoise et créé L’Avenir du Tonkin, premier quotidien à paraître en vietnamien à Hanoi. Proche des milieux politiques et pro-français, François-Henri Schneider aide le journaliste et écrivain Henry Chavigny de la Chevrotière à publier ses œuvres et son journal, La Dépêche, qui deviendra le quotidien le plus lu de Cochinchine et de sa capitale, Saigon.

 

 

Remariage.

 

Alors qu’il est déjà avancé en âge, François-Henri Schneider épouse la jeune sœur d’Henry Chavigny de la Chevrotière. De cette union naissent quatre enfants, dont la mère de Jean-Pierre Jaillon, Denise Schneider.

 

Jean-Pierre Jaillon : «Je n’ai malheureusement connu ni connu mon grand-père, Monsieur Schneider, ni ma grand-mère, Henrilia Chavigny, décédée en 1914, l’unique sœur du journaliste, qui repose à La Thieu. Ma mère épousa à la fin des années 1930 Monsieur Robert Jaillon – originaire de Nancy – qui s’occupait d’une plantation de café aux Collines Rouges des hautes terres du Tonkin. Son travail l’amena à voyager dans toute la péninsule indochinoise, et avec ma mère nous le suivîmes ! La vie en Indochine à cette époque – et avec le regard d’un enfant – me paraissait paradisiaque. N’allez pas croire que nous étions englués dans une quelconque société française colonialiste refermée sur elle-même. Je passai mes journées à jouer avec de petits Annamites. Et comme d’habitude, les choses sont bien plus complexes qu’on ne veut bien l’admettre, surtout si l’on considère les événements d’Indochine avec une réflexion a posteriori. Ainsi, même dans les familles françaises, « blanches » pour être très clair, les débats faisaient rage entre les tenants d’une colonisation jusqu’au-boutiste et les partisans d’une émancipation, voire d’une liberté totale du peuple vietnamien. Et c’était sans compter les familles au sein desquelles parfois des hommes avaient épousé de jeunes femmes vietnamiennes.

 

Si je n’ai pas connu François-Henri Schneider, il n’en est pas de même d’Henry Chavigny de la Chevrotière. Je l’ai vu – une seule fois – juste avant notre départ en septembre 1946 pour l’Ile de France. Il était venu signer des papiers à la maison, et furieux de notre départ, son regard a croisé en une fraction de seconde le mien, dans une sorte d’interrogation mutuelle. Il était en tenue de cavalier, et son accoutrement était bien différent de ce que j’avais l’habitude de voir à la maison : nos domestiques, mais aussi des rescapés et prisonniers hollandais (dont je trouvais le premier caché dans un arbre), des soldats anglais, puis des Français, fraîchement débarqués et en transit pour se rendre sur le front, contre les « terroristes ».

 

En mars 1945, nous vécûmes des journées atroces au moment de l’occupation japonaise. L’envahisseur était présent depuis plusieurs années déjà, mais s’en tenait aux casernes, les ports et les aéroports où les soldats étaient somme toute assez discrets. La Gendarmerie japonaise était en face de notre maison à Saigon. D’étranges « infirmiers » venaient en « griller une » juste devant ma porte, entre deux drôles de soins qu’ils réservaient essentiellement aux Chinois d’Indochine. Il convient cependant d’ajouter qu’ils se dérangèrent quand le « comité d’assassinat » Binh Xuyen vint essayer de fracasser nos solides volets, à travers lesquels je pus observer d’ailleurs la première manifestation anti-française, ordonnée par le Vietminh. Des hordes de Vietnamiens passèrent dans la rue, avec des camions, bourrés à craquer d’ex-prisonniers du bagne de Poulo Condor. Ils hurlaient, brandissaient des armes. D’autres hommes en armes tentaient de ramener un semblant d’ordre. J’appris plus tard qu’ils avaient une mission pour le moins terrible : l’assassinat du Père Tricoire, de la cathédrale de Saigon ; épisode qui devait marquer le début de la Guerre d’Indochine ».

 

 

Le départ.

 

« Du jour au lendemain, nous vîmes de plus en plus de Japonais dans les rues. Les arrestations se multiplièrent. Quiconque cherchait à résister était abattu sur place, sans sommation, sans explication. Et nous avons découvert ce qui était pour nous insoupçonnable : globalement – encore une fois avec mon regard de jeune enfant – les Vietnamiens se comportaient bien avec les Français. Mais ce que nous pensions être une amitié certaine n’était que crainte. Du moment où les Japonais démontrèrent que nos soldats étaient facilement battables, nous vîmes dans leur attitude que cette amitié – cette crainte – avait disparu. Le temps de la « courbure d’échine », si je puis dire, était terminé. Les Japonais nous firent prisonniers pendant quelques jours.

 

Enfin, les premiers soldats français arrivèrent en provenance de métropole. Nous allions être libérés. Je me souviens parfaitement avoir été sauvé par des parachutistes. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que je retrouvai certains de ces paras quelques quinze ans plus tard, alors que j’étais appelé du contingent en Algérie.

 

En 1946, ce fut le déchirement. Nous avons dû quitter l’Indochine. Nous nous sommes installés à Paris – rue de Saigon, comme un pied de nez de ma mère à sa famille restée là-bas – et j’ai terminé ma scolarité. Par la suite, j’ai fait carrière dans l’industrie pétrolière, aux achats chez Exxon-Mobil, et j’ai fondé une famille. Et je me suis installé à Coutances, dans le département de la Manche. Le climat est relativement doux et humide. Ce qui permet d’avoir une végétation luxuriante avec des palmiers et des plantes exotiques ! Et les côtes du Cotentin me rappellent celles de mon Vietnam natal…

 

Quant à mon grand-oncle, nous avons su son destin. Nous apprîmes son assassinat le 12 janvier 1951. Les restes d’Henry Chavigny de la Chevrotière furent rapatriés par la suite en France et, probablement parce qu’une personne de sa famille habitait la ville d’Issy-les-Moulineaux, son nom figure dans les Morts pour la France d’Extrême-Orient. Un fait est avéré : la très grande partie des Français qui sont morts en Indochine, qu’ils soient civils ou militaires – quand on a retrouvé les corps pour ces derniers – ne sont pas restés en Indochine ».

 

 

Le drame des sépultures françaises en Indochine.

 

Le 28 décembre 1993, le journaliste et écrivain Michel Tauriac a publié un remarquable article dans le journal Le Figaro sur la disparition des restes des Françaises et des Français inhumés en Indochine pendant la colonisation. Il est vrai que la République française, via le ministère des Affaires étrangères en collaboration avec les services de l’armée, avait procédé en 1986 et 1987, autant que possible, au rapatriement de ces enfants de l’ancien empire colonial.

 

 

 

Pour autant, dans plusieurs endroits du Vietnam, comme à Laï Thieu, à 25 km au nord de Saigon, des restes de milliers de Français ont été placés dans de petites urnes et laissées à l’abandon. Michel Tauriac : « Sont posées là, de chaque côté de ce couloir sans fenêtre ni éclairage, ces pauvres urnes d’argile au couvercle souvent entrebâillé, les unes sur une tablette de béton fixée au mur, les autres par terre. Certaines sont cassées et leur contenu, composé de cendres, d’ossements et de terre craque sous les semelles au milieu des tessons… Jetés au hasard, quelques menus bouquets de fleurs desséchées dans leur papier transparent, rappellent une cérémonie lointaine. »

 

 
Sources :
Entretiens avec Jean-Pierre Jaillon, 2010-2011.
Jacques de la Chevrotière : Les Chavigny de la Chevrotière en Nouvelle-France, à la Martinique.
Recherches dans les archives des Bulletins de l’Ecole français d’Extrême-Orient d’archéologie.
Recherches biographiques André Malraux.
Recherches sur l’histoire de la presse française en Indochine.
Extraits du journal Le Figaro du 28 décembre 1993.
Site de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 11 Février 2012

 

LCL Emile Driant

 

La revue trimestrielle du Souvenir Français, dans son numéro n°485 du mois de janvier 2012, a publié, un article très complet sur les régiments de Zouaves qui firent partie de l'armée française pendant plus de cent trente ans.

Parmi ceux-ci, figure le 4ème régiment de Zouaves qui présente la particularité d'avoir été le « héros » d'un des romans les plus connus du Capitaine Danrit : La guerre en rase campagne. Dans ce livre d'anticipation militaire, paru en 1892, l'auteur imagine cette guerre de revanche qui, dans l'esprit de ses contemporains, devait permettre à la France de recouvrer les provinces perdues en 1871. Et de sa garnison de Tunis à la grande bataille de Neufchâteau, de la libération de Strasbourg à la prise de Berlin, le lecteur suit le régiment dans lequel il servit en capitaine, mais sous son nom réel d’Émile Driant. Né en 1855, adolescent profondément marqué par le désastre de Sedan, Driant rentre à Saint-Cyr et commence une double carrière d'officier d'active et d'auteur de romans « patriotiques » avant de devenir au début du siècle dernier député de Nancy. 

En août 1914 il reprend du service en lieutenant-colonel et obtient le commandement de la demi-brigade qui regroupe les 56ème et 59ème bataillons de Chasseurs à Pied. Il est à leur tête, les 21 et 22 février 1916, au bois des Caures, quand ses hommes et lui subissent, avec un formidable barrage d'artillerie, le premier choc de l'offensive allemande sur Verdun. Il faudra à l'ennemi quarante-huit heures et deux divisions pour venir à bout des chasseurs de Driant qui fut tué le 22, vers quatre heures de l'après-midi, alors qu'il venait de donner l'ordre de repli aux quelques dizaines de survivants de son unité. Ces deux jours gagnés permettront au Commandement français l'acheminement des renforts indispensables... et Verdun tiendra.

A quelques jours du 96ème anniversaire de leur sacrifice héroïque, il était bon de rappeler leur souvenir.

 

 

GBA (2s) Jean-Claude Ichac

Président honoraire du Comité d'Issy-les-Moulineaux

du Souvenir Français

Lire la suite

Publié le 11 Février 2012

Armes-Issy.gif

 

Le samedi 24 mars 2012, le Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux participera à la messe du souvenir pour les morts en Algérie. Celle-ci se déroulera en l'église Saint-Bruno, 14, rue de l'Egalité à Issy. A 11h00, fleurissement des tombes des Morts pour la France en Algérie.

Lire la suite

Publié le 21 Janvier 2012

 

J. Merchant - 4

 Air Force Academy, Colorado, 1972.

 

Officier au sein de l’USAF.

Après avoir accompli ma formation d'officier en 1964, je fus envoyé à Denver dans l’Etat du Colorado, à l'école d'intelligence de l'Air Force Academy (le « West Point » de l'armée de l'air). Durant six mois, j'appris le métier. Nous avions accès à toutes sortes d'informations classifiées, y compris des photos satellites et des U2 des bases soviétiques, qu’ils aient été à Cuba ou au Vietnam. On me forma à l'intelligence photo aérienne et pendant six mois, je suivis de très près et jour après jour ce qui se passait dans le monde. Nous avions appris beaucoup de choses, même jusqu'à préparer une attaque par bombe d'une cible ennemie. Lorsque je terminai cette formation, je fus envoyé à la Reconnaissance Technical Squadron en Californie du sud. Quant à mes camarades de formation, ils furent mutés à droite et à gauche à des postes d'Intelligence humaine ou électronique.

Ma première mission en tant qu'officier était celle de Chef du Centre d'intelligence de cible (Chief of the Target Intelligence Center), un lieu regroupant des cartes classées secrètes indiquant des lieux à bombarder, et produites par cette organisation.

J'avais, durant cette époque, un petit peu de temps libre, alors je m’inscris dans un programme de Master à l'Université de Californie à Riverside, et obtins peu de temps après mon Master en science politique/relations internationales. C'était aussi à cette époque que naquit notre deuxième fille, Stéphanie. Peu de temps après sa naissance, je reçus les ordres de partir au Vietnam, en septembre 1966. Je fus placé pendant un an à Saigon où j'étais nommé Assistant Branch Chief of Escape and Evasion. J'avais trois soldats sous mes ordres et ils étaient censés obtenir des informations sur le terrain, la géographie, etc. afin qu'on produise ensuite des carnets pour les pilotes au cas où ils seraient abattus et en fuite après s'être éjectés de leurs avions. Les carnets leur indiquaient des endroits "sûrs" et quelles routes prendre pour éviter d'être capturés ou tués par les Vietnamiens du nord, les Bodois du Viêt-Cong.

Mon autre travail consistait à éditer et publier un journal hebdomadaire de 50 pages environ de tous les événements liés aux activités aériennes et d'intelligence, à travers tout l'Asie du sud-est. Des quantités d'informations classifiées arrivaient sur mon bureau tous les jours. Je les triais, les éditais, ajoutais des photos ; puis publiait le journal et le distribuait ensuite à toutes les unités militaires américaines du monde. Le journal avait comme nom WAIS (Weekly Air Intelligence Survey), et était classifié Secret NOFORN.

Pendant mon séjour au Vietnam, mes possibilités pour voyager étaient très limitées étant donné l'information à laquelle j'avais accès. Je ne pouvais voyager que par avion (et pas par hélicoptère). En somme, j'étais plus ou mois astreint à rester à Saigon. Cependant, je fus à une seule reprise détaché de ces restrictions, et on m'envoya en Thaïlande pour y rédiger un texte classifié. Ainsi, je pus passer deux jours à Bangkok et profiter de cette ville. Ce fut merveilleux car Saigon était vraiment une ville en zone de combat avec une atmosphère de tension extrême. Après ces deux journées, on me dépêcha dans le nord de la Thaïlande sur la base de Korat où étaient stationnés les Wild Weasels (http://www.wildweasels.org/) pour y passer quelques jours. Les Wild Weasels étaient ceux qui volaient au-dessus du nord du Vietnam à la recherche des radars Fan Song qui contrôlaient les missiles SAMS (missiles terre-air). Leur travail, incroyable, consistait à s'offrir en tant que cible aux SAMS, pour ensuite bombarder le radar Fan Song dans le but de détruire l’ensemble du site. C'était une mission très périlleuse et mon rôle était de passer un peu de temps avec eux et écrire leur histoire pour le WAIS. Peu de temps après, je fus renvoyé aux Etats-Unis, et à nouveau affecté à la base de March. Je reçus la médaille de bronze pour ma mission au Vietnam.

A March, je ne repris pas mon emploi d’origine, car je fus nommé Officier de Communication pour le général de la base. C'était un travail extraordinaire, et je fus exposé à davantage d'informations et de sources classifiées. Nous étions en 1967-68 et je communiquai au général, mon supérieur, des éléments à propos de la « révolution en France et de la disparition du général de Gaulle ». Nous savions qu'il était en Allemagne avec les forces militaires. Ce fut aussi l'époque de la révolution Tchécoslovaque contre l'Union soviétique qui écrasa si brutalement le soulèvement. Ce qui était le plus intéressant pour moi fut mon accès à toutes les photos des satellites et des avions, toute l'intelligence, et tous les rapports et analyses de la CIA (Central Intelligence Agency). Mon travail consistait à transmettre l'ensemble des ces informations au général.

 

A la United Air Force Academy.

Ma mission à la March Air Force Base se termina à la fin de 1968, date à laquelle je fus sélectionné pour enseigner à l'United States Air Force Academy au Colorado. J'étais donc professeur assistant d'Histoire, et je me spécialisai dans l'Histoire européenne. Cela ne m’empêcha pas d’enseigner deux autres cours : « Histoire des révolutions" et "La Guerre froide". C'était un moment difficile car on attendait de nous non seulement un service d'enseignement complet mais la prise en charge de nombreuses autres responsabilités. En conséquence, je devins l'Officier exécutif et personnel du Département des 33 professeurs et 5 secrétaires. Mes tâches consistaient à gérer le département au quotidien et partir à la recherche de nouveaux enseignants. Je m’inscris aussi dans l'Ecole doctorale de l'Université de Denver en vue d'obtenir mon doctorat, et j'y allais donc plusieurs fois par semaine pour assister aux séminaires (à une heure de voiture de l'Air Force Academy). Ce fut difficile, mais « rentable » si je puis écrire, car je décrochai mon doctorat. Ma recherche et ma thèse portaient sur Napoléon Bonaparte : « Evolution et opérations de l'administration napoléonienne : Nice 1792-1810 ».

Suite à cela, on me proposa un poste d'enseignant à Cranwall (haut lieu de l’enseignement de la Royal Air Force en Angleterre), et un poste d'Officier des affaires militaires/politiques au quartier général du SHAPE, mais ma femme ne souhaitait ni l'un ni l'autre, alors nous nous contentâmes d'un poste à Sacramento en Californie, à la McClellan Air Force Base. Ce n'était pas très « folichon » comme mission. Sauf à une seule fois : c’était en 1973. Les Soviets menaçaient de s'immiscer au Moyen-Orient et les Etats-Unis mirent toutes les forces armées en alerte. Mon commandant, qui avait lancé plusieurs fois ses avions sur de nombreuses missions, ne connaissait pas les enjeux. Moi seul étais au courant, mais je ne pouvais communiquer ce que je savais qu'au général, même pas à mon propre commandant.

 

 J. Merchant - 5



McClellan Air Force Base, Sacramento, Californie.

 

 

Professeur à l’Université de Californie.

 

 

La seule chose positive qui est sortie de cette mission à McClellan Air Force Base c'est qu'elle me confirma dans mon désir de prendre ma retraite de l'armée de l'air.

 

Par la suite, je travaillai tout d'abord pendant sept ans comme fonctionnaire public pour l'Etat de Californie. Je fus ensuite sollicité par l'Université de Californie à Sacramento où on me demanda de prendre un poste de professeur. J'acceptai bien volontiers, et après vingt-et-un ans d'enseignement je pris ma retraite définitive.

 

Mes deux filles, Jennifer et Stéphanie ont bien grandi. Elles sont devenues de véritables francophiles. La plus jeune, Stéphanie, est professeur de français dans un lycée en Californie et a deux enfants, Philippe et Christian. L'aînée, Jennifer, est professeur à l'Université Paris II, avec également deux enfants, Simon et Justine. Ma deuxième femme, Sylnovie, et moi-même avons acheté un appartement à La Rochelle en 2000, et nous y allons tous les ans. Je m’y sens bien. Comme une sorte de retour à mes racines. Je peux aujourd’hui dire que je connais la signification profonde de l'expression l’amour du clocher.

 

 J. Merchant - 8

 

 

La Rochelle, France, 2011.

 

 

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

Lire la suite

Publié le 15 Janvier 2012

 

J. Merchant - 2

March Air Force Base, Californie, 1966.

 

 

S’engager dans l’armée.

 

Notre histoire familiale a débuté par des voyages au long cours ! Mon ancêtre français, Jean Marchand, quitta La Rochelle au 17ème siècle pour s'installer dans la « Nouvelle France » au Canada. Puis, l’un de ses descendants quitta le Canada pour s'installer à Rutland, dans le Vermont aux Etats-Unis, là où mon propre père est né et a été élevé. C’est à cette époque que notre nom est changé en « Merchant » par une institutrice de l’école primaire car selon elle « Marchand » sonne trop « étranger ». Plus tard, mon père épousa une jeune irlandaise, Mary Elizabeth Whelan originaire de County, dans le Kilkenny. Je suis né en 1934 à Troy, état de New York. Depuis mon plus tendre souvenir, j'ai toujours voulu voyager, surtout en Europe, et plus particulièrement, en France.

 

A l’âge de 15 ans, j'abandonnai le lycée. A cette époque, les Etats-Unis étaient engagés dans la guerre de Corée, et tous mes camarades et moi-même ne rêvions que d'une chose : nous enrôler dans les forces armées et partir pour nous battre. Nous avions alors tout essayé – l'armée de terre, les "Marines", les forces navales, mais les effectifs étaient déjà au complet. On nous conseilla de nous présenter dans une nouvelle branche des forces armées, les forces aériennes (USAF pour United States Air Force). Nous suivîmes le conseil immédiatement, et nous fumes pris. Je n'avais que 16 ans à l'époque, et bien entendu je mentis sur mon âge – et cela fonctionna !

 

Pendant trois mois, se déroula la formation initiale. Elle avait lieu au nord de l'Etat de New York. Après une longue série d'examens et d'évaluations, on m'indiqua que j'étais mieux fait pour « l'Administration », et on m'envoya à l'Université A&M dans l'Etat d’Oklahoma pour apprendre à devenir secrétaire. Après l'obtention de mon diplôme en 1952, j'eus la chance d'être sélectionné pour partir à Wiesbaden en Allemagne au Quartier Général de l'USAF en Europe. Je fus affecté au Centre de la messagerie et mon travail servait à surveiller la machine à télé-impression qui recevait et envoyait toutes les correspondances classifiées (secrètes) et non-classifiées de et vers toutes nos bases militaires. Mon travail consistait à déterminer quelle agence avait besoin de telle ou telle information afin d'agir en concordance avec le message transmis. En conséquence, j'avais accès à des informations "top secret", ce qui limitait mes déplacements et mes voyages en Europe. Par exemple, je n'avais pas le droit d'aller à Berlin ou dans n'importe quel pays de l'Europe de l'est. La Guerre froide prenait de l'ampleur, et il était tout le temps question d'une éventuelle invasion des troupes de l’Armée Rouge. Je me souviens que j'avais aussi comme tâche de conduire un bus rempli d'Américains qui travaillaient au Quartier général, y compris le Vice-Commandant, le général Bradley (le vainqueur de la bataille de Normandie en 1944), à travers le Rhin vers des lieux plus sûrs à Mainz. C’était une mission de première importance à réussir en cas d’alerte. Dans un but d'entraînement, je recommençai l’exercice à plusieurs reprises. Nous étions vraiment sur le qui-vive à l’idée d’une invasion communiste. Cela n'arriva jamais. Cette mission et le lieu furent réellement intéressants pour le jeune célibataire que j'étais.

 

Mais célibataire, pas pour longtemps ! C’est également à Wiesbaden que je rencontrai ma future femme. Son père était citoyen français (d'origine italienne) et le responsable du Restaurant/Club des officier de l'USAF à Wiesbaden. Avec eux, je pus voyager à Paris et à Cannes. Après quatre ans, je fus envoyé à Albany dans l'Etat de Georgie aux Etats-Unis en tant que Clerc Principal (Chief Clerk) d'une branche de combat stratégique aérien. Malheureusement, ce n'était pas l'Europe. Aussi, dès que la première opportunité se présenta, je me portai volontaire. Ainsi fus-je muté à Paris…

 

A Paris.

 

Paris en 1957 : nul besoin de porter l'uniforme. Je le remplaçai volontiers par des vêtements de ville. D’un côté, je gagnai plus d'argent et l'économie française était en pleine croissance : une vie fantastique, quoi ! Mais d'un autre côté, la révolte hongroise venait d'être brutalement réprimée par l'Union soviétique quelques mois auparavant. La Guerre froide battait son plein et les tensions étaient fortes entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. En France, beaucoup de gens avaient peur de la CGT. Le syndicat pouvait changer radicalement la politique dans le pays. De plus, tous les jours aux actualités, on entendait parler des heurts et violences en Algérie. Nous étions, nous militaires américains, censé gardé un œil très attentif sur tous ces événements. Nos supérieurs nous rappelaient systématiquement la manière dont nous devions nous comporter afin de ne pas attirer l'attention sur nous. Cela n'empêcha pas de nombreux citoyens français de nous lancer des cris « US Go Home ! ». Je me souviens des nombreuses alertes, avec des phares puissants scrutant le ciel à la recherche d'avions hostiles prêts à lâcher des bombes à cause des événements en Algérie.

 

En 1958, le général de Gaulle arriva pour former un nouveau gouvernement car la guerre en Algérie risquait de provoquer une guerre civile sur le territoire français entre ceux qui souhaitaient l'indépendance de la colonie et les autres qui voulaient que l'Algérie demeure une partie de la France.

 

Malgré ces événements inquiétants, j'arrivai à mener une vie relativement normale. J'épousai la jeune femme française que je fréquentais en Allemagne, et notre premier enfant naquit à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. C’était une fille, que nous prénommâmes Jennifer. Je commençai également à suivre des cours du soir à l'université.

 

 

A la California Institute of Technology.

 

Après trois ans à Paris, on me proposa une mission d'enseignement à la California Institute of Technology à Pasadena pour les étudiants en ROTC (Reserve Officers Training Corps). Il s'agissait des meilleurs étudiants et futurs ingénieurs et scientifiques du pays, et notre but était de convaincre le plus grand nombre de se vouer à une carrière au sein de l'armée de l'air. Nous n'avions jamais eu beaucoup d'étudiants, par conséquent j'avais pas mal de temps libre, et mon commandant me suggéra de poursuivre mes propres études afin d’obtenir un diplôme. Mission accomplie et deux ans plus tard, j'obtins mon diplôme d’Associate of Arts (l'équivalent de l'ancien DEUG français). A l'époque, l'armée de l'air dispensait des bourses d'étude. En cas de sélection, l'on pouvait poursuivre ses études jusqu'à l'obtention d'une licence et suivre ensuite une formation de trois mois pour devenir officier. Je fus pris, et grâce à mes expériences en Allemagne et en France, mon travail dans le renseignement, je fus sélectionné pour obtenir mon diplôme en relations internationales avec comme objectif de travailler plus tard dans le domaine de l'intelligence militaire.

 

 

NDLR :

Ces articles sur Jack Merchant sont dus également à Jennifer Merchant-Weil – isséenne – que nous remercions vivement pour son aide précieuse et pour la traduction. Professeur d’anglais appliqué aux sciences politiques et administratives à la faculté de Paris Panthéon-Assas, Madame Merchant-Weil est l’épouse de François Weil, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

Lire la suite

Publié le 4 Janvier 2012

 

Tombés pour la France

 

 

Le Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous souhaite une très bonne année 2012 et vous présente tous ses meilleurs voeux. Et pour bien la commencer, nous vous proposons l'ouvrage édité par Le Publieur et écrit par la Délégation Générale des Hauts-de-Seine.

 

Il s'agit en 37 chapitres, comme autant de communes dans notre département, de raconter l'histoire des carrés militaires et les destins de certains des hommes et des femmes qui y sont enterrés. De la guerre franco-prussienne à la Grande guerre, en passant par  l'Indochine et l'Algérie, tous les conflits de l'époque moderne sont ainsi visités, et même revisités selon des anecdotes bien souvent mal connues.

 

Pour commander ce livre, il convient d'envoyer un chèque (ordre Souvenir Français) d'un montant de 28 euros (20 euros pour le livre et 8 euros pour les frais de port) au Souvenir Français d'Issy dont l'adresse est la suivante : Souvenir Français - Frédéric RIGNAULT - 10, avenue Bourgain 92130 ISSY-LES-MOULINEAUX.

 

Merci !

Lire la suite

Publié le 22 Décembre 2011

Louis Thauvin

 

Au centre : le cuisinier Louis Thauvin.

 

Comme un beau conte de Noël !

 

Le 19 avril 2010, nous avions publié sur ce site Internet du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux, une histoire des opérations militaires des Français en Orient pendant la Première Guerre mondiale. Et nous avions évoqué Louis Thauvin en ces termes : « Louis Thauvin nait le 25 février 1888 à Meung-sur-Loire, bourgade du Val de Loire et de Sologne, fief de la tribu des Alains. En son église, en 1429, Jeanne d’Arc vient s’y recueillir. Louis Thauvin, de la classe 1908, est engagé au bureau d’Orléans. Il porte le matricule 202 et, intègre le régiment de marche d’Afrique pour moins d’une année : il disparaît dans les combats du 2 mai 1915, pendant la bataille de Gallipoli. Par le jugement du 3 décembre 1920, transcrit le 7 janvier 1921, Louis Thauvin est déclaré « Mort pour la France ». Son nom est gravé sur le monument aux morts de la place de la mairie d’Issy-les-Moulineaux ».

 

Monsieur Francis Thauvin a récemment découvert cet article et nous a fait parvenir la photographie ci-dessus et de nombreux renseignements sur son oncle.

 

A Issy, rue Jean-Jacques Rousseau.

 

Francis Thauvin : « Louis Thauvin, était un de mes oncles, et il exerçait la profession de cuisinier. Il avait été d’abord chef-saucier au restaurant Edouard VII à Paris puis chef-cuisinier auprès de la princesse Ghika (1). Il était né à Meung-sur-Loire où ses parents tenaient un café-restaurant. Ce qui déjà représentait un travail lourd. Mais il faut ajouter qu’ils étaient en plus chargés de huit enfants ! Louis Thauvin avait quitté sa Sologne natale pour « monter » à Paris, comme cela se fait toujours. Il était domicilié à Issy-les-Moulineaux, au 263 rue Jean-Jacques Rousseau, chez l’une de ses sœurs. La tradition familiale veut qu’il se soit engagé dans la Légion Etrangère à la suite d’un chagrin d’amour ».

 

A la Légion Etrangère.

 

« Après avoir effectué son service militaire de 1908 à 1911, et avoir vécu son métier pendant trois années environ, Louis Thauvin débarque en Algérie, s’engage à Sidi-Bel-Abbès et est affecté au 2ème Etranger, 13ème compagnie, à Saïda. Il porte le matricule 158.21. Du 23 septembre 1914 à la fin du mois de février 1915, il est stationné avec son régiment en Algérie. L’unité prend ensuite ses quartiers au Maroc où elle va, jusqu’en 1919 et en dehors de quelques compagnies, œuvrer à la pacification du Maroc sous les ordres d’un certain maréchal Lyautey.

 

Louis Thauvin est versé dans le Bataillon de marche de la Légion Etrangère en mars 1915 et s’embarque d’Afrique du Nord pour rallier Marseille le même mois. Ensuite, il incorpore le régiment de marche d’Afrique (compagnie D3, matricule 15813) pour se rendre sur l’île grecque de Lemnos, à environ 50 kilomètres du détroit des Dardanelles, gardé par la presqu’île fameuse de Gallipoli. Il débarque avec son unité sur Morto-Bay et est tué le 2 mai 1915.

 

Le 5 septembre 1915, son acte de disparition est enregistré au ministère de la Guerre, et le document sera dressé au dernier domicile de Louis Thauvin, à Issy-les-Moulineaux, six mois après la date du décret portant cessation des activités. »

 

 

 

(1)            La princesse Ghika, de son nom de jeune fille Henriette Aurélie Soubiran, fille du fantasque Paul Soubiran, dont les exploits et les aventures imaginaires ou réelles se racontent encore dans le Gers, à Lectoure. Elle nait de l’union de son père avec Caroline Aimée Le Sueur de La Chapelle à Caen en 1820. Henriette reçoit une très bonne éducation et, portée sur la littérature, ne tarde pas à se faire connaître dans les salons parisiens. Il y côtoie Balzac, Alexandre Dumas ou encore Henri Monnier. En 1849, elle épouse le prince roumain Grigore Ghika, qui a des prétentions de régner sur les provinces alors réunies de Moldavie et de Valachie. Le couple mène grand train dans son hôtel parisien. Malheureusement, dix années plus tard, le prince meurt dans un accident de voitures à cheval. La princesse se réfugie en Roumanie. Bénéficiaire testamentaire du prince, elle se voit contrainte de transiger avec le gouvernement de Bucarest et se retire alors dans le Gers, à Lectoure, où elle meurt en 1904.

 

 

Sources :

- Renseignements et archives familiales de Monsieur Francis Thauvin.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

Lire la suite

Publié le 10 Décembre 2011

 

Rafale-St-Dizier-Le Monde

 

Un Rafale de l'armée de l'air décollant de la base de Saint-Dizier pour se diriger sur la Libye (copyright le Monde).

 

Le 19 mars 2011, dès l’ordre d’engagement donné par le Président de la République, 36 heures après le vote au conseil de sécurité de la résolution 1973 autorisant le recours à la force en Libye pour assurer la protection de la population civile, des Rafale, Mirage 2000D et Mirage 2000-5 de l’armée de l’air décollaient de leurs bases de métropole (Saint-Dizier, Nancy et Dijon) pour des raids allers et retours sans escale au dessus de la Cyrénaïque, soit des missions de près de sept heures comportant plusieurs ravitaillement en vol. Ces raids bloquaient les forces de Kadhafi, sauvant la population de Benghazi du massacre qui se préparait. Redéployées progressivement par la suite sur les bases de Solenzara en Corse, de Sigonella en Sicile et de Souda en Crète, les unités aériennes de l’armée de l’air ont poursuivi leur engagement sans interruption pendant 226 jours, c’est-à-dire jusqu’à la fin officielle des opérations, le 31 octobre dernier. Au cours des milliers de sorties qu’elles ont effectuées, les unités aériennes n’ont subi aucune perte. Les centaines d’interventions feu qu’elles ont conduites ont toutes été réalisées avec des armes guidées de très haute précision. Aucun dommage collatéral n’a été déploré.

L’armée de l’air a fait ainsi une démonstration particulièrement frappante de ses capacités d’intervention, même si les médias n’en ont fait entendre qu’un faible écho. Raison de plus pour revenir sur la genèse de telles capacités, résultantes d’un certain nombre d’ avancées opérationnelles et techniques remarquables conçues et/ou exploitées par des personnels de qualité, que ce soit au niveau  des commandements, des états-majors ou des unités.

                                                                       °°°

Il faut remonter aux premières années 60 pour entendre parler de stratégie d’action extérieure , quelque peu masquée, il est vrai, par l’importance et la priorité accordées alors à la stratégie de dissuasion nucléaire, à la montée en puissance de la première composante des forces nucléaires stratégiques, à la restructuration et au redéploiement des forces aéroterrestres et aux nouvelles relations à établir avec l’Otan dont nous n’allions pas tarder à quitter l’organisation militaire intégrée (1966). Et pourtant, c’est bien dès cette époque qu’ont été définis pour notre pays les premiers éléments d’une stratégie d’intervention hors métropole.

Au début, il s’agissait essentiellement d’être capable de venir en aide, sur leur demande, aux états africains issus de nos anciennes possessions, états désormais indépendants mais encore fragiles avec lesquels la France avait passé des accords de coopération et même, pour certains d’entre eux, des accords de défense. Dans ce contexte, seuls étaient envisagés des déploiements de forces modestes, en vue d’opérations de faible intensité et de courte durée (1). Pour cela avait été conçu pour chacune des trois armées un système de « cellules d’intervention », cellules légères, susceptibles d’être retenues en totalité ou en partie pour mettre sur pied et déployer rapidement une force adaptée à la situation du moment (2). Ces cellules ont pris nom de « Guépard » pour l’armée de terre, de « Tarpon » pour la Marine et de « Rapace » pour l’Air. Sans entrer dans le détail, les cellules Rapace prévoyaient un maximum de douze appareils de combat avec l’environnement technique et logistique adapté, le tout étant transporté par avion. Le problème, à l’époque, était que les avions prévus – des « Vautour »(3) pour l’attaque et l’appui et des « N2501 » pour le transport – avaient les uns et les autres les pattes courtes tandis que la capacité d’emport des Nord 2501 était limitée, ce qui obligeait ces derniers à mettre en œuvre un flot d’appareils relativement important pour répondre à des besoins même limités. Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept. Cet inconvénient était d’autant plus pénalisant que le transport aérien avait aussi la charge d’opérer au profit des cellules Guépard de l’armée de terre. Dans ces conditions, atteindre depuis la métropole  aussi bien Dakar que N’Djamena et plus encore Bangui ou Libreville imposait de multiples escales, d’où des délais pour obtenir les autorisations des pays concernés tandis que le choix des itinéraires était restreint, les contournements de pays non coopératifs ne pouvant qu’augmenter les délais de mise en place ... et le nombre d’escales. En un mot, les moyens prévus par l’armée de l’air étaient encore peu adaptés aux contraintes de la stratégie alors envisagée. Cet inconvénient, si on ne faisait rien, ne pouvait que s’aggraver avec le temps.

Après la fin de la guerre froide et la disparition de l’URSS, totalement inattendues l’une et l’autre, l’instabilité, loin de s’apaiser, allait s’aggraver pour des raisons très différentes, aussi bien en Europe qu’ailleurs. En Europe, si l’ordre ancien, détestable, n’était plus, en revanche c’est le désordre qui s’était installé. Le retrait soviétique avait mis à découvert un ensemble de pays appauvris, sinon ruinés et instables sur fond de problèmes de frontières, de religions, de régionalisme ou de nationalités. C’était là une source de crises sévères dont celles des Balkans sont encore dans toutes les mémoires (Croatie en 1991, Bosnie à/c de 1992, Kosovo en 1999). Hors d’Europe, Soviétiques et Américains avaient réussi pendant la guerre froide à bloquer certains conflits extérieurs, dès lors que ceux-ci étaient susceptibles de déraper et de provoquer un affrontement direct et majeur entre eux (cas de la guerre du Viêt-Nam, du Kippour en 1973, de la guerre Irak-Iran à compter de 1979...). Ces « verrous » ayant sauté avec la fin de la guerre froide, l’instabilité s’est aggravée notamment dans les pays s’étendant en arc de cercle du Maghreb à la Corée du nord en passant par le Moyen-Orient, par les républiques caucasiennes et celles d’Asie centrale, tandis que Saddam Hussein crut que le moment était venu pour lui de se lancer dans une politique d’expansion au détriment de ses voisins avec la conséquence que l’on sait: Deux guerres de première grandeur, l’une à laquelle la France a participé (Le Golfe 1991) et l’autre où elle est restée à l’écart (Guerre en Irak de 2003). D’autre part, certains pays, en Afrique notamment, avaient perdu au lendemain de la chute du mur, toute importance stratégique et étaient abandonnés à eux mêmes. L’anarchie s’est alors étendue offrant un terrain propice aux mouvements extrémistes, en particulier religieux, tandis qu’en Afghanistan, les talibans offraient aux terroristes du monde entier toutes facilités pour s’entrainer chez eux. Le drame du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, puis la guerre en Afghanistan en ont été les conséquences. Dans un tel contexte, le domaine de nos interventions extérieures s’élargissait encore. Il imposait à l’armée de l’air, entre autres, la généralisation progressive au cours des années 90 de l’aptitude au ravitaillement en vol de sa flotte aérienne de combat, l’acquisition de quatre avions ravitailleurs supplémentaires et pour le transport, l’acquisition de quatorze C130H (15 tonnes sur 5000 km) suivie de celle d’Airbus A310 et A340 afin de renforcer les capacités de soutien logistique des forces projetées.

Ces crises et guerres de l’après guerre froide ont des caractéristiques communes :

 

·         - Elles se traduisent le plus souvent par des interventions à moyenne sinon à haute intensité pour certaines d’entre elles, c’est à dire conduites contre un adversaire disposant de systèmes de défense modernes ou, au minimum, faisant appel aux ressources de la haute technologie ( Kosovo, Golfe, Afghanistan , Libye tout récemment) (6) et ce, au milieu d’une population qu’il s’agit de protéger, ce qui impose des règles d’engagement drastiques et des actions feu d’une extrême précision.

 

·         - Non seulement les interventions se déroulent loin de notre territoire, mais encore s’inscrivent elles de plus en plus dans la durée (45 jours pour la guerre du Golfe en 1991; 78 jours pour l’offensive aérienne au Kosovo et en Serbie en 1999; 226 jours en Libye). D’où l’importance accordée au soutien opérationnel technique et logistique des forces engagées.

 

·         - Le cadre de ces interventions est le plus souvent multinational et/ou interallié, ce qui complique la structure des états-majors et organismes de conduite et de contrôle des opérations, tandis que le contrôle du pouvoir politique national doit rester très serré dans la mesure où les opérations se déroulent sans état de guerre déclaré. D’où pour les responsables militaires, comme pour les exécutants, une prise en compte permanente du contexte politique dont ils doivent bien comprendre les données, condition indispensable pour garder la maîtrise de la force et respecter strictement la discipline de l’ouverture du feu.

 

·         - Enfin et surtout, si les opérations ont toujours eu un caractère interarmées, elles n’en sont pas moins caractérisées par le rôle majeur de l’engagement des forces aériennes, notamment dans la phase initiale des interventions, comme cela  a été le cas dans la guerre du Golfe, (cinq semaines d’offensives aériennes suivies de quatre jours d’intervention aéroterrestre), au Kosovo (78 jours d’offensive aérienne précédent le déploiement des forces de l’Otan dans la province), en Afghanistan lors de l’offensive US de la fin 2001 destinée à chasser les talibans de Kaboul et tout récemment en Libye comme cela a été évoqué en entrée de cet article. La réactivité et la vitesse d’intervention de nos forces aériennes se sont imposées ainsi comme des facteurs de succès essentiels. Encore faut-il que ces forces soient en mesure d’intervenir non seulement vite et loin, mais encore en toute sécurité pour elles mêmes, pour les troupes amies qu’elles sont amenées à appuyer, directement ou indirectement ... et pour les populations, c’est à dire en évitant tout risque de dommages collatéraux, toutes conditions de mieux en mieux remplies grâce aux avancées enregistrées dans les domaines des équipements et des armements.

                                                                        °°°

Les contraintes précédemment rappelées ont imposé en effet une évolution progressive et profonde des caractéristiques des forces aériennes engagées. Il y a loin désormais entre les moyens somme toute modestes et aux capacités limitées retenus pour les forces aériennes d’intervention dans les premières années 60 (Vautour/N2501) et ceux d’aujourd’hui, caractérisés, surtout pour l’aviation de combat, par les très hautes performances des vecteurs, de leurs équipements et de leur armement, capables d’opérer dans un environnement opérationnel, technique et logistique complexe, le plus souvent multinational, à plusieurs milliers de kilomètres des bases de stationnement. Ces moyens ont fait en Libye la preuve de leur efficacité, c’est à dire de leur réactivité, de leur capacité de recueil, de traitement et de transmission du renseignement, de la sélectivité enfin et de la précision de leurs frappes. Pour l’armée de l’air, c’est là la conséquence des progrès enregistrés dans trois domaines: la généralisation déjà évoquée de l’aptitude au ravitaillement en vol de ses avions de combat; le développement de munitions air-sol guidées de très haute précision; l’exploitation enfin des possibilités offertes par les nouvelles techniques du traitement de l’information.

 

Au début des années 60, la technique du ravitaillement en vol était certes connue, mais elle n’était appliquée, et ce depuis 1964, que dans les forces aériennes stratégiques équipées de Mirage IV. Sous la contrainte de notre stratégie d’action extérieure, l’aviation tactique a cherché à exploiter cette technique d’abord dans les unités de F100 (7), appareil prévu pour figurer dans les cellules d’intervention Rapace en remplacement des Vautour. C’est ainsi qu’en février 1969 trois F100 réalisaient le premier raid à longue distance Toul/Dakar et que deux ans plus tard, fin 1971 une autre cellule de trois F100 ralliait Madagascar via Istres, Fort Lamy (N’Djamena) et Djibouti. C’est néanmoins avec la mise en service du Jaguar, à partir de 1975, laquelle succédait à l’arrivée dans les unités de transport, à la fin des années 60, du C160 Transall que l’armée de l’air a disposé des moyens beaucoup mieux adaptés aux contraintes des interventions extérieures de l’époque. Le trio Jaguar/C160/C135F (8) s’est en effet illustré dans la quasi totalité des opérations conduites jusqu’à la fin de la guerre froide, opérations dont il a constitué le fer de lance. Le ravitaillement en vol de notre aviation de combat couplé avec les  capacités accrues de notre flotte de transport a eu d’autres conséquences souvent occultées et dont la mise en évidence s’impose.

Alors que jusqu’ici on voyait surtout dans la technique du ravitaillement en vol des avions de combat tactiques le moyen d’assurer un déploiement rapide de ces derniers sur les théâtres les plus lointains, l’opération conduite en Mauritanie fin 1979 à partir de Dakar avec une poignée de Jaguar pour contraindre le Polisario à cesser ses raids au cœur de ce pays a révélé que cette technique permettait aussi – et surtout – d’atteindre des objectifs même très lointains – c’est à dire à plus de 1.200 kilomètres de la base de départ avec retour sans escale sur cette dernière (9). Grâce à la mise en service, dans les mêmes années 70 d’un nouvel appareil de transport tactique déjà mentionné, le C160 Transall caractérisé par une capacité d’emport plus importante et une plus grande  distance franchissable, démonstration était faite de la possibilité de soutenir depuis la métropole des détachements d’appareils de combat déployés sur des terrains très éloignés et exigeant ainsi sur place un soutien en personnels allégé. De nouvelles perspectives d’interventions étaient ainsi ouvertes, imposant un nouveau style aux opérations extérieures. L’armée de l’air était amenée du coup, on le sait, à étendre dans un premier temps la capacité de ravitaillement en vol aux Mirage F1 nouvellement mis en service avant de l’étendre ensuite  à l’ensemble de la flotte de combat.

La technique du ravitaillement en vol a permis également  de diminuer dans une large mesure  les inconvénients nés de l’obligation d’obtenir les autorisations de survol (10)  et d’escale nécessaires au déploiement de forces aériennes destinées à opérer  sur un théâtre extérieur, une contrainte souvent avancée pour minimiser les capacités d’interventions de l’Armée de l’Air. A partir du moment où les distances franchissables tant des avions d’armes que du transport se chiffrent  en plusieurs milliers de kilomètres,  le nombre d’escales nécessaires au déploiement  sur des théâtres éloignés diminue voire s’annule tandis que s’élargit le choix des itinéraires possibles, en incluant notamment la possibilité d’emprunter des itinéraires maritimes. Ainsi, à l’occasion d’une mise en place d’urgence de Jaguar  au Gabon, en 1982, les appareils fidèlement suivis par leur ravitailleur C135F et leur C160 n’ont emprunté que des itinéraires maritimes avec une seule escale à Dakar. Aujourd’hui, pour rallier l’Afghanistan, nos Rafale et Mirage 2000D ont le choix entre deux itinéraires, l’un “continental” via la Turquie, l’autre “maritime” via Djibouti, les deux ne comportant également qu’une seule escale.

Cette même technique offre aussi une plus grande possibilité de choix des terrains de déploiement des forces aériennes prévues pour telle ou telle opération. Grâce aux rayons d’action évoqués, un tel terrain peut, si nécessaire, se situer hors du théâtre d’opérations, à plus d’un millier de kilomètres des zones d’intervention envisagées. A titre d’exemple, en 2002, les premiers Mirage 2000D destinés à opérer au dessus de l’Afghanistan ont été déployés sur le terrain de Manas, au Kirghizistan, à plus de mille kilomètres de la zone prévue d’intervention, avec, en prime, entre les deux, la chaîne de l’Himalaya à franchir ! Un tel avantage est d’autant plus apprécié qu’aucune intervention extérieure n’est concevable aujourd’hui sans que les forces ne disposent d’un aérodrome terrestre, qu’il soit implanté au cœur du théâtre ou à l’extérieur, aérodrome indispensable en effet en toute hypothèse aux avions lourds, de transport, ravitailleurs, de guerre électronique, AWACS, sans lesquels il n’est pas possible d’opérer aujourd’hui. Ces aérodromes permettent également aux avions de combat qui y sont déployés de décoller avec le maximum de charges, dès lors que la ou les piste(s) ont la longueur suffisante, ce qui est le cas aujourd’hui pour la plupart des aérodromes modernes répartis sur la planète.

Le développement des armes air-sol guidées de très haute précision est le deuxième facteur qui a bouleversé les conditions d’emploi des forces aériennes tout en  multipliant leur efficacité. C’est pour les besoins de la guerre au Viêt-Nam que de telles armes ont été développées par les américains. Elles ont fait leur apparition sur ce théâtre dans les premières années 70. Il s’agissait essentiellement d’armes à guidage laser susceptibles d’être tirées à « distance de sécurité » (stand-of), c’est à dire en évitant à l’avion tireur de survoler son objectif, tout en étant d’une extrême précision. Le 13 mai 1972, le pont de Than Hoa était attaqué et détruit par un seul raid de huit chasseurs « Phantom » de l’USAF armés de tels missiles, alors qu’entre 1965 et 1968, ce même pont avait subi de multiples attaques à la bombe classique sans autre résultat pour les américains que de perdre dix appareils du fait de la défense adverse. C’était là une révolution de première grandeur dans le domaine tactique, révolution appelée à s’étendre au domaine stratégique. C’est ainsi que  les premiers raids aériens qui ont marqué le début de la guerre du Golfe dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991 ont été conduits, entre autres, par des bombardiers géants B52. Ceux-ci n’ont pas dévasté la capitale en larguant en aveugle des « tapis de bombes » comme au bon vieux temps. Ils ont visé au contraire des objectifs ponctuels – centres de commandement, nœuds de transmissions – situés en plein cœur de la ville, objectifs neutralisés en tirant des missiles air-sol guidés d’une précision décamétrique, sans causer de dommages collatéraux notables. Le B52, symbole du bombardement par tapis de bombes devenait le symbole des frappes dites chirurgicales même si toutes n’ont pas mérité ce qualificatif ! Il n’est pas inutile de rappeler que l’armée de l’air avait su tirer la leçon de l’expérience US au Viêt-Nam en développant pour ses Jaguar un missile air-sol à guidage laser (AS30L), missile utilisé pendant la guerre du Golfe contre des objectifs tactiques (hangars d’aérodromes militaires, navires). Elle fut la seule à utiliser de telles armes, à côté de l’USAF.

Bombes, propulsées ou non, et missiles guidés de précision sont désormais à la base des capacités offensives tactiques et stratégiques des forces aériennes, dont les nôtres, capacités dont l’importance est fondamentale dans la stratégie d’action extérieure Le développement et le perfectionnement de ces armements sont spectaculaires. Leur portée et leur précision – du décamétrique, on est passé au métrique – ne cessent de croître et leur emploi devient de plus en plus indépendant des conditions météo ou de la luminosité par le recours aux systèmes de guidage  GPS/inertiel, infrarouge ou par corrélation d’image. Leur engagement se traduit en termes non seulement d’efficacité mais aussi d’économie des forces, avec les conséquences que l’on sait sur le format de ces dernières. Que ce soit au niveau tactique ou stratégique, un nouveau style de guerre aérienne se précise désormais. Les attaques massives plus ou moins dévastatrices pour l’environnement font place aux frappes ponctuelles, réduisant de façon drastique les dommages collatéraux, frappes conduites par un nombre limité de vecteurs dont la vulnérabilité aux défenses adverses devient plus faible grâce à la portée de plus en plus grande de leur armement (11). Ce style est d’autant plus recherché que nous vivons une époque où les interventions sont conduites non pas dans le cadre de la défense directe de la mère-patrie mais dans celui d’actions extérieures visant à éliminer des fauteurs de troubles susceptibles de mettre en cause indirectement nos intérêts et ce dans des territoires plus ou moins lointains dont les populations ne sauraient être victimes des actions conduites par nos propres forces. Le résultat en est un emploi de plus en plus large des bombes et missiles guidées de précision: De 8% de la totalité des munitions air-sol tirées pendant la guerre du Golfe (1991) on est passé à 35% pendant la campagne aérienne du Kosovo, à 60% pendant la première campagne aérienne en Afghanistan (2001) et à 100% pendant les opérations en Libye. Au cours de ces quatre campagnes, la proportion de bombes ou missiles guidés de précision à capacité « tous temps » n’a pas cessé non plus de croître, passant respectivement de 0% à 3%, puis 30% et plus encore pendant l’opération Harmattan (12).

De telles capacités donnent enfin à la notion de “diplomatie aérienne” (13) une réalité qu’elle n’avait pas jusqu’ici. Elle est un volet particulier de la stratégie d’action extérieure. Par diplomatie aérienne en effet, dans son aspect “coercitif” (14) il s’agit de conduire des actions offensives ciblées appuyant une démarche diplomatique, c’est-à-dire dont le but est moins de neutraliser des forces adverses qu’à influencer  directement le pouvoir politique du pays visé. Ce qui s’est passé lors de la deuxième phase de l’offensive aérienne au Kosovo en 1999 en est un exemple. Le but des coalisés était d’amener le président Milosevic à stopper l’exode forcé de la population albanaise du Kosovo, à évacuer ses forces de cette province où devaient être déployées celles de l’Otan, le tout sous la pression des seules forces aériennes. La première phase de l’offensive avait été un échec dans la mesure où elle visait les forces serbes présentes au Kosovo, forces qui se mêlaient au flot des réfugiés albanais ou qui restaient camouflées, rendant dans un cas comme dans l’autre inopérante l’action de nos forces aériennes. Celle-ci se transformait, dans une deuxième phase des opérations, en raids stratégiques visant des objectifs au cœur de la Serbie, notamment Belgrade, objectifs soigneusement ciblés en fonction des réactions du chef d’état serbe et ce, sans causer de dommages collatéraux à la population. La destruction de tel ou tel objectif, en réponse à une déclaration ou à une attitude données du dirigeant serbe traduisait une volonté politique de ne pas se laisser impressionner par ces dernières. C’est l’extrême précision des raids qui a permis de conduire une telle stratégie relevant de la diplomatie aérienne coercitive laquelle a finalement amené Milosevic à accepter le déploiement au Kosovo  de forces de l’Otan (juin 1999).

Intervenir les premiers, vite et loin, de façon sélective, dosée, sans risques de bavures, avec des forces aériennes de combat et de transport dont les vecteurs deviennent de moins en moins nombreux au fur et à mesure de l’accroissement de leurs performances est une chose. Encore faut-il au préalable avoir une connaissance précise des conditions d’engagement sur le terrain, c’est à dire sur l’adversaire, ses défenses, ses points de vulnérabilité. Encore faut-il, en cours d’opération, disposer d’un environnement opérationnel adapté, un environnement dont la tendance est, quant à lui, de prendre de l’ampleur : avions de surveillance du ciel (Awacs), avions de surveillance du sol (Jstars) (15), avions de guerre électronique... ravitailleurs, et ce pour assurer la sécurité et coordonner l’intervention aussi bien des avions que des hélicoptères et des drones – qu’il s’agisse d’attaque, de reconnaissance, de défense – tout en étant capables de répondre aux contraintes du contrôle politique. Cela fait du monde et tout ce monde doit pouvoir être identifié, recueillir et échanger les données tactiques entre les différents niveaux de la chaine de commandement. Dans les situations le plus souvent mouvantes caractérisant les situations de crises ou de guerre actuelles, il s’agit également de réduire au maximum le délai entre le moment où un objectif est décelé et celui où il est attaqué, après recueil, analyse de cet objectif, décision de l’attaquer et l’attaque elle même. C’est la boucle de John Boyd dite OODA (observe, orient, decide, act). Tout repose sur le recours aux technologies de l’information et de la communication les plus modernes, sur la mise en œuvre de centres de commandement et de contrôle des opérations aériennes capables de suivre en temps réel les opérations, capables de mettre en réseau les différents acteurs, ce qui passe notamment par le recours aux transmissions satellitaires, la numérisation des données et le développement de l’interopérabilité entre nos propres systèmes et ceux des alliés. L’armée de l’air, lors de l’opération Harmattan (16), a récolté les fruits de l’attention qu’elle a portée depuis de nombreuses à l’ensemble de ces domaines: Rôle déterminant du centre de commandement et de contrôle de Lyon Mont Verdun au lancement de l’opération, engagement dans la semaine précédant Harmattan de Mirage F1CR de reconnaissance et de Transall de guerre électronique  destinés à recueillir le maximum de renseignements sur le futur théâtre, déploiement d’un de ses awacs et des ravitailleurs nécessaires aux raids prévus, recours à la liaison 16 sur nos appareils permettant l’échange des informations, y compris des images entre les différents intervenants, aptitude des équipages à opérer dans un environnement interallié. Le résultat est connu.

                                                                       °°°

Cet aperçu des capacités de l’Armée de l’Air dans le cadre de notre stratégie d’action extérieure et notamment les succès enregistrés lors des récentes opérations en Libye ne sauraient cependant masquer les lacunes et faiblesses qui subsistent aujourd’hui dans certains domaines. Quatre d’entre elles doivent être évoquées :

 

·         - La flotte de combat est dotée d’un matériel excellent. Les armements et équipements dont elle dispose et la qualité des équipages la placent au premier rang des flottes européennes. Mais cette flotte se rétrécit comme peau de chagrin et ne saurait, à elle seule, supporter dans la durée des opérations de haute intensité ou exigeant l’engagement d’un volume important de forces. Les excellentes disponibilités maintenues dans les détachements qui ont opéré pendant Harmattan (95%) n’ont été obtenues qu’au prix d’un recours aux ressources logistiques et techniques offertes par les appareils non engagés, ce qui, à terme, pose de sérieux problèmes d’entraînement. Quant au nombre d’appareils de combat engagés, il était dans chaque unité concernée, relativement faible.

 

·         - Le transport aérien a certes rempli son contrat mais son potentiel est en chute libre avec le retard pris par la sortie du très attendu A400M.

 

·         - La question du remplacement de nos ravitailleurs C135F, en service depuis 1964, c’est à dire depuis près de cinquante ans se pose avec acuité. La solution existe – l’A330 adapté à la fois au transport stratégique et au ravitaillement en vol des appareils de combat (programme MRTT – MultiRol Tanker and Transport). Cet appareil a été commandé par la Grande Bretagne et l’Australie. Il devrait figurer dans la prochaine loi de programmation...

 

·         - La France prend un retard sérieux dans le domaine des drones. Les services rendus par le Harfang (drone intérimaire) utilisé tant en Afghanistan qu’au-dessus de la Libye ont confirmé tout l’intérêt de ce genre de vecteur dans la mesure où il est effectivement capable d’assurer une permanence au dessus d’un théâtre. Le Harfang n’a cependant pas de capacités d’attaque, ce qui le pénalise lourdement par rapport à ceux mis en œuvre notamment par les Américains. Le besoin est reconnu mais la solution retenue – le drone « Heron » israélien adapté aux besoins français – apparaît une solution sans doute coûteuse et sûrement réalisable seulement à long terme (> 2020 ?).

                                                                        °°°

Puisse ce texte appeler en tout cas l’attention des uns et des autres sur l’importance des efforts qu’il nous reste à consentir pour que nos forces aériennes  continuent de jouer dans les années à venir le rôle qui doit être le leur au sein de nos armées et ce, pour une meilleure défense de nos intérêts en Europe et dans le monde.

 

Général Michel FORGET – Décembre 2011.

 

 

 

 

 

 

Renvois :

 

(1)   Le livre blanc de 1972 expose clairement le concept.

 

(2)    La première Instruction officielle instaurant ce système date de 1964.

 

(3)   Vautour B : bombardier léger, bimoteur, sans possibilité de ravitaillement en vol. Le Nord 2501 : bimoteur, premier avion-cargo français, entré en service au milieu des années 50. Il avait un rayon, d’action limité (2 tonnes sur 2500 kilomètres) soit deux escales et près de 11 heures de vol pour rejoindre Dakar depuis la métropole. Etait néanmoins très supérieur à son prédécesseur, le DC3 (2 tonnes sur 1800 kilomètres) qui n’était pas un avion-cargo.

 

(4)   Jaguar : chasseur bimoteur franco-britannique apte au ravitaillement en vol, destiné à l’attaque au sol, mis en service à partir de 1975 (l’armée de l’air comptera jusqu’à neuf escadrons de Jaguar). Le Mirage F1 entré en service à la même époque sera rendu apte au ravitaillement envol à la fin des années 70.

 

(5)   C160 Transall : remarquable avion de transport tactique franco-allemand entré en service en 1968. Bimoteur. Ses performances en rayon d’action et en capacités d’emport étaient plus du double de celles du N2501 : 5 tonnes sur 5000 kilomètres.

 

(6)   En Afghanistan, les talibans ne manquent pas d’utiliser des IED (Improvided Explosive Device), engins explosifs redoutables commandés à distance.

 

(7)   F100 : chasseur monoplace transsonique adapté aux missions d’attaque au sol et de pénétration. A équipé dans les années 60 deux escadres de chasse de l’armée de l’air.

 

(8)   C135F : avion ravitailleur quadriréacteur dérivé du Boeing 707 dont 15 sont actuellement en service dans l’armée de l‘air.

 

(9)   Le 19 mars 2011, soit trente années plus tard, Rafale et Mirage 2000D ont attaqué depuis leurs bases de stationnement des objectifs situés à 2300 km de ces dernières avec retour directe sans escale.

 

(10) Aucun moyen ne permet d’éliminer ce problème des autorisations de survol. Ainsi les appareils de notre porte-avions opérant dans l’Océan Indien et destinés à intervenir en Afghanistan ne peuvent se passer de l’autorisation de survol du Pakistan.

 

(11) Cette portée va de quelques kilomètres pour les premiers missiles à guidage laser à plusieurs dizaines de kilomètres pour les armements air-sol modulaires (A2SM) propulsés et  à plusieurs centaines de kilomètres pour les missiles de croisière comme le SCALP, tous missiles et bombes qui ont été tirés au cours de opérations de Libye.

 

(12) Proportion exacte non diffusée à ce jour.

 

(13) La diplomatie navale est mieux connue. Elle répond à la même définition, avec des moyens évidemment différents.

 

(14) La diplomatie aérienne peut être aussi une diplomatie de « coopération » (expression de Mr Coutau-Bégarie). Elle a alors pour but de renforcer les liens d’amitié avec un pays donné ou de démontrer l’intérêt que l’on porte à celui-ci par la participation d’éléments de nos forces aériennes à de démonstrations en vol, voire à des manœuvres avec les forces aériennes du pays en cause.

 

(15) Quadriréacteur de l’USAF : « Joint Surveillance Tracking Attack Radar System » utilisé notamment pendant la guerre du Golfe et équipé pour détecter les mouvements au sol alors que l’AWACS, lui aussi quadriréacteur (Air Warning Control System) est spécialisé pour la surveillance de l’espace aérien.

 

(16) Nom de baptême de l’opération conduite au-dessus de la Libye.

 

 

 

Lire la suite

Publié le 27 Novembre 2011

Issy-les-Moulineaux – 21 Février 2010 – Inauguration de la place Missak Manouchian. André Santini, député-maire, est entouré d’Arsène Tchakarian (à gauche) et d’Henry Karayan (à droite). Cliché F. E. Rignault.

Issy-les-Moulineaux – 21 Février 2010 – Inauguration de la place Missak Manouchian. André Santini, député-maire, est entouré d’Arsène Tchakarian (à gauche) et d’Henry Karayan (à droite). Cliché F. E. Rignault.

 

Extrait du journal Le Monde du 25 novembre 2011 ; article écrit par Dominique Buffier.

  "Je n'ai jamais tué d'Allemands, je n'ai tué que des nazis", répondait-il lorsqu'on l'interrogeait sur ses actions armées durant la Résistance. Avant-dernier survivant du groupe Manouchian, vice-président de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants arméniens, Henri Karayan est mort le 2 novembre, à Paris, à l'âge de 90 ans.

 Né en 1921 à Istanbul, d'une famille arménienne victime du génocide de 1915, Henri Karayan arrive en France à l'âge d'un an et demi. La famille Karayan s'installe à Décines (Rhône) près de Lyon. Son père est responsable, en 1921, du comité de secours pour l'Arménie, une association qui vient en aide à l'Arménie soviétique isolée, alors, par le blocus des armées alliées.

 Union populaire franco-arménienne.

 En 1938, quand ce comité est dissous, Missak Manouchian, militant communiste depuis 1934, met en place une nouvelle structure sous le nom d'Union populaire franco-arménienne et fait la tournée des communautés arméniennes en France. C'est dans ce cadre que le jeune Henri Karayan, âgé de seulement dix-sept ans, fait sa connaissance.

 "La première fois que j'ai rencontré Manouchian, rappelait-il, nous avons passé l'après-midi ensemble. Tout ce qu'il me disait résonnait en moi. Nous partagions les mêmes convictions". "Je pensais ne jamais le revoir. Nos routes avaient peu de chances de se croiser de nouveau. C'était compter sans la pression des événements", ajoutait Henri Karayan, dans un entretien avec le journaliste Jean Morawski publié en 2000 par L'Humanité. Ces "événements" se traduiront d'abord, en mai 1940, par son incarcération à la prison de Saint-Paul de Lyon comme – faute d'autres charges - "individu douteux".

 Opérations armées à partir de 1943.

 Après un transfert au camp de Loriol (Drôme) puis celui de Vernet (Ariège), il est contraint d'aller travailler en Allemagne, où, dans la région de Dortmund, il retrouve un jeune communiste juif, Léo Kneler, ancien des Brigades internationales et dont il avait fait connaissance à Vernet. C'est en sa compagnie qu'il s'évade et, en mars 1942, rejoint Paris où il reprend contact avec Manouchian. Participant d'abord aux distributions clandestines de tracts ou de l'Humanité, il rejoint en avril 1943 le groupe de jeunes FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main d'œuvre immigrée) sous le commandement de Manouchian et participe à de nombreuses opérations armées.

 C'est de justesse qu'il échappe, avec son camarade Arsène Tchakarian, à la rafle qui mena au peloton d'exécution 23 membres du groupe le 21 février 1944 au Mont-Valérien. C'est en hommage à cet épisode tragique que Louis Aragon devait écrire en 1955 le poème Strophes pour se souvenir, plus connu sous le nom de l'Affiche rouge, qui sera mis en musique et chanté, en 1959, par Léo Ferré. Arsène Tchakarian, 95 ans, est désormais le dernier survivant du groupe Manouchian.

 

Lire la suite