Publié le 22 Novembre 2009



Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux a participé aux manifestations de la commémoration du 91ème anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918, mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Les principales manifestations étaient les suivantes :

- Mardi 10 novembre : cérémonie des "Flammes de l'Espoir", organisée par notre comité, puis remise de la Flamme à Monsieur le Maire-Adjoint délégué aux Anciens combattants et aux Parrainages militaires.

- Mercredi 11 novembre : cérémonies et dépôts de gerbes à l'église Sainte-Lucie, au Monument aux Morts franco-arménien, au cimetière municipal, place du 11 novembre puis au square Bonaventure Leca, avec les allocutations de Monsieur Roger Fleury, président de l'UFAC, de Monsieur Christian Poujols, président de l'UNC et de Monsieur André Santini, ancien ministre, député-maire.

Les commémorations du mercredi 11 novembre ont été marquées par la cérémonie de prières, avec des représentants de chaque culte, à l'auditorium Saint-Nicolas, et l'inauguration du nouveau carré militaire d'Issy-les-Moulineaux, somptueusement fleuri. Un travail colossal ayant été entrepris sur l'ensemble du cimetière et pour le carré, l'une des missions les plus délicates fut de bien repositionner chaque croix (il y en a plus d'une centaine) au-dessus des restes de chaque soldat.

Retrouvez les photographies de ces commémorations dans l'album intitulé "2009-11-11, Issy".

Lire la suite

Publié le 16 Novembre 2009


 

Sur le monument aux morts de la commune d’Issy-les-Moulineaux, pour la guerre d’Indochine, il est une particularité : dans la liste des morts pour la France, figure un civil, journaliste, défenseur acharné de la présence française en cette partie du globe et assassiné pour ses idées : Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

 

Grâce aux publications de Jacques de la Chevrotière (L’Eléonore, les Chavigny de la Chevrotière, éd. Septentrion) et à nos recherches, nous avons pu récolter des éléments biographiques sur Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

 

Les Chavigny de la Chevrotière.

 

La famille Chavigny de la Chevrotière est une vielle famille noble française dont les racines remontent à plusieurs siècles. Les ancêtres d’Henry sont des pionniers et des explorateurs, qui s’installent en Nouvelle-France. Ce territoire, qui s’étend considérablement sous les règnes de Louis XIII à Louis XVI, comporte aussi bien les possessions de Louisiane, d’Acadie, de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson. Une partie de la famille s’installe également en Martinique.

 

Quant à Henry, il nait le 11 septembre 1883, à Saigon, en Cochinchine, territoire de l’Indochine française. Il est le fils naturel d’Eleuthère Chavigny de la Chevrotière et de Nguyen Thi An. Jacques de la Chevrotière indique même le jour de déclaration des parents devant un officier d’Etat-civil : il s’agit du 20 décembre 1883.

 

 

Le journaliste.

 

Henry passe une partie de son enfance puis de sa jeunesse en métropole. Entre autres, il est lycéen à Bordeaux. Il retourne par la suite en Indochine où il entame une carrière de journaliste. Entre 1917 et 1926, il travaille pour le journal L’Impartial ; puis de 1928 à 1942, à la Dépêche, dont il est directeur et propriétaire. Il fait partie de ces personnalités de la vie saïgonnaise, connu pour ses positions de défense des intérêts de la Mère patrie.

 

 

La polémique avec André Malraux.

 

Honoré de Balzac a écrit : « Le journalisme est une catapulte mise en mouvement par de petites haines ». Cette phrase décrit parfaitement la polémique qui oppose en 1925 Henry Chavigny de la Chevrotière à André Malraux.

 

En 1923, André Malraux, âgé seulement de 22 ans, accompagné de son épouse Clara, effectue le voyage de métropole en Indochine. Impressionnés par les connaissances encyclopédiques du jeune homme, le musée Guimet puis l’Ecole Française d’Extrême-Orient leur délivrent des laissez-passer pour explorer des temples de la région d’Angkor, au Cambodge. L’aventure devient rocambolesque quand les malles et bagages de Malraux et de ses compagnons d’infortune sont ouverts, au moment du retour, et que les Autorités y trouvent près de huit cents kilos de pierres et de morceaux de bas-reliefs, arrachés aux temples.

 

Les pilleurs sont condamnés. La presse indochinoise, à commencer par l’Impartial se déchaîne contre André Malraux. Lequel, s’étant lié d’amitié avec Paul Monin, avocat et fondateur du journal l’Indochine, revient deux ans plus tard à Saigon. Par journaux interposés, les protagonistes s’affrontent. Qu’on en juge, les titres parus dans le journal l’Indochine étant éloquents : « Première lettre à Monsieur Henry, d’En-avant-pour-l’arrière, moraliste sévère et journaliste sain » ; « Encore Chevrotière. Secondaire sapajou : le soporifique Delong » ; « Au très pur, très noble, très loyal gentilhomme Henry Chavigny d’En-avant-pour-l’arrière, ancien indicateur de la Sureté »…

 

Ce à quoi Henry Chavigny répond, dans l’Impartial : « Des documents, des preuves : Paul Monin vendu aux Bolchéviques chinois ! ». Et Malraux de rétorquer : « A Chavigny, vierge et martyr » !

 

Il est vrai que l’écrivain et futur ministre de la Culture, a déjà des sympathies pour les révolutionnaires communistes, Paul Monin également, et qu’à l’époque, avoir ce genre de sentiments est totalement incompatible avec ce qui fait aux yeux de l’opinion publique la grandeur de la France : le colonialisme (toute les tendances politiques, y compris les socialistes, soutiennent le colonialisme) et ses apports bénéfiques aux populations dites alors « indigènes ». Malraux se défend du raccourci entre communisme et colonialisme. Soutenu par des écrivains, des artistes, des intellectuels et quelques savants, il prêche un peu dans le désert… Pour autant quelques-uns de ses articles font grand bruit, jusqu’en métropole : défendant les idées d’émancipation du peuple indochinois – que l’on appellera bientôt vietnamien – Malraux s’attire le soutien d’une certaine bourgeoisie locale, et qui deviendra peu à peu, plus influente.

 

Les années passent. Henry Chavigny de la Chevrotière devient un personnage incontournable de la presse et de la présence française en Indochine.

 

 

Un assassinat.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Henry Chavigny de la Chevrotière créé un nouveau journal qui prend le nom d’Union Française. Dès les premiers événements de 1946, le journaliste est un fervent défenseur du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. Il est connu de la plupart des gouverneurs et des responsables militaires, dont le moindre n’est certainement pas le général Jean de Lattre de Tassigny. Celui-ci, nommé en décembre 1950, est accompagné de plusieurs officiers généraux dont René Cogny, Polytechnicien, et général de brigade dans l’Artillerie.

 

Pour ses positions, ses idées, Henry Chavigny de la Chevrotière est assassiné le 12 janvier 1951. La dépêche de l’Agence France-Presse indique : « Vendredi, à 12h35, M. de la Chevrotière se rendait dans sa Hotchkiss décapotable de son bureau à son domicile rue des Epargnes, en passant comme à l’accoutumée par la rue Richaud. Peu avant le carrefour Richaud – Evriaud des Vergnes, il fut dépassé par une jeep portant le numéro jaune du Corps consulaire, occupée par deux terroristes. Arrivé à la hauteur de la voiture de M. de la Chevrotière, celui qui ne conduisait pas jeta deux grenades dans la Hotchkiss. M. de la Chevrotière en saisit une et s’apprêtait à la relancer quand elle explosa. Sa main fut arrachée. Atteint au corps et à la tête qui fut criblée d’éclats, M. de la Chevrotière mourut presque instantanément. L’autre grenade atteignit le chauffeur qui accompagnait M. de la Chevrotière et fut grièvement blessé ».

 

Quelques jours plus tard, le Haut-commandement décide de décorer, à titre posthume, Henry Chavigny de la Chevrotière. Un article paru dans le journal l’Union française reprend les textes de la déclaration : « Au nom du général de Lattre de Tassigny, le général Cogny décore à titre posthume M. de la Chevrotière de la croix de la Légion d’honneur et de la croix de guerre des T.O.E. – nb : Théâtres des Opérations Extérieur – avec palmes. Journaliste de grande classe qui, après avoir dépensé sans relâche et sans souci pour défendre la cause de l’amitié franco-vietnamienne dont il a été l’un des premiers pionniers. Condamné à mort par les terroristes, ayant échappé par miracle à deux attentats, n’a pas hésité à continuer son œuvre. Est tombé en soldat le 12 janvier 1951, donnant ainsi l’exemple de courage et de ténacité ».

 

Une seule question subsiste : pourquoi le nom d’Henry Chavigny de la Chevrotière se trouve-t-il sur le monument aux morts de la ville d’Issy-les-Moulineaux ?

 

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 1 Novembre 2009

Photographie extraite du livre d’Adam Rayski sur le Stand de Tir.

 

 

 

 

Samedi 12 septembre 2009, allée des Citeaux à Issy-les-Moulineaux. Reçu chez Mr et Mme Dubot, Marcel Lecomte, isséen (« Je suis né au 20 rue Hoche, à la maison, comme cela se faisait à l’époque. On était en 1934 »), ancien du bâtiment, combattant en Algérie, nous raconte sa Seconde Guerre mondiale et la Libération.

 

« Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de la conquête allemande. J’entendais surtout mes parents dirent que c’était grave, pas drôle et qu’il fallait faire avec. Mais j’ai bien encore en mémoire les événements extraordinaires. Par exemple, boulevard Voltaire. C’est là qu’eurent lieu les premiers bombardements.

 

Au moment de la Libération, mes parents ont fait comme tout le monde. Ils ont suivi la foule. Pendant près de quatre années, les rumeurs les plus folles avaient circulé sur certains endroits, certaines demeures. Que pouvait bien-t-il se passer dans ces immeubles, dans ces lieux occupés par les Allemands, par la Gestapo, et dont des bruits atroces venaient aux oreilles du voisinage ? C’était le cas du Stand de Tir où nous entrâmes à la fin du mois d’août 1944 (Ndlr : se reporter aux articles écrits à ce sujet et publiés sur ce site en septembre 2008). Je me souviens parfaitement avoir accompagné sagement mes parents. En ce temps-là, il était impensable pour nous de désobéir ou de courir partout. J’étais donc derrière eux. Je les écoutais parler avec d’autres adultes. Leur première impression fut une grande surprise. Beaucoup racontaient qu’ils avaient entendu des tirs, mais sans soupçonner ce que ces murs pouvaient cacher. Une pièce comportait des poteaux. A mi-hauteur, ils étaient criblés d’impacts de balles. Pire. Au sommet étaient encore cloués les bandeaux que devaient servir à couvrir les yeux des suppliciés. Au fond, un mur d’amiante avec des traces de mains, enfoncées assez profondément. L’une d’elles était placée très haut. Totalement inatteignable pour moi. Comment avait-elle pu être à une telle hauteur ?

 

Une autre pièce. Le mur du fond était pour partie fait de carreaux de verre. Sur le côté, il y avait une installation. On aurait dit les fours d’une boulangerie. Autour de moi, certains disaient que des gars avaient certainement été gazés dans cette pièce et que les fours auraient pu servir à faire disparaître les corps. D’autres racontaient que les cercueils de bois blanc étaient destinés aux soldats allemands ayant refusé de fusiller des Français. Quelle pouvait bien être la vérité dans tous ces propos ?

 

Au global, la visite dura une heure. Deux heures peut-être. Mais j’en sortis bouleversé. J’ai longtemps pensé à ce moment et longtemps imaginé ce qu’il avait pu s’y passer. Pour l’heure, il fallait aller à la soupe populaire. Et ce n’était pas facile. Les villes de Paris et d’Issy étaient libérées. Mais ça et là, des partisans étaient restés planqués et tiraient sur la foule… ».

Lire la suite

Publié le 24 Octobre 2009


Le Comité d'Issy-les-Moulineaux vous rappelle que notre grande quête nationale se déroulera le dimanche 1er novembre 2009. A Issy, notre équipe de quêteurs se trouvera à l'entrée du cimetière, et ce toute la journée. L'argent récolté servira à fleurir les tombes des soldats morts pour le France ainsi que l'entretien de leur sépulture. A votre bon coeur ! Et merci par avance.

Lire la suite

Publié le 18 Octobre 2009

 

Monsieur André Santini et Monsieur Guy de Rochambeau.

 

« Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Monsieur de Rochambeau,

 C’est un réel plaisir de vous accueillir aujourd’hui, mardi 6 octobre 2009 pour cette inauguration de la place dédiée à la mémoire du Maréchal de Rochambeau.

 Né en 1725 à Vendôme, Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, deuxième fils du comte de Rochambeau, est élevé pour entrer dans les ordres mais la mort de son frère aîné le conduit finalement à la carrière des armes. En 1742 commence pour lui la vie militaire. Bientôt  aide de camp du duc d’Orléans (père de Louis-Philippe), il est vite renommé pour sa bravoure et son habileté dans les manœuvres. Nommé colonel à 22 ans, il se distingue au siège de Maastricht en 1748 et devient gouverneur de Vendôme en 1749. Après l'expédition de Minorque, en 1756, il est nommé général de brigade dans l'infanterie et colonel du régiment d'Auvergne. Il s’illustre aussi pendant la Guerre de sept ans, notamment à la bataille de Clostercamp (1760), pour le succès de laquelle il a une action déterminante malgré plusieurs blessures. Il est nommé maréchal de camp en 1761 et inspecteur de la cavalerie. Il est alors fréquemment consulté par les ministres pour des points techniques.

 Mais c’est la Guerre d’indépendance américaine qui le fera entrer dans l’Histoire. A partir de la fameuse "Boston Tea Party" du 16 décembre 1773 où les colons américains défient la couronne anglaise, le conflit devient latent et le recours aux armes approche.

 Dans les débuts du conflit militaire entre l’Angleterre et ses colonies, des Français y prennent part individuellement : Beaumarchais en se faisant marchand d’armes, Lafayette en organisant des corps francs. Rochambeau, lui, arrive aux Amériques à la tête d’un corps expéditionnaire français envoyé par Louis XVI et débarque à Newport le 11 Juillet 1780. Le général conseille alors à Washington d'attaquer les troupes anglaises engagées dans le Sud, ce qui débouchera sur la célèbre victoire de Yorktown.

 Le 5 Septembre 1781, l’amiral de Grasse remporte la victoire de la Chesapeake sur la flotte de l'amiral Graves. Un conseil de guerre est tenu le 18 Septembre à bord du bateau "Ville de Paris" entre Washington, Rochambeau et de Grasse. Le général anglais Cornwallis est retranché dans les places fortes de Yorktown, et de Gloucester. Dès le 28 Septembre, commencent les manœuvres d'investissement par les forces franco-américaines de ces deux places fortes. Au même moment, la flotte française de 28 vaisseaux de l'amiral de Grasse assure le blocus du port de Yorktown, empêchant ainsi tout ravitaillement ou toute fuite des britanniques par la mer.

 Les 6 000 britanniques et les 2 000 allemands font face aux 11 000 français et aux 6 000 hommes de Washington (incluant des Polonais, des Allemands, des Canadiens français et des Indiens cherokees). Après près de deux semaines d’affrontement, le 19 Octobre 1781, Cornwallis capitule et rend aux forces alliées les places de Yorktown et de Gloucester. Le général anglais se prétendant malade, il envoie un de ses subordonnés remettre son épée aux vainqueurs. Cette victoire doit beaucoup au comte de Rochambeau qui a su maintenir la discipline, préparer les détails et prendre les bonnes options, pour conduire au succès des armes.

 Cette bataille fut aussi la première grande opération militaire combinée (infanterie, cavalerie, artillerie et marine) de l'histoire, réunissant trois grands militaires : Washington, Rochambeau et de Grasse. Moins d’un an plus tard, le traité de Paris est signé, qui accorde l’indépendance aux anciennes colonies britanniques. A son retour en France, Rochambeau est acclamé à Versailles et décoré de l’Ordre du Saint-Esprit, mais la Révolution Française se prépare. Il commande quelque temps l'armée du Nord et de l'Alsace et est nommé Maréchal – le dernier de l'Ancien régime – en 1791 par Louis XVI. Devant la situation chaotique engendrée par les factions, les ordres contradictoires du gouvernement et la chute de l'autorité royale, il démissionne en 1792. Deux ans plus tard, arrêté par la Terreur, jugé et condamné à mort, il échappe par miracle à la guillotine le 9 Thermidor et retourne à Thoré-la-Rochette où il mourra le 12 mai 1807 à l'âge de 83 ans après avoir été décoré de la Légion d’Honneur par Napoléon.

Sans l’aide de la France, la rébellion des treize colonies contre la Grande-Bretagne aurait échoué. Il n'y aurait pas d'États-Unis d'Amérique. La victoire de Yorktown fut le point de départ et le symbole de la naissance des Etats-Unis et le début de l'amitié franco-américaine.

 C’est en la mémoire de son principal acteur, le Maréchal de Rochambeau, que j’ai l’honneur d’inaugurer cette place qui lui rend hommage en présence de son descendant, notre administré et ami, Monsieur Guy de Rochambeau ».

 

 

 

André SANTINI

Ancien ministre

Député – Maire d’Issy-les-Moulineaux.
 

Lire la suite

Publié le 9 Octobre 2009


Bombardiers Glenn-Martin 167 de l’Armée de l’Air française.

 

 

 

Le général de brigade aérienne (2S) Jean-Claude ICHAC, président honoraire du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux évoque pour nous une personnalité hors de commun, et très peu connue, même au sein de l’Armée de l’Air.

 

« Dans les années cinquante, flânant sur les quais de la Seine, j’ai trouvé chez un bouquiniste un livre un peu abîmé, édité chez Fasquelle en 1944, dont le titre énigmatique me frappa : « Disparus dans le ciel ».

 

Autre détail surprenant, l’auteur de ce livre de guerre était une femme. Si je viens aujourd’hui vous en parler, c’est d’une part qu’il y a malheureusement peu de chance que vous le trouviez, soixante-cinq ans après sa parution, et d’autre part parce que cette femme, infirmière-pilote à l’aube de la deuxième guerre mondiale, aurait bien mérité la médaille de vermeil avec bélière laurée de notre association, le Souvenir Français, et voici pourquoi :

 

Germaine L’Herbier-Montagnon. Un nom que sans doute peu d’entre vous connaissent. Et pourtant cette infirmière-pilote a représenté, entre 1940 et 1942, le seul espoir puis l’apaisement pour des centaines de familles. Fondatrice de la « Mission de Recherche des morts et disparus de l’Armée de l’Air », elle a parcouru, avec son équipe, en deux ans, plus de 70.000 kilomètres, retrouvant 290 avions français et 240 anglais abattus dans le ciel de France ou de Belgique entre le 10 mai et le 20 juin 1940. Grâce à elle, 431 aviateurs français ont été identifiés et ont reçu une sépulture digne de leur sacrifice, après avoir été arrachés aux débris de leur appareil ou retrouvés dans une tombe anonyme.

 

Dans les conditions éprouvantes et difficiles de la France occupée, faisant la synthèse des ordres d’opérations, des journaux de marche des unités, des indications souvent contradictoire des témoins, équipages en vol, troupes au sol ou habitants, elle a su grâce à des détails parfois infimes retrouver, puis identifier ces disparus. Mais sa connaissance des matériels était particulière, comme en témoigne l’anecdote qu’elle rapporte :

 

« Etant sur la base d’Aulnat, avec un pilote de mes amis, voyant décoller l’appareil de notre ministre de l’Air, je demandais innocemment :

 

-    Qu’est-ce que c’est que ce zinc ?

-    Comment ? Mais c’est un Glenn-martin, voyons. Et c’est vous qui demandez cela ? Vous qui avez identifié plus de cinq cents avions abattus !

-     Oui, mais moi je les connais surtout pulvérisés, brûlés, en pièces détachées… Les axes, les boulons, les cylindres, les entoilages de volets, les armatures brisées n’ont plus de secret pour moi. Mettez ensemble les débris d’un Bréguet, d’un Morane et d’un Glenn- Martin, je saurai trier ce qui appartient à chacun. Mais un Glenn-Martin volant dans le ciel, je n’en avais jamais vu… »

 

En effet, des Glenn-martin et des Curtiss, des Amiot et des Potez, des Dewoitine et des Morane, des Bloch et des Breguet, combien en avait-elle retrouvé et identifié, au fond des bois ou au milieu des champs ? Comme par exemple ce Bréguet 691 :

 

« Le Sous-lieutenant Georges Chemineau et le Sergent Claude Guichon, de la 54ème Escadre, avaient disparu le 16 mai 1940, sur Bréguet 691 n°20 dans la région de Montcornet. Des aviateurs, participant à la même mission, avaient vu l’appareil s’écraser en flammes, à droite d’une route qu’ils supposaient être la nationale 46. Mais, après bien des démarches, je ne trouvai effectivement que les tombes du  Sous-lieutenant Alfred Devalez, chef de bord, et du Sergent-chef radio Maurice Buisson, tués le 16 mai 1940, sur LéO 45 n°54, groupe 1/12, à Raillimont, aux confins de l’Aisne et des Ardennes. Je dus revenir bien souvent dans la région, avant de découvrir les tombes de l’équipage du Bréguet 691 n°20, écrasé contre un petit bois, à droite du I.C.14 (*) de Chaumont-Porcien à Rocquigny. »

 

Si par chance vous trouvez un jour ce livre, n’hésitez pas. Il vous en apprendra beaucoup sur les pages glorieuses de notre Armée de l’Air en 1940, et sur le magnifique travail de Germaine L’Herbier-Montagnon et de son équipe. Car, comme l’écrivait le Général Chambe dans sa préface : « C’est un livre dont on doit lire les pages debout. »

 

Merci, Madame. »

 

 

GBA (2S) Jean-Claude Ichac

 

 

 

 

 (*) I.C. : Chemin d’Intérêt Communal.                                                                   

 

 

Lire la suite

Publié le 3 Octobre 2009


Marcel Leconte est le deuxième en partant de la droite.

 

« J’étais dans le Train ».

 

Septembre 2009, allée des Cîteaux à Issy-les-Moulineaux. Après-midi ensoleillé d’un été finissant. Robert Dudot reçoit l’un des ses voisins et vieux camarade au sein des associations d’anciens combattants : Marcel Leconte.

 

Marcel Leconte : « Je n’aime pas vraiment parler de la guerre d’Algérie. D’abord, parce que tout le monde croit que c’était le Club Méditerranée ! Ensuite, parce que souvent, on me demande si j’ai torturé. Moi ? Torturer des fellaghas…

 

En 1956, j’avais alors vingt-deux ans et comme j’étais marié avec un enfant, j’avais un sursis. Je l’ai résilié, j’ai quitté mon emploi dans le bâtiment et je suis parti... Pour revenir quelques jours plus tard ! En effet, nous étions la veille de Noël et j’obtins une permission pour passer la fin de l’année dans ma famille. J’ai fait mes classes à la caserne Dupleix à Paris puis dans l’Arme du Train à Montlhéry. Mes classes se déroulèrent à peu près bien, si ce n’est une crise d’appendicite qui se transforma en péritonite.

 

En mars 1956, j’étais en Algérie, au sein du 504ème Bataillon du Train (BT), à Miliana, dans la chaîne du Zakar, au dessus de la plaine de cette ville qui s’appelait à l’époque Orléansville. Nous étions donc au sud d’Alger ».

 

Cette unité est l’héritière du Groupe de Transport (GT) 504, fondé pendant la Seconde Guerre mondiale, en Afrique du Nord. Elle participe aux campagnes de la 1ère Armée française entre 1944 et 1945. En avril 1956, le GT est recréé. Ses cadres viennent du 1er Régiment du Train de Paris, des GT 501 de Vincennes, 523 de Montlhéry et de la 602ème Compagnie de Circulation Routière (CCR) de Vincennes.

 

Le 504ème Bataillon du Train comprend les éléments suivants : une compagnie de commandement, d’appui et de services ; quatre compagnies de combat ; une harka, c’est-à-dire des rebelles alliés montés sur des chevaux (une cinquantaine) ; un peloton blindé, monté sur des half-tracks ; un groupe de mortier ; un groupe d’artillerie ; un groupe cynophile.

 

« J’y ai passé six mois. Avec les copains, on ne faisait pas que du transport. On « ratissait » : cela signifiait qu’on partait dans le djebel et qu’on inspectait tout le secteur qui nous était confié. Régulièrement, on avait des escarmouches avec des fellaghas. On avait aussi des têtes brûlées – des soldats ou des gradés – qui n’hésitaient pas, moyennant un bon paquet de billets, à voler des camions pour filer des armes à l’ennemi ou lui fournir des moyens de transport. Heureusement, cela restait exceptionnel. A la fin de l’année 1956, dans la région de Kerba, un de nos groupes, qui allait chercher du sable, est tombé dans une embuscade : sur les 26 militaires présents, un seul réussit à s’en sortir. Tu parles d’un Club Med ! Quelques temps plus tard, j’ai été muté au Groupe de Transport 535. »

 

Le GT 535 est formé d’éléments en provenance des Centres d’Instruction du Train de la Métropole : le 151 de Montlhéry, le 152 de Laon ; l’Ecole d’Application de Tours. Après quelques temps dans des tentes, et comme le service militaire est passé à 27 mois, le GT 535 s’installe dans un campement en dur, à l’ouest d’Alger dans un secteur défini par les bourgades de Koléa, Tefeschoum et Castiglione. Mis à la disposition du 23ème Corps d’Armée, le GT 535 est chargé d’assurer le transport de troupes – généralement des parachutistes ou des légionnaires – dans le cadre de missions spéciales : gazage de grottes, actions commandos, infiltration. Le GT 535 est alors associé au 1er REP (Régiment Etranger Parachutiste) et aux 2ème et 3ème RPC (Régiment Parachutiste Colonial). Il est équipé de camions Renault, de jeeps, de véhicule de marque Dodge. Il participe aux opérations de sécurisation de la zone. Cela veut dire aussi bien ratisser à la recherche d’ennemis, que de surveiller les villages, les ponts, les routes. Il y a également des missions que l’on qualifie aujourd’hui d’humanitaire : faire l’école ; soigner la population ; donner à manger.

 

Marcel Leconte : « On ne faisait pas que du transport spécial. J’ai aussi transporté des gars dans Alger, de l’essence dans le grand camp de la banlieue d’Alger – à la fois un camp pour les matériels et de prisonniers – et qui s’appelait Beni Messous. Ce camp était immense. Il portait aussi un nom bien français : le Camp Basset. Plusieurs unités de mon Arme s’y trouvaient : le Centre d’Instruction du Train 160 (CIT 160) ; le Groupe de Transport 520 (GT 520) ; la Compagnie de Circulation Routière 510 (CCR 510). Puis on me confia un job un peu particulier : pendant les grandes grèves en Algérie de 1957, je fus chargé de conduire des bus dans Alger ! Enfin, avant la fin de l’année 1957, on m’envoya dans une nouvelle unité : le 584ème BT. Et là, j’y ai connu un très grand militaire : Jean Pouget. »

 

 

Le 584ème Bataillon du Train.

 

A l’origine de la formation de ce bataillon, il y a le 228ème Bataillon d’Infanterie créé dans le département d’Eure-et-Loir avec des rappelés. L’unité s’embarque à Marseille et prend ses quartiers dans la région de Tizi Ouzou. Il devient 584ème BT en novembre 1956 et s’installe à Bordj de l’Agha. Composé à l’origine d’un état-major et de trois compagnies d’infanterie, ce BT se distingue par son manque d’équipements, un encadrement insuffisant et non préparé à la guerre.

 

Marcel Leconte : « Je me souviens bien. C’était pas l’anarchie, mais pas loin. Avec Pouget tout changea. Pour un gars qui faisait le con, on se retrouvait tous à 25 km du camp et il fallait rentrer à pied. Et sans eau, s’il vous plait ! Nous étions placés sur les hauts plateaux à la pointe sud de l’Algérois. On allait souvent dans le djebel Amour. On accompagnait et on servait le 1er et le 2ème REP. Je conduisais une jeep, placée derrière celle de Pouget. J’avais une remorque qui devait bien peser une tonne. On participait à pas mal de travaux. Ici, c’était une piste d’aviation qu’il fallait faire. Là, une route à réparer ou une autre à ouvrir. Le paysage était désertique. Pas d’arbres. Juste quelques touffes d’alfas. Il y avait par contre beaucoup de bédouins. Je me souviens d’avoir vu des caravanes. Certains dromadaires portaient des sortes de baldaquins.

 

Bien souvent, on participait à des opérations d’héliportage. Ce n’était pas sans risque. Une fois, une mission échoua et on releva quinze hommes. Quand il y avait des accrochages, on faisait appel aux légionnaires. Les avions décollaient, larguaient les gars. On les voyait revenir bien après. Certains que le nécessaire avait été fait. »

 

Avec ce nouveau commandant, le 584ème BT se métamorphose et créé une compagnie de commandement et d’appui, une peloton blindé, un autre de mortiers et de canons sans recul, un élément de transport en 6x6 et quatre compagnies de combat. L’unité grossit donc et passe à environ un millier de soldats, auxquels il convient d’ajouter une harka de 120 hommes et un commando de chasse. Bientôt, le BT est sollicité pour de nombreuses missions, dans ses secteurs de Djelfa, Bou-Saada, Tizi-Ouzou, Djurdjura.

 

 

Jean Pouget.

 

Jean Pouget nait en 1920. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il participe aux opérations de la 1ère Armée française. Cavalier, parachutiste, ancien du 1er Régiment de Hussards Parachutistes, Jean Pouget fait plusieurs séjours en Indochine. Avec ses hommes, alors que l’issue dramatique semble inévitable, il se fait larguer sur le camp retranché de Diên-Biên-Phù en 1954. Prisonnier au Camp n°1, il résiste au régime inénarrable du Vietminh. En Algérie, il prend, entre autres, la tête du 584ème BT pour en faire en quelques mois une unité de premier plan. Après la guerre d’Algérie, il se tourne vers l’écriture, publie plusieurs ouvrages et entre au journal Le Figaro où il devient grand reporter.

 

Marcel Leconte : « Jean Pouget, c’était quelqu’un. Un vrai chef. On aurait pu le suivre partout. Je me rappelle de plusieurs anecdotes. Une fois, c’était au mess des officiers. Je m’assois. Je mange. Je récupère ici et là du pain et de quoi faire des sandwichs pour les autres chauffeurs. Le commandant Pouget arrive : « Qu’est-ce que tu fais là toi ? me dit-il ». Ordre de mon lieutenant, c’est pour prendre des forces que je lui ai répondu du tac au tac !

 

Une autre fois, dans le djebel, je me trouvai un coin bien sympathique pour déjeuner. Je m’installai comme un chef, avec serviette, canon de rouge et tout le toutim ! J’ouvris une boîte de sardines et j’y ajoutai un filet de vinaigre et une belle échalote. Le commandant passa à côté de moi : « Encore toi ? Fais voir goûter ton frichti… Extra ! Quand je pense que j’ai un ordonnance incapable de me trouver un truc pareil… ».

 

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 19 Septembre 2009

 

Juin 1888.

 

 

 

 

Le 15 juin 1888, Guillaume II, fils aîné de Frédéric III, roi de Prusse et récent empereur d’Allemagne, accède au trône. Il promet de donner une vision et une ambition à la mesure politique, géographique et démographique de ce tout nouveau pays.

 

Trois jours plus tard, dans une France qui ne rêve que de revanche, à la suite de la déroute de 1870-1871, dans une France désorientée par le mouvement boulangiste, à Ivry, ville ouvrière de la banlieue sud-est de Paris, naît Georges Alexandre Boivin.

 

Sa famille ne peut imaginer un seul instant que la politique du premier va entraîner la mort du second…

 

 

Les combats de Carency.

 

Dès les débuts de la Première Guerre mondiale, après être entrées en Alsace-Lorraine, les armées françaises subissent plusieurs défaites et se voient prises en tenailles : au nord, les forces allemandes n’ont que faire de la neutralité belge et s’engouffrent dans ce territoire. L’Armée belge, héroïque, ne peut résister longtemps. Au sud, les troupes du Reich progressent et tentent d’enfermer les Français en pilonnant la région de Nancy. Nos armées tiennent bon, sous l’impulsion du général Curières de Castelnau, qui rapporte de la bataille le surnom de « Sauveur de Nancy ».

 

Le 6 septembre, le général félicite ses régiments dans la note suivante : « d’avoir su conserver en face d’attaques violentes, une attitude continuellement offensive, qui a déterminé l’échec complet de l’ennemi. Leurs efforts n’ont pas seulement pour résultats de retenir en face d’elles des forces considérables, ils ont contribué pour une large part à faciliter la tâche des unités voisines et à rendre plus efficace leurs actions".

 

Le centre du dispositif national, subissant de plein fouet les coups de butoir des armées allemandes, doit reculer jusqu’aux portes de la Région parisienne, sur la rivière de la Marne, qui mais reste le lieu ultime de retraite : « Tu ne passeras pas ». Du 6 au 12 septembre, par un sursaut incroyable de courage, entraînée par l’épisode des « Taxis de la Marne », l’Armée française se reprend et tient le terrain, mètre par mètre, au prix de dizaines de milliers de morts. Le front, de la Suisse à cette région de la Champagne est consolidé. S’engage alors ce qui est resté dans les manuels d’histoire sous le nom de « Course à la mer ».

 

Chacun des belligérants tente de se déborder par l’ouest. Cette conquête est ponctuée, quotidiennement, d’engagements et de batailles : bataille de l’Aisne, bataille de Saint-Mihiel, bataille de Picardie, bataille de l’Artois et enfin, bataille des Flandres (Ypres), qui se déroule dans le courant du mois de novembre 1914. Finalement, le front se fige, de la Suisse à la Mer du Nord. 300.000 soldats français sont morts pour la Patrie, qui compte également plus de 600.000 blessés.

 

En octobre 1914, lors de la bataille d’Artois, le petit village de Carency, proche de la ville de Lens, tombe aux mains des Allemands. Carency revêt une grande importance pour la stratégie française : il forme une sorte de saillant allemand et coupe la ligne de liaison primordiale entre Arras, Lens et Béthune. Il convient donc de reprendre le village coûte que coûte…

 

Le 269ème Régiment d’Infanterie.

 

Au déclenchement de la guerre, le 269ème Régiment d’Infanterie opère sa mobilisation à Domgermain, près de Toul, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Le chef de corps est le lieutenant-colonel Grange, son adjoint le capitaine Rousseau. Ses soldats sont pour un grand nombre des réservistes originaires de la région ainsi que de Paris. Georges Boivin est l’un d’eux. Il habite Issy-les-Moulineaux et porte le matricule 2560 du 2ème bureau de recrutement du département de la Seine.

 

Au début du mois d’août 1914, le régiment, en compagnie du 226ème R.I. (Régiment d’Infanterie) progresse en Lorraine, en direction de Nancy. Quelques jours plus tard, pris au cœur de la bataille qui se déroule autour du Grand Couronné, le 269ème doit se replier.

 

Après la bataille de la Marne, le régiment participe à la « Course à la mer ». Il s’embarque à Nancy, sous les ordres de son nouveau commandant, le lieutenant-colonel Regnier-Vigouroux (le colonel Grange dirige la 139ème B.I.). Se plaçant à la disposition du général Plantey, commandant la place militaire de Douai, le régiment combat sur le flanc droit des armées françaises. Mais à Hénin-Beaumont, débordé par les attaques ennemies, il doit se replier et se dirige sur Rouvroy où il consolide sa ligne de défense. Celle-ci englobe les villes de Méricourt et d’Acheville. Nouveaux combats au début du mois d’octobre, toujours dans le même secteur, sur la colline de Vimy.

 

Le 9 octobre, après quelques jours de repos, le 269ème est transporté en camions à Barlin et Aix-Noulette. Dans ses mouvements, il est associé au régiment britannique Royal Kent. Ces unités se rapprochent de Carency où une nouvelle ligne défensive est implantée : creusement de tranchées, de boyaux, souterrains ; pose de barbelés, de pieux, de mines. Le 18 décembre 1914, une offensive générale est déclenchée sur le secteur.

 

 

Le 18 décembre 1914.

 

Extrait du Journal de marche du 269ème R.I., le 18 décembre 1914 : « La préparation d’artillerie a lieu de 9h à 9h45. Mais nos obus atteignent surtout Carency, sans détruire les tranchées intermédiaires. Les fractions du 226ème, à la droite du Bataillon Béjeard ne peuvent déboucher et tombent sous le feu des mitrailleuses. Au Bataillon Béjeard, trois sections de la 17ème Compagnie et une section de la 18ème pénètrent dans la tranchée et s’y maintiennent pendant deux heures. Mais privées de toute communication avec l’arrière, elles sont l’objet d’une contre-attaque à coups de pétards et de fusils par l’intérieur du boyau et elles sont massacrées ou faites prisonnières (Lieutenants Zeller, Liévin, Raguin).

 

 

 

Le sous-lieutenant Boivin a été tué dès le début en partant à l’assaut avec une section de la 18ème qui a été décimée par une mitrailleuse. Dans Carency, le lieutenant Dunoyer, de la 23ème Compagnie, s’empare de deux petites maisons dans la direction de la Brasserie. Pertes du 18 au 21 : sous-lieutenant Boivin tué ; sous-lieutenants Zeller, Raguin ; lieutenant Liévin disparus. Tués : 9 ; blessés : 27 ; disparus : 61.

 

Le 22 décembre. Une nouvelle attaque sur Carency a été prévue ce jour-là. Dans le secteur de la 139ème Brigade. Elle doit être dirigée par le lieutenant-colonel Wurster du 226ème, disposant du 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, de la 3ème Compagnie du 226ème et de 2 sections du Génie. Objectif : tranchées allemandes en face des tranchées du 226ème et cimetière de Carency. L’attaque sera flanquée à gauche : par une attaque d’une Compagnie du 27ème Bataillon et d’une Compagnie du 226ème sur la sortie sud de Carency. Et par une attaque d’une Compagnie du 269ème attaquant le long de la voie ferrée.

 

Le brouillard fait remettre l’opération au lendemain. »

 

 

Lire la suite

Publié le 10 Septembre 2009

Naître à Ploudalmézeau.

 

Ploudalmézeau est un village de la côte nord du département du Finistère. Face à l’île Carn, baignée par la mer d’Iroise, entourée d’abers – discrets estuaires ouverts grâce à de petites rivières – la commune est fière de son histoire multimillénaire, de ses marins, de ses légendes. C’est qu’ici, comme dans toute la Bretagne, on ne plaisante pas avec le Rocher du Serpent, le Seigneur aux oreilles de cheval ou encore le Roc’h An Diaoul – Rocher du Diable. Le pays est beau, magique, attachant. La Compagnie des Indes Orientales est proche ; l’épopée des corsaires encore dans les mémoires. Au-delà de cette mer, souvent déchaînée, tout n’est que paysages lointains, aventures incroyables, conquêtes à mener, territoires à découvrir.

 

C’est en ces lieux que Jean-Louis Eozenou naît, au cœur de l’été 1921, le 26 juillet exactement. Peut-être rêve-t-il, lui aussi, d’Orient et d’aventures ? Quoi qu’il en soit, il s’engage dans un bureau de recrutement du département de la Seine dans la « Coloniale » et débarque en Indochine en 1946.

 

Les troupes coloniales.

 

 

Au commencement, c’est-à-dire sous le cardinal Richelieu, il y a les « Compagnies ordinaires de la mer » : des troupes, dépendantes du Ministère de la Marine, chargées de protéger les navires, de combattre lors des abordages. Puis, des missions d’occupation et de « pacification » leur sont confiées dans des territoires qui deviennent des colonies. De « Marine », ces compagnies se transforment peut à peu en unités terrestres.

 

A la fin du XIXème siècle, plusieurs régiments sont créés. Rapidement un distinguo est fait entre les Troupes d’Afrique (tirailleurs sénégalais, algériens, marocains, zouaves, chasseurs d’Afrique…) et les autres troupes coloniales (tirailleurs annamites, malgaches…). Mais les bases sont les mêmes : les soldats sont recrutés localement (forcés dans certaines régions) et les effectifs sont complétés par de jeunes gens de la Métropole. Cette constitution permet une vraie intégration au cœur des pays concernés, ne serait-ce que pour des questions de langues, de connaissance du terrain et des coutumes. Les officiers sont généralement européens ; il n’en pas de même des sous-officiers : les archives et documents abondent et montrent souvent des brigadiers, caporaux, sergents (…) issus des populations locales.

 

En 1900 ces troupes, qui forment une armée au même titre que l’Armée de Terre ou la Marine, passent sous l’autorité du Ministère de la Guerre. Alors, ces soldats, qui se faisaient appelés « Marsouins » ou encore « Bigors » deviennent la Troupe coloniale, donc des « coloniaux ». De nouvelles unités sont conçues tels les Goum ou les Spahis marocains, ou encore des régiments mixtes (qui portent bien leur nom) pour les territoires colonisés. Il devient évident que pour des troubles extérieurs à la nation, ces troupes sont envoyées en priorité. C’est ainsi le cas des Zouaves dans le cadre de la révolte des Boxers en Chine, en 1901.

 

Bien entendu, pendant la Première puis la Seconde Guerre mondiale, les troupes coloniales sont employées, souvent en première ligne. Pour autant, il ne faut pas imaginer que cela fut systématiquement le cas. Beaucoup d’exagérations ayant été proférées… De même, des régiments coloniaux contribuent à la reconquête du territoire national, principalement avec le général Leclerc (Régiment de Marche du Tchad, 1er et 3ème Régiment d’artillerie coloniale). Selon la formule consacrée, les soldats s’engagent pour la « durée de la guerre » et suivent Leclerc en Indochine en 1945, dans le cadre du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) dont les effectifs sont d’environ 115.000 hommes entre 1946 et 1949, avec plus de 30 % d’homme d’origine indochinoise.

 

 

Les troupes coloniales en Indochine.

 

En Indochine, sont engagés les régiments suivants :

 

– Régiments ou bataillons d’infanterie coloniale : 1er, 2ème, 5ème, 6ème, 9ème, 11ème, 16ème, 21ème, 22ème, 23ème, 43ème.
– Le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc.
– Le Régiment de marche du Tchad.
– Bataillons de tirailleurs sénégalais : 13ème, 24ème, 26ème, 27ème, 28ème, 29ème, 30ème, 31ème, 32ème, 104ème.
– Bataillons de marche d’Afrique occidentale française : 1er et 3ème.
– Le 2ème Bataillon de marche d’Afrique centrale française.
– Bataillons de marche d’Extrême-Orient : 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème.
– le Bataillon de marche indochinois.
– Les 1er et 4ème Régiment de tirailleurs tonkinois.
– Le Bataillon annamite.
– Le Bataillon des forces côtières du Tonkin.
– Les 1er et 2ème Bataillons muongs.
– Les 1er, 2ème, 3ème Bataillons thaïs.
– Bataillons de chasseurs laotiens : 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème.
– Le Régiment mixte du Cambodge.
– Bataillons coloniaux de commandos parachutistes : 1er, 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème, 10ème.
– Bataillons de parachutistes coloniaux : 1er, 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème, 8ème, 9ème.
– Les 4ème, 10ème et 41ème Régiments d’artillerie coloniale.
– Le Régiment d’artillerie coloniale du Maroc.
– Le Groupement d’artillerie coloniale de l’Afrique occidentale française.
– Le Groupement d’artillerie coloniale de montagne du Levant.
– Le Régiment blindé colonial d’Extrime-Orient.
– Les 61ème, 71ème, et 72ème Bataillons de Génie coloniaux.
– Les 71ème et 72ème Compagnies coloniales de transmissions.
– Des compagnies coloniales de réparation automobile, de réparation du matériel, d’ouvriers du service du matériel.
– Le Groupement de commandos mixtes aéroportés.

 

 

Le Régiment mixte du Cambodge.

 

A son arrivée en Indochine, Jean-Louis Eozenou signe son engagement au sein du Régiment de marche du Cambodge, nouvellement créé. Appelé en 1947, Régiment mixte du Cambodge, cette unité est chargée du maintien de l’ordre dans une partie du pays, face aux événements qui secouent la Cochinchine voisine.

 

Jean-Louis Eozenou côtoie deux grandes figures militaires françaises, compagnons de la Libération et grands officiers de la Légion d’Honneur : Aimé Teisseire, qui en 1946, alors qu’il est commandant de compagnie, reçoit trois citations et est promu officier de la Légion d’Honneur pour services exceptionnels et, en 1947, Raymond Appert, qui est désigné commandant du régiment.


 

 

 

Les combats au Cambdoge entre 1946 et 1953.

 

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pays, colonie française, est occupé par les Japonais, qui y encouragent le nationalisme, mais laisse le Gouvernement de Vichy, collaborateur, gérer l’administration centrale. Le Gouverneur général de l’Indochine, l’amiral Jean Decoux, décide de placer à la tête du Cambodge Norodom Sihanouk, prince âgé de 19 ans, dont il pense que la jeunesse en fera un allié sûr et docile.

 

En mars 1945, les Japonais réalisent un coup de force en Indochine et enferment – ou exécutent – responsables politiques et militaires français. Norodom Sihanouk en profite pour proclamer l’indépendance de son pays, appuyé en cela par l’armée du Soleil levant. Mais l’espoir de liberté se transforme rapidement en confusion quand les Cambodgiens réclament le départ des Japonais. S’y ajoute le mouvement communiste qui embrase toute la péninsule. Le général Leclerc, à la tête du CEFEO, rétabli l’ordre en prenant la capitale cambodgienne, Phnom-Penh, à la fin de l’année 1945. Norodom Sihanouk manœuvre intelligemment en se plaçant au cœur de l’échiquier politique et indiquant qu’il est à la fois le meilleur allié de la France et celui qui peut régler les conflits internes aux différentes factions cambodgiennes.

 

En 1947, la France créé, copiant le modèle du Commonwealth, l’Union française, nouveau nom de son empire colonial. Le Laos, le Cambodge, la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin y adhèrent. 1949 apparaît comme un tournant : la France est de plus en plus prise par la guerre au Tonkin. En Chine, le pays vient de basculer sous la coupe de Mao Zedong. Le Vietminh se voit subitement, et de manière considérable, aidé par ces nouveaux alliés. De ce fait, les partisans communistes peuvent fomenter des mouvements insurrectionnels aussi bien au Laos qu’en Cochinchine ou au Cambodge. Et ils installent dans ces pays des bases arrières qui permettent l’approvisionnement des troupes massées dans le nord, c’est-à-dire au Tonkin. C’est au cours de l’un de ces accrochages que Jean-Louis Eozenou perd la vie, tué par balle, le 8 juin 1949, à Phu My Kandol.

 

De son côté, Norodom Sihanouk continue sa politique habile : en octobre 1953, le Cambodge est proclamé Etat indépendant.  Quant aux Troupes coloniales, après l’indépendance de l’ensemble des territoires de l’Indochine, et des autres colonies, elles reprennent le nom originel de Troupes de Marine et deviennent une arme de l’Armée de Terre.


Norodom Sihanouk
(1922 - 2012)

 

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 3 Septembre 2009

Le 3 septembre 1939, à 15h, la France se déclare en guerre contre l’Allemagne. Trois heures plus tôt, la Grande-Bretagne, dans le cadre de son alliance avec notre pays, a fait de même. Deux jours auparavant, sans déclaration de guerre, et après tant et tant de provocations et de coups de force, les chars de l’Allemagne nazie sont entrés en Pologne. Ainsi commence le Second conflit mondial qui s’achèvera cinq ans plus tard, par l’armistice du 8 mai 1945 et la capitulation japonaise quatre mois plus tard. Entre temps, 50 millions de personnes auront perdu la vie et l’inimaginable se sera produit : la shoah.

 

Retrouvez les personnages et les lieux de la Seconde Guerre mondiale dans l’album éponyme.



Lire la suite