Publié le 28 Décembre 2020

Pour 2021, soyons forts comme Maryse Bastié !

En 2021, il y aura 90 ans que Maryse Bastié s’emparait du record international de distance, avec 2 976 kilomètres.

 

Née en 1898, orpheline de père à l’âge de onze ans, elle devient ouvrière dans une usine de chaussures. Elle se marie et a un enfant qui malheureusement meurt très jeune. Elle se remarie à son filleul de guerre, le lieutenant pilote Louis Bastié qui l’initie à l’aviation.

Maryse Bastié se révèle pilote remarquable. En 1925, par six étapes, elle relie Bordeaux à Paris. C’est le début d’une carrière incroyable : trois années plus tard, elle décroche le premier record féminin de distance de vol (1 058 km) puis l’année suivante, le record international de durée de vol féminin (26 h 44 mn). Rien ne l’arrête, pas même la disparition de son époux dans un accident aérien.

En 1936, elle réalise la traversée féminine de l’Atlantique Sud en 12 heures et 5 mn. Ses records lui apportent une grande notoriété qu’elle utilise pour faire valoir les droits des femmes, comme celui de se présenter aux élections, de voter, d’être plus libre.

Active pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Croix Rouge et est membre des Forces Françaises Libres. Le Gouvernement lui décerne la Légion d’honneur à titre militaire (plus tard, elle sera reçue au grade de commandeur).

Ne pilotant plus, elle entre au service des relations publiques du Centre d’Essais en Vol de Brétigny-sur-Orge. En 1952, elle meurt dans un accident d’avion lors d’un meeting aérien à Bron, alors qu’elle était passagère d’un Noratlas. Elle était capitaine de l’armée de l’Air et totalisait plus de 3.000 heures de vol.

Alors en cette année 2021, oublions autant que possible l’environnement actuel et soyons forts, comme l’a été Maryse Bastié !

Bonne année 2021 et que celle-ci soit meilleure que 2020.

 

 

Frédéric Rignault

Président du Comité

Délégué général adjoint

LCL ad honores – Réserve Terre Ile de France

 

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Publié le 27 Décembre 2020

Le cimetière des Français Libres de Brookwood.

Le cimetière militaire de Brookwood est situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres. Il jouxte le cimetière civil créé pour regrouper les dépouilles après la saturation des cimetières de la capitale britannique.

Inauguré par la reine Elisabeth II en 1953, le cimetière militaire compte 5.075 sépultures de soldats du Commonwealth et 786 d’autres pays, dont des Canadiens (opération Jubilée de débarquement avorté à Dieppe en 1942), des Australiens, des Néo-Zélandais, des Africains du Sud et même des Italiens et des Allemands (certainement des prisonniers morts des suites de leurs blessures). Ces tombes concernent des soldats morts au cours de la Première Guerre mondiale et des morts au cours de la Seconde.

Il y a aussi des soldats de la France Libre du général de Gaulle. Ils sont au nombre de 244, parmi lesquels :

  • Le commandant Roger Baudouin, officier de l’armée de l’Air, dont l’avion se crashe en mer. Chevalier de la Légion d’Honneur.
  • Le sergent-chef Yves Chardon, Médaille de la Résistance avec rosette, mort à bord de son avion.
  • Henri Drouilh, Compagnon de la Libération, dont l’avion s’écrase à Colchester, alors que l’équipage avait sauté en parachute et qu’il cherchait à éviter que l’appareil ne tombe sur des habitations.
  • Le lieutenant Robert Garoux, de la 13e DBLE, mort des suites de blessures reçues à Narvik en 1940. Compagnon de la Libération.
  • Le sous-lieutenant Charles Ingold, Compagnon de la Libération, mort à l’occasion de son dernier vol d’entrainement.
  • Le lieutenant-colonel Albert Kohan, Compagnon de la Libération, mort des suites de ses blessures lors de son atterrissage en Angleterre.
  • Alfred Le Chevalier, victime civile française, tuée au cours d’un bombardement.
  • Abdourab Seif, de la marine marchande et engagé dans l’AMBC (Armement Militaire des Bâtiments de Commerce).
  • Jacques Tayar, Compagnon de la Libération, mort des suites de blessures lors de l’atterrissage de son avion, alors qu’il accompagne Albert Kohan.

 

Entretenu par la Commonwealth War Graves Commission, la partie française est régulièrement fleurie par la délégation anglaise du Souvenir Français.

 

Sources :

 

 

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Publié le 13 Décembre 2020

Un poste de surveillance armé autour de Cao Bang tenu par la Légion et équipé d’un mortier de 120 mm – Juillet-août 1950

Un poste de surveillance armé autour de Cao Bang tenu par la Légion et équipé d’un mortier de 120 mm – Juillet-août 1950

Les événements de l’automne 1950, connus sous le terme générique de bataille de Cao Bang, montraient à la France que la guerre d’Indochine avait changé de nature. Sans un changement de stratégie et sans un effort militaire conséquent, il serait très difficile de conserver l’Indochine sous son influence.

Pour comprendre la bataille de la RC 4, pour route coloniale n° 4 - ou de « bataille de Cao Bang » - quand bien même cette petite localité ne fut le théâtre d’aucun combat, il convient de remonter au mois d’octobre 1947. Le général Salan commande alors les Forces terrestres du Nord-Vietnam. Il lance l’opération Léa qui vise à la destruction de l’appareil politico-militaire vietminh dans le Tonkin. Si les résultats de l’opération restent mitigés, celle-ci permet toutefois la réoccupation de la zone frontière du nord-est du Vietnam. Le commandement y décide l’implantation de dizaines de postes ravitaillés par une unique voie de communication : la RC 4. Le Vietminh ne s’y trompe pas et commence, dès la fin de l’année 1947, à monter des embuscades de plus en plus meurtrières sur les convois de ravitaillement, attaquant également les garnisons les plus faibles. Au printemps 1949 et dans un contexte d’enlisement des opérations et d’impasse politique en Indochine, le gouvernement décide de confier au général Revers – l’équivalent de l’actuel CEMAT – une mission d’inspection en Indochine. Aux termes de cette dernière, il préconise l’évacuation des postes de la Haute région tonkinoise trop exposés aux coups de l’adversaire. Ceux de Bac Khan et Nguyen Binh seraient abandonnés en priorité tandis que « Cao Bang serait réduit à une occupation allégée étant entendu que ce poste serait replié devant une menace sérieuse ». 

 

L’évacuation de Cao Bang.

Pour différentes raisons, le "rapport Revers", pourtant entériné par le gouvernement, n'est pas suivi. En effet, des oppositions existent. Elles sont liées à la conduite de la guerre et aux différentes appréciations de situation des échelons politico-militaires. Il faut attendre le mois de septembre 1950 pour que l’opération d’évacuation de Cao Bang soit – enfin – décidée. Sa conception paraît simple : une colonne, forte d’environ 2 700 hommes commandée par le lieutenant-colonel Le Page, partirait de That Khé et se porterait au-delà de Dong Khé (opération Thérèse) pour « tendre la main » à la colonne Charton (environ 2 200 hommes et 900 civils) qui aurait évacué Cao Bang (opération Orage). La planification et la conduite de l’opération souffrent cependant de graves défauts et d’importantes erreurs sont commises. Ainsi, la capture de Dong Khé par l’armée populaire vietnamienne, le 18 septembre, n’entraîne aucune modification du plan initial. Le Page, pense-t-on un peu vite, n’aura "simplement" qu’à reprendre le poste… Or, il n’y parviendra pas. Les colonnes Le Page et Charton feront leur jonction le 7 octobre et disparaîtront sous les coups répétés des bataillons de l’armée. En effet, le Vietminh, dont une partie du commandement français a largement sous-estimé les capacités manœuvrières et la nouvelle puissance de feu, a très vite réagi aux premiers signes de l’évacuation et vu l’occasion de remporter une grande victoire. 

 

Au lendemain de la bataille.

Dans les jours qui suivent, des centaines d’hommes venus porter secours à leurs camarades disparaissent. Surestimant – cette fois – l’adversaire, le commandement local abandonne Langson le 17 octobre : des milliers de tonnes de nourriture et d’équipements divers tombent, intacts, aux mains du Vietminh. Aux lendemains de la bataille, le gouvernement français n’est pas encore prêt à lâcher l’Indochine et envoie un chef prestigieux, le général de Lattre de Tassigny, redresser la situation. Malgré son action, ce dernier écrira en septembre 1951 aux membres du gouvernement : « Il peut survenir une catastrophe en Indochine, il ne peut pas y surgir de miracle. » Trois ans plus tard, l’Histoire lui donnera raison…

 

Alexandre Zinani.

Alexandre Zinani nait à Boulogne-Billancourt le 11 juin 1925. Il habite Issy-les-Moulineaux au moment de son départ pour l’armée, où il s’engage. Il rejoint le 3e BCCP (Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes) à Vannes, où l’unité a été formée en janvier 1948. Des années plus tard, en Algérie, le 3e BCCP deviendra le 3e RCP et ses chefs les plus célèbres seront les colonels Bigeard et Trinquier. Aujourd’hui, cette unité s’appelle le 3e RPIMa. En attendant, le 3e est appelé en Indochine dès le mois de novembre 1948.

Le 3e est pratiquement anéanti lors de la bataille de Cao Bang. Son chef, le capitaine Paul Cazaux, est fait prisonnier par le Viet Minh, le 11 octobre. Interné au camp n°1, il refuse de se soumettre aux commissaires communistes vietnamiens. Il est condamné à mort par épuisement. Mais avant de mourir, Cazaux donne l’ordre à ses hommes de mentir durant les séances d’auto-critique afin d’augmenter leur chance de survie.

Ce même 11 octobre 1950, Alexandre Zinani trouve la mort sur le champ de bataille. Les postes qui jalonnaient la RC4 ont presque tous été éliminés par le Viet Minh dans les jours précédents. Les hommes, rendus fous par les bombardements et les attaques terribles de l’ennemi, se cachent comme ils le peuvent dans la forêt, marchent de nuit, escaladent les montagnes. Le 12 octobre, enfin, les rares survivants gagnent Na Cham où ils sont en sécurité.

 

Couvert par le général Carpentier et le général Marchand, remplaçant du général Alessandri, opposé à l'évacuation de Cao bang et parti défendre son point de vue en métropole, le colonel Constans panique et abandonne Lang Son, notamment son artillerie lourde, ses munitions, armes et réserve de vivre. Le 17 octobre, la garnison de Lang Son évacue la ville et rejoint le delta du Tonkin, sans pertes. Le ministre d’Etat chargé des relations avec les Etats associés M. Jean Letourneau, vient le 20 octobre à Phu Lang Thuong (non loin d’Hanoï sur la RC 1), lieu de rassemblement des rescapés de la RC 4, dès l’annonce du désastre, accompagné du général Juin, Résident général du Maroc, et du haut-commissaire M. Pignon.

 

En France et partout dans le monde, l’annonce du désastre est douloureusement ressentie.

 

 

 

Sources :

Ce texte a été écrit par le commandant Ivan Cadeau et a été publié dans le cadre du journal TIM 5terre Info Magazine) en 2020.

Les photographies sont issues du fonds de l’ECPAD.

Le texte relatif à Alexandre Zinani a été écrit par le SF d’Issy-Vanves.

Encyclopédie Wikipédia.

Alexandre Zinani.

Alexandre Zinani.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 28 Novembre 2020

Le dernier des Compagnons.

Avec la disparition de Daniel Cordier, Hubert Germain est maintenant le dernier Compagnon de la Libération vivant.

 

Biographie.

Fils d'un officier général issu des troupes coloniales, Hubert Germain est né le 6 août 1920 à Paris. Il débute ses études secondaires à la mission laïque franco-arabe de Damas (1930-1932) et les poursuit au lycée Albert Sarraut à Hanoi puis au lycée Saint-Louis à Paris. Bachelier, il prépare le concours de l'Ecole navale au lycée Michel Montaigne de Bordeaux au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939.

Mais, dès juin 1940, écartant le concours, il cherche les moyens de continuer la lutte en pensant gagner le Maroc. Après une discussion à l'Etat-major général, replié à Bordeaux, avec un officier général ami de son père, Hubert Germain apprend que l'Afrique du Nord ne rentrera pas dans la guerre. Il prend alors la décision personnelle de continuer le combat. Des troupes polonaises s'embarquant pour l'Angleterre à Saint-Jean-de-Luz, il parvient, avec trois camarades, à se joindre à elles et à monter à bord de l'Arandora Star, qui appareille pour la Grande-Bretagne le 24 juin 1940.

Engagé dès l'origine dans les Forces françaises libres, il est affecté sur le cuirassé Courbet où il suit les cours d'élève officier de marine. Alors qu'il étudie pendant la journée entre les alertes, Hubert Germain participe la nuit à la défense antiaérienne contre les raids allemands. Au printemps 1941, il est affecté à l'Etat-major du général Legentilhomme, commandant en Palestine la 1ère Division légère française libre destinée à intervenir au Levant. Après la campagne de Syrie à laquelle il participe, il est envoyé comme élève à l'école d'officiers de Damas en septembre 1941 ; il en sort aspirant pour être affecté au 2e Bureau de l'Etat-major de la 1ère Brigade française libre du général Koening. En février 1942, il rejoint les rangs du 2e Bataillon à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) à laquelle il restera toute sa vie très attaché.

Hubert Germain participe dès lors à la campagne de Libye au sein de la 1ère Brigade. Chef de section antichars, il se distingue dans les combats de Bir-Hakeim du 27 mai au 11 juin 1942 et est cité à l'ordre de l'armée pour avoir « montré de très belles qualités de chef » et avoir été « pour ses hommes un exemple constant de calme et de courage ». Il est promu sous-lieutenant en septembre 1942. Il prend part ensuite aux combats de la 1ère Division française libre (1ère DFL) à l'Himeimat (El Alamein) en Egypte en octobre 1942 puis en Tunisie jusqu'en mai 1943.

En Italie, le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, alors qu'il commande une section anti-chars en appui du 1er BLE, le lieutenant Germain est blessé en dirigeant le tir des mitrailleuses lourdes de sa section pour continuer à appuyer le bataillon qui attaque le long du Liri. Evacué sur Naples, il est décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle en Italie fin juin 1944. Il participe au débarquement de Provence en août 1944 et à la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon. Il prend part ensuite aux campagnes des Vosges, d'Alsace et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l'Authion. Appelé comme aide de camp auprès du général Koenig commandant les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Hubert Germain est démobilisé en 1946.

Attaché de direction dans une entreprise de produits chimiques, il est élu maire de Saint-Chéron (Essonne) en 1953, mandat qu'il conserve jusqu'en 1965. Chargé de mission au cabinet de Pierre Messmer, ministre des Armées, de 1960 à 1962 puis, de nouveau, en 1967 et 1968. Elu député de Paris en 1962, il sera réélu en 1968 puis en mars 1973. Président de l'amicale parlementaire "Présence et Action du Gaullisme" (1969-1972) Hubert Germain est vice-président du groupe UDR à l'Assemblée nationale (1971-1972).

De 1972 à 1974 Hubert Germain est ministre des PTT puis ministre chargé des relations avec le Parlement (mars-mai 1974). Il est également Président de la société française de télédistribution de 1975 à 1982. Hubert Germain est membre du Conseil de l'Ordre de la Libération depuis décembre 2010. Par décret du 25 novembre 2020, il est nommé chancelier d'honneur de l'Ordre de la Libération.

Décorations.

 

  • Grand Croix de la Légion d'Honneur.
  • Compagnon de la Libération - décret du 20 novembre 1944.
  • Croix de Guerre 39/45 avec palmes.
  • Médaille de la Résistance avec rosette.
  • Membre de l'Ordre de l'Empire britannique.
  • Grand Croix de l'Ordre de Malte.
  • Titulaire de plusieurs décorations étrangères.

 

Publication.

  • Espérer pour la France. Les mémoires d’un Compagnon de la Libération, Les Belles Lettres, Paris, 2020

 

 

Sources :

 

Site de l’Ordre de la Libération – https://www.ordredelaliberation.fr/fr

 

Le dernier des Compagnons.

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Publié le 12 Novembre 2020

Hommage de la Nation à Maurice Genevoix et à « Ceux de 14 ».

Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République.

 

Il y a cent ans, depuis la citadelle de Verdun, le cercueil d’un soldat inconnu gagnait la dalle sacrée de l’Arc de Triomphe. Sa flamme, gardée par une poignée de braves, ne s’est jamais éteinte.

Un siècle plus tard, jour pour jour, celui qui a redonné vie et chair aux combattants de la Grande Guerre entre au Panthéon. Sa flamme ne s’éteindra pas.

Le lieutenant Maurice Genevoix entre ici avec tous « ceux de 14 ». L’écrivain Maurice Genevoix entre ici avec toutes les figures qui habitent les 1 000 pages de son chef-d'œuvre. Tout un peuple dressé face à l’épreuve et aux tourments. Ils sont là.

Avec Maurice Genevoix entre au Panthéon un destin républicain, une existence française.

Son enfance fut bercée par la Loire, scandée par le clocher de son village, rythmée par le travail. Depuis Châteauneuf-sur-Loire, il conçut un amour charnel et profond pour notre terre et se fraya un chemin de mérite jusqu’au banc de l’Ecole normale supérieure à Paris. Il y noua des amitiés solides dont celle de Paul Dupuy, son guide, celui qui avait décelé son génie et l’encouragea à écrire.

Mais à l’été 1914, comme des millions d’autres, l’histoire le rattrapa. A ce jeune homme de 23 ans qui voulait devenir professeur, la Grande Guerre allait assigner un autre destin. Commander une section d’un régiment d’infanterie, le 106e. Combattre. Voir ses amis mourir. Tenir. Être blessé et devoir quitter ses frères. Finalement écrire.

Écrire avec toute la tendresse dont un homme est capable. Écrire pour donner un nom, une voix à ces inconnus, morts en héros. Maurice Genevoix allait être l’écrivain de la guerre et de la mort sur les rives de la Meuse, puis l’écrivain de la nature et de la liberté des méandres de la Loire. Auréolé d’une œuvre immense, couronné d’un prix Goncourt, consacré Secrétaire perpétuel de l’Académie française, il n’en resta pas moins fidèle à ses chers poilus des tranchées. Il leur offrit l’immortalité des mots. La mort avait séparé Maurice Genevoix et ses camarades.

Longtemps, sa famille, ses proches, nombre de ses lecteurs ont œuvré pour qu’ils se retrouvent ainsi. Certains entre-temps sont tombés sur d’autres champs d’horreur en l’espérant. La République, aujourd’hui, les réunit tous. Pour l'éternité. Ils sont là.

Ceux de 14 furent d'abord les combattants de la joie et de l'innocence. A l'été, les hommes, capotes bleues et pantalons rouges, partent à la guerre. Ils marchent dans la campagne française pour rejoindre le front. Ils chantent parfois, rient souvent, se découvrent. Les jambes et le cœur encore légers. Ils ont l'espoir de revenir vite, victorieux, vivants. Mais ils découvrent bientôt l'horreur. Dès septembre 1914, à la Vaux-Marie, le vacarme terrible. Partout, des obus qui explosent. Des hommes qui meurent en ne ressemblant plus à des hommes. Des chevaux mutilés qui agonisent sur le flanc des chemins. La campagne ravagée, la terre mille fois éventrée. Les cris au loin. Les champs de boue semés de cadavres.

Dans le chaos, malgré tout, des moments sauvent du désespoir. La vie résiste. Les vrais repas, si rares. Les lettres reçues. Les rires, les discussions. La chouette de l'église des Éparges. Le café qui réchauffe le corps. L'ivresse qui soutient les forces. Ces instants suspendus où Genevoix et Porchon, l'ami venu lui aussi de la Loire, délirent de bonheur parce qu'un soir, enfin, ils dorment dans un vrai lit.

Surtout, il y a la fraternité qui unit ces hommes. Ils ne se connaissaient pas, mais se découvrent dans les tranchées un même amour de la patrie, un même goût de la liberté. Ils endurent l'horreur coude à coude, épaule contre épaule. Avec le même courage. Avec les mêmes peurs. D'où qu'ils viennent. Il n'y a plus là de distinction sociale, de différence. Face au chaos, juste des camarades. Alors, quand vient chaque soir le moment où « il faut que les vivants se retrouvent et se comptent », ils resserrent encore les rangs pour partager tout ce qu'il leur reste : « la chaleur de leur corps misérable ». Ensemble, ils s'accrochent à quelques arpents de terre pris un jour et qui seront peut-être repris le lendemain. Absurdité de ces mois où les offensives sont lancées sur des morceaux de colline que l'on venait de perdre, où la tranchée bientôt se mêle aux entrailles de la terre, où le sol de France que l'on reconquiert mètre par mètre est le linceul des frères d'armes qui l'avaient perdu.

Sur la crête des Eparges, au printemps 1915, les orages d'acier grondent sans cesse. Comme plus tard dans la Somme, au Chemin des Dames, à Verdun ou Vimy, des milliers d'hommes perdent leur jeunesse, leurs camarades, leur raison, souvent leur vie. Robert Porchon y tombe à 21 ans. Un peu plus tard, Genevoix, est frappé à son tour. Trois balles. Le brancard, l'infirmerie, la vie sauve. La guerre du lieutenant Genevoix est terminée.

Mais son œuvre commence. À ses camarades, Maurice Genevoix veut redonner des noms, des visages, des accents, offrir à ces héros ordinaires et à leur bravoure un tombeau de mémoire dans la langue française. Ceux de 14 est le chant de la volonté d'une Nation, de la force d'âme de tout un peuple. Le carnet de vie et de mort de l'indicible. L'histoire de femmes et d'hommes animés de courage. Du courage de ceux qui savent pourquoi ils se battent. Du courage français. Le même qui avait soulevé ceux de 1789, les Volontaires de l'an II, de toutes nos guerres.

Le courage de tous nos soldats. Celui-là même qui nous permit de bâtir quelques décennies plus tard, avec notre Europe, la paix que nous leur devions. Non pas une paix faite de lâchetés et de renoncements mais celle d'un dialogue constant, respectueux de nos histoires comme de nos différences, exigeant pour nos valeurs.

Ils entrent ici aujourd'hui, enfin. Le soldat inconnu et les livres d'or de tous nos villages devaient un temps converger sous cette nef. En ce jour, nous les rassemblons tous. A travers le sépulcre de Maurice Genevoix. A travers ses camarades, leurs noms, leur vie. Et en recréant ce lieu unique, le Panthéon, palimpseste de notre Nation. Par les œuvres d'Anselm Kiefer qui disent la mystique de ces errances nocturnes, les destins stellaires, les vies fauchées entre ciel et terre, les vestiges d'un quotidien où la langue de Genevoix apparaît en écho : vêtements, barbelés, bicyclettes, fleurs perdues dans la boue, épis de blés, livres. Histoire tangible, présente. Le courage réinventé dans la matière.

Par les chants dédiés à la lumière de Pascal Dusapin qui habitent l'espace de cette cathédrale laïque pour accompagner chacun. Harmonies mêlées, vagabondes, saisissant par un appel introuvable ce que l'amour de la Nation porte de transcendance. Souffle de chants qui tourne, descend, et nous enlace. Ponctué par ces noms qui passent, leurs noms, ici dits, qui reprennent leurs droits.

Ils sont là. Ceux de 14. Formant le cortège de braves qui entrent aujourd'hui au Panthéon. Voilà que se lèvent les camarades de Genevoix : Porchon, Butrel, Sicot, Pannechon et tant d'autres. Voilà Charles Péguy, Alain Fournier, Louis Aragon et Jean Giono, Joseph Kessel et Guillaume Apollinaire. Albert Roche, brave parmi les braves, qui parvint à tenir seul une tranchée face à l'ennemi. Marie Marvingt, qui voulait tant défendre son pays qu'elle se déguisa en homme pour combattre en première ligne. Maurice Maréchal qui, dans le vacarme du front, jouait de son violoncelle de fortune, fait de morceaux de portes et d'une caisse de munitions. Lazare Ponticelli, italien engagé dans la Légion étrangère, qui devint Français et fut le dernier de nos vétérans. Fernand Satouf, natif de Beyrouth, engagé volontaire dans le deuxième régiment de zouaves à Alger. Abdoulaye Yendiai, tirailleurs sénégalais. Tous ces poilus venus de toutes nos provinces, de tous nos villages. Soldats de l'Armée noire et des Troupes coloniales, venus des départements d'Algérie, des protectorats de Tunisie et du Maroc, des colonies françaises d'Afrique, d'Inde et d'Indochine, ainsi que de nos Outre mers, par-delà l'Atlantique, l'Océan Indien et le Pacifique.

Ils sont là, tous. « Ce qu'ils ont fait, écrit Genevoix, c’est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes. Et ils l'ont fait ». Les voici qui arrivent par millions pour entrer sous ce dôme. Ecoutons la marche des morts de Notre-Dame-de-Lorette, de Verdun, du Vieil Armand et des Dardanelles. Tous se rassemblent et s’approchent. Hier frères d'armes, aujourd'hui compagnons d'éternité, ils s'avancent devant le temple des héros de notre Patrie. « Les gloires du passé ne sont vivantes que pour les pays vivants », prévenait Jaurès. De Ceux de 14 à Ceux d'aujourd'hui. Nous, Français, sommes bien vivants. Notre sol fut la terre de leur bataille.Leur amour de la liberté, le viatique qu'ils nous ont légué.

Leur sacrifice dit notre dette et nos devoirs. « Il y avait moi parmi vous » leur écrivit Genevoix. Il y avait nous parmi eux, déjà.

Vive la République !

Vive la France !

 

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Publié le 24 Octobre 2020

Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.

Cette année, notre quête se déroulera du vendredi 30 octobre au lundi 2 novembre 2020, à la porte d’entrée du cimetière d’Issy.

 

Pour mémoire, le cimetière est ouvert de 8h00 à 18h00.

 

Vous reconnaitrez les quêteurs à leur tronc (désinfecté) du Souvenir Français et à leur brassard. Les quêteurs porteront un masque et par mesure d’hygiène ne pourront pas vous apposer le petit stick habituel.

 

Faites leur bon accueil. Ils sont là pour que les tombes des Morts pour la France ne disparaissent pas. Pour que notre mémoire collective ne disparaisse pas.

 

Merci à vous.

 

Le mot du Président-général du Souvenir Français, Serge Barcelini :

« La quête du Souvenir Français est inscrite dans l’ADN de notre association. Depuis le début du 20e siècle, nos bénévoles sont à la porte des cimetières lors de la Toussaint. Ils sollicitent la générosité des ceux qui viennent se recueillir sur leurs tombes familiales afin que nulle tombe de combattant Mort pour la France ne soit oublié. Leur présence est à la fois un temps de rencontres avec les habitants des communes sur lesquelles est implantée notre association, mais aussi un moment de renforcement financier. La quête représente aujourd’hui 15 % des ressources de notre association. (…) Cette année, notre mobilisation doit être générale afin de répondre à la massive disparation des tombes des Morts pour la France dans nos cimetières communaux. Elle doit faire appel à l’indignation de nos concitoyens Ces tombes de Morts pour la France sont notre histoire. En les sauvegardant nous préservons la mémoire partagée des Français ».

 

Et voici les sépultures entretenues par le Souvenir Français à Issy et à Vanves :

Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.
Quête du Souvenir Français au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.

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Publié le 9 Octobre 2020

Madame le général Valérie André, Monsieur André Santini, Monsieur le général Michel Forget.

Madame le général Valérie André, Monsieur André Santini, Monsieur le général Michel Forget.

Ce jeudi 2 octobre 2020, le général ICHAC, président honoraire du Comité d’Issy-Vanves, nous apprend la disparition de notre président d’honneur, le général FORGET à l’âge de 93 ans.

 

* * * * * * * *

Le général de corps aérien Michel Forget est né le 4 mai 1927 à l’Ile-Bouchard, en Indre-et-Loire. A l’âge de 19 ans, il entre à l’Ecole de l’Air (Promotion 1946 – Commandant de Saint-Exupéry) et devient pilote de chasse. Il fait une carrière complète d’officier pilote de combat, avec plus de 7.000 heures de vol à son actif.

Il fait la guerre d’Algérie au sein de l’état-major à Alger. A son retour en métropole, il continue sa carrière de pilote de chasse effectuant de nombreuses missions, dont l’une a fait l’objet d’un article sur ce site du Souvenir Français en 2008 (Une mission pas comme les autres) où, un temps, il est question de poursuivre un objet volant non identifié !

Par la suite, parmi ses commandements, on peut citer le 2e escadron de chasse à Dijon ou la base de Luxeuil-Saint Sauveur. Breveté de l'École Supérieure de Guerre Aérienne, le général Forget tient des postes importants en état-major. Chef du cabinet militaire du ministre de la Défense en 1975-1976, il commande ensuite l'opération Lamantin en Mauritanie, à dominante aérienne. De 1979 à 1983, il est placé à la tête de la Force Aérienne Tactique et de la 1ère Région Aérienne à Metz, et participe activement à la Guerre froide.

En 1983, il quitte le service actif, et se consacre à des études sur la défense, publiant de nombreux ouvrages : Puissance aérienne et stratégies (2001) et Guerre froide et Guerre d'Algérie (2002), Notre défense dans un monde en crise (2006), Du Vampire au mirage, l’épopée d’une génération de pilotes de chasse (2007), Nos forces aériennes en OPEX (2013), Nos armées au temps de la 5e République (2016).

Grand ‘Croix de la Légion d’honneur, le général de corps aérien Michel Forget était correspondant de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Il avait aussi été vice-président national du Souvenir Français, et en était encore, jusque récemment, membre du conseil d’administration.

A Issy-les-Moulineaux, le général Forget était depuis six ans notre Président d’Honneur. Très impliqué dans l’association comme dans notre comité, il avait l’habitude, et l’amabilité, chaque année, de donner une conférence sur des problématiques actuelles de nos armées, comme sur des moments de l’Histoire de France, avec la Guerre Froide, l’épopée de l’escadrille Normandie-Niémen ou récemment sur la guerre d’Algérie, avec le courage de dire les faits sans langue de bois.

Merci mon général pour tout ce que vous avez fait pour nous.

 

A la famille du général Michel Forget, à ses amis, le Comité présente ses plus sincères condoléances.

 

 

Sources

  • Archives photographiques et texte – Copyright Comité du SF Issy-Vanves.

 

Le général Forget à bord de son PC volant pendant l’opération Lamantin.

Le général Forget à bord de son PC volant pendant l’opération Lamantin.

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Publié le 12 Septembre 2020

Au capitaine Bonnabelle.

Louis Bonnabelle nait le 10 décembre 1883 à Nancy dans le département de Meurthe-et-Moselle. Il est le fils de Jules Bonnabelle et Marie Bertinet.

 

Saint-cyrien, de la promotion Sud-Oranais (1902-1904), il a le matricule 2089 au 3e bureau de recrutement de la Seine. En 1914, il est affecté au 153e régiment d’infanterie à la tête de la 1ère Section de mitrailleuses. Le régiment est commandé par le colonel Louis Loyzeau de Grandmaison, qui sera l’un des 42 généraux français à mourir au combat au cours de la Première Guerre mondiale.

 

Extrait du Journal de Marche et des Opérations du 153e régiment d’infanterie (en garnison à Toul) :

 

« Le 25 septembre 1914 – Effectifs : Officiers 24 et troupe : 2219. Le régiment est arrivé à Bouchoir, à 3 heures. Repos. Café. Le régiment se met en marche à 5 heures sur Parvillers. Formation de combat. Direction : La Chavatte. Objectif ultérieur : Liancourt. Le 2e bataillon attaque le village de La Chavatte, appuyé en arrière et à gauche par le 1er bataillon, qui ensuite est dirigé sur Foucaucourt. Combat très important. Ces 2 bataillons s’emparent des points d’appui de La Chavatte et Fouquescourt. Le lieutenant-colonel Hoff est blessé grièvement. Le capitaine Laurens, commandant la 5e compagnie, est tué à la tête de la compagnie, qu’il a brillamment conduite au feu et entraînée à l’attaque de la lisière de La Chavatte. La 7e compagnie, engagée à sa droite, attaque par le sud et contribue puissamment à l’assaut du village. Le capitaine Hénard, blessé à la tête de la 6e compagnie, protège le flanc gauche de l’attaque, en butte au tir violent des mitrailleuses allemandes. Le 2e bataillon, après avoir débordé le village et provoqué la retraite de l’ennemi qui laissait 12 pièces d’artillerie de 77 dont 4 furent définitivement prises, prend possession du terrain.

 

Le 27 septembre 1914 – Effectifs : Officiers 23 – Troupe : 1906. Les 1er et 3e bataillons restent sur les positions acquises en avant de La Chavatte. Le 2e bataillon est placé en réserve au sud de Rouvray. Contre-attaque allemande sur La Chavatte. A la nuit le 2 bataillon s’en retourne cantonner à Bouchoir. Tués : le capitaine Bonnabelle… ».

 

Titulaire de la Légion d’honneur et croix de guerre avec palmes, le capitaine est cité à l’ordre du régiment : « Officier brave et énergique, s'est distingué dans la conduite de la Compagnie de mitrailleuses qu'il commandait le 25/09/1914, à l'attaque d'un village, a rallié sous un feu violent d'infanterie et d'artillerie des fractions privées de leur chef qu'il a redressées sur leur objectif afin de déborder le village. A été tué à la tête de sa compagnie".

 

La mention « Mort pour la France » est transmise par jugement à la ville d’Issy-les-Moulineaux, où le capitaine Bonnabelle résidait, le 4 décembre 1915. Le capitaine est enterré dans le cimetière communal de Saulxures-lès-Nancy, dans une tombe individuelle.

 

 

Sources :

 

  • Site Memorial GenWeb – Fiche individuelle du lieutenant Isaac.
  • Site de la ville d’Issy – www.issy.com  
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  • André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • Site Chtimiste sur les régiments et les combats de la Première Guerre mondiale.

 

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Publié le 6 Septembre 2020

Les coloniaux : le commandant Marchand.

La mission Congo-Nil.

La politique française d’expansion impérialiste en Afrique noire, engagée dès le second Empire, s’amplifie sous la IIIe République : Congo (1880), Djibouti et côte somalienne (1888), Guinée et Soudan (1891), Côte d’Ivoire et Dahomey (1893) sont conquis.

Ayant le projet de relier ses possessions de Dakar à Djibouti, la France décide, en 1896, d’envoyer une mission d’exploration militaire en Afrique, dont le commandement est confié à Jean-Baptiste Marchand, officier des tirailleurs sénégalais depuis 1887.

La « mission Congo-Nil » parvient jusqu’à Fachoda, mais les Britanniques, qui souhaitent aussi contrôler ces territoires situés au sud de l’Égypte, exigent le départ des Français. C’est la « crise de Fachoda » (juillet à novembre 1898), durant laquelle les troupes du général Kitchener sont prêtes à attaquer celles que commande Marchand. Dans une atmosphère de grande tension, alimentée par le nationalisme des populations qui suivent l’affaire avec passion, une solution diplomatique est finalement trouvée : le gouvernement français ordonne à Marchand de se retirer.

Pour avoir mené cette expédition, résisté aux Britanniques et n’être parti que par obéissance, le commandant reprend du service en 1914 en tant que colonel de réserve et est promu général de brigade en février. Il est par la sutie blessé au cours de la seconde bataille de Champagne le 25 septembre 1915, mais il survit et participe à la guerre jusqu’à l’armistice.

Avec le grade de général de division, Jean-Baptiste Marchand quitte l’armée définitivement le 4 avril 1919.

 

Une carrière politique.

Sa carrière civile a nettement moins d’éclat que sa carrière colonaile. Il entre en journalisme et s’essaye à la politique, mais sans grand succès : en 1906, il se présente à Paris aux élections législatives sous l’étiquette Républicain démocrate. En tête au 1er tour, il est battu au 2e avec 49 % des voix par le socialiste Arthur Groussier. En 1910, il épouse Raymonde de Serre de Saint-Roman, qui possède des biens à Saint-Roman-de-Codières et à Sumène dans le Gard. Marchand y vient désormais souvent et y est élu en 1913 conseiller général du canton de Sumène. Il le reste jusqu’en 1925.

 

Le général de division Jean-Baptiste Marchand meurt à Paris le 13 janvier 1934, à l’âge de 71 ans.

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Ce texte – dans sa partie coloniale – a été écrit par Alban Sumpf.
  • Site www.histoire-image.org

 

Les coloniaux : le commandant Marchand.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 7 Août 2020

Les coloniaux : Pierre Savorgnan de Brazza.

L’explorateur.

Né le 26 janvier 1852 et élevé à Rome, sous le nom de Pietro Savorgnan di Brazza, le futur explorateur est le fils du comte Ascanio Savorgnan di Brazza, un noble d’Udine, issu d’une famille patricienne de la République de Venise. Le jeune Pietro a douze frères et sœurs.

Avec l’aide d’amis de son père, Pietro vient à Paris et suit les cours du collège Sainte-Geneviève. Puis il réussit le concours d’entrée à l’Ecole navale de Brest. Il en sort enseigne de vaisseau et embarque sur la Jeanne d’Arc pour l’Algérie. Là-bas, il est horrifié par la violence de la répression de la révolte kabyle par les troupes françaises. Alors que la Guerre franco-prussienne vient d’être déclarée, il demande son affectation dans une unité de combat. Tout en ayant obtenu sa naturalisation française, il est envoyé sur le cuirassé La Revanche, en mer du Nord.

Avec l’avénement de la IIIe République, il est nommé sur un navire qui fait régulièrement escale au large du Gabon. En 1874, il rentre en métropole, passe son diplôme de capitaine au long cours afin de demeurer dans la Marine nationale et demande des subsides au Gouvernement (Jules Ferry et Léon Gambetta) afin de pouvoir explorer le fleuve Ogooué. A deux reprises, Brazza remonte le fleuve et prouve qu’il est différent du fleuve Congo.

 

Fondation de la future Brazzaville.

 

Jules Ferry est conquis par ce jeune capitaine plein d’allant, et qui se trouve au cœur des préoccupations du ministre de l’Instruction publique : la course à l’Empire colonial ; l’expansion économique ; la restauration du prestige national. Aussi, autorise-t-il Brazza à mener une nouvelle expédition. Il s’agit aussi de contrer les visées coloniales belges sur le continent africain (le roi des Belges veut avoir tout le centre de l’Afrique pour son pays).

Parti le 27 décembre 1879, Brazza atteint le fleuve Congo en 1880. Il propose à Illoy 1er, chef des Téké de Mbé, de placer « son pays » sous la protection de la France. Ce chef, poussé par des intérêts commerciaux et par la possibilité d’affaiblir ses rivaux, signe le traité, permettant aussi un établissement français à Nkuna sur le Congo, endroit appelé plus tard Brazzaville. En tentant de rallier l’océan depuis Franceville, Brazza tombe par hasard sur le but premier de ses recherches : les sources de l’Oggoué.

De retour en France, Brazza popularise ses découvertes grâce à de nombreuses réunions publiques et aux compte-rendus qui en sont faits par les journaux. En 1883, de nouveaux crédits sont votés pour une troisième expédition. Un livre, qui va alors connaître un large succès, illustre cette expédition.

En novembre 1885, Brazza est nommé commissaire général du Congo français. Des journalistes font état de salaires décents et de conditions humaines qui contrastent avec le régime personnel du roi des Belges Léopold II, sur l’autre rive du Congo. Mais son succès lui procure aussi des inimitiés et il est soumis à une intense campagne de dénigrement.

 

Naissance d’une légende.

Le 12 août 1895, Pierre de Brazza épouse Thérèse Pineton de Chambrun, descendante de La Fayette. Le couple aura quatre enfants : Jacques (1899-1903), Antoine (1900-1947), Charles (1901-1962) et Marthe (1903-1949).

Deux années plus tard, il s’oppose à la decision du ministre des Colonies, André Lebon, de soumettre les territoires qu’il a gagnés à la France au régime des concessions, déjà en vigueur au Congo belge, et qui livrerait les populations à la cupidité de certaines sociétés, chargées de mettre en « valeur » le territoire. En avril 1898, Brazza est écarté de la Marine nationale, pour des raisons de « dégagement des cadres ». Il est alors placé en retraite. Le commandant Marchand, héros d’expéditions sur le territoire africain, devenu français, décrit la colonie du Congo français géré par Brazza comme un « marécage puant ». Brazza s’oppose publiquement à l’expédition Marchand, qui se déroulera quand même et se terminera par l’épisode connu de Fachoda. Les aurorités françaises suggèrent fortement à Pierre de Brazza de se retirer à Alger.

Quelques années plus tard, en 1905, le Gouvernement de la République fait néanmoins appel de nouveau à lui pour inspecter les conditions de vie dans les colonies, conditions qui se sont détériorées depuis son départ. Brazza dénonce ce qu’il voit. A peine a-t-il terminé ses tournées d’inspection, qu’il est atteint de fortes fièvres. On suppose un empoisonnement. Le bateau qui devait le ramener à Alger doit faire escale à Dakar. Le 14 septembre 1905, veillé par sa femme et le capitaine Mangin, il décède à six heures du soir. La photo de Jacques, son enfant de cinq ans, disparu deux années auparavant, a été placée à sa demande sur sa table de nuit.

Le Gouvernement français est à la recherche de héros. Il réclame son corps pour organiser une entrée au Panthéon. Mais la famille s’y oppose. Pierre de Brazza est inhumé au Père-Lachaise à Paris avant d’être déplacé, trois ans plus tard, à Alger, là ou vit toujours sa famille. Mais voyant la fin de l’Algérie française, Charles Savorgnan de Brazza alerte la métropole sur la conservation des effets, meubles, papiers, souvenirs de son père. En vain… Charles est d’ailleurs assassiné par les fellaghas en novembre 1962.

Depuis, le corps de Pierre de Brazza a de nouveau été déplacé pour se retrouver aujourd’hui sous un mausolée à Brazzaville. La cérémonie s’est déroulée en 2006, en présence des autorités congolaises et françaises.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Marthe de Brazza, P. Savorgnan de Brazza, Paris, Editions « Je sers », 1943
  • Maria de Crisenoy, "Le Héros du Congo" Pierre Savorgnan de Brazza, Paris, Editions SPES, 1944. Préface de Thérèse Savorgnan de Brazza.
  • Général de Chambrun, Brazza, 1930.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale