Publié le 12 Juin 2008

 

Depuis 1987, grâce à André Santini, une place d’Issy-les-Moulineaux porte le nom de Bachaga Boualam (1906-1982), qui fut capitaine de l’Armée française dans les Tirailleurs algériens, député d’Orléansville, Vice Président de l’Assemblée Nationale de 1958 à 1962, maire, conseiller général.

 

Les populations désignées aujourd’hui comme « harkis » ou « Français musulmans » correspondent à l’ensemble des musulmans rapatriés qui se sont battus du côté de la France pendant la guerre d’Algérie, ainsi qu’à leurs descendants, soit une population évaluée à environ 400.000 personnes.

 

1) Qui étaient les harkis ?

Le terme harka (mot arabe signifiant « mouvement ») désignait les unités supplétives formées à l’échelon des « quartiers », à partir de groupes civils d’autodéfense équipés d’armements défensifs, parfois promus « commandos de chasse ». Pour l’état-major de l’Armée française, tirant les leçons de la guerre d’Indochine, il s’agissait de tenir le terrain en s’attirant le soutien et la collaboration des populations locales contre l’ALN (Armée de libération nationale, bras armé du Front de Libération Nationale).

 

Outre les harkis, les forces supplétives engagées aux côtés des troupes française comprenaient des groupes de moghaznis (éléments de police), constitués à l’échelon des localités et placés sous les ordres des chefs des sections d’administration spécialisées (SAS), ainsi que des unités civiles chargées de protéger certains édifices et de veiller à l’ordre public, les « groupes mobiles de protection rurale » (GMPR), dénommés plus tard « groupes mobiles de sécurité » (GMS) et assimilés aux CRS.

 

2) Comment étaient-ils recrutés ?

L’affirmation selon laquelle tous les harkis furent « volontaires » appelle des nuances. Le général Maurice Faivre, ancien chef de harka, fait honnêtement la part des choses : « Si l’on excepte les fonctionnaires et les militaires appelés, qui avaient la possibilité de se soustraire à l’autorité française en rejoignant la rébellion ou un pays étranger, le choix des autres Algériens résultait d’un engagement volontaire dont les motivations étaient très diverses : pression des notables et de l’armée française, attachement à l’ordre, francophilie, sévices du FLN, rivalités tribales et volonté de vengeance, désœuvrement et besoin alimentaire, option politique ou idéologique, contrainte policière et retournement d’opinion ».

 

Il y eut, en gros, deux modes de recrutement : collectif dans les villages en autodéfense, puis individuel à partir de déserteurs du FLN ou de prisonniers « convertis », ces deux dernières catégories étant très minoritaires (de 4% à 5%) par rapport à la masse des engagements collectifs.

 

3) Combien étaient-ils ?

Les forces de l’ordre françaises comprenaient globalement, 88.000 supplétifs musulmans. L’effectif des harkas proprement dites était de 28.000 hommes quand, en décembre 1958, le général Challe, devenu commandant en chef des troupes françaises, obtint l’autorisation d’en doubler le nombre.

 

Trois ans et demi plus tard, lors de la proclamation du cessez-le-feu, un rapport transmis à I’ONU évaluait le nombre des musulmans pro-français menacés à 263.000 hommes, soit 20.000 militaires de carrière, 40.000 militaires du contingent, 58.000 harkis, 20.000 moghaznis, 15.000 membres des GMPR et GMS, 60.000 membres de groupes civils d’autodéfense, 50.000 élus, anciens combattants, fonctionnaires.

 

4) Quel sort les accords d’Evian leur ont-ils réservé ?

Les accords d’Evian sont signés le 18 mars 1962. La France reconnaît le FLN comme représentant exclusif de la population d’Algérie. Le chapitre II des accords, consacré à la « protection des droits et libertés des citoyens algériens de statut civil de droit commun » n’évoque pas les musulmans pro-français qui se retrouvent sans aucune protection. Les harkis deviennent les « oubliés » de l’histoire.

 

En fait, dès le mois de juillet 1961, l’accession de l’Algérie à l’indépendance ne faisant plus de doute depuis l’annonce du référendum d’autodétermination, l’armée française commence à désarmer les harkis.

 

5) Combien ont trouvé refuge en France ?

Selon les statistiques officielles, le nombre total des rapatriés d’Algérie s’élevait, en septembre 1962, à 596.884 personnes, dont 21.000 musulmans et, parmi ces derniers, 12.500 harkis.

 

Le 29 juin 1962, à l’Assemblée nationale, le ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, confirma publiquement l’existence des directives gouvernementales tendant à limiter le rapatriement en France des harkis et de leurs familles, favorisé, clandestinement, par certains officiers et sous-officiers choqués par l’abandon des supplétifs. Le ministre des affaires algériennes assuma la responsabilité d’une note en date du 25 mai 1962, stipulant notamment : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront renvoyés en Algérie [...]. Il conviendra d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure [...]. Les promoteurs et les complices de rapatriements prématurés seront l’objet de sanctions appropriées. »

 

6) Combien ont été victimes de représailles ?

Entre l'estimation du contrôleur général aux armées Christian de Saint Salvy (150.000 morts) et celle de l'ancien officier SAS, Nicolas d'Andoque (60.000 morts), il semble d'après J.-C. Jauffret, auteur de l'étude Historiens et géographe, qu'un « consensus rassemble peu à peu les historiens français et qu'une évaluation de 60.000 à 80.000 victimes soit retenue ».

 

Il n’existe ni bilan officiel ni certitudes, sinon celle que les harkis et leurs familles, coupables de « trahison » aux yeux des autres Algériens, ont été victimes d’atrocités en tout genre, avant même la proclamation de l’indépendance et jusqu’en 1964, sans que les autorités françaises n’interviennent et sans que l’opinion publique nationale ou internationale ne s’en émeuve. En 1965, la Croix-Rouge recensait encore 13.500 anciens supplétifs incarcérés en Algérie.

 

7) Etre harki en France 

Lors de l’arrivée en Métropole, les harkis et leurs familles sont pour la plupart regroupés dans des camps ou des " hameaux forestiers " isolés. Les harkis rescapés ont vécu avec leurs familles dans des conditions précaires qui ont perpétué leur exclusion, avec un taux de chômage très élevé parmi leurs enfants.

 

Pendant une dizaine d’années, à partir de l’indépendance de l’Algérie, les gouvernements successifs ont paré au plus pressé : loger dans d’anciens camps militaires (Larzac, Bias, Bourg-Lastic, Rivesaltes, etc.) ceux des anciens harkis et de leurs familles qui avaient réussi à se réfugier en France ; les nourrir, les employer. Il s’agissait, ensuite, d’aider à leur insertion sociale.

 

La génération des enfants de harkis malgré des réussites en son sein, a été une génération fragilisée et meurtrie par le drame des parents. Quatre-quatre ans après la guerre d’Algérie, cette communauté profondément attachée à la France a payé un lourd tribu. Restent la mémoire et le souvenir à transmettre aux plus jeunes pour perpétuer et ne rien oublier.

 

8) L’attachement à l’armée française

Les officiers, les militaires, les anciens combattants, restés fidèles à la France, les supplétifs également, sont les héritiers d'une  longue tradition militaire. Leurs ancêtres, eux-mêmes pour les plus âgés, se sont battus sur la plupart des champs de bataille où  la France est présente depuis plus d'un siècle, au sein de l'armée d'Afrique où le nombre de soldats musulmans dans les régiments de tirailleurs, zouaves, spahis, atteint 40 à 50 % des effectifs, dont un tiers d'engagés volontaires. « Fils d'une tradition militaire très ancienne, faite  de bravoure, d'abnégation devant le danger, de respect de l'ennemi, ils ont  écrit des pages admirables de l'histoire de nos armes (...) ils ont acquis des droits sur nous » (1986, Jacques Chirac Premier ministre).

 

« La Grande Guerre voit l'Algérie fournir un lourd contingent de soldats (...) ils versent généreusement leur sang sur  les principaux champs de bataille immortalisés par l'histoire : Verdun, la Somme, la Champagne, l'Artois. Ils sont 170.000 à traverser la Méditerranée (...). Ils sont 36.000 à donner leur vie pour que la France retrouve sa liberté et la paix. C'étaient les grands-pères des harkis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la France est captive et muette, 230.000 soldats musulmans, dont 120.000 à 150.000 Algériens luttent entre 1942 et 1944, certains jusqu'au sacrifice suprême (…). Ils inscrivent dans le livre d'or de l'Histoire de France des pages de gloire qui ont pour nom Belvédère, Monte Cassino, Rome, le Rhin, Strasbourg, Belfort. Pour la seconde fois au cours de ce siècle, ces soldats rendent sa dignité à la patrie et lui restituent sa place dans le monde. C'étaient les pères des harkis ». (Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis" ).

 

 

L’histoire des harkis fait partie de l’histoire de France. Elle doit être pleinement assumée.

 

Bibliographie :

(1) Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France".

Editions France Empire, 1962.

(2) Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS."

Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.

(3) Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis ".

Editions Fayard 1991.

(4) Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis"

Editions Perrin 76 rue Bonaparte 75006 Paris / L'Harmattan 16 rue des Ecoles 75005 Paris.

 

 

(*) Kamel Benamra, isséen, fils de Harkis, haut fonctionnaire, chevalier de la Légion d’honneur, est directeur de l’emploi et de la formation de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Algérie

Publié le 7 Juin 2008

Avril 2008, allée des Cîteaux à Issy-les-Moulineaux. Nous nous installons dans la salle à manger de Mr et Mme Robert Dubot, isséens depuis le début des années 1970. 

De père breton et de mère Normande, Robert Dubot a vécu sa prime enfance à Nanterre. A seize ans, il entre comme ouvrier à l’usine Guillery de La Garenne Colombes où il fabrique des masques à gaz. La guerre vient d’être déclarée et de nombreuses entreprises se sont converties à l’effort de défense.

 

 

  

 

Robert Dubot, en 1944, au moment de son engagement.

« Dès l’arrivée des Allemands, indique Robert Dubot, dans beaucoup d’entreprises, il était déjà question d’envoyer des volontaires en Allemagne. J’ai dit non ! Pas question d’aller soutenir les nazis. Mon père avait fait la Grande guerre, celle de 14. Et il gardait une rancune tenace vis-à-vis des compatriotes de Goethe. Je n’ai fait que suivre l’exemple paternel. Par la suite, au sein d’autres entreprises, j’ai toujours refusé. J’ai quitté la Région parisienne. J’ai été embauché dans une ferme du côté de Chartres – avec l’un de mes frères (je suis l’aîné d’une famille de six enfants) qui connaissait bien l’endroit pour y avoir travaillé quelques temps auparavant. Là encore, mon patron me conseilla d’aller en Allemagne. Le STO (Service de Travail Obligatoire) avait été édicté par l’Etat français de Vichy en juin 1942 et tous les jeunes devaient s’y soumettre. Envoyer trois ouvriers en Allemagne permettait à un prisonnier de guerre français de rentrer plus rapidement. Les « Fridolins » nous l’expliquaient aussi : aux ordres de la Kommandantur, régulièrement, avec les camarades nous étions réquisitionnés pour boucher des trous de bombes, réparer des dégâts faits par la Résistance. Puis, sur insistance de mon patron, je finis par passer le conseil de révision. « Bon pour l’Allemagne » me répondit-on. Et, je quittai la ferme. A Chartres, je devenais réfractaire une nouvelle fois. Je rentrai chez mes parents à Nanterre, et j’intégrai un sous-traitant des Chemins de Fer, ou je fus d’abord cantonnier sur les voies puis ouvrier. » 

A plusieurs reprises, Robert Dubot assiste aux bombardements sur Paris et sa couronne : « Le premier auquel j’ai assisté, c’était à Achères. Nous étions proches du pont de Sartrouville qui fut bombardé par erreur. L’objectif – je l’ai appris après – c’était le pont de Poissy. Des morts partout. C’était affreux. Et là, à quelques mètres de moi, un corps sans vie. Celui d’une petite gosse, qui tenait encore sa poupée dans ses bras. Et le plus horrible était que ce corps n’avait plus de tête. Plus tard, ce fut à Versailles. Nous prîmes un train qui partit en second sur la voie car notre locomotive avait été sabotée par des maquisards. Nous arrivâmes vers Versailles au moment où la gare des Chantiers était bombardée par l’aviation canadienne. Aux ordres des Allemands, nous descendîmes du train : perception des pelles et des équipements pour déblayer les corps de tous les malheureux qui venaient de perdre la vie, sous des bombes qui auraient dû être amies. Une autre fois encore, ce furent les pistes d’un aérodrome allemand, caché au cœur des bois de Verrière que nous vîmes partir en fumée. Ce jour-là, la gare de Verrière et l’école de Saint-Cyr, bien sûr avec des enfants, disparurent aussi. 

C’en était trop. En août 1944, je me rendis à la caserne du pont de Saint-Cloud pour intégrer le 5ème Génie de Versailles. « Pour la durée de la guerre » selon la formule consacrée. Après des classes à Tours, nous fûmes transportés en train jusqu’à Lunéville, au front. C’était en janvier 1945. 

Nous fûmes ensuite dirigés vers Saverne. Notre compagnie était chargée de réaliser des actions de déminage – bien souvent à la baïonnette – et les reconstructions des ponts et des voies de chemin de fer. Nous travaillions à l’époque en étroite relation avec la 2ème Division Blindée de Leclerc et les Américains du général Patton.


Prise de drapeaux au IIIème Reich, janvier 1945.

Nous vécûmes les libérations de Colmar et de Strasbourg. Par la suite, nous intégrâmes la 1ère Armée de Lattre de Tassigny. Là, sur la fin de la guerre, nous fumes envoyés en Autriche, à Lengen et Saint Tanton. Et c’est à cet endroit que je reçus une balle dans le bras gauche. Certainement un milicien autrichien qui tentait de récupérer des armes que nous nous apprêtions à confisquer. Je fus évacué sur un hôpital d’Aix-les-Bains et je terminai ma convalescence chez mes parents à Nanterre. Rattaché à la caserne parisienne de Dupleix, je demandai à passer mes permis. Ce qui me fut accordé sans grande difficulté. Je retournai à Strasbourg. Mes camarades m’accueillirent avec joie. Je leur expliquai qu’après mûre réflexion, j’avais choisi de ne pas rester au sein de l’armée. L’obéissance aveugle n’était décidément pas mon truc. Je quittai l’armée.
Après la guerre, je commençai par me marier. Avec mon épouse, nous avons eu deux filles. Et puis j’ai intégré un bon nombre de sociétés à commencer par Gabriel Voisin, à Issy-les-Moulineaux, puis se furent les Blanchisseries Métropole de Boulogne, Citroën et la Snecma, où je passai plusieurs échelons, d’ouvrier de base à chef d’équipe. Et ce, jusqu’en 1982, pour prendre ma retraite ».

 Près de la frontière allemande, à Dusenheim, 1945.

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Publié le 2 Juin 2008


Nous fêtons ce jour le 1er anniversaire de notre site internet: www.souvenirfrancais-issy.com. Depuis sa création, 57 articles ont été publiés. Voici la répartition :

- Administration : 5
- Commémorations - Evénements : 10
- Guerre 1870-1871 : 2
- Guerre 1914-1918 : 6
- Issy d'antan : 1
- Guerre 1939-1945 : 17
- Guerre d'Indochine : 3
- Guerre d'Algérie : 4
- Portraits - Epopées - Associations : 9


En moyenne, chaque jour, 15 personnes visualisent le site (en augmentation constante) et plus de 20.000 pages ont été vues, soit une moyenne de 60 par jour. L'objectif ? Doubler sur cette nouvelle année !

Quant au nombre d'adhérents, notre Comité est passé de 10 membres en 2006 à 33 à ce jour. Objectif : 50 ! Pour adhérer, il suffit d'envoyer une cotisation (à partir de 8 € annuel) à l'adresse figurant en haut à gauche de l'écran).

Merci à vous.

Le Comité d'Issy-les-Moulineaux.

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Publié le 23 Mai 2008


Napoléon III et Bismark, le 2 septembre à Donchery, entrevue après la bataille de Sedan.

 

 

 

Alors que Guillaume Ier de Hohenzollern, régent de Prusse depuis 1861 en raison de la maladie mentale de Frédéric-Guillaume IV, remporte une victoire décisive sur les Autrichiens à Sadowa le 3 juillet 1866, en France, après la chute de la monarchie orléaniste de Louis-Philippe, la Deuxième République est proclamée et son premier président est Louis-Napoléon Bonaparte. 

Le neveu de Napoléon 1er est élu en décembre 1848. Cette république n’accorde que peu de pouvoirs à son représentant. Dans le but de diviser ses opposants, de mener librement la politique qu’il pense correcte pour le pays et d’accroître son prestige personnel, Louis-Napoléon Bonaparte provoque un coup d’Etat le 2 décembre 1851. Un an plus tard, jour pour jour, il est proclamé Empereur des Français.

Les craintes françaises d’une hégémonie allemande se trouvent rapidement validées par le désir de Bismarck, ministre-président de Prusse, de renforcer l’unité des Etats d’Allemagne du Sud (Bavière, Bade, Wurtemberg et Hesse) dans une grande épreuve nationale. En 1870, la candidature au trône d’Espagne du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen provoque une crise. Il n’est pas question que la France se trouve au nord, à l’est et au sud, entourée d’Etats pro-allemands. A l’occasion d’une rencontre entre la France (représentée par son ambassadeur Benedetti) et la Prusse, dans la ville d’eau d’Ems, Guillaume Ier accepte que le prince retire sa candidature. Mais  Napoléon III veut plus et exige des garanties à cette renonciation. Ce qu’il finit par obtenir. Malheureusement, Bismarck publie un compte-rendu de cette réunion, mais avec une traduction pro-prussienne : l’attitude « arrogante » de l’Empire français est brocardée.

Piqué au vif, l’empereur, plutôt d’abord hostile à un conflit, est vite débordé par un entourage et un parlement favorables à l’ouverture des hostilités. Napoléon III déclare la guerre à Guillaume Ier le 19 juillet 1870. A sa grande surprise, l’empereur français découvre que les Etats de l’Allemagne du sud se rangent du côté de la Prusse, dans une sorte d’enthousiasme guerrier, contre l’ennemi héréditaire.

Les armées françaises sont portées rapidement aux frontières grâce au chemin de fer, issu de l’extraordinaire développement industriel voulu par l’empereur. Ces armées, qui n’ont connu que des guerres de conquêtes coloniales, sont impréparées à un conflit européen, face à un adversaire riche d’un enseignement sur les guerres modernes, recueilli par des observateurs militaires envoyés étudier les nouvelles techniques et notamment celles employées au cours de la Guerre de Sécession en Amérique : évolutions de l’armement, les obus, les canons, le chargement par la culasse, les premières armes à répétition. Un enseignement qui manque aux troupes françaises dont le commandement est l’héritier des stratégies du 1er Empire.

L’offensive victorieuse prussienne est menée par Von Moltke (que l’on retrouvera en 1914 à la tête de l’Armée allemande) et l’on voit l’Armée française s’effondrer en quelques jours en dépit de violents combats, comme à Gravelotte, et une résistance acharnée de plusieurs unités. Il est vrai que dans le même temps des armées entières se laissent enfermer dans des places fortes, sans munitions et sans ravitaillements. Ces armées finissent par capituler, comme celle du général Bazaine à Metz, et l’empereur lui-même qui s’est retranché avec Mac Mahon dans Sedan.

Le 4 septembre 1870, la IIIème République est proclamée sur l’initiative de Léon Gambetta et commence le siège de Paris, qui dure tout l’hiver. Retranchés derrière leurs « fortifs » les Parisiens connaissent misère et famine, mangeant les chevaux, les chiens jusqu’aux animaux du Jardin des Plantes. Sur les étals des bouchers sont vendus chats et rats.

Le 8 février 1871, les élections donnent la majorité aux conservateurs favorables à la cessation de la guerre. Adolphe Thiers ouvre les préliminaires de paix à Versailles. La France perd l’Alsace et la Lorraine, et doit payer 5 milliards de francs or d’indemnités. En gage, l’est de la France est entièrement occupé. Il le sera jusqu’en 1873.

Le 1er mars 1871, les Prussiens entrent dans Paris. 

***

« C’était un soir à la bataille de Reichshoffen

Il fallait voir les cuirassiers charger ».

Dans le nord de l’Alsace, il ne subsiste que très peu de souvenirs du Second empire. Le long de tous les petits chemins de campagne, l’un des rares témoignages de l’époque a survécu. Il s’agit des « bancs de l’impératrice Eugénie ». Ces curieux bancs de grès rouge, surmontés d’un linteau, avaient été créés pour que les paysannes alsaciennes, qui allaient vendre leurs produits aux marchés, puissent s’asseoir un instant avant de reprendre leur route. C’est en suivant ces bancs que j’arrivai dans une petite bourgade du nom de Woerth, se situant entre Haguenau et Wissembourg. Intrigué par le nom du restaurant – « Le Restaurant du Musée » - alors qu’aucun musée n’existait à trente kilomètres à la ronde, je pénétrai les lieux. Plus qu’une traditionnelle auberge alsacienne, je me trouvai dans une grande salle décorée de panoplies et d’équipements militaires français et allemands de la Guerre franco-prussienne. Il y avait aussi des mannequins aux visages de cire, datant certainement de la fin du 19ème siècle. Etaient représentés des zouaves, un turco, un fantassin allemand. Des chasseurs d’Afrique côtoyaient des Uhlans. Et là, juste devant moi, était placé un uniforme de cuirassiers. Les rayons du soleil se reflétaient dans la cuirasse, donnant une flamboyance, une grandeur, à ce dernier mannequin. Je ne savais pas encore que j’avais face à moi l’uniforme de l’un de ces héroïques cavaliers qui chargèrent à Reichshoffen.

Le patron du restaurant, devant ma curiosité, se fit un devoir de me citer chaque unité à laquelle appartenaient les uniformes exposés. Cette collection avait été réalisée par son grand-père, réquisitionné pour enlever les morts. Au lendemain de la charge fameuse, le 6 août 1870, le brave homme avait fait ce que le vainqueur lui commandait et il en profita pour récupérer ce qui pouvait l’être. D’ailleurs, la bataille s’était plutôt déroulée sur la commune de Froeschwiller, Reichshoffen étant le bureau de poste d’où partirent les messages communiquant le résultat de l’attaque.

En tant que passionné par l’Histoire et ancien militaire, je fis tout de même remarquer au patron que son grand-père avait dépouillé des morts de leurs uniformes pour se constituer cette collection. Gêné, l’homme me répondit que l’aïeul avait en fait récupéré les vêtements et les armes dans des bagages laissés à l’abandon. J’acceptai cette explication. Finalement, le Devoir de Mémoire passait peut-être aussi par de tels chemins, même si j’imaginai mal les zouaves ou les prussiens s’encombrer de malles de vêtements ou de cartons à chapeaux sur un champ de bataille.

Tous ces guerriers étaient maintenant figés dans leurs uniformes raidis. Une restauration archaïque avait été réalisée : les tissus avaient été repeints pour leur redonner l’éclat de leurs couleurs. L’empâtement des peintures et les poussières agglutinées leur conféraient une allure de statues aux visages de cire déformés par le temps.

Aujourd’hui, ce restaurant est fermé. Le propriétaire a fait don de sa collection à la ville de Woerth, qui l’expose dans les salles du château. La plupart des pièces ont été restaurées – correctement – et quelques-unes, laissées en l’état témoignent de ce que je vis.

Autour de ce village alsacien, il n’est pas rare de trouver, enfouie sous des ronces, une stèle rappelant qu’en ce chemin, ou ce champ, est tombé un cuirassier ou un Major du 3ème Zouave. Pendant longtemps, les vestiges de la Guerre franco-prussienne ont été soit cachés, soit bousculés puis ensevelis par l’agriculture ou les événements qui ont suivi. Celles qui restent témoignent à jamais qu’en 1870, en ces lieux, s’écrivit un fait d’armes qui n’était plus connu que par une comptine : « C’était un soir à la bataille de Reichshoffen ».

 

*Thierry Gandolfo, ancien sous-officier au 32ème régiment d’Artillerie, est conservateur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux et trésorier du Comité local du Souvenir Français.

 

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #1870-1871

Publié le 15 Mai 2008

Le jeudi 8 mai 2008, comme dans toutes les communes de France, Issy-les-Moulineaux a célébré l’armistice de la Seconde Guerre mondiale. Mais la date réelle était-elle le 7 ou le 8 mai 1945 ?

Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se suicide dans son bunker de Berlin. Il est accompagné dans sa mort par son épouse, Eva Braun et toute la famille Goebbels. Sur tous les fronts, l’Allemagne nazie est anéantie. Les combats ont lieu dans la capitale même du Reich. Il convient au successeur désigné par Hitler, l’amiral Doenitz de demander un armistice sans conditions aux puissances alliées. Pour se faire, il envoie le chef d’Etat-major de la Wehrmacht, Alfred Jodl, à Reims, au quartier général des forces alliées du général Dwight Eisenhower, où la capitulation est signée le 7 mai (les locaux ont été installés dans le grand bâtiment de briques rouges de l’Ecole professionnelle de Reims). Sont signataires : le général Walter Bodell Smith, chef d’Etat-major d’Eisenhower, le général soviétique Ivan Sousloparov. Le général français François Sevez, chef d’Etat-major du général de Gaulle est convié comme simple témoin.

Mais Staline veut plus. Pour lui, la capitulation allemande doit être signée à Berlin, au cœur même du IIIème Reich, qui se trouve être également occupée par les troupes de l’Armée rouge. Les Alliés vont se plier à la demande russe et la capitulation est de nouveau signée le 8 mai à Berlin. Une différence notable intervient : convaincu par de Gaulle, qui explique que la Seconde Guerre mondiale n’est que la suite d’un conflit qui a commencé en 1914, Churchill accepte la présence des Français à la cérémonie de signature.

Les signataires sont cette fois-ci : le Soviétique Joukov, l’Américain Spaatz, l’Anglais Tedder, le général français Jean de Lattre de Tassigny, chef de la 1ère Armée, et le maréchal allemand Keitel. Mais la présence française ne va pas sans remarques de la part des Alliés comme des ennemis. Ainsi, à la demande de Lattre de Tassigny de voir figurer un drapeau de la France à côté du drapeau britannique, celui-ci se fait vertement remettre à sa place par un délégué anglais qui lui dit : « Et pourquoi pas le drapeau chinois ? ». Plus tard, le maréchal allemand Keitel apercevant le même général de Lattre s’exclame : « Ah ! Il y a aussi les Français. Il ne manquait plus que cela ! ».




Le maréchal Keitel, à Berlin, le 8 mai 1945, entouré des représentants de la Wehrmacht (document ECPAD).

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Publié le 15 Mai 2008



 

Comme chaque année, la municipalité d'Issy-les-Moulineaux a commémoré l'armistice du 8 mai 1945, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale. La cérémonie a été suivie d'un défilé des unités parrainées par la ville : Régiment de Marche du Tchad et Régiment de la Garde républicaine. Des représentants du navire Andromède étaient également présents, de même que des réservistes de la Marine nationale. Retrouvez toutes les photographies de cette commémoration dans l'album intitulé : "8 Mai 2008 à Issy".

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Publié le 10 Mai 2008

 

Le 13 mars 1954, en un éclair, une pluie d’obus s’abat sur le camp retranché de Diên Biên Phù. Stupeur au sein de l’Etat-major. Le colonel Piroth, de l’artillerie coloniale, qui avait juré qu’aucun obus ennemi ne tomberait sur le camp, se suicide. Le moral des troupes françaises s’effondre. En quelques heures, les troupes coloniales tenant les collines Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie sont anéanties. Trois jours plus tard, Bigeard et ses paras sautent à nouveau sur le camp et prennent appui sur Eliane, une des collines principales. Pendant quinze jours encore, le ravitaillement aérien est possible. Le 28 mars, un Dakota se pose. A son bord se trouve Geneviève de Galard, convoyeuse de blessés. L’avion est touché au moment de l’atterrissage. Il ne peut repartir. Geneviève de Galard : « Je rejoins l’infirmerie. Elle est remplie de blessés. Nous faisons comme nous pouvons pour maintenir les conditions d’hygiène, en tapissant les murs de la salle d’opération de draps blancs. Mais nous sommes vite dépassés. Partout se trouvent des blessés. Dans certaines salles, par manque de place et de moyens, nous creusons des lits à même le sol et nous enveloppons les hommes dans des parachutes. Cela donne un air lugubre de catacombes à notre hôpital ». 

Les offensives vietnamiennes des 13 et 31 mars sont repoussées. Le général Giap a perdu plus de 15.000 hommes. Mais il sait que bientôt s’ouvre la conférence de Genève. Il décide de jouer son va-tout et engage 25.000 hommes supplémentaires dans la bataille. Les Français ne croient plus en la victoire. Partout ils sont débordés. Ils arrêtent un assaut et tuent des centaines d’hommes. Quelques instants plus tard, les ennemis sont aussi nombreux. Et les munitions viennent à manquer. Cela n’empêche pas des actions héroïques, comme celle du capitaine Jean Pouget, qui saute avec ses hommes sur Diên Biên Phù fin avril 1954, alors que l’issue fatale est connue. La colline Eliane tombe le 6 mai. Bigeard : « Nous n’avons plus de munitions. C’est la fin. Je mets mon béret. J’ajuste ma veste. J’attends ». Le Groupement Opérationnel du Nord Ouest (GONO) refuse de hisser le drapeau blanc mais cesse le feu. 

Diên Biên Phù représente pour le Vietminh une victoire sans précédent, mais au prix de plus de 25.000 morts et, environ, 12.500 blessés. Du côté français, sur près de 15.000 hommes présents, on dénombre 2.293 morts et 5.195 blessés. Les prisonniers sont aussitôt regroupés.

En 2004, un ancien combattant de Dijon, Pierre Chérier s’est confié au journal local le Bien Public : « On voyait le drapeau Vietnamien se hisser sur les collines à chaque fois qu'ils prenaient un nouveau poste. On reprenait du terrain, ils contre-attaquaient. Ça a duré 56 jours. Et ils se rapprochaient sans cesse. A la fin, ils étaient à 300 mètres. On sortait la tête de la tranchée, ils tiraient. Et le 7 mai au matin, on nous a donné l'ordre de détruire nos archives, notre matériel radio et de neutraliser nos armes. C'était fini. Ce jour-là, vers 17 heures, j'ai vu des Vietnamiens courir sur un pont, à quelques dizaines de mètres du PC. J'ai couru donner l'alerte. J'étais à peine revenu qu'un Vietnamien plus jeune que moi me braquait avec son fusil. J'étais prisonnier. Mais je pensais, comme l'immense majorité de mes camarades, que 10 000 prisonniers, c'était beaucoup trop pour eux, que cela ne durerait pas. »

Et pourtant. La longue colonne des prisonniers est formée. Elle a pour direction les camps de redressement du Vietminh à plus 700 kilomètres de Diên Biên Phù. Pierre Chérier : « On marchait de nuit, pieds nus parce que les Vietnamiens nous avaient volé nos chaussures. On partait vers 17 heures, et on marchait jusqu'à une heure du matin. On avait droit à 300 g de riz par jour et par homme. Nous étions en état de survie. A la halte, il fallait faire cuire le riz. On se débrouillait pour trouver de l'eau, trouver du bois, faire des feux, et on cuisait dans nos casques. La journée, on buvait quand on trouvait un ruisseau, une cascade, une mare, un suintement. Nombreux sont ceux qui sont morts sur le bord de la route, de dysenterie, d'épuisement.

Finalement, je me suis retrouvé au Camp 73. Nous devions assister chaque soir, à la nuit tombée, à des séances de rééducation. Le lavage de cerveau communiste de base. Séances d'autocritique, séances de délation. On nous faisait chanter l'Internationale, et ça se finissait toujours par la répartition du travail. Qui irait chercher le riz, le bois. Le régime était le même que sur la route : 300 g. de riz par jour et par homme, avec de temps en temps un poulet. Mais un poulet pour 100 personnes ! Et une fois par semaine du gras de porc. 4 ou 5 hommes mouraient chaque jour de dysenterie, de malnutrition, de fatigue, de manque de soins. Il n'y avait aucun médicament. Les malades, on les emmenait directement à la morgue quand ils étaient trop faibles. Ils gisaient là sur des bas-flancs en attendant la mort. On les enterrait à quatre par tombe, tête-bêche. C'était vraiment très très difficile.»

Le 21 juillet 1954, à la suite de la conférence de Genève, l’armistice est signé. Pierre Chérier : « On nous l'a annoncé le lendemain. Et on a été libérés le 28 août. Mais jusqu'au bout, les commissaires politiques ont continué leur travail : ils nous disaient que la France ne voulait plus de nous, que personne ne viendrait nous chercher. Je rassurais les copains en leur disant que c'était du flanc. »

Sur les 10 000 prisonniers du 7 mai 1954, seuls 3 200 ont survécu à l'enfer des camps communistes. Et Pierre Dupont, isséen, n’a pas eu cette chance. Brigadier au Centre d’Instruction de l’Artillerie du Nord Vietnam, il est mort le 31 juillet 1954 au Camp 73. Il avait 22 ans.

 

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Mai 2008

 

Le 7 mai 1954, la France perdait la bataille de Diên Biên Phù. Cet échec allait marquer la fin de notre présence au Tonkin et de l’Indochine, « perle » de l’empire colonial. 

Novembre 1953. Depuis sept ans, depuis le bombardement du grand port du Tonkin, Haiphong, par la flotte de l’amiral Thierry d’Argenlieu en 1946, la France est en guerre contre les forces communistes du Vietminh. Il est généralement admis que la Guerre d’Indochine a commencé à ce moment-là. 

Mais en fait, les germes sont à rechercher un an plus tôt. Le 9 mars 1945, les Japonais attaquent les garnisons françaises d’Indochine. Rapidement débordées, nos forces se rendent et sont humiliées par l’envahisseur. Les Vietnamiens comprennent alors que les colons ne sont plus invincibles. Quelques mois plus tard, se sachant perdus, les Japonais quittent le Vietnam, non sans appuyer les mouvements sécessionnistes de l’Empire colonial. Le 2 septembre 1945, la République démocratique du Vietnam est proclamée à Hanoi par Ho Chi Minh, en présence de Bao Dai, dernier empereur sous administration coloniale. La France ne peut laisser faire sans réagir. D’où, après moult provocations des partisans du Vietminh, le bombardement d’Haiphong. 

Depuis cette date, la France est aux prises avec les forces communistes du Vietminh et plusieurs chefs militaires français de grand renom comme les généraux Leclerc et de Lattre de Tassigny n’ont rien pu faire pour arrêter l’expansion des soldats de Giap, chef militaire de ce même Vietminh. 

En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos. Les gouvernements indochinois officiels semblent être de moins en moins sûrs pour la France. Il s’agit de l’empereur Bao Dai pour le Vietnam (revenu au pouvoir grâce à notre administration) et de Sihanouk au Cambodge. Seul, le prince Souvana Phouma, du Laos, a fait allégeance à la France. L’objectif est donc de prendre la cuvette de Diên Biên Phù, longue de 16 km, et d’en faire un point d’appui. Mission est donnée aux commandants Bigeard (6ème BCP) et Bréchignac (2/1er RCP) de sauter et prendre le village. Le général Bigeard : « Les hommes de Bréchignac et les miens, nous sautons. Ce n’est pas facile, il y a du vent. Nous voilà mélangés aux Viets. Ça tire de partout. Mais finalement on s’en sort. Tout le monde se regroupe et nous prenons le village de Diên Biên Phù. De notre côté, nous avons eu environ vingt paras tués, contre plus d’une centaine de Viets ». 

En globalité l’Etat-major français est persuadé de la bonne position des troupes françaises. Le Vietminh ne pourra pas attaquer le Laos et va venir s’empaler sur nos défenses. Si certains font remarquer que la position se trouve au creux d’une cuvette, entourée de collines d’environ 700 mètres de hauteur, ce qui permet des tirs tendus d’artillerie, l’évocation est vite reprise par le colonel Piroth, responsable de l’artillerie qui s’est engagé : « Jamais les Bodoïs ne pourront monter des canons à dos d’hommes et les placer sur les collines ». Le responsable du dispositif, le colonel Christian de Castries est également de cet avis. « C’était une vue de l’esprit. On ne connaissait pas l’embrigadement des soldats du Vietminh. Et tenir une vallée n’empêche personne de passer » répond aujourd’hui le général Bigeard. A partir de la fin du mois de novembre 1953, des avions en provenance d’Hanoi acheminent hommes et matériels. 

Le général en chef du Vietminh, le général Giap, est d’accord avec les Français sur un point : il faut que la bataille finale s’engage. Pour la France, s’il s’agit d’annihiler une fois pour toutes les forces communistes ; pour elles, il convient de battre la puissance coloniale pour placer le Vietnam aux conférences de Berlin (janvier 1954) et de Genève (mai 1954) dans les meilleures conditions qui soient. 

Entre les mois de janvier et mars 1954, Giap lance une offensive générale. Mais elle ne se transforme pas en une attaque éclair. 75.000 hommes du Vietminh, grâce à 20.000 vélos, des camions prêtés par la Chine et des armes soviétiques, s’approchent du camp retranché de Diên Biên Phù. Ils creusent des centaines de kilomètres de galeries, de tunnels. Ils démontent les pièces d’artillerie, les installent sur des mulets et les enfouissent dans des galeries placées à flanc de colline. Ainsi, le canon peut être sorti, tirer et être aussitôt rentré dans sa cachette ("les Gueules du Crapaud" selon les soldats du Vietminh).

En 1991, au micro de France Inter, dans Indochine 1946-1954 : histoire d’une guerre oubliée, une émission de Patrice Gélinet, le colonel vietnamien Le Kim expliquait l’approche de Diên Biên Phù : « Nous voyons que le sol est très fertile. Très facile à creuser. Et les Vietnamiens sont un peuple de terrassiers. Alors, nos hommes s’équipent de pioches et de pelles. Ils creusent. Partout. Il s’agit d’acheminer les munitions et l’artillerie au plus près du camp afin de détruire la piste d’aviation et la forteresse ».

 

 

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 6 Mai 2008

 

 

Le jeudi 8 mai 2008 au matin, le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français procédera à la quête du Bleuet de France (esplanade de la mairie).

 

 

L’origine du Bleuet de France remonte à 1916, quand deux infirmières, Suzanne Lenhardt et Charlotte Malleterre, décident de palier à la souffrance de combattants en leur faisant confectionner des bleuets en tissu pour les vendre. Le but étant également de procurer des ressources à ces mêmes blessés. Cette fleur est choisie car les uniformes étant « bleu horizon », les jeunes appelés sont surnommés les « bleuets ». Une telle pratique existe également en Angleterre mais la fleur est le coquelicot. Lors de la terrible offensive de la Somme en juillet 1916, plus importante opération militaire anglaise sur le continent, cette fleur se trouvait en grande quantité dans les champs de Picardie.

Après la Première Guerre mondiale, l’action devient nationale, et les deux infirmières créent un atelier de confection de l’emblème aux Invalides. A la quête du 11 novembre s’ajoute, en 1957, celle du 8 mai.


Frédéric Rignault, secrétaire du Souvenir Français à Issy-les-Moulineaux avec le général Roland Glavany, président d'honneur de ce même comité.

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Publié le 29 Avril 2008


 

Jean-Claude ICHAC, élève officier en Algérie en 1959.

 

 

Le général de Base aérienne (2S) Jean-Claude Ichac a effectué l’essentiel de sa carrière dans les fonctions de renseignement, à la 3ème Escadre de chasse et en Etats-majors, interprétation photo, à la 33ème Escadre de reconnaissance. Le général Ichac a également accompli des missions de longues durées aux Etats-Unis : à l’Ecole de l’Air américaine de Colorado Springs et à l’Ambassade de France à Washington. Avec le grade de colonel, il a commandé la Cité de l’Air « Capitaine Guynemer » et Base Aérienne 117 de Balard, située aux portes d’Issy-les-Moulineaux, sur les anciens terrains du Champ de Manœuvres, qui servit aux premiers essais de l’histoire de l’aviation au début du 20ème siècle. Le général Ichac raconte ici la fin, peu banale, de sa scolarité à l’Ecole de l’Air de Salon de Provence. 


« A l’issue de leur scolarité de deux ans, les élèves officiers de ma promotion Ecole de l’Air 1957 « Colonel Ducray », corps des Bases de l’air, c’est-à-dire non pilotes, devaient effectuer un séjour de deux ans en Algérie, à compter du 1er octobre 1959, date de leur nomination au grade de sous-lieutenant.
 

Mais un mois plus tôt le contre-ordre arriva et c’est avec notre galon d’aspirant de l’Ecole de l’Air que, le 31 août, notre C-54 n°148 se posa sur la piste du terrain de La Regahia, à l’est d’Alger, base arrière des commandos de l’air. Je crois que c’était une idée à la fois du patron de l’école, le général Delfino, un fonceur ancien du « Normandie-Niemen », et du commandant en chef en Algérie, le général Challe, de l’armée de l’air, qui souhaitait que celle-ci prenne une part plus grande dans les opérations de maintien de l’ordre au sol.


Le but de la manœuvre était donc de nous faire effectuer un stage de « familiarisation », sur le terrain, avant de nous répartir en unités dès que nous serions officiers. Donc, après dix jours d’entraînement intensif, tir, sport, combat rapproché, mines et explosifs, nous nous retrouvâmes au col de Chelata, en Grande Kabylie, où était implanté le PC Artois de l’opération Jumelles lancée par le général Challe. Et nous fûmes répartis par petits groupes au sein des commandos de l’air qui participaient aux opérations. Pour ma part, je fus détaché au commando 50, et dès le lendemain je pouvais noter dans mon carnet de vol : « 10/09/59, fonction à bord commando, pilote xxx, hélicoptère H-34 n°819, héliportage du PC Artois à NY45G02 » … et baptême du feu juste après l’héliportage sous une petite crête de la part aussi bien d’un groupe rebelle que de la section de la légion qui les poursuivait !

 

Et là nous eûmes droit à une engueulade surréaliste de la part de notre chef de section : « Attention, vous les trois aspis, vous êtes toujours sous statut élève, et censés être encore à l’Ecole de l’Air, là-bas en Provence, alors je ne veux pas d’emm…, et le premier qui se fait butter prend trente gros ! ». Je ne sais si ce fier discours eut un effet dissuasif, mais notre séjour aux commandos de l’air fût exempt de victimes et donc d’arrêts de rigueur ! Et c’est sans encombre que nous vîmes arriver à Alger, avec le 1er octobre, notre première ficelle qui nous donnait enfin le droit de passer légalement dans la colonne « pertes ».

 

GBA (2S) JC ICHAC

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Algérie