Publié le 7 Mars 2009

Insigne de la 13ème DBLE.
 

L’engagement.

 

Janvier 2009, rue Foucher-Lepelletier, au domicile de Madame et Monsieur Giacomo Signoroni, autour d’un verre de Marsala, nous évoquons son engagement dans la Légion étrangère.

 

Giacomo Signoroni est né en 1921 dans le petit village de Castagneto Po – connu depuis que sa native la plus célèbre est devenue Première dame de France – situé à quelques kilomètres de Turin, au cœur du Piémont. Les industries automobiles Fiat et l’agriculture, entre autres, assurent la prospérité de la région.

 

« J’ai assisté à pas mal d’atrocités, indique Giacomo Signoroni, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Italiens étaient les alliés des Allemands. Avec eux, cela pouvait aller. Tout a dégénéré quand les Américains sont arrivés et que la population s’est coupée en deux : il y avait d’un côté ceux qui voulaient se battre pour le Duce, de l’autre, ceux qui voulaient aider la libération du pays. Puis le Duce a été renversé et la liberté est revenue. Mais j’en avais trop vu. J’ai décidé d’émigrer en France, vers Nice et de m’installer. Après quelque temps, je me suis engagé dans la Légion étrangère ».

 

 

La 13ème DBLE.

 

La 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) est créée en 1940, à partir de volontaires du 1er Régiment Etranger d’Infanterie et de troupe basées au Maroc. Elle est alors composée de 55 officiers, 210 sous-officiers et 1.984 caporaux et légionnaires. Destinée à combattre en Finlande contre les troupes de la Wehrmacht, elle est finalement envoyée en Norvège, à Narvik et se couvre de gloire pour son baptême du feu. Après l’armistice, son état-major est placé en Angleterre. Une partie des légionnaires reste dans ce pays et intègre les unités de la France Libre tandis que d’autres rejoignent l’Afrique du Nord. A partir de 1942, la 13ème  DBLE est de tous les combats pour la libération de la France : Bir-Hakeim, Tobrouk, l’Italie puis le débarquement de Provence et la course vers les Vosges et l’Alsace.

 

A Nice, en avril 1945, le général de Gaulle embrasse le drapeau de l’unité, qu’il vient de décorer de la Croix de la Libération.

 

Dans le même temps, le tout jeune légionnaire, Giacomo Signoroni (il prend le pseudonyme de Signorini) intègre l’unité et part pour Bizerte en Tunisie. En son sein, il côtoie des hommes qui vont devenir des célébrités, comme le général Saint-Hillier (Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération),  ou Pierre Messmer, qui un jour sera Premier ministre de la France. Quelques mois plus tard, la Guerre d’Indochine est déclenchée.

 

La 13ème DBLE est envoyée en mars 1946 à Saigon. Sous le commandement du colonel Brunet de Sairigné, cette unité participe à tous les engagements en Cochinchine, au Cambodge et dans le centre du Vietnam, l’Annam. Les chiffres témoignent de l’âpreté des combats : entre 1946 et 1951, l’unité perd 80 officiers, 307 sous-officiers et 2.334 légionnaires.

 

Giacomo Signoroni : « Nous apprîmes la mort de notre chef le 1er mars 1948. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairigné fut tué lors de l’attaque du convoi de Dalat. Il avait 35 ans et c’était un chef exceptionnel et certainement un des plus jeunes officiers supérieurs de l'histoire de la Légion étrangère ».

 

A partir de 1951, la 13ème DBLE est transportée dans le Tonkin où, là encore, elle s’illustre à de nombreuses reprises. En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Définitivement. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos pour éviter la contagion communiste. Les 1er et 3ème bataillons y sont envoyés.


 

Largage au-dessus de Diên Biên Phù (on distingue les parachutes au centre de la photographie) - Novembre 1953.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 27 Février 2009

A venir : documents exceptionnels !


Dès la semaine prochaine, nous publierons une série de trois articles relative à l'engagement de Giacomo Signoroni dans la Légion étrangère et ses participations aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Giacomo Signoroni qui est certainement le dernier survivant de la bataille de Diên Biên Phù (mars à mai 1954) à avoir discuté avec des officiers du Vietminh, juste après le déclenchement des bombardements sur le camp retranché.

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Publié le 20 Février 2009

Attaque de soldats Français pendant la bataille de Verdun (21 février - 19 décembre 1916).
 

Clair Jounel nait le 18 août 1882 à Nozay, dans l’actuel département de la Loire-Atlantique. Il entre à l’âge de 15 ans au service du Père Bersihand, curé de la paroisse toute proche de Trescalan. Le Père est un grand ami de la famille. Clair devient sacristain : il s’occupe du jardin, de la vigne, des bêtes. Adulte, il quitte la Bretagne pour effectuer son service militaire, entre 1903 et 1906, au 137ème Régiment d’infanterie. Il en sort avec le grade de sergent. Après cette période, il reprend son emploi.

 

En 1908, il s’unit à Donatienne Trimaud. Ils ont trois enfants : Clair, Georgette et Henri.

 

Mobilisé dès la déclaration de guerre, le 2 août 1914, à Nantes, Clair Jounel intègre le 118ème d’infanterie en tant que sergent. Malade en novembre 1914, il est évacué sur l’hôpital de Villers-Cotterêts, en Picardie, puis sur celui de Meaux. Il est ensuite envoyé en convalescence dans la région de Bordeaux.

 

En 1915, versé au 116ème R.I., il est chargé de l’instruction des jeunes recrues, à Troyes. En  octobre de la même année, il retrouve le 118ème et est dirigé sur la Champagne.

 

Le 14 octobre 1915 : « Aujourd’hui à Trescalan est une journée de prières. Je m’associe de grand cœur à vous tous en en faisant autant de mon côté. J’ai assisté à la messe et j’ai prié devant le modeste autel abrité de quelques planches. L’orgue est remplacé par le bruit du canon qui tonne continuellement et fait penser à nos frères d’armes qui sont en danger… Oh, mes amis, ces messes en plein air au milieu des bois, cela remplit le cœur d’émotion et l’on pense au bon temps d’avant guerre et aux belles fêtes de Trescalan ».

 

Le 19 novembre 1915 : « Ce matin, le temps est clair et l’on voit en avant de leurs tranchées au moins une vingtaine de cadavres étendus là et depuis quand ? Quoiqu’ennemis, cela fait quelque chose et c’est peut-être le sort qui m’attend. Jour et nuit, les balles passent en sifflant au-dessus de la tranchée ».

 

Au matin du 24 mars 1916, le Père Bersihand reçoit une dernière lettre : « La vie n’est faite que d’inquiétudes. Je suis en bonne santé, mais hélas en route pour… Il faut s’attendre à tout et accepter avec résignation toutes les peines qu’il plait à Dieu de nous envoyer… Ayons confiance, mais s’il en est autrement, je vous confie ma petite famille, je vous embrasse ».

 

N’ayant plus de nouvelles, puis apprenant la disparition de son protégé, le Père Bersihand enquête et obtient une réponse d’un témoin oculaire :

 

« C’était le 3 avril, vers 10h du matin, les obus allemands pleuvaient drus sur les tranchées de première ligne où se trouvaient Clair Jounel et sa section. Il y fut blessé d’un éclat d’obus à la tête, mais plutôt légèrement. Comme il se dirigeait vers l’arrière et se disposait à gagner le plus proche poste de secours, il suivait un boyau, pris d’enfilade par une mitrailleuse ennemie, et malheureusement encombré en ce moment par les camarades d’une autre section qui montaient en ligne. Pour arriver plus vite au poste de secours, le pauvre Jounel se décida à sortir du boyau et de le longer en courant par la plaine. Hélas, le mitrailleur allemand le vit et mit aussitôt sa mitrailleuse en action. L’une des balles le blessa mortellement à la tête. Il tomba mort, sans proférer la moindre plainte, au bord du boyau qu’il devait suivre. Il fut inhumé à 200 mètres environ de la ferme de Thiaumont ».

Plus tard, les Autorités militaires enverront la dernière lettre de Clair Jounel à Donatienne :

 

« Verdun, le 31 mars.

 

Ma chère femme bien aimée, nous voilà dans les tranchées. Je me trouve en première ligne depuis 6 jours. Le secteur est aussi bon qu’il peut l’être dans une fournaise pareille… Les canons, d’un côté et de l’autre, n’ont pas une minute d’arrêt et le sifflement est si fort que l’on est tout abruti… Surtout, ne te fais pas de chagrin. Ma chère femme, quand donc la fin de tout ce carnage ».

 

 

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Publié le 14 Février 2009

 

Ce monument, placé proche de l’entrée du cimetière d’Issy-les-Moulineaux est dédié à la mémoire de quatre gardes nationaux d’Issy, morts en 1871. Il s’agissait de Messieurs Dufour, Legru, Hervieux et Duval. Ils appartenaient au 41ème bataillon de la Garde. Le monument a été édifié par souscription patriotique.

 

 

La Garde nationale et la Guerre franco-prussienne. 

Sous le Second Empire, la Garde nationale se voit confirmée dans ses prérogatives. Les officiers prêtent serment à l’empereur Napoléon III. En 1868, la loi Niel créé une Garde nationale mobile chargée de défendre les frontières. Celle-ci est principalement mise en œuvre pour appuyer l’armée contre la montée de l’expansion prussienne.

 

Au moment de la déclaration de guerre, la Garde nationale n’est que peu mobilisée. Seuls les ressortissants du Nord et de l’Est de la France sont incorporés à l’armée. Après les premières défaites, de nouveaux gardes sont appelés. Des régiments d’infanterie sont formés.

 

Arrivent le désastre de Sedan et la capture de l’Empereur : un gouvernement de la défense nationale est institué. Tous les gardes nationaux sont alors employés. Entre autres, ils participent au siège et à la défense de la capitale. En cela, on peut indiquer que la Garde nationale s’est transformée en dernier rempart contre l’envahisseur prussien.

 

Le Comité central de la Garde nationale. 

Cependant, dès la fin de l’année 1870, de nombreux gardes nationaux sont séduits par la propagande révolutionnaire et l’idéal anarchiste. Des comités se créent, des bataillons se soulèvent contre le gouvernement légitime. Celui-ci est incarné par Adolphe Thiers. En janvier 1871, après l’échec de la tentative de percée du front prussien à Buzenval, près de Rueil-Malmaison, l’armistice est signé. Le gouvernement, qui s’était réfugié à Bordeaux se rapatrie à Versailles, d’où le nom de « Versaillais » pour ses fidèles.

 

Le 1er mars, les Prussiens défilent sur les Champs-Elysées. Le surlendemain, le Comité central de la Garde nationale est constitué par des membres de la Délégation des vingt arrondissements de Paris (elle-même conçue en janvier 1871). Ce comité demande aux habitants de la capitale de ne pas céder à l’appel du gouvernement Thiers de négocier la paix avec les Prussiens et pousse à l’armement des parisiens pour « protéger le pays mieux que n’ont pu le faire jusque là les armées permanentes et à défendre, par tous les moyens possibles, la République menacée ».

 

Le Comité central s’installe à l’hôtel de ville de Paris et nomme des délégués pour l'administration municipale : Jourde et Varkin sont aux Finances ; Grollier et Vaillant à l’Intérieur ; Grousset aux Relations Extérieures ; Duval et Rigault à la Préfecture de Police ; Eudes à la Guerre ; Bergeret à l’Etat-major de la Garde nationale et Moreau dirige le Journal Officiel, organe de propagande. Les maires des arrondissements sont remplacés et peu à peu des quartiers se soumettent.

 

La Commune. 

Après les élections du 26 mars 1871, le Comité central cède la place à la Commune. Il demeure néanmoins sous son existence propre et conserve sa mission de la défense de Paris. Le mouvement insurrectionnel prend un certain nombre de décisions en faveur du « petit peuple » de Paris, ce qui provoque des troubles et le départ d’une partie de la population des quartiers chics de la capitale. Des bataillons de la Garde appuient ces décisions.

 

Mais la Commune se transforme rapidement en une sorte de « dictature du prolétariat ». Tous ceux qui soutiennent le pouvoir légitime sont susceptibles d’être passés par les armes ; des journaux « pro-versaillais » sont interdits ; les arrestations et exécutions sommaires se multiplient. Le gouvernement Thiers ne peut plus laisser faire. Après avoir adressé un ultimatum aux Parisien, les Versaillais profitent d’une trahison et entrent dans la capitale par la Porte de Saint-Cloud. Pendant une semaine, appelée la « Semaine sanglante » les combats sont acharnés entre les deux camps. A la fin du mois de mai 1871, la Commune est anéantie. Ses partisans, quand ils ne sont pas morts en combattant, sont fusillés, enfermés ou déportés, principalement en Nouvelle-Calédonie. 

 

La fin.

 

A la suite des événements de la Commune de Paris, la Garde nationale est dissoute le 25 août 1871, à Paris, comme dans toutes les communes de France…
 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 10 Février 2009

 

 

Cet étrange obélisque est dédié à la mémoire d’Honoré Richard, né le 15 mai 1811, à Issy et Auguste Marie, né également à Issy, le 9 juillet 1811. Ils sont tous les deux morts en 1848. Ils étaient « gardes nationaux ».

 

 

 

Genèse.

 

L’origine de la Garde nationale remonte à la Révolution française. Elle désigne la milice de citoyens formée dans chaque commune. Fondée sur le principe de la Garde bourgeoise de la royauté, elle a pour mission la protection des biens et des personnes, entre autres en réprimant le pillage et en assurant la distribution de pains et de blé dans les moments difficiles.

 

A Paris, au moment de la prise de la Bastille, le roi Louis XVI reconnaît le marquis de La Fayette comme commandant en chef de la garde parisienne. Pour autant, il s’agit de ne pas laisser le pays se doter de cohortes qui pourraient devenir incontrôlables. L’article 12 de la constitution de 1789 indique : « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée ». Et dans la foulée, les députés demandent aux gardes nationaux de prêter serment sur cette même constitution. Cela n’évite cependant pas, ça et là, quelques débordements et règlements de comptes…

 

En 1792, puis l’année suivante, après l’exécution du roi, la France est attaquée à ses frontières. En appui de l’armée, la Garde nationale est réquisitionnée et envoyée combattre. Il arrive que des membres de la Garde, plutôt aisés, payent de jeunes hommes pour les remplacer au moment de ces campagnes militaires.

 

Sous le Consulat puis l’Empire.

 

Sous Bonaparte, la Garde nationale est réservée à des rôles subalternes, comme le maintien d’un certain ordre à l’intérieur des frontières. Le Premier consul se méfie de ces milices qui peuvent soulever les citoyens d’une commune ou d’une région et marcher contre l’ordre établi.

 

Sous l’Empire, la Garde nationale sert à nouveau de réservoir à hommes au gré des besoins des campagnes militaires. En 1806, Napoléon 1er réaffirme par décret l’obligation pour tous les Français, âgés de 20 à 60 ans d’effectuer le service de la Garde nationale. En 1809, face à un débarquement anglais ayant échoué de justesse sur les côtes des Pays-Bas, alors sous administration française, l’Empereur confie à la Garde la surveillance des côtes et des frontières. En 1813 et 1814, la Garde participe activement à la défense du pays contre l’invasion des Prussiens et des Autrichiens.

 

 

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

 

Le 15 mai 1814, le comte d’Artois est nommé colonel général des gardes nationales ; celles-ci redeviennent sédentaires et reprennent leur rôle de maintien de l’ordre. Après le désastre de Waterloo, la Garde est à peu près la seule force sur laquelle le roi et les préfets peuvent compter. L’armée étant encore nostalgique des grandes épopées qu’elle vient de vivre. En, 1816, le caractère obligatoire de faire le service de la Garde est réaffirmé. A contrario, et toujours pour les mêmes craintes, la Garde de Paris est dissoute en 1827.

 

Le 25 juillet 1830, la roi Charles X publie des ordonnances qui vont à l’encontre de l’esprit de liberté soufflant sur la société française. Celles-ci provoquent la Révolution de Juillet. La Garde de Paris est reconstituée, et La Fayette, à 73 ans, en reprend la direction. Il accueille, à l’hôtel de ville de Paris, Louis-Philippe 1er, nouveau roi, chef de la Maison d’Orléans et cousin de Charles X, chef de la Maison de Bourbon.

 

Encore une fois, la Garde nationale voit son rôle réaffirmé, son importance reconnue. De fait, à plusieurs reprises, elle démontre sa capacité à faire régner l’ordre. Mais, encore une fois, prenant peur du pouvoir des milices, Louis-Philippe demande au ministre de la Guerre, le maréchal Soult, de réorganiser l’armée pour permettre un contrepoids à l’omniprésence de la Garde.

 

 

La Révolution de 1848.

 

Le « roi bourgeois », répondant aux attentes des Français, mène une politique intérieure d’abord libérale avant de se tourner vers plus de conservatisme. Les dix premières années de son règne sont néanmoins agitées par des nombreuses émeutes (insurrection républicaine de 1832, puis tentative d’une insurrection royaliste par la duchesse de Berry la même année ; émeutes populaires de Lyon et de Paris en 1834 ; attentat de Fieschi en 1835 ; insurrections de Barbès et de Blanqui en 1839). En 1840, Louis-Philippe nomme Guizot à la tête du pays : « Enrichissez-vous ! » devient le maître mot. Mais l’opposition demeure active et ses attaques virulentes aboutissent à la révolution de février 1848. Après les premières émeutes, sanglantes, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Le mouvement révolutionnaire balaie cette initiative. La Garde nationale n’intervient pas ou peu.

 

La Seconde République est proclamée par le gouvernement provisoire le 25 février 1848. Mais elle doit faire face à la pression populaire. Des résolutions démocratiques sont prises : droit au travail ; création des ateliers nationaux ; liberté de la presse ; suffrage universel.

 

En mars 1848, un décret indique que « tout citoyen de 21 à 55 ans, ni privé ni suspendu de ses droits civiques est garde national et y exerce le droit de suffrage pour tous les grades d'officiers". Plus tard, en juillet, un nouveau décret affirme que les officiers sont partout, en province comme à Paris, élus au suffrage universel. Dans l’un de ses romans (César Birotteau), Honoré de Balzac montre ainsi l’ascension sociale que connaît un officier de la Garde nationale.

 

Pour autant, de grandes difficultés économiques subsistent. Les Ateliers nationaux, organisation qui fournit du travail à près de 115.000 chômeurs, sont saturés et génèrent pour l’Etat des dépenses exponentielles. Cela ne suffit pourtant pas et la misère se fait partout sentir. De nouvelles émeutes éclatent en mai puis en juin 1848. Celles-ci sont réprimées durement par l’armée et la Garde nationale, bien souvent dirigée par des officiers qui se sont embourgeoisés et n’hésitent pas à faire tirer sur le « petit » peuple de Paris. La rupture est consommée entre les partis de gauche et la Garde nationale…

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 1 Février 2009

Le 12 avril 2008, Charles Richez, isséen, disparaissait dans sa 97ème année.

 

Formation.

 

Charles Richez, des pilotes, mécaniciens et des militaires devant un trimoteur Bloch 120 en 1935


Né le 11 novembre 1911, Charles Richez, passe avec succès plusieurs années d’études puis s’engage pour quatre ans au Centre des Spécialités de l’Aviation Militaire de Bordeaux en 1931. Il en sort en 1932 avec le Brevet supérieur de Mécanicien navigant. Diplôme en poche, il est affecté à l’Escadrille n°2 de Thiès au Sénégal puis au détachement d’Atar, en Mauritanie, à l’époque classé « Zone de guerre », où il effectue des opérations dans le Rio d’El Oro, à Fort Gouraud, Fort Trinqué et jusqu’aux confins marocains à Tindouf, et algériens, à Chegga.

 

Charles Richez se fait remarquer à l’occasion de ces missions et il reçoit une Citation à l’Ordre des Troupes de l’AOF (Afrique Occidentale Française), avec une Médaille coloniale, agrafe « Sahara ».

 

Ceci se déroulait à l’époque de la splendeur de la compagnie aérienne l’Aéropostale. A cette occasion, il accueille un des pilotes « stars » de la compagnie : Jean Mermoz.

 

Il convient de dire quelques mots sur cette entreprise. La Compagnie générale aéropostale a été une compagnie aérienne française. Créée en 1919, par Marcel Bouilloux-Laffont, en collaboration avec Pierre-Georges Latécoère, sous le nom de la Société des Lignes Latécoère puis en 1921 celui de la Compagnie générale d’entreprises aéronautiques, sa mission consiste à ouvrir et exploiter une ligne aérienne transatlantique dédiée au service postal, puis au transport de passagers. Une ligne qui part de Paris pour rejoindre l’Afrique Occidentale Française via l’Espagne et le Maroc puis l’Amérique du Sud depuis le Sénégal. En 1930, sous le nom de Compagnie générale aéropostale, dotée de 200 avions, de 17 hydravions, la société emploie 1.500 personnes. Parmi les pilotes les plus célèbres, figurent donc Jean Mermoz et Antoine de Saint-Exupéry. Du fait de la crise économique du début des Années 30 et d’un manque de soutien des autorités françaises, la société fait faillite en 1933 et intègre un nouvel ensemble aéronautique, nommé Air France.

 

La base de Bach Maï et le camp de Hoa-binh.

 

De retour en 1935, et après un séjour de trois années dans différentes base de la Métropole, Charles Richez est envoyé en Indochine. Il sert au Tonkin, à Hanoï, au sein de la base 1/595 de Bach Maï, à Hanoi. Il effectue également des opérations et des séjours au Laos, au Siam et au Cambodge.

 

Après la défaite de 1940, l’Indochine française est restée fidèle au régime de Vichy. Sous le commandement de l’amiral Decoux, la politique locale consiste à temporiser face à des ennemis – mais « compréhensifs » à l’égard de l’Etat français ouvertement collaborationniste – qui occupent partiellement le Tonkin. Cinq ans plus tard, devant l’avance des Alliés en Europe, et dans une volonté jusqu’au-boutiste, les Japonais décident un coup de force : ils incitent les Vietnamiens à proclamer leur indépendance et envahissent toutes les villes indochinoises. Le 9 mars 1945, Charles Richez subit l’assaut des troupes ennemies et est, comme ses compagnons d’infortune, enfermé dans la citadelle d’Hanoï. Les 60.000 soldats français, répartis dans de multiples petites garnisons, ne peuvent pas grand-chose et sont rapidement débordés. Des milliers d’européens, militaires et civils confondus, sont massacrés. Et ce, « sous les yeux des Vietnamiens, qui comprennent à cet instant que la France est loin d’être invincible » indique la journaliste Brigitte Friang, dans ses ouvrages sur la Guerre d’Indochine.

 

Dans les jours qui suivent ce coup de force, Charles Richez est envoyé au camp de Hoa Binh, appelé « Camp de la Mort », car seulement quelques détenus réussissent après des années de captivité à regagner la Mère patrie. Le 8 juin 1948, Monsieur Durand-Reville, rapporteur de la commission de la France d’Outre-mer, prononce ces paroles : « La faim, le paludisme, la dysenterie firent de terribles ravages dans les camps de détenus dont les plus sinistres incontestablement furent ceux de Hoa-Binh, aux confins du delta tonkinois et de la Moyenne-région. Hoa-Binh, lieu d’enfer où furent envoyés à partir du mois d’avril 1945 près de 4.000 détenus, hommes de troupes et officiers subalternes ».

 

Retour en France.

 

Libéré à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Charles Richez regagne la Métropole où, peu à peu, il se rétablit. Il est engagé à la Direction Technique et Industrielle de l’Aéronautique du Ministère de l’Air en tant qu’ingénieur au Service de la Production Industrielle. Il y poursuit sa carrière pendant 17 ans. Il remplit des missions importantes, entre autres au moment de la Guerre d’Algérie, ce qui lui vaut les félicitations du Délégué ministériel pour l’Armement. De cette époque date également son installation à Issy-les-Moulineaux.

 

En 1960, il intègre la Société des Avions Marcel Dassault où il termine son expérience professionnelle, en 1979, en tant que Chef de Département des Avions en Service. Il contribue, au début des années 1970, à introduire l’informatique dans ce service.

 

A la retraite, Charles Richez reste actif, notamment au sein de la Fondation Charles de Gaulle et d’autres associations comme les Vieilles Tiges et les Vieilles Racines, ou encore le Tomato Club.

 

Le Club du Tomato.

 

Charles Richez était Chevalier de la légion d’Honneur, Médaille militaire, Médaille de l’aéronautique, Médaille des Arts, Sciences et Lettres. Il était donc un pilier du Club du Tomato, association aéronautique.

 

L’existence du club remonte à la Première Guerre mondiale, quand les pilotes rencontraient les ingénieurs pour discuter des améliorations à apporter à ces « drôles d’engins volants ». Connu pour ses déjeuners du vendredi, le Club du Tomato prend ce nom, dans les Années 30, quand des membres, reçus aux Etats-Unis, se voient offrir du jus de tomate en guise d’apéritif par leurs hôtes, prohibition oblige !

 



 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 22 Janvier 2009

Général de corps aérien Roland Glavany.

Général de corps aérien Roland Glavany.

Le 1er Bataillon de Choc et la libération de la Corse

 

« Nos amis les anciens combattants corses ayant pris justement ombrage de voir partout oublier que leur île avait été le premier département français libéré, décidèrent que le 65ème anniversaire de cette libération prendrait un éclat particulier.

 Et c’est ainsi qu’ancien sous-lieutenant du 1er Bataillon de Choc, qui fut aux premières loges dans ces affaires, je fus associé aux cérémonies de Ghisonaccia et de Patrimonio où je reçus un accueil inoubliable les 23 et 24 septembre 2008.

 En deux allocutions, j’essayai de rappeler le contexte historique des printemps – été 1943. En mai 1943, la campagne de Tunisie était terminée : il n’y avait plus un Allemand en Afrique, et l’Armée d’Afrique réarmée par nos alliés américains reprenait sa place au combat. Le général de Gaulle, chef incontesté de la France Libre, quittait Londres pour s’établir à Alger où il laissa un temps au général Giraud la conduite des affaires militaires. Les Alliés, en juillet 1943, Patton à l’ouest et Montgomery à l’est, débarquèrent en Sicile, qui fut conquise en un mois. Lorsque Montgomery fit franchir à ses troupes le détroit de Messine pour prendre pied en Calabre, nos ennemis italiens commencèrent à se poser quelques questions et demandèrent l’armistice. Or, ils occupaient la Corse. Une résistance ardente et armée s’était organisée dans l’île. Ses chefs proclamèrent alors l’insurrection générale. L’affaire n’était pas simple car si les Italiens s’étaient auto-neutralisés, il y avait dans le sud-est de l’île des unités allemandes dont la menace n’était pas vaine.

 Un des chefs militaires de la Résistance, le commandant Colonna d’Istria, put faire appel au général Giraud pour demander son appui. Celui-ci se tourna forcément vers le commandement allié en Méditerranée, lequel, en pleine organisation de la libération de l’Italie, lui fit comprendre qu’il fallait qu’il se débrouillât seul. Ce qu’il fit.

 Le général Giraud avait immédiatement « sous la main » le déjà célèbre sous-marin Casabianca du glorieux commandant l’Herminier, les contre-torpilleurs Fantasque et Terrible, en fait des croiseurs, légers, très rapides, et pour l’Armée de Terre, le Bataillon de Choc, unité spéciale de volontaires, formée à Staoueli, près d’’Alger, en mai 1943 aux ordres du commandant Gambiez. Et c’est ainsi que, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1943, pour le Casabianca, du 13 au 14 pour le Fantasque et le Terrible, débarquèrent à Ajaccio les trois compagnies à quatre sections du Choc, en but à l’enthousiasme de la population.

 Dans les dix jours suivants, arrivèrent les éléments du 1er R.T.M. (tirailleurs marocains), du 2ème G.T.M. (tabors marocains), du 4ème R.S.M. (spahis). Deux groupes de chasse français équipés de Spitfire opérèrent à partir de Campo del Oro près d’Ajaccio».

  Situation de la Corse en septembre 1943

 « Quelle était la situation de l’île en ce début de septembre 1943 ? La neutralité italienne était acquise. Les Allemands avaient été contenus dans le sud-est par les patriotes corses. En fait, la préoccupation réelle du commandement allemand était de faire passer en Italie via Bastia une division retirée de Sardaigne. Avec notre armement léger (mitraillettes, FM24-29, grenades), nous étions forcément destinés aux combats-commandos de nuit, aux attaques surprises et aux embuscades le long de la route Bonifacio – Bastia tandis que les troupes marocaines avec leur armement réglementaire pouvaient mener la dernière bataille pour Bastia. Ainsi donc, les douze sections du Choc se déployèrent en éventail du nord au sud avec l’appui inestimable des guides corses et le renfort d’une 4ème compagnie corse de volontaires, immédiatement constituée, ce qu’aucun autre département français libéré ne réussit à faire. Les quatre compagnies du Choc furent dispersées : la mienne, la 3ème, celle du capitaine Manjot, envoya ses 1ère et 2ème sections au nord dans le secteur Ile Rousse – Saint-Florent ; la 3ème section, celle que je dirigeais, dans le secteur de Vescovato, en « chasse libre » ; la 4ème, celle de l’aspirant J.P. Michelin, au sud-est, vers Conca. Nos actions furent nombreuses et il faudrait des pages et des pages pour raconter les actions conduites en 15 jours par tout notre Bataillon ».

  A Ghisonaccia

 

« A Ghisonaccia, le 23 septembre, au cours de la magnifique cérémonie organisée par le maire, Monsieur Guidici, et parlant devant vingt drapeaux, les enfants des écoles, et mes camarades anciens de la 4ème compagnie, j’ai pu évoquer deux faits d’armes qui me tenaient à cœur :

 

  • Les deux attaques couronnées de succès conduites par le lieutenant Lamy dans le secteur de Prunelli, parce que, nommé capitaine, Léon Lamy fut « mon capitaine » et qu’il tomba au champ d’Honneur exactement un an plus tard à la chapelle de Ronchamp, à côté de mon ami Yves de Bernon.
  • Ce qu’on a appelé la Bataille de Conca, le 22 septembre, parce que Jean-Pierre Michelin, jeune aspirant évadé de France pour prendre sa place au combat, y trouva la mort à la tête de sa section. Il était le premier aspirant tombé sur la terre de France pour la Libération.

 

Dévoilant la belle plaque commémorative qui porte les noms de sept de nos camarades tombés dans la région de Ghisonaccia, j’y trouvai les patronymes de Lorenzi de la compagnie Corse et de Le Coz de la 3ème compagnie. Un Corse à côté d’un Breton. Au cours de la réception qui suivit, j’ai pu, au nom de tous les anciens, adresser mes remerciements les plus chaleureux à Monsieur Guidicci ».

  A Patrimonio

 « Le lendemain, à Patrimonio, près de Saint-Florent, j’étais reçu par Monsieur Maestracci, maire de la localité, qui avait tenu à honorer la mémoire de l’adjudant-chef Richard de Préaudet, de notre Bataillon, qui était tombé en ces lieux le 24 septembre 1943.

 Reprenant les termes de ma précédente allocution, j’ajoutai quelques mots sur la formation de notre Bataillon de Choc. La plupart des officiers, de réserve ou d’active, étaient des évadés de France, avec quelques personnalités exceptionnelles. Les soldats (ou chasseurs) venaient des appelés d’Afrique du Nord, des chantiers de jeunesse. Mais l’épine dorsale ne pouvait être formée que de sous-officiers anciens de l’Armée d’Afrique. Les noms de nos adjudants-chefs me sont encore en mémoire : Saunier, Blanchard, Huet, Préaudet, et Crespin. L’adjudant-chef Marceau Crespin qu’on avait jugé opportun d’adjoindre au sous-lieutenant de 21 ans que j’étais alors, et qui est resté un de mes meilleurs amis. Quant à Richard de Préaudet, il venait du 1er Régiment Etranger de cavalerie et était devenu l’appui indispensable du chef de la 2ème section de la 3ème compagnie du Choc, celle-là même qu’on avait envoyée vers le nord et qui arrivait vers l’est et Saint-Florent, venant de Casta.

 Dans la nuit du 23 au 24 septembre 1943, le capitaine Manjot décida l’attaque par trois équipes d’un poste allemand situé au carrefour de Patrimonio. Préaudet commandait une des trois équipes en pointe de l’attaque mais se trouva en face d’un ennemi alerté et sous le feu de deux mitrailleuses. Il ne pouvait que faire décrocher sa troupe et restant le dernier, fut mortellement blessé. Les Allemands enfouirent son corps.

 Ainsi tombèrent, presqu’en même temps, au sud et au nord de l’île, l’aspirant Michelin et l’adjudant-chef de Préaudet, premiers morts du Bataillon, premiers tombés pour la libération de la France. La cérémonie même de Patrimonio, le 24 septembre 2008, fut particulièrement émouvante sur cette plateforme en demi-cercle qui dominait le bourg, parce que le dévoilement de la plaque commémorative s’accompagna de chants religieux, d’une chorale de haute qualité, parce qu’un détachement du 2ème Régiment Etranger de parachutistes rendait les honneurs, parce que les trois enfants de Richard de Préaudet qui n’avaient pas ou si peu connu leur père étaient là, qui ne cachaient pas leur émotion en serrant les mains de tous les légionnaires. Là aussi, j’ai pu dire à Monsieur Maestracci combien nous lui étions reconnaissants de garder dans la pierre un tel souvenir.

 Le 4 octobre 1943, les combats cessèrent. Nous défilâmes à Ajaccio devant le général Giraud. Je serrai à Sartène la main du général de Gaulle. Tout ceci se passait il y a 65 ans. Mais c’était le début d’une longue route qui allait mener le Bataillon de Choc à l’Ile d’Elbe, sous les ordres de Gambiez ; au débarquement de Provence à Toulon sous les ordres d’Heriard-Debreuil ; à Belfort, Colmar, l’Allemagne, l’Autriche, sous les ordres de Lefort ; au début de l’Indochine sous les ordres de Clauzon.

 Sur cette route-là, 300 des nôtres sont tombés. POUR LA FRANCE ».

  Général Roland Glavany. Grand Croix de la Légion d’honneur.
 

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Publié le 10 Janvier 2009

 

Ch’timi portugais

 

 

« Je suis un Ch’timi portugais ! Né à Denain, dans le Nord, en 1926, mes parents s’étaient installés quelques années auparavant dans la région. Je suis entré dans la Résistance à l’âge de 17 ans, et pour moi cela était parfaitement naturel. Comme une tradition familiale. En effet, et cela se sait peu, mais pendant la Première Guerre mondiale, le Portugal avait envoyé un contingent pour aider les Alliés, sur le front de l’Ouest. Une des principales raisons de cet engagement consistait à combattre partout où cela était possible, l’ennemi allemand, qui avait des visées sur les possessions africaines du Portugal. Et d’obtenir un appui des Anglais.

 

Mon père était de ce contingent. Il participa, entre autres, à la bataille de la Lys, en avril 1918. En ces lieux, la seconde Division portugaise, sous le commandement du général Gomes da Costa, forte d’environ 20.000 hommes, résista avec acharnement à quatre divisions allemandes (50.000 hommes), laissant sur le terrain près de 300 officiers et 7.000 soldats, tués, blessés ou prisonniers. Le courage des Portugais força l’admiration de l’ensemble des Alliés. Mon père s’en sortit, comme par miracle. Sinon, je ne serais pas là !

 

Bref, en septembre 1944, le lieutenant Roger nous rassembla à Valenciennes et nous fit embarquer dans trois camions : direction la capitale ! A Saint-Germain-en-Laye, nous descendîmes au Quartier Gramont, lieu d’incorporation. Nous fîmes nos adieux à Roger, qui devenait l’adjoint du commandant Lanusse, en charge des nouvelles recrues. Inspection, instruction – rapide – et piqûres puis nous voilà au front ».

 

 

 

 

A la 2ème D.B.

 

« J’avais intégré le 2ème bataillon de la 8ème Compagnie, aussi appelée Escadron Vaugirard. Nous étions une unité du Régiment de Marche du Tchad (R.M.T.) – unité filleule de la ville d’Issy-les-Moulineaux – lui-même composant du Groupement Tactique du général de Langlade (G.T.L.), élément de la 2ème Division Blindée (D.B.) du général Philippe Leclerc de Hauteclocque. Notre commandant d’unité allait devenir célèbre : il s’agissait de Jacques Massu !

 

Mon baptême du feu, ce fut à Sélestat, en Alsace, au moment de Noël. J’étais posté dans une maison avec quelques camarades. L’un d’eux me cria : « Mickey ! » – car c’était ainsi que l’on m’appelait – « Fais gaffe, ils sont juste dans la ferme en face ! ». Un char arriva. Nous pensions être sauvés. Mais il roula sur une mine. Sous la force de l’explosion, l’engin s’immobilisa. Et les Allemands reprirent leur canarde de plus belle. Je peux dire que ce jour-là, nous primes une sacrée dérouillée. A notre poste, au matin, nous étions onze soldats. Le soir, nous nous retrouvâmes à deux survivants. Le lendemain, nous étions relevés et notre chef de groupe nous proposa de nous replier sur un quartier de la ville, plus en arrière, à l’abri des tirs ennemis.

 

Au milieu d’une foule de soldats, de matériels, de chars, de cris, mon camarade et moi, nous entrâmes dans un estaminet. La patronne nous accueillit avec gentillesse. Nous découvrîmes des gens adorables. Alors que bon nombre d’hommes de la région étaient « Malgré Nous », c’est-à-dire sous l’uniforme allemand et sur le front de l’Est, on nous offrit le couvert et le coucher. Un beau Noël pour deux pauvres jeunes gars loin de leurs parents, sans chéries. Des enfants…

 

Ce fut une joie presque aussi intense que notre entrée dans Strasbourg, un mois plus tôt. Je n’avais pas tenu le « Serment de Koufra » cher au général Leclerc, mais j’en étais de ceux qui avaient délivré la France. Au soir de ces combats dans Sélestat, je reçus la Croix de Guerre et fus cité à l’ordre du régiment. La suite fut tout aussi terrible pour le R.M.T. ».

 

La bataille de Kilstett

 

« Le maréchal allemand Von Rundstet avait déclenché une vaste offensive sur le front des Ardennes. Les Américains et notre 2ème D.B. se précipitèrent pour colmater cette brêche. Mais, dans le même temps, il ne fallait pas dégarnir l’Alsace. Leclerc avait dit : « La division tout entière doit passer en Alsace et se faire tuer sur place, jusqu’au dernier homme, pour sauver l’honneur de la France ».

 

A Kilstett, situé  à 15 km au nord de Strasbourg, le commandant Reyniès, qui avait fait l’Afrique, et qui était encerclé avec son bataillon dans la ville, hurla à la radio : « Faites vite ! Le hallouf (cochon) est dans le douar ». Notre 8ème Compagnie du R.M.T. fut envoyée sur place pour participer au dégagement. Nous avions face à nous deux bataillons du Régiment Marbach, composés d’élèves sous-officiers, de vrais fanatiques. Une seule chose comptait pour eux : assommer la ville sous les bombes et foncer sur Strasbourg pour reprendre ce symbole. Le général de Langlade envoya immédiatement à l’assaut les sous-groupements Gribius et Massu, dont je faisais toujours partie. Les combats furent incroyables de violence. Dès les premières minutes, nos pertes furent sérieuses. Je tirais comme je pouvais, appuyant les copains du mieux possible. Nous nous battîmes maison par maison, nettoyant notamment le quartier de la Sablière.

 

Et c’est là que je fus blessé. Tout autour de moi, ce n’étaient que morts et blessés. Mon chef gisait dans une mare de sang, due à une blessure en pleine poitrine. Pour ma part, j‘étais immobilisé, une balle dans le pied. On m’évacua sur l’hôpital de Sarrebourg et je reçus, après l’étoile de Bronze, celle d’Argent sur ma Croix de Guerre. Avec mes compagnons d’armes, je fus cité à l’ordre de la Division. Le général de Lattre de Tassigny cita à l’ordre du Corps d’Armée le G.T.L. de la 2ème D.B. : « Engagé le 22 janvier 1945 aux ordres du général de Langlade, en soutien de la 3ème D.I.A., est intervenu de façon décisive dans pour briser le dernier assaut allemand en direction de Strasbourg. Après une étape de nuit rendue difficile par la haute neige et le gel, un sous-groupement sous les ordres du chef d’escadron Gribius s’est porté « résolument » à l’attaque pour dégager un bataillon de Tirailleurs encerclé depuis la veille à Kilstett, par des forces supérieures. Par la soudaineté et la violence de son intervention, a complètement surpris l’ennemi, l’a mis en déroute, lui infligeant de lourdes pertes et faisant une centaine de prisonniers ».

 

Par la suite…

 

« Par la suite, remis, je poursuivis les combats en Allemagne, puis jusqu’à Berchtesgaden, le fameux « nid d’aigle » d’Adolf Hitler. Démobilisé en 1946, je rejoignis un de mes frères à Lyon qui me fit entrer dans le secteur de la restauration où j’exerçai pendant près de trente ans. Là, je me mariai et un fils naquit. Je terminai ma carrière dans le bâtiment, en tant que spécialiste de la remise en état ».
 

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Publié le 4 Janvier 2009


Le Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous présente tous ses meilleurs voeux pour 2009 et vous donne rendez-vous pour de nouveaux témoignages, à venir très prochainement :

- Claude Correia racontera sa participation à la Seconde Guerre mondiale dans les rangs de la 2ème Division Blindée du général Leclerc.

- Le général Roland Glavany, notre Président d'honneur, a écrit un article sur sa participation à la libération de la Corse en septembre 1943, avec le Bataillon de Choc.

A bientôt.

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Publié le 20 Décembre 2008


 

Toute l'équipe du Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année 2008 et vous donne rendez-vous début janvier 2009, pour de nouveaux textes et de nouveaux témoignages.
 

 

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