Publié le 27 Avril 2008

PC Artois de l'Opération Jumelles.
 




Isséen, le général Ichac a participé, en tant qu’élève officier, à l’Opération Jumelles en juillet 1959. Nous lui devons les clichés qui illustrent cet article relatif à cette opération.

Celle-ci fait partie du Plan Challe, du nom du général qui prend la relève du général Salan, le 12 décembre 1958. L’idée maîtresse de ce plan consiste à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens très conséquents, dans le but de réduire à néant les bandes rebelles ou « Fellaghas ». Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie (février 1959) ; opération Courroie sur la couronne d’Alger (avril à juin 1959) ; opération Etincelle sur le passage du Hodna (juillet 1959) ; opération Jumelles (juillet 1959) en Grande Kabylie ; opération Rubis (avril 1960) en petite Kabylie ; opération Pierres Précieuses (septembre 1959 à août 1960) dans le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule la grande mission des Aurès (opération Ariège – Dordogne – Charente – Isère). Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant des zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts considérables – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN (Armée de Libération Nationale, bras armé du FLN, le Front de Libération Nationale).

 

De fait, il est globalement admis que l’ensemble de ces opérations a permis une victoire militaire de la France. Victoire incertaine, car si de nombreuses bandes ont été décimées, pour autant le lien avec les populations civiles n’a pas été rompu et peu à peu les maquis algériens se sont reformés.

De plus, le putsch – et son échec rapide – des Généraux (Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller) d’avril 1961, contre la politique du Président Charles de Gaulle et de son gouvernement qu’ils considèrent comme un abandon de l’Algérie française, sonne la fin du Plan Challe.

 

 

Pendant l’Opération Jumelles, le binôme hélicoptère H-34/commandos de l’air au col de Chelata.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Algérie

Publié le 23 Avril 2008

 

Le 13 mars 2008, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a annoncé la disparition, à 94 ans, d’Adam Rayski.
De son vrai nom Abraham Rajgrodski, il nait dans une famille juive polonaise, à Bialystok, le 14 août 1913. Dès son adolescence, il s’engage au parti communiste clandestin puis émigre à Paris en 1932. Il devient journaliste, est engagé comme rédacteur en chef du quotidien français en langue yiddish la Naïe Presse (Presse Nouvelle) puis entre à L’Humanité. Il est alors nommé responsable de la section juive du Parti communiste français. En 1940, après s’être sauvé d’un camp de transit de prisonniers de guerre à Nantes, il intègre la MOI (Main d’œuvre Immigrée) puis les Francs-Tireurs et Partisans (Missak Manouchian suit un parcours identique). En 1943, il participe à la création du CRIF, clandestin, dont la mission consiste à aider les Juifs à se soustraire à l’Occupation allemande.
A la Libération, Adam Rayski est décoré pour ses faits d’armes (Croix de guerre, médaille de la Résistance) et part pour la Pologne où il dirige un groupe de presse. Coupant les liens avec le Parti communiste polonais en 1957, il rentre en France et écrit de nombreux ouvrages sur la résistance des Juifs pendant l’Occupation. Il préside l’Union des résistants et déportés juifs de France (URDF) et continue son inlassable combat pour la mémoire de ses camarades de combat, ainsi que pour tous les résistants.
Adam Rayski a publié de nombreux ouvrages. Il convient de citer : Nos illusions perdues (Balland, 1985) ; Qui savait quoi ? (La Découverte, 1987) ; De Gaulle et les Juifs (URDF, 1994) ; La Rafle du Vel d’Hiv (Mairie de Paris, 2002) ; l’Affiche Rouge (Mairie de Paris, 2003).
Il est important de signaler qu’Adam Rayski a publié en 2006, grâce à la Mairie de Paris, une enquête sur le Stand de Tir, situé dans le 15ème arrondissement de la capitale, à la limite de la commune d’Issy-les-Moulineaux, sur l’ancien emplacement du Champ de Manœuvres, où se déroulaient jusque dans les Années 30 des essais et des démonstrations aériennes. Le Comité du Souvenir Français reviendra plus longuement dans de prochains articles sur le Stand de Tir.

 

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Publié le 18 Avril 2008

 

 

Le général de corps aérien Michel Forget, isséen, a fait une brillante carrière d’officier pilote de chasse. Il a assumé tous les commandements correspondants à sa spécialité. Il a quitté le service actif en 1983 après avoir commandé pendant quatre ans la Force Aérienne Tactique. Auteur de plusieurs ouvrages (« Puissance aérienne et stratégies » - 2001, « Guerre froide et guerre d’Algérie » - 2002, « Notre défense dans un monde en crise » - 2006, « Du Vampire au Mirage » - 2007), il est correspondant de l’Académie des Sciences Morales et Politiques et a été Vice Président national du Conseil d’Administration du Souvenir Français.

 

 

« Un beau matin du mois d’avril 1965, notre Défense aérienne entrait en transes. Un objet lumineux non identifié était en effet signalé à la verticale de Pierrelatte. Pierrelatte ! Site stratégique majeur où était enrichi à l’époque l’uranium nécessaire à la réalisation de nos armes nucléaires. L’objet étant stable, il ne pouvait s’agir d’un avion. Il n’en était pas moins indispensable de renseigner les autorités politiques sur sa nature. L’honneur de notre Défense aérienne était en jeu, même si l’affaire était à la limite du domaine de sa compétence !

Ainsi, le Mystère IV d’alerte de la base d’Orange avait-il reçu l’ordre de décoller pour reconnaître l’intrus, suivi ensuite d’un Vautour puis d’un Super-Mystère, ces deux appareils ayant réussi à grimper jusqu’à 15.000 mètres d’altitude (50.000 pieds) sans parvenir à identifier l’objet en question. Plus les altitudes atteintes par les intercepteurs étaient élevées, plus celui-ci paraissait inaccessible et mystérieux. La température montait dans les hautes sphères de la Défense aérienne. Son commandant se décidait finalement à demander à l’escadre de Dijon, alors équipée du meilleur intercepteur de l’époque, le Mirage IIIC, d’intervenir, bien que Pierrelatte soit en dehors du rayon d’action du Mirage.

Et c’est ainsi que, en tant que commandant de l’escadre de Dijon, je bondissais dans un Mirage IIIC et me retrouvais en l’air, bien décidé à résoudre l’énigme. Cap au sud après le décollage, et je montais à pleine puissance à 12.000 mètres d’altitude (40.000 pieds). A partir de Lyon, j’accélérais pour prendre une vitesse égale à une fois et demie la vitesse du son (Mach 1,6 – soit 1.960 km/h) pour monter ensuite jusqu’à 15.000 mètres. A la bonne distance de l’objet non identifié indiqué par le contrôleur radar, je tirais sur le manche pour gagner le maximum d’altitude tant en perdant de la vitesse (on appelle cela un « zoom »). Et c’est ainsi qu’ayant atteint 19.000 mètres (63.000 pieds), je distinguais parfaitement au-dessus de moi l’objet en question : il s’agissait en fait d’un simple ballon sonde dont je vis les antennes qui pendaient en dessous de lui. Un ballon dont l’altitude réelle devait être de l’ordre de 24.000 mètres (80.000 pieds !). L’information était transmise au contrôleur au sol, lequel pouvait rassurer les autorités de la Défense aérienne… et de l’Armée de l’air.

L’honneur était sauf. Il ne restait plus aux autorités qu’à identifier les maladroits qui avaient manifestement perdu le contrôle de leur ballon sonde… mais ce n’était plus notre affaire. Quant à moi, il me restait quand même à me soucier de la suite des événements, les jaugeurs de carburant atteignant leurs limites basses ! Aux altitudes et vitesses atteintes au cours de ma mission, effectuée de bout en bout à pleine puissance, la consommation de carburant avait été considérable et ce pour un avion dont la capacité en pétrole n’était pas la caractéristique la plus marquante. Moteur plein réduit, profitant de la finesse remarquable de l’avion, je descendais en vol plané pour me poser sans encombre à Istres où j’étais accueilli par Roland Glavany, alors colonel commandant la base. Durée du vol : 35 minutes !

Général Michel Forget. »

"PS : J’avais enfreint au cours de ce vol les consignes de sécurité, lesquelles interdisaient de voler au-dessus de 15.000 mètres sans le scaphandre spécial qui ressemblait à celui que portent les cosmonautes. Il faut dire qu’il fallait au moins vingt minutes pour endosser un tel équipement lourd et peu confortable, et ce, avec l’aide d’un spécialiste de l’habillage. Il y a maintenant prescription et j’ajoute qu’aucune autorité ne s’est inquiétée alors de savoir dans quelle tenue j’avais fait ma mission… "

 

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Publié le 11 Avril 2008


Richard Marillier a été Résistant, membre de la section Chabal au maquis du Vercors, capitaine d’une section au 494ème R.I. pendant la guerre d’Algérie ; il est colonel honoraire de l’Armée de Terre. Richard Marillier a été très présent dans le monde du cyclisme : Directeur Technique National du cyclisme français de 1970 à 1981, Directeur Adjoint Délégué du Tour de France de 1981 à 1990 (à ce titre, il venait chaque année présenter le parcours de l’épreuve et les équipes participantes au PACI d’Issy-les-Moulineaux), Président de la Ligue du Cyclisme Professionnel et membre du Comité Directeur de l’Union Cycliste Internationale de 1989 à 1992. Le colonel Richard Marillier est commandeur de la Légion d’honneur.


« J’ai fait la connaissance de Robert Eggs, en 1957, à Bir El Ater (sud-est constantinois). Il avait le grade de capitaine et commandait la compagnie portée du 4ème Régiment Etranger d’Infanterie. Il jouissait d’une réputation exceptionnelle. En 21 ans de Légion, il avait combattu de Narvik à l’Indochine en passant par la Syrie et la Lybie ou il avait été fait Compagnon de la Libération à Bir Hakeim alors qu’il était adjudant-chef !

Au cantonnement comme en opération, il était un spectacle à lui tout seul. Il ne faisait rien comme les autres, il ne s’exprimait pas comme les autres. Il était à la fois craint, détesté et admiré. A cette époque, le commandement rassemblait les unités de secteurs pour monter des opérations. A Bir El Ater, j’étais lieutenant et je commandais la 6ème compagnie de 2/44ème RI. Je me retrouvai « accolé » à la compagnie Eggs pendant un an et demi. C’est dire si j’ai des anecdotes en mémoire. En voici une parmi tant d’autres.

Ce jour-là, nous avions accroché une bande rebelle dans le djebel Foua. Très rapidement, les différentes unités avaient éclaté et des combats sporadiques se déroulaient aux quatre coins du djebel. Enfin d’après-midi, les derniers fellaghas étaient aux prises avec la compagnie Eggs et tentaient de sortir du dispositif. Je fus appelé à la rescousse et, avec une section, je réussis à colmater la brèche puis je cherchai à rejoindre le capitaine. Au fur et à mesure que j’avançais, et que je dépassais les légionnaires, je finis par arriver auprès du sergent-chef Campanella, porte fanion de la Compagnie Eggs. Il était assis, adossé contre un rocher et fumait une cigarette en souriant. Son pantalon froissé laissait apparaître un pansement compresse au niveau de la hanche.

La bonne blessure, mon lieutenant, 23 jours de convalo ! me dit-il.

Il me précisa que le capitaine se trouvait devant, comme d’habitude. Les rebelles continuaient de tirer et je m’accroupis derrière un rocher où se trouvait le radio Rychtick. Ce dernier me dit que le capitaine était de l’autre côté. En me baissant, je le vis. Il était debout sur un rocher, les jumelles à la main et je l’entendis distinctement crier aux tireurs d’en face :

Alors, messieurs les fellaghas ! Montrez vos sales gueules et rendez-vous ! Après, il sera trop tard.

Une volée de balles s’abattit sur son rocher sans le toucher. Il répéta son discours et obtint la même réponse. Alors, se tournant vers ses hommes, il entonna : « Légionnaires… A l’assaut ! » et il se mit à chanter « Combien sont tombés au hasard d’un clair matin ». Toute la compagnie reprit le célèbre chant. Incroyable ! Un quart d’heure après, le combat cessa, faute de combattants.
Le commandement décida que l’on resterait sur place pour la nuit, afin de fouiller le terrain le lendemain matin. Il faisait froid car nous étions à 1.300 mètres d’altitude. Eggs m’invita à dormir avec lui et son ordonnance Mayerhoffer nous confectionna une sorte de litière avec de l’alfa, entourée d’un muret de pierres sèches. Sa djellaba nous servit de couverture. Je n’arrivai pas à trouver la bonne position pour dormir. Il s’en rendit compte et bougonna :

Encore un peu tendre (prononcé à l’allemande, en appuyant sur le « dre »).

Il saisit sa musette remplie d’alfa qui lui servait d’oreiller et me la glissa sous la tête, puis ramassa une grosse pierre sèche pour la remplacer. Je ne savais pas s’il fallait le remercier. J’attendis cinq minutes et lui dis :

Mon capitaine, Bir Hakeim, c’est quand même autre chose ?

Il ne répondit pas. Il dormait à poings fermés.

Aujourd’hui, le commandant Robert Eggs, grand officier de la Légion d’Honneur est âgé de 93 ans. Il vit avec son épouse en Côte d’Or, très exactement à Ivry-en-Montagne. Il est Français officiellement depuis quelques semaines».

 

 

  Bir El Ater 1957 – Le Capitaine Eggs à la tête de sa compagnie du 4ème REI. Le porte-fanion est le sergent-chef Campanella.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Algérie

Publié le 4 Avril 2008

 


Le 23 octobre 2007. Rue de la Glacière, chez Monsieur et Madame Pierre Debeaurain.

  

Pierre Debeaurain : « Mon arrière-grand-père, Ernest-Pierre Richard est mort en 1942, à l’âge de 92 ans. Il était donc né en 1850. Habitant de ce qui n’était alors encore qu’un village, Issy, il avait appris à lire et écrire très jeune, grâce à un curé qui avait dû déceler en lui certaines capacités. Lire et écrire, ce n’était pas si courant à l’époque. Comme, de plus, Ernest Richard était très grand et costaud, il eut la chance d’entrer à la Garde personnelle de l’empereur Napoléon III, peu avant la Guerre franco-prussienne».

Il semble qu'Ernest-Pierre Richard ait rejoint une formation particulière : l’escadron des Cent-gardes à cheval. Corps d’élite de cavalerie créé par décret du 24 mars 1854, il est commandé par Lepic puis par le colonel baron Jacques Albert Verly. L’esprit de constitution des Cent-gardes s’inspire des Life Guards anglais. Composé d’un état-major, de deux compagnies de cent quatre-vingt-dix sous-officiers et gardes, l‘escadron ne fait pas partie de la Garde impériale mais est attaché directement à l’empereur.

Sa mission consiste en la protection personnelle de Napoléon III et le service au quotidien dans les palais impériaux, ne rendant les honneurs qu’à l’empereur et sa famille. Une des particularités de ce corps consiste en la taille minimum de chacun des cavaliers : mesurer au minimum 1,80 m !

La tunique s’inspire des cuirassiers : bleu de ciel, culotte blanche, bottes de cuir noir à l’écuyère. Pour la grande tenue, une cuirasse est portée ; elle arbore les grandes armes de l’Empire. L’armement des Gardes comprend un mousqueton et un sabre-lance qui se fixe comme une baïonnette. La solde est particulièrement généreuse : mille francs-or pour les gardes et les trompettes.

En juillet 1870, après des provocations des deux côtés du Rhin, entre autres au sujet de la candidature du prince de Hohenzollern à la couronne d’Espagne – ce qui entraînerait de facto un enveloppement de l’Empire français par des souverains allemands – la France déclare la guerre à la Prusse, soutenue immédiatement par les princes allemands (ce qui accélérera la fondation de l’Allemagne). Le 28, Napoléon III arrive à Metz, suivi des Cent-gardes et prend le commandement de l’armée du Rhin.

Au début du mois d’août, les armées prussiennes envahissent la France et attaquent à Wissembourg ; les batailles se multiplient : Woerth (Froeschwiller pour les Français – la fameuse charge des cuirassiers de Reichshoffen), Spicheren, Borny-Noisseville. La ville de Nancy est occupée. Partout les armées de l’empereur sont bousculées.

Napoléon III se retire de Metz, se dirige vers Verdun puis Châlons-en-Champagne ; à Beaumont, dans les Ardennes, le corps d’armée du général de Failly est mis en déroute. L’empereur s’enferme dans la ville de Sedan. Plusieurs Cent-gardes l’ont suivi et demeurent en permanence à ses côtés.

Pierre Debeaurain : « C’est au moment de la bataille de Sedan que Napoléon III confie à Ernest Richard la mission de sa vie ! Il s’agit de porter des courriers au plus vite à l’impératrice Eugénie – devenue régente – et la maison impériale. Huit jours sont nécessaires à mon aïeul pour se rendre au château de Saint-Cloud et remettre les courriers. Mais il est déjà trop tard. Le siège de Sedan dure moins d’une semaine. L’empereur, acculé dans une ville dévastée par les obus des canons prussiens, fait hisser le drapeau blanc et se rend auprès de Bismarck. La mission d’Ernest Richard n’aura servi à rien. Et je n’ai jamais su les lignes contenues dans ces lettres. Mon arrière-grand-père possédait dans sa maison de la rue Prudent Jassedé une grande armoire. Interdiction formelle nous était faite de l’ouvrir ou de poser la moindre question sur ce meuble, pour nous merveilleux».

L’escadron des Cent-gardes est dissous le 1er octobre 1870, par décret, et versé au 2ème Régiment de marche de cuirassiers ; régiment qui participe activement à la défense de Paris, dans un premier temps face aux Prussiens puis face aux partisans du gouvernement de la toute nouvelle République française, l’empire venant d’être déclaré déchu.

Pierre Debeaurain : « Mon arrière-grand-père n’a plus d’emploi. Il devient Garde national et s’enrôle dans un bataillon parisien. Il s’agit de défendre son pays et venger son honneur. C’était cela l’important : ne pas déposer les armes devant l’ennemi prussien ! Thiers pactise avec la Prusse car faire cesser les hostilités entre les deux pays passe avant toute chose par un désarmement de Paris ».

En avril 1871, Thiers, réfugié à Versailles et élu « Chef du pouvoir exécutif de la République française » monte une armée faite d’anciens prisonniers de la guerre qui s’achève, auxquels il peut ajouter plus de 12.000 hommes dont il dispose. Cette armée est placée sous les ordres de l’ancien vaincu de Sedan : le maréchal de Mac-Mahon. Les combats s’engagent rapidement. Les Prussiens tiennent le Nord et l’Est de Paris ; ils laissent passer les « versaillais ». La butte de Suresnes et l’ouest parisien sont pris assez facilement. Il n’en va pas de même avec le sud. Les partisans de la continuation de la guerre contre la Prusse et les Communards se défendent, rue par rue, maison par maison. Le 26 avril, le village des Moulineaux est occupé par les hommes de Thiers. Puis le fort d’Issy est pris, mais les Communards le reprennent dès le lendemain.

« Les versaillais se permettent tout. Ils brulent les maisons. Avec leurs canons, ils pilonnent les villages du sud de Paris. Ils se livrent à des atrocités. Dans Issy, des barricades sont montées, sur la place de l’église Saint-Etienne, rue de l’Abbé Grégoire également. Beaucoup de bâtiments sont ruinés du fait des bombardements prussiens ; ceux qui sont restés debout sont anéantis par les canons versaillais. Un obus tombe sur le Moulin de Pierre, alors réserve de munitions, et l’explosion qui s’en suit est incroyable de puissance. Le Moulin de Pierre se trouve aujourd’hui à Clamart, mais, à l’époque, il était dans Issy. Notre fort finit par tomber, comme celui de Vanves. Les versaillais entrent alors dans Paris et fusillent tous les meneurs de la Commune. Entre 10.000 et 25.000 personnes, selon les sources, sont passées par les armes. Ce fut une chance inimaginable pour Ernest Richard d’en réchapper.

Je me souviens très bien des histoires et des anecdotes que me racontait mon arrière-grand-père. Par exemple, il faisait tous les jours – parfois plusieurs fois par jour – l’aller-retour, à cheval, entre le Louvre et Issy, rue Prudent Jassedé. Et il rabâchait sans arrêt ses souvenirs de guerre : « D’abord Napoléon III était impressionnant. Tu m’imagines ? J’avais vingt ans et j’étais face à l’empereur. Le neveu de Napoléon Ier ! Napoléon III n’était pas un mauvais bonhomme mais il était mal entouré. Il y avait des orléanistes, des monarchistes, des illuminés. Surtout, il écoutait le dernier qui parlait. Lui était plutôt favorable à la paix. Finalement, c’est sa femme, Eugénie de Montijo qui emporta la décision. Elle était à la tête des partisans de la guerre. En tant qu’Espagnole, cela peut se comprendre. Et puis, l’empereur souvent laissait faire car il était rongé par la maladie : atteint d’un calcul de la vessie, il souffrait mille maux et cela pouvait le laisser anéanti pendant des heures. Mais le plus mauvais était bien Bazaine, qui perdit son armée enfermée dans Metz. Et par sa faute. Uniquement par sa faute. Douze balles que ce traitre aurait dû recevoir ! Douze balles pour avoir sacrifié son armée, la France et notre Honneur».

 

 Portrait d'Ernest-Pierre Richard, après 1870.

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #1870-1871

Publié le 29 Mars 2008

 

 


Le 19 mars 2008, la ville d’Issy-les-Moulineaux a célébré le 46ème anniversaire du cessez-le-feu en Algérie.

 

Le 19 mars 1962 marque donc la fin de la guerre d’Algérie, à la suite des Accords d’Evian. Les négociations de ces accords commencent le 20 mai 1961. Ils sont signés le 18 mars 1962 et se traduisent immédiatement par un cessez-le-feu applicable sur tout le territoire algérien dès le lendemain.

La guerre d’Algérie s’est déroulée de 1954 à 1962 et a donné lieu à son indépendance.

L’Algérie est d’abord une colonie française de 1830 à 1848 puis un département de la République. Cette guerre est avant tout une guérilla entre les partisans algériens du Front de Libération Nationale (FLN) et son bras armé l’Armée de Libération Nationale (ALN) à l’Armée française, composée de troupes de parachutistes, de légionnaires, de soldats du contingent et de supplétifs « indigènes » comme les moghaznis et les harkis.

La guerre d’Algérie commence en 1954 à la suite d’attaques et du massacre en plusieurs régions de ce pays de militaires et civils français, par des hommes du FLN. Au Caire, le mouvement publie une déclaration pour la « restauration de l’Etat algérien, souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes de l’islam ». Militairement gagnée par la France en 1959 avec l’Opération Jumelles, la victoire finale revient néanmoins aux forces de l’ALN avec l’indépendance proclamée le 5 juillet 1962, à la suite des Accords d’Evian et du référendum d’autodétermination. A ce moment, près de un million de Français vivant sur ce territoire sont « invités » à retrouver la Métropole.

L’une des caractéristiques de la guerre d’Algérie (qui à l’époque était appelée « Evénements d’Algérie ») consiste en la superposition d’une guerre civile et idéologique au sein des deux communautés. Du côté algérien, plusieurs partis s’affrontent et notamment le Mouvement National Algérien (MNA), dirigé par Messali Hadj, les harkis, qui veulent rester fidèle à la France, et le FLN, qui prend le dessus et détruit les forces de résistance du MNA en Algérie. Du côté français, la majorité de la population de Métropole finit par se ranger du côté de l’indépendance de l’Algérie, tandis que des minorités comme l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) sont favorables à la poursuite de la guerre, quitte à réaliser des attentats aussi bien sur le sol algérien qu’en France et s’en prendre à la tête de l’Etat (attentats contre le général de Gaulle).

Aux Accords d’Evian, les négociateurs du côté du FLN sont : Krim Belkacem, Saad Dahlab, Ahmed Boumendiel, Ahmed Francis, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Redha Malek, Kaïd Ahmed (appelé aussi commandant Slimane) et le commandant Mendjili. Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, le général Jean Simon, le lieutenant-colonel Hubert de Seguins Pazzis, Robert Buron et Jean de Broglie représentent le camp français.

Le texte de ces accords comprend deux parties :

  • - La première sur le cessez-le-feu, dont l’application est fixée au lendemain de la signature, soit le 19 mars.
  • - La seconde comprenant les « déclarations gouvernementales » relatives à l’Algérie sur la période de transition jusqu’au référendum d’autodétermination, avec la mise en place d’un Exécutif provisoire et un Haut Commissaire représentant l’Etat français ; la libération des prisonniers dans un délai de vingt jours ; des garanties prévues pour les personnes conservant le statut civil de droit français et le planning du retrait des forces militaires françaises.

En outre, les Accords d’Evian comportent des clauses dites « secrètes » sur la présence française cinq années de plus, dans le but d’achever le programme d’essais d’armes nucléaires, chimiques et bactériologiques (la base de lancement de fusée d’Hammaguir est libérée en 1967).

Ces accords marquent la fin d’une guerre de décolonisation qui a fait près de 30.000 morts et 250.000 blessés pour la France et, selon les estimations, entre 300.000 (des historiens comme Guy Pervillé) à plus de un million (selon le FLN) de morts du côté Algérien.

Retrouvez les photographies de cette commémoration dans l’album intitulé : « 19 mars 2008 – Commémoration des Accords d’Evian ».

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Algérie

Publié le 19 Mars 2008

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Lazare Ponticelli en 2008.

 

 

A la déclaration de la guerre, en août 1914, de nombreux étrangers (plus de cinquante nationalités) se pressent devant les bureaux de recrutement. Les sentiments patriotiques sont très vifs. Il est question de « revanche » sur la Guerre franco-prussienne de 1870-1871 ; de défense du monde libre face aux appétits des empires centraux (allemand et Austro-hongrois). Beaucoup de jeunes gens veulent aider la patrie des Droits de l’Homme, pour laquelle ils travaillent, au sein de laquelle ils vivent ou simplement par sentiment de solidarité. Ainsi, des Américains vont s’enrôler dans ce qui va devenir l’Escadrille Lafayette, en témoignage du souvenir du général français lors de la guerre d’Indépendance des Etats-Unis, en 1781. Des Italiens, souvent des Garibaldiens, s’engagent également. Ils veulent suivre l’exemple de leur héros qui a combattu pour la France en 1870-1871, en remerciements de ce qu’elle avait fait dix ans auparavant pour l’unité italienne. Des Russes, par amitié pour la France, au titre de la Triple Entente (avec l’Angleterre) font de même. Des Arméniens de France, en guise de reconnaissance pour le pays, s’engagent. Avec l’écrivain italien Riciotto Canudo, le poète suisse Blaise Cendras lance un appel aux artistes étrangers qui vivent en France. Lui-même devient volontaire dans l’armée française. Tous ces étrangers sont naturellement versés dans la Légion étrangère.

 

En 1914, quatre régiments de marche (RM) sont formés au sein des deux Régiments étrangers (RE) : les 1ER, 2ème, 3ème et 4ème des 1er et 2ème RE. Les anciens légionnaires, qui ont servi en Algérie, à Sidi-Bel-Abbès et Saïda, où ces unités sont implantées, sont chargés d’intégrer et de former les nouveaux venus. Ce qui ne va pas sans mal : bon nombre des « bleus » n’ayant jamais subi d’entraînement militaire.

 

C’est le chemin que suit Lazare Ponticelli, italien vivant en France, en 1914. Il triche sur son âge (il a 16 ans) et rejoint la Légion, au 4ème du 1er RE. Blaise Cendrars fait de même (mais il a déjà 27 ans), au 2ème RM du 1er RE. Quant à Antonin Erneswecker, il quitte son domicile d’Issy et signe dans le département de la Seine son engagement dans les mêmes unités. Il a 28 ans.

 

 

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Portrait de Blaise Cendras par sa fille Miriam à Londres en 1940.

 

 

 

Les deux Régiments Etrangers sont appelés en 1914 et en 1915 à combattre en Champagne. Le 2ème RM du 1er RE et le 2ème RM du 2ème RE relèvent, dans la région de Verzy, dans la Marne, des bataillons de Tirailleurs sénégalais. Albert Erlande écrit, dans « En campagne avec la Légion étrangère » : «  Les minnenwerfer (mortier), les mines, les grenades, la pluie, le froid, la boue sont autant d’épreuves qui s’ajoutent à la fatigue et au manque de sommeil. Les cuisines sont à trois heures de marche, la soupe et le ragoût arrivent glacés, rien pour les réchauffer ». Et pourtant, le 22 décembre 1914, le Régiment Etranger avance ses lignes de 1,5 km dans le bois des Zouaves, disputé depuis des semaines.

 

 

 

Le lendemain du jour de Noël 1914, en Argonne (est de la Champagne), dans le secteur de la vallée de Courte Chausse, les Garibaldiens du 4ème RM du 1er RE, donc de Lazare Ponticelli, sonnent la charge et enlèvent à la baïonnette trois lignes de tranchées allemandes. Ils capturent plus de cent prisonniers.

 

Lazare Ponticelli raconte comment il aide un soldat blessé et coincé entre les lignes : « Il hurlait : « Venez me chercher, j’ai la jambe coupée ». Je n’en pouvais plus. J’y suis allé avec une pince. Je suis d’abord tombé sur un Allemand, le bras en bandoulière. Il m’a fait deux avec ses doigts. J’ai compris qu’il avait deux enfants. Je l’ai pris et je l’ai emmené vers les lignes allemandes. Quand ils se sont mis à tirer, il leur a crié d’arrêter. Je l’ai laissé près de sa tranchée. Il m’a remercié. Je suis reparti en arrière, près du blessé français. Il serrait les dents. Je l’ai tiré jusqu’à nos lignes, avec sa jambe de travers. Il m’a embrassé et m’a dit : « Merci pour mes quatre enfants ». Je n’ai jamais pu savoir ce qu’il était devenu ».

 

En mars 1915, en raison des pertes élevées, les deux RE, épuisés, partent se reformer au sud de Clermont-en-Argonne, avant d’être dirigés sur Bar-sur-Aube. Le 23 mai 1915, l’Italie, bien que membre de la Triple Alliance avec les empires allemand et austro-hongrois, change de camp et déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie. Partant du principe que ses alliés étaient agresseurs en 1914, elle n’a pas d’obligation envers eux. Le départ d’un bon nombre de Russes, de Belges et d’Italiens ne laisse subsister, à l’été 1915, que deux Régiments de marche.

 

Lazare Ponticelli quitte la Légion étrangère, à regret, « la France est ma patrie » déclare-t-il. « Oui, mais ta nationalité est italienne ». Il est démobilisé de force et intègre les Chasseurs alpins dans un régiment stationné dans le Tyrol. Puis c’est le Monte Cucco, où les épreuves se multiplient : attaques, gaz moutarde, conditions épouvantables.

 

Lazare Ponticelli est blessé ; maintenu sur une civière par deux ambulanciers, il est opéré à vif, sans anesthésie. Quelques temps plus tard, il repart au front et se bat courageusement. Mais cette guerre le dégoûte : « Je tire sur toi mais je ne te connais même pas. Si seulement tu m’avais fait du mal ».

 

Pendant ce temps, le 2ème Régiment de Marche de la Légion étrangère se trouve embarqué dans une nouvelle histoire terrible : il doit reprendre les bois P16, P17 et P18 proches de la Ferme de Navarin (haut lieu de la Première Guerre mondiale, situé dans l’est de la Marne à côté de villages anéantis comme Tahure). Les Légionnaires attaquent. Ils sont aussitôt accueillis par les mitrailleuses allemandes. Ceux qui réussissent à passer sont attendus par les Allemands, armés de leurs baïonnettes. Plus de la moitié des officiers, sous-officiers et légionnaires sont morts. Le jeune écrivain américain Henry Farnsworth tombe ce jour-là également. Blaise Cendrars est blessé. Il perd sa main droite, sa main d’écrivain. Il est amputé au-dessus du coude. Pour écrire, il va devoir devenir gaucher et sa nouvelle identité va modifier le sens même de son œuvre.

 

Au cours de l’année 1916, le Régiment de Marche de la Légion étrangère est déplacé dans la Somme. L’objectif consiste, depuis le village d’Assevillers, à attaquer celui de Belloy-en Santerre, fortifiés par les Allemands. Les fortifications sont nombreuses, imprenables ; les positions de tirs sont truffées de mitrailleuses. L’ordre de lancer l’offensive est pourtant donné. C’est un nouveau massacre. En quelques heures le village est enlevé. A quel prix… Encore une fois, les légionnaires perdent un tiers de leur effectif. Pendant toute l’année les escarmouches et « coups » se multiplient. Le poète américain Alan Segeer tombe sous les balles allemandes le 4 juillet 1916, jour de l’indépendance de son pays d’origine. L’isséen Antonin Erneswecker survit à tous les engagements de l’offensive sur la Somme. Mais, le 9 décembre 1916, à l’occasion d’une escarmouche, il meurt, foudroyé par l’ennemi.

 

A la fin de la Première Guerre mondiale, Blaise Cendrars devient voyageur de l’écriture : poète, avec La Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France (1913) ; romancier, avec l’Or (1925) et Moravagine (1926), les Confessions de Dan Yack (1929), Emmène-moi au bout du monde (1956) ; auteur de récits autobiographiques avec La main coupée (1946) et Bourlinguer (1948) ; de nouvelles avec Histoires vraies (1937) et La Vie dangereuse (1938) ; des reportages : Rhum (1930 et 1934), Panorama de la pègre (1935), Hollywood Mecque du cinéma (1936). Il meurt le 21 janvier 1961 à Paris.

 

Lazare Ponticelli quitte l’armée italienne en 1918. Il rentre en France, s’installe au Kremlin Bicêtre, en Région parisienne, et créé, avec ses frères, une entreprise qui va devenir un groupe multinational réalisant, avec ses filiales, environ un milliard d’euros de chiffre d’affaires et employant 7.500 personnes, dans les métiers de la construction, de l’entretien et de la maintenance industrielle. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il est naturalisé Français, veut s’engager une nouvelle fois. Trop âgé pour le service, il est renvoyé dans son entreprise ou l’Armée estime qu’il pourra être utile à l’effort de guerre. Ponticelli Frères est déménagé en Zone libre. Au moment de l’occupation de celle-ci, Lazare Ponticelli entre dans la Résistance. Après la guerre, il reprend ses activités et part en retraite dans les années 1960. Lazare Ponticelli rend son âme à Dieu le 12 mars 2008, à l’âge de 110 ans.

 

Il était le dernier des Poilus.

 

Et Antonin Erneswecker repose dans un petit cimetière de Picardie. 

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« Mais le cri le plus affreux que l’on puisse entendre et qui n’a pas besoin de s’armer d’une machine pour vous percer le cœur, c’est l’appel tout nu d’un petit enfant au berceau : « Maman ! Maman ! » que poussent les hommes blessés à mort qui tombent et que l’on abandonne après une attaque qui a échoué et que l’on reflue en désordre. « Maman ! Maman ! » crient-ils… Et cela dure des nuits et des nuits car dans la journée ils se taisent ou interpellent leurs copains par leur nom, ce qui est pathétique mais beaucoup moins effrayant que cette plainte enfantine dans la nuit : « Maman ! Maman ! »… Et cela va s’atténuant car chaque nuit ils sont moins nombreux… et cela va s’affaiblissant car chaque nuit leurs forces diminuent, les blessés se vident… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un seul qui gémit sur le champ de bataille, à bout de souffle : « Maman ! Maman ! », car le blessé à mort ne veut pas encore mourir, et surtout pas là, ni comme ça, abandonné de tous… et ce petit cri instinctif qui sort du plus profond de la chair angoissée et que l’on guette pour voir s’il va encore une dernière fois se renouveler est si épouvantable à entendre que l’on tire des feux de salve sur cette voix pour la faire taire, pour la faire taire pour toujours… par pitié… par rage… par désespoir… par impuissance… par dégoût… par amour, ô ma maman ! » (in « La main coupée », Blaise Cendrars, Denoël, 1946). 

 


 

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Publié le 10 Mars 2008

Décembre 2007. Nous rencontrons le Commander Alexander Tesich, dans son bureau de Président de l’association « Veterans of Foreign Wars of the United States » de la Maison du Combattant, rue du général Leclerc à Issy-les-Moulineaux. 

L’un des chapitres les plus sombres et les plus complexes de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulé dans les Balkans, à partir de 1941. 

A cette époque, la situation dans cette partie de l’Europe, et plus particulièrement en Yougoslavie, est confuse. Pour tenter d’en comprendre les tenants et les aboutissants, il convient de revenir un quart de siècle en arrière. 

A la fin de la Première Guerre mondiale, sur les cendres de l’Empire Austro-hongrois, et sous l’impulsion de l’énergique roi des Serbes, Pierre 1er, un Royaume commun des Serbes, Croates et Slovènes est constitué. Cette création correspond aux résultats des conférences préparatrices du Pacte de Saint-Germain-en-Laye de 1919 : récupération par la Serbie des territoires non promis à l’Italie (Pacte de Londres de 1915), et qui rassemblent les populations croates et slovènes. Fondation d’un royaume avec stricte égalité entre tous les peuples le composant.  

Mais dès cette création, des tensions apparaissent, d’un côté, entre les Croates et les Slovènes, à majorité catholique, défenseurs d’une approche fédéraliste d’inspiration allemande, et d’un autre côté les Serbes, orthodoxes, et favorables à un centralisme jacobin, d’inspiration française. 

Néanmoins, l’union est réussie. Malade, Pierre 1er passe le flambeau à son fils, le roi Alexandre 1er. Dans un premier temps, le monarque cherche à apaiser les nationalismes et les tendances séparatistes ; puis, au début des années 1930, cette politique, consensuelle, dérive vers un dirigisme de plus en plus accentué. En 1934, le roi Alexandre 1er est assassiné, au cours d’un voyage à Marseille, par un extrémiste macédonien (la majeure partie de la Macédoine est intégrée à la Serbie). Pierre II, fils d’Alexandre 1er, âgé seulement de 11 ans, monte sur le trône, sous la régence du prince Paul, cousin du roi. Les régimes dictatoriaux qui voient le jour au cours de ces années-là, en Europe, favorisent l’émergence de partis nationalistes. Le prince Paul finit par céder aux pressions intérieures de son royaume, à l’influence de l’Allemagne et de l’Italie, et signe, le 25 mars 1941, le Traité Tripartite, pensant soustraire son pays à la guerre. Pourtant cette décision affaiblit en Serbie la popularité du prince. Le général Simovic réalise un coup d’Etat, exile le prince Paul et donne un pouvoir absolu au roi pro-allié Pierre II. C’en est trop pour Adolf Hitler qui, prétextant un refus des Serbes d’accorder un corridor à la Wehrmacht pour envahir la Grèce, attaque Belgrade. 

Le Commander Tesich : « Il faut bien imaginer des Croates accueillant les soldats allemands avec des fleurs et nous – notre armée n’ayant pas tenu plus de deux semaines – nous étions abasourdis d’une défaite aussi lourde, aussi rapide. Après la première attaque de l’aviation allemande, il y eut un parachutage sur le palais royal à Belgrade. La panique était totale. En fait, il s’agissait de poupées de grande taille dans le but de faire diversion. Ensuite, les Stukas multiplièrent les bombardements». 

Dès lors, en Croatie, fidèle à ses inspirations ultranationalistes, un Etat indépendant est créé, dirigé par les Oustachis, avec à sa tête Ante Pavelic. En Serbie, la vie politique est bouleversée : après le départ du roi Pierre II pour Londres, et pour avoir la paix et faire régner l’ordre, les Allemands demandent au général Milan Nedic de former des gardes-frontières, pour que les Croates ne rentrent pas en Serbie (ce qu’ils ont fait en Bosnie, massacrant les ressortissants serbes). Peu à peu, un gouvernement autour de Nedic se forme. Et trois groupes de résistance s’organisent : les divisions de l’Armée serbe qui n’ont pas encore déposé les armes, fidèles au roi Pierre II et regroupés autour du général Draza Mihajlovic. L’armée de Mihajlovic – donc le premier groupe – collabore, plutôt secrètement, avec le gouvernement de Nedic. Deuxième groupe : les soldats de Dimitrije Ljotic, ultranationalistes, alliés des Allemands et qui vont combattre aussi bien la Garde nationale serbe de Nedic que les soutiens de Pierre II. Enfin, troisième groupe, les communistes, ayant parfois appuyé les Allemands au moment du pacte Germano-soviétique, sous la direction de Josip Broz Tito, Croate, et qui vont, ensuite, lutter contre ces mêmes Allemands et les autres groupes serbes. La Yougoslavie  de 1941, c’est à la fois une invasion par les pays de l’Axe et une guerre civile. 

« J’avais 14 ans, reprend le Commander Tesich. Je n’avais peur de rien. Et j’ai, moi aussi, pris les armes pour défendre mon pays contre les Allemands. Les atrocités commises par les SS et la Wehrmacht ont été fort nombreuses. L’une des plus célèbres – et macabres – demeure sans conteste l’affaire de Kragujevac : après une attaque de Serbes contre eux, 6.000 enfants de cette ville ont été  enfermés dans les écoles puis fusillés. Il y a peu encore, un panneau interdisait l’entrée de la cité à tous les ressortissants allemands. Pratiquement, en ce temps-là, on ne savait plus qui soutenait qui. Tout le monde était soupçonnable. Nous combattions les hommes de Ljotic, les Allemands, les communistes, qui voulaient une Yougoslavie républicaine pour notre pays quand nous préférions le rétablissement du royaume. » 

Au début de cette guerre civile, les Alliés jouent la carte de Mihajlovic. De Gaulle en particulier, qui a été compagnon du Serbe à Saint-Cyr et l’a décoré, à Londres, de la Croix de Guerre pour des faits de résistance à l’Allemagne Nazie. Mais après les conférences de Téhéran en 1943 puis Yalta en 1945, et grâce à l’appui logistique de l’Armée rouge, les Partisans communistes de Tito bénéficient, à leur tour, du soutien des Alliés, au premier titre desquels il convient de citer les Anglais. 

« Dès le début de 1944, notre sort est joué. Grâce aux armes fournies par l’Union soviétique, les Partisans libèrent des villes et des régions de l’emprise nazie. De fait, ils obtiennent le soutien des populations civiles. Mais ces femmes et ces hommes avaient-ils le choix ? Ensuite, les soldats de Ljotic apprennent que nous collaborons avec ceux de Nedic. Nous sommes dénoncés à la Wehrmacht. Les hommes de Nedic, qui jusque-là nous livraient des armes allemandes, nous envoient des armes françaises et hollandaises (à la demande des Allemands). Nos munitions serbes et allemandes ne pouvant fonctionner, nous voilà condamnés. Partout nous reculons. Nous finissons par nous réfugier en Slovénie et en Italie. De là, comme beaucoup des mes camarades, je m’expatrie pour les Etats-Unis (d’autres partent pour l’Australie ou le Canada), où je suis rapidement recruté pour travailler dans une usine du New-Jersey. Puis je m’engage dans l’Armée américaine (US Air Force). Je complète ma formation pendant quelques temps puis suis muté sur la base d’Orly où je resterai aviateur pendant 3 ans et 33 jours ! ». 

Etabli d’abord dans la clandestinité à Jajce, en novembre 1943, l’Etat communiste de Yougoslavie, avec Tito pour Président, devient officiel en septembre 1944 avec la libération de Belgrade. 

Nedic se sauve en Italie. Le 1er janvier 1946, il est livré aux Yougoslaves par les Anglais et est immédiatement incarcéré. Le 5 février 1946, les journaux rapportent que Milan Nedic, profitant d’un moment d’inattention de ses gardes, se suicide en se jetant par la fenêtre de la pièce où il est interrogé. 

Quant à Mihajlovic, il trouve refuge en Bosnie-Herzégovine. Il y est arrêté le 12 mars 1946 et bientôt jugé pour « trahison et crimes de guerre ». Coupable au regard du pouvoir communiste, il est fusillé le 17 juillet 1946. Le général de Gaulle refusera toute sa vie d’avoir des contacts développés avec la Yougoslavie de Josip Broz Tito.

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Publié le 5 Mars 2008

 

« Les Années 1930, ça me connaît : je suis né en 30 ! Il faut imaginer Issy comme une ville sur sa colline avec en contrebas Les Moulineaux et Paris. Car il y avait deux communes, bien distinctes, séparées par une droite partant de la Porte de Versailles (la rue Renan) jusqu’au quartier de la Ferme (avenue de Verdun aujourd’hui). D’un côté, Issy, ses moulins et la colline ; de l’autre, Les Moulineaux, ses usines, la Seine et ses maraîchers. Une partie des Moulineaux était une plaine alluviale. Ernest Richard, mon arrière-grand-père maternel, a connu la grande crue de 1910, où l’eau arrivait jusqu’à la mairie actuelle ! D’ailleurs les caves du bâtiment étaient inondées et, rue Charlot, l’eau était montée à trois mètres au-dessus du sol. 

 

 

 

Il me reste des souvenirs des ces années-là. Ceux que j’ai vécu ; ceux racontés par Ernest Richard, mort en 1942, et qui lui, avait fait la Guerre de 1870-1871 à Issy. Nous sommes isséens depuis six générations ; je ne suis pas sûr que beaucoup de familles de la ville puissent en dire autant. 

Je me souviens. Je me souviens des travaux du métro, qui envahirent la ville pendant près de deux années pour faire la ligne et les stations. La ligne, d’ailleurs, allait jusqu’à La Ferme. Car il y avait une véritable ferme, et nous y allions nous ravitailler de toutes sortes de produits. Les souterrains du métro devaient même aller jusqu’à Meudon, pour garer les trains sous la colline. Mais pour cela, il fallait quitter le département de la Seine pour entrer en Seine et Oise. Et la politique s’en est mêlée… 

En tant qu’égoutier, j’ai passé ma vie dans les tunnels, les souterrains. Paris et ses sous-sols, c’est du « par cœur » pour moi. A Issy, il y en avait beaucoup aussi : adolescent, j’entrais par une ouverture, située sous le perron de la maison de Victor Hugo (en bas de la rue de la Glacière) et nous allions jouer avec des copains. L’un des souterrains partait du château des Conti, passait entre l’actuel Hôpital Suisse et le Petit Séminaire, pour ensuite sortir à l’hôpital de Vaugirard, dans Paris. 

La mairie s’est installée en 1895 dans l’ancienne maison des champs du financier Beaujon. Au cours du 19ème siècle, le bâtiment abritait un établissement d’éducation, géré par des religieuses, pour jeunes filles de l’aristocratie – le Couvent des Oiseaux. Au moment de cette installation, des travaux de démolition des murs de clôture du couvent furent entrepris et on retrouva une quantité de squelettes d’enfants aux pieds du mur nord (sous l’actuelle station d’autobus). L’affaire fit grand bruit. Des jeunes filles de bonnes familles, vous pensez… 

La ville de Paris était entourée d’enceintes de pierres et de briques rouges. En ces années-là, elles furent démolies et les matériaux servirent à construire des logements, qui sont devenus par la suite les fameux HLM de Paris en brique rouge. Des écoles également furent construites. Il y avait aussi des fossés : ils furent comblés par la terre sortie des travaux des lignes du métro. 

Issy et Les Moulineaux, c’étaient deux villes ouvrières avec des chevaux, donc des abreuvoirs (l’un d’eux se situait place de la Fontaine), des charrettes. Les chevaux étaient souvent destinés à travailler pour les briqueteries de Clamart. Pour emprunter le pont qui reliait la terre ferme à l’Ile Saint-Germain, il fallait passer par un péage. Des villes avec des commerçants, des artisans, des bottiers, des maréchaux-ferrants, des cordonniers… A la porte de Versailles, se trouvait l’Octroi (toutes les marchandises qui entraient dans Paris devaient régler une redevance). Précisément, il se trouvait dans l’actuelle rue Jeanne d’Arc. Et puis, il y avait de grandes usines : la Société anonyme des Publications Périodiques ; la Brasserie des Moulineaux (près de 120 personnes fabriquaient de la bière) ; la Française des Munitions (Etablissement Gévelot) ; la Blanchisserie de Grenelle ; la Manufacture des Tabacs… 

Il y avait aussi un tramway, qui peu à peu fut abandonné. Il allait de la Ferme jusqu’au jardin du Luxembourg. Les rails furent rapidement retirés car les vélos coinçaient leurs roues dedans. 

Je me souviens de 1936. Après les années difficiles de la Grande Crise de 1929, 1936 marquait l’amorce d’une reprise économique. Mais c’était surtout la libération des ouvriers ! Au mois d’avril, le Front Populaire remporta les élections législatives. Maurice Thorez appela à l’union des ouvriers contre les « 200 familles » (c’est du moins ce que racontaient mes parents). A la Maison du Peuple (actuel PACI), Thorez souvent venait haranguer la foule depuis le balcon. En face, il y avait une biscuiterie. Ma famille participa aux manifestations dans Les Moulineaux. La police envoya la Garde républicaine pour réprimer le mouvement. Nous qui étions de petits gosses, on pouvait facilement s’approcher des cavaliers. Des gars nous donnaient des billes qu’il fallait lancer sous les sabots des chevaux pour les faire tomber. Et gare à celui qui passait entre les mains ennemies : le cavalier se faisait égorger ! Il faut aussi dire que la Garde républicaine chargeait sabre au clair et il n’y avait pas de discussions possibles. 

Mes parents et moi habitions rue de la Glacière. Le nom vient de la présence des anciens puits à glace du château Conti. Ils étaient astucieusement faits de briques revêtues d’argile. A l’intérieur, il y faisait toujours frais. Quand il gelait, on allait chercher de la glace sur les berges de la Seine et on remplissait les puits. Le système était particulièrement ingénieux car en plaçant de la glace en janvier ou en février, on pouvait l’utiliser jusqu’en juin ! 

En semaine, nous allions à l’école Voltaire. Bien entendu, il y avait une école des garçons (à côté de l’actuel restaurant McDonald) et l’école des filles (en face – elle a été démolie en 2001-2002). Les classes pouvaient comporter jusqu’à 50 élèves ; on travaillait sur des grandes tables et quand il n’y avait plus de places, on mettait des planches pour relier les tables. Par ailleurs, de nombreux jeunes garçons fréquentaient Saint-Nicolas. A ce sujet, il me semble important de souligner que, plus tard, sous l’Occupation, des Frères de Saint-Nicolas ont caché des enfants juifs. Moi qui étais en ses murs entre 1940 et 1942, j’ai bien connu plusieurs dizaines d’enfants cachés. 

J’ajoute qu’au sein même de ma famille, j’ai eu plusieurs « frères » officieux jusqu’en 1944. 

On s’amusait quand même. Le dimanche, quand c’était la saison, on allait chaparder des raisins dans les vignes, vers les carrières. Et la grande sortie était d’aller aux Champs de Manœuvres et voir les avions. Il y avait des parades aériennes, des départs de courses, des démonstrations de dirigeables ou de montgolfières. Les pilotes étaient de vraies vedettes : Antoine de Saint-Exupéry, par exemple. Et on évoquait le souvenir des As de la Première Guerre mondiale ou des pionniers comme Santos-Dumont et Mermoz. Dans les fossés de Paris, avant qu’ils soient comblés, on allait à la pêche à la grenouille. Enfin, il y avait quatre cinémas : un à la Ferme, le deuxième à la place de l’immeuble qui a été repris par les services techniques de l’ambassade de Chine, le troisième dans la descente de la rue Jean Jaurès et le quatrième sur la place de Corentin Celton. 

Et puis sont arrivées les « années terribles » : 1940 et l’invasion des soldats SS. Et là, c’est une autre histoire.»

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 17 Février 2008

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Comme chaque année, le Comité d’Issy-les-Moulineaux participera aux commémorations de la bataille de Verdun. Celles-ci se dérouleront le samedi 23 février 2008, entre autres, au monument aux Morts pour la France du square Bonaventure Luca.

Sur ce monument figure le nom d’Adrien Patry, mort à Verdun le 13 mars 1916. 

Adrien Patry appartenait au 16ème bataillon de Chasseurs à pied, régiment d’élite, créé en 1854 à Grenoble. Il participe aussitôt à la guerre de Crimée (1854-1856) puis à l’expédition de Syrie (1860) et la campagne d’Algérie (1864-1866). Pendant la guerre de 1870, il se distingue à nouveau. 

A l’occasion de la Première Guerre mondiale, le "16", sous le commandement du Chef de bataillon Cheneble, est envoyé sur le terrain de la bataille de la Marne ; par la suite, il part pour la Belgique, pour prendre à l’ennemi une position essentielle : Ramscapelle. En 1915, c’est l’Argonne et l’attaque de l’Auberive, où le régiment est décimé. L’année suivante, le "16" est engagé dans la bataille de Verdun. C’est là qu’Adrien Patry tombe pour la France. Les combats se déroulent d’abord sur la rive droite de la Meuse, à Froideterre, Thiaumont puis sur la rive gauche dans les secteurs de Chattancourt et du Mort-Homme. Comme si cela n’était pas suffisant, le régiment est ensuite envoyé dans la Somme, pour prêter main-forte à l’Armée anglaise dans l’offensive de la Somme. 

En 1917, le 16ème BCP est affecté à Berr-au-Bac puis de nouveau à Verdun où il reçoit sa 4ème Citation à l’Ordre de l’Armée (7 citations au total ce qui lui vaut de porter – fait rarissime – la fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur). En 1918, le "16" est engagé dans les Ardennes, en Lorraine et en Champagne. 

Le "16" se distinguera également pendant le Seconde Guerre mondiale ; depuis, les actions se sont multipliées pour lui : Bosnie, Liban, Kosovo, Côté d’Ivoire, Guyane, Afghanistan, Centrafrique. 

La devise du 16ème BCP vient de ses Anciens de 14-18 : « 16ème Bataillon de Chasseurs à pied, 16ème bataillon d’acier ! ». 



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