Publié le 19 Septembre 2008

9 – L’inauguration de la plaque commémorative en 1961 :

 

Le 23 avril 1961, trois ans avant la destruction du Stand de Tir, une plaque commémorative est inaugurée à l’initiative de l’Association des familles de fusillés. La plaque rappelant les noms des 143 martyrs est placée sur le mur du parking du ministère de l’Air (Base Aérienne 117). Adam Rayski rappelle que cette association bénéficia des appuis des mairies du XVème arrondissement de Paris et d’Issy-les-Moulineaux (le maire était Bonaventure Leca).

 

Sur la photographie de l’album présenté sur note site internet, se trouve le cliché – issu du livre d’Adam Rayski – qui montre, sur la tribune, Madame Decourdemanche, ancienne résistante. Elle termine son discours par ces mots : « N’oubliez pas votre devoir de Mémoire ». 

 

10 – La destruction de 1964 :

 

 

Une note du 14 février 1963 du Bureau Génie de la Direction de l’Infrastructure expose les conséquences en termes de superficie pour la construction de nouveaux bâtiments (« Casernement définitif de la B.A. 117 » – Base Aérienne). Précisément, pour construire les bâtiments nécessaires pour accueillir 500 sous-officiers, 2.000 hommes de troupe, un réfectoire, un mess (et d’autres bâtiments de services généraux), une surface de 4,7 hectares est indispensable De ce fait, il convient de prendre les parcelles, dénommées A, B et C (sur un plan dont une photographie figure dans l’album « Stand de Tir »). Le Stand de Tir est placé sur la parcelle A. 

Dans une note du 24 juin 1964, le Bureau Travaux de la Direction de l’Infrastructure de l’Armée de l’Air, ayant pour objet le Déplacement du Stand de Tir dit « de la Porte de Sèvres », indique ceci :

 

  • - « relatives au déplacement du Stand de Tir dit « de la Porte de Sèvres » dont le terrain d’emprise doit servir d’assiette à certaines installations du Casernement définitif du B.A. 117 ».
  • - « Il est précisé que la zone concernée est destinée » (…) « à l’édification d’un bâtiment services généraux et logement troupe ».
  • - « il conviendrait que soient examinés dès à présent les problèmes de principe posés par le transfert du Stand de Tir en cause ».

 

Un peu plus loin, le Bureau Travaux propose d’envisager le transfert du Stand de Tir sur la Base Aérienne de Villacoublay, « moyennant une participation financière de l’ordre de 1 million de francs au titre de la Section AIR ». Le colonel Arpurt, Chef du Bureau Militaire de la Direction de l’Infrastructure approuve cette note transmise à l’Etat Major pour avis.

 

Nous n’avons pas trouvé les éléments de réponse de l’Etat Major. Quoi qu’il en soit, par la suite, le transfert à Villacoublay est annulé et le Stand de Tir est bel et bien détruit pour être remplacé par les bâtiments dont il est question dans la note de juin 1964.

 

 

11 – Commémorations :

 

Depuis l’inauguration de la plaque de 1961, des commémorations ont régulièrement lieu à l’endroit où se trouvait le Stand de Tir. Elles sont l’œuvre de la mairie de Paris, du Souvenir Français du 15ème arrondissement (Présidé par Eric LENFANT), des associations d’Anciens Combattants.

N'oublions jamais qu'en ces lieux, si proches de Paris, si proches de nous,  furent massacrés 143 Résistants et Patriotes. Dans de prochains articles, le Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux présentera quelques-uns de ces martyrs.

"Les Allemands étaient chez moi
On m'a dit résigne-toi
Mais je n'ai pas pu
Et j'ai repris mon arme"


Emmanuel d'Astier de la Vigerie, la Complainte du Partisan.

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Publié le 15 Septembre 2008



 

 

5 – Les bourreaux du Stand de Tir :

 

Dans son livre, Adam Rayski présente les bourreaux du Stand de Tir. Il s’agit de la GFP et de groupes associés, appuyés et renseignés par la police française.
En 1942, Karl Oberg fait renaître à Paris la GFP (Geheime Feld Polizei), police militaire secrète, organe exécutif de l’Abwehr, contre-espionnage du Reich. Il s’agit d’accélérer la traque des Résistants. 

Le « groupe 6/10 » est créé : il s’agit d’un « Kommando für Kapital Verbrechen », ou crime suprême, dont les hommes vont administrer le Stand de Tir en véritables barbares. En cela, ils seront aidés pour les filatures, les traques, les interrogatoires et les tortures par la Brigade Spéciale n°2 de la préfecture de Police de Paris. 

 

6 – Les victimes :

 

A ce jour, nous n’avons pas trouvé les raisons qui poussaient les autorités allemandes à choisir le Stand de Tir ou le Mont Valérien, ou d’autres lieux encore, pour exécuter les Résistants et prisonniers. 

Au Stand de Tir, 143 personnes (répertoriées) sont fusillées entre 1942 et 1944. Sur ces 143 personnes, 54 avaient moins de 25 ans, 22 avaient entre 18 et 20 ans, 4 n’avaient que 17 ans. 

Les massacres commencent le 6 juillet 1942. Certaines journées voient les exécutions se succéder sans interruption : 6, le 20 août 1942 ; 12, le 28 août 1942 ; 17, le 5 octobre 1942 ; 15, le 21 octobre 1942 ; 16, le 7 mars 1944. 

La liste des personnes fusillées au Stand de Tir est l’une des images de l’album présenté sur notre site internet (des articles sur les fusillés et leur biographie vont suivre la publication de cette étude).

 

 

7 – Le Mur d’amiante :

 

L’une des énigmes du Stand de Tir réside en un épais mur d’amiante, qui se trouvait derrière des poteaux d’exécution (se reporter à l’illustration par la photographie se trouvant au début de cette étude) du pas de tir à 50 m. Il s’agissait d’un mur assez épais sur une hauteur d’environ 2,50 m et une longueur d’une dizaine de mètres.

 

7.1 – Les traces de mains :

 

Ce mur comportait de nombreuses traces de mains. Pas de traces laissées à plat, mais enfoncées dans le matériau, comme si l’on avait voulu s’y agripper. Dans son enquête, le commissaire Henri Danty fait la remarque suivante : « Au pas de tir, et sur une longueur de dix mètres, et sur toute leur hauteur, les murs sont tapissés d’une épaisse couche d’amiante et portent jusqu’à une hauteur de 2m50 des centaines d’empreintes de mains ».

 

Plusieurs hypothèses sont envisageables.

 

 

7.2 – Caractéristiques du matériau :

 

D’abord, il semble certain que les personnes qui ont posé ou fait poser ce mur d’amiante connaissaient parfaitement les caractéristiques du matériau. Des rapports font état des propriétés phoniques de l’amiante. Le mur aurait donc été construit pour limiter les nuisances sonores. De fait, cela peut s’expliquer par la nature même des activités exercées. Pour autant, le mur a-t-il été construit au moment de l’occupation allemande ou avant ? Il convient néanmoins d’indiquer qu’avant la présence allemande aucune note ni rapport ne fait mention de la construction spécifique.

 

Une deuxième hypothèse, présentée par Adam Rayski dans l’ouvrage Au Stand de Tir consiste en la supposition que les Allemands posèrent ce mur d’amiante et qu’ils le faisaient chauffer grâce à des câbles électriques placés à l’intérieur. Ainsi, monté à haute température, le mur d’amiante permettait d’ôter la vie aux suppliciés qui voulaient s’y accrocher pour échapper aux balles.

 

Cette hypothèse laisse sous entendre que les fusillés n’étaient pas forcément attachés et les yeux bandés, et que les Allemands pouvaient, par exemple, les faire courir et que les suppliciés s’accrochaient au mur dans l’espoir d’atteindre les soupiraux placés au-dessus du fameux mur. Cette macabre mise en scène est parfaitement illustrée dans le film l’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville, tourné en 1969. 

 

7.3 – Une chambre à gaz :

 

Là encore, il convient d’être très prudent. L’astrophysicien Jean-Pierre Petit a fait des recherches sur le Stand de Tir de Balard. Sur le site internet de son association « Savoir sans Frontières », il commence par mentionner sa propre expérience :

 

« J’ai été élève à l’Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique de Paris, Supaéro, de 1959 et 1961. Les élèves de différentes Grandes Ecoles bénéficiaient d’un traitement spécial, vis-à-vis d’une formation prémilitaire (…). Cet entraînement comportait des séances de tir qui se tenaient dans un stand situé à Issy-les-Moulineaux. Je me souviens parfaitement qu’une salle de ce stand était tapissée de grillage, qui retenait, plaqué au mur, d’épaisses plaques d’amiante, qui représente un assez bon isolant phonique. D’après les photographies prises au moment de la Libération de Paris, ce grillage fut apposé après. Un sous-officier, préposé au tir, m’expliqua qu’il s’agissait de traces de doigts des gens qui avaient été gazés dans ce local et qui avaient cherché à grimper au mur pour échapper au gaz mortel ».

 

Jean-Pierre Petit présente des témoignages :

- Roger Réant : « Vu de mes yeux sur les lieux des cartouches de Ziklon B, des traces invraisemblables de mains sur le revêtement intérieur installé pour retenir les cris des mourants. Des cercueils en sapin à l’extérieur, des poteaux d’exécution criblés à hauteur des visages. Cette chambre à gaz jouxtait la bâtiment couvert du stand de tir. Elle comportait une fausse cheminée par laquelle la gestapo introduisait la cartouche mortelle de gaz. Des ventilateurs après l’exécution vidaient les gaz vers l’extérieur.

- Maurice Grégoire : « Je soussigné Monsieur Grégoire Maurice, engagé volontaire le 9 octobre 1944 au 117ème Bataillon de l’Air, boulevard Victor à Paris, certifie avoir découvert avec horreur lors de mon arrivée à la caserne les endroits où étaient fusillés les patriotes après leur arrestation. Cinq étaient situés dans le Stand de Tir et quatre dans la chambre à gaz ».

- Robert Vizet : « Je soussigné, Robert Vizet, parlementaire honoraire, ancien résistant, engagé volontaire pour la durée de la guerre 1939-1945, demeurant route de Villaine à Palaiseau, déclare me rappeler que lorsque j’étais de garde au Ministère de l’Air, en octobre 1944, d’avoir eu l’occasion de visiter le polygone d’Issy-les-Moulineaux où avaient été fusillés des résistants. Loin de là se trouvait une bâtisse dont l’intérieur était tapissé d’amiante où l’on voyait encore des traces de doigts, de mains qui semblaient exprimer des tentatives de gens qui s’y trouvaient enfermés, pour se hisser vers les soupiraux vitrés mais hermétiquement clos, afin de se soustraire à la suffocation des gaz. C’était, d’après les témoignages de l’époque, une chambre à gaz destinée dans ce secteur à l’extermination certainement de résistants ou de personnes dont les nazis voulaient se débarrasser. C’est vrai que depuis je n’ai pas eu à connaître ce qu’était devenu le lieu de tortures et d’exécutions par les gaz ».

 

Il est vrai qu’en France occupée existaient des endroits de tortures et des chambres d’extermination (cas d’un camp de travail à Thil et de son four crématoire, près de Longwy). De fait, Adam Rayski dans son ouvrage fait également mention d’une salle, photographie à l’appui, parfaitement isolée du reste du stand, mais qui comportait une installation de fours, « alimentés au gaz ou, éventuellement, au charbon », selon ses propres termes. Il indique également que le pas de tir à 50 m avec son mur d’amiante était bien isolé du pas de tir à 200 mètres. Les suppliciés étaient-ils gazés et / ou leurs restes brûlés ? Nous n’avons pas de preuves irréfutables.

 

 

8 – Le Stand de Tir ne sera pas classé « Monument historique » :

 

Dès la fin de la guerre, des voix commencent à s’élever afin de proposer de conserver le Stand de Tir tel quel et d’en faire un lieu de mémoire.

 

Le 16 février 1946, le ministre de l’Education nationale, Marcel-Edmond Naegelen estime dans une lettre : « qu’il y aurait intérêt de faire classer comme monument historique le Stand de Tir d’Issy-les-Moulineaux afin de conserver dans son état actuel ce lieu qui aurait été le témoin des atrocités allemandes » (document recueilli par Adam Rayski). 

Sur ordre du ministre de l’Intérieur, André Le Troquer, une enquête est demandée au préfet de Police de Paris, Charles Luizet, qui la délègue aux Renseignements généraux. Le document, en date du 8 avril 1946, est signé S. Allezain, par délégation du préfet Luizet et mentionne : «  Il apparaît que le classement du Stand comme monument historique ne présente plus beaucoup d’intérêt, les traces d’atrocités commises ayant à peu près disparues ».

 

Le préfet ajoute : « Tour à tour, les marques et traces de la barbarie nazie disparurent : chacun voulant emporter chez lui un souvenir. Ainsi, les marques des mains sur l’amiante furent emportées par les uns. D’autres, stupéfiés par la hauteur des empreintes faites sur l’amiante par les malheureuses victimes dans leurs détentes éperdues s’essayaient à sauter aussi haut qu’elles et détérioraient les véritables marques ». 

Il semble qu’André Le Troqueur ait confirmé cette décision.

 

Une précision s’impose : dans les mois qui suivent la Libération de Paris, le préfet Luizet est chargé par le général de Gaulle de remettre en marche l’Etat et principalement la préfecture de Police de Paris. Avec pour objectif secondaire d’afficher une volonté de réconciliation. Car des tensions existent, et elles sont importantes, entre les représentants des Forces Françaises de l’Intérieur (comprenant entre autres les résistants communistes ex-Francs Tireurs Partisans), les gaullistes, les représentants de l’administration, ceux qui se découvrent un passé de résistant... L’heure est également à l’épuration des personnes ayant collaboré avec les autorités allemandes. Mais à quel niveau de collaboration, un Français doit-il être jugé ? Un fonctionnaire qui a fait son devoir, c’est-à-dire obéi à sa hiérarchie, doit-il pour autant être considéré comme collaborateur de l’Allemagne nazie ? Les débats commencent, comme les procès, et un grand nombre de déclarations s’avère gênante. Vengeances personnelles, dénonciations, abus, lettres anonymes reprennent de plus belle, comme au temps de l’Occupation… Cela n’empêche pas la prononciation de près de 100.000 condamnations.

 

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Publié le 11 Septembre 2008

En novembre 2003, le journal d’Issy-les-Moulineaux Point d’Appui publiait un article d’appel à témoin afin d’en savoir plus sur un lieu oublié de la Résistance : le Stand de Tir.

 

La contribution du général Jean-Claude Ichac, les recherches de notre Comité et le livre d’Adam Rayski (édition de la Direction Générale de l’Information et de la Communication de la mairie de Paris), qui fut l’un des fondateurs du CRIF et qui nous a quitté en mars dernier, nous permettent d’exposer aujourd’hui les éléments ci-après en 11 points. 

Retrouvez les illustrations (extraits du livre d’Adam Rayski, Notes de l’armée de l’Air, plaque commémorative…) dans l’album de photographies intitulé : « Stand de Tir ».
 


 

1 – Création du Stand de Tir :

 

 

Le Stand de Tir de Balard fut créé en 1938 sur les terrains de l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique. Il était destiné à l’entraînement des jeunes militaires. Les policiers venaient également s’y entraîner. Nous n’avons pas trouvé les raisons qui expliquent le choix de l’emplacement. Le Stand de Tir comportait deux pas de tir : le premier à 200m et le second à 50m.

 

 

2 – Lieu d’implantation :

 

Le lieu d’implantation du Stand de Tir a fait couler beaucoup d’encre. Etait-il sur la commune de Paris ou d’Issy-les-Moulineaux ? Les deux serions-nous tenté d’écrire. En fait, le Stand de Tir fut bâti sur l’ancien Champ de Manœuvres, endroit fort connu des anciens isséens, et qui fut berceau de l’aviation. Ce camp d’essais était situé à cheval sur les deux communes actuelles.

 

La localisation exacte du Stand de Tir, comme le montre les plans et les photographies présentées dans l’album « Stand de Tir » le situent juste au-dessus de l’actuel boulevard périphérique, à gauche de l’avenue de la Porte de Sèvres, quand on vient d’Issy. Plus précisément, il se situait sur la parcelle Ouest (dénommée également Parcelle A par les services de la Direction de l’Infrastructure de l’Armée de l’Air).

 

Un plan de 1963 montre également que le Stand de Tir se situait au sud des Services Techniques de la Marine Nationale.

 

 

3 – L’occupation allemande de 1940 et 1941 :

 

Après l’invasion de mai 1940, l’ensemble des bâtiments du ministère de l’Air et ceux jouxtant ce ministère, sont occupés par la Lutwaffe. L’armée et la police allemande s’installent dans plusieurs endroits de la capitale (hôtels, casernes, bâtiments administratifs) ; le plus célèbre étant l’hôtel Meurice sur la rue de Rivoli.

 

Depuis 1939, la police allemande est composée de la Geheime Staatspolizei (Gestapo – police secrète d’Etat) et du Sicherheitsdienst (SD – Service de Sécurité) de la SS (Schutzstaffel – initialement chargé de la protection du Führer, Adolf Hitler, puis devenu véritable Etat dans l’Etat). L’ensemble porte le sigle RSHA (Reichssicherheitshauptamt – Direction de la Sécurité du Reich).

 

Au départ, la Résistance française se manifeste principalement à l’extérieur, sous l’égide du général de Gaulle. C’est cette puissance qu’on appelle la France Libre, composée des Forces Françaises Libres. Peu à peu, d’abord sous forme d’actions de renseignement avant de passer à des actions de sabotage, d’exécution ou de signes contre l’Allemagne nazie, la Résistance française se montre également à l’intérieur du territoire national, que ce soit en Zone Occupée ou en Zone Libre.

 

 

4 – Le « tournant » de 1942 :

 

1942 marque un tournant. Il s’agit de la conjonction de la nomination d’un nouveau chef pour la police allemande, la collaboration accélérée et systématique de la police française et l’unification de la Résistance française par le préfet Jean Moulin, donc des actions de plus en plus visibles.

 

4.1 – L’application du décret d’Adolf Hitler :

 

Le 9 mars 1942, Adolf Hitler signe un décret qui dote la France d’un Chef suprême des SS et chef de la police, en la personne de Karl Oberg. Ce chef est en outre chargé d’organiser les rapports avec la police française.

 

Dès le mois d’avril, la Gestapo s’introduit en Zone Libre et commence ses enquêtes. Le décret entre en application en mai ; en juin, Karl Oberg prend ses fonctions (identiques à celles d’Himmler en Allemagne) et s’installe boulevard Lannes. Sous son commandement, deux entités sont créées : le BdS (Befehlshaber der Sicherheitspolizie und des Sicherheitsdienstes – 2.500 hommes), dont le quartier général se trouve avenue Foch (Helmut Knochen en est le directeur), et l’Ordnungspolizei (ORPO, de l’ordre de 2.400 hommes), dont le chef est von Schweininchen et qui s’installe rue de la Faisanderie.

 

En juillet 1942, Karl Oberg rencontre René Bousquet, Secrétaire général de la police française depuis le mois d’avril. Ils se mettent d’accord pour collaborer. Adam Rayski, dans son ouvrage Au Stand de Tir en reprend les éléments principaux :

 

1 - « Autant que possible, communication au préalable au Secrétaire Général à la Police, de toutes les mesures de principe qui touchent le travail commun.

2 - Communication à la Police française, des instructions d’ordre général, par la voie administrative française, pour autant que l’urgence ne s’oppose pas à cette réglementation, et ceci pour obtenir une direction unifiée et énergique de la Police française.

3 - Collaboration étroite entre les Commandants de la Police de la Sûreté, les Commandants des S.S., les préfets régionaux et les services subalternes de la police, pour l’exécution de toutes les mesures policières.

4 - Il est posé en principe que les mesures de représailles (exécutions et déportation) seront exercées, à l’avenir, seulement à l’égard des personnes qui n’auront été ni désignées par la police française aux services dépendant du Commandement des S.S. et du Chef de la Police, ni arrêtées par elle.

5 - Poursuite, par les autorités françaises, des délits politiques qui ne sont pas dirigés directement contre les intérêts du Reich allemand.

6 - Armement meilleur de toute la police française.

7 - Création de groupes mobiles de réserve.

8 - Création d’écoles pour augmenter le rendement et la puissance de choc dans la lutte contre les ennemis communs ».

 

De plus, dans une ordonnance, Karl Oberg écrit : « J’ai constaté que ce sont souvent les proches parents d’auteurs d’attentats, des saboteurs et des fauteurs de troubles, qui les ont aidés avant ou après leur forfait. Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères non seulement les auteurs mais aussi, au cas où ils seraient en fuite, les familles des criminels s’ils ne se présentaient pas dans les dix jours à un service de la police allemande ou française. En conséquence, j’annonce les peines suivantes :  

1 - Tous les proches parents masculins, les beaux-frères et cousins des fauteurs de troubles au-dessus de l’âge de dix-huit ans seront fusillés.

2 - Toutes les femmes parentes au même degré, seront condamnées aux travaux forcés.

3 - Tous les enfants de toutes les personnes ci-dessus âgés de moins de dix-huit ans seront confiés à une maison de redressement. »

 

 

4.2 – La réorganisation de la police française :

 

René Bousquet a donc été nommé Secrétaire général de la police en avril 1942. Il commence par la réorganiser ainsi :

 

- La loi du 23 avril 1941 créé la police nationale avec trois sections :

    - La Sécurité publique pour le corps de police urbains.
    - La police judiciaire (connue sous le nom de son sigle – PJ).
    - Les Renseignements généraux (RG).

 

- Dissolution de la police anti-juive et son remplacement par les Brigades Spéciales (BS) des Renseignements généraux : 10 % des effectifs de chaque commissariat est dédié à la traque des ennemis du régime : dissidents, prisonniers évadés, juifs, résistants, puis, plus tard, les réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire).
- Création des Groupes mobiles de réserve (GMR, dont l’idée sera reprise plus tard au moment de la création des CRS – Compagnies républicaines de sécurité). Enfin, une école de la police nationale est ouverte à Lyon. Plus tard, l’ensemble du dispositif sera complété par l’ajout de la Milice, mise au point par Joseph Darnand.

Avec son adjoint Jean Leguay, René Bousquet va ouvrir la voie à la collaboration active avec Karl Oberg. Les conséquences immédiates de cette collaboration sont :

 

1 - Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy, annonce à la radio la mise en place de la « Relève », qui engendrera le STO : pour trois travailleurs français partant en Allemagne, aider à l’effort de guerre, un prisonnier de l’Armée française sera libéré. « Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le bolchévisme s’installerait partout » ajoute-t-il.

2 - La Rafle du Vel’ d’hiv – juillet 1942 au Vélodrome d’Hiver à Paris, situé à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton – où 12.884 juifs sont rassemblés avant d’être envoyés vers les Camps de la mort.

3 - Une chasse active envers tous les « terroristes » qui œuvrent contre les intérêts du Reich et de ses alliés.

4 - La trahison de l’Etat français à l’encontre des populations juives de la Zone libre : Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy fait livrer des milliers de juifs réfugiés dans cette zone.

 

Il faut ajouter que la rue Lauriston, donc à quelques encablures de Balard, abritait la Carlingue, officine dirigée par l’ancien policier Jacques Bonny et son adjoint, Henri Lafont, et qu’à ce moment-là, elle va considérablement aider les Allemands dans la traque des Résistants et des « terroristes ».

 

 

4.3 – L’unification et l’intensification des actions de la Résistance française :

 

Dans l’ouvrage La France au combat (éditions Perrin), Georges Caïtucoli, ancien de la France Libre, écrit ceci : « Au début de 1942, la Résistance est sortie de la phase initiale caractérisée par la multiplication d’initiatives isolées et fragiles. »

 

Des groupes comme Libération-Nord, l’Organisation Civile et Militaire, Front National s’organisent et font parler d’eux en Zone Occupée. D’actions de contestations (placardage d’affiches, mise en point de journaux clandestins), elles se transforment en acte de sabotage et d’assassinats, même si le total de 200 soldats allemands tués dans toute l’année 1942 peut apparaître comme infime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le 7 Septembre 2008

 

 

 

 

 

A l’occasion du 64ème anniversaire de la Libération de Paris, qui marque également celui d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, maire et Secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique, a prononcé le discours ci-dessous. Nous tenons à le remercier ainsi que les services protocolaires d’Issy-les-Moulineaux qui nous ont autorisé à le publier (extraits). Retrouvez également les photographies dans l’album intitulé « 31 août 2008 – Libération d'Issy».

 

« Chaque année, avec la même émotion, nous nous réunissons pour marquer le souvenir des jours de la Libération de Paris et pour rendre hommage à ses glorieux acteurs.


En cette occasion, je tiens à saluer la mémoire de Guy Ducoloné qui vient de nous quitter et dont la présence était toujours riche d’enseignements lors de nos cérémonies. Tout au long de sa vie, il a défendu, en tant que résistant-déporté, les valeurs d’humanité, de fraternité et d’amitié entre les peuples (…). 

La dernière guerre mondiale, et sa fin en particulier, demeure une de nos références morales et politiques constantes. En célébrant le 64ème anniversaire de la Libération de Paris, nous entretenons là un grand événement de notre histoire locale et nationale.

 

En effet, tant de souvenirs, de tourmentes et de sacrifices restent bien ancrés dans le cœur de toutes celles et de tous ceux qui, par leur courage, leur abnégation et le don de soi, participèrent à la libération du sol de la France. Par ce qu’ils ont vécu dans leur chair et au plus profond de leur être, la mémoire de ce jour appartient à eux seuls.

 

64 ans déjà ! 64 ans et le chant de la Libération retentit, puissant encore, dans nos cœurs, à la mesure, il est vrai de l’horreur vécue. Le ferment national-socialiste avait accouché du IIIème Reich et durant quatre longues années, la France a vécu dans la peur, incrédule face à l’holocauste, à la torture, à la lâcheté et à la mort. Pourtant, notre pays a su compter sur beaucoup d’hommes et de femmes qui ont choisi le combat pour la Liberté, dans la clandestinité, dans la désobéissance aux ordres donnés par Vichy. En cette période difficile, les initiatives furent nombreuses et portèrent toutes en elles l’espoir de la Libération. 

Le 6 juin 1944, cet espoir commença à briller avec le débarquement de nos alliés sur les plages de Normandie. Le général de Gaulle destine alors à la 2ème Division Blindée de Leclerc, la conquête de la capitale.

 

La résistance isséenne a, depuis longtemps, préparé le terrain. Le 20 août 1944, le Groupe Bienvenu se met en place et les différentes organisations, jusqu’alors désunies, sont toutes réunies sous le contrôle du lieutenant-colonel Tari, commandant la 25ème division de la banlieue-sud, comprenant les compagnies d’Issy-les-Moulineaux, de Vanves, de Clamart, de Malakoff. Le 24 août, des patrouilles allemandes sillonnent la ville et échangent des coups de feu. Le soir même, un petit groupe d’hommes parvient à couper le câble téléphonique reliant le fort d’Issy aux autres unités de la Wehrmacht, isolant ce point d’appui fortement armé. Dans la nuit, les 550 Allemands de l’Ile Saint-Germain sont contraints de faire sauter leur DCA peu avant de se rendre sans condition. Après plus de cinq ans de guerre, Issy est enfin libérée mais à quel prix ! Cinq morts parmi les « Leclerc », auxquels il faut ajouter cinq FFI, autant de FTP, les dizaines de victimes des bombardements et 115 Isséens fusillés ou morts en déportation. 

Ce bilan, nous devons toujours l’avoir en mémoire. Il donne au rituel qui nous conduit chaque année à commémorer la Libération de notre Ville et celle de Paris, cette émotion profonde et sacrée.

 

64 ans après, les leçons de la Libération n’ont pas pris une ride. Nous sommes, en effet, débiteurs de ceux qui ont fait leur devoir de patriote par amour de la Liberté, par amour de leur pays, ceux-là même qui ont su, par des actions exemplaires, rendre au peuple sa fierté et à la nation son unité. Notre présence ici est le gage le plus sûr que les actions des héros de l’ombre ne soient jamais bafouées, la preuve, aussi, que nous savons nous rassembler autour d’une certaine idée de la France. 

Portons ce message à la jeune génération, celle qui, demain, se retrouvera devant ce monument. C’est elle qui devra entretenir la flamme du souvenir, seule arme utile contre l’oubli. Il dépend de chacun d’entre nous de continuer à faire vivre toutes les valeurs qui ont conduit à cette leçon de courage et de détermination que les Français Libres et les combattants de la Seconde Guerre mondiale nous ont léguée (…) ».

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Publié le 31 Août 2008

Guy Ducoloné, au centre, pour la Journée de la Déportation 2008. A gauche, Roger Fleury, président de l’UFAC ; à droite, André Santini, ministre-maire, et Marie-Auguste Gouzel, maire-adjoint en charge des Affaires militaires.
 

 

Cette rentrée 2008 est marquée, pour le Souvenir Français et un grand nombre d’isséens et d’isséennes du sceau de la tristesse. Guy Ducoloné, à l'âge de 88 ans, nous a quitté le 25 août.

 

Le Souvenir Français tient particulièrement à lui rendre hommage. Depuis deux ans, Guy Ducoloné s’activait pour nous aider, facilitant les rencontres au sein des associations des anciens combattants et de la FNDIRP, l’association des Déportés sur laquelle nous avons écrit un article juste avant l’interruption des congés d’été, nous faisant don de son discours prononcé à Buchenwald le 14 juillet 2007, nous soutenant dans nos recherches pour le Devoir de Mémoire.

 

Né à Monsempron-Libos, dans le Lot-et-Garonne, le 14 mars 1920, Guy Ducoloné est d'abord ouvrier métallurgiste. Il adhère dès son plus jeune âge aux idées révolutionnaires et milite dans les Jeunesses communistes. Résistant à 20 ans dans les réseaux de son parti, il est arrêté et déporté au camp de Buchenwald.

 

Après la guerre, il épouse Madeleine Vincent, résistante communiste elle-aussi, déportée à Ravensbrück. Ensemble, ils vont gravir les échelons au sein de la hiérarchie du PCF, pour arriver au Comité central. Cet engagement politique se traduit également dans les élections : Guy Ducoloné est élu conseiller général d’Issy-les-Moulineaux en 1953 ; poste qu’il conserve jusqu’en 1988. De même, il gagne les élections législatives sur la ville en 1964 et demeure député pendant 24 ans. A l’Assemblée nationale, il est élu vice-président.

 

Député honoraire, président pendant des années de l’association internationale Buchenwald-Dora et Kommandos, commandeur dans l’ordre national du Mérite, officier de la Légion d’Honneur, il œuvre constamment pour le Devoir de Mémoire,  parcourant, entre autres, les écoles de la ville pour expliquer la Résistance et la Déportation aux jeunes générations.

 

Le 14 juillet 2007, devant les ruines du camp de Buchenwald, remerciant Gunther Pappenheim, qui adolescent en 1943 avait joué la Marseillaise pour faire plaisir aux prisonniers français - et il fut interné pour cela - Guy Ducoloné rappelait une nouvelle fois l'importance de ne jamais oublier ce qui fut : « Nous voulons que les jeunes et les moins jeunes conservent, non seulement le souvenir de nos camarades morts en ces lieux ; mais surtout qu’ils maintiennent le souvenir des causes et des responsables de leur mort et de nos misères. Aidons-les à refuser le mépris et la haine de l’autre quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion. (…) Aidons-les à refuser les idées de conquêtes mais à cultiver les idées de fraternité et de concorde entre les peuples ».

 

A nous d'oeuvrer pour que la mémoire de ce grand résistant demeure longtemps.

 

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Publié le 30 Juillet 2008



Le Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux vous souhaite de bonnes vacances d'été et vous propose de vous retrouver à la rentrée, avec au programme la publication de :

# Une série d'articles sur le Stand de Tir, qui était situé à Balard, sur l'ancien Champ de Manoeuvres des Moulineaux, et qui est un site oublié de la Seconde Guerre mondiale, où 143 Français furent fusillés entre 1942 et 1944.

# Une série d'articles sur près de 40 biographies des fusillés du Stand de Tir.

# L'histoire de Michel Savelieff, soldat russe de la Première Guerre mondiale, enterré dans le carré militaire d'Issy.


Alors, rendez-vous au mois de septembre !

Amicalement,

Général Roland GLAVANY - Président d'Honneur
Gérard RIBLET - Président
Thierry GANDOLFO - Trésorier
Gilles GUILLEMONT - Webmaster
Frédéric-Edmond RIGNAULT - Secrétaire

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Publié le 26 Juillet 2008

Créée au cours du mois d’octobre 1945, par des déportés et des internés, la Fédération nationale des déportés, internés et résistants et patriotes œuvre d’abord pour le Devoir de Mémoire : conserver l’héritage et la mémoire de toutes celles et de tous ceux morts, entre autres, dans les Camps de concentration. A ce titre, l’association rassemble des anciens déportés comme des hommes et des femmes qui combattirent le 3ème Reich.Le Comité d’honneur est composé de personnalités suivantes : Pasteur Aimé Bonifas, Henry Bulawko, Révérend-Père Robert Chautagnat, Roland Dumas, Grand Rabbin Alain Goldmann, Juliette Gréco, Stéphane Hessel, Alix Lhote, Georges Séguy, Pierre Sudreau, Serge Wourgaft.
A Issy-les-Moulineaux, l'association est présidée par Guy Ducoloné, dont la photographie est ci-dessus. Guy Ducoloné a été résistant, déporté à Buchenwald. Après la guerre, il entame une carrière politique qui va le mener aux responsabilités de conseiller général d'Issy de 1953 à 1988 et député de la circonscription de 1964 à 1988. Officier de la Légion d'honneur, président de l'association internationale Buchenwald-Dora, ancien vice-président de l'Assemblée nationale, député honoraire, Guy Ducoloné est aidé dans ses fonctions au sein du Comité local de la FNDIRP par Mesdames Lucette Pontet et Georgette Poussange. 

 

 

L’association intervient également dans plusieurs domaines :

 # Activités judiciaires : constitution de partie civile dans les procès intentés pour crime contre l’humanité, ou contre les tentatives négationnistes.
# Activités internationales : contribution aux efforts pour la paix, le développement et le désarmement (soutien aux actions contre les mines anti-personnelles par exemple).
# Activités sociales : entraide et solidarité, création d’un centre médical et d’une maison de retraite…
# Activités médicales : mieux connaître la pathologie spécifique et les séquelles de la déportation et de l’internement pour mieux soigner.

Le 27 avril 2008, à l’occasion de la Journée nationale de la Déportation, Guy Ducoloné indiquait :

« La dictature nazie en Allemagne, l’occupation des pays d’Europe sont bien d’une époque particulière qui oblige à une mémoire bien précise. Les mots de Berthold Brecht sont encore vrais : « Le ventre de la bête immonde est toujours fécond ». En participant à cette journée nous sommes de ceux qui disent : non au racisme et à l’antisémitisme ; oui à la solidarité et à l’amitié entre les hommes et les femmes sans distinction de religion, de tradition ou de couleur de peau. C’est ce message que sans relâche portent les associations de déportés d’internés de leurs familles et de leurs amis. (…).

Il est nécessaire aujourd’hui de rappeler les épreuves subies par les dizaines de milliers de victimes des exactions qui furent infligées à ceux, hommes et femmes, qui s’étaient élevés contre la barbarie ou furent arbitrairement envoyés à la mort. Il est nécessaire de rendre hommage aux armées alliées et aux forces de la Résistance intérieure et extérieure qui ont permis la victoire sur le nazisme. Il est nécessaire que soient tirés les enseignements susceptibles d’éclairer l’avenir. Les nouvelles générations doivent avoir conscience de la valeur primordiale des principes que les nazis et leurs complices avaient foulés au pied. Elles doivent lutter sans relâche contre les violations des droits de la personne humaine. Souvenons-nous ! Le regard qui prive l’autre de sa dignité et de sa liberté, avant de le priver de son droit à l’existence, est une réalité toujours prompte à resurgir. C’est pourquoi, les survivants demandent aux générations montantes, instruites de ce qui fut et conscientes de ce qui est, d’avoir le courage et l’énergie de construire un monde meilleur ».

 Enfin, l’association édite une revue, le Patriote Résistant, et a un site internet : www.fndirp.asso.fr


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Publié le 18 Juillet 2008

Les photographies ci-dessous, d’août 1944 à Issy-les-Moulineaux,  nous ont été aimablement prêtées par la section locale de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), présidée à Issy par Monsieur Guy Ducoloné.

 







Même s’il n’est pas dit que des membres des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) soient présents sur ces photographies, il convient de rappeler ce qu’elles furent.
Il s’agit du nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, les Francs tireurs partisans français (FTPF), l’Organisation de résistance de l’armée.
L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). Les FTP-F (Francs tireurs partisans puis Francs tireurs et partisans français) représentent un mouvement de résistance armée, conçu par le Parti communiste français, à la fin de 1941, après l'invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes (depuis 1939 et le Pacte germano-soviétique, le PCF est interdit). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.
En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Chapeautant cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud. 
Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas). 
Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris. 
Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

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Publié le 11 Juillet 2008

Rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux, juin 2008 : Madame Renée Pagès nous reçoit et nous parle de son défunt époux : le lieutenant-colonel Henry Pagès.

 


 

 

En 1950, le capitaine Henry Pagès s’engage dans le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) et est affecté au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie). Il rejoint le nord du Tonkin et se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française (septembre 1950), située à la frontière entre Indochine et Chine. L’évacuation tourne au désastre.
Le succès de l’opération repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, venant de Lang Son, autre garnison à la frontière des deux pays. Attaquées et très vite débordées par les Bodoïs Vietminh, les troupes du CEFEO sont massacrées. La grande majorité des survivants est emmenée dans des camps. Seuls 475 soldats et 12 officiers, sur les 5.000 français présents, ont réussi à rejoindre le poste colonial de That Khé à travers la jungle.
Commandant Jean Pouget : « A Diên Biên Phù (NDLR : 7 mai 1954), c’est fini. Nous voilà prisonniers. Les officiers supérieurs ont été séparés de nous. Ils ont fait le voyage en camion. Et nous, nous étions à pied. Je savais que les types qui marchaient pieds nus étaient condamnés. Je savais qu’il y avait 700 kilomètres depuis Diên Biên Phù jusqu’au camp. Des anciens avaient parlé. Nous marchions de nuit. Nous n’avions qu’une boule de riz à manger par jour. Mais on y est arrivé. On a laissé de nombreux camarades sur la piste. La dysenterie, les pieds gangrénés, toutes les maladies possibles. On les abandonnait dans des villages. Ils y mouraient. Et puis, je suis arrivé moi-aussi au Camp n°1. Et là, on a retrouvé les anciens. Des gars qui étaient là depuis des années ».
En 1954, Jean Pouget retrouve le capitaine Henry Pagès, qui lui en est à sa quatrième année de captivité !
Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».
Dans l’article Le Camp n°1 en 1954, paru dans la revue Floréal An X, de l’association des membres de la Légion d’honneur décorés au péril de leur vie (DPLV), Henry Pagès indique : « Tout d’abord, on exigea des prisonniers qu’ils rédigent et qu’ils signent un manifeste collectif à la gloire du régime et à destination de la métropole. La rédaction et la signature ayant fait apparaître de la mauvaise volonté, on prit de sanctions : nourriture encore plus infecte que d’ordinaire, blocage du courrier, transport de bois et de sacs de riz, corvées diverses… ».
Jean Pouget ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. »
Le général Marcel Bigeard : « Il y avait la rééducation ; mais cela ne prenait pas sur des types qui avaient 35, 40 ans. Il y avait des sujets donnés par le Vietminh et il fallait faire des groupes de discussions : on ne travaillait pas naturellement. Une fois, à la question « Que pensez-vous de l’aide américaine à votre pays ?», nous avons répondu : « Et vous que pensez-vous de l’aide chinoise à votre pays ? » Et ça y allait : privés de riz pendant deux jours ! »
Jean Pouget : « Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».
Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».
Même si parfois les soldats finissent pas se laisser convaincre de coopérer, surtout pour avoir l’espoir de s’en sortir, il n’en demeure pas moins que « moralement, le lavage de cerveau fut un échec », comme le souligne Henry Pagès dans son article.
Guy Léonetti dans les Lettres de Diên Biên Phù parle de 39.888 Français prisonniers pendant la guerre et seulement de 9.314 libérés en 1954. Sur les 10.000 prisonniers après Diên Biên Phù, 7.708 trouvèrent la mort dans la cinquantaine de camps disséminés partout dans le Haut-Tonkin.

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès, dans la cour des Invalides.
 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Juillet 2008

Le 26 mai 2008, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux : Madame Renée Pagès nous reçoit. Aux murs sont accrochés des souvenirs de voyages en Chine et au Vietnam.

 


 


Henry Pagès est né le 19 octobre 1914, peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. S’engageant dans l’Armée française en 1932, il gravit peu à peu tous les échelons et est nommé sous-lieutenant au 7ème Bataillon de Chars Légers de Satory en 1939. 
En mai 1940, sous le commandement du capitaine Mignotte, il reçoit l’ordre de lancer ses chars face aux Panzers III et IV de la Wehrmacht, sur la Meuse, près de Sedan. La progression est difficile car les routes sont encombrées par des réfugiés. Ayant atteint la zone des combats, Henry Pagès commence par détruire un canon de 37 chargé de lui couper la route. Mais peu après, c’est à son tour d’être arrêté par une batterie antichar postée sur une petite colline. Il détruit les armements de son Renault FT 17 et s’enfuit à travers les bois. Les chars français qui ont réussit à passer doivent faire face aux Panzers. Un combat inégal s’engage. En dépit de pertes sérieuses infligées aux Allemands, les Français doivent lâcher prise. Quant à Henry Pagès il est rapidement encerclé par les soldats ennemis. Théâtral, respectueux de son adversaire, un officier allemand lui tend un casse-croûte et une bière et lui dit, dans un français impeccable : « Pour vous, la guerre est terminée ». De fait, Henry Pagès va passer près de cinq années en Autriche, dans l’Oflag XVII A.


A son retour, Henry Pagès est affecté à Valence, puis part pour l’Afrique du Nord, d’abord à Bizerte, en Tunisie, puis à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. 1950 marque son départ pour l’Indochine. Au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie), promu capitaine, il rejoint le nord du Tonkin au mois de septembre de la même année. Là, il fait la connaissance d’un personnage hors du commun : Elie de Saint-Marc. Le capitaine Pagès se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française, située à la frontière entre Indochine et Chine.

 

L’affaire de Cao Bang est également connue sous le nom de « désastre de la RC4 » (Route Coloniale n°4, qui suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son). Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été maîtrisée totalement depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. Pendant quatre ans, le capitaine Henry Pagès réussit à survivre grâce à la formidable solidarité des camarades de combat et les conseils de médecins militaires, eux-aussi prisonniers.

 

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

De retour dans la Métropole, Henry Pagès est nommé au sein des Forces Françaises en Allemagne, avant de faire un séjour en Algérie, en 1960. L’année suivante, il est affecté à la Préparation Militaire Supérieure de Vincennes. Il prend sa retraite militaire en 1965, mais conserve des activités dans le civil jusqu’en 1979. Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-40, avec une palme et une étoile de vermeil, de la Croix de guerre T.O.E. (Théâtre des Opérations Extérieures), de la Médaille commémorative d’Indochine, le lieutenant-colonel Henry Pagès s’éteint le 17 mars 2006, aux Invalides, où il avait été admis deux ans plus tôt.

 

Son frère cadet, le général (2S) Jacques Pagès, chef de corps du 8ème Régiment de hussards de 1976 à 1978, a dit de son frère aîné : « C’était un homme non seulement sportif, résistant et énergique, mais également cultivé, perspicace, fin, plein d’humour et sensible, en somme quelqu’un d’équilibré, à la fois déterminé et ouvert. De plus, il était fidèle en amitié et très attaché à la famille, ainsi qu’au terroir du Mâconnais ! »

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès et le Gouverneur des Invalides, le général Hervé-Michel Gobilliard.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine