Publié le 30 Janvier 2008

 

Le carré militaire du cimetière d’Issy-les-Moulineaux est particulièrement important. Non pas que tous les natifs de la ville ayant donné leur vie pour la Patrie – plus de 1.500 soldats – y soient enterrés, mais parce qu’à l’occasion de la Première Guerre mondiale, l’Institut Saint-Nicolas servit d’hôpital militaire.L’Institut Saint-Nicolas a été créé en 1827 par l’abbé Bervanger (à l’époque l’établissement a le nom d’Œuvre de Saint-Nicolas) pour « l’instruction des jeunes garçons pauvres et délaissés ». Cette instruction est à la fois primaire et professionnelle et se double d’une instruction religieuse. L’institut se développe d’abord à Paris, dans le quartier de Vaugirard, puis dans les communes d’Issy, d’Igny et Passy Buzenval, comptant jusqu’à 2.500 élèves au début du 20ème siècle. 

 

L’arrivée à Issy remonte à 1843 : Saint-Nicolas s’installe d’abord dans l’ancien « Petit logis de Vaudétard » dont elle démolit les bâtiments en 1893 pour les remplacer par d’autres, plus fonctionnels.

 Aidé dans un premier temps par le vicomte Victor de Noailles, l’abbé de Bervanger obtient le soutien de l’archevêque de Paris, le cardinal Morlot. Le 27 août 1859, un décret impérial reconnaît l’Œuvre de Saint-Nicolas de Paris d’utilité publique. De ce fait, l’établissement se développe considérablement. Cet élan est stoppé par la Première Guerre mondiale : Saint-Nicolas est transformé en hôpital militaire (il le sera à nouveau pendant le second conflit mondial). 

Pendant 1914-1918, l’hôpital temporaire Saint-Nicolas accueille de nombreux blessés venant de toutes les parties du Front. Beaucoup de soldats ne survivent pas à leurs blessures. Pendant les quatre années du conflit, ce sont 507 hommes – dont quelques femmes, principalement infirmières – qui sont enterrés dans le cimetière communal : 191 dans le caveau collectif et 316 dans le Carré militaire. Quelques tombes sont insolites : un soldat belge ; un soldat russe ; des soldat-ouvriers de l’Empire colonial… 

Chaque année, les honneurs militaires leur sont rendus par les membres de la municipalité, les anciens combattants et une délégation militaire, généralement composée d’unités parrainées par la ville d’Issy-les-Moulineaux. 

Le carré militaire est ouvert toute l’année et visible par tous et de nombreuses cérémonies s‘y déroulent : 8 mai ; 11 novembre ; Journée des Déportés ; Cessez-le-feu en Algérie ; Libération de la ville… 

 

 

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Publié le 21 Janvier 2008

Le 12 novembre 2007, le Souvenir Français a assisté à la conférence organisée par la municipalité d’Issy-les-Moulineaux sur le soldat d’Indochine. La conférence était animée par Michel Bodin, docteur d’Etat en Sorbonne, auteur de l’ouvrage de bibliophilie en deux volumes « Indochine des Français » et « Indochine : la déchirure » et par Michel Anfrol, journaliste.
De nombreuses personnalités étaient présentes, comme Madame le général Valérie André, Madame Geneviève de Galard, infirmière du camp de Diên Biên Phu, Monsieur André Santini, ainsi que les représentants des associations des Anciens combattants et des combattants de l’Indochine française.


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De gauche à droite : Michel Bodin, Michel Anfrol, Geneviève de Galard, André Santini, Valérie André.

 

Le Corps Expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) est le nom de la force des armées françaises envoyées en Indochine, initialement pour combattre les Japonais mais qui ne sera déployée qu’après l’armistice de 1945 et participera surtout à la guerre d’Indochine.
En 1954, dernière année de cette guerre, le Corps Expéditionnaire comptait 235.000 hommes, répartis entre 13.800 légionnaires et 221.200 soldats de diverses origines : Métropolitains, Nord-africains, Africains, Indochinois. Soldats souvent oubliés d’une guerre qui n’est commémorée que depuis 2005, la date retenue étant le 8 juin.
Cette date correspond au jour de l’inhumation du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, dans le Pas-de-Calais, en 1980.
La guerre d’Indochine fut très éprouvante pour les soldats, qui n’étaient pas tous volontaires, contrairement à une idée reçue : les soldats étaient considérés comme volontaires car ils s’étaient engagés volontairement pour l’Armée, et pas forcément pour aller combattre en Indochine. Il y eut rapidement une crise des effectifs et de ce fait, le temps de présence sur les lieux des opérations passa de 24 à 27 mois. Beaucoup de soldats effectuèrent d’ailleurs plusieurs séjours.
D’après les travaux de Michel Bodin, les soldats étaient majoritairement d’origine modeste, souvent sans diplômes et sans qualification, venant principalement des campagnes (les régions ayant données le plus de soldats pour l’Indochine étant le Grand Ouest, le Grand Est, le Nord et la Corse). Pour autant, fit remarquer le conférencier, le sentiment national et l’attachement au drapeau étaient très vivaces.
Dans une certaine indifférence, et l’hostilité de partis politiques, comme le Parti communiste français, 40.000 militaires du Corps Expéditionnaire perdirent la vie au cours des neuf années de la Guerre d’Indochine. 
Retrouvez les photographies de l’événement dans l’album intitulé : « 12 novembre 2007 – Soldat d’Indochine. »

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 6 Janvier 2008

Octobre 2007, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux. Nous rencontrons Jacques Vignaud, directeur commercial dans le monde de l’édition,  à la retraite. Il nous raconte l’épopée de son ami du 93ème régiment d’Infanterie, Alain de Gaillard, engagé comme lui en 1944.


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Jacques Vignaud (en bas à dr. au bout) et ses camarades du 93ème R.I.

 

« Il faut replacer cette histoire dans le contexte de l’époque. Le débarquement du 6 juin 1944 a eu lieu en Normandie et celui de Provence le 15 août. De chaque côté, les troupes alliées ont pour objectif la libération de notre territoire et, bien entendu, celle de l’Allemagne. Les troupes de la Wehrmacht se trouvant dans le Sud Ouest réalisent que, si elles ne se replient pas rapidement, elles risquent d’être prises dans une nasse. Elles deviennent par ailleurs très utiles pour attaquer le flanc droit des Alliés dans leur mouvement Normandie – Ile-de-France – Est du pays.

 

Pour ces raisons, plusieurs bataillons de parachutistes SAS anglais et français sont posés en Bretagne et dans la Maine et Loire, afin d’harceler les arrières ennemis. Vers le 20 août 1944, des sticks de huit parachutistes français SAS du 4ème RCP, du colonel Bourgouin, se battent en commandos autonomes dans les Deux-Sèvres. Parallèlement à ces actions, il y a dans la région de nombreux jeunes qui ne rêvent que d’en découdre avec l’Allemagne nazie. C’est le cas d’un groupe d’étudiants auquel appartiennent Alain de Gaillard et son frère.

Dans la région de Cerisay (Deux-Sèvres), les étudiants sont placés en contact avec le Stick du sergent-chef Héricourt. La rapide instruction permet aux nouveaux arrivants de participer à des coups de mains. Le 24 août, le groupe part pour l’Absie, dans le même département, pour combattre une colonne allemande venue en représailles à une attaque de Francs Tireurs Partisans, qui s’en sont pris à un convoi de la Croix Rouge. L’accrochage est violent. Avec son équipement léger, le Stick ne peut qu’intervenir en embuscade et selon la tactique du harcèlement. Au cours des combats, Alain de Gaillard voit son frère tomber à ses côtés, mortellement blessé. 

Le retour au camp (le Château de Lys) se fait dans une ambiance tendue. Le coup a réussit. Mais voilà : que dire, comment annoncer la terrible nouvelle aux parents ? Pour autant, le combat doit continuer. L’idéal de Liberté guide tous ces jeunes qui veulent prouver à leurs aînés ce dont ils sont capables. Le groupe reste au camp quelques jours puis les parachutistes partent. Ils sont affectés à la bataille d’Arnheim, en Hollande. De leurs côtés, les étudiants sont enrôlés dans le 93ème régiment d’Infanterie – le régiment des Vendéens – avec pour objectif la prise de la poche de La Rochelle, où des divisions allemandes se replient. 

Je pense souvent à mon ami Alain de Gaillard, son frère et tous ces adolescents, dont j’étais, qui ont pris tous les risques pour libérer la France. »

 

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Publié le 1 Janvier 2008

 

 


Toute l'équipe du Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous présente ses meilleurs voeux pour cette année 2008.

Président d'Honneur : général Roland GLAVANY.
Président : Gérard RIBLET.
Trésorier : Thierry GANDOLFO.
Secrétaire : Frédéric-Edmond RIGNAULT.

 

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Publié le 15 Décembre 2007

Bonnes fêtes !

 
Toute l'équipe du Comité d'Issy-les-Moulineaux vous souhaitent de bonnes fêtes de fin d'année. Rendez-vous en janvier 2008 avec des articles : 

    -  Témoignages d'Alain de Gaillard et de Jacques Vignaud sur leurs engagements en 1944.

    - Témoignage du Commandeur Alexander Tesich sur son engagement et sa guerre dans les Balkans entre 1941 et 1944.

    - Les villes d'Issy et des Moulineaux pendant les Années 30, par Pierre Debeaurain.

Bonnes fêtes et joyeux Noël !

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Publié le 14 Décembre 2007

4 – De Sivas à Issy : à Issy-les-Moulineaux

 

« Nous sommes arrivés rue Madame, aux Epinettes, en 1943 » reprend Marie-Antoinette. « Nous logions au numéro 7. Peu de temps après notre installation, notre fille, Arlette est née. J’allais chercher du lait en boîte à la Croix Rouge, avenue de Verdun, en face de l’annexe de l’hôpital psychiatrique. Mon lait maternel n’était pas bon. Cela était dû à une terrible peur que nous avions connue, Georges et moi, à Meudon, alors que j’étais enceinte. Nous étions chez mon beau-frère. Tout à coup, nous avons entendu une déflagration terrible. Une bombe venait de tomber dans un jardin, juste dans notre dos ». 

Georges Mouchmoulian : « La vie était difficile. Une fois que j’ai été rétabli, j’ai repris mon métier de garçon coiffeur. Je n’ai pas tenu longtemps. Je travaillais à Boulogne et pour couper les cheveux, il faut avoir les bras en l’air. Ma blessure à l’épaule me faisait mal. Je ne pouvais plus bouger le bras comme avant la guerre. Alors, j’ai arrêté. Au moment de notre installation rue Madame, nous avons ouvert un atelier – dans notre salon – de culottier. Un métier qui ne doit plus exister. Nous recevions des patrons de métiers particuliers, de militaires, la Garde républicaine par exemple, et, pendant que je découpais et je cousais à la machine, Marie-Antoinette assurait les finitions, à la main. Nous faisions de la qualité, du sur-mesure ». 

Marie-Antoinette Mouchmoulian : « Les privations ont été réelles. Il fallait faire des heures de queue pour avoir un légume, du beurre, du pain. Heureusement, dans notre quartier, il y avait encore des vergers ; et puis, Clamart était réputé pour ses petits pois ! Bien entendu, on faisait tout à pied. Une fois par semaine, nous allions au Goûter des Mères, pour bien manger et surtout nourrir correctement Arlette. Avec tout cela, nous avions en plus parfois des bombardements. Je ne saurais dire si les bombes étaient allemandes ou anglaises, en tout cas, une fois, il en est tombé une dans le cimetière, juste à côté de notre immeuble ». 

Le 26 août 1944, des soldats français entrent dans Issy-les-Moulineaux. C’est la Libération. Rapidement, ils sont suivis d’Américains et de Canadiens.



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L’arrivée des Alliés devant l’hôpital de Percy.

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Les Alliés, en août 1944, devant Percy.

 

« Et là, indique Marie-Antoinette, juché sur une jeep, un beau gars s’avance vers nous. Nous sommes placés devant l’hôpital Percy. Je l’ai déjà remarqué. Voilà près de cinq minutes qu’il tend un papier aux habitants qui se sont amassés le long du convoi militaire. Il s’approche de nous. Il regarde Arlette. Puis lève les yeux vers moi. Dans un français approximatif, il me dit : « Je suis votre neveu. Ma mère m’avait donné votre adresse quand j’ai quitté l’Amérique ». 

Cette sœur aînée que Georges Mouchmoulian avait vu disparaître alors qu’il n’était encore qu’un enfant de Sivas.

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La famille Mouchmoulian en 1944, avec le neveu des Amériques.

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Publié le 11 Décembre 2007

3 – De Sivas à Issy : la Seconde Guerre mondiale

 

Le 3 septembre 1939 marque l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne nazie. Dans son ensemble la presse prend des accents guerriers ; dans son journal, le comte Ciano, gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangères de l’Italie fasciste note : « la France entre en guerre, sans enthousiasme et pleine d’incertitude ». Georges Mouchmoulian est soldat au 39ème régiment d’Infanterie. Comme ses camarades, et toute l’Armée française, pendant quelques mois, il va vivre une « Drôle de guerre », attendant l’invasion allemande. 
Marie-Antoinette Delancker, qui deviendra Madame Mouchmoulian en 1942, dit : « Georges était un garçon charmant. Bien sûr, lui Parisien et moi du Pas-de-Calais, nous ne nous étions jamais rencontré. Mais je tricotais pour les soldats. C’est tombé sur lui. Nous nous sommes écrits. Ensuite, j’ai accepté de devenir sa Marraine de guerre. Un jour de 1939, il est venu dans notre ferme de Carvin, à côté de Lens. Il jouait tout son temps avec les enfants. Avec sa petite taille et son air méditerranéen, on l’appelait le Négus ! ».
Mai 1940 : après avoir écrasé la Pologne, Hitler transmet ses ordres afin de préparer l’offensive à l’ouest. Le 10 mai, les Allemands lance l’offensive « Gelb ». Le Groupe d’armée de Leeb se dirige vers les frontières allemandes opposées à la ligne Maginot ; le Groupe d’armée de Rundstedt lance son offensive en direction des Ardennes ; le troisième et dernier Groupe d’armée, celui de von Bock, traverse la Belgique et les Pays-Bas. Il s’agit d’attirer les forces britanniques et françaises dans le Nord. 

 

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Carte de l’offensive allemande de 1940.

 

 

Avec des chars surpuissants et les bombardements en piqué de la Luftwaffe, l’avancée est foudroyante. Le principe de la Blitzkrieg ou « guerre éclair » est appliqué. Rapidement, les lignes belges, françaises et britanniques sont enfoncées. Des unités se battent – souvent se sacrifient – pour retarder la progression des armées du Reich.
Le 1er Groupe d’armée français, composé du Corps expéditionnaire britannique du général Lord Gort et de la 7ème Armée française du général Giraud prévoit de contre-attaquer sur la ligne de la Dyle et de la Meuse, au-dessus de Namur, au cœur de la Belgique. De fait, le 39ème R.I. fait partie des unités françaises qui vont au devant des forces allemandes. La bataille est lancée dans une certaine confusion et les pertes deviennent rapidement importantes.
Georges Mouchmoulian : « Je combattais. Je faisais simplement ce que mon adjudant me disait. Il fallait aller de l’avant. Et puis, j’ai été blessé. Des éclats d’obus : à l’épaule gauche, aux jambes, aux pieds. Un choc d’une très grande force. Je me suis effondré, inconscient. Par la suite, je ne sais pas bien comment, j’ai été transféré à Namur, dans l’hôpital militaire ; puis à Paris, au Val de Grâce. En tout, sept mois d’hôpital. Sept mois bloqué sur un lit, à attendre et souffrir ».
Quelques temps plus tard, à l’occasion d’un Conseil de Révision, l’administration de l’Etat français déclare Georges Mouchmoulian inapte à reprendre les armes. Il est démobilisé.

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Publié le 7 Décembre 2007

2 – De Sivas à Issy : l’orphelinat puis l’arrivée à Marseille

 

 

 

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Marseille en 1920 (© L’Internaute)

 

Entre 1914 et 1916, plusieurs millions d’Arméniens sont déportés d’Asie Mineure vers des camps situés, majoritairement, sur le territoire actuel de la Syrie. Plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent de faim, de soif, ou sont tout simplement exterminés (les estimations actuelles vont de 500.000 personnes à près de 1,5 millions). Il est nécessaire d’indiquer qu’en 1919, certains tortionnaires (Talaat, Cemal et Enver) sont condamnés par contumace (tribunaux ottomans), pour : « extermination d’un peuple entier constituant une communauté distincte ». 

Georges Mouchmoulian : « Ma mère a profité du chaos de la fin de la guerre, de la présence des troupes grecques, pour nous envoyer en Amérique. Tout était près. Nous devions faire un passage par la Grèce et ensuite prendre le bateau. Oui, mais voilà, nos papiers, placés consciencieusement par nos soins dans nos baluchons, n’y étaient plus quand nous les avons cherchés. Quelqu’un de mal intentionné avait dû nous les dérober, certainement pour les vendre. Au lieu d’arriver à New York, et j’ai bien conscience que nous étions des privilégiés, nous avons atterri dans un orphelinat grec, proche de Corfou. Et quand je dis nous, c’était les garçons (nous étions sept enfants). Mes deux dernières sœurs, l’aînée était déjà installée en Amérique, se sont vues refoulées de l’orphelinat. C’était horrible. Pendant près de trois ans, elles ont vécu à côté de nous, dans le maquis, sur le port, et nous sortions, quand nous pouvions, pour leur donner une partie de nos repas. Elles ont vécu de cela, et de mendicité, pendant tout ce temps-là. Il n’y a pas longtemps encore, quand la plus jeune de mes sœurs était encore en vie, elle ne pouvait s’empêcher de pleurer en évoquant ces années. 

Quant à ma mère… Persuadée, dans un premier temps, que nous avions réussit, elle était pleine d’espoir. Elle avait quitté la Turquie et s’était installée à Marseille. Et puis, bien entendu, elle a su. S’en sont suivis des mois et des mois de recherche. » 

Marseille a toujours été une fenêtre française ouverte sur la Méditerranée. Cela est vrai depuis les temps des Phéniciens. Dès la fin du 16ème siècle, il n’est pas rare de trouver des négociants arméniens venant de Smyrne, d’Alep ou encore d’Adana. Ils s’y sont installés ou vont et viennent entre le Moyen-Orient et les grandes foires occidentales, comme Lyon, Troyes ou Paris. 

Dès les premiers événements relatifs aux populations arméniennes, au milieu du 19ème siècle, des réfugiés politiques font le voyage de l’Empire ottoman vers la France. Puis des familles débarquent et s’installent à Marseille. Une diaspora s’organise. Des associations de défense et de solidarité se créent. Avec les massacres de 1894-1986, le flot d’arrivants grandit ; bientôt ce sont des centaines d’Arméniens qui s’établissent dans l’antique Massilia. La commune les accueille avec compréhension et place à la disposition des réfugiés les locaux désaffectés de l’hôpital de la Vieille-Charité, sur les hauteurs du Vieux-Port. 

De quelques centaines, les Arméniens passent à plusieurs milliers dès 1914. 

Georges Mouchmoulian : « Ma mère a enfin compris que nous n’étions pas en Amérique. Elle nous a cherché, a  demandé aux membres de la famille restés à Sivas de l'aider dans sa démarche. En vain. Puis, elle s’est appuyée sur des associations. Bien entendu, elle n’était pas la seule dans ce cas. Alors, grâce à de nombreux réseaux arméniens, à la compréhension de Grecs formidables, elle nous a retrouvés. Et cela a mis près de trois ans. Trois années dans cet orphelinat ; trois années, dans le dénuement le plus total pour mes deux sœurs.

 

Les autorités nous ont mis sur un bateau pour la France. Nous sommes arrivés à Marseille après quelques jours, ou semaines, je ne sais plus très bien – mais Dieu que le temps nous parut long. Comment décrire l’émotion qui nous a tous submergés quand nous avons foulé le sol de France ? Nous étions au début des années 1920, et enfin, la vie s’offrait à nous.

 

Nous sommes restés quelques mois à Marseille puis nous avons gagné Paris. Mes frères ont trouvé du travail et moi j’ai grandi. Je suis devenu garçon coiffeur. »

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Publié le 4 Décembre 2007

Octobre 2007. Rue Madame, nous rencontrons Marie-Antoinette et Georges Mouchmoulian. Voici leur histoire, en quatre parties :

 

1.      Massacres en Turquie.

2.      L’orphelinat puis l’arrivée à Marseille.

3.      La Seconde Guerre mondiale.

4.      A Issy-les-Moulineaux.

 

 

1 – De Sivas à Issy : massacres en Turquie

 

 

Sivas est une ville importante, placée sur le plateau Anatolien, à plus de 1.275 m d’altitude. Située dans la vallée du Kizilirmak, Sivas a une histoire riche, faite des dominations hittite, phrygienne, lydienne puis perse. La ville a ensuite fait partie du Royaume de Cappadoce. Important carrefour caravanier sur les routes Nord-Sud et Est-Ouest (Byzance – Arménie), Sivas a connu un développement considérable, sous les Seldjoukides, avant de tomber sous l’envahisseur mongol, l’impitoyable Tamerlan, en 1400.
Sous l’Empire ottoman, et jusqu’à la fin du 19ème siècle, Sivas va rester une capitale régionale. Comme dans toutes les cités turques, qu’elles soient en Cappadoce, en Anatolie, dans les Monts Taurus ou encore à Istanbul, de fortes communautés arméniennes vivent et commercent avec les Turcs.

Les populations se connaissent ; elles ne se mélangent pas toujours mais, des siècles de coexistence, ont tissé des relations relativement pacifiques. Pourtant, en 1896, puis en 1909, des massacres sont perpétrés contre les Arméniens. Ils sont, principalement, le fait d’un mouvement, le CUP (Comité Union et Progrès) et de ses membres, appelés Jeunes-Turcs. 

Ce mouvement répond à une aspiration nationaliste : depuis le milieu du 19ème siècle, l’Empire ottoman subit des revers tant militaires que politiques. La période de déclin est amorcée. Les Jeunes-Turcs veulent revenir à une constitution forte, un pouvoir nationaliste et apporter un renouveau à la société. Dans un premier temps, cette volonté nationaliste, globale, leur permet de s’associer à des partis réformistes d’autres peuples de l’empire : des Grecs, des Kurdes ou encore le Dashnak arménien. 

Arrivés au gouvernement du sultan Abdülhamid II en 1908, les Jeunes-Turcs se trouvent confrontés rapidement à une société extrêmement complexe, découvrent les arcanes et querelles de pouvoir. L’anarchie gagne toutes les couches de la population. L’idée originelle est rapidement remplacée par un discours beaucoup plus xénophobe. Sous l’influence de son leader, Enver Pacha, l’Empire ottoman ne peut être que turc et la religion, musulmane.

Caricature du Sultan AbdulHamid II (© Wikipedia.org)

 

 

Georges Mouchmoulian : « Il y a toujours eu des problèmes entre les Turcs, les Arméniens et les autres peuples en Turquie. Les Kurdes par exemple. Nous vivions dans les mêmes villes, mais pas dans les mêmes quartiers. Certains métiers ne nous étaient pas autorisés, d’autres réservés. Surtout nous n’avions pas la même religion. Les premiers massacres ont commencé à la fin du 19ème siècle, et puis, il y eut Adana en 1909, où on releva plusieurs milliers de morts parmi mes compatriotes. » 

Les années suivantes ne vont être qu’une lente agonie de l’Empire ottoman. Après la perte des territoires grecs, de la Serbie, de la Roumanie (congrès de Berlin en 1878), l’empire voit partir ses possessions en Lybie, au profit de l’Italie. A l’Est, la situation n’est guère plus brillante. Depuis 1878, la Russie s’est emparée de territoires et des villes de Kars, Batoum et Ardahan en Anatolie orientale. Par idéal religieux, ou du fait des situations tendues avec les Turcs, des Arméniens se sont engagés dans l’Armée russe et ont participé à cette conquête.

En novembre 1914, l’Empire ottoman, qui a signé le 2 août un traité d’alliance avec l’Allemagne, entre en guerre aux côtés des empires centraux (IIe Reich et Empire austro-hongrois). 

Prenant prétexte de la désertion de soldats arméniens de l’Armée ottomane, de soulèvements dans des villes de l’Est, comme Van (alors que la population arménienne se barricadait justement pour se protéger des exactions des Jeunes-Turcs), Enver Pacha et Talaat Pacha décident d’appliquer, d’abord secrètement, le plan d’élimination des Arméniens (« Ermeni sorunu »), mis au point depuis plusieurs années. 

Dans la majeure partie des villes turques, le principe retenu est toujours le même : à la perquisition dans les maisons de notables arméniens, succède leur arrestation, des tortures pour avouer une quelconque cache d’armes, et leur exécution, en dehors de la ville. 

Georges Mouchmoulian : « Nous habitions un petit village à côté de Sivas. Il s’appelait Govdunm. En arménien, cela signifie le « village des vaches » ! Mon grand-père était une personnalité ; il avait été maire. Les Turcs cherchaient les familles arméniennes. Tous les hommes devaient être incorporés dans l’armée pour y exécuter les plus basses œuvres. Mon père avait refusé cela. Il décida de partir se réfugier dans une grotte. Il fut rapidement retrouvé par les Turcs, qui le massacrèrent. Et ce n’était pas fini. Mon grand-père était âgé. Il n’avait pas pu suivre son fils. Et quand bien même d’ailleurs… Il a été pris par les soldats. Il a été tué lui aussi. Ses assassins l’ont emmené et ils l’ont empalé sur sa canne. Jusqu’à ce le bout sorte par la gorge !  Quant à ma mère, mes frères et mes sœurs, nous en avons réchappé par miracle. Après, ma mère a contacté des personnes que nous connaissions aux Etats-Unis et elle y a envoyé ma sœur aînée. C’était vers 1916-1917». 

A la fin de la Première guerre mondiale, les armées turques sont défaites sur pratiquement tous les champs de bataille : elles reculent aussi bien en Palestine qu’en Irak. Les Grecs en profitent pour débarquer en Asie mineure et s’installer sur la côte ionienne. Le général Mustapha Kemal, Jeune-Turc, chef militaire de grand renom, qui s’est illustré entre autres aux Dardanelles en 1915 contre les contingents français et anglais, appelle au sursaut national et repousse les forces grecques. C’est la fin définitive de l’Empire ottoman et l’avènement de la Turquie nouvelle, sous la houlette du général.

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Publié le 22 Novembre 2007

Hommage à Paul Pin.

 

Monsieur Paul Pin nous a quittés le 28 août dernier. Le journal d’Issy-les-Moulineaux, Point d’Appui, et nous remercions son Directeur de la Rédaction, nous a autorisé à reproduire ici le texte paru dans le numéro du mois de novembre 2007.

«  Paul Pin, Officier des Palmes Académiques, Commandeur de la Légion d’Honneur et Grand Croix de l’Ordre National du Mérite nous a quitté le 28 août dernier. Elève officier de marine à Santé navale, il entre dans la Résistance en 1940 et rejoint l’armée américaine en 1944. Il participera, notamment, à la libération de Prague en Tchécoslovaquie. Sa vie civile sera consacrée à la recherche médicale et à l’enseignement. Docteur en médecine, Docteur ès sciences, médecin-chef de service hospitalier honoraire et Professeur honoraires des Universités, il enseignera la chimie et la biochimie.

Paul Pin a su mêler intelligemment sa vocation scientifique et sa passion pour le football en se consacrant parallèlement à la Commission centrale médicale de contrôle antidopage. Engagé politiquement au service de son département, il siègera pendant de 1966 à 1998 au Conseil général des Hauts-de-Seine occupant notamment les fonctions de Président de la Commission culture jeunesse et sports puis en tant que membre de la commission permanente. »

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