Publié le 14 Novembre 2007

 
Samedi 10 novembre 2007, l'opération "Flammes de la Mémoire" s'est déroulée à Issy-les-Moulineaux. La manifestation, de portée nationale, consistait, pour chaque comité local du Souvenir Français, à placer des bougies sur le monument aux Morts pour la France de chaque commune. 

Notre comité tient à remercier Monsieur Gouzel, maire-adjoint en charge des Affaires Militaires, Monsieur Raineri, de la mairie d'Issy-les-Moulineaux, ainsi que l'ensemble des présidents des associations d'anciens combattants, au premier rang desquelles il convient de citer Monsieur Poujols, Président de la section locale de l'UNC (Union Nationale des Combattants) qui a intégré notre manifestation au coeur de la cérémonie de la remise de la flamme de l'Arc de Triomphe. 

Retrouvez les photographies de l'événement dans l'album intitulé "10 novembre - Flammes de la Mémoire" (avec, entre autres, la participation de marins de l'Andromède, navire dont la ville d'Issy-les-Moulineaux est marraine).


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Publié le 12 Novembre 2007

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Le Comité du Souvenir Français à Issy-les-Moulineaux est particulièrement fier d’annoncer que le général de corps aérien (CR) Roland Glavany a accepté d’en être son Président d’Honneur.

 

 

 
Né le 22 août 1922 à Nantes, Roland Glavany est reçu en 1940 à l’Ecole de l’Air. Après l’offensive allemande en France, comme bon nombre de jeunes français qui refusent l’Occupation puis le STO, il quitte le territoire en passant par l’Espagne et rejoint l’Algérie où se trouvent les généraux de Gaulle et Giraud.
 
En mai 1943, Roland Glavany est l’un des premiers à intégrer le tout nouveau Bataillon d’assaut, bientôt nommé « Choc ». Il s’agit d’une unité d’élite, intégrée à l’Armée B (celle de Lattre et qui deviendra la 1ère Armée, « Rhin et Danube »), entraînée aux actions commandos, dont l’esprit a été résumé ainsi : « Chic du cavalier, Puissance de la Légion, Légèreté du Chasseur ».
 
Le bataillon participe à la libération de l’île d’Elbe et de la Corse. Puis c’est le débarquement de Provence et la campagne de France, de Toulon à Colmar, l’entrée en Allemagne et la chute de Sigmaringen.


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En 1945, Roland Glavany rejoint l’armée de l’Air, et en 1948, un stage à « Sup Aéro » lui permet d’intégrer le CEV (Centre d’Essais en Vol) en 1950. Jusqu’en 1959, d’abord pilote sur Vautour, il entre ensuite chez Dassault et réalise les premiers vols des Mirage I, III et IV. En 1958, il est le premier pilote en Europe à voler à Mach 2 (vol horizontal).

Il y a aussi la guerre d’Algérie, à laquelle il participe entre 1958 et 1960. Puis il entre à l’Etat Major de l’Armée de l’Air et continue sa carrière au sein de l’Ecole Supérieure de Guerre Aérienne, et prend les commandements des bases aérienne de Bordeaux, Istres et enfin Mont-de-Marsan. Nommé général, l’armée lui confie la direction des Ecoles de l’Armée de l’Air pour y faire preuve, une fois de plus, de tout son enthousiasme et sa foi.

 
A la retraite, le général de Corps aérien Roland Glavany ne reste pas inactif et préside, de 1978 à 1983 l’OFEMA (l’Office Français d’Exportation de Matériel Aéronautique) puis prend la présidence de plusieurs associations, dont Rhin et Danube puis les Ailes Brisées. Enfin, depuis 1998, il est membre d’honneur de l’Académie de l’Air et de l’Espace.
 
Roland Glavany, Grand Croix de la Légion d'Honneur, a publié plusieurs ouvrages et articles, entre autres, sur le Bataillon de Choc. 

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Croquis J. NOETINGER (Air & Cosmos n° 1061 du 14 septembre 1985).

 

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Publié le 8 Novembre 2007

Georgette Poussange et Lucette Pontet sont membres du comité d’Issy-les-Moulineaux de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.

 
Georgette Poussange : 

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Dépôt de gerbe par Mme Poussange – à gauche – et Mr Fleury, président de l’UFAC d’Issy-les-Moulineaux, le 29 avril 2007 (Journée de la Déportation).


« En 1939, j’avais 13 ans, et nous habitions Malakoff. Après la déclaration de guerre, les alertes se sont multipliées. Nous étions dans un sentiment de panique. Nous descendions dans les abris – généralement les caves – pour un oui ou un non. De plus, les mairies avaient distribué des masques à gaz. Cela renforçait le sentiment de malaise et d’impuissance. De notre fragilité également. Tout à coup, nous pouvions disparaître.

 
Toujours à la mairie, on nous avait distribué des sortes de laissez-passer, ou bon d’évacuation, je ne sais plus. Tous ceux qui le pouvaient étaient poussés à quitter la ville. Alors, nous sommes montés dans un train, à destination de la ville de Le Blanc, dans l’Indre. Ma mère et ses quatre enfants. Et le spectacle qui nous était offert n’était guère réjouissant : nous voyions défiler les soldats français qui revenaient du front. Ils semblaient paniqués. Et des rumeurs annonçaient l’arrivée imminente des Allemands. Alors, nous suivions le troupeau…
 
L’accueil des populations de province ne fut pas toujours simple, c’est le moins qu’on puisse dire. En dépit de ces fameux « bons » que nous montrions dès notre arrivée dans une ville, il ne fallait pas se faire remarquer. Nous passions, en quelque sorte, pour des envahisseurs. Chaque soir, il fallait trouver où dormir, de quoi nourrir trois enfants en bas âge. J’aidais ma mère comme je pouvais.
 
Quand l’armistice a été prononcé, nous sommes rentrés à Malakoff puis nous avons habité les Hauts d’Issy. Là, nous reprîmes l’habitude de faire la queue afin d’avoir des tickets de rationnement pour tous les produits de la vie quotidienne : le pain, le savon (en pâte uniquement), les légumes, la viande ; le dentifrice, par exemple, avait disparu. Le beurre : on nous donnait des quantités infimes. Nous avions faim. Chaque élément prenait une importance considérable. Vous aviez oublié quelque chose : il fallait retourner faire la queue. Combien de fois me suis-je levée à 4h du matin pour patienter devant une boutique. Et souvent, pour ne rien avoir. On vivait au crochet de la mairie et des allocations familiales.
 
Ceux qui avaient les moyens prenaient leur voiture et allaient à la campagne. Puis, ils revenaient et vendaient ce qu’ils avaient négocié avec des agriculteurs, des commerçants, des amis ou la famille. Des bombardements, j’ai surtout conservé le souvenir de ceux du début de l’année 1942. Le ciel était rouge des flammes des usines Renault de l’île Seguin. Il y eut de nombreux morts. Je me souviens également des soldats allemands blessés. Nous voyions passer des convois en direction de l’hôpital Percy.»

 

Lucette Pontet :



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A droite, Mme Pontet, porte-drapeau du comité local de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.

 

 

 

 

 
« Pour ma part, j’habitais le quartier de la Ferme, en face de l’usine Chausson. Aujourd’hui, on aurait du mal à y croire, mais il y avait là une véritable ferme, avec des animaux de basse-cour, des vaches. On déplaçait souvent ces dernières d’ailleurs. On envoyait les pauvres bêtes à la campagne, se refaire une santé et brouter de la bonne herbe, et les nouvelles venues étaient nourries de foin. Une fois, l’une d’elles s’est échappée : je vois encore mon frère courir après dans les rues de la ville. C’était folklorique, tout de même. La ferme servait à fournir du lait pour les habitants des Moulineaux, et c’était aussi, avec ses pigeons et ses lapins, un commerce comme un autre. Je trouvais cela formidable.
 
A l’époque, j’étais une petite fille. Je me souviens avant tout des bombardements. Les usines Renault étaient souvent visées. Et nous avions une source d’informations hors pair : notre chien ! Avec mes parents, il suffisait de voir le chien inquiet, puis aboyer, et nous savions que quelques minutes plus tard, nous allions être bombardés. Ou du moins que des avions allaient nous survoler pour bombarder Boulogne ou Paris.
 
Il y a eu des bombardements allemands, et aussi anglais et américains. Je ne saurais pas dire lesquels ont fait le plus de morts. Mais souvent j’entendais mes parents évoquer le triste sort d’une maison, d’une rue (Auguste Gervais par exemple) ou encore d’un immeuble. Le bas de Meudon était particulièrement visé. Il y eut aussi le Pont de Sèvres, en 1944. Un dimanche, alors, que les parisiens allaient au champ de course de Longchamp. Ce fut un massacre.
 
Beaucoup de choses, certainement insignifiantes pour les adultes, m’ont marquées durant cette période. Ainsi, je me souviens des fenêtres qu’il fallait calfeutrer, des ampoules de couleur bleue qu’il fallait partout installer. Surtout, ne pas se faire remarquer et respecter le couvre-feu.
 
A l’école, j’allais chez les Sœurs (Ecole Jean-Pierre Timbaud). Nous chantions « Maréchal nous voilà ». Moi qui étais gauchère, je me suis souvent fait taper sur les doigts pour changer de main.
 
Les descentes de police étaient fréquentes. Une fois, boulevard Rodin, nous avons vu la Gestapo entrer dans un immeuble. Nous savions que des choses horribles allaient se passer.
 
Et puis la Libération est arrivée. On a d’abord vu de plus en plus de Résistants. Beaucoup portaient des brassards des F.F.I. Un bon nombre d’entre eux était certainement d’authentiques héros ; il y en eut aussi qu’on avait vu « discuter » peu de temps auparavant avec les Allemands. Ensuite, ce furent les soldats de la 2ème Division Blindée, de Gaulle, les Américains. Nous étions enfin libres ».

 

 

 

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Publié le 4 Novembre 2007

Commémorations de novembre.

 

Mois de novembre chargé pour le Souvenir Français !

  • - Le samedi 10 novembre 2007, à 18h15, au monument aux Morts de la ville d’Issy, esplanade de l’hôtel de ville, le Comité d’Issy-les-Moulineaux participera à l’action nationale des Flammes de la Mémoire. Cette action consistera à déposer et allumer des bougies au pied du monument, à la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la France. 
  • - Le dimanche 11 novembre 2007, notre comité participera aux cérémonies de commémoration de l’armistice de la Première Guerre mondiale.
  • - Le dimanche 18 novembre 2007, notre comité participera à une cérémonie nationale du souvenir, à 10 heures, au Mont Valérien. Le rendez-vous est fixé sur place à 9h30 ; un départ sera également organisé depuis l’Arc de Triomphe, à 9 heures, à l’angle haut de l’avenue Friedland. Il n’y aura pas de délégation officielle de notre comité, mais certains de nos adhérents seront présents parmi les anciens combattants et le public.

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Publié le 28 Octobre 2007

Quête nationale, le 1er novembre.

 Comme chaque année, la quête nationale du Souvenir Français se déroulera le 1er novembre.

 


Pour Issy-les-Moulineaux, les quêteurs se tiendront à l’entrée du cimetière. La quête, source de financement de l’association, sert principalement à l’achat de fleurs pour les tombes d’hommes et de femmes ayant donné leur vie pour la France et dont les sépultures sont parfois à l’état d’abandon.
Pour rappel, les trois missions du Souvenir Français sont :
 
Ø      Conservation de la mémoire de celles et ceux qui sont Morts pour la France.
Ø      Entretien des tombes et monuments élevés à leur mémoire.
Ø      Transmission aux générations successives des valeurs de la République par, entre autres, le maintien du souvenir de ces morts.
 
Par avance, nous vous remercions de votre générosité.
Le Souvenir Français, comité d’Issy-les-Moulineaux.

 

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Publié le 19 Octobre 2007

Bien connus des isséens, Jacqueline et Roger Foveau animent l’association Issy Loisirs Entraide, fondée en 1983, dont le but est l’organisation d’activités culturelles, sportives et sociales.

 

 

 

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Jacqueline Foveau :
 
« En 1940, j’avais huit ans. J’étais à Saint-Denis. Avec mes parents et mon frère, nous habitions près du square Pierre de Geyter (le musicien de l’Internationale), à côté de la basilique. A l’école, j’étais chez les Sœurs de la Compassion. La « Drôle de guerre », c’était pour nous un jeu mais aussi une angoisse. Il y avait tout le temps des alertes. Alors, il fallait descendre dans la cave, prendre au passage les masques à gaz que la mairie nous avait distribués. Et puis on attendait, sans vraiment savoir ce qui allait se passer. Du haut de mes huit ans, c’était pour moi une aventure. D’autant que pour avoir des informations, nous allions au cinéma. Nous étions dans l’irréalité.
 
Vient le mois de mai : les Allemands envahissent notre cher pays. Les nouvelles sont horribles. L’Armée française est partout bousculée, défaite. Mon père est très inquiet. A l’usine, on lui demande de continuer, autant que possible, à travailler comme si de rien n’était. Et les troupes du Reich arrivent dans Saint-Denis. Les soldats se placent partout en ville ; prennent position à la mairie, dans les usines. Ainsi, mon père, bien entendu sans le vouloir – et comment résister ? – travaille maintenant pour eux, car la production est directement envoyée de l’autre côté du Rhin.
 
Dans notre vie quotidienne, les bouleversements sont immédiats : tout est réquisitionné. On commence à manquer. Il faut attendre des heures pour avoir un morceau de viande, du pain. On nous distribue des tickets, mais cela ne suffit pas. Mon père échange des bons pour du tabac contre du lait, dont je me rappelle même la marque : Guigoz !
 
Et puis, à l’école, l’atmosphère change. Le temps de l’insouciance est vite passé pour faire place à une réalité pour le moins terrible. Une de mes camarades me dit comment son père a été arrêté et fusillé pour acte de résistance.
 
La rafle du Vel d’Hiv, en 1942, cela a été quelque chose d’inimaginable. Je connaissais bien l’endroit pour y être souvent allée avec mon papy. Il était un fan de vélo. A Saint-Denis comme dans Paris, nous voyons la police française et la Gestapo entrer dans les immeubles, rechercher des juifs. Un monde de fous.
 
Manquant de tout, persuadée que nous pouvons être arrêtés d’un moment à l’autre – c’est le temps du STO (Service du Travail Obligatoire) – nous décidons de partir dans le sud, en Zone libre, au Puy en Velay, où des amis ont une grande maison. Alors, nous laissons mon grand-père paternel pour veiller sur notre appartement et nous voilà, mon père, ma mère, mon frère, mes deux grands-mères, entassés dans notre voiture, sur les routes de France.
 
Peu avant la ligne de démarcation, un gars nous hèle : « Ne prenez pas cette route, elle est bouchée. Passez à droite, c’est à couvert ». Bien nous en a pris : moins d’un quart d’heure plus tard, nous entendons des avions qui foncent sur la route. Le bruit est épouvantable ; une sorte de sirène qui vous glace le sang. Des balles passent à quelques dizaines de mètres de nous. Des morts partout. Des gens que nous avions vus quelques instants plus tôt : ils étaient là. Par terre. Allongés dans des flaques de sang.
 
Nous nous installons au Puy ; quelques mois. On survit au jour le jour. Là aussi, beaucoup de gens manquent de tout. Si la vie n’est pas meilleure en Haute-Loire, autant rentrer. Nous optons pour Pontoise où nous connaissons des personnes. Avec mon frère, me voilà inscrite à une nouvelle école, au milieu d’enfants que je ne connais pas. Mon père retourne à Saint-Denis, voir ce qu’il est advenu du grand-père. Il va bien.
 
Plus d’une année a passé. Les postes de radio nous donnent des informations. L’Armée allemande va de défaite en défaite. C’est le Débarquement ; un matin d’août 1944, je vois arriver des soldats français. C’est le délire. Nous pleurons de joie. Des gens sortent avec des drapeaux. Un jeune gars s’approche de moi. Nous sympathisons. Il me demande d’être sa marraine de guerre. Comment refuser ? Mon filleul, bien que plus âgé que moi, repart deux jours plus tard pour l’Est. Il a une guerre à continuer. Et nous restons amis. Nous le sommes toujours restés. Aujourd’hui, il a 83 ans, il habite le sud de la France et se porte merveilleusement bien.
 
C’est au tour des Américains d’entrer dans Saint-Denis. D’eux, je me souviens surtout m’être gavée de chocolat et de chewing-gums. Et puis, il y a des bas nylons. Quelle révolution ! J’ai conservé ma première paire plus d’un an.
 
Après la guerre, je suis entrée comme sténodactylo à la Société Générale d’Entreprise, rue du Faubourg Saint Honoré, en face de l’Elysée (j’y ai vu Vincent Auriol). C’est là que j’ai rencontré Roger, qui faisait un stage.»
 
Roger Foveau :
 
« Je suis un gars du Nord, un Ch’ti, né en 1929, à Saint-Saulve. Ma mère était gouvernante et mon père jardinier. Nous étions logés dans la maison de la famille Billiet, grande famille du Nord – Jules Billiet a été maire de Valenciennes de 1919 à 1925.  Cette famille avait neuf enfants ; et moi, j’étais enfant unique.
 
1939 : mon père est mobilisé. Je ne le reverrai plus pendant cinq ans. Dès les premiers combats, il a été fait prisonnier. Comment voulez-vous résister quand vous êtes cavalier et qu’on vous demande de charger face à des chars ennemis ? Pris, il part en Allemagne et restera dans une ferme jusqu’en 1945.
 
Les informations sont alarmantes. Les troupes du Reich arrivent. Il faut nous sauver au plus vite. Monsieur Billiet décide de rester dans la maison familiale ; ma mère, Madame Billiet, les enfants et moi prenons les voitures. Nous partons pour Brest, où nous devons être hébergés chez des amis. Et c’est dans cette ville que j’ai vu « mon » premier soldat allemand.
 
Finalement, nous rentrons à Valenciennes puis à Paris. Mr Billiet étant Président de la Bonneterie de France, dont le siège est à Paris, nous logeons dans l’immeuble du boulevard de Strasbourg. Les Billiet occupent le second étage, quant à ma mère et moi, nous nous installons au 3ème étage. Comme tous les enfants, je vais à l’école. Mon quotidien est difficile, nous manquons un peu. Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir été réellement privé. J’étais chanceux.
 
Pour moi, la Seconde Guerre mondiale, ce sont surtout deux moments inoubliables. L’un est affreux : ce sont les femmes tondues puis fusillées devant la mairie du 10ème arrondissement. D’ailleurs, on peut encore voir les traces des balles.
 
Le second, c’est l’arrivée du général de Gaulle à l'Hôtel de Ville. Là où il a tenu ces paroles extraordinaires : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré, libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. »
 
J’y étais ! Oh, bien entendu, je n’étais pas placé à côté du général. Mais dans la foule, tout proche, il y avait là un jeune gars et c’était moi !
 
Après la guerre, j’ai préparé un concours pour entrer à l’Ecole des travaux publics et j’en  suis sorti ingénieur en 1950. J’ai commencé par faire un stage dans l’Est (où je me suis occupé de l’application du plan Marshall) puis un second stage dans la fameuse Société Générale d’Entreprise (qui appartient aujourd’hui à Vinci). Et, j’ai rencontré la Jacqueline.
 
Nous nous sommes mariés, à Saint-Denis, dans la basilique, et nous avons eu trois enfants : Jean-Michel, Eric et le petit dernier, Patrick. »

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Publié le 11 Octobre 2007

 


Le dimanche 29 août 2004, André Santini inaugurait, à Issy-les-Moulineaux, la place Groupe Manouchian, et prononçait un discours sur l’histoire de ces résistants. Henry Karayan, proche du Groupe Manouchian et Georges Duffau, fils de Joseph Epstein, responsable pour la Région Parisienne des Francs Tireurs et Partisans Français, prononcèrent également des discours.
 
Quelle est donc l’histoire du Groupe Manouchian ?
 
Missak Manouchian est né le 1er septembre 1906, dans le village d’Adyaman en Turquie, au sein d’une famille de paysans arméniens. Il a huit ans quand son père meurt, probablement tué par des militaires turcs. Puis sa mère disparaît à son tour, victime de maladie et de la famine qui touche la population arménienne à cette époque. Le jeune Missak est recueilli par une famille kurde puis par une institution chrétienne syrienne. Ce pays est alors sous protectorat français. L’arrivée en France, à Marseille, se déroule en 1925.
 
Missak apprend le métier de menuisier. Pour autant, il n’y accorde guère d’intérêt. Son plaisir est dans la fréquentation des bibliothèques et les cercles intellectuels arméniens. Il quitte rapidement le sud de la France pour se fixer à Paris. Il suit des cours de littérature, de philosophie et d’histoire. Dans le même temps, il fonde avec des amis deux revues littéraires : Tchank (Effort) et Machagouyt (Culture).
 
Proche des idées révolutionnaires, Missak Manouchian adhère et milite en 1934 au Parti communiste, participe aux « universités ouvrières » créées par les syndicats ouvriers (CGT) et s’enrôle dans le groupe arménien de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). Groupe dont il prend le contrôle après la défaite française de 1940, tout en maintenant ses activités militantes, devenues illégales après l’interdiction du Parti communiste en France, faisant suite à la signature du pacte Germano-Soviétique (août 1939). Arrêté puis rapidement libéré (la police ne retient aucune charge contre lui), Missak Manouchian est versé avec son groupe, en 1943, dans la FTP-MOI, groupe de Francs-Tireurs Partisans (créé en 1941 par la direction du parti communiste français), dirigée par Boris Holban. En quelques mois, Manouchian est nommé commissaire technique des FTP-MOI. Il multiplie les actions contre l’ennemi nazi : attentats, sabotages, déraillements de train sont fréquents. Leur plus grand fait d’armes consiste en l’exécution, le 28 septembre 1943, du général SS Julius Ritter ; cet événement a un impact très important à Berlin et Heinrich Himmler donne l’ordre à son représentant en France, Karl Oberg, de réprimer les auteurs de l’acte.
 
A cette époque, le dirigeant pour la Région Parisienne des Francs-Tireurs Partisans est Joseph Epstein. Il donne rendez-vous à Missak Manouchian le 15 novembre 1943 à Evry Petit-Bourg (devenue Evry). Suivi depuis son domicile jusqu’au lieu de la rencontre (il semble que Missak Manouchian ait été vendu), les deux résistants sont arrêtés et torturés. Ils ne parleront pas. Les Brigades Spéciales des Renseignements Généraux, alliées de Berlin, finissent par démanteler l’ensemble du réseau. Après un simulacre de procès, vingt-deux membres du Groupe Manouchian, sont fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944 (Joseph Epstein est exécuté le 11 avril 1944). En vain, la propagande allemande tente de faire passer les résistants pour des criminels, au moyen d’une affiche demeurée célèbre : l’Affiche Rouge.
 




 

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Publié le 28 Septembre 2007

 

Guy Ducoloné à Issy-les-Moulineaux, le 29 avril 2007 à l'occasion de la Journée de la Déportation.

Guy Ducoloné est résistant, déporté, président de l’association Buchenwald-Dora et Kommandos, officier de la Légion d’Honneur, ancien dirigeant du Parti communiste français, conseiller général d’Issy-les-Moulineaux (1953-1988), député des Hauts-de-Seine (1964-1988), ancien vice-président de l’Assemblée nationale, député honoraire.
 
Le 14 juillet 2007, à l’occasion de la réception française à Buchenwald, Guy Ducoloné a remis, au nom de l’ancien président de la République, Jacques Chirac, les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite à Inge et Gerhard Eisenäscher, pour leur aide et leur soutien aux prisonniers français d’Ellrich, et leur travail de Mémoire. Guy Ducoloné a également prononcé le discours suivant.
 
« Lorsqu’en juillet 1937 commençait la construction du camp de Buchenwald, nous avions, en France, célébré le 14, le 148ème anniversaire de la Révolution française. Juillet 1937, c’était en France le temps du Front Populaire et les dizaines de milliers de parisiens, qui défilaient alors de la place de la République à la Bastille, proclamaient : «  à bas le fascisme italien, à bas le nazisme hitlérien, vive la République espagnole ».
 
Nous savions qu’il y avait des camps de concentration où des milliers d’Allemands étaient enfermés. Le nom de Dachau était connu, d’une part, par les reportages de Marie-Claude Vaillant Couturier et, d’autre part, par les récits que nous faisaient des jeunes et des moins jeunes antifascistes allemands qui avaient pu fuir l’Allemagne hitlérienne. Mais, avouons-le, ce n’est qu’à partir de 1942, que les quelques 170.000 femmes et hommes (dont 80.000 juifs) partis de France, connurent la réalité monstrueuse des camps. Plus de 25.000 d’entre eux arrivèrent à Buchenwald jusqu’aux derniers convois venant de l’est de la France en novembre 1944.
 
* * *
 
Ainsi, en ce 14 juillet 2007, nous avons voulu, chers amis, vous donner ce rendez-vous. Merci à vous, chers camarades internés et vous tous, amis allemands, d’être présents. Fête nationale en France, le 14 juillet porte témoignage de la chute de la monarchie et de la liberté prochaine annoncée.
 
* * *
 
C’est pourtant un 14 juillet qu’un jeune allemand de 18 ans fut, en 1943, victime indirecte de notre hymne national : la Marseillaise. Ce 14 juillet, un prisonnier de guerre français travaillant en usine a demandé à un garçon allemand de jouer la Marseillaise sur son harmonica. L’hymne fut joué et son interprète, dénoncé, se retrouva à Buchenwald.
 
Merci camarade Gunther Pappenheim de ta présence parmi nous. Merci de ton geste fraternel et courageux du 14 juillet 1943. Tu fus notamment ce jour-là de ceux à qui s’adresse le couplet : « Liberté, liberté chérie, combat avec tes défenseurs ». Ainsi, sans peut-être le savoir, Gunther effaçait à sa manière ce 14 juillet 1933 où Hitler proclamait le NSDAP (le parti Hitlérien) parti unique en Allemagne.
 
Souvenons-nous toujours que ce chant résonna en janvier 1943 à l’entrée d’Auschwitz de 230 patriotes françaises. C’est encore sur ces paroles que les 2.000 Français ayant échappé aux marches de la mort se sont rassemblés, avec tous les détenus présents, pour prêter le 19 avril 1945 le Serment de Buchenwald. Ces hommes de toutes les nationalités ont, ce jour-là, juré que : « Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté ».
 
* * *
 
Nos rencontres de ce mois de juillet 2007 prouvent que nous sommes encore nombreux en Allemagne, en France, en Russie, en Pologne, dans l’ex-Yougoslavie et dans les autres pays d’Europe, à demeurer fidèles à ce Serment et à poursuivre notre action sur la même voie. Nous voulons tous que les jeunes de nos pays, que leurs parents ne soient plus confrontés à la guerre.
 
Nous voulons que les jeunes et les moins jeunes conservent, non seulement le souvenir de nos camarades morts en ces lieux ; mais surtout qu’ils maintiennent le souvenir des causes et des responsables de leur mort et de nos misères. Aidons-les à refuser le mépris et la haine de l’autre quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion. Nous qui sommes encore présents, aidons les plus jeunes à refuser et à combattre les sentiments racistes, colonialistes ou antisémites. Aidons-les à refuser les idées de conquêtes mais à cultiver les idées de fraternité et de concorde entre les peuples.
 
* * *
 
Les dizaines de milliers de détenus à Buchenwald, comme dans les autres camps à des degrés divers et malgré leurs différences de culture et des langues parlées, ont su s’unir dans leurs comités nationaux clandestins de résistance et dans le Comité international clandestin. Cela permit à ceux d’entre-nous présents au camp le 11 avril 1945 de dire « Nous sommes libres » aux unités américaines arrivées dans l’après-midi.
 
Je vous souhaite, chers amis, que nous puissions, encore longtemps, marcher d’un même pas dans la liberté et dans la paix. »

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Publié le 21 Septembre 2007

 

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Le 14 mars 2007, à l’Hôpital Suisse d’Issy-les-Moulineaux, disparaissait une grande dame de la Résistance : Lucie Aubrac.

 

Lucie Aubrac, de son vrai nom Bernard, puis épouse Samuel, voit le jour le 29 juin 1912, dans une famille de viticulteurs du Mâconnais. La jeune Lucie suit de brillantes études, qui l’amènent à passer avec succès le concours de l’Ecole normale primaire et devenir professeur. Rapidement indépendante, en accord avec l’esprit de rébellion, la jeune femme s’engage dans les Jeunesses communistes à l’âge de vingt ans. Pour autant, son refus de l’embrigadement lui dicte de ne pas suivre les cours de l’Ecole de Moscou.
Agrégée d’histoire, nommée professeur à Strasbourg, Lucie y fait la connaissance de sa vie : Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées, issu de la bourgeoisie juive et de deux ans son cadet. Ils se marient en 1939. A l’automne 1940, Lucie et Raymond Samuel se réfugie à Lyon. Lors d’un passage à Clermont Ferrand, Jean Cavaillès, qui fut le collègue de Lucie à Strasbourg, leur présente Emmanuel Astier de la Vigerie. Celui-ci a créé, dès le début de la guerre, une organisation anti-nazie dénommée « La dernière colonne ». Dès lors, le couple donne tout son temps libre à cette organisation.

L’année suivante, Lucie et Raymond Aubrac (ils ont emprunté ce nom à un personnage de roman policier), entrent de plus en plus en clandestinité et participent au mouvement de Résistance « Libération » dont Emmanuel Astier de la Vigerie est l’âme fondatrice. Ce qui n’empêche pas la jeune femme de conserver son métier de professeur. Jusqu’en novembre 1943, elle enseigne au lycée de jeunes filles Edgard Quinet de Lyon. « Libération » devient rapidement l’un des plus importants mouvements de la Zone sud, avec « Combat » d’Henry Frenay. Chargé de la branche paramilitaire de l’organisation, Raymond Aubrac est arrêté une première fois en mars 1943. Il est libéré grâce à l’action de son épouse.

Le 21 juin 1943, Raymond Aubrac participe, à Caluire, à une réunion importante, en compagnie de plusieurs hauts membres de mouvements clandestins, dont Jean Moulin, chef du Conseil National de la Résistance. Les hommes de Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, au courant de la situation, entourent la villa Castellane qui sert de couverture aux résistants. Tous les hommes sont arrêtés.

Lucie Aubrac monte alors une opération armée pour faire libérer son époux et ses compagnons. Se faisant passer pour la fiancée du prisonnier, Lucie, prétendument enceinte, rencontre Klaus Barbie et lui demande d’autoriser le mariage en prison. Raymond peut être fusillé ; il ne peut laisser la jeune femme dans le déshonneur. A l’occasion de ces rencontres, Lucie fait passer des plans d’évasion à son mari. Pendant un transfert, le 21 octobre 1943, elle décide avec ses compagnons de passer à l’action. Le camion dans lequel se trouvent Raymond et quatorze résistants est attaqué. Quatre soldats allemands trouvent la mort dans l’accrochage. A la suite de cette action, le couple Aubrac rejoint Londres. C’est là que leur fils, Jean-Pierre, nait en février 1944.
Après la guerre, Raymond Aubrac est nommé, à Marseille, Commissaire de la République. De son côté, Lucie Aubrac représente le Mouvement de libération nationale à l’Assemblée consultative à Paris. Par la suite, redevenue professeur, elle utilise sa notoriété dans des combats pour la décolonisation du Maroc et de l’Algérie, participe aux instances dirigeantes du Mouvement de la Paix, d’inspiration communiste, s’engage auprès d’Amnesty international et de différentes associations de défense des Droits de l’homme.
Grand officier de la Légion d’honneur, Lucie Aubrac est l’auteur de plusieurs ouvrages : La Résistance (R. Lang 1945) ; Ils partiront dans l’ivresse (Le Seuil, 1984) ; La Résistance expliquée à mes petits-enfants (Le Seuil, 2000).

En 1997, l’histoire des Aubrac est portée à l’écran grâce à un film réalisé par Claude Berri.
 

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