Publié le 14 Octobre 2015

Un Comité à Vanves !

Le Comité est heureux d'annoncer la naissance d'une Section à Vanves ! Cette section est présidée par Monsieur Jacques Landois, qui fut longtemps maire-adjoint de cette commune, chargé des Anciens combattants.

Premier travail : être présent aux cérémonies de la commémoration de l'armistice de la Première Guerre mondiale pour un dépôt de gerbe au nom du Souvenir Français.

Et que longue vie à cette Section !

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Publié le 7 Octobre 2015

Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).
Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).

Il n’est pas rare dans les carrés militaires de voir des tombes de soldats, ou des civils, morts en Algérie, mais après les Accords d’Evian du 19 mars 1962. Une date est d’ailleurs marquée à jamais du sceau noir de la mort. Il s’agit du 5 juillet 1962…Comment en est-on arrivé là ?

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités.

Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

« Une victoire française sur le terrain ».

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

Oran – 5 juillet 1962.

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

Sources :

  • Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr
  • Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.
  • Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 19 Septembre 2015

L’exploration du Mékong et l’étude de sa navigabilité ont été un défi majeur pour tous les officiers de marine et scientifiques français qui ont sillonné le fleuve pendant près de 50 ans, depuis la première mission de reconnaissance dirigée par Doudart de Lagrée (1866-1868) jusqu’aux ultimes tentatives de franchissement des rapides du haut-Laos dans les premières années du XXème siècle.

L’histoire de cette exploration a été marquée, en particulier dans sa partie laotienne, par une succession d’exploits humains et de prouesses techniques inimaginables, mais aussi d’accidents dramatiques. En effet, malgré les compétences et le courage des hommes engagés dans ces missions à risque, les dangers du Mékong ont fait de nombreuses victimes. Si certaines personnalités disparues tragiquement sont toujours présentes dans nos mémoires grâce aux articles, monuments funéraires ou plaques commémoratives qui leur ont été consacrés et qui existent toujours (Général de Beylié, Docteur Rouffiandis, Henri Mouhot, Capitaine Quilichini), d’autres n’ont pas eu cette chance posthume et restent totalement oubliés, bien que leurs exploits n’en soient pas moins dignes.

C’est le cas du commandant Diacre dont j’ai retrouvé par hasard la trace il y a quelques années grâce à une ancienne carte de la région des chutes de Khone, publiée dans le volume Indochine du Sud de la série des Guides Madrolle, que je m’étais procurée dans le cadre des recherches que je mène sur l’histoire de l’exploration du Mékong.

Sur cette carte, un détail à peine visible avait attiré mon attention : un petit symbole cruciforme était représenté sur la berge sud-ouest de l’île de Sadam (Don Sadam), accompagné de la mention « Mont. Diacre ». Comme l’abréviation le laissait supposer, il devait certainement s’agir d’un monument, mais j’étais curieux de savoir pourquoi il était situé à cet endroit, quelle était sa fonction précise et que signifiait le mot « Diacre ». J’ai d’abord imaginé que c’était un édifice utilisé par un diacre local pour célébrer sur place des offices religieux. Mais cela semblait bien peu probable car le lieu n’a jamais été beaucoup peuplé et encore moins par des chrétiens. Puis, la majuscule à « Diacre » m’a mis sur la piste d’un nom de famille. Après des recherches dans les dossiers personnels des officiers de marine ayant servi au Laos et grâce au fichier des anciens élèves de l’Ecole navale, j’ai enfin trouvé l’explication à cette annotation mystérieuse : il s’agissait d’un monument funéraire érigé à la mémoire du capitaine de frégate Jules Diacre, chevalier de la Légion d’Honneur, disparu tragiquement le 6 août 1903 à l’âge de 39 ans lors du naufrage de sa pirogue dans le Hou Sadam, une des nombreuses passes parmi les rapides de Khone.

Une victime de plus qui vient se rajouter à la longue liste des marins morts accidentellement dans le Mékong dans l’accomplissement de leur devoir !

En présentant cette courte biographie, je suis heureux de faire revivre le souvenir de ce brillant officier de marine tombé malheureusement dans l’oubli depuis longtemps. Jules, Louis, Marie, Joseph Diacre est né le 10 mars 1864 à Chevilly (Loiret) où son père était instituteur. Il manifeste très tôt des goûts prononcés pour la marine et entre à l’Ecole navale en 1880. Dès sa sortie de l’école d’application en 1883, l’aspirant Diacre est envoyé au sein du corps expéditionnaire de Chine, à l’escadre d’Extrême-Orient commandée par l’amiral Courbet.

Il est embarqué à bord du Bayard puis rejoint l’équipage du cuirassé La Triomphante, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Pierre Dehorter. Il participe à la guerre franco-chinoise (août 1884 – avril 1885) en particulier aux combats de Fou-Tchéou (23 août 1884) et de la rivière Min (26-29 août 1884), à l’attaque de Formose et à la prise de Keelung (1er octobre 1884). Le 8 octobre 1884 il est grièvement blessé au bras lors de la bataille de Tamsui où il se distingue par son courage en protégeant, malgré sa blessure et le feu nourri des Chinois en supériorité numérique, la retraite de ses camarades et du commandant Dehorter, mortellement touché. Ce dernier décèdera le 16 octobre, après huit jours d’agonie à bord de La Triomphante durant la traversée de Keelung à Saïgon.

Il est décoré pour cet acte de bravoure à l’âge de vingt ans, avant d’être promu enseigne de vaisseau le 10 décembre 1884. Il conservera de la grave blessure contractée à Tamsui (son bras droit a été traversé par une balle) une certaine faiblesse au niveau du membre qui le fera souffrir toute sa vie et lui sera probablement fatale lors de l’accident du Mékong.

En 1886 Diacre est affecté à la division navale de l’Océan Indien à bord du croiseur Limier qui participe à la campagne de Madagascar. Le 25 août 1889, il est promu lieutenant de vaisseau et part rejoindre à nouveau l’escadre de Chine, à bord de La Triomphante. De retour en France, il suit la formation de torpilleur à l’Ecole des torpilles dont il ressort officier breveté en 1896, commandant le Torpilleur 97 de la Défense Mobile de la Corse. Le 11 juillet 1896, il est nommé chevalier de la Légion d’Honneur. En 1898 il est attaché au ministère de la Marine à Paris, à la 4ème section de l’Etat-major général.

Le 6 juin 1899 il quitte la France pour prendre le commandement de l’aviso La Caravane, un transport de munitions de 3ème classe faisant partie de l’escadre d’Extrême-Orient. Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1900, lors d’une mission de routine le long des côtes du Japon, le bâtiment est percuté accidentellement par un vapeur japonais qui le traverse de part en part, alors qu’il navigue sur la mer intérieure entre Kobé et Takou. La Caravane coule en moins de sept minutes, faisant deux victimes parmi l’équipage, un officier et un quartier-maître. Le bilan aurait pu être plus élevé sans la conduite exemplaire et la bravoure des officiers et la discipline de l’équipage. En vertu des règlements de la marine française qui exigent que le commandant de tout bâtiment de guerre disparu soit traduit devant un conseil de guerre qui juge sa conduite, Diacre comparaît en 1901 devant le 1er conseil de guerre maritime de Toulon présidé par le capitaine de vaisseau Compristo. Mais le réquisitoire du commissaire du Gouvernement est entièrement à l’éloge du commandant de La Caravane et le conseil rend un jugement acquittant, à l’unanimité, le lieutenant de vaisseau. Son président va même jusqu’à le féliciter pour le sang-froid et le courage dont il a fait preuve avec son équipage dans les terribles circonstances qu’il a traversées et le propose au tableau d’avancement pour le grade de capitaine de frégate.

Après son acquittement, il est envoyé en Angleterre pour négocier, en remplacement du transport perdu, l’achat d’un navire affecté au Service du littoral, auquel il donne le nom de Loiret et dont on lui confie le commandement. Promu au grade de capitaine de frégate le 1er avril 1902, il est envoyé à Saïgon comme second à bord du cuirassé Redoutable qui appartient à la division de réserve de l’escadre d’Extrême-Orient commandée par le capitaine Charles Duroch. Durant son séjour en Indochine, il se passionne pour la navigation sur le Mékong et les améliorations qui peuvent être apportées au service des transports, en particulier sur le bief laotien du fleuve. Ayant appris qu’une des passes au milieu des rapides de Khone, le Hou Sadam, était fréquemment traversée par les pirogues de commerçants indigènes ou de colons, il élabore le projet de la parcourir d’amont en aval pour en faire la reconnaissance.

Après avoir obtenu l’autorisation du chef de la division navale de réserve, il s’embarque le 6 août 1903 à l’entrée nord du chenal à bord d’une pirogue spécialement aménagée, en compagnie du lieutenant de vaisseau Georges Eugène Simon, directeur des Messageries fluviales de Cochinchine et pionnier de l’exploration des chutes de Khone, de Monsieur Demay, commis de l’Agence des Messageries, et de quatre bateliers. A un tournant du fleuve, l’embarcation chavire à cause des lames très fortes et tout l’équipage se retrouve à l’eau. Un moment les hommes arrivent à se maintenir à la surface, accrochés à la pirogue emportée par un courant impétueux. Mais bientôt, par suite d’une manœuvre des bateliers essayant de redresser le bateau, tout le monde se retrouve plongé sous l’eau. Le commandant Diacre, sans doute gêné par sa vieille blessure de guerre, n’arrive pas à remonter à la surface et est englouti par le tourbillon des eaux, en même temps qu’un des piroguiers. Non sans peine, le capitaine Simon et M. Demay rejoignent la berge où ils retrouvent les trois bateliers rescapés du naufrage. Durant deux jours Monsieur Simon entreprend d’intenses recherches le long des berges pour tenter de retrouver l’infortuné officier. En vain ; malgré tous les efforts possibles, le corps du commandant Diacre ne sera jamais retrouvé.

Faute de pouvoir le porter en terre dans une sépulture décente, un petit monument sera élevé à proximité du lieu du naufrage, le long de l’île de Sadam, afin de rappeler la mémoire de ce courageux officier de marine victime de l’amour de son métier et de son désir d’en étendre la connaissance et l’expérience.

A cet endroit peu fréquenté, le monument au commandant Diacre va tomber dans l’oubli et faute d’entretien, il se détériore rapidement, victime des crues successives du fleuve à la saison des hautes eaux. De passage dans la région de Khone en mars 2012, je me suis rendu en pirogue à moteur jusqu’au village de Ban Sadam sur l’île du même nom afin d’obtenir quelques renseignements sur le sujet. Les habitants m’ont conduit auprès d’un vieux Laotien qui se souvenait de l’édifice à la mémoire d’un farang. Il a bien voulu me conduire le long de la berge du Mékong sur le terrain d’un jeune propriétaire local. Nous avons traversé plusieurs de ses champs et à un endroit précis, au beau milieu de cultures potagères, le vieil homme s’est arrêté et m’a désigné de la main le lieu où se trouvait le monument à l’époque. J’ai pu vérifier que l’emplacement correspondait précisément à celui indiqué sur ma vieille carte Madrolle ! Par contre, je n’ai retrouvé aucun reste du monument…

Jean-Michel STROBINO

Sources :

Cet article est extrait du site Internet du Souvenir Français de Chine et d’Asie, dirigé par Monsieur Claude R. Jaeck.

Adresse Internet : www.souvenir-francais-asie.com

Le commandant Diacre.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 11 Septembre 2015

A droite, Lucette Pontet, porte-drapeau du Comité isséen de la FNDIRP.
A droite, Lucette Pontet, porte-drapeau du Comité isséen de la FNDIRP.

Lucette n’est plus et c’est bien triste. Elle s’est éteinte le 3 septembre 2015, à l’âge de 79 ans. Pilier du Comité d’Issy-les-Moulineaux de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) longtemps présidé par Mr. Guy Ducoloné, et du Souvenir Français, Lucette était la veuve d’André Pontet, décédé en 1999, et qui avait connu l’horreur des camps de concentration nazis.

Fidèle à ses convictions et ses engagements, les anciens combattants d’Issy et le Comité du Souvenir Français pouvaient toujours, par tous les temps et en toutes circonstances, compter sur l’implication de Lucette Pontet.

Le Souvenir Français et l’ensemble des associations patriotiques et d’anciens combattants présentent toutes leurs sincères condoléances à sa famille et ses proches.

Tu nous manqueras Lucette !

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Publié le 5 Septembre 2015

Le mémorial des marins français à Penang.

La cérémonie inaugurale du mémorial du Mousquet a eu lieu à Penang, le jeudi 9 avril 2015 dans l’enceinte de l’Eglise de l’Assomption. Le Mousquet est un contre-torpilleur français coulé dans les eaux de Penang le 28 octobre 1914 après une rencontre fortuite avec un croiseur allemand, l’Emden. La construction de ce mémorial coïncide avec les cérémonies du centenaire de la Première Guerre mondiale. Il honore la mémoire des 43 marins français et vietnamiens qui ont péri au cours de cette « Bataille de Penang ».

 

Mémorial pensé et réalisé par l’architecte Edmond Khoo Boo Hean, il est installé dans le jardin de l’Eglise de l’Assomption à Georgetown. C’est le premier monument de Malaisie pour des soldats français morts lors des deux guerres mondiales.

 

La cérémonie a rassemblé une quarantaine de personnes parmi lesquelles l’Evêque de Penang, Rt. Rev. Sebastian Francis. Le Capitaine de Vaisseau Pierre Mesnier, Attaché de Défense français à Kuala Lumpur. Le Consul honoraire de France, Mr. Teoh Seng Aun et son prédécesseur Datuk Lubna Jumabhoy. Le Consul d’Allemagne, Mr. Herbert Weiler. Le Consul de Russie, Mr. Teoh Seng Lee. Le Directeur de l’Alliance Française de Penang, Mr. Rahime Bouaziz Le Dr. John Robertson, auteur du livre « The Battle of Penang ».

 

Alors que retentissait la Marseillaise, une couronne de fleurs aux couleurs de la France a été déposée au pied du monument par le Capitaine de Vaisseau Pierre Mesnier. Une réception a par la suite été organisée dans les locaux de l’Alliance Française de Penang où le Dr. John Robertson a procédé à un rappel historique de la bataille.

Le mémorial des marins français à Penang.

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Publié le 26 Juillet 2015

L'Arménie en l'an 1000.

L'Arménie en l'an 1000.

Une brève histoire de l’Arménie.

 

Peuplée dès l’ère paléolithique, l’Arménie est l’un des berceaux de la révolution néolithique. Autour du lac de Van, un Etat se forme dès le 9e siècle avant JC, réunissant les diverses tribus du plateau arménien. Elles ont l’Empire assyrien pour ennemi principal. C’est alors que sont mentionnés les Arméniens : leur origine reste obscure, mais on a longtemps admis que ces Indo-européens se seraient mélangés aux populations originelles de cette région, les Ourartéens (ou Urartéens). Par la, l’Arménie est dominée par les troupes d’Alexandre. Mais un très grand souverain, Tigrane II, réussit à unifier tous les Arméniens et lancent ses armées à la conquête de l’Anatolie. Alors, l’Arménie domine tout le Moyen-Orient, de la Transcaucasie à la Palestine. Cet expansion va être vite contrariée par l’Empire romain : Pompée va réduire l’Arménie au rôle de vassal. Etat qui va être pendant des années – mais l’Histoire se répétera bien souvent – l’un des champs de bataille préférés d’empires ennemis des Romains contre les envahisseurs de l’Est.

 

En 301, l’Arménie est le premier Etat à adopter officiellement le christianisme.

 

Puis l’Arménie tombe aux mains des envahisseurs musulmans. Libérés par les armées croisées, l’Arménie devient leur allié et retrouve quelques temps, entre 1180 et 1375, un territoire digne de son histoire. Ainsi, sous le règne de Léon II le Magnifique (1187-1219), la Petite Arménie (créée sur les territoires de Cilicie) est érigée en royaume feudataire du Saint-Empire romain germanique et reçoit une organisation analogue à celle des Etats latins d’Orient. Mais le royaume meurt en 1375 sous les attaques des Mamelucks. Le dernier roi arménien de Cilicie, léon VI de Lusignan meurt à Paris en 1393. Il est enterré à la basilique royale de Saint-Denis.

 

Pendant près de cinq siècles, l’Arménie devient l’enjeu de conflits entre les Ottomans et leurs ennemis. Les Arméniens ne sont reconnus que comme minorité religieuse.

 

Dans l'Empire ottoman, ils constituent, depuis 1461, l'Ermeni Millet (nation arménienne), sous la responsabilité du patriarcat de Constantinople, qui exerce des charges à la fois spirituelles et temporelles. Parmi les Arméniens de Constantinople se forme une petite oligarchie de financiers et de grands négociants, proche du pouvoir ; mais la majeure partie de la nation, les paysans et petits artisans des provinces de l'Est sont soumis, sur leurs terres, à l'arbitraire des gouverneurs et des grands propriétaires fonciers, ainsi qu'aux brigandages des tribus nomades kurdes.

 

L'oppression s'accentue au 19e siècle, avec la décadence de l'Empire et une évolution démographique défavorable aux chrétiens (installation de tribus kurdes et de réfugiés musulmans de Russie et des Balkans en Anatolie). Exactions fiscales, expropriations, pillages, viols, massacres provoquent de nombreux exodes. Après avoir attendu en vain l'aide de la papauté et des princes européens, les Arméniens reportent leurs espoirs de libération sur la Russie orthodoxe, qui s'étend au Caucase, aux dépens des Empires ottoman et persan.

 

Les provinces orientales de l’Arménie passent sous domination russes, après plusieurs traités dont ceux de Gulistan (1813) et d’Andrinople en 1829. Là, les Arméniens sont protégés – ils sont chrétiens orthodoxes comme les Russes. Ce n’est pas le cas des Arméniens occidentaux qui sont pourchassés et exterminés par les Ottomans en 1915.

 

Les Accords Sykes - Picot.

Les Accords Sykes - Picot.

Les accords, »Sykes-Picot ».

1915 : la guerre fait rage dans toute l’Europe et le Moyen-Orient. Les diplomates sont à la manœuvre avec une approche aussi vieille que le monde : et quand viendra la fin de la guerre que ferons-nous des territoires conquis ?

 

Le 16 mai 1916, faisant suite à un long travail préparatoire de plusieurs mois entre paul Cambon, ambassadeur de la République française à Londres et Sir Edward Grey, secrétaire d’Etat au Foreign Office, l’accord Sykes-Picot est conclu entre la France et le Royaume-Uni à Downing Street entre Sir Mark Sykes et François-Georges Picot. Cet accord prévoit à terme un découpage du Moyen-Orient, c’est-à-dire l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l’Empire ottoman. La Russie tsariste et l’Italie approuvent.

 

En dépit des promesses d’indépendance faites aux Arabes, le Moyen-Orient est découpé en 5 zones :

 

  1. Zone bleue française : administration directe du Liban et de la Cilicie.
  2. Zone arabe A : zone d’influence française, comportant le nord de la Syrie et la province de Mossoul.
  3. Zone rouge britannique : administration directe du Koweït et de la Mésopotamie (Irak).
  4. Zone arabe B : zone d’influence britannique ; sud de la Syrie, plus Jordanie et la future Palestine mandataire.
  5. Zone brune : administration internationale pour Saint-Jean-D’acre, Haïfa et Jérusalem.

 

Mais les bolchéviks russes, au pouvoir en 1918, montrent ces accords au pouvoir ottoman qui les transmet au chérif Hussein de La Mecque. Les occidentaux doivent finalement faire machine arrière sur un certain nombre de points et finalement, en 1920, tout le monde se et d’accord à Sèvres, près de Paris.

 

Une république arménienne est proclamée, de même qu’un territoire kurde, la Syrie et le Liban passent sous administration française, tandis que la Jordanie, l’Irak, le Koweït. L’Empire ottoman, bientôt république turque, est réduite à quelques territoires sur la côte occidentale du Bosphore et l’Anatolie ouest et centrale.

 

Quelques années plus tard, la République arménienne est annexée par l’URSS, le territoire kurde n’a jamais été créé et la Turquie a récupéré tous les territoires pris par les Grecs.

 

 

Soldats de la Légion d'Orient.

Soldats de la Légion d'Orient.

La Légion d’Orient.

Un accord franco-arménien de 1916 établit la Légion arménienne : celle-ci consiste à monter une troupe de volontaires arméniens, associée à la Légion étrangère, pour combattre l’Empire ottoman.

 

Commandée par des officiers français, celle-ci est stationnée à Chypre et se compose de volontaires arméniens et syriens. Commandée par le commandant d’infanterie Louis Romieu, la légion est déployée en Palestine, où effectivement elle combat contre les troupes du Reich allemand et de l’Empire ottoman. Après ces victoires, la légion est envoyée dans le sud de l’Anatolie, autour des villes d’Adana et de Mersin.

 

Comme six siècles plus tôt, il est à nouveau question de créer un territoire arménien en Cilicie. Espoir de courte durée : en 1920, la France reconnait l’autorité turque sur cette région et dissous la Légion arménienne…

 

Chrétiens et musulmans en Orient : 3/3 - Période contemporaine.

Et depuis…

 

Et depuis, que d’événements… Les guerres sont moins meurtrières mais toujours aussi nombreuses. L’événement le plus important est la création de l’Etat d’Israël en 1948, qui a donné lieu à trois guerres (1948, 1967 et 1973). Les occidentaux sont partis. Certains pays arabes ont tenté de s’associer (Syrie, Irak, Egypte), en vain. L’invasion irakienne au Koweït a déclenché la Guerre du Golfe en 1990, suivie par l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. La Palestine attend son Etat. Les « printemps » arabes ont bouleversé la donne politique dans plusieurs Etats (Tunisie, Libye, Egypte, Syrie). Et des groupes terroristes en ont profité pour se développer (Al Qaeda, Daech). L’Orient est toujours aussi compliqué. Une chose ne change pas : régulièrement, dans certains pays de cette zone géographique, des chrétiens, pourtant bien souvent présents sur ces territoires depuis des siècles et des siècles, sont pourchassés et éliminés parce que chrétiens.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Merci à l’association des combattants arméniens, ANACRA, et son président du Comité d’Issy-les-Moulineaux, Monsieur Jacques TCHIRBACHIAN.
  • Archives de l’Anacra.
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
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  • L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.
  • Henry Laurens, « Comment l’Empire ottoman fut dépecé », dans le Monde Diplomatique, Avril 2003.
  • Ecrits du lieutenant-colonel L’Hopitalier.
  • Annie Mahé et Jean-Pierre Mahé, L’Arménie à l’épreuve des siècles, Gallimard, 2005.
  • Gérard Chaliand et Yves Ternon, 1915, le génocide des Arméniens, Complexe, 2002.
  • Louis Bréhier, Vie et Mort de l’Empire Byzantin, Albin Michel, 2006.
  • Jean-Claude Cheynet, Le Monde byzantin, Armand Collin, 2001.
  • Richard Hovannisian, Armenia on the Road to Independence, 1967.
  • Arthur Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident.

 

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Publié le 17 Juillet 2015

L'Empire ottoman à son apogée, vers 1600.

L'Empire ottoman à son apogée, vers 1600.

Les Ottomans n’ont pas attendu 1453 pour assoir leur suprématie sur ce qui reste de l’Empire romain d’Orient. Dès le 11e siècle, ils s’emparent de l’Anatolie centrale puis d’un certain nombre de territoires dans les Balkans (Macédoine, Serbie, Kosovo).

 

Dès lors, trois sultans vont se succéder et permettre aux territoires ottomans de devenir un véritable empire : Mehmet II soumet l’Albanie, la Grèce ; son successeur Selim 1er conquiert la Perse, l’Irak puis l’Egypte. En 1520, Soliman monte sur le trône. Grâce à son alliance avec le roi de France, François 1er, il est maître de toute la Méditerranée orientale, domine les côtes nord de l’Afrique et bat le roi de Bohême. Les Ottomans mettent le siège devant Vienne. Siège qui va durer moins d’un mois mais coûter près de 15.000 morts aux musulmans. Par contre, en Asie, le Yémen et l’Azerbaïdjan passent sous leur domination.

 

Mais en 1570, face à la Sainte-Ligue (Espagne, Etats pontificaux, République de Venise, de Gênes, Savoie, Ordre de Jérusalem), à la bataille navale de Lépante, au large de la Grèce, les Ottomans sont défaits. Ils y laissent plus de 40.000 de leurs. Dès lors, l’expansion musulmane est pleinement combattue par les troupes chrétiennes et les musulmans doivent reculer : Vienne est assiégée mais en vain.

 

Au début du 17e siècle, l’armée ottomane est forte de 150 000 à 200 000 hommes. Elle comprend trois éléments : les odjaks, milices soldées par le Trésor (des janissaires, spahis, artilleurs, soldats du train, armuriers, gardes des jardins palatins), troupes irrégulières, de moins en moins recrutées et les troupes de province, fournies par les feudataires (les plus nombreuses). Les fiefs (timars et zaïms) attribués à des militaires (sipahi) qui doivent fournir un contingent passent progressivement aux serviteurs du seraï, ce qui les soustrait aux obligations du service. Les troupes de province fournissent de moins en moins de soldats. De1560 à 1630, les odjaks augmentent d’autant, surtout le corps des janissaires, multiplié par quatre. La pression fiscale augmente et alimente des troubles provinciaux. Les janissaires forment un État dans l’État et sont recrutés de plus en plus parmi les musulmans. Ils obtiennent le droit de se marier et s’installent dans la vie de garnison, spécialement à Constantinople. Les Turcs obtiennent l’autorisation de servir parmi les janissaires, autrefois composés exclusivement d’esclaves chrétiens. Le corps des janissaires devient une garde prétorienne et arbitre les compétitions dynastiques.

 

L’empire se réorganise, tente de trouver des parades aux complots et suspicions qui entourent le premier cercle du sultan. Cela ne suffit pas à Kahlenberg, en 1682, en Autriche, les Ottomans sont à nouveau battus. Ils ont 20.000 tués. En 1699, la Hongrie, la Croatie, la Transylvanie reviennent au Saint-Empire Germanique.

 

L’Empire ottoman entre alors dans une longue période d’agonie…

La guerre turco-autrichienne de 1716-1718.

La guerre turco-autrichienne de 1716-1718.

Le « malade de l’Europe ».

 

Lors de la guerre turco-autrichienne, en 1716-1718, les musulmans perdent en grande partie les territoires acquis sur le Danube ; l’Egypte et l’Algérie prennent des libertés vis-à-vis de leur pouvoir central, jusqu’à devenir quasiment indépendantes ; au nord, dans la Caucase, les Russes prennent le contrôle de vastes territoires.

 

Une nouvelle fois, les sultans tentent des réformes, baissent les impôts, organisent une diplomatie et envoient des émissaires partout en Europe, modernisent l’économie en créant des entreprises et des manufactures sur le modèle européen. Une nouvelle fois, en vain… Les janissaires bloquent toutes les réformes. En 1830, la Grèce, soutenue par les puissances occidentales, obtient son indépendance ; le gouverneur de l’Egypte dirige son pays sans plus en référer au sultan ; l’Algérie et la Tunisie sont prises par les Français. Français qui interviennent aux côtés des Sardes et des Anglais pour aider les Turcs à bloquer l’expansion russe. C’est la Guerre de Crimée qui dure près de trois ans, entre 1853 et 1856. Des batailles comme Sébastopol ou Malakoff sont restées célèbres dans la mémoire collective française (qui y ont laisse près de 95.000 morts – pour beaucoup de maladies).

 

Cela ne suffit pas. Près de vingt ans plus tard, la Roumanie, puis la Bulgarie, puis la Serbie obtiennent – par les armes – leur indépendance.

 

Le fond est touché au déclenchement de la Première Guerre mondiale. L’Empire ottoman – ou ce qu’il en reste – est battu sur tous les terrains. Sans l’aide de la puissante Allemagne, dont ils sont les alliés comme l’Empire austro-hongrois, l’effondrement aurait été plus rapide encore. Bien sûr, les Alliés vont connaître des défaites comme à Gallipoli en 1915, mais d’une façon générale, ils laissent des pans entiers de leur immense territoire à leurs ennemis ou aux populations locales : la grande révolte arabe de 1916 à 1918, grâce entre autres au fameux colonel Lawrence, libère l’Arabie, les futures Jordanie, Syrie et Irak. L’Egypte étant depuis longtemps sous domination britannique.

 

Pire : les Grecs, ennemis jurés – considérés encore comme des Romains, prennent pied en Turquie et s’y taille quelques mois une place importante.

 

L'effondrement de l'empire éveille le sentiment national turc. Les anciens combattants se rassemblent autour du maréchal Atatürk, qui chasse les Européens d'Anatolie et s'impose comme chef du gouvernement, reléguant le sultan à un rôle honorifique. En 1923, il abolit l'Empire ottoman et fonde sur le territoire restant, l'Anatolie, la grande partie ouest du haut plateau arménien et la Thrace orientale. Ainsi nait la Turquie moderne ou la République de Turquie, État successeur de l'Empire ottoman. En déposant Abdulmecid II, 101e et officiellement dernier souverain du monde musulman sunnite en 1924, il met fin au califat.

 

Mais des marques terribles restent attachées à cette époque : cette reconquête de la Turquie, et les quelques années précédentes, ont aussi été marquées par des génocides. Dans une volonté de purification ethnique (élimination des chrétiens), les populations grecques, assyriennes et surtout arméniennes ont été systématiquement chassées et éliminées, faisant au total plus de 2 millions de victimes.

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Publié le 27 Juin 2015

L'Empire romain sous Trajan.

L'Empire romain sous Trajan.

 

L’Empire romain.

 

A son apogée en 117 après Jésus-Christ, sous le règne de l’empereur Trajan, l’Empire romain couvre une superficie de 5 millions de km² et représente une population de 88 millions d’habitants (Paris à l’époque est une petite bourgade d’environ 5.000 habitants).

 

L’Empire s’étend de l’actuelle Angleterre (mur d’Hadrien) à l’ouest, l’Allemagne au nord, la mer Capsienne et le golfe persique à l’est et l’Afrique du Nord au sud. Parmi ses villes majeures, l’on compte les actuelles Londres, Paris, Aix-la-Chapelle, Vienne, Budapest, Rome, Istanbul, mais aussi Alger, Tunis, Alexandrie, Jérusalem, Bagdad ou Bassora.

 

Oui mais voilà, garder de telles frontières contre des mouvements de population s’avère vite illusoire. Au nord et à l’est, des peuples, comme les Goths, eux-mêmes poursuivis par des populations plus à l’est encore comme les Huns, tentent de percer la frontière fameuse. Ce que l’on va par la suite appeler « les invasions barbares ». En 285, l’empereur Dioclétien instaure le système de tétrarchie : à lui la partie orientale et à Maximien, un compagnon d’armes, la partie occidentale.

Dioclétien est né en Dalmatie (actuelle Croatie). D’origine modeste, il gravit un à un tous les échelons de la hiérarchie militaire romaine et devient commandant de la cavalerie de l’empereur Carus. A la mort de ce dernier, il est proclamé « Auguste » par les troupes et décide donc d’instaurer la tétrarchie : il ne s’agit pas encore de mettre en place deux empires mais d’installer des divisions administratives afin de gérer militairement au mieux les percées des peuples barbares. Maximien est en quelque sorte un coempereur. Chacun ayant un système de délégation de pouvoir, et des adjoints nommés « Césars ». Des décisions sont propres à chacune des deux parties de l’empire, d’autres sont communes.

 

Placé à Nicomédie (Izmit dans l’actuelle Turquie), Dioclétien suit les affaires d’Asie et d’Egypte ; il est appuyé par Galère (Sirmium – actuelle Serbie) qui gère l’Illyrie (Croatie – Bosnie) et les régions du Danube. Maximien est installé à Milan : il gère l’Italie, l’Afrique et l’Hispanie (Espagne) ; il est aidé par Constance Chlore, basé à Trèves (Allemagne) et est en charge de la Bretagne (Angleterre) et de la Gaule (France).

 

Le partage de 395.

 

Le système de tétrarchie parvient à trouver son équilibre pendant près d’un siècle. Mais sous le règne de Constantin (qui donnera son nom à sa ville, Constantinople) puis de Théodose le Grand, devant une situation intenable, l’Empire romain est définitivement partagé en une partie orientale et une partie occidentale.

 

Le fils cadet de Théodose, Honorius établit sa capitale à Ravenne, en Italie, tandis que l’aîné, Arcadius, installe son nouveau pouvoir à Constantinople. A sa mort, son fils Théodose II monte sur le trône et devient à son tour Empereur romain d’Orient (dynastie des Théodosiens). Cent trente ans plus tard, l’empereur Justinien 1er fait publier le Corpus Juris Civilis ou Code Justinien, compilation de textes de droit civil, mais prenant en compte l’ensemble des obligations et coutumes chrétiennes, nouvelle religion de l’empire. Pour assoir son pouvoir et celui de la nouvelle religion, il fait construire la plus grande basilique de tous les temps dans sa capitale Constantinople, la basilique Sainte-Sophie. Au même moment, l’empire continue à lutter contre les envahisseurs barbares, repoussant les Goths et s’emparant, au milieu du 6e siècle de l’Italie, perdue peu de temps auparavant avec la chute de l’Empire romain d’Occident.

 

En 620, Héraclius remporte contre les Perses une victoire incertaine (victoire « à la Pyrrhus ») mais qui permet la diffusion à la fois du code Justinien, de la langue grecque et du christianisme. Par la suite, et pendant trois siècles, les Romains d’Orient vont sa battre pour conserver leurs possessions dans les Balkans. Mais une autre affaire se présente mal pour les Romains : leurs greniers à blé que sont l’Egypte et la Syrie sont bientôt envahis et pris par musulmans de la dynastie des Omeyyades, en provenance de la péninsule arabique.

 

En 1071, à la bataille de Manzikert, battus par les Turcs Seldjoukides, l’Empire romain d’Orient perd une grande partie de l’Anatolie. Les Seldjoukides, provenant des steppes de l’Asie centrale (Kazakstan, Turkménistan, Ouzbékistan) s’étant d’abord installés en Iran (Perse) dès le début du 11e siècle. Contenir un territoire aussi vaste que celui de l’Empire romain d’Orient s’avère une nouvelle fois affaire délicate : en 1186, dans les Balkans, les Bulgares et les Valaques se libèrent de la tutelle romaine et recréent l’Empire bulgare. Entre 1097 et l’an 1200, les croisades de l’occident ajoutent de la confusion, même si initialement le but consistant à venir en aide aux populations chrétiennes est tout à fait louable. Malheureusement, ces buts vont être dévoyés et peu à peu les intérêts économiques et/ou politiques de certains vont l’emporter. Ainsi, en 1204, lors de la Quatrième Croisade, plutôt que d’aller reprendre Jérusalem, les occidentaux s’emparent de Constantinople, de ses richesses et établissent l’Empire latin de Constantinople. Les familles grecques restées indépendantes se taillent des fiefs dans ce qu’il reste de l’Empire romain d’Orient. Ainsi naissent l’Empire de Nicée (Iznik), celui de Trébizonde (sur la mer Noire) et despotat d’Epire (côte occidentale de l’actuelle Grèce, Croatie).

 

Mais cet éclatement favorise de plus en plus les attaques des Ottomans, qui ont profité du délitement de la puissance des Seldjoukides. En 1453, le sultan Mehmed II entre avec ses troupes dans une Constantinople qui n’en peut plus de mourir à petits feux…

 

Le christianisme : de la clandestinité à la religion d’Etat.

La proclamation de Constantin 1er, Empereur des Romains (d’Occident et d’Orient) en 306 marque la fin d’une période terrible pour les Chrétiens qui jusque-là étaient persécutés. Le nouveau dirigeant de l’Empire aide l’Eglise à prendre son essor en établissant la liberté de culte, par l’édit de Milan en 313.

 

Bien entendu, la conversion de la société est loin d’être immédiate et les coutumes romaines se mélangent à la nouvelle religion. Dans son ouvrage Histoire de la destruction du paganisme en Occident, Arthur Beugnot indique : « Presque imperceptiblement, les coutumes païennes s'introduisirent dans l'Église ; la conversion nominale de l'empereur au début du IVe siècle causa de grandes réjouissances : le monde, couvert d'un manteau de justice, entra dans le christianisme de Rome. Alors, l'œuvre de la corruption fit de rapides progrès. Le paganisme paraissait vaincu, tandis qu'il était réellement vainqueur : son esprit dirigeait à présent l'Église romaine. Des populations entières qui, malgré leur abjuration, étaient païennes par leurs mœurs, goûts, préjugés et ignorance, passèrent sous les étendards chrétiens avec leur bagage de croyances insensées et de pratiques superstitieuses. Le christianisme à Rome adopta et intégra une grande partie du système de l'ancien culte impérial ainsi que ses fêtes qui prirent toutes des couleurs plus ou moins chrétiennes. »

 

Ainsi, lorsque l’Empire romain d’Orient est créé, la religion chrétienne est bien en place. De plus, ses sujets voient l’Empereur comme un « messager » du Christ. Alors que l’Empire romain d’Occident est aux prises avec les invasions barbares, se développe en Orient un christianisme, prenant en compte bon nombre de réalités locales. Constantinople devient le cœur de la chrétienté. Son patriarche nomme les évêques (métropolites) et archevêques pour l’Asie mineure, les Balkans, la partie orientale de l’Afrique du Nord, les territoires du Levant et même l’Ukraine et la Russie !

 

En 1054, l’Eglise romaine décide de quitter la Pentarchie, l’organisation de l’église chrétienne sous les Romains (d’Occident et d’Orient) avec les cinq patriarcats : Jérusalem, Antioche, Rome, Alexandrie et Constantinople. L’affaire restera dans l’Histoire comme celle du « Grand Schisme ». Bientôt, il conviendra de parler des Chrétiens d’Occident et des Chrétiens d’Orient, puis peu à peu d’Eglise catholique et d’Eglise orthodoxe, ou plutôt d’Eglises orthodoxes.

 

Née de la culture grecque, divisée en églises territoriales, les Eglises orthodoxes se réclament de la Théologie des sept premiers conciles du christianisme et qui professe descendre directement des premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres de Jésus : Eglise orthodoxe grecque, Eglises orthodoxes des Balkans (Bulgare, Roumaine, Macédonienne, Serbe…), Eglise syriaque (Syrie), Eglise copte (Egypte – apôtre Marc), Eglise apostolique arménienne,…

 

Mais si elles sont indépendantes sur le plan de l'organisation et de la discipline, par contre elles sont intimement liées entre elles sur le plan dogmatique. Chacune d’elles est autocéphale, c’est-à-dire dirigée par son propre synode habilité à choisir son primat. Elles partagent toutes une foi commune, des principes communs de politique et d’organisation religieuse ainsi qu’une tradition liturgique commune. Outre les langues employées lors du culte, seules des traditions mineures diffèrent en fonction des pays. Les évêques, primats à la tête de ces Églises autonomes peuvent être appelés patriarches ou archevêques. Ces primats président les synodes épiscopaux qui, dans chaque Église, constituent l’autorité canonique, doctrinale et administrative la plus élevée.

 

 

Le partage de 395 entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient.

Le partage de 395 entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient.

Christ pantocrator.

Christ pantocrator.

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Publié le 13 Juin 2015

Les Compagnies méharistes sahariennes.

 

Le plus célèbre des Sahariens n’est pas un héros de l’Histoire de France ou un militaire ayant œuvré pour notre pays au plus profond du plus célèbre des déserts. Il s’agit d’un héros de roman : le capitaine Charles Saganne, interprété par l’acteur Gérard Depardieu dans le film d’Alain Corneau « Fort Saganne » (sur la base du roman de Louis Gardel), tourné en 1983 dans l’ouest de la Mauritanie, non de la passe d’Amogjar, au cœur de paysages d’une beauté incroyable.

 

A ce propos, il convient de rappeler que cette passe se trouve dans la région de l’Adrar (qui possède un cimetière militaire de soldats français) dont la capitale régionale est Chingetti, célèbre pour ses bibliothèques coraniques datant du 10e siècle, et loin d’être à l’abri de bandes terroristes fidèles à Al-Qaïda au Maghreb Islamique, actuellement combattues par l’armée française.

 

Mais la présence française au Sahara ne date pas de quelques mois. Elle a commencé à la fin du 19e siècle et a nécessité l’emploi d’unités bien spéciales…

 

Le commandant Laperrine.

 

A la fin du 19e siècle, Marie Joseph François Henry Laperrine d’Hautpoul, jeune saint-cyrien et vaillant capitaine de cavalerie au 2e dragons, s’ennuie ferme dans son cantonnement de métropole. Il lui faut de l’aventure. Ce sera l’Afrique ! Arrivé au Sahara, il est conscient, comme bon nombre de soldats connaisseurs de la région, que guerroyer dans cet espace difficile nécessite d’employer des moyens adaptés. « S’il faut lutter contre des nomades, alors utilisons les moyens des nomades et les nomades eux-mêmes ». En fait, depuis l’invasion de l’Algérie par la France, en 1830, l’armée ne sait pas vraiment comment agir : utiliser des soldats de métropole ? Ils connaissent mal le terrain et ne sont pas habitués aux conditions environnementales. Utiliser des dromadaires ? De nombreuses tentatives ont été faites au cours des cinquante dernières années, mais elles se sont souvent soldées par des échecs : difficultés à trouver des soldats acceptant de grimper sur ces animaux ; inadaptation des fantassins (comment faire des dizaines de kilomètres par jour sous un soleil incandescent ?) ; les expéditions nécessitent des convois toujours plus importants et à l’arrivée moins de 50 % des animaux, des hommes et des matériels arrivent dans un état correct…

 

Dans un article écrit en 1972 pour le magazine Historia, le colonel Jouin rappelle la genèse des compagnies méharistes par le commandant Laperrine : « En 1897, après un séjour en métropole, il retourna au Sahara qu’il ne devait plus quitter. Cette longue expérience lui permit de mettre au point l’organisation de compagnies méharistes en se basant sur le fait que, pour lutter contre des nomades, il faut employer des nomades. Mais pour avoir bien en main ces auxiliaires jugés incapables de se plier à une discipline militaire, il fallait respecter leur cadre traditionnel et leurs coutumes parfois anarchiques. Pour ces raisons, Laperrine voulait que les futures compagnies sahariennes devinssent de véritables tribus nomades, astreintes à un minimum de service et placées sous l’autorité paternelle mais ferme d’officiers des affaires indigènes et de gradés français volontaires, capables de mener la vie rude et sobre de leurs hommes. De plus, chaque formation devrait avoir une organisation intérieure correspondant à sa mission et à la région dans laquelle elle était destinée à opérer. Cette souplesse de conception administrative devait être difficilement admise par l’état-major de l’armée et les services financiers du ministère. Un fait d’armes, resté célèbre dans l’histoire du Sahara, allait, le 7 mai 1902, donner définitivement raison à ceux qui assuraient que la pacification du désert ne pouvait être poursuivie qu’avec des troupes spéciales. Il s’agit du combat de Tit au cours duquel le goum du lieutenant Cottenest, formé à l’aide de nomades du Tidikelt récemment soumis et d’une cinquantaine de Chaambas, mit en déroute un « rezzou » de 300 Touareg. Les compagnies nomades, étrange armée des dunes, encadrée par des officiers « inspirés ».

 

En 1902, Laperrine d’Hautpoul peut être fier de lui. Nommé commandant des oasis, il peut se targuer d’avoir commencé une épopée que la France allait poursuivre pendant plus de 60 ans. Et il fait découvrir le sud algérien à l’un de ses camarades de Saint-Cyr, dont l’ermitage dans le Hoggar allait demeurer célèbre : Charles de Foucauld.

 

Organisation des unités.

 

Préexistantes dès 1897, les unités sahariennes vont évoluer dans le temps : en nombre, en localisations, dans leur rattachement et bien entendu dans leur équipement.

 

Le 30 mars 1902, sont créées cinq compagnies sahariennes. Elles sont basées à Fort Polignac (Tassili – sud de l’Algérie, non loin du Hoggar), Tindouf El Oued (extrême ouest de l’Algérie au carrefour actuel des frontières du Maroc et de la Mauritanie), Adrar (Mauritanie) et Tamanrasset (capitale du Hoggar ; ville qui porta le nom de Fort Laperrine du temps de la colonisation française).

 

Ces compagnies sont commandées et encadrées par des officiers et sous-officiers français, mais comportent également de gradés (brigadiers, brigadiers-chefs et maréchaux des logis indigènes). Chacune est autonome et comporte environ 70 méharis.

 

D’autres compagnies sont plus tard créées à Ouargla (sud-est algérien), Colomb-Béchar (oasis à la frontière du Maroc), Ain Sefra (proche de Colomb-Béchar) et Sebha (région du Fezzan en Libye), pour devenir les Compagnies Sahariennes Portées de la Légion étrangère (CSPL).

 

Les CSPL.

 

 

  • Le 1er novembre 1940, la compagnie automobile du 1er REI devient autonome et se transforme en compagnie saharienne portée de la Légion étrangère. Elle prend garnison à Tabelbala puis à Aïn-Sefra à parti de 1944. Deux ans plus tard, elle se scinde en deux et donne deux nouvelles unités : les 1ère et 2e CSPL. En 1961, la 1ère CSPL devient le 1er escadron saharien porté de la Légion étrangère. Equipé de blindés, il est indépendant au même titre qu’un régiment. Stationnée au ksar El Hirane, situé à 400 kilomètres au sud d’Alger, il s’agit d’une oasis au carrefour des monts de l’Atlas et du désert saharien. Là, le 1er organise des tournées de police (sa mission première étant bien de surveiller le désert et de restaurer si besoin est l’autorité de la République française) et réalise des raids sur des positions de l’ennemi. En 1961, après le putsch des généraux, l’unité a pour mission la protection des personnalités civiles et militaires arrêtées avant leur rapatriement en métropole. Parmi les derniers tués de la Guerre d’Algérie, en août 1962, se trouvent trois soldats du 1er ESPLE.
  • La 2e compagnie (2e CSPLE) est créée en mars 1946 et s’installe à Ouargla en 1948 puis à Laghouat. En 1954 elle intervient en Tunisie afin de poursuivre les soldats de l’ALN (Armée de Libération Nationale, branchée armée du FLN algérien) qui se sont réfugiés dans ce pays. Dissoute le 31 mars 1963, elle devient la 1ère compagnie portée du 4e régiment d’infanterie étranger (REI).
  • La 3e CSPLE est créée en février 1949 à Sidi-bel-Abbès, au siège de la Légion étrangère. Rapidement elle est transférée au Fort Leclerc, proche de l’oasis de Sebha en Lybie où elle a pour mission la surveillance du désert du Fezzan jusqu’en 1956.
  • La 4e CSPLE est formée en janvier 1956 à Aïn Sefra puis est transférée l’année suivante à Colomb Béchar. Elle est également dissoute le 31 mars 1963 et devient la 2e compagnie portée du 2e REI.

 

Une pacification de 80 ans et l’imaginaire français.

 

Entre la fin du 19e siècle et 1962, les soldats français, appuyés des « indigènes » fidèles au pouvoir de la République, vont s’attacher à pacifier – c’est-à-dire soumettre à notre autorité – l’ensemble des tribus du Sahara et rendre cet immense territoire plus sécurisé qu’avant. Les combats seront nombreux. Ils représentent bien souvent des accrochages entre plusieurs dizaines de belligérants – rarement plus mais cela est à rapporter avec la densité de la population du désert. Il convient de rappeler que les compagnies sahariennes étaient pensées comme «  une tribu nomade militairement encadrée ».

 

Parmi les innombrables accrochages, on peut citer la prise d’In-Salah en 1897, relatée par le Petit Parisien : « La mission Flamant a pris possession, le 28 décembre dernier, de l’oasis d’In-Salah, après avoir livré un combat qui nous permis de capturer Ba-Hamou et Badjouda, les deux chefs indigènes hostiles à la France. Tout récemment, le Conseil des ministres a décidé que cette occupation serait maintenue et qu’on s’y établirait fortement afin de surveiller les régions non encore occupées. L’oasis d’In-Salah, qui se trouve dans le Tidikelt, est le principal entrepôt de la route allant du Maroc à la Tripolitaine, en passant par le Talifet, le Touat et Ghadamès. C’est un lieu d’échanges et d’approvisionnements pour les Touaregs qui sont les pires ennemis de l’influence européenne en Afrique. C’est à In-Salah que ces derniers fomentaient les complots qu’ils dirigeaient contre les voyageurs et les missions s’aventurant dans ces parages pour y porter la civilisation. On voit combien cette occupation était importante pour notre établissement dans le sud algérien.

 

Aujourd’hui, les habitants d’In-Salah se sont soumis à notre autorité et bientôt le télégraphe reliera l’Algérie à ce nouveau poste ; mais comme il faut toujours se méfier de surprises possibles le Gouvernement a envoyé d’El-Goléah une colonne volante chargée d’appuyer la mission Flamant et d’assurer à tout jamais un établissement qui consacre une œuvre de pénétration commencée depuis longtemps ».

 

Un autre incident est resté dans les annales comme « l’incident de Timiaouin » de 1904 : poursuivant une tribu récalcitrante, le lieutenant-colonel Laperrine se trouve arrêté à la frontière entre le Sahara et les territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Un commandant d’une unité de tirailleurs sénégalais interdit au lieutenant-colonel de poursuivre sa route. Il n’a pas à s’immiscer dans les affaires intérieures de l’AOF. Il s’en suivra des règlements de comptes dans les Etats-majors et une défiance, voir une rivalité, entre les hommes de « La Saharienne » et ceux de « La Coloniale ».

 

Il n’en demeure pas moins qu’à demander à chaque soldat ayant fait une partie de sa carrière – ou de son service militaire - en ces lieux les réponses sont toujours les mêmes avec des mots répétés inlassablement comme « plénitude », « rêve », « beauté des paysages », « aventure »… En guise d’illustration voici la lettre de Dominique Petit, lieutenant à la Compagnie méhariste Ajjer entre 1956 et 1958 (il écrit à sa tante Simone) : « Je t'adresse ces quelques lignes car je sais qu'elles te feront plaisir sachant que tu aurais peut-être aimé venir dans ce beau pays. Je suis actuellement avec mon peloton à Fort-Gardel à 150 km nord-ouest de Djanet. Voilà 1 mois que nous y sommes arrivés et déjà je songe à quitter ce lieu pour remonter plus au nord. Fort-Gardel est un endroit favorisé en ce sens qu'il y existe sept puits, une trentaine d'habitants qui cultivent de maigres jardins et aussi quelques zones de pâturages pour les chameaux. La région est très pauvre, comme toute l'Annexe du Tassili des Ajjer qui compte 5000 habitants pour 382.000 km2. Sur ces 5000 habitants, 2000 sont fixés à Djanet et 1000 à Fort-Polignac. Il reste donc 2000 nomades à se partager le reste du territoire. Ils sont d'ailleurs localisés dans les régions montagneuses plus riches au point de vue, de l'eau et des pâturages pour chameaux et chèvres.

 

La région Dider-lherir où je vais bientôt me rendre est un centre nomade assez important. J'ai sous mes ordres 47 méharistes dont 3 sous-officiers, 2 français, 1 targui et des chameaux, nos véhicules. J’en ai 63 plus ou moins en bonne forme mais, dans l'ensemble, assez forts pour remplir le travail demandé. En cette période de l'année où la chaleur est tombée à 25° de l0h30 à 17h30 et 4° la nuit, les bêtes ne vont à l'abreuvoir que tous les 8 jours au lieu de 3 à 4 jours l'été, ce qui nous permet de parcourir des distances importantes sans s'inquiéter du ravitaillement en eau pour les chameaux. Ainsi en 8 jours on pourrait facilement parcourir 400 km et dans la région qui m'occupe, les points d'eau sont beaucoup plus rapprochés entre eux que cette distance. La montagne recèle un nombre incalculable de « guelta », cuvettes de 3 à 15 mètres remplies d'eau de pluie et cette eau se conserve presque indéfiniment.

 

Je mène donc une vie nomade, mes affaires sont réduites au minimum, une cantine avec quelques effets de rechange, une petite caisse servant de bureau, un tapis, deux couvertures, une djellaba, un burnous, deux mezoued (grand sac de cuir en peau de chèvre) de fabrication locale dans lesquels se mettent diverses affaires et qui s'accrochent aux flancs du chameau, et la rahla (selle). C'est tout et la vie est belle. J'oubliais le calme reposant et l'horizon où la vue se perd, les masses noires des rochers immenses et les dunes roses, le ciel bleu. La nuit, les étoiles qui sont également nourriture de l'esprit.

 

Voilà ma chère tante, crois bien que je ne t’oublie pas ».

 

Sources :

 

  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998 et La Légion étrangère, Pygmalion, 2006.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Général Pierre Denis, Etude sur le comportement du dromadaire au Sahara, Ed. L’Harmattan, 2000.
  • Etienne de Montety, Des hommes irréguliers, Perrin, 2006.
  • Historia, 1972.
  • http://home.nordnet.fr/~joudart – Site de Jean-Jacques Oudart, ancien des Compagnies Sahariennes.

 

Les Compagnies méharistes sahariennes.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 24 Mai 2015

Le cimetière militaire de Ben M'Sick à Casablanca.

Le cimetière militaire de Ben M'Sick à Casablanca.

Du fait du protectorat de la France sur le Maroc, entre 1907 et 1955, de la guerre du Rif (1921-1926), du débarquements des Alliés en 1942 et des combats entre les autorités coloniales et le mouvement de libération du pays peu avant l’Indépendance, de nombreux carrés militaires français existent dans ce pays. Ils sont – étaient – bien souvent placés au cœur de cimetière civils européens.

 

Au Maroc, le Service des Anciens Combattants et Victimes de Guerre à Casablanca entretient sept cimetières français : Rabat, Fès, Meknès, Marrakech, Agadir, Kenitra et Ben M'Sick à Casablanca. Des opérations de regroupement ont été réalisées à partir de 1957 et le site de Ben M'Sick a été choisi pour ce programme.

 

En 1989, 358 sépultures de Meknès ont été transférées à Casablanca. La partie française de Ben M'Sick, d'une superficie de 9950 m², comprend ainsi deux columbariums, trois carrés militaires, un autre de la marine de commerce requis et un mémorial.

 

Le premier columbarium, achevé en 1937, est réalisé sur proposition de M. Padovani alors délégué du Souvenir Français à Casablanca. Il est inauguré le 9 avril 1938. Sa crypte, établie à croisement d'allées, accueille 1 365 corps. Elle permet de regrouper 896 défunts des cimetières de Fès (21), Taza (398), Meknès (48), Casablanca (76), Tadla (125), Marrakech (109) et Tafilet (119).

 

Le second columbarium, inauguré le 11 novembre 1963, est réalisé selon les plans de l'architecte Duhon. Il dispose de plus de 12 000 alvéoles, dont 8 628 sont occupées.

 

L'espace du mémorial résulte de la réunion, en 1990, de quatre monuments et stèles commémoratives. Le mémorial "Marine" comprend la plaque de la Marine, anciennement apposée place de la Marine à Casablanca, qui rappelle l'intervention de l'escadre en 1907, et la plaque à la mémoire de l'équipage de l'Aéronavale, Goliath F G5 disparu en opération en 1925 à Chechaouen. Celui de l'"Aviation", initialement installé, en 1937, dans le cimetière d'El-Hank à Casablanca, est un menhir érigé en hommage aux "aviateurs militaires tombés au Maroc par l'oeuvre des Tombes". Le mémorial "Terre" est constitué d'une plaque provenant du col de Tizin Rnim qui rappelle le sacrifice des troupes de toutes formations de la région d'El-Ksiba. Le dernier, celui de la "Déportation" a été élevé en 1953 à l'initiative de l'Association des Anciens Combattants Français au Maroc. Il renferme de la terre prélevée dans plusieurs camps de concentration.

 

Les quatre sections de carrés militaires comprennent 645 tombes.

 

La gestion et l'entretien incombe au Service des Anciens Combattants et victimes de Guerre du ministère de la défense, placé auprès de l'Ambassade de France au Maroc.

 

Chaque 11 novembre et 8 mai sont l'occasion de cérémonies commémoratives.

 

Il convient enfin de noter les actions nombreuses d’associations comme la Délégation du Souvenir Français au Maroc, celles des lycées français et en premier lieu du Lycée Lyautey de Casablanca.

 

Retrouvez les photographies de ces carrés militaires dans l’album intitulé « Carrés Militaires Monde ».

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » et site « Chemins de la Mémoire » du ministère de la Défense.

- Site « Atlas des nécropoles » du ministère de la Défense.

- Lycée français Lyautey de Casablanca.

- Sites et blogs individuels ; notamment celui de Rol Benzaken.

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