Publié le 7 Avril 2019

Les Serbes de Thiais.

L’amitié franco-serbe.

Feu notre ami Alexander Tesich, qui était d’origine serbe, et qui longtemps présida le « post » isséen de l’association américaine Veterans of Foreign Wars (VFW) parlait régulièrement de l’amitié franco-serbe et de la présence de centaines de tombes de soldats serbes dans le cimetière de Thiais.

« Cette amitié n’est pas née d’hier » disait-il. Elle a toujours existé. Et il avait raison. Dès le 11e siècle, lors de la première Croisade, entre 1096 et 1099, les croisés traversent la Serbie, et leur chef, Raymond de Toulouse, rend une visite d’amitié au roi Bodin. Les chroniqueurs dépeignent alors une rencontre pleine d’amitié. Il en est de même un siècle plus tard, quand Louis VII traverse à son tour la Serbie. Au 13e siècle, la princesse Hélène d’Anjou épouse le roi Ouroch 1er ; ensuite, c’est au tour de Charles de Valois, frère du roi Philippe IV, dit le Bel, de conclure une alliance avec le roi serbe Miloutine Némanide. Et il en sera ainsi pendant des siècles.

Si cette amitié est mise entre parenthèses pendant la période ottomane (la Serbie est un vassal de l’Empire ottoman du 15e à la seconde moitié du 19e siècle), elle renait dès l’indépendance nouvelle de cet Etat. Le nouveau roi, Pierre 1er, est francophile et Saint-Cyrien. Il s’est engagé dans la Légion étrangère pour défendre la France face à la Prusse en 1870. Dès son accession, Pierre 1er replace la France au rang de ses premiers alliés.

 

La Triple Entente.

La Triple Entente est l’alliance militaire de la France, du Royaume-Uni et de la Russie impériale. Ces alliés s’opposent à ceux de la Triple Alliance, bientôt appelée la Triplice, à savoir : l’Allemagne, l’Empire d’Autriche-Hongrie et l’Italie.

La Triple Entente est le résultat d’une convention militaire entre la France et la Russie signée en 1892, puis de l’Entente cordiale, signée entre la France et le Royaume-Uni en 1904. Et les jeunes royaumes du Monténégro et de la Serbie sont alliés de la sainte Russie tsariste. Des accords bilatéraux résultent de ces conventions militaires et de ces traités d’amitié.

Le 28 juin 1914, le double assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, par Gavrilo Princip, devient l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale. Les organisateurs de l’attentat sont de jeunes nationalistes serbes de Bosnie et des musulmans bosniaques, qui effectuent leurs études à Belgrade.

 

La guerre des Serbes.

La Serbie entre en guerre. En 1914, elle remporte la première bataille des Alliés face aux Empires Centraux. Mais cette victoire est de courte durée. Moins nombreuse, mal armée et manquant de munitions, l’armée serbe doit se replier dans les montagnes face à la nouvelle offensive autrichienne.

L’année suivante, la France envoie plusieurs missions en Serbie, dont une militaire, l’autre sanitaire. Elles participent à l’effort de guerre.

Au moment où les Serbes retraitent à travers les montagnes enneigées du Monténégro et de l’Albanie, des diplomates, des militaires, des hommes d’affaires, des médecins et des professeurs français les accompagnent. Se portant au secours de son alliée, la France contribue au transport des civils et des militaires de la côte albanaise sur son propre sol et à Corfou. Ainsi, elle participe à la reconstitution de l’armée serbe. Ses écoles et ses universités accueillent environ 4.000 élèves et étudiants serbes qui doivent former la future élite intellectuelle et administrative du pays.

Sur le front de Salonique, l’armée serbe reconstituée et l’armée française d’Orient combattent côte à côte et finissent par libérer la Serbie. La Serbie « martyre » et « vaillante », comme on disait à l’époque, marque les esprits des Français qui ont partagé avec elle les horreurs de la guerre.

L’historien Frédéric Le Moal ajoute : « Le rapprochement entre les deux pays est antérieur à 1914. Mais le conflit a renforcé ce lien. La France s’est rangée du côté des Serbes en raison du jeu des alliances : alliance franco-russe d’une part et alliance russo-serbe de l’autre, mais elle l’a également fait en solidarité avec ce petit pays ami qui était considéré comme victime d’une agression. »

En 1918-1919, la France joue un rôle décisif dans la fondation du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui deviendra la Yougoslavie en 1929. Ainsi, les relations franco-serbes sont inscrites dans la pierre et mémorisées dans la culture immatérielle à Belgrade et partout en Serbie. Des visites régulières sont organisées entre Poilus d’Orient et vétérans serbes du premier conflit mondial.

 

Les rapatriés sanitaires.

La République française n’abandonne jamais ses enfants. Même si elle n’est pas toujours vertueuse – l’adage dit bien que les Etats n’ont pas d’états d’âmes mais que des intérêts – elle a souvent aussi veillé à aider et soigner les soldats de ses alliés. C’est vrai en 1915 avec les soldats russes qui combattent en Champagne : les tombes russes du carré militaire de Vanves sont là pour en témoigner. C’est aussi vrai avec les militaires serbes.

Recueillis sur le front, ces derniers sont acheminés par bateau jusqu’à Marseille. De là, ils sont dispersés dans des hôpitaux militaires – temporaires ou d’active – et les morts sont enterrés dans des carrés. Au cours des années 1930, la République décide de les regrouper à Thiais, ce qui, entre autres, facilite les commémorations.

 

 

Sources :

 

Soldats serbes.

Soldats serbes.

Voir les commentaires

Publié le 31 Mars 2019

Réunion annuelle des adhérents du Comité.

Le dimanche 23 mars 2019 s’est déroulée la réunion annuelle des adhérents du Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux et Vanves.

 

Etaient présents les membres du comité et :

 

  • Monsieur André Santini, député-maire, ancien ministre.
  • Madame Christine Hélary-Olivier, maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux.
  • Madame le colonel Marie-Françoise Goloubtzoff, maire-adjoint de Vanves.
  • Monsieur le lieutenant-colonel Claude Guy, Délégué général de l’association pour les Hauts-de-Seine.
  • Monsieur le général de corps aérien Michel Forget, Grand’Croix de la Légion d’honneur, président d’honneur du Comité.
  • Monsieur le général de brigade aérienne, Jean-Claude Ichac, président honoraire du Comité.
  • Monsieur Jacques Tchirbachian, président de l’UFAC et de l’ANACRA.
  • Monsieur Lucien Martinsky, président de la FNACA.
  • Monsieur Fabien Lavaud, président de l’ACPG.
  • Monsieur André Rabartin, président de l’UNDIVG.
  • Monsieur Christian Poujols, président de l’UNC.
  • Monsieur Jacques Landois, président de la section de Vanves du Souvenir Français.
  • Monsieur Paul Guillaud, président de la Section UNC de Vanves.

 

Un hommage a été rendu à Mademoiselle Marie-Thérèse Borg et à l’adjudant-chef Giacomo Signoroni, tous deux membres du Comité et décédés au cours de l’année 2018 (se reporter aux articles écrits à leur mémoire).

 

Après lectures du rapport financier et du rapport moral, après présentations des actions et des initiatives prises au cours de l’exercice écoulé, de la rénovation de cinq tombes à Vanves et de la sépulture de la famille Marchand à Issy, de la conférence du général Forget sur la guerre d’Algérie, de la quête du Souvenir Français, des quêtes du Bleuet de France, des études et analyses publiées sur ce site Internet, des médailles ont été remises :

 

  • Médaille de bronze pour Jacques Landois.
  • Médaille de vermeil pour le général de brigade aérienne Jean-Claude Ichac.
  • Médaille d’honneur pour Christine Hélary-Olivier, maire-adjoint à Issy-les-Moulineaux.
  • Médaille d’honneur pour Marie-Françoise Goloubtzoff, maire-adjoint à Vanves.

 

Cette réunion se plaçait dans un contexte chargé puisque la veille, la ville d’Issy-les-Moulineaux avait rendu un hommage mérité au général Glavany (qui fut en son temps président d’honneur de notre comité) et à son épouse, par le dévoilement d’une plaque rue Claude Matrat.

 

A la suite de cette réunion, un buffet « déjeunatoire », préparé par Jacques Tchirbachian et toute son équipe a rassemblé les participants à l’espace Savary d’Issy.

 

 

 

CDT (RC) Frédéric Rignault

Président du Comité

Délégué général adjoint.

 

Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.
Réunion annuelle des adhérents du Comité.

Voir les commentaires

Publié le 27 Mars 2019

Hommage au général Glavany.

Ce samedi 23 mars, à 11h00, au bas du 2 rue Claude Matrat à Issy-les-Moulineaux, André Santini, maire, Christine Helary-Olivier, maire-adjoint, Jean Glavany, ancien ministre, et son frère Michel, ont dévoilé une plaque à la mémoire du général de corps aérien Roland Glavany, qui fut, entre autres, le président d’honneur de notre Comité pendant près d’une dizaine d’années.

 

Voilà ce qui est écrit sur cette plaque :

« Le général de corps aérien Roland Glavany (1922-2017), Grand ’Croix de la Légion d’Honneur. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il participa à la libération de la Corse, de l’île d’Elbe puis au débarquement en Provence au sein du 1er bataillon de choc. Il fut blessé quatre fois. Pilote d’essais, il fut le premier à franchir Mach II en Europe sur Mirage III A01 en octobre 1958. Il a vécu dans cet immeuble avec son épouse Monique de 1957 à 2017 ».

 

Michel puis Jean Glavany ont ensuite pris la parole. Puis ce fut le tour d’André Santini, ancien ministre, maire d’Issy-les-Moulineaux, vice-président de la Métropole du Grand Paris.

 

« Je suis heureux de vous retrouver aujourd'hui pour rendre hommage au général Roland Glavany, à son épouse Monique, et dévoiler une plaque commémorative en son honneur, à l’initiative de ses amis et voisins copropriétaires et de notre Ville.

Cette plaque rappellera, en façade de son lieu d’habitation, combien il fut un homme d’une grande générosité et d’un courage exemplaire, qui contribua à écrire l’histoire du XXème siècle.

Grand’ Croix de la Légion d’Honneur, le général Glavany, blessé à plusieurs reprises, participa à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence.

Au cours d’une carrière qui force le respect et l’admiration de tous, il fut à la fois pilote d’essai dans l’industrie aéronautique et militaire brillant au sein de l’armée de l’Air. Il devint notamment le premier pilote européen à franchir la vitesse Mach 2.

Ses mémoires, riches d’une vie admirable et singulière et publiés en 2013 sous le titre « Du bataillon de choc au Mirage » furent présentés en notre Hôtel de Ville lors de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération de la Corse.

Isséens durant plus de six décennies, Roland et Monique Glavany prirent activement part à notre vie locale, en s’impliquant dans le milieu associatif. Attachés aux valeurs humanistes et altruistes, ils œuvrèrent beaucoup pour les plus défavorisés, notamment par le biais du Café 115.

Le général Roland Glavany fut aussi Président de la Conférence Saint-Vincent de Paul de la paroisse Saint-Benoît, Président départemental de l’association Aide d’Urgence 92, ou encore Président d’Honneur du Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux-Vanves.

Le courage face à l’adversité, la défense de valeurs humaines essentielles, tel est le message que le général Roland Glavany a incarné. Nous devons nous inspirer de ce héros, de son histoire, il doit être un phare qui aiguille de toute sa lumière les plus jeunes générations dans la tempête et leur transmet le message positif de l’incroyable génie humain au service de la fraternité.

C’est pourquoi je veux saluer la décision de la promotion 2016 de l’Ecole de l’Air de choisir, comme parrain de promotion le général Glavany.

Issy-les-Moulineaux est une terre mouvante qui n’oublie pas son histoire, terre d’accueil et main tendue pour les hommes et les femmes de bonne volonté. Le général Roland Glavany est un grand nom de cette histoire, et c’est avec respect et admiration que notre Ville lui rend hommage aujourd’hui.

J’appelle de mes vœux que cette plaque commémorative rappelle à tous quels furent les nobles engagements du général Roland Glavany.

Je vous remercie ».

 

 

Voir les commentaires

Publié le 24 Mars 2019

Samedi 6 avril à Chaville : les 20 ans de l’HAMAP !

Le colonel (ER) Joël Kaigre a le plaisir de vous informer que les vingt ans de l’association HAMAP, dont il est le fondateur, se dérouleront le samedi 6 avril 2019, à Chaville, à l’Atrium.

Les festivités commenceront par une table ronde à 17h30, seront suivies d’un cocktail à 19h00 puis d’un concert à 20h30. Pour vous inscrire :

CONCERT : Achat des billets au 01 43 75 44 68 ou ici

TABLE RONDE & COCKTAIL : Entrée gratuite sur inscription au 01 43 75 44 68.

Vous pouvez également vous inscrire sur www.hamap-humanitaire.org

 Venez nombreux !

 

COL Joël KAIGRE, ancien président du Comité de Chaville du Souvenir Français.

Voir les commentaires

Publié le 3 Mars 2019

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

En 1896, la France est déjà engagée depuis plusieurs années dans la conquête militaire du continent africain. Cette année-là, deux jeunes lieutenants, Voulet et Chanoine, sont chargés de conquérir le pays mossi (actuel Burkina Faso). Tout se passe dans la précipitation. Le 1er septembre, les officiers s’emparent de Ouagadougou, la capitale de l’un des plus importants royaumes mossi. A leur grand étonnement, ils rencontrent des habitants qui, plutôt que les combattre, les ignorent superbement et vaquent, paisiblement à leurs occupations. Mais le roi a accompli une retraite stratégique et la colonne, « forte » de 257 hommes dont une majorité d’Africains, doit partir à sa poursuite. La colonne sitôt partie de Ouagadougou, la ville est militairement réinvestie par les Mossi. Elle sera prise une nouvelle et dernière fois en décembre. Toujours dans l’empressement, Voulet et Chanoine et leurs hommes, épuisés et incapables de mettre la main sur le souverain en cavale, décident d’en introniser un nouveau afin de signer un traité de protectorat. Le premier prince venu faire soumission devient alors roi. Le traité est signé en 1897. L’année marque le début de l’administration militaire française dans la région.

 

Maigres moyens et immense tâche.

 

Ce que l’on appelle alors le « Mossi » (la région de Ouagadougou, au cœur de l’actuelle bande sahélo-saharienne), couvre une superficie de 60.000 km² rassemblant au moins un million d’âmes. Il est traversé par de mauvaises routes, impraticables lors de la saison des pluies (de juin à septembre). Or, l’autorité militaire supérieure, appelée « résident », ne dispose que de maigres moyens pour asseoir son autorité et son influence dans un pays conquis mais non soumis.

 

Les foyers de résistance sont encore multiples en 1897 et 1898. Ils contraignent les troupes du résident, composées d’une poignée de Français et d’une majorité d’auxiliaires africains, à multiplier les opérations en province depuis Ouagadougou. Tout manque dans ces premiers mois suivant la conquête. Les chevaux n’ont pas assez de fourrage. Il faut édifier le poste de Ouagadougou, mais le premier résident, le capitaine Scal, en est réduit à supplier ses supérieurs afin qu’ils lui fassent parvenir rabots, pelles et autres pioches. Nanti d’un budget de 500 francs au total, il ne peut salarier la main d’œuvre locale. Reste encore à compter les populations, lever l’impôt, obtenir des renseignements sur les zones d’insoumission, régler les affaires judiciaires, exécuter les tâches administratives courantes, gérer l’approvisionnement de la garnison, et même repousser une incursion britannique en 1898… en somme, les autorités militaires qui se succéderont jusqu’en 1904 doivent faire le maximum avec le minimum.

 

L’art de la débrouille.

 

Comme ce fut le cas lors de la conquête de l’Algérie par la France, les officiers-administrateurs doivent parfaitement connaître les populations sujettes, leur organisation sociale et politique, et surtout s’appuyer sur les élites locales. A ce titre, les résidents qu’ont été les capitaines Scal, ou encore Dubreuil et Amman, se sont montrés dans l’ensemble très pragmatiques et se sont largement appuyés sur les chefs coutumiers et souverains mossi. Ceci n’est pas sans rappeler « la politique des égards » vis-à-vis des élités « indigènes » telle qu’elle sera popularisée et appliquée par le maréchal Lyautey au Maroc entre 1912 et 1925.

 

Les prédécesseurs de nos soldats actuellement déployés au Sahel devaient donc porter de nombreuses casquettes. Certains se sont même fait ethnologues. Le savoir est bien synonyme de pouvoir, particulièrement dans un contexte où l’encadrement français en était réduit à un ratio d’environ un administrateur pour 100.000 Africains. Dans ces conditions, les impératifs du commandement nécessitant de l’improvisation, du bon sens et de l’imagination. Sans pouvoir tenir les populations en tout lieu et en tout temps, il devenait nécessaire de donner l’illusion que ce pouvoir était omniprésent, notamment en multipliant les « tournées » au contact de populations qui se soulèveront pour la dernière fois en 1908, en pleine administration civile.

 

Emile-Louis Abbat.

 

Emile-Louis ABBAT a été lieutenant au Soudan Français de 1894 à 1898. Il a laissé de cette période  450 photographies légendées (Sénégal, Mali et Burkina Faso actuels) et 89 lettres à sa famille, ainsi que plusieurs rapports militaires et une planche de dessins de scarifications. L’ensemble a été numérisé. Son arrière-petite-fille, Catherine Abbat a créé un site internet (voir dans les sources) afin de pérenniser ce témoignage exceptionnel sur cette page de l'histoire coloniale : sur les actions militaires bien sûr, mais aussi les modes de vie, les relations entre  populations, les métiers, l’agriculture, la géographie, et bien d’autres thèmes encore y sont abordés.

 

Voici ci-dessous une lettre du lieutenant Abbat, illustrant les conditions de l’administration coloniale :

 

« Depuis le 25 mars, je continue donc à faire le chef maçon. Mais mes ouvriers ne sont pas très expérimentés, moi non plus du reste, et le travail n'avance pas vite. Ces monstres-là (je parle de mes ouvriers) n'ont aucun sentiment de la ligne droite. Il faut vraiment se battre pour obtenir qu'un mur soit approximativement droit. En regardant le mur d'enceinte de profil, on dirait qu'il s'est gondolé car le pied, tracé à la corde, est droit mais c'est le haut qui ne l'est plus. Enfin, tant bien que mal ça marche tout de même et le Fort Voulet (ce sera peut-être son nom) prend tournure. (…)

De temps en temps, tous les 3 ou 4 jours, j'ai la visite du Naba actuel, celui que nous avons mis sur le trône du Mossi. Le trône se compose d'un sécot posé à terre sur lequel on étend une couverture de voyage de fabrication européenne (noire d'un côté, rouge de l'autre, avec un grand boeuf au galop dessiné en brun sur le fond rouge). Cette couverture suit le Naba dans tous ses déplacements, elle est religieusement portée par un jeune eunuque. (…)

Depuis que nous sommes à Ouagadougou, la question du mil est l'une des plus importantes. Il nous faut à tout prix du mil pour nos hommes et nos animaux, et c'est le pays qui doit le fournir. Comme d'un autre côté ce pays vient de subir plusieurs mois de guerre, ma foi pas mal de mil a été gaspillé ou brûlé et maintenant la denrée se fait un peu rare, de sorte que les Nabas qui doivent nous la fournir s'exécutent cahin-caha en rechignant. Alors ma foi, la raison du plus fort étant ici la meilleure, on prend de force ce qu'on ne veut pas donner de bonne volonté et on prend plus, bien entendu. Il faut bien payer le dérangement. Ce sont encore quelques mois à passer, tous les ennuis prendront fin avec la récolte prochaine... Mais le mil n'est pas encore planté. (…)

Je souris en vous écrivant tout ça mais ce n'est pas si risible que cela, surtout pour les pauvres bougres qui sous peu claqueront peut-être du bec. Comme partout, c'est le bon populo qui souffre et pâtit, ici comme ailleurs. Mais comme c'est la lutte pour l'existence, entre eux et mes tirailleurs, je n'hésite pas. Je leur prends ce qu'il me faut. »

 

 

Sources :

 

  • Cet article a été écrit par Benoît Beucher – hormis la partie relative au lieutenant Abbat – et publié dans le n°293 de TIM (Terre Info Magazine) – Avril 2018.
  • La partie relative au lieutenant Abbat ainsi que les trois photographies sont issues du site ci-dessous, créé par Catherine Abbat, arrière-petite-fille du lieutenant :

http://catherine.abbat.free.fr/FondsAbbatSoudanFrancais/ACCUEIL.html

 

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

Voir les commentaires

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 24 Février 2019

L'ONACVG.

L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre est un établissement public sous tutelle du ministère des Armées, créé le 2 mars 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage !

 

Il s’agit à l’époque d’un établissement public autonome interministériel géré par un Conseil d'administration. La loi du 27 juillet 1917 crée ensuite l'Office National des Pupilles de la Nation, puis celle du 19 décembre 1926 donne le jour à l'Office national du combattant. Durant les années 1933 et 1934, la fusion successive de ces trois organismes permet la création de l'Office national des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la nation. En 1946 cet organisme récupère la gestion des services sociaux du Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés et s'appelle désormais l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de guerre. Depuis 1991, intègre également l'aide aux victimes d'actes de terrorisme.

 

Missions.

 

L’ONACVG a trois missions principales :

 

  • la reconnaissance et la réparation ;
  • la solidarité ;
  • la mémoire.

 

Il a pour objectif de préserver les intérêts matériels et moraux de ses ressortissants : anciens combattants, invalides et blessés de guerre, veuves de guerre, pupilles de la Nation, victimes de guerre, et plus récemment, d’actes de terrorisme. Aujourd’hui, il apporte un soutien à près de trois millions de ressortissants de toutes les générations du feu. Il est également l’opérateur majeur de la politique mémoriel du ministère des Armées.

 

Une organisation structurée.

 

La direction générale de l’Office, située au sein de l’Hôtel national des Invalides, a pour fonction de piloter la politique générale définie par le conseil d’administration sous le contrôle du directeur général. Elle gère également le fonctionnement global de l’établissement et coordonne l’activité des services départementaux dans le cadre de leurs missions. Un service de proximité est implanté dans chaque chef-lieu de département, ainsi qu’en Outre-Mer, en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, et en Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie). Gérés par des directeurs départementaux, les services de proximité sont chargés de décliner localement les différentes missions de l’Office.

 

La gouvernance.

 

L’Office est une organisation paritaire. Cette dernière permet aux anciens combattants et victimes de guerre de participer aux grandes décisions concernant leur avenir via différentes structures : le conseil d’administration, les conseils départementaux et l’ensemble des commissions spécialisées.

 

Le conseil d’administration se prononce sur le budget, le compte financier, la répartition entre associations des subventions destinées à l’action sociale en faveur de leurs adhérents (ressortissants de l’Office), le placement des capitaux et revenus provenant de libéralités faîtes à l’ONACVG. Les membres sont nommés pour 4 ans par arrêté du 27 janvier 2012. Ce conseil est composé de quatre commissions :

 

  • La commission permanente délibère sur les questions confiées par délégation du conseil d’administration, donne son avis sur les projets de textes réglementaires relatifs à l’Office, propose un règlement intérieur, et examine les questions soumises par le ministre ou le directeur général.
  • La commission des affaires générales et financières étudie les questions concernant le fonctionnement, le budget et les comptes de l’ONACVG, et examine les points inscrits à l’ordre du jour du conseil correspondant à son domaine de compétence.
  • La commission « mémoire et solidarité » délibère sur les questions à l’ordre du jour concernant la solidarité, la réinsertion professionnelle, l’hébergement des ressortissants âgés, la participation au droit à réparation et les actions de mémoire.
  • Le comité d’honneur est constitué d’anciens administrateurs ayant accompli au moins trois mandats au sein du conseil d’administration de l’Office, et examine les questions soumises par le ministre.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

 

Désormais présidés par les préfets, les conseils départementaux sont désormais appelés « conseils départementaux pour les anciens combattants et victimes de guerre et la mémoire de la Nation ». Au sein de chaque conseil, plusieurs groupes de travail sont constitués, portant sur les demandes d’aides relevant de la solidarité, sur les projets relatifs à la politique de Mémoire, sur les demandes de délivrance des diplômes d’honneur de porte-drapeau, sur l’attribution de l’insigne des victimes civiles, et sur l’attribution de cartes et titres.

 

Adresse et coordonnées pour notre département :

 

Préfecture des Hauts-de-Seine - 167-177 avenue Joliot-Curie - 92000 Nanterre

Tél : 01 40 97 21 40 - Horaires d'ouverture : du Lundi au Mardi : de 09h00 à 12h30 de 14h00 à 17h30. Permanence pour l'action sociale le lundi ou sur rendez-vous : du Jeudi au Vendredi : de 09h00 à 12h30 de 14h00 à 17h30.

 

Directeur : Jean-Baptiste ROMAIN, attaché d'administration

 

 

 

Sources :

 

  • Site de l’ONAC VG -
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Archives départementales du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Archives photographiques du Souvenir Français – Comité Issy-Vanves.

 

Assemblée générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine de 2016 à Chaville. M. Jean-Baptiste Romain, directeur départemental de l’ONACVG, félicite M. Daniel Jouin, président du Comité de Boulogne et délégué général adjoint pour la tenue de la cérémonie.

Assemblée générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine de 2016 à Chaville. M. Jean-Baptiste Romain, directeur départemental de l’ONACVG, félicite M. Daniel Jouin, président du Comité de Boulogne et délégué général adjoint pour la tenue de la cérémonie.

Voir les commentaires

Publié le 10 Février 2019

Les soldats français combattent dans les rues de Tientsin.

Les soldats français combattent dans les rues de Tientsin.

Depuis 1900, sept soldats français reposent à Hiroshima. Blessés lors du siège de Pékin durant la guerre des Boxers, ils ont été évacués vers le Japon, où ils sont morts. Depuis les Japonais veillent sur eux. Et même le largage de la bombe atomique américaine le 6 Août 1945 n'a pas détruit les tombes !

 

La Guerre des Boxers.

 

Il s’agit d’une révolte initiée par une société secrète chinoise, la société Yihetuan, dont le symbole est un poing fermé, d'où le nom de « Boxeurs » (les Anglais dirent « Boxers ») donné par les Occidentaux. Les Boxeurs sont à l'origine d'un mouvement xénophobe et nationaliste qui éclate à la suite de la défaite infligée à la Chine par le Japon en 1895 et des exigences des puissances européennes en 1898.

 

Né dans le Shandong, ce mouvement se développe avec rapidité et violence, s'attaque aux missions étrangères. Le 10 juin 1900, la vieille impératrice douairière Cixi demande devant son Grand Conseil que soient chassés sans retard les étrangers. Les Boxeurs de Pékin, excités par un prince de la Cité interdite, Touan, ne se le font pas dire deux fois ! Ils se lancent dans la chasse aux chrétiens chinois et aux prêtres européens, massacrant les uns et les autres. Ils font par ailleurs le siège des Légations, les blocs d'immeubles réservés au logement des étrangers. Ces derniers prennent leurs dispositions pour un siège de longue durée.

 

Malheureusement pour les apprentis-sorciers de la Cité interdite, la révolte ne dépasse pas les limites de la capitale et le pays, dans son ensemble, ne bouge pas. Huit nations – Japon, Allemagne, Autriche-Hongrie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie et Russie – envoient des troupes pour secourir leurs compatriotes et défendre leurs intérêts commerciaux.

 

La France dépêche à la hâte environ 400 marins tirés de l’escadre présente en Chine à l’époque et 2 500 militaires de l’infanterie et de l’artillerie de marine basée au Tonkin et en Cochinchine.

 

Les soldats occupent le port de T'ien-tsin le 14 juillet 1900 et entrent à Pékin un mois plus tard. La Cour prend le large sans attendre, l'orgueilleuse impératrice Cixi ne craignant pas de se déguiser en paysanne !

 

Par le traité qui clôt le conflit, les représentants de l'impératrice conviennent de verser d'énormes réparations financières aux Occidentaux échelonnées sur... quarante ans (au total 1600 millions de francs-or).

 

Les soldats français d’Hiroshima.

 

22 Français sont tués lors des combats devant la ville murée de Tientsin. Une centaine de blessés sont évacués vers le Japon à bord du navire-hôpital Halmaï-Maru. Sept ne survivent pas à leurs blessures et sont enterrés sur place.

 

Ils s’appelaient Jean Bourgeade, originaire de Bordeaux, Corentin Postic de Lanvéoc (Finistère), Louis Marie Carrour de Kervignac (Morbihan), Joseph Dorel de Grenoble, Jules Lebeau d’Artonges (Aisne), François Cohendy d’Aydat (Puy-de-Dôme) et François Lelièvre d’Angers. Ils ont en commun d’avoir été des soldats de l’armée française et d’être morts à l’été 1900, lors de la guerre des Boxers. Tous les sept reposent à Hiroshima.

 

Sept tombes alignées sur deux rangs. Au centre un obélisque décoré de lauriers. Une plaque de marbre gravée sur laquelle on peut lire : « À la mémoire des soldats et marins français du corps expéditionnaire de Chine décédés à Hiroshima en 1900 et en reconnaissance… »

 

Ce carré militaire français est situé dans le cimetière du parc d’Hijiyama, au bord d’un bras de la rivière Enko qui se jette dans la baie d’Hiroshima au Japon. Les dalles frappées d’une croix latine sont gravées avec le nom et le grade du soldat, la date et lieu de naissance ainsi que la date et lieu de décès et la mention : « Priez pour lui ».

 

En mars 2017, une délégation du Souvenir français, conduite par son président général Serge Barcellini, est allée fleurir les tombes des sept d’Hiroshima. En présence de Japonais qui continuent très respectueusement à entretenir l’ensemble.

 

 

 

 

Sources :

 

 

Les soldats français entrent dans Pékin.

Les soldats français entrent dans Pékin.

Le monument et les sept tombes.

Le monument et les sept tombes.

Voir les commentaires

Publié le 5 Février 2019

Monsieur Jean-Baptiste Boyer.

Jean-Baptiste Boyer s’est éteint à 95 ans le mardi 22 janvier 2019 à Gentilly en Région parisienne. Il a été inhumé mercredi 30 janvier à Issy-les-Moulineaux.

 

Je connaissais bien Jean-Baptiste Boyer : il y a près de douze années de cela – nous étions en juillet 2007 – je l’avais rencontré, mail Raymond Menand à Issy. Fort gentiment et élégamment, M. Boyer m’avait reçu et avait conté sa guerre contre les troupes nazies en Slovaquie. Ce récit se trouve toujours sur ce site, à la date du mois d’août 2007.

 

Jean-Baptiste Boyer avait fait partie du maquis dirigé par le capitaine Georges Barazer de Lannurien (1915-1988) avec 200 Français évadés de camps de prisonniers et de l’usine d’armements de Dubnica nad Vahom. C’est eux qui avaient lancé le 27 août 1944 l’insurrection contre la Wehrmacht et le régime fasciste de Mgr Tiso, dans les montagnes de Strečno, dans le nord-ouest de la Slovaquie satellisée par Hitler. Ils laissèrent 56 camarades tués au combat, un des plus forts taux de perte d’une unité française pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Certains maquisards, faits prisonniers par les Allemands, furent fusillés. D’autres, comme M. Boyer, réussirent à s’évader grâce à la complicité d’autochtones, la veille de leur exécution. Après l’écrasement du Soulèvement, ils furent cités à l’ordre de l’armée par le général de Gaulle le 9 décembre 1944.

 

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Alain de Boissieu, camarade de promotion à Saint-Cyr du capitaine de Lannurien, aida à la reconnaissance de ces courageux partisans.

 

Les survivants durent leur salut à l’Armée rouge et ils ne rentrèrent en France qu’à l’été 1945. Ces combattants sont célébrés sans discontinuer en Slovaquie. Jean-Baptiste Boyer qui fit carrière à la Poste où il finit Inspecteur général présidait l’Association des Anciens Combattants de Slovaquie. Avec Alain Bétry, il rédigea ses mémoires en 2012, très utiles pour les historiens. Elles ont été publiées par les Editions Atlantes (en vente chez vos libraires isséens Chantelivres, Caractères et Gutenberg – ou directement sur le site d'Atlante éditions : http://www.atlante-editions.fr/ )

 

M. Boyer était officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Croix du Combattant Volontaire 39-45, médaille des Évadés, Croix des Combattants Volontaires de la Résistance, médaille de l’Insurrection slovaque.

 

Lui survit dans le Morbihan Roger Naël, sans doute le dernier des résistants français de Slovaquie.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Crédit photographique : Alain Bétry.
  • Archives du Comité d’Issy-Vanves du Souvenir Français.
  • Site de l’ambassade de France en Slovaquie.
  • « Résistants, partisans français en Slovaquie » par Jean-Baptiste Boyer – Ed. Atlantes.
Monsieur Jean-Baptiste Boyer.

Voir les commentaires

Publié le 28 Janvier 2019

Disparition de Marie-Thérèse Borg.

Nous avons reçu, en cette fin d’année 2018, une triste nouvelle : la disparition de notre adhérente, Mademoiselle Marie-Thérèse Borg.

 

Mademoiselle Borg était née le 15 août 1930 à Paris. Alors qu’elle a 14 ans, elle voit débarquer chez elle les Allemands, à la recherche de son frère aîné, accusé par les nazis d’être un terroriste, c’est-à-dire un résistant. Mais point de frère aîné dans les parages, qui a eu le temps de déguerpir ! Malheureusement, les Allemands décident de prendre en otage le premier jeune venu dans l’immeuble : il s’agit de Wladimir Rygaloff, un jeune homme d’origine russe. Il est aussitôt fusillé en guise de représailles.

 

Mademoiselle Borg se jure alors de conserver la mémoire de ce jeune qui a été sacrifié sur l’autel de la Résistance. C’est ce qu’elle fait en payant une tombe décente. Plus tard, beaucoup plus tard, grâce à Thierry Gandolfo, conservateur du cimetière d’Issy, Mademoiselle Borg viendra nous consulter pour que nous prenions en charge ladite sépulture. Et au passage, elle nous assurera de sa générosité en faisant don au Souvenir Français d’une somme qui nous permet des années d’entretien.

 

Mademoiselle Borg est décédée le 21 décembre 2018. Ses cendres ont été dispersées au jardin du souvenir du cimetière communal. Elle avait 88 ans.

Voir les commentaires

Publié le 13 Janvier 2019

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Au cours du mois d’octobre dernier, ayant surfé sur notre site Internet, Madame Catherine Belan nous a contacté afin de communiquer des archives en sa possession. Ces dernières montrent l’engagement de Jean Boilleau, résistant en Afrique Equatoriale Française et son action au service du général de Gaulle dès 1940.

 

Les communications en AEF.

 

L’Afrique Equatoriale Français, ou A.E.F., était un gouvernement général regroupant au sein d’une même fédération quatre colonies françaises d’Afrique centrale, entre 1910 et 1958 : le Gabon, le Congo, le Tchad et l’Oubangui-Chari (qui deviendra la République centrafricaine). La superficie de l’ensemble représentait environ 4 fois celle de la France. Son chef-lieu était Brazzaville, résidence du gouverneur général.

 

Au sein de cette unité territoriale, les déplacements se faisaient soit sur des pistes soit en bateau sur les fleuves immenses de cette partie de l’Afrique. Au début du 20e siècle, la République française décide d’innover et de relier, au sein du territoire du Congo, Brazzaville (la ville tire son nom de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza), située au cœur du pays, à Pointe-Noire, sur la côte, et capitale économique. Les deux villes étant séparées de plus de 500 kilomètres.

 

Jean-Baptiste Emile Boilleau nait le 21 mars 1898 à Bordeaux. Il suit ses études dans la capitale girondine puis entre à l’Ecole des Télécommunications d’où il sort ingénieur dans les années 1920. Il commence sa carrière en métropole puis rejoint l’Afrique Equatoriale Française (AEF) en 1932 où il est nommé Chef du Service des Communications Electriques du Chemin de Fer Congo-Océan. Chemin de fer que la France, et la Société de Construction des Batignolles (qui deviendra SPIE-Batignolles), construisent de 1921 à 1934.

 

En 1952, dans un rapport à sa hiérarchie, Jean Boilleau revient sur des travaux réalisés à partir de 1933 : « Construction des lignes télécommunications du Chemin de Fer Congo-Océan et installation de toutes les stations téléphoniques y compris les dérivations vers Madigou – Loudima – Sibiti et les installations des centres de Brazzaville et de Pointe-Noire. Ces lignes comprenaient 4 circuits plus deux circuits fantômes – Longueur de 510 km. J’ai commencé les travaux le 4 septembre 1933 à partir de Brazzaville. La liaison avec Pointe-Noire était assurée dès le 28 juin 1936 ainsi qu’avec toutes les stations de la ligne. Cela malgré les importantes difficultés que j’ai rencontrées dans le Mayumbe. Nous avons travaillé 15 heures par jour pendant plus de quatre mois pour maintenir la cadence rapide de construction entre les Bandas et Fourastier (72 km).

 

A partir de l’année 1937 on téléphonait couramment et sans difficulté de Brazzaville à Pointe-Noire.

 

Après l’armistice du 18 juin 1940 ces lignes ont permis d’assurer des communications clandestines entre le commandant Delange de Brazzaville, elles se sont poursuivies jusqu’au 28 août 1940 malgré les difficultés que présentaient de telles liaisons pour les maintenir secrètes. Je les donnais depuis mon bureau à Brazzaville où les lignes passaient en coupure. A Pointe-Noire, M. Dupri, mon adjoint, court-circuitait le standard et passait la communication au commandant d’Ornano sur son appareil portatif de contrôle.

 

Actuellement, l’Administration des P.T.T. utilise les appuis et les armements de cette nappe de fils pour l’installation de la téléphonie par courant porteur H.F. entre Pointe-Noire et Brazzaville ».

 

L’AEF au service de la France Libre.

 

Dès le 18 juin 1940, Félix Eboué, gouverneur général du Tchad, se déclare partisan du général de Gaulle. Avec le colonel Pierre Marchand, il décide du ralliement officiel du pays, donnant ainsi « le signal de redressement de l’empire tout entier ». Dans la foulée, de Gaulle nomme Eboué gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française. En quelques mois, Eboué transforme l’A.E.F. en une véritable plaque tournante géostratégique d’où partent les premières forces armées de la France Libre, conduites par les généraux de Larminat, Koenig et Leclerc.

 

Jean Boilleau a lui aussi entendu l’appel du général. Il créé un poste radio à Brazzaville et se met au service de l’homme de la France Libre. D’ailleurs, le général de Gaulle, à l’occasion de son déplacement de Fort Lamy (Tchad) à Brazzaville, le 25 octobre 1940, s’adresse à Jean Boilleau et lui dit : « Vous avez bien mérité pour votre action dans la lutte pour la libération de la Patrie ».

 

Six mois plus tard, le 31 mars 1941, le Haut-Commissaire de l’Afrique Française Libre, le médecin-général Adolphe Sicé, ancien directeur de l’Institut Pasteur de Brazzaville, indique : « M. Boilleau s’est dépensé jusqu’au surmenage pour l’installation et le fonctionnement, l’extension des stations radio de Radio-Brazza et Radio M’Pila, qui ont permis à l’Afrique Française Libre de faire entendre sa voix et d’organiser sa propagande à partir du 28 août 1940. Il était difficile de témoigner plus d’esprit de sacrifice à la grande cause de la libération de la Patrie ».

 

Le 30 août 1941, le Chef du Service de l’Information de l’Afrique Française Libre, le capitaine Desjardins, indique : « M. Boilleau, qui dirige la station régionale de Radiodiffusion de Brazzaville, qu’il a lui-même créée et dont il assure seul le fonctionnement ne cesse de faire preuve du plus grand dévouement dans l’accomplissement de sa tâche et dans la poursuite inlassable des résultats cherchés. Technicien expérimenté, il pousse le scrupule professionnel jusqu’au surmenage ayant à cœur de consacrer toutes ses forces au service de la France Libre ».

 

Le 1er janvier 1942, le général de Gaulle nomme Jean Boilleau au grade d’Ingénieur de 4e classe pour « titres exceptionnels en rapports directs avec la lutte pour la libération Nationale ».

 

Tout au long de la guerre, Jean Boilleau assure l’exercice, seul, de Radio-Brazza, première radio de la France Libre. En 1944, Brazzaville, qui est devenue depuis 1940 capitale de la France Libre, reçoit une nouvelle fois le général de Gaulle. A l’occasion de son discours d’ouverture de la Conférence de Brazzaville, ce dernier définit ce que seront pour lui les relations entre la France et les colonies africaines après la Seconde Guerre mondiale. Et il évoque la question de l’émancipation. Bien entendu, le tout est retransmis sur Radio-Brazzaville.

 

Radio-Club.

 

Extrait du Journal de l’A.E.F. n°151 du 11 janvier 1945 :

 

« Le Radio-Club n’est plus.

 

C’est avec regret que nous voyons disparaître ce nom que nous entendions chaque jour et qui évoquait pour nous ces journées fiévreuses où s’est décidée la rentrée en guerre de l’A.E.F. Il convient au moment où l’Association du Radio-Club est dissoute que nous rappelions en quelques mots les débuts de cette station d’émission et le rôle qu’elle a joué un jour qui, si les historiens sont justes, lui fera donner une honorable place dans l’histoire de l’Afrique française.

 

Le Radio-Club fut créé en avril 1936 par Messieurs Cruveiller et Boilleau, celui-ci ne cessa d’être l’âme même de l’association et le remarquable technicien réalisateur pour lequel aucune difficulté n’est invincible. Une première station d’émission de 25 watts fut installée dans un local prêté par M. Amouroux et fonctionna deux fois par semaine à partir de novembre 1936. Elle répondait à un besoin car la plupart des postes européens étaient alors mal reçus à la Colonie. C’est en vain qu’au début, l’Association essaya d’intéresser les pouvoirs publics à ses efforts. M. Boilleau dut payer de ses deniers personnels la construction et l’installation d’un poste, sans compter une bonne partie des notes de secteur car les cotisations n’atteignaient que 350 francs par mois. Cependant, sans se lasser, M. Boilleau perfectionnait son poste et augmentait, toujours à ses frais, sa puissance. Un nouveau poste de 50 watts entrait en service en juin 1938.

 

Dès le début de la guerre, le Radio-Club, en des émissions quotidiennes, diffusaient les nouvelles. MM. Cherubin, Delpech faisaient des prodiges pour fournir chaque soir les renseignements intéressants. En janvier 1940, le docteur Bizien rentra dans l’équipe.

 

Cependant, sur les instances de Monsieur Soubirou-Pouey, alors Président du Club, en mars 1940, le Gouverneur général accordait 10.000 francs de subvention à Radio-Club.

 

Un nouveau poste était installé, mais la note s’élevait à 23.000 francs. M. Boilleau payait la différence et en juillet 1940 le Radio-Club possédait deux émetteurs, l’un sur 36m50, puissance 50 watts, l’autre sur 25 mètres puissance 150 watts.

 

Cette fois la portée de l’émission était intéressante, elle atteignait le Sénégal et parfois l’Afrique du Nord et même le midi de la France ainsi qu’en ont témoigné les auditeurs.

 

Cependant, dès l’armistice, s’affirmait le rôle patriotique de la station. Après entente avec le médecin-général Sicé, qui a Brazzaville était reconnu comme le chef du mouvement gaulliste, le docteur Bizien prenait seul la charge des émissions. Il fallait faire comprendre à tous, malgré la censure, que la capitale de l’Afrique Equatoriale voulait rester française et suivait le chef qui s’était révélé. Il fallait combattre la propagande défaitiste de Vichy et rendre unanime sur le territoire l’adhésion au mouvement de Libération.

 

Les Autorités Vychistes ne trouvaient pas cela de leur goût et M. Boilleau fut en but aux menaces et le 25 août, le docteur Bizien était mis aux arrêts de rigueur. Le lendemain, M. Boilleau, sans speaker, se contenta de jouer la Marseillaise pour toute émission ce qui mit le général Husson en fureur, et craignant lui-même d’être arrêté, le 27 août réduisit à 25 watts son poste de 50 et rendit inutilisable le poste de 150 watts dont il cacha les pièces essentielles dans le bureau de M. Soubirou-Pouey, pour les soustraire à une perquisition probable. Il était temps : les dernières passèrent sous le nez d’un garde militaire armée de fusils-mitrailleurs qui occupa les locaux pendant que M. Boilleau recevait l’ordre de quitter immédiatement les lieux. Mais le soir-même, le général Husson voulut parler au micron et M. Boilleau, rappelé, après avoir refusé de faire l’annonce, dut mettre en marche son petit poste réduit à 25 watts dont, par surcroît, il dérégla le pilote. Husson n’eut pas le temps de réagir et, le lendemain, dans la joie, M. Boilleau remontait fébrilement son 150 watts et, à nouveau le docteur Bizien pouvait pour la première fois annoncer : « Ici Radio-Brazzaville, poste d’émission de l’Afrique Française Libre ». Le rôle de Radio-Club n’était pas terminé : chaque soir des nouvelles et des commentaires étaient diffusés. Peu après, un service d’informations, encore bien modeste, était dirigé par M. Clavaldini.

 

Le 25 octobre 1940, le général de Gaulle, visitant le Radio-Club, exprima sa satisfaction de la tâche accomplie par M. Boilleau et au docteur Bizien. Il annonça l’arrivée prochaine des frères Desjardins. A la même époque commencèrent les essais du grand poste de Radio-Brazzaville où chaque soir, à 21 heures, jusqu’au début de décembre 1940, le Papier du Jour, était lu par le docteur Bizien, après l’émission de Radio-Club.

 

Le 8 décembre, le Service de l’Information de la France Libre prenait la charge de la diffusion des nouvelles et des commentaires. Par la suite, la puissance d’émission de Radio-Club ne cessa de s’accroître. En 1941, un troisième émetteur de 150 watts était construit et mis en service au mois d’avril, la puissance du poste de 50 watts était portée à 125 watts. En 1942, un poste de 150 watts était modifié et émettait avec 250 watts. En 1943, la puissance des trois émetteurs devenait respectivement 250, 500 et 650 watts. Au début de 1944, la puissance du poste de 250 watts était portée à 500 watts et celle de 650 watts à 1 kilowatt. Enfin, au cours de la même année était construit un quatrième émetteur de 2 kilowatts et un cinquième de 150 watts.

 

Actuellement, Radio-Club dispose de deux émetteurs modernes : 1 poste de 150 watts, 2 postes de 500 watts, 1 poste de 1 kilowatt, 1 poste de 2 kilowatts qui sont remis au Gouvernement général par la dissolution de l’Association.

 

Nous nous plaisons ici à rendre hommage qui lui est dû à celui qui fut à la fois le créateur, le constructeur inlassable, l’animateur constant du poste d’émission de Radio-Club, à M. Boilleau, qui sans un jour de repos, en assura le fonctionnement.

 

Les services rendus à la France Libre par ce poste ont été réels. Il a facilité l’union entre les Français de l’A.E.F. et il a convaincu les hésitants. Il a rendu le courage aux isolés, manifesté à ceux, qui dans d’autres colonies, étaient encore sous la férule allemande, que la Résistance demeurait.

 

Le Radio-Club a vécu. Il fut le premier poste d’émission français qui mena le combat pour la France et aussi le premier poste d’émission français libre, le premier poste français où parla le général de Gaulle.

 

A ces titres, nous devons en garder le souvenir ».

 

Après la guerre.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Boilleau regagna la métropole et fut nommé ingénieur à la Radiodiffusion Française à Paris, en charge des stations de la France Outre-Mer et de la construction des antennes des Centres mondiaux d’Allouis et d’Issoudun.

 

Par la suite, il rentra en A.E.F : en 1949, il prit le poste de Chef du Service des Postes et Télécommunications du territoire du Gabon à Libreville puis, de 1950 à 1952, fut Chef-adjoint du Service Radioélectrique de l’A.E.F. à Brazzaville.

 

Jean Boilleau se retira en métropole, à Bidart dans les Pyrénées Atlantiques, pour y passer sa retraite et finir ses jours. Il avait eu deux enfants d’un premier mariage, Henriette et Jacqueline (nées en 1921 et 1923) puis avait épousé en secondes noces, Mademoiselle Marcelle Chavignier, alors Directrice des sages-femmes à l’hôpital de Brazzaville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales et personnelles de Madame Catherine Belan, filleule de Monsieur Jean Boilleau.
  • Dossier militaire de M. Jean Boilleau.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives de l’ORTF.
  • Site Internet www.france-libre.net
  • Site sur l’Histoire : www.herodote.net
  • Site de l’ambassade de France au Congo : https://cg.ambafrance.org/
  • Site www.cvce.eu

 

 

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

Voir les commentaires

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale