Publié le 13 Février 2015

 

souffleur1

 

L’équipage du Souffleur II. Au centre Jean Gabin ; à sa gauche Raymond Thiébault

(© Tranches de Vies – Wordpress).

  

Ancien militaire, l’Isséen Raymond Thiébault vient de nous quitter dans sa 89e année.

 Né en 1927 dans le quartier de la Ferme à Issy, il suit des études de mécanique. En 1944, à l’âge de 17 ans, il s’engage dans les Forces Navales Libres du général de Gaulle et commandées par l’amiral Muselier. Il est affecté au 2e escadron du régiment blindé de fusilliers-marins de la 2e Division Blindée du général Leclerc. C’est là qu’il fait la connaissance de son chef de char, l’un des plus vieux engagé de l’armée et célèbre acteur : Jean Gabin !

 Après la Libération de Paris, Raymond Thiébault poursuit l’épopée du général Leclerc et combat dans les Vosges, à Strasbourg puis à Berchtesgaden, le fameux nid d’aigle d’Adolf Hitler.

 De retour en France après la guerre, il repart combattre en Indochine où il s’illustre une nouvelle fois en patrouillant sur le Mékong. Il rentre en métropole et se marie. Il est alors embauché chez Salmson comme pilote essayeur. Poursuivant sa carrière automobile, il entre à la SEV d’Issy-les-Moulineaux où il termine sa carrière comme Chef de Département.

 Parallèlement, il fonde les ACV 92 (Anciens Combattants Volontaires des Hauts-de-Seine) et devient, au siège national de la fédération, l’un des vice-présidents en charge de la Chancellerie. A Issy, il devient président de l’UFAC (Union Française des Anciens Combattants) et participe au renouveau du Souvenir Français, avec le colonel Hartz et Robert Dubot, lui aussi ancien de la 2e DB. Dans les années 1990, il cédera la présidence des ACV.

 Raymond Thiébault était chevalier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Médaille militaire et décoré de la Croix des Théâtres d’Opérations Extérieurs. Les anciens combattants et des représentants du Souvenir Français lui ont rendu hommage le 22 décembre dernier.

 

 

Sources :

 

  • Point d’Appui, journal de la ville d’Issy-les-Moulineaux, numéro 488 de Février 2015.
  • Encyclopédie du cinéma, de Roger Boussinot, ed. Bordas.
  • Quitte à avoir un père, autant qu’il s’appelle Gabin… de Florence Moncorgé-Gabin, Ed. Le Cherche-Midi, 2003.
  • Gabin, d’André Brunelin, Ed. Robert Laffont, 1987.
  • Interview de Raymond Thiébault par le Souvenir Français d’Issy, novembre 2012.
  • Site Internet : www.tranchesdevies.wordpress.com

 

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Publié le 6 Février 2015

Pastorale

 

 

La Pastorale d’Issy.

 

La Pastorale d'Issy est le tout premier opéra en langue française, créé en avril 1659 par Pierre Perrin (pour le livret) et Robert Cambert (pour la musique). Il fut donné dans la propriété de Monsieur de La Haye, maître d'hôtel de la régente Anne d'Autriche mère de Louis XIV, à Issy. Cette première représentation, que raconte Charles Perrault, l'auteur des Contes qui y était invité, eut un tel succès que le roi lui-même demanda à voir cet opéra.

 

Historim.

 Nous avons besoin de votre soutien pour compléter le financement du magnifique travail des artistes pour recréer musique, interprétation et mise en scène de ce trésor du patrimoine isséen !

 Historim, association loi 1901, s'est donné comme vocation de protéger et de faire connaître l'histoire de la ville d'Issy-les-Moulineaux. C'est donc logiquement que nous avons voulu ressusciter cet opéra, véritable patrimoine historique de notre pays et de notre ville.

 Si l'on a retrouvé le livret, dans une bibliothèque universitaire de New York, la partition a été perdue. D'où l'idée de l'association de demander à un compositeur de faire une nouvelle musique.

 Benjamin Attahir, jeune talent, a accepté le défi : ce sera une musique du XXIe siècle, mais avec les instruments baroques de l'époque (serpent, flûtes, théorbe), sur les paroles de Pierre Perrin. Il va s'entourer de 7 chanteurs et chanteuses, choisis et dirigés par Satoshi Kubo, pianiste et chef de chant, et de près de 10 musiciens, d'un metteur en scène, d'un décorateur et d'un responsable lumière.

 

Le financement participatif.

 Le financement participatif permet au grand public de soutenir collectivement sur Internet un projet qui le concerne et qui l’attire. Ce nouveau mode de financement populaire est en plein essor, et ouvre un monde de possibilités pour le mécénat et le secteur culturel : c’est le mécénat participatif.
Votre don vous offre l’accès à de nombreuses contreparties ainsi qu’à une déduction fiscale de 66% de votre don.

 La première représentation sera donnée à l'auditorium d'Issy-les-Moulineaux le 9 avril 2015 et c'est pourquoi nous avons besoin de votre soutien financier. En effet, les frais de location de la salle pour les répétitions, les costumes et les décors, les cachets des artistes s'élèvent à 18 000 euros et nous faisons appel à vous aujourd'hui pour réunir 6 000€ pour compléter notre budget.

 Ressuscitez un événement culturel qui participe au rayonnement de la ville et à sa vie culturelle de la ville. Retrouvez cet opéra tombé dans l’oubli !

 

 

Comment pouvez-vous participer ?

 La mobilisation au plus vite est très importante. Il faut que le départ soit très engageant pour que la magie du bouche à oreille opère.
 Vous pourrez participer très simplement (en trois clics), dès 10€ et jusqu’à 1 000€ et plus, en soutenant notre campagne sur le site Culture-Time. De nombreuses contreparties uniques sont proposées en fonction des différents montants de soutien.

 Pour donner à cette œuvre une nouvelle vie et lui permettre d'être jouée sur scène une nouvelle fois, participez et "Ressuscitez la Pastorale d'Issy"

 En espérant vous voir participer à cette aventure avec nous !

 

MERCI À TOUTES ET À TOUS !

 

https://www.culture-time.com

 

 

Historim et le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux

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Publié le 1 Février 2015

 

In mmemorian Armee Air

 

Jeudi 29 janvier 2015 : le C130 Hercules espagnol se pose sur la base de Nancy-Ochey, ramenant les dépouilles des Français. Le retour des corps des pilotes, navigateur et mécaniciens, tragiquement disparus alors qu’ils participaient au stage Tactical Leadership Program, a eu lieu par voie aérienne. Une chapelle ardente est désormais dressée au sein d’un hangar de l’escadron de chasse 1/3 « Navarre ». Les aviateurs de la BA 133 se relèvent jour et nuit pour la veillée des corps.

Une cérémonie dans l’intimité militaire, présidée par le général d’armée aérienne Dénis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’air aura lieu lundi 2 février à 11h00 sur la Base aérienne 133 de Nancy-Ochey (Meurthe-et-Moselle), d'où sont originaire huit des soldats français de l'accident d'Albacète. A l'occasion de cette cérémonie d'hommage privé, les soldats se verront remettre la médaille de l'aéronautique ainsi que la médaille d'or de la défense nationale avec palme de bronze.

Mardi 3 février 2015, le cortège funèbre transportant les dépouilles des neufs soldats français passera sur le pont Alexandre III à 8h00 avant la cérémonie d’hommage national à l’Hôtel national des Invalides.

Ceux qui le souhaitent, sont invités à une présence silencieuse, au passage du cortège à partir de 7h45 sur le pont Alexandre III. 

L'hommage national sera ensuite présidé par le Chef de l'Etat, en présence du Chef d'Etat Major des Armées, des représentants de toutes les armées. Cette cérémonie se déroulera à partir de 10 heures dans la cours d'honneur des Invalides. Le Président de la République remettra aux neuf morts pour la nation, la légion d'honneur.

In memoriam 

Adjudant François Combourieu,37 ans, mécanicien. 

Adjudant Thierry Galoux, 41 ans, mécanicien.

 Capitaine Gildas Tison, 35 ans, pilote.

 Capitaine Mathieu Bigand, 30 ans, pilote

 Lieutenant Arnaud Poignant, 26 ans, mécanicien.

 Lieutenant Marjorie Kocher, 29 ans, navigatrice.

 Sergent Nicolas Dhez, 25 ans, mécanicien.

 Sergent Régis Lefeuvre, 25 ans, mécanicien.

 Sergent-chef Gilles Meyer, 27 ans, mécanicien.

 

 

© Air et Cosmos – Site Internet : www.air-cosmos.com

 

 

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Publié le 18 Janvier 2015

Hong Kong - 4

Comme chaque année, le Consulat de France à Hong Kong et l’Association du « Souvenir français de Chine » ont organisé une cérémonie de commémoration à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Hong Kong. Lors de l’invasion de la colonie britannique, le 8 décembre 1941, par les troupes japonaises, le territoire a été le théâtre d’affrontements très durs qui ont duré jusqu’au 25 décembre – resté comme le « Black Christmas » – date de la capitulation du gouverneur.

 

Ce que l’on sait moins, c’est qu’une trentaine de Français se sont engagés dans le corps volontaire de défense qui protégeait la colonie. Militaires de carrière, marins de passage ou simples civils, ces hommes se sont unis derrière le consul général de France, Louis Reynaud, qui, dès le 20 juin 1940 avait courageusement répondu à l’appel du général de Gaulle. Un comité de la France Libre existait donc à Hong Kong et son serment de résistance s’est trouvé durement mis à l’épreuve à partir de décembre 1941.

 

C’est une histoire qui reste à écrire dans les détails, mais ce qui est certain c’est qu’au moins six hommes ont payé leur engagement de leur vie. Probablement d’autres, mais les preuves manquent encore. Pour honorer leur mémoire, une stèle a été érigée dès 1948 dans le cimetière militaire de Stanley. Elle comportait quatre noms. Deux autres ont été rajoutés dans les années 1970 au gré des nouvelles recherches et informations.

 

C’est dans ce lieu que, chaque année, le vendredi après-midi le plus proche du 8 décembre, des membres de la communauté française se réunissent pour rendre hommage à cette partie exotique et méconnue de la France Libre.

 

Le 5 décembre dernier, la tradition était respectée. La consule générale adjointe à Hong Kong et Macao, Mme Lilas Bernheim (photographie ci-dessus), a tout d’abord livré un discours très poignant sur la nécessité du devoir de mémoire. Elle a évoqué la dette immense que la République a souscrit envers ces hommes et salué la présence de l’invité d’honneur de cette cérémonie: M. John Siewert, 91 ans, vétéran américain du débarquement de Normandie, récemment décoré de la Légion d’honneur. M. Siewert était marin sur le bateau USS Satterlee et a débarqué à Omaha beach. La consule générale a conclu son discours sur une note plus légère, une petite histoire du bleuet que le « Souvenir français de Chine » a distribué avant la cérémonie.

 

Le représentant de ladite association de mémoire, M. François Drémeaux, a ensuite pris la parole pour raconter aux élèves du lycée français, ainsi qu’au reste du public, le contexte très particulier du comité France Libre à Hong Kong ainsi que le déroulement de la bataille de Hong Kong. Pour insister sur la portée universelle du combat mené à Hong Kong, il a lu le télégramme du consul général de 1940, envoyé à l’attention du général de Gaulle: « Groupée autour de moi, la colonie française de Hong Kong s’indigne contre toute idée d’armistice et de paix séparée, et se révolte à la pensée d’une telle trahison qui déshonorerait la France à jamais vis-à-vis de nos alliés et de l’humanité! ». Liant les deux anniversaires du centenaire de la Première Guerre mondiale et des 70 ans du Débarquement, il a précisé que la mémoire était un instrument précieux qui devait être confié aux jeunes générations.

 

C’est sur ces mots que le représentant du « Souvenir français de Chine » a présenté les élèves de Première ES/L du lycée français international de Hong Kong qui se sont portés volontaires pour interpréter « Le chant des partisans » avec beaucoup de ferveur (photographie ci-dessous). Deux couronnes de fleurs ont ensuite été déposées, l’une par Mme Bernheim et un élève, l’autre par le général Hammerbeck de la Royal British Legion. Ce sont d’autres élèves qui ont poursuivi la cérémonie: Marie Océane Leroy et Maï-Ly Nguyen, élèves varoises en échange scolaire avec Saint-Margaret Co-Educational School de Hong Kong. Ces deux lycéennes ont la particularité d’avoir été lauréates, l’année dernière, du Concours national Résistance et Déportation.

 

Sur la suggestion du délégué varois de la Fondation de la France Libre, Michel Magnaldi, elles ont lu deux extraits de discours du général de Gaulle, l’un du 11 novembre 1941 et l’autre du 11 novembre 1944. Par l’intermédiaire de ces deux jeunes filles, la Fondation de la France Libre a pu entrer en contact avec la délégation du « Souvenir français de Chine » à Hong Kong et être ainsi officiellement représentée pour la première année. Une collaboration qui ne fait que commencer…

 

Le clairon de la « Hong Kong Sea School » a ensuite sonné le début d’une minute de silence. Ce beau moment de partage et de mémoire s’est prolongé autour d’un cocktail, au cours duquel les élèves ont pu discuter, entre autres, avec l’attaché naval de Pékin, le capitaine de police du consulat de Hong Kong, mais aussi avec l’invité d’honneur, M. John Siewert. 

 

 

 Hong Kong - 3

 

Monsieur Michel Nivelle.

 

Sources

Souvenir Français de Chine et d’Asie – www.souvenir-francais-asie.com

Un grand merci à Monsieur Claude R. Jaeck, Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie.

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Publié le 4 Janvier 2015

 

Alexis Samain

 

Le débuts du Souvenir Français.

 En 1872, un professeur alsacien, Xavier Niessen a la volonté de manifester le refus du nouvel ordre prussien et de prouver l’attachement indéfectible des Alsaciens et des Lorrains à la Patrie française. Il s’agit de maintenir le souvenir des provinces perdues dans tous les départements français. Il sait que des femmes de l’Alsace-Lorraine occupée ont procédé à l’enterrement de soldats – parfois de leurs maris – dans des tombes décentes et qu’elles les entretiennent. Il croit, avec quelques amis, que le culte des morts pour la France et l’entretien de leurs tombes peuvent et doivent constituer le trait d’union capable de conserver dans les esprits le sentiment d’unité nationale.

 En 1887, à Neuilly-sur-Seine, Xavier Niessen créé le Souvenir Français. Sa pensée va d’abord aux 100.000 soldats de la République qui sont morts dans la Guerre franco-prussienne. En dépit de la défaite de l’empereur Napoléon III, il s’agit de ne jamais oublier ceux qui se sont sacrifiés pour que la France reste « une et indivisible ».

 Le développement de l’association est très rapide : moins de vingt ans après sa création, le Souvenir Français est présent dans 81 départements. En 1906, elle est « reconnue d’utilité publique ». L’année suivante, un premier comité local se créé en Moselle occupée, dans le petit village de Vallières. Dans un élan identique à celui des autres provinces, l’association se développe en Alsace-Lorraine. L’empressement des populations à se remémorer leur patrie d’origine est tel, que de nombreux comités sont organisés, des monuments à la mémoire des soldats français sont érigés. Devant cet engouement, les Autorités prussiennes finissent par interdire le Souvenir Français, en 1913.

 

Le journal Le Matin.

 Le journal Le Matin est créé en 1883 par des investisseurs américains qui veulent en faire un grand quotidien français, sur le modèle du britannique The Morning News. D’inspiration libérale, le journal penche plutôt pour des idées conservatrices, antisocialistes et contre le général Boulanger. Le succès ne tarde pas et bientôt le tirage est près de 700.000 exemplaires (1910) pour atteindre le chiffre ahurissant d’un million de copie en 1914. Albert Londres et Colette font partie des journalistes. Le Matin est alors l’un des grands journaux de France, avec Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Journal.

 

Le 4 août 1914.

 Le 4 août 1914, le journal Le Matin annonce « Premiers actes d’hostilité : les Allemands ont fusillé M. Samain, l’ancien président du Souvenir Français, et emprisonné tous les membres du Souvenir Français ».

 L’article dit ceci : « Les Allemands ont bien débuté. Ils ont fusillé Alexis Samain, président du Souvenir Français en Alsace-Lorraine et emprisonné tous les membres du Souvenir Français.

 Comme leur premier acte donne tout de suite sa signification à la guerre ! Il faut que l’Alsace meure, n’est-ce pas ? Ou qu’elle vive française… Elle vivra.

 Petit-neveu de cette femme de chambre que Maurice Barrès dans Colette Baudoche, appelle Mlle Aubertin la France, Alexis Samain avait fondé à Metz en 1909 une société de gymnastique la « Lorraine sportive ».

 La création de cette société déplut vivement aux autorités. L’uniforme des gymnastes groupés par Alexis Samain avait un aspect trop français. La « Lorraine sportive » donna un grand concert à l’hôtel Terminus de Metz le 8 janvier 1911. Conformément à la loi allemande les invitations avaient été faites par écrit. Deux personnes se trouvaient réunies. A peine le concert avait-il commencé qu’un commissaire de police pénétrait dans la salle et ordonnait aux exécutants de cesser de jouer.

 Alexis Samain expliqua au commissaire que la réunion était privée et le pria de vider les lieux. La musique salua la sortie du trouble-fête par la marche de Sambre et Meuse.

 A la suite de ces incidents, Alexis Samain fut arrêté. On l’accusait d’avoir incité la foule à la rébellion contre la force armée. Cette mesure causa une vive indignation à Metz.

 Les autorités se résignèrent à mettre Samain en liberté. Bientôt Alexis Samain et la « Lorraine sportive » étaient mêlés à un autre incident. La « Lorraine sportive » et son président sont mis en accusation. On leur reproche d’entretenir une agitation subversive. Alexis Samain est condamné à six semaines de prison.

 Le 11 décembre 1911, Alexis Samain et son frère Paul se trouvaient de nouveau impliqués dans une grave affaire. Pris à partie par un sergent nommé Maasch, dans une rue de Metz, Paul Samain fut attaqué par lui. Alexis Samain, voulant intervenir, fut renversé par un coup de poing. Alors, l’un de ses amis, nommé Martin, fit feu sur le sergent et le tua.

 Les deux frères Samain furent arrêtés. Enfin, on reconnut qu’ils n’étaient pour rien dans la mort de Maasch. Le 22 mars suivant, ils étaient acquitté ».

 

Une fausse nouvelle.

 Oui, mais voilà. Même un journal peut publier de fausses nouvelles… En fait, Alexis Samain a bien été arrêté par les autorités allemandes. Il est emprisonné à la citadelle d’Ehrenbreistein pendant plusieurs mois. Il est ensuite envoyé sur le front de l’est, en Russie, où il passe une partie de la Première Guerre mondiale. Mais il n’a jamais été fusillé…

 Il est de retour à Metz le 18 novembre 1918, et participe à la « cérémonie de la délivrance », en compagnie du colonel Matter, du lieutenant-colonel de Vaulgrenant, du général de Mac-Mahon.

 L’annonce de sa mort émanait du ministère de la Guerre où tout était bon pour soulever la population française de l’Alsace-Lorraine occupée. La désinformation ne date pas d’aujourd’hui…

 Quant au journal Le Matin, il continuera ses activités pendant l’entre-deux guerres, mais s’orientant de plus en plus vers l’extrême droite, puis étant directement collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera interdit de publication en 1945.

  

Sources :

 

 

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Publié le 21 Décembre 2014

 

 

saint pierre

 

Le Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux vous souhaitent de bonnes fêtes de fin d'année et par avance une excellente année 2015. Notre dernière pensée de 2014 sera, en cette veille de Noël, pour les Chrétiens d'Orient, durement touchés par les guerres et la barbarie. Voici un cliché de l'église Saint-Pierre d'Antioche, là où fut créée, il y a fort longtemps, la première communauté de personnes, disciples de Jésus de Nazareth. Les apôtres Pierre, Paul et Barnabé décidèrent de l'appeler la communauté des Chrétiens.

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Publié le 8 Décembre 2014

Le colonel Trinquier.
Le colonel Trinquier.

Le 1er février 1947, est créé à Tarbes le 5e Bataillon parachutiste d’Infanterie coloniale (5e BPIC). Le commandant Dupuis, ancien de Ponchardier, en est le patron. Il a pour mission de mettre sur pied un détachement de sept cents hommes aptes à embarquer pour l’Extrême-Orient le 15 octobre.

Le 1er octobre 1947, est formée en IIIe Région militaire de Bretagne la Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes à Vannes-Meucon (DBCCP). Le patron en est le colonel Massu. C’est de cette base que seront formés tous les paras des nombreux BCCP (Bataillons coloniaux de commandos parachutistes) pour leur envoi en Extrême-Orient, mis à part le 2e BCCP dont les hommes ont précédemment été brevetés à Pau-Idron.

Le 2e BCCP (2e Bataillon colonial de commandos parachutistes) débarque à Saigon, en Cochinchine, avec son nouveau patron le commandant Dupuis, le 15 novembre 1947.

Le 14 février 1948, opération Véga. En trois groupements terrestres, les troupes démarrent à 7 h 30. Vers 9 h 30, deux compagnies du 2e BCCP sont larguées sur Giong Dinh et Giong Mat Cat. Un accident très rare se produit alors juste après le saut du commandant Trinquier et l’ouverture de sa voilure : la rupture de la « static line » (cable fixé à l’intérieur de l’avion auquel sont fixés les mousquetons de chaque parachute, en permettant l’ouverture automatique). Le capitaine Boby, le capitaine Deguffroy, le lieutenant Icard et quatre parachutistes s’écrasent au sol.

Un autre événement dramatique survient le 1er mars suivant. Un convoi de 69 véhicules, dont 53 civils, effectuant deux fois par semaine le trajet Saigon-Dalat, tombent dans une embuscade au poste de la Lagna. Les pertes sont lourdes : cent cinq tués dont vingt-cinq militaires parmi lesquels le lieutenant-colonel de Sairigné, une soixantaine de blessés et cent cinquante otages.

Le parachutiste Charles Henri Andrieux, Isséen, a vécu cette période, jusqu’à sa blessure le 17 juin 1949, au 2e BCCP. Les opérations en cascades, les réactions aux attaques et embuscades de l’ennemi ont été le lot presque quotidien pour lui et ses camarades parachutistes. Des blessures et encore de nombreux éclats dans sa chair…

En 2014, il déambule dans les rues d’Issy, il a “ le train d’atterrissage rouillé ”, comme il raconte avec humour. Et comme dit dans le même quartier Mme le Général Valérie André, également parachutiste : il faut faire fonctionner les articulations.

Vaste programme… !

Alain Bétry.

Sources :

Paras en Indochine 1944-1954 de Jean-Pierre Pissardy SPL 1982.

Le premier bataillon de bérets rouges du colonel Trinquier

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 9 Novembre 2014

 

104 RI

 

Voici les gars du 104 !

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

 

Septembre 1914 :

 

 

Lundi 14 septembre 1914 : dès 6h du matin, nous nous mettons en route sous une pluie battante. Tout le long, nous rencontrons des blessés et des morts français et allemands.

 

Nous poursuivons par Tracy-le-Mont, Tracy-le-Val, Bailly, Ribecourt. Dans tous ces pays, nous sommes bien reçus, on nous donne du vin, du cidre, du pain, des confitures, du café. Spécialement, par une bonne sœur à Tracy-le-Mont, nous avons du café, des pommes cuites, du pain, de l’eau de vie… Vers 10h, près de Bailly, nous faisons une grande halte, nous touchons les distributions et faisons cuire de la viande et buvons du café. Nous traversons l’Oise à Bailly sur un pont suspendu qui n’a pas été détruit par les Allemands parce qu’ils n’en ont pas eu le temps. Nous n’allons pas jusqu’à Ribecourt, nous redoublons à Bailly où vers 3h30 nous venons nous installer en tirailleurs. Nous voyons deux hussards allemands qu’une patrouille vient de faire prisonnier.

 

Nous allons alors prendre position en tirailleurs pour garder un petit pont. Nous y restons jusqu’à la nuit, les cuisines nous y apportent la soupe et du riz. Nous y restons jusqu’à 3h, puis l’on vient nous rechercher, nous regagnons le bourg de Bailly et nous allons cantonner dans une maison inhabitée. Nous sommes assez bien installés et nous dormons bien. Dans Bailly, se trouvent quelques évacués de Verdun.

 

Mardi 15 : réveil dès 4h30 et départ dès les 5h environ. Nous repassons le pont suspendu de Bailly et venons prendre les positions que nous avons occupées la veille sur la route de Ribecourt. Nous faisons du café. Nous passons une partie de la matinée à cet endroit où nous touchons les distributions. Puis, vers 1h, nous nous remettons en route pour Bailly.

 

Nous dépassons cette localité, nous reprenons la direction de Tracy-le-Val, mais avant d’arriver là, nous prenons à droite dans la direction de Mampcel. Vers 3h, nous nous arrêtons. Nous entendons le canon tonner avec intensité. Il parait que nous avons un ordre de cerner une armée allemande.

 

Je goûte du pain allemand qu’un camarade a trouvé la veille. Ce pain est plus noir que le nôtre, il doit être fait de seigle et a un goût sûr. Nous restons jusqu’au soir en réserve au bord de la route. La pluie se met à tomber, et l’on se met à l’abri au bord du bois. Le soir, nous nous mettons en marche en avant. Puis après 1 km, l’ordre est donné de se replier et d’aller cantonner à Tracy-le-Val. Il est environ 9h, quand nous pouvons nous installer. Pour ma part, je le suis très mal. Il me faudrait dormir assis sur un sac de grains. Aussi, je quitte ma section pour aller avec un camarade d’une autre section qui m’offre une place. Je suis alors assez bien et je me repose, couché dans un grenier par terre. La nuit, il tombe de l’eau.

 

Mercredi 16 : réveil dès 4h et le départ doit avoir lieu à 4h30. Mais il est retardé d’un bon moment et l’on part faire le café. Le temps est pluvieux. Nous reprenons la route suivie la veille et nous stationnons un moment dans un champ pendant qu’on entend les canons et les mitrailleuses. Les Allemands tirent à la même place pour permettre à leur troupe de s’embarquer. Au bout d’une heure, nous quittons cet emplacement pour en occuper un plus avant dans un bois.

 

Vers 11h, nous quittons le bois et nous dirigeons par la route de Carlepont. Nous prenons position dans un champ à la lisière d’un bois occupé par l’ennemi. Nous installons des tranchées et nous mettons à l’abri derrière. Toute la journée, le canon tonne des deux côtés ainsi que la fusillade. C’est surtout dans le bois que la lutte est vive. Plusieurs régiments d’infanterie sont engagés, entre autres le 104e qui ce jour devait être en réserve de division. Notre compagnie étant en réserve de régiment, nous n’avons pas donné, mais étions en position avec ordre de résister à outrance pour permettre à deux brigades d’infanterie de prendre l’ennemi du côté de Bailly. Nous restons dans nos tranchées assez tard dans la soirée puis nous nous replions pour venir cantonner à Tracy-le-Val dans nos emplacements de la veille. Les voitures de distributions étant parties, notre compagnie ne touche aucun vivre. Le soir, nous faisons un peu de riz et du café. Il est environ 11h quand nous nous couchons.

 

Jeudi 17 : le réveil a lieu vers 4h30. Nous préparons le café, puis nous restons à attendre à notre cantonnement.

 

½ heure plus tard, nous quittons Tracy pour aller occuper un village dans la direction de Manpcel. Nous nous installons là, comme soutien d’artillerie. Comme nous n’avons touché aucun vivre, nous faisons cuire des pommes de terre à l’eau. La pluie se met à tomber vers les 11h30 et dure toute la journée. Nous sommes traversés et rien à manger. Un camarade et moi, vers les 6h, refaisons cuire une gamelle de pommes de terre. A la nuit, nous reprenons la direction de notre cantonnement de Tracy-le-Val. Les routes déformées par les voitures et les canons, sont couvertes de boue, on en a jusqu’au dessus de la cheville. Il est difficile à la nuit, de marcher dans ces chemins étroits et boueux. Enfin, vers 9h, nous arrivons. Nous faisons les distributions, mais interdiction de faire du feu. On se couche vers 10 heures.

 

Vendredi 18 : réveil dès 3h30 pour préparer la cuisine. Nous faisons un peu de soupe avec la moitié de la viande, et le reste en beefsteak. Nous mangeons la soupe à la hâte.

 

Vers 4h30, nous partons après avoir distribué la viande. Nous retournons à notre place de la veille. Mais à peine un quart d’heure après nous nous remettons en marche à travers bois. En chemin, nous croisons la brigade marocaine (chameaux, zouaves, sénégalais…). Là, nous faisons une petite halte, nous entendons le canon et la fusillade.

 

Nous quittons ce lieu pour revenir par Tracy-le-Val puis Tracy-la-Mure. Nous nous arrêtons à peu de distance du pays, dans un champ de courses. Là, nous préparons des pommes de terre et du café, nous touchons les distributions, y compris du vin. Des lettres nous sont distribuées, et nous en adressons d’autres. Vers 6h30, nous partons. Nous repassons par Breuil-sur-Aisne, Cuise-la-Motte et allons à Compiègne en traversant la forêt sous une pluie battante. Nous arrivons à 2h de Compiègne où nous attendons le cantonnement sous la pluie. En route, à la dernière pause, le capitaine commandant le bataillon me frappe parce que je réclame la pause étant malade et fatigué. Enfin, vers 3h, nous logeons tout le bataillon dans le manège de la Caserne de Cavalerie. Nous dormons dans la soirée avec peu de paille. Nous sommes traversés, entièrement.

 

 bataille aisne tranchee

 

Dans les tranchées de l’Aisne.

 

Samedi 19 : dès 4h30, nous sommes réveillés. Il faut repartir. Nous traversons l’Oise sur un pont de bateaux puis nous traversons la ville et nous dirigeons par Bouegy. Là, nous restons une demi-heure et profitons pour acheter eau-de-vie, vin. Une brave femme nous donne des pommes, des noix.

 

Nous continuons encore 4h et allons nous installer à garder une ferme de la commune d’Antheuil. Il est environ 10h. Nous nous installons dehors. Nous allons faire des tranchées dans un champ de betteraves. Puis, nous préparons du café, faisons cuire des pommes de terre. Moi, je fais une compote de poires et le soir une compote de pommes. Je ne suis pas dans un meilleur état de santé, surtout du côté du ventre et de l’estomac. Le soir, nous allons nous coucher dans un grenier dépendant de la ferme, où nous passons une assez bonne nuit. Malgré tout, on a un peu froid. Vers 6h, nous touchons les distributions réglementaires. La journée se passe sans pluie, mais avec du vent. On se chauffe, et on se sèche autour des feux.

 

Dimanche 20 septembre 1914 : réveil dès 4h30. La pluie s’est remise à tomber dès le matin. Nous préparons le café. Nous touchons de l’eau-de-vie. Puis nous restons dans nos cantonnements. Je me lave, je ne l’avais pas fait depuis le séjour de Gagny.

 

Nous mangeons du rata. A 10h, nous partons et stationnons dans un champ pour protéger le passage d’une division. A 1h30, nous nous mettons en marche et venons cantonner à Gournay où nous nous installons vers 3h30. Nous trouvons à acheter peu de choses, car tout a été pris par les Allemands, et les troupes qui ont passé. J’achète du miel, du vin, de l’anisette, des grillades de lard, du cresson. Nous touchons notre prêt. Le soir, nous nous couchons d’assez bonne heure et reposons bien dans une sorte de remise garnie de gerbes.

 

Lundi 21 : réveil dès 4h. Mais on ne se lève guère que vers 5h, heure du rassemblement. La compagnie réunie, nous attendons le départ qui doit avoir lieu après 6h. Je bois un doigt d’eau-de-vie. J’ai acheté des pruneaux et une sorte de cache-nez. Je me fais cuire à la boucherie, une grillade de mouton que je mange avec plaisir. Je trouve Gauthier qui me prend une lettre, nous trinquons ensemble avec de la crène de noyau et de la prunelle. Avant, je bois du cassis et de la cerise.

 

Nous quittons Gournay vers 9h moins le quart. Nous prenons la direction de Rennes puis La Neuville. Là, nous stationnons jusqu’à la nuit, nous faisons la distribution. Puis nous allons cantonner à Roye. Nous couchons dans un grenier sans beaucoup de paille, je me fais un lit de vieux chiffons. Toute la nuit, on entend le canon et la fusillade.

 

Mardi 22 septembre 1914 : réveil dès 4h. Puis rassemblement. Nous prenons le café. Nous profitons que le départ n’a pas lieu immédiatement pour faire cuire des beefsteaks. Le départ a lieu à 7h. Nous allons sans doute nous engager dans une bataille…

 

Nous passons par Canny-sur-Matz. A quelques centaines de mètres de ce pays, près du pays de Fresnières, nous nous installons dans un champ de betteraves. Nous restons couchés là, étant soutien d’artillerie.

 

 

* * *

 

 

Madame Keraudren : « Avec cette dernière ligne du 22 septembre 1914, s’achève la rédaction du petit carnet de bord de mon grand-père, relatant, jour après jour, d’une écriture fine, sans faute d’orthographe, au crayon, avec des mots presque effacés (après de si longues années) et difficiles à déchiffrer, le déroulement des faits importants.

 

J’ai recopié mot à mot, scrupuleusement, respectant même la présentation, ce précieux document.

 

Au cours de cette bataille annoncée le 22, il a été blessé à Conchy-les-Pots, à proximité de Canny-sur-Matz, d’un éclat d’obus au haut de la cuisse, c’est-à-dire dans l’aine, ainsi que me l’a appris ma grand-mère et non en Belgique comme la Déclaration au Journal Officiel  du 18 mai 1922 le stipule pour l’attribution de la Médaille militaire qui a été décernée au caporal Chaulin.

 

Il a été transporté dans des wagons à bestiaux, à la suite de cette blessure à l’hôpital maritime de Brest. Dans le compte rendu si méticuleux  de sa correspondance, on note le 24 septembre une lettre écrite d’Aubervilliers, le 25 une lettre écrite de Rennes, et la dernière sans précision de lieu, rédigée le samedi 26…

 

Ma grand-mère, avertie, s’est rendue de Saint-Fraimbault-sur-Pisse, dans l’Orne, où ils étaient tous les deux instituteurs, à Brest où à son arrivée, on lui a appris que son mari était décédé le 29. La gangrène avait envahie sa plaie au cours de ce si long transport, et causé sa mort. Le 19 septembre, il signalait dans son carnet son mauvais état de santé… sa résistance devait être bien amoindrie.

 

On a remis à ma grand-mère, un petit porte-monnaie contenant un petit éléphant porte bonheur en ivoire et un petit couteau, que je conserve précieusement ; ainsi que toute la correspondance qu’elle lui avait adressée au cours de ces deux mois. Avant de quitter pour toujours son mari, ma grand-mère lui a coupé une épaisse mèche de cheveux, contenue dans une enveloppe, que je possède également.

 

Celle-ci a jugé bon de faire enterrer son époux dans le petit cimetière de Saint-Martin-des-Landes, dans l’Orne dont étaient originaires les parents de mon grand-père, eux-mêmes enterrés à cet endroit et disparus à cette époque. Je précise que le nom de mon grand-père figure sur la petite colonne érigée dans le cimetière et où sont inscrits les noms des soldats morts pour la France.

 

Il existe, à ma grande surprise, un fil symbolique qui me relie à mon grand-père. Mes parents ont habité Verdun, je suis née à Troyes, et dans ce petit carnet ce nom est souligné, par quel hasard ? J’ai habité Noisy-le-Sec, où mon père, du nom de Guillaume (Eugène avait un camarade du même nom à la 11e escouade) a été chef de district à la SNCF de Pantin. Il a terminé sa carrière à la gare de l’est, et nous avons habité le 10e arrondissement depuis l’année 1953. A Bobigny, ma grand-mère était propriétaire d’un pavillon dont elle avait hérité. Mon grand-père avait fait son service militaire à La Tour-Maubourg comme caporal secrétaire. Je demeure à Châtillon. Mon grand-père est passé dans tous ces endroits…

 

Ma grand-mère n’a pas eu d’autres enfants. Elle a terminé sa carrière à Châlons-sur-Marne comme directrice d’école maternelle, et où elle a connu la Seconde Guerre mondiale. Elle avait remis à sa fille, les précieux souvenirs de ce père disparu à l’âge de 24 ans. Ma grand-mère est décédée le 14 mars 1980. J’ai retrouvé ces documents et témoignages à la mort de ma mère (qui a eu trois enfants) le 31 décembre 1996 dans ses papiers personnels.

 

Mais je n’ai jamais eu connaissance des lettres écrites par mon grand-père. Que sont-elles devenues ? »

 

 

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Publié le 5 Novembre 2014

 

 

section mitraill3

1914 – Régiment d’infanterie : une section de mitrailleuses (© www.sambre-marne-yser.be )

 

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

Septembre 1914 :

 

Mardi 1er septembre 1914 : dès 2h ou 2h30 du matin, nous repartons et nous remettons en marche pour compléter notre mouvement de se replier. Nous repassons par Remonville et prenons la direction de Landres. Nous stationnons à 800 m au nord de ce pays. Toute la division réunie se repose.

 Nous préparons un plat de pomme de terre et une tasse de café. Nous quittons cet emplacement pour en occuper un peu plus loin 200 m environ. Là, nous faisons toutes les distributions de pain, de viande, de vivres de réserves et d’eau de vie. Les réservistes du dépôt d’Argentan viennent compléter notre effectif. On reforme les sections de la compagnie. Je passe à la 3e section, 12e escouade.

 Vers 5h00, notre ½ section va occuper pendant 1 heure le poste de soutien d’artillerie. Les obus allemands éclatent peu loin de nous. Le soir, vers 7h, nous quittons notre poste pour aller s’installer à 200 m au sud de Landres. Là, on refait des distributions, à cause des réservistes. Puis tout le monde bivouaque et se repose en plein champ sur un peu de paille. Il ne fait pas chaud du tout et l’on sommeille plutôt que l’on ne dort.

 Mercredi 2 :dès 4h du matin, nous nous remettons en marche. Nous nous replions et laissons passer en avant de nous le 5e corps. Il paraît que l’on se replie pour se reformer.

 Nous suivons l’itinéraire : Landres – Sommerance – Fleville – Cornay. Là, nous faisons une pause d’une demi-heure. Ensuite, nous reprenons notre route dans la direction de Lançon. Nous stationnons dans un bois où nous restons un moment pour préparer notre repas. J’en profite pour me laver, car voilà 8 jours que je ne l’ai pas fait. Nous nous remettons en route à travers bois, nous en sortons et nous suivons l’itinéraire de Binarville et nous stationnons à Vienne-le-Château. Nous rencontrons beaucoup de troupes d’autres corps d’armée, des cuirassiers, spécialement des cyclistes. Je vois Gautier à une halte avant le campement, il me donne quelques nouvelles et une carte de correspondance. Le soir, nous touchons les distributions ordinaires et de vin ainsi que le prêt. Je bois un peu de vin et mange des confitures ce qui me semble bien bon. Nous couchons dans un grenier.

 Jeudi 3 : réveil dès 4h puis départ vers 5h par l’itinéraire de Vienne-le-Château, la Ville-Noiremont et Sainte-Menehould. Dans cette ville, nous arrivons vers 9h30 et stationnons dans une espèce de terrain vague où nous préparons un petit repas et du café.

 Vers 11h, nous nous mettons en marche pour aller nous embarquer pour une destination inconnue. A peu de distance de la gare, nous nous arrêtons. Nous formons les faisceaux et nous attendons. Nous en profitons pour prendre quelques rafraîchissements car il fait bien chaud. Je mange une salade de tomates, ce que je trouve excellent. Je profite de l’instant d’arrêt à Sainte-Menehould pour acheter du papier à lettres et des enveloppes.

 Nous embarquons vers 5h. Au moment de notre départ, un aéroplane circule au-dessus de la gare. Nous partons vers 5h15. Une heure environ après notre départ, nous croisons un train du 304 où j’ai le plaisir de trouver M. Behuet. Nous avons tout juste le temps d’échanger un bonjour. Nous circulons toute la nuit dans une direction qui doit être celle de Paris. Nous dormons comme nous pouvons.

 Vendredi 4 septembre : toute la matinée, nous restons à la même place et ignorons le lieu où nous sommes. Nous allons à un pays voisin de l’arrêt pour faire quelques provisions de pain et de fromage, des gâteaux et du vin. Un camarade m’offre une tranche de melon. Notre train ne se remet en route que vers 6 heures du soir. Il ne fait pas grand chemin pendant la nuit. Nous sommes plutôt mal installés et ne dormons pas très bien.

 Nous avons quelques nouvelles car nous lisons les journaux.

 Samedi 5 : dès le matin, le train se remet un peu en marche. Nous sommes toujours dans une région inconnue. Nous remarquons que nous allons vers l’ouest, sans doute vers Paris, mais nous ignorons le nom du pays où nous sommes arrêtés. Le train fait peu de chemin, il a de nombreux et longs arrêts. Nous arrivons à Troyes vers 9 heures.

 A partir de ce moment, les arrêts sont moins longs. Nous croisons beaucoup de trains qui conduisent des émigrés et des troupes vers l’est. Nous continuons notre voyage toute la nuit. Nous sommes couchés toujours dans les mêmes conditions. Nous reposons très mal. Nous continuons d’être renseignés par les journaux.

 Dimanche 6 : au réveil, nous sommes dans une petite gare à quelque distance de Montereau. Notre train marche toujours à son allure régulière. Nous passons plusieurs stations, entre autres Fontainebleau. Là, une infirmière distribue des gâteaux, des cartes postales ; des hommes viennent apporter du tabac aux soldats. Il est alors 2 heures.

 Nous passons ensuite à Melun. Là, nous croisons un détachement anglais qui cantonne dans la gare. Il y a un grand échange de marques de sympathie entre les soldats des deux pays. L’uniforme des Anglais se rapproche beaucoup de celui des Allemands. La couleur est seulement un peu plus claire.

 Aux différents arrêts, nous trouvons des femmes, des enfants, des soldats qui nous distribuent de l’eau et des pommes. Nous croisons beaucoup de trains remplis de voyageurs et de voyageuses. On sent notre approche de Paris, car les uns et les unes font un heureux contraste avec les habitants de la Meuse. Beaucoup de dames charitables apportent des victuailles et des boissons aux blessés. Nous passons à Noisy-le-Sec et nous débarquons en gare de Pantin vers 10 heures du soir. Nous nous mettons en route pour Bobigny pour la direction de Gagny où nous arrivons au petit jour. Nous couchons dans une usine à plâtre où nous reposons un peu car nous sommes bien fatigués. Nous sommes bien contents d’être près de Paris.

 

 

 Taxis de la Marne sur Invalides (AFP)

 

Les taxis réquisitionnés sont rassemblés sur l’esplanade des Invalides (© AFP).

 

Lundi 7 : dès le réveil tardif, je vais faire un bon casse-croûte pour me remettre. Nous changeons de cantonnement. Je vois beaucoup de femmes qui viennent voir leurs maris ; j’envie bien fort le sort de ces derniers. Enfin, j’ai l’espoir que ce sera bientôt mon tour. Le matin, nous déjeunons au restaurant pour nous changer de l’ordinaire.

 Je profite de notre matinée de repose pour laver grosso modo mon linge que je fais sécher. Je perds ainsi un mouchoir… Le caporal Gueslin me prête 10 francs car je n’ai plus d’argent. L’accueil des gens est très bon à notre égard. Nous sommes bien fêtés. Dans les restaurants, on nous fait cuire les aliments qu’on achète et tout le monde s’empresse à nous servir. On sent un air de sincère affection.

 Le soir, vers 6 heures, l’ordre de départ est donné. Nous montons tous dans des taxis et nous mettons en route vers 6 heures 30.

 Tout le monde est dans les rues, les appels les plus sympathiques nous sont lancés. On sent tous ces cœurs vibrer à l’unisson devant l’approche de l’ennemi. Nous quittons Gagny, nous traversons Ivry, là, c’est le même accueil. Les femmes nous apportent des roses, pour ma part j’en reçois une blanche et une rouge. Notre course en taxis se continue marquée par l’incident qui résulte de ce que la colonne se trouve coupée et qu’un taxi va se jeter dans un fossé. Il faut alors ensuite retrouver sa route.

 Enfin, à 1 heure du matin, nous débarquons et allons bivouaquer dans un champ contigu du village de Silly-l-Long (Oise). Ce transport en taxis était très pittoresque. Grande différence entre ces Français et ceux de la Meuse.

 

  Les taxis de la Marne (© France 3)

 Mardi 8 septembre 1914 : notre réveil a lieu au jour et nous nous réchauffons en préparant un bon quart de café.

 Il paraît que le pays, qui a été occupé par les 10.000 Allemands pendant trois jours, est dans un état lamentable. Le champ où nous sommes, a été occupé par les Allemands : nous y reconnaissons tout le ravage qu’ils ont fait. Ils ont tué une multitude de poules, lapins, un porc dont on retrouve toute la peau. On trouve des bouteilles vides en quantité. En me promenant, j’ai trouvé des cartes à jouer allemandes, des cartes postales, une lampe électrique qui ne fonctionnait plus.

 Vers 10 heures, nous quittons notre bivouac, nous traversons la bourgade où nous constatons tout le pillage, carreaux cassés, portes défoncées, maisons mises sens dessus-dessous. Nous prenons alors une direction à travers champs pour nous rapprocher de l’ennemi dans la direction de Nanteuil. Nous renforçons des bataillons de chasseurs alpins et servons de soutien d’artillerie. Toute la soirée, les obus éclatent. Les Allemands tirent des bombes sur deux aéroplanes français.

 Le soir, nous couchons dans un champ de trèfle ; près de la crête, deux sentinelles veillent. Nous nous couvrons avec du foin puis dans des tas qui sont dans les champs. Dans ce même champ, à quelques mètres de nous, se trouvent quelques morts français de précédents combats (un caporal et un adjudant). La nuit est fraîche, le temps à l’air de vouloir devenir pluvieux. Tous, toute la journée, nous n’avons touché qu’un peu de pain.

 Mercredi 9 septembre : notre réveil a lieu vers 5h. On entend quelques coups de fusil. On nous apporte de la viande cuite. On aperçoit plus tard un gamin qui ramène un officier prussien.

 Vers 7h, nous quittons notre position et nous replions en suivant le chemin de veille. Nous passons par Sennievière (Chèvreville). Nous stationnons longuement dans une vaste prairie où se trouve aussi le 108e. Dans les plaines, nous voyons beaucoup de lièvres qui se sauvent au bruit de la canonnade. A notre compagnie, des camarades en attrapent deux.

 Nous quittons notre emplacement vers 3h pour continuer un mouvement de repli. En attendant, de notre cantonnement, nous voyons passer sur la route une quantité de blessés d’un bataillon du 102e qui s’est trouvé aux prises avec l’ennemi. Nous venons de cantonner au pays d’Ognes. Nous couchons dehors dans le village sur la paille. Nous n’avons pas eu dans la journée, le temps de faire la cuisine. Il a fallu se contenter de pain sec et d’eau.

 PS : je n’ai pas de carte car les villages que nous traversons ont été occupés par les Allemands et il ne reste plus rien. J’entre dans plusieurs maisons pour trouver une carte, mais je n’en trouve pas.

 Jeudi 10 : réveil dès 4h du matin. On prépare le café. Je visite quelques maisons pillées par les ennemis dans ce village d’Ognes. Les maisons sont sens dessus-dessous, tout est bouleversé : les armoires sont vidées, les tiroirs fouillés, les meubles, les objets d’art brisés, les lits, les matelas enlevés, les papiers personnels jetés pêle-mêle. C’est un spectacle vraiment attristant.

 Nous avons, dans la matinée, un moment d’accalmie, nous n’entendons ni le canon, ni la fusillade, on ne sait pourquoi. Nous en profitons pour faire une bonne soupe de légumes, de mouton, des légumes et du café. Vers 3h, nous nous remettons en route en direction de Nanteuil. A Ognes, deux uhlans sont ramenés prisonniers. Entre Silly et Nanteuil, nous rencontrons un blessé allemand. A Nanteuil, nous voyons le désastre causé par la guerre. Entre Nanteuil et Versigny, on rencontre une voiture de blessés allemands (il y en avait environ une douzaine. Avant de tourner vers Rosières, nous voyons un Français mort sur le bord de la route). De Nanteuil, nous prenons la direction de Versigny, puis nous tournons vers le nord en direction de Rosières. Nous allons cantonner dans une ferme près de ce pays. Notre section couche dans une bergerie. Il est environ 10 ou 11 heures. Tout au long de la route on voit qu’il y a eu des batailles. Au village de Groseilles, il y a eu un lieutenant français blessé et trois Allemands que le régiment emmène avec lui. Dans la nuit, vers 2h, nous sommes réveillés pour toucher la viande. Nous la faisons cuire et vers 3h30 nous mangeons une bonne gamelle de soupe et buvons du café.

 Vendredi 11 : dès 7 heures environ, nous nous remettons en route. En chemin, l’on nous transmet l’ordre général n°5 du général Maunoury, commandant la VIe armée qui félicite les troupes de leur endurance et les remercie pour la grande victoire remportée sur toute la ligne après 6 jours de fatigues, de privations et d’ardeur au combat.

 Le temps est fort couvert, la veille vers 4h30, nous avons eu une forte ondée.

 Nous marchons toute la journée, sans aucun répit pour faire la chasse à l’ennemi. Par Duvry, Crépy-en-Valois, Fresnoy, Roy-Saint-Nicolas (Aisne). C’est une journée très pénible. Nous restons sur pied depuis 7h du matin jusque vers minuit où nous arrivons pour nous reposer au cantonnement dans un grenier. Nous ne faisons aucune halte, repas, et ne touchons aucun vivre dans la journée. D’autre part, la pluie nous prend vers 3h30 et dure assez longtemps avec intensité. Nous sommes traversés.

 Heureusement que nous avons un peu de viande du matin et qu’en passant à Crépy, on peut acheter un peu de pain et de vin (c’est ce que je fais pour ma part). Nous sommes exténués en arrivant à Saint-Nicolas (Aisne) où nous tombons de fatigue. Beaucoup restent en chemin et ne rejoignent que le lendemain matin. J’ai trouvé une carte en passant à Duvry. Nous poursuivons l’ennemi à quelques heures de marche.

 Samedi 12 : dès le réveil vers 5h30, le temps est pluvieux. En attendant le départ, nous préparons le café, puis nous préparons un peu de riz. J’achète dans une ferme un pot de confitures et un litre de cidre, puis du beurre.

 Le canon se fait entendre vers les 9h, le temps est gris. Vers 7h, nous nous mettons en route, nous rentrons dans l’Oise par Chelles. A 500 m du village, nous prenons position comme soutien d’artillerie. La canonnade dure toute la journée. Les obus éclatent tout près de nous. Pendant la distribution, nous sommes obligés de nous déplacer pour éviter les obus. Nous sommes par colonne de compagnie à 50 m. vers 5h30, un obus éclate entre la 12e Cie et la 10e Cie. Plusieurs soldats sont blessés, d’autres tués. A la 12e un soldat de la 2e section reçoit un éclat en plein poitrine et est tué, un autre, un éclat en haut de la cuisse. Martin, de mon escouade, un éclat au mollet, deux autres légèrement atteints à la tête.

 Nous nous mettons à l’abri d’un bois pendant un instant et nous nous remettons en route pour rentrer dans nos cantonnements de la veille à Saint-Nicolas sous une pluie battante. La journée a été très pluvieuse. Nous sommes trempés. Les routes sont boueuses. Le soir, la pluie est si intense, qu’on se couche et n’allumons pas de feu pour la cuisine. Chacun utilise ses réserves. Nous touchons nos vestes, ce dont nous sommes heureux car nos capotes sont traversées. Enfin, on passe une bonne nuit de repose malgré la pluie et le vent qui font rage. Le matin, au cantonnement, je vois et manie un fusil allemand.

 Dimanche 13 septembre 1914 : dès 6h environ, nous sommes réveillés et rassemblés pour le départ. J’ai juste le temps de prendre ¼ de café et mettre un bout de viande sur la braise.

 ous nous mettons en marche et refaisons l’itinéraire de la veille. Nous poursuivons en suite par Guise et Berneuil-sur-Aisne. Là, nous passons l’Aisne sur un pont de bateau construit par le génie. Le pont ordinaire ayant été détruit la veille par les Allemands. Nous continuons par Berneuil-sur-Aisne et passons ce pays le soir, nous allons cantonner dans un village près de Tracy-le-Mont. Près d’arriver, nous rencontrons un détachement de 200 Allemands. Nous rencontrons une multitude de soldats blessés français et allemands.

 Le soir, au moment de se reposer, nous avons eu une forte alerte causée par la fusillade d’une patrouille ennemie. Une débandade s’ensuivit à travers champs, les balles nous sifflaient fort aux oreilles, plusieurs ont été blessés. Arrivés sur la route, un commandant nous a rassurés, nous a fait reformer. Nous sommes alors revenus à notre cantonnement où nous nous sommes reposés plutôt mal. D’autre part, la pluie a pris dans la nuit et des rafales avec le vent pénétraient sous le hangar, ce qui fait que nous n’avions pas chaud.

 

- Tous les habitants sont heureux de nous voir. Ils détestent les Allemands qui leur prennent tout ce qu’ils ont.

 

 

 batterie 75

 

Une batterie de 75 de l’armée française va se positionner (© www.sambre-marne-yser.be)

 

 

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