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Publié le 15 Décembre 2009

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Le général Gracieux passant les troupes en revue.

 

A la 10ème D.P.

 

« Le 4 octobre, une Alouette me déposa au PC de la 10ème Division parachutiste. Ce PC, dit « PC Artois », se trouvait à 1.730 mètres au-dessus de Sidi-Aïch et de la vallée de la Soummam, en bordure de la forêt de l’Akfadou. La 10ème D.P. terminait une grande opération en Kabylie, baptisée opération « Jumelles », qui faisait partie du Plan Challe. Le général Challe, commandant supérieur en Algérie, superposait à l’action de ses troupes de secteur, un grand balayage, d’ouest en est, d’opérations successives conduites par ses deux divisions parachutistes, la 10ème et la 25ème D.P. Mon sort allait être lié à celui de la 10ème D.P. pendant plus d’un an.

 

La 10ème D.P. était alors essentiellement constituée par cinq régiments d’élite et qui semblaient infatigables : le 1er régiment étranger de parachutistes ou 1er REP ; le 1er régiment de chasseurs parachutistes ou 1er RCP ; les 2ème, 3ème et 6ème régiments parachutistes d’infanterie de marine ou RPIMA. Les chefs de corps étaient tous du type « vieux baroudeurs », anciens des campagnes de la Libération et d’Indochine, très proches de leurs hommes et parmi lesquels se détachaient, tout particulièrement, les colonels Cousteau et Balbin. Il y avait bien une artillerie divisionnaire, mais dans ce conflit le rôle de l’artillerie était réduit au strict minimum.

 

Le patron était le général Gracieux. Petit, râblé, d’un calme imperturbable, précis et concis dans ses ordres, d’une bonhomie apparente que démentait très vite un regard sans équivoque. Le général Gracieux vivait pour sa division qu’il avait parfaitement en mains. Je lui connus deux adjoints successifs, le colonel Mayer, figure célèbre des parachutistes, puis le colonel Ceccaldi, Compagnon de la Libération, soldat gaulliste des premiers mois, « l’artilleur de Koufra », qui gagnait tous les cœurs par sa gentillesse souriante et « décontractée » et dont la seule présence calmait les énervés et les impatients. Une petite équipe d’état-major mettait en musique les ordres du patron, essentiellement animée par le commandant Faulques au 3ème Bureau, « Opérations » ; le capitaine Planet ; au 2ème Bureau « Renseignements » ; le capitaine Camus, au 4ème Bureau. Faulques et Planet avaient été en Indochine des guerriers d’un courage exceptionnel qui faisait encore l’admiration de tous. Avec ces officiers, au fil de longues soirées d’hiver, de la vie au coude à coude et des épreuves subies, j’établis assez vite des relations de confiance et d’amitié. Je suis heureux et fier de les avoir connus. »

 

Le P.C.A.M.

 

« Quel était mon travail au sein de cet état-major, à la tête du P.C.A.M. ? Avec mon second, qui fut successivement le capitaine Maslin, le lieutenant Clerget, nous dirigions une petite équipe munie de moyens radios puissants. Nous devions obtenir du Groupement Aérien Tactique voisin et diriger les appuis-feu aériens nécessaires aux régiments engagés. Nous avions à notre disposition permanente au moins un détachement d’intervention d’hélicoptères, D.I.H. de six H34, avec un H34 armé « Pirate » et une Alouette II. Sur cette Alouette II, utilisée en PC volant, nous guidions les héliportages d’assaut, balisant aux fumigènes les zones de posé, déclenchant les tirs du ou des « Pirate », ou au contraire, nous partions en reconnaissance à vue, à la recherche des « rebelles ». L’indicatif radio du P.C.A.M. était « Ronsard », mon indicatif personnel « Ronsard autorité » et durant 300 missions aériennes, dites de « maintien de l’ordre », j’ai jonglé avec les indicatifs des régiments de ma division : « Paulette », « Pavie », « Patin », « Patriote », « Pavot ». J’établissais sur les ondes une fraternité d’armes que je n’avais pas encore connue de la sorte. De ces 300 missions, je ne parlerai guère, parce que mon second en faisait encore plus, parce que, quels qu’aient pu être les risques et la fatigue, ils n’étaient rien à côté de ce que subissait le plus petit 2ème classe para, crapahutant sur tous les djébels, souvent couvert, pour dormir, la nuit d’hiver, de sa seule toile de tente, exposé jour après jour à l’embuscade, soldat digne de ses plus grands anciens et dont le stoïcisme faisait mon admiration. Au moins, de ce magnifique observatoire qu’est un hélicoptère, ai-je pu contempler l’Algérie, de l’Ouarsenis à la frontière tunisienne, de la mer à la naissance du désert, survolant plaines et montagnes et rêvant à des paysages qui deviendraient des paysages de paix. »

 

La côte 1621.

 

« A la mi-octobre 1959, le « PC Artois » alla s’établir un peu plus bas, à la côte 1621, dans un camp de tentes et de roulottes. Le général Challe avait décidé que la 10ème D.P. passerait l’hiver sur ce terrain théoriquement pacifié. Cet hiver fut rude.

 

De cette haute crête de Grande Kabylie, que bordait une cuvette assez facilement utilisée par les hélicoptères, la vue, par temps clair, s’étendait sur un relief de pré-Alpes jusqu’à l’extrémité de la vallée de la Soummam et à Bougie, à 40 km de là. Les deux ou trois dizaines de tentes et de roulottes, entourées de barbelés, allaient former notre cadre de vie. Très vite arrivèrent, dès novembre, la pluie et la neige, qui transformèrent le camp en vaste bourbier, où l’on ne circulait qu’en bottes de caoutchouc. Les pistes qui menaient de la vallée au camp devinrent impraticables durant de longues semaines au point que nous fûmes ravitaillés par parachutage. Si les officiers de l’état-major étaient à peu près relevés chaque mois, l’Armée de l’Air, pour ce qui me concernait, avait d’autres chats à fouetter et je pus jouir de cette retraite propice aux lectures du soir et à la méditation, quatre mois d’affilé. J’avais, il est vrai, le privilège d’une roulotte et d’un poêle à pétrole au-dessus duquel séchait mon linge de corps, rapidement tacheté de suie indélébile. Nous dormions en survêtement, enfilant au réveil nos tenus de combat. En fait, je tins le coup, sans grand problème, souvent heureux de cette austérité.

 

Nous connûmes donc une vie de reclus, réunis le soir, autour du feu, sirotant nos grogs, discutant de tout et de rien, embarqués dans d’interminables parties de poker ou de bridge. Je parlais beaucoup avec Roger Faulques, qui devint mon ami. Dix ans avant, le Vietminh l’avait rendu, mourant, après Cao-Bang, et Guillaume de Fontanges l’avait ramené dans son JU 52. De ses blessures, il avait gardé une bonne ostéite avec rétention et des crises de fièvre qui l’abattaient mais il rebondissait chaque fois de plus belle, increvable et rayonnant.

 

Et puis, il y avait mon équipe, mon petit « goum » d’aviateurs dont j’étais directement responsable. Mon second vivait dans la vallée, près de Sidi-Aïch, prêt à intervenir immédiatement à la tête du D.I.H. en alerte. J’étais aidé par un sous-lieutenant du contingent, Claude Lemoine, tout rond, très scout, d’un dévouement sans bornes. Alors, quand les tentes menaçaient d’être emportées dans une tempête de neige, nous luttions ensemble, nous réchauffant ensuite aux vins chauds, aux chants, aux histoires sans fin du sergent Roulet dit « Basile », heureux et malheureux ensemble, sans qu’il puisse exister la moindre rivalité ou la moindre jalousie entre nous puisque nous étions seuls, sans témoins, dans la boue et le vent. Tout, autour de nous, était désert car même les sangliers avaient fui le froid pour descendre vers la vallée tandis que les fellaghas attendaient la fin de l’hiver pour tendre des embuscades sur les pistes voisines.

 

Parfois, par temps meilleur, nous allions sur les pentes, traversant de pauvres villages kabyles, aux maisons basses de pierres empilées, où des femmes au teint clair, non voilées, couvertes de piécettes, gardaient les gosses en l’absence des hommes. La plupart d’eux, d’ailleurs, étaient sans doute avec le vieux chef de la Willaya 3, celle qui nous était opposée, Mohand el Hadj, dont nous évoquions souvent la figure entre nous et que nous ne capturâmes jamais. Ils étaient devenus des fellaghas, nos ennemis, et je ne les connaissais que comme silhouettes fugitives courant dans les cailloux, objectifs de nos tirs aériens.

 

Parfois, profitant d’un beau temps passager, des képis étoilés débarquaient d’hélicoptères pour un briefing magistral et stéréotypé, un repas de soldats sous la tente, sans nous apporter les grandes orientations dont nous aurions tant eu besoin. Plus agréable était la visite de la seule femme rencontrée au camp durant ces mois d’hiver, le médecin-capitaine Valérie André, déjà bien connue des « paras » depuis l’Indochine, et dont la gentillesse extrême me conquit immédiatement. Epouse du commandant Santini, autre figure de l’Armée de l’Air, elle devait devenir, quinze ans plus tard, le premier général féminin des armées françaises et jamais choix ne fut plus justifié. »

 


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Vue de Sidi-Aïch.

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Publié le 11 Décembre 2009

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Retour en Algérie.

 

« Le 1er septembre 1959, redevenu un commandant de l’Armée de l’Air, j’effectuai à Melun-Villaroche, le Vol de Contrôle après chantier du prototype Mirage IV 01. Le 19 septembre, embarqué dans un Dakota, je partais pour l’Algérie. Je l’avais demandé. C’était donc Alger en 1959, seize ans après mon arrivée en 1943, mais cette fois pour une guerre qui n’était plus une guerre de libération.

 

Au lieu d’Air-Algérie en 1943, je connus la 5ème Région aérienne que commandait le général André Martin. Il avait toujours le même regard ironique et amical, celui de mon commandant d’escadre de 1946, et les mêmes exigences tranquilles. Il me fixa, d’emblée, un programme de « remise en bain » accélérée, propre à m’envoyer en cure de repos au bout de quelques semaines et m’annonça ma prochaine affectation au P.C.A.M. de la 10ème Division parachutiste.

 

Pour organiser au mieux la coopération Air-Terre, l’Armée de l’Air avait quadrillé l’Algérie de Postes de Commandant Air ou P.C.A. Deux de ces P.C.A. étaient jumelés avec les états-majors de deux divisions parachutistes essentiellement mobiles, la 10ème et la 25ème. Ils étaient des P.C.A. mobiles, ou P.C.A.M. Le destin m’envoyait vers le P.C.A.M. de la 10ème D.P. C’était un grand honneur.

 

Pour ma génération, l’Algérie ne faisait pas partie de « l’’Empire colonial ». Elle était constituée de trois départements français qui, sur nos cartes d’école, avaient les mêmes couleurs que nos départements métropolitains. Elle était la France. J’étais mieux placé que quiconque pour me souvenir des sacrifices en 43-45, de ces départements qui seuls, avec la Corse, avaient connu la mobilisation, et dont les fils, « pieds noirs » ou autochtones, étaient tombés par milliers au cours de la glorieuse campagne d’Italie ou pour libérer la Patrie. Je savais aussi que la rébellion, en la triste Toussaint de 1954, avait débuté par le massacre d’innocents à Batna, le massacre de ce que nous avions de meilleur, nos instituteurs, pour se poursuivre par les atrocités inimaginables d’hommes au gabarit d’Amirouche. Alors, 1958 et l’arrivée du général de Gaulle, avaient fait naître en nos cœurs le merveilleux espoir d’une solution digne de la France. Mais des mois s’étaient écoulés et le général commençait à parler d’auto-détermination. J’arrivais à ce moment-là, aviateur parmi les paras, officier croyant en la mission de son pays, soldat mais attaché aux droits de l’homme. Et une fois de plus, j’avais à me « débrouiller » pour faire cette guerre le plus dignement possible. »

 

Alouettes et Sikorski H34.

 

« Il fallait me familiariser avec les hélicoptères que je n’allais plus quitter durant quatorze mois et me retrouvai à Boufarik pour quelques jours à la belle Escadre d’hélicoptères n°2, commandée par le colonel Chantiers, secondé par Tardy, qui y faisait régner une ambiance réconfortante. Avec l’Alouette II, infatigable bonne à tout faire, l’Armée de l’Air avait adopté le Sikorski H34, capable de transporter une douzaine de fantassins avec leur armement léger, et qui s’avérait parfaitement adapté aux missions du moment. Le génie bricoleur du célèbre colonel Félix Brunet avait équipé certains H34, baptisés alors « Pirate », de trois mitrailleuses de 12,7, et d’un canon de 20 en sabords, qui les transformaient en instruments d’appui-feu terriblement efficaces.

 

Certes, j’étais loin des Mirage que je pilotais quinze jours avant, mais j’étais heureux de faire connaissance avec ces machines nouvelles pour moi.

 

Je fis un saut à Sétif-Aïn-Arnat où le colonel Marceau Crespin, régnait sur le Groupement d’hélicoptères n°2 de l’Aviation légère de l’Armée de Terre ou ALAT. Dans ce domaine des hélicoptères, sévissait alors une âpre concurrence entre l’ALAT et l’Armée de l’Air, d’autant que l’ALAT avait choisi le Vertol bi-rotor, la fameuse « banane », un peu moins maniable que le H34 et dont n’existait aucune version armée. Mais Marceau Crespin était mon frère d’armes depuis 1943 et notre amitié s’établissait très au-dessus de ces rivalités. Il m’accueillit à bras ouverts comme toujours, et, dans ce camp où dominait une stricte discipline, en ces lieux baignés du souvenir du général de Lattre, je me liai aussi avec ses collaborateurs, Déodat de Puy-Montbrun et mon cousin Henri Couteaux.

 

Ces hors-d’œuvre terminés, je partis sur le terrain, en Grande Kabylie, pour un premier contact avec le P.C.A. de mon camarade Augé à Tizi-Ouzou. Le bruit courait dans les bureaux d’Alger que les grands katibas (compagnies rebelles) étaient démantelées et que les opérations touchaient à leur fin. Le 2 octobre 1959, sur les pentes de Lalla Kredidja, dans le Djurdjura, j’assistai à une première opération. Le soir, le régiment engagé comptait 16 morts et 20 blessés, un H34 avait été « descendu » et les fellaghas étaient restés maîtres de leur terrain. Rien n’était donc encore joué. »
 

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Sikorski H34 « Pirate ».

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 3 Octobre 2009


Marcel Leconte est le deuxième en partant de la droite.

 

« J’étais dans le Train ».

 

Septembre 2009, allée des Cîteaux à Issy-les-Moulineaux. Après-midi ensoleillé d’un été finissant. Robert Dudot reçoit l’un des ses voisins et vieux camarade au sein des associations d’anciens combattants : Marcel Leconte.

 

Marcel Leconte : « Je n’aime pas vraiment parler de la guerre d’Algérie. D’abord, parce que tout le monde croit que c’était le Club Méditerranée ! Ensuite, parce que souvent, on me demande si j’ai torturé. Moi ? Torturer des fellaghas…

 

En 1956, j’avais alors vingt-deux ans et comme j’étais marié avec un enfant, j’avais un sursis. Je l’ai résilié, j’ai quitté mon emploi dans le bâtiment et je suis parti... Pour revenir quelques jours plus tard ! En effet, nous étions la veille de Noël et j’obtins une permission pour passer la fin de l’année dans ma famille. J’ai fait mes classes à la caserne Dupleix à Paris puis dans l’Arme du Train à Montlhéry. Mes classes se déroulèrent à peu près bien, si ce n’est une crise d’appendicite qui se transforma en péritonite.

 

En mars 1956, j’étais en Algérie, au sein du 504ème Bataillon du Train (BT), à Miliana, dans la chaîne du Zakar, au dessus de la plaine de cette ville qui s’appelait à l’époque Orléansville. Nous étions donc au sud d’Alger ».

 

Cette unité est l’héritière du Groupe de Transport (GT) 504, fondé pendant la Seconde Guerre mondiale, en Afrique du Nord. Elle participe aux campagnes de la 1ère Armée française entre 1944 et 1945. En avril 1956, le GT est recréé. Ses cadres viennent du 1er Régiment du Train de Paris, des GT 501 de Vincennes, 523 de Montlhéry et de la 602ème Compagnie de Circulation Routière (CCR) de Vincennes.

 

Le 504ème Bataillon du Train comprend les éléments suivants : une compagnie de commandement, d’appui et de services ; quatre compagnies de combat ; une harka, c’est-à-dire des rebelles alliés montés sur des chevaux (une cinquantaine) ; un peloton blindé, monté sur des half-tracks ; un groupe de mortier ; un groupe d’artillerie ; un groupe cynophile.

 

« J’y ai passé six mois. Avec les copains, on ne faisait pas que du transport. On « ratissait » : cela signifiait qu’on partait dans le djebel et qu’on inspectait tout le secteur qui nous était confié. Régulièrement, on avait des escarmouches avec des fellaghas. On avait aussi des têtes brûlées – des soldats ou des gradés – qui n’hésitaient pas, moyennant un bon paquet de billets, à voler des camions pour filer des armes à l’ennemi ou lui fournir des moyens de transport. Heureusement, cela restait exceptionnel. A la fin de l’année 1956, dans la région de Kerba, un de nos groupes, qui allait chercher du sable, est tombé dans une embuscade : sur les 26 militaires présents, un seul réussit à s’en sortir. Tu parles d’un Club Med ! Quelques temps plus tard, j’ai été muté au Groupe de Transport 535. »

 

Le GT 535 est formé d’éléments en provenance des Centres d’Instruction du Train de la Métropole : le 151 de Montlhéry, le 152 de Laon ; l’Ecole d’Application de Tours. Après quelques temps dans des tentes, et comme le service militaire est passé à 27 mois, le GT 535 s’installe dans un campement en dur, à l’ouest d’Alger dans un secteur défini par les bourgades de Koléa, Tefeschoum et Castiglione. Mis à la disposition du 23ème Corps d’Armée, le GT 535 est chargé d’assurer le transport de troupes – généralement des parachutistes ou des légionnaires – dans le cadre de missions spéciales : gazage de grottes, actions commandos, infiltration. Le GT 535 est alors associé au 1er REP (Régiment Etranger Parachutiste) et aux 2ème et 3ème RPC (Régiment Parachutiste Colonial). Il est équipé de camions Renault, de jeeps, de véhicule de marque Dodge. Il participe aux opérations de sécurisation de la zone. Cela veut dire aussi bien ratisser à la recherche d’ennemis, que de surveiller les villages, les ponts, les routes. Il y a également des missions que l’on qualifie aujourd’hui d’humanitaire : faire l’école ; soigner la population ; donner à manger.

 

Marcel Leconte : « On ne faisait pas que du transport spécial. J’ai aussi transporté des gars dans Alger, de l’essence dans le grand camp de la banlieue d’Alger – à la fois un camp pour les matériels et de prisonniers – et qui s’appelait Beni Messous. Ce camp était immense. Il portait aussi un nom bien français : le Camp Basset. Plusieurs unités de mon Arme s’y trouvaient : le Centre d’Instruction du Train 160 (CIT 160) ; le Groupe de Transport 520 (GT 520) ; la Compagnie de Circulation Routière 510 (CCR 510). Puis on me confia un job un peu particulier : pendant les grandes grèves en Algérie de 1957, je fus chargé de conduire des bus dans Alger ! Enfin, avant la fin de l’année 1957, on m’envoya dans une nouvelle unité : le 584ème BT. Et là, j’y ai connu un très grand militaire : Jean Pouget. »

 

 

Le 584ème Bataillon du Train.

 

A l’origine de la formation de ce bataillon, il y a le 228ème Bataillon d’Infanterie créé dans le département d’Eure-et-Loir avec des rappelés. L’unité s’embarque à Marseille et prend ses quartiers dans la région de Tizi Ouzou. Il devient 584ème BT en novembre 1956 et s’installe à Bordj de l’Agha. Composé à l’origine d’un état-major et de trois compagnies d’infanterie, ce BT se distingue par son manque d’équipements, un encadrement insuffisant et non préparé à la guerre.

 

Marcel Leconte : « Je me souviens bien. C’était pas l’anarchie, mais pas loin. Avec Pouget tout changea. Pour un gars qui faisait le con, on se retrouvait tous à 25 km du camp et il fallait rentrer à pied. Et sans eau, s’il vous plait ! Nous étions placés sur les hauts plateaux à la pointe sud de l’Algérois. On allait souvent dans le djebel Amour. On accompagnait et on servait le 1er et le 2ème REP. Je conduisais une jeep, placée derrière celle de Pouget. J’avais une remorque qui devait bien peser une tonne. On participait à pas mal de travaux. Ici, c’était une piste d’aviation qu’il fallait faire. Là, une route à réparer ou une autre à ouvrir. Le paysage était désertique. Pas d’arbres. Juste quelques touffes d’alfas. Il y avait par contre beaucoup de bédouins. Je me souviens d’avoir vu des caravanes. Certains dromadaires portaient des sortes de baldaquins.

 

Bien souvent, on participait à des opérations d’héliportage. Ce n’était pas sans risque. Une fois, une mission échoua et on releva quinze hommes. Quand il y avait des accrochages, on faisait appel aux légionnaires. Les avions décollaient, larguaient les gars. On les voyait revenir bien après. Certains que le nécessaire avait été fait. »

 

Avec ce nouveau commandant, le 584ème BT se métamorphose et créé une compagnie de commandement et d’appui, une peloton blindé, un autre de mortiers et de canons sans recul, un élément de transport en 6x6 et quatre compagnies de combat. L’unité grossit donc et passe à environ un millier de soldats, auxquels il convient d’ajouter une harka de 120 hommes et un commando de chasse. Bientôt, le BT est sollicité pour de nombreuses missions, dans ses secteurs de Djelfa, Bou-Saada, Tizi-Ouzou, Djurdjura.

 

 

Jean Pouget.

 

Jean Pouget nait en 1920. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il participe aux opérations de la 1ère Armée française. Cavalier, parachutiste, ancien du 1er Régiment de Hussards Parachutistes, Jean Pouget fait plusieurs séjours en Indochine. Avec ses hommes, alors que l’issue dramatique semble inévitable, il se fait larguer sur le camp retranché de Diên-Biên-Phù en 1954. Prisonnier au Camp n°1, il résiste au régime inénarrable du Vietminh. En Algérie, il prend, entre autres, la tête du 584ème BT pour en faire en quelques mois une unité de premier plan. Après la guerre d’Algérie, il se tourne vers l’écriture, publie plusieurs ouvrages et entre au journal Le Figaro où il devient grand reporter.

 

Marcel Leconte : « Jean Pouget, c’était quelqu’un. Un vrai chef. On aurait pu le suivre partout. Je me rappelle de plusieurs anecdotes. Une fois, c’était au mess des officiers. Je m’assois. Je mange. Je récupère ici et là du pain et de quoi faire des sandwichs pour les autres chauffeurs. Le commandant Pouget arrive : « Qu’est-ce que tu fais là toi ? me dit-il ». Ordre de mon lieutenant, c’est pour prendre des forces que je lui ai répondu du tac au tac !

 

Une autre fois, dans le djebel, je me trouvai un coin bien sympathique pour déjeuner. Je m’installai comme un chef, avec serviette, canon de rouge et tout le toutim ! J’ouvris une boîte de sardines et j’y ajoutai un filet de vinaigre et une belle échalote. Le commandant passa à côté de moi : « Encore toi ? Fais voir goûter ton frichti… Extra ! Quand je pense que j’ai un ordonnance incapable de me trouver un truc pareil… ».

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 5 Août 2009

 

Le général de Gaulle à Alger – Juin 1958.

 

 

Les débuts de la guerre d’Algérie.

 

Dans notre histoire contemporaine, le mois de mai 1958 revêt une importance particulière. Cela fait près de trois ans et demi que la France doit faire face à ce que l’on appelle à l’époque les « événements d’Algérie » et qui se traduisent par des « opérations de maintien de l’ordre ». Nous avons heureusement l’honnêteté aujourd’hui de parler de guerre.

 

En novembre 1954, il en est tout autre. A la tribune de l’Assemblée nationale, le président du Conseil, Pierre Mendès-France déclare : « À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation et l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps. Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. L'Algérie, c'est la France et non un pays étranger que nous protégeons. »

 

En 1955, l’état d’urgence est décrété et les premiers contingents de militaires appelés sont envoyés en Algérie. Les massacres, de part et d’autre, bien souvent dans des proportions sans aucune commune mesure, sont fréquents.

 

En 1956, les combats – les escarmouches, guérilla ou encore coups de force – se déroulent maintenant partout aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il ne s’agit pas d’emplois de forces conséquentes à proprement parler mais d’accrochages allant de quelques individus à plusieurs centaines. Il s’agit également d’attentats. La guerre d’Algérie n’est pas la situation d’une armée en ligne contre une autre. Pour la métropole, l’appel au contingent est systématique et les débarquements de soldats se multiplient. Le pouvoir confie le commandement militaire à un général chevronné, ayant fait ses preuves aussi bien à la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’en Indochine : Raoul Salan.

 

1957 est marquée par la reprise en mains des villes. Se déroule, entre autres, la bataille d’Alger à partir du mois de janvier, sous les ordres du général Salan. Elle se solde par une victoire complète de l’Armée française, au prix, parfois, et comme dans tous les conflits, d’atrocités certaines. Mais, d’un point de vue diplomatique et politique, la France est montrée du doigt et perd peu à peu pied face à une population musulmane qui n’est pas acquise à sa cause. Il convient d’ajouter une opinion mondiale qui condamne cette guerre qui aux yeux d'un bon nombre d’observateurs n’est devenue qu’une « guerre de décolonisation » ou une émancipation du peuple algérien.

 

 

L’aspirant-médecin Jean Marcel N’Guyen-Thanh-Giung

 

Jean Marcel N’Guyen-Thanh-Giung est né à Saigon le 20 septembre 1930. Habitant Issy-les-Moulineaux, il est rattaché de ce fait au Bureau militaire du département de la Seine. Médecin-aspirant de la 102ème Section d’Infirmiers militaires basée à Oran, de la 12ème Division d’Infanterie, il est tué à l’occasion d’une embuscade, le 11 mai 1958 en Algérie.

 

 

Mai 1958.

 

Au début du mois de mai 1958, l’histoire s’accélère. Le gouvernement de Félix Gaillard vient de chuter. Pendant quelques semaines, c’est l’incertitude, alors que les combats ont repris. Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur du journal l’Echo d’Alger, lance un appel au général de Gaulle. Le même jour, le ministre-résident Robert Lacoste quitte l’Algérie. Le plus haut représentant de la métropole vient de disparaître.

 

Le lendemain, des soldats français sont attaqués et massacrés. Pierre Pflimlin est pressenti pour former le nouveau gouvernement, alors que chacun sait sa volonté de négocier une sortie de crise en Algérie. A Alger, les « Pieds-Noirs » – près d’un million de métropolitains installés souvent depuis plusieurs générations – manifestent. Le général Massu qui s’est vu remettre par Félix Gaillard les pleins pouvoirs, civils et militaires, demande aux députés de surseoir à l’élection de Pierre Pflimlin, et fait parvenir à Paris un télégramme : « Exigeons création à Paris d’un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l’Algérie partie intégrante de la métropole ».

 

Les députés refusent cette intrusion militaire dans le pouvoir législatif et exécutif et votent pour Pflimlin. Le lendemain, le même général Massu recommence et publie une conjuration au général de Gaulle : « Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de l'abandon».

 

Le 15 mai 1958, le général Raoul Salan, toujours commandant de l'armée en Algérie, prononce, sur proposition du gaulliste Léon Delbecque, qui se trouve à ses côtés : «Vive la France, vive l'Algérie française, vive le général de Gaulle !». C’est un triomphe. Alors, depuis se retraite de Colombey-les-Deux-Eglises, Charles de Gaulle fait savoir qu’il est prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Le président de la République René Coty demande à l’Armée française en Algérie d’obéir à la République, de ne pas écouter Massu et Salan, et de rentrer dans le rang. Il n’est pas entendu.

 

Puis, le 27 mai, alors que la Corse a déjà décidé de former un Comité de Salut Public et de soutenir les insurgés d’Alger, le général de Gaulle fait indiquer : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain. » L’opposition – Pierre Mendès-France, François Mitterrand, Jacques Duclos, Edouard Daladier – crie au scandale et au coup d’Etat.

 

Le 1er juin, René Coty fait publier le communiqué suivant : il fait appel au «plus illustre des Français... Celui qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour établir la République».

 

Charles de Gaulle forme immédiatement un gouvernement d’union nationale, où figurent des représentants de partis politiques aussi bien de gauche que de droite, avec pour mission de régler les affaires en Algérie et de mettre au point une nouvelle constitution. Il fait à Alger le premier voyage de sa présidence du Conseil et prononce le désormais fameux : « Je vous ai compris ! ».

 

La constitution de la Vème République est approuvée par référendum (79,2 % pour le « oui ») le 28 septembre 1958 et le 21 décembre de la même année, le général de Gaulle est élu, par un cortège électoral, premier président de la toute nouvelle république.

 

Trois ans et demi plus tard, l’Algérie est indépendante.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 1 Juin 2009

 

Christian Poujols, président de la section d’Issy-les-Moulineaux de l’Union Nationale des Combattants, a participé à la guerre d’Algérie en tant que parachutiste au sein de la 10ème Division parachutiste. Sur le terrain d’aviation « La Cigogne », près de Blida, il a assisté à une aventure incroyable.

 

 

 

 

« C’était le 23 septembre 1958. J’étais en Algérie depuis quelque temps déjà. Dans les régiments de parachutistes, il y a plusieurs catégories de sauts : des sauts de jour, de nuit, avec ou sans armes… Et puis, chaque année nous avions des sauts d’entretien.

 

L’avion de l’époque était le Nord Atlas 2501. C’était un avion à tout faire : il pouvait aussi bien prendre des passagers civils que militaires ; des marchandises ou des équipements pour l’armée. Une de ses particularités consistait en l’ouverture du fuselage à l’arrière. Cela offrait une possibilité multiple de largages, au même titre que ses transports. Je crois qu’il avait été surtout construit sous licence par la SNECMA (à l’origine, c’était une conception de la Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord ou SNCAN).

 

Alors voilà. L’avion décolle de La Cigogne, son chargement et le largueur à bord. Un gars du 1er REP (Régiment Etranger de Parachutistes).  Le largage devait se faire sur la zone de saut du terrain d’entraînement. Cela faisait partie des exercices habituels des largueurs, du contrôle du matériel… Lequel largueur sautait systématiquement, en saut d’entretien, après avoir « basardé » le matériel.

 

L’opération commence. Tout semble normal. Nous sommes au sol. Nous regardons l’exercice par simple routine. D’un seul coup, à l’arrière de l’appareil, c’est la stupéfaction : l’avion traine le parachutiste derrière lui ! On voit bien que le gars du 1er REP n’a pas pu sauter car les suspentes de son parachute sont restées accrochées à je ne sais quoi au cœur de l’avion. La tour de contrôle prévient le pilote qu’il doit atterrir immédiatement. Vous imaginez un peu le message du contrôleur aérien au pilote de l’Atlas : « Reviens vite, le para que tu devais larguer vole derrière toi ! ». Je suppose que le gars avait essayé de couper les suspentes pour ensuite utiliser son ventral. En vain.

 

L’avion atterrit. Il bloque ses freins pour parcourir le minimum de terrain, avec son délicat paquetage. On se précipite vers le para, persuadé que nous sommes en présence d’un gars mort ou déchiqueté. Et là : point de mal ! Le parachutiste est relevé, puis placé sur un brancard et zou : dans une ambulance. On ne lui trouva que deux côtes cassées ! »

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 12 Juin 2008

 

Depuis 1987, grâce à André Santini, une place d’Issy-les-Moulineaux porte le nom de Bachaga Boualam (1906-1982), qui fut capitaine de l’Armée française dans les Tirailleurs algériens, député d’Orléansville, Vice Président de l’Assemblée Nationale de 1958 à 1962, maire, conseiller général.

 

Les populations désignées aujourd’hui comme « harkis » ou « Français musulmans » correspondent à l’ensemble des musulmans rapatriés qui se sont battus du côté de la France pendant la guerre d’Algérie, ainsi qu’à leurs descendants, soit une population évaluée à environ 400.000 personnes.

 

1) Qui étaient les harkis ?

Le terme harka (mot arabe signifiant « mouvement ») désignait les unités supplétives formées à l’échelon des « quartiers », à partir de groupes civils d’autodéfense équipés d’armements défensifs, parfois promus « commandos de chasse ». Pour l’état-major de l’Armée française, tirant les leçons de la guerre d’Indochine, il s’agissait de tenir le terrain en s’attirant le soutien et la collaboration des populations locales contre l’ALN (Armée de libération nationale, bras armé du Front de Libération Nationale).

 

Outre les harkis, les forces supplétives engagées aux côtés des troupes française comprenaient des groupes de moghaznis (éléments de police), constitués à l’échelon des localités et placés sous les ordres des chefs des sections d’administration spécialisées (SAS), ainsi que des unités civiles chargées de protéger certains édifices et de veiller à l’ordre public, les « groupes mobiles de protection rurale » (GMPR), dénommés plus tard « groupes mobiles de sécurité » (GMS) et assimilés aux CRS.

 

2) Comment étaient-ils recrutés ?

L’affirmation selon laquelle tous les harkis furent « volontaires » appelle des nuances. Le général Maurice Faivre, ancien chef de harka, fait honnêtement la part des choses : « Si l’on excepte les fonctionnaires et les militaires appelés, qui avaient la possibilité de se soustraire à l’autorité française en rejoignant la rébellion ou un pays étranger, le choix des autres Algériens résultait d’un engagement volontaire dont les motivations étaient très diverses : pression des notables et de l’armée française, attachement à l’ordre, francophilie, sévices du FLN, rivalités tribales et volonté de vengeance, désœuvrement et besoin alimentaire, option politique ou idéologique, contrainte policière et retournement d’opinion ».

 

Il y eut, en gros, deux modes de recrutement : collectif dans les villages en autodéfense, puis individuel à partir de déserteurs du FLN ou de prisonniers « convertis », ces deux dernières catégories étant très minoritaires (de 4% à 5%) par rapport à la masse des engagements collectifs.

 

3) Combien étaient-ils ?

Les forces de l’ordre françaises comprenaient globalement, 88.000 supplétifs musulmans. L’effectif des harkas proprement dites était de 28.000 hommes quand, en décembre 1958, le général Challe, devenu commandant en chef des troupes françaises, obtint l’autorisation d’en doubler le nombre.

 

Trois ans et demi plus tard, lors de la proclamation du cessez-le-feu, un rapport transmis à I’ONU évaluait le nombre des musulmans pro-français menacés à 263.000 hommes, soit 20.000 militaires de carrière, 40.000 militaires du contingent, 58.000 harkis, 20.000 moghaznis, 15.000 membres des GMPR et GMS, 60.000 membres de groupes civils d’autodéfense, 50.000 élus, anciens combattants, fonctionnaires.

 

4) Quel sort les accords d’Evian leur ont-ils réservé ?

Les accords d’Evian sont signés le 18 mars 1962. La France reconnaît le FLN comme représentant exclusif de la population d’Algérie. Le chapitre II des accords, consacré à la « protection des droits et libertés des citoyens algériens de statut civil de droit commun » n’évoque pas les musulmans pro-français qui se retrouvent sans aucune protection. Les harkis deviennent les « oubliés » de l’histoire.

 

En fait, dès le mois de juillet 1961, l’accession de l’Algérie à l’indépendance ne faisant plus de doute depuis l’annonce du référendum d’autodétermination, l’armée française commence à désarmer les harkis.

 

5) Combien ont trouvé refuge en France ?

Selon les statistiques officielles, le nombre total des rapatriés d’Algérie s’élevait, en septembre 1962, à 596.884 personnes, dont 21.000 musulmans et, parmi ces derniers, 12.500 harkis.

 

Le 29 juin 1962, à l’Assemblée nationale, le ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, confirma publiquement l’existence des directives gouvernementales tendant à limiter le rapatriement en France des harkis et de leurs familles, favorisé, clandestinement, par certains officiers et sous-officiers choqués par l’abandon des supplétifs. Le ministre des affaires algériennes assuma la responsabilité d’une note en date du 25 mai 1962, stipulant notamment : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront renvoyés en Algérie [...]. Il conviendra d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure [...]. Les promoteurs et les complices de rapatriements prématurés seront l’objet de sanctions appropriées. »

 

6) Combien ont été victimes de représailles ?

Entre l'estimation du contrôleur général aux armées Christian de Saint Salvy (150.000 morts) et celle de l'ancien officier SAS, Nicolas d'Andoque (60.000 morts), il semble d'après J.-C. Jauffret, auteur de l'étude Historiens et géographe, qu'un « consensus rassemble peu à peu les historiens français et qu'une évaluation de 60.000 à 80.000 victimes soit retenue ».

 

Il n’existe ni bilan officiel ni certitudes, sinon celle que les harkis et leurs familles, coupables de « trahison » aux yeux des autres Algériens, ont été victimes d’atrocités en tout genre, avant même la proclamation de l’indépendance et jusqu’en 1964, sans que les autorités françaises n’interviennent et sans que l’opinion publique nationale ou internationale ne s’en émeuve. En 1965, la Croix-Rouge recensait encore 13.500 anciens supplétifs incarcérés en Algérie.

 

7) Etre harki en France 

Lors de l’arrivée en Métropole, les harkis et leurs familles sont pour la plupart regroupés dans des camps ou des " hameaux forestiers " isolés. Les harkis rescapés ont vécu avec leurs familles dans des conditions précaires qui ont perpétué leur exclusion, avec un taux de chômage très élevé parmi leurs enfants.

 

Pendant une dizaine d’années, à partir de l’indépendance de l’Algérie, les gouvernements successifs ont paré au plus pressé : loger dans d’anciens camps militaires (Larzac, Bias, Bourg-Lastic, Rivesaltes, etc.) ceux des anciens harkis et de leurs familles qui avaient réussi à se réfugier en France ; les nourrir, les employer. Il s’agissait, ensuite, d’aider à leur insertion sociale.

 

La génération des enfants de harkis malgré des réussites en son sein, a été une génération fragilisée et meurtrie par le drame des parents. Quatre-quatre ans après la guerre d’Algérie, cette communauté profondément attachée à la France a payé un lourd tribu. Restent la mémoire et le souvenir à transmettre aux plus jeunes pour perpétuer et ne rien oublier.

 

8) L’attachement à l’armée française

Les officiers, les militaires, les anciens combattants, restés fidèles à la France, les supplétifs également, sont les héritiers d'une  longue tradition militaire. Leurs ancêtres, eux-mêmes pour les plus âgés, se sont battus sur la plupart des champs de bataille où  la France est présente depuis plus d'un siècle, au sein de l'armée d'Afrique où le nombre de soldats musulmans dans les régiments de tirailleurs, zouaves, spahis, atteint 40 à 50 % des effectifs, dont un tiers d'engagés volontaires. « Fils d'une tradition militaire très ancienne, faite  de bravoure, d'abnégation devant le danger, de respect de l'ennemi, ils ont  écrit des pages admirables de l'histoire de nos armes (...) ils ont acquis des droits sur nous » (1986, Jacques Chirac Premier ministre).

 

« La Grande Guerre voit l'Algérie fournir un lourd contingent de soldats (...) ils versent généreusement leur sang sur  les principaux champs de bataille immortalisés par l'histoire : Verdun, la Somme, la Champagne, l'Artois. Ils sont 170.000 à traverser la Méditerranée (...). Ils sont 36.000 à donner leur vie pour que la France retrouve sa liberté et la paix. C'étaient les grands-pères des harkis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la France est captive et muette, 230.000 soldats musulmans, dont 120.000 à 150.000 Algériens luttent entre 1942 et 1944, certains jusqu'au sacrifice suprême (…). Ils inscrivent dans le livre d'or de l'Histoire de France des pages de gloire qui ont pour nom Belvédère, Monte Cassino, Rome, le Rhin, Strasbourg, Belfort. Pour la seconde fois au cours de ce siècle, ces soldats rendent sa dignité à la patrie et lui restituent sa place dans le monde. C'étaient les pères des harkis ». (Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis" ).

 

 

L’histoire des harkis fait partie de l’histoire de France. Elle doit être pleinement assumée.

 

Bibliographie :

(1) Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France".

Editions France Empire, 1962.

(2) Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS."

Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.

(3) Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis ".

Editions Fayard 1991.

(4) Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis"

Editions Perrin 76 rue Bonaparte 75006 Paris / L'Harmattan 16 rue des Ecoles 75005 Paris.

 

 

(*) Kamel Benamra, isséen, fils de Harkis, haut fonctionnaire, chevalier de la Légion d’honneur, est directeur de l’emploi et de la formation de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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Publié le 29 Avril 2008


 

Jean-Claude ICHAC, élève officier en Algérie en 1959.

 

 

Le général de Base aérienne (2S) Jean-Claude Ichac a effectué l’essentiel de sa carrière dans les fonctions de renseignement, à la 3ème Escadre de chasse et en Etats-majors, interprétation photo, à la 33ème Escadre de reconnaissance. Le général Ichac a également accompli des missions de longues durées aux Etats-Unis : à l’Ecole de l’Air américaine de Colorado Springs et à l’Ambassade de France à Washington. Avec le grade de colonel, il a commandé la Cité de l’Air « Capitaine Guynemer » et Base Aérienne 117 de Balard, située aux portes d’Issy-les-Moulineaux, sur les anciens terrains du Champ de Manœuvres, qui servit aux premiers essais de l’histoire de l’aviation au début du 20ème siècle. Le général Ichac raconte ici la fin, peu banale, de sa scolarité à l’Ecole de l’Air de Salon de Provence. 


« A l’issue de leur scolarité de deux ans, les élèves officiers de ma promotion Ecole de l’Air 1957 « Colonel Ducray », corps des Bases de l’air, c’est-à-dire non pilotes, devaient effectuer un séjour de deux ans en Algérie, à compter du 1er octobre 1959, date de leur nomination au grade de sous-lieutenant.
 

Mais un mois plus tôt le contre-ordre arriva et c’est avec notre galon d’aspirant de l’Ecole de l’Air que, le 31 août, notre C-54 n°148 se posa sur la piste du terrain de La Regahia, à l’est d’Alger, base arrière des commandos de l’air. Je crois que c’était une idée à la fois du patron de l’école, le général Delfino, un fonceur ancien du « Normandie-Niemen », et du commandant en chef en Algérie, le général Challe, de l’armée de l’air, qui souhaitait que celle-ci prenne une part plus grande dans les opérations de maintien de l’ordre au sol.


Le but de la manœuvre était donc de nous faire effectuer un stage de « familiarisation », sur le terrain, avant de nous répartir en unités dès que nous serions officiers. Donc, après dix jours d’entraînement intensif, tir, sport, combat rapproché, mines et explosifs, nous nous retrouvâmes au col de Chelata, en Grande Kabylie, où était implanté le PC Artois de l’opération Jumelles lancée par le général Challe. Et nous fûmes répartis par petits groupes au sein des commandos de l’air qui participaient aux opérations. Pour ma part, je fus détaché au commando 50, et dès le lendemain je pouvais noter dans mon carnet de vol : « 10/09/59, fonction à bord commando, pilote xxx, hélicoptère H-34 n°819, héliportage du PC Artois à NY45G02 » … et baptême du feu juste après l’héliportage sous une petite crête de la part aussi bien d’un groupe rebelle que de la section de la légion qui les poursuivait !

 

Et là nous eûmes droit à une engueulade surréaliste de la part de notre chef de section : « Attention, vous les trois aspis, vous êtes toujours sous statut élève, et censés être encore à l’Ecole de l’Air, là-bas en Provence, alors je ne veux pas d’emm…, et le premier qui se fait butter prend trente gros ! ». Je ne sais si ce fier discours eut un effet dissuasif, mais notre séjour aux commandos de l’air fût exempt de victimes et donc d’arrêts de rigueur ! Et c’est sans encombre que nous vîmes arriver à Alger, avec le 1er octobre, notre première ficelle qui nous donnait enfin le droit de passer légalement dans la colonne « pertes ».

 

GBA (2S) JC ICHAC

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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Publié le 27 Avril 2008

PC Artois de l'Opération Jumelles.
 




Isséen, le général Ichac a participé, en tant qu’élève officier, à l’Opération Jumelles en juillet 1959. Nous lui devons les clichés qui illustrent cet article relatif à cette opération.

Celle-ci fait partie du Plan Challe, du nom du général qui prend la relève du général Salan, le 12 décembre 1958. L’idée maîtresse de ce plan consiste à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens très conséquents, dans le but de réduire à néant les bandes rebelles ou « Fellaghas ». Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie (février 1959) ; opération Courroie sur la couronne d’Alger (avril à juin 1959) ; opération Etincelle sur le passage du Hodna (juillet 1959) ; opération Jumelles (juillet 1959) en Grande Kabylie ; opération Rubis (avril 1960) en petite Kabylie ; opération Pierres Précieuses (septembre 1959 à août 1960) dans le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule la grande mission des Aurès (opération Ariège – Dordogne – Charente – Isère). Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant des zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts considérables – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN (Armée de Libération Nationale, bras armé du FLN, le Front de Libération Nationale).

 

De fait, il est globalement admis que l’ensemble de ces opérations a permis une victoire militaire de la France. Victoire incertaine, car si de nombreuses bandes ont été décimées, pour autant le lien avec les populations civiles n’a pas été rompu et peu à peu les maquis algériens se sont reformés.

De plus, le putsch – et son échec rapide – des Généraux (Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller) d’avril 1961, contre la politique du Président Charles de Gaulle et de son gouvernement qu’ils considèrent comme un abandon de l’Algérie française, sonne la fin du Plan Challe.

 

 

Pendant l’Opération Jumelles, le binôme hélicoptère H-34/commandos de l’air au col de Chelata.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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Publié le 11 Avril 2008


Richard Marillier a été Résistant, membre de la section Chabal au maquis du Vercors, capitaine d’une section au 494ème R.I. pendant la guerre d’Algérie ; il est colonel honoraire de l’Armée de Terre. Richard Marillier a été très présent dans le monde du cyclisme : Directeur Technique National du cyclisme français de 1970 à 1981, Directeur Adjoint Délégué du Tour de France de 1981 à 1990 (à ce titre, il venait chaque année présenter le parcours de l’épreuve et les équipes participantes au PACI d’Issy-les-Moulineaux), Président de la Ligue du Cyclisme Professionnel et membre du Comité Directeur de l’Union Cycliste Internationale de 1989 à 1992. Le colonel Richard Marillier est commandeur de la Légion d’honneur.


« J’ai fait la connaissance de Robert Eggs, en 1957, à Bir El Ater (sud-est constantinois). Il avait le grade de capitaine et commandait la compagnie portée du 4ème Régiment Etranger d’Infanterie. Il jouissait d’une réputation exceptionnelle. En 21 ans de Légion, il avait combattu de Narvik à l’Indochine en passant par la Syrie et la Lybie ou il avait été fait Compagnon de la Libération à Bir Hakeim alors qu’il était adjudant-chef !

Au cantonnement comme en opération, il était un spectacle à lui tout seul. Il ne faisait rien comme les autres, il ne s’exprimait pas comme les autres. Il était à la fois craint, détesté et admiré. A cette époque, le commandement rassemblait les unités de secteurs pour monter des opérations. A Bir El Ater, j’étais lieutenant et je commandais la 6ème compagnie de 2/44ème RI. Je me retrouvai « accolé » à la compagnie Eggs pendant un an et demi. C’est dire si j’ai des anecdotes en mémoire. En voici une parmi tant d’autres.

Ce jour-là, nous avions accroché une bande rebelle dans le djebel Foua. Très rapidement, les différentes unités avaient éclaté et des combats sporadiques se déroulaient aux quatre coins du djebel. Enfin d’après-midi, les derniers fellaghas étaient aux prises avec la compagnie Eggs et tentaient de sortir du dispositif. Je fus appelé à la rescousse et, avec une section, je réussis à colmater la brèche puis je cherchai à rejoindre le capitaine. Au fur et à mesure que j’avançais, et que je dépassais les légionnaires, je finis par arriver auprès du sergent-chef Campanella, porte fanion de la Compagnie Eggs. Il était assis, adossé contre un rocher et fumait une cigarette en souriant. Son pantalon froissé laissait apparaître un pansement compresse au niveau de la hanche.

La bonne blessure, mon lieutenant, 23 jours de convalo ! me dit-il.

Il me précisa que le capitaine se trouvait devant, comme d’habitude. Les rebelles continuaient de tirer et je m’accroupis derrière un rocher où se trouvait le radio Rychtick. Ce dernier me dit que le capitaine était de l’autre côté. En me baissant, je le vis. Il était debout sur un rocher, les jumelles à la main et je l’entendis distinctement crier aux tireurs d’en face :

Alors, messieurs les fellaghas ! Montrez vos sales gueules et rendez-vous ! Après, il sera trop tard.

Une volée de balles s’abattit sur son rocher sans le toucher. Il répéta son discours et obtint la même réponse. Alors, se tournant vers ses hommes, il entonna : « Légionnaires… A l’assaut ! » et il se mit à chanter « Combien sont tombés au hasard d’un clair matin ». Toute la compagnie reprit le célèbre chant. Incroyable ! Un quart d’heure après, le combat cessa, faute de combattants.
Le commandement décida que l’on resterait sur place pour la nuit, afin de fouiller le terrain le lendemain matin. Il faisait froid car nous étions à 1.300 mètres d’altitude. Eggs m’invita à dormir avec lui et son ordonnance Mayerhoffer nous confectionna une sorte de litière avec de l’alfa, entourée d’un muret de pierres sèches. Sa djellaba nous servit de couverture. Je n’arrivai pas à trouver la bonne position pour dormir. Il s’en rendit compte et bougonna :

Encore un peu tendre (prononcé à l’allemande, en appuyant sur le « dre »).

Il saisit sa musette remplie d’alfa qui lui servait d’oreiller et me la glissa sous la tête, puis ramassa une grosse pierre sèche pour la remplacer. Je ne savais pas s’il fallait le remercier. J’attendis cinq minutes et lui dis :

Mon capitaine, Bir Hakeim, c’est quand même autre chose ?

Il ne répondit pas. Il dormait à poings fermés.

Aujourd’hui, le commandant Robert Eggs, grand officier de la Légion d’Honneur est âgé de 93 ans. Il vit avec son épouse en Côte d’Or, très exactement à Ivry-en-Montagne. Il est Français officiellement depuis quelques semaines».

 

 

  Bir El Ater 1957 – Le Capitaine Eggs à la tête de sa compagnie du 4ème REI. Le porte-fanion est le sergent-chef Campanella.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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Publié le 29 Mars 2008

 

 


Le 19 mars 2008, la ville d’Issy-les-Moulineaux a célébré le 46ème anniversaire du cessez-le-feu en Algérie.

 

Le 19 mars 1962 marque donc la fin de la guerre d’Algérie, à la suite des Accords d’Evian. Les négociations de ces accords commencent le 20 mai 1961. Ils sont signés le 18 mars 1962 et se traduisent immédiatement par un cessez-le-feu applicable sur tout le territoire algérien dès le lendemain.

La guerre d’Algérie s’est déroulée de 1954 à 1962 et a donné lieu à son indépendance.

L’Algérie est d’abord une colonie française de 1830 à 1848 puis un département de la République. Cette guerre est avant tout une guérilla entre les partisans algériens du Front de Libération Nationale (FLN) et son bras armé l’Armée de Libération Nationale (ALN) à l’Armée française, composée de troupes de parachutistes, de légionnaires, de soldats du contingent et de supplétifs « indigènes » comme les moghaznis et les harkis.

La guerre d’Algérie commence en 1954 à la suite d’attaques et du massacre en plusieurs régions de ce pays de militaires et civils français, par des hommes du FLN. Au Caire, le mouvement publie une déclaration pour la « restauration de l’Etat algérien, souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes de l’islam ». Militairement gagnée par la France en 1959 avec l’Opération Jumelles, la victoire finale revient néanmoins aux forces de l’ALN avec l’indépendance proclamée le 5 juillet 1962, à la suite des Accords d’Evian et du référendum d’autodétermination. A ce moment, près de un million de Français vivant sur ce territoire sont « invités » à retrouver la Métropole.

L’une des caractéristiques de la guerre d’Algérie (qui à l’époque était appelée « Evénements d’Algérie ») consiste en la superposition d’une guerre civile et idéologique au sein des deux communautés. Du côté algérien, plusieurs partis s’affrontent et notamment le Mouvement National Algérien (MNA), dirigé par Messali Hadj, les harkis, qui veulent rester fidèle à la France, et le FLN, qui prend le dessus et détruit les forces de résistance du MNA en Algérie. Du côté français, la majorité de la population de Métropole finit par se ranger du côté de l’indépendance de l’Algérie, tandis que des minorités comme l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) sont favorables à la poursuite de la guerre, quitte à réaliser des attentats aussi bien sur le sol algérien qu’en France et s’en prendre à la tête de l’Etat (attentats contre le général de Gaulle).

Aux Accords d’Evian, les négociateurs du côté du FLN sont : Krim Belkacem, Saad Dahlab, Ahmed Boumendiel, Ahmed Francis, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Redha Malek, Kaïd Ahmed (appelé aussi commandant Slimane) et le commandant Mendjili. Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, le général Jean Simon, le lieutenant-colonel Hubert de Seguins Pazzis, Robert Buron et Jean de Broglie représentent le camp français.

Le texte de ces accords comprend deux parties :

  • - La première sur le cessez-le-feu, dont l’application est fixée au lendemain de la signature, soit le 19 mars.
  • - La seconde comprenant les « déclarations gouvernementales » relatives à l’Algérie sur la période de transition jusqu’au référendum d’autodétermination, avec la mise en place d’un Exécutif provisoire et un Haut Commissaire représentant l’Etat français ; la libération des prisonniers dans un délai de vingt jours ; des garanties prévues pour les personnes conservant le statut civil de droit français et le planning du retrait des forces militaires françaises.

En outre, les Accords d’Evian comportent des clauses dites « secrètes » sur la présence française cinq années de plus, dans le but d’achever le programme d’essais d’armes nucléaires, chimiques et bactériologiques (la base de lancement de fusée d’Hammaguir est libérée en 1967).

Ces accords marquent la fin d’une guerre de décolonisation qui a fait près de 30.000 morts et 250.000 blessés pour la France et, selon les estimations, entre 300.000 (des historiens comme Guy Pervillé) à plus de un million (selon le FLN) de morts du côté Algérien.

Retrouvez les photographies de cette commémoration dans l’album intitulé : « 19 mars 2008 – Commémoration des Accords d’Evian ».

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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