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Publié le 25 Août 2017

Debout sur une jeep, Jules Gaucher s’adresse à ses légionnaires de la « 13 ».

Debout sur une jeep, Jules Gaucher s’adresse à ses légionnaires de la « 13 ».

Biographie.

 

Jules Gaucher nait à Bourges le 13 septembre 1905. I intègre la promotion « Maréchal Gallieni » à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr et sort diplômé en 1929. Nommé sous-lieutenant, il est affecté au 23e régiment de tirailleurs algériens.

 

Deux années plus tard, il sert à la Légion étrangère, tout en restant en Afrique du nord, au sein du 1er régiment étranger, puis au 3e régiment étranger d’infanterie. Il participe à la pacification du Haut-Atlas au Maroc. En 1938, promu capitaine, il est nommé au 1er bataillon du 5e régiment étranger d’infanterie au Tonkin, dans le nord du Vietnam.

 

C’est là qu’il combat les Japonais en 1940, puis les Thaïlandais l’année suivante. A la tête du bataillon, le 9 mars 1945, il est en première ligne au moment du « coup de force » des Japonais. Evitant de peu la capture, et son exécution, il réussit à passer la frontière chinoise le 1er mai 1945 avec le reste de son unité lors de la retraite de la « colonne Alessandri » (du nom de son général). Il prend ensuite la tête du bataillon de marche composé des survivants du régiment et la ramènera en 1946 au Tonkin après avoir parcouru plus de 3.000 kilomètres à pied.

 

Promu chef de bataillon la même année, il rejoint le dépôt commun des régiments étrangers (DCRE) à Sidi-Bel-Abbès en Algérie puis la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE).

 

En 1949, il est désigné pour l’Extrême-Orient afin de prendre le commandement du 3e bataillon de la 13e DBLE. Le 9 avril 1950, il est rapatrié sanitaire. En octobre 1951, il est promu au grade de lieutenant-colonel et une année plus tard il revient en Indochine. De retour à la « 13 », il prend les fonctions de commandant en second, puis celles de chef de corps le 1er septembre 1953. Sous son commandement, ses unités s’illustrent au cours d’opérations dans le delta du Fleuve Rouge et lors de la bataille d’Hoa-Binh.

 

A Dien Bien Phu, en mars 1954, il est désigné commandant du Groupe mobile n°9, qui comprend trois bataillons d’infanterie, une batterie d’artillerie. Le colonel de Castries, qui commande le camp retranché, lui donne l’ordre d’assurer la résistance de cinq centres : les collines Béatrice, Claudine, Dominique, Eliane et Huguette. Le PC du lieutenant-colonel Gaucher se trouve alors assez proche de celui du colonel de Castries.

 

Ce 13 mars 1954.

 

Giacomo Signoroni, ancien de la « 13 » et présent à Dien Bien Phu ce fameux 13 mars 1954, a confié des archives au Souvenir Français d’Issy-Vanves. Parmi celles-ci se trouve une copie du témoignage du légionnaire Mariano Hernandez.

 

« Le camp retranché de Dien Bien Phu subissait vers 17h30 un pilonnage massif, au même moment où la position avancée Béatrice tenue par le 3/3/13e connaissait le même sort, avec un objectif différent. Nous étions obligés de rester dans nos abris du fait de l’intensité de ce pilonnage. De temps en temps, une légère accalmie se faisait sentir dans la cuvette, où nous pouvions sortir de nos tranchées. C’est à ce moment là, que l’on pouvait juger de l’importance du feu qu’essuyait la position Béatrice.

 

Notre colonel Gaucher, avec plusieurs officiers, dirigeait les opérations depuis son PC de l’attaque de Béatrice, qui se trouvait proche de mon emplacement de combat. Il devait être dans les environs de 18h30, lorsqu’eu lieu de nouveau une série d’explosions à proximité du PC et des emplacements du 1/13e DBLE.

 

C’est à ce moment-là, que nous vîmes apparaître quelques gars de chez nous hurlant comme des aliénés, que le PC de notre colonel avait été touché par un obus d’artillerie, et ils criaient qu’il n’y avait aucun survivant. Pendant que l’un d’eux partait à l’antenne Grauwin chercher des médecins et des infirmiers, le sergent Dubois avec quelques hommes de ma section, dont moi-même, se rendit tout de suite sur le lieu du blockhaus qui tenait lieu de PC. Nous avons donné un coup de main à l’équipe de pionniers de notre unité que dirigeait l’adjudant Signoroni. Le spectacle était horrible à voir. Une jeep se trouvait déjà sur les lieux, ils évacuèrent le colonel qui était encore vivant, mais déchiqueté de toute part et dont le visage avait l’aspect cadavérique. Il y avait parmi eux un ou deux officiers morts et plusieurs blessés, dont mon chef de bataillon Brinon. Ils furent transportés sur l’antenne du GM9.

 

Nous apprîmes un peu plus tard le décès de notre colonel. A la suite de cette triste nouvelle, les commandants de compagnie, sous-officiers, légionnaires, savions que sans « Pouss-Pouss » (nous l’appelions familièrement ainsi) les choses ne seraient plus les mêmes. Notre moral fut très fortement atteint, et je vis que mon capitaine Chounet, fut lui-même très fortement éprouvé. Je ne me doutais pas encore que le lendemain une nouvelle épreuve m’attendait, ainsi qu’à plusieurs de mes camarades. Etant donné qu’après mon retour de sonnette, dans les environs de 4h à 6h du matin, je commençais à faire du café des boîtes pacifiques, lorsque je m’aperçus qu’il y avait un peu trop de mouvement dans les alentours. Quand notre sergent de section nous appela pour le rassemblement du matin, et que la compagnie fut au complet, le sergent de semaine présenta la compagnie au capitaine Chounet, commandant la 2/4/13e. Une fois les formalités terminées, le chef de compagnie nous annonça qu’il lui fallait des volontaires pour aller chercher sur Béatrice, les morts et les blessés restés sur place, après le combat et l’anéantissement de la position, qui venait de se terminer quelques heures auparavant. Il pria donc les volontaires de s’avancer d’un pas, afin qu’ils se fassent connaître. Les gars de la 2e compagnie se proposèrent tous, à l’exception de quelques réticents. A ce moment-là, le capitaine appela le sous-officier de section, afin qu’il procéda à un tri parmi les hommes. Nous étions une dizaine de légionnaires de la 2/1/13e.

 

Peu avant l’heure de la mission, le capitaine Chounet nous prévint que notre seul équipement se composerait d’une tenue de combat, casque léger et d’une petite pelle de campagne. Un sous-officier de la compagnie nous amena à la hauteur de l’antenne du commandant Grauwin, là où se trouvaient les véhicules qui devaient nous emmener par la RP 41 sur Béatrice. L’effectif de cette mission se composait d’un officier médecin, du 1/13e DBLE, du Père Trinquant, notre aumônier de la 13e, de deux brancardiers avec l’adjudant Signoroni, chef des pionniers du 1/13e. Nous étions donc au total une quinzaine  et nous appartenions tous au 1/13e. Aucun sous-officier ou légionnaires d’autres unités ne firent partie de cette mission, comme certains voudraient bien laisser croire.

 

En tête de file se trouvait le capitaine-médecin Le Damany, dans un véhicule 4 :4 ou une jeep. Mes camarades et moi étions dans un GMC avec quelques filets et nos pelles. Le père devait se trouver dans une ambulance avec le chauffeur. A 10h du matin, le convoi démarra dans la direction de Béatrice. Lorsque nous fûmes sur les lieux, un officier Viet donna ses instructions au chef de convoi. Une fois que nous étions descendus des véhicules, ceux-ci opérèrent un demi-tour afin de se tenir prêt pour repartir. Au pied des pitons se trouvait une petite chapelle du 3e bataillon apparemment intacte, et de tout côté, on pouvait voir des impacts d’obus, de grenades qui jonchaient le sol, qu’accompagnait un silence de mort. Lorsque nous commençâmes à escalader les pitons par des escaliers de terre, renforcés de planches, on apercevait au loin sur les pitons, des sentinelles viets, l’arme au poing, qui nous faisaient des signes, nous désignant ainsi l’emplacement des morts et des blessés.

 

Le spectacle qui s’offrit à nos yeux était insoutenable. Dans les tranchées pleines de boue, on voyait nos camarades à moitié ensevelis, complètement déchiquetés. Nous nous sommes dispersés en petits groupes, dans les trois pitons, à la recherche des survivants. Il y en avait malheureusement que très peu, car ils étaient au nombre de deux ou trois. Nous les avons déposés dans les camions. A ma connaissance, nous n’avions ramené qu’un seul mort, et j’ai su par la suite qu’il s’agissait du seul sous-officier retrouvé mort, du 3e bataillon. Le reste des hommes qui se trouvait dans les tranchées complètement déchiquetés, et étant donné que le temps nous était compté, puisque l’on avait 1h30 pour cette trêve, nous avons reçu l’ordre de les laisser sur place, car ils étaient intransportables.

 

Au moment où nous regagnâmes nos véhicules, nous aperçûmes une petite colonne de blessés, rescapés de la veille, que les sentinelles viets escortaient afin que nous les emmenions. Vers 11h30, nous reprîmes le chemin du retour et 600 m avant d’arriver à la hauteur de l’antenne, où nous devions les déposer, nous subîmes par l’artillerie viet plusieurs impacts, dont quelques éclats blessèrent un légionnaire mais sans gravité. Ce fait ne fut d’ailleurs jamais rapporté, ni écrit dans aucun livre à ma connaissance. Je ne savais pas que 16 jours plus tard, mon sort serait identique à ce qu’avait connu mes camarades. Puisque le 30 mars 1954, me trouvant sur Eliane 2, nous subîmes le même pilonnage que souffrit Béatrice. Je fus blessé à la tête et aux jambes, et enseveli dans mon poste de combat par l’impact d’un obus d’artillerie. Dégagé par mes camarades, et dans le coma, je fus laissé dans un boyau. Les circonstances et l’acharnement de l’attaque ennemie n’ont pas permis à mes camarades de m’évacuer vers les arrières. Je fus enlevé par les Viets et amené dans les lignes arrières ennemies. Quelque temps je fus interné dans le camp n°42. »

 

 

Sources.

 

  • Archives personnelles de Giacomo Signoroni, commandeur de la Légion d’honneur.
  • Georges Fleury, La Guerre en Indochine, Perrin, 2000.
  • Recherches dans les archives des Bulletins de l’Ecole français d’Extrême-Orient d’archéologie.
  • Extraits du journal Le Figaro du 28 décembre 1993.
  • Encyclopédie en ligne Wikipédia.
  • Encyclopédie en ligne Larousse.
  • Jacques Chancel, La nuit attendra, Flammarion.
  • Archives du journal Paris Match : www.parismatch.com .
  • Site Internet du Souvenir Français d’Asie et de Chine : www.souvenir-francais-asie.com
  • Site Internet des « Soldats de France ».
  • Site Internet « Legio Patria Nostra » (crédit photo).

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 26 Avril 2017

Le monument de Diên Biên Phù.

Madame Pagès, veuve du lieutenant-colonel Henry Pagès, avait, il y a quelques années, confié quelques archives au Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux. Parmi ces papiers, figure un exposé fait en 1995 par Rolf Redel, sur le monument qu’il a érigé à Diên Biên Phù au Vietnam, et dédicacé au LCL.

 

Le sergent-chef Rolf Rodel, s’est engagé dans les rangs de la Légion étrangère le 17 avril 1950 et l’a quittée le 25 avril 1957. Après avoir successivement servi à Sidi-Bel-Abbès puis Mascara, il part en Indochine à la 3e compagnie du 4e bataillon du 2e REI (régiment étranger d’infanterie). De retour sur le continent africain, il rejoint la 15e compagnie du 4e bataillon du 4e REI. Il se porte volontaire pour un second séjour en Indochine. Il vivra Diên Biên Phù comme chef du commando de la 10e compagnie du 3e bataillon du 3e REI.

 

En 1995, devant la Délégation ANAPI (Association Nationale des Anciens Prisonniers Internés Déportés d’Indochine), Rolf Redel exposait les raisons et l’histoire du monument de Diên Biên Phù. Le Souvenir Français tient à rappeler que ce document date de 1995, et que deux années plus tôt, le Mémorial des guerres en Indochine avait été inauguré à Fréjus et que les restes d’une partie importante des soldats enterrés en Indochine avaient été rapatriés à la fin des années 1980. Il est également vrai qu’aucun monument français à Diên Biên Phù n’existait.

 

« Mesdames et chers camarades,

 

Je vais essayer de vous raconter l’essentiel de l’histoire du monument aux Morts que j’ai créé et construit sur le site de Diên Biên Phù. Comme je ne suis pas un bon orateur et pour ne rien oublier, je me permets de vous lire le récit que j’ai préparé.

 

C’est en mars 1992 que je suis retourné en Indochine pour la première fois, pour revoir les lieux des combats que j’ai connu pendant mes deux séjours. J’avais emporté une plaque gravée : « A la mémoire de tous les légionnaires tombés au champ d’Honneur au cours des combats de Diên Biên Phù », que j’ai déposée au Musée militaire de Diên Biên Phù. D’autre part, j’avais découvert une dalle de ciment, entourée d’une petite murette, érigée dans les années 80 par un particulier inconnu « Pour les morts de l’armées française à Diên Biên Phù ». cette dalle, jamais entretenu par personne, était abandonnée au milieu des champs de maïs, cassée, fêlée, sale – bref, pourrie et envahie par lé végétation – et la petite murette était en partie disparue. Quand j’ai vu cette « lamentable chose » je l’ai réparée, restaurée, repeinte et remise à l’état neuf avec les moyens du bord de Diên Biên Phù. Je pense que vous avez peut-être vu mon reportage photographique paru dans Képi blanc, le journal de la Légion étrangère en février 1993, ou les différents articles de presse parus dans Le Progrès de Lyon et dans d’autres journaux et magazines.

 

Après mon retour en France, étant donné que beaucoup de monde était au courant de ces faits, j’avais pensé et surtout espéré que cette histoire ferait bouger quelques personnes concernées, ou inciterait les autorités de Paris à entreprendre une action en faveur de nos disparus. Malheureusement, il n’y eu aucune suite et étant donné que pendant 40 ans aucun gouvernement, aucun ministère concerné, ni personne ne s’est intéressé à faire, sur place, quelque chose de valable pour honorer nos morts, et comme aucun corps n’a jamais été rapatrié de Diên Biên Phù en France, j’ai décidé de créer et de construire moi-même et tout seul, à l’occasion du 40e anniversaire de la fin de la bataille de Diên Biên Phù et de la guerre d’Indochine, un véritable monument aux morts, digne de ce nom, sur l’ancien champ de bataille même de Diên Biên Phù.

 

Je tiens à préciser que, contrairement à ce qui a été dit ou écrit dans différents articles, mon monument est dédié à tous ceux qui sont tombés au champ d’Honneur, « Morts pour la France », c’est-à-dire de l’Armée française, y compris les tirailleurs, paras, commandos et supplétifs vietnamiens, les montagnards et les civils vietnamiens ou d’autres ethnies fidèles à la France, pendant toute la guerre d’Indochine, et non pas seulement pour les légionnaires morts à Diên Biên Phù. En ce qui concerne les Vietnamiens que je viens de citer, il est impossible de préciser ces détails sur le monument, car la plupart des ces Vietnamiens qui ont combattu avec l’Armée française et qui, à la fin, ont été lâchement abandonnés par la France, ont été massacrés ou ont fini dans des « camps de rééducation » qui sont semblables aux goulags communistes en Sibérie dans l’ancienne Union soviétique.

 

J’avais gardé mon secret car je craignais un « court-circuitage » ou un sabotage éventuel de mon projet. Seuls, les généraux Coullon, président de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, Fouques, Duparc et Colcomb, commandant la Légion étrangère à Aubagne, le colonel Bonfils, vice-président national et président de l’ANAPI Rhône-Alpes, et quelques amis étaient au courant de mon projet et m’avaient fait connaître leur approbation. Le général Coullon m’avait remis la somme de trois mille francs avec la mission de représenter tous les anciens légionnaires et de faire de mon mieux pour honorer tous nos morts.

 

Alors, au début de l’année, j’ai commencé les préparatifs, chez moi, à Lyon : j’ai dessiné les plans du monument ; j’ai choisi les textes définitifs et j’ai fait les maquettes des quatre plaques à fixer sur le monument ; j’ai fait traduire les textes également en vietnamien et j’ai commandé la gravure et sa fabrication ; j’ai acheté 25 kilos de peinture spécial béton et les outils nécessaires, car il n’y a rien de tout cela au Vietnam et encore moins à Diên Biên Phù, et j’ai envoyé le tout, sauf les plaques, soit 36 kilos de fret par Air France de Lyon à Saigon.

 

En arrivant à Saigon le 2 avril, premiers problèmes avec la douane vietnamienne, mais avec beaucoup de palabres, beaucoup de ténacité, beaucoup de patience surtout, et parfois l’aide d’un bakchich, il est possible d’obtenir ce que l’on veut. Ensuite, voyage en train de Saigon à Hanoi – 1.700 kilomètres avec mes quatre-vingt kilos de bagages et avec des étapes à Nha-Trang, Tourane (Da Nang) et à Hué. En arrivant à Hanoi, j’ai pris les premiers contacts pour obtenir l’autorisation de pouvoir construire le monument, mais sans résultat, sauf l’accord et l’appui du directeur général des Musées militaires du Vietnam, un vieux colonel en activité, ancien du Vietminh à Diên Biên Phù, qui m’avait déjà aidé pour le dépôt de ma plaque en 1992.

 

Toujours à Hanoi et en prévision de mes plans, j’ai acheté deux cents fleurs en plastique, car à Diên Biên Phù il n’y a pratiquement pas de fleurs, une grosse chaîne en fer forgé pour l’entrée de l’enceinte du monument et des tissus bleu, blanc, rouge et vert et rouge, pour pouvoir confectionner des rubans, bien inexistants au Vietnam, destinés pour la cérémonie d’inauguration.

 

Ensuite, voyage Hanoi – Diên Biên Phù, j’ai loué un 4x4 chinois de l’armée – 470 kilomètres sur l’ancienne RC 41 – aujourd’hui une piste en mauvais état, voyage de deux jours avec étape à Son La. 24 avril, arrivée à Diên Biên Phù, les Viets se préparaient les festivités, défilé, etc.… du 40e anniversaire de leur victoire. J’ai reçu une invitation pour assister, le 7 mai, sur la tribune officielle des personnalités, à leur grand meeting en présence du général Giap et d’autres « grands chefs », mais bien sûr, j’ai refusé cette invitation.

 

J’ai contacté les autorités du district de Diên Biên Phù, le président de la province de lai Chau, etc… pour obtenir l’autorisation de pouvoir construire le monument, et de plus, la prolongation de mon visa de séjour. Ils n’étaient « pas très chauds » au début, et j’ai rencontré beaucoup, beaucoup de problèmes et de difficultés – n’oublions que là-bas c’est toujours un régime communiste, noyé dans la bureaucratie et infesté par la corruption, qui n’a pas du tout changé de nos jours. Malgré tout, j’ai réussi à les convaincre et à les persuader du bien-fondé et de la nécessité de pouvoir réaliser mon projet, en mettant l’accent sur l’importance que représente pour nous, les anciens combattants, ainsi que pour le peuple français, de pouvoir perpétuer le souvenir et la mémoire des nombreux morts de l’Armée française pendant la guerre d’Indochine, et ils ont enfin admis et reconnu que la création et la réalisation de ce monument était une affaire noble et urgente après quarante ans d’oubli et de désintérêt.

 

Il fallait l’accord, la permission et l’autorisation : du gouvernement, du Premier ministre, du ministre de l’Armée, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Culture, de la Sécurité nationale, de la Police, du Musée militaire de Diên Biên Phù, de la direction des Musées militaires du Vietnam, du président du district de Diên Biên Phù, du président du Comité populaire de la province de Lai Chau. Et à la fin, après un mois d’attente, quand j’ai eu l’accord de tous, reçu par l’intermédiaire du président de Lai Chau, il a exigé l’accord de l’ambassade de France à Hanoi. Alors, voyage par avion vers Hanoi pour rencontrer l’ambassadeur de France qui m’a fait savoir qu’il avait demandé l’accord des ministères concernés à Paris – et pour moi, une nouvelle attente.

 

Pendant tout ce temps, je suis allé deux fois à Lai Chau, au total 640 kilomètres de mauvaise piste en moto, et j’ai fait deux voyages par avion Diên Biên Phù – Hanoi – Diên Biên Phù pour régler toutes les formalités. En attendant les réponses et la suite, j’ai profité de mon temps libre pour confectionner une couronne de fleurs mortuaires, les gerbes et les bouquets prévus pour l’inauguration et ayant découvert une fille qui possédait une machine à coudre, j’ai fait fabriquer les rubans bleu, blanc, rouge, et vert et rouge destinés aux fleurs et pour la cérémonie. Toutes ces préparations, sans connaître le résultat de mes démarches, mais en espérant que la suite serait favorable à mon égard.

 

Enfin, le 14 mai, j’avais le feu vert de tous, mais avec des restrictions concernant la taille du monument – j’avais prévu la hauteur de l’obélisque à 6,50 mètres et ils ne m’ont accordé que 3,50 mètres au total. L’ambassadeur a fait savoir au président de Lai Chau qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que je réalise le projet moi-même. J’ignore s’il a reçu une réponse de Paris ou non. J’étais très content et le lendemain, j’ai acheté un morceau de terrain, un champ de maïs, pour pouvoir agrandir la surface de l’enceinte du monument, et j’ai débuté les travaux en commençant par casser la stèle, cet « affreux pavé de ciment » ainsi que les restes de la murette qui l’entourait, en récupérant, bien sûr, les deux plaques de souvenir qui y étaient fixées, pour les sceller par la suite sur le futur monument. Ensuite, j’ai eu d’autres problèmes pour avoir les matériaux nécessaires à la construction, et à cause de la pluie car c’était le début de la mousson.

 

Le 26 juin, après six semaines de travaux, a eu lieu l’inauguration officielle du monument par moi, j’étais le seul Français et le seul Européen, en présence, sur invitation, des autorités de Diên Biên Phù et de Lai Chau, d’anciens combattants du Vietminh et du Viêt-Cong dont le président et le vice-président de leur « Association des anciens combattants du Vietminh de Diên Biên Phù », de chefs thaïs et méos, de beaucoup d’habitants de Diên Biên Phù et de Hmong des alentours. L’ambassadeur de France, prévenu et invité par moi pour présider la cérémonie n’a pas pu se déplacer.

 

J’avais préparé le programme de la cérémonie d’inauguration qui a commencé par l’explosion d’une centaine de pétards, une coutume vietnamienne, qui chasse les mauvais esprits et qui porte bonheur par la suite. J’ai prononcé mon discours d’inauguration ; traduction en vietnamien ; discours du président de la province de Lai Chau ; une minute de silence : tous les vietnamiens décoiffés et au garde à vous avec moi. Ensuite, Le Boudin, le chant traditionnel de la Légion, tout le monde toujours au garde à vous, transmis à pleine puissance par une radio-transistor à cassettes que j’avais emprunté, en expliquant ensuite aux Viets qu’il s’agissait d’une musique spécialement destinée aux morts, et étant donné qu’ils ne connaissaient pas Le Boudin, ils étaient bien obligés de croire à mes explications. Coupure du ruban bleu-blanc-rouge par le président de Lai Chau et moi-même ; dépôt de fleurs que j’avais préparé auparavant ; une couronne à titre personnel pour tous mes camarades légionnaires ; une gerbe de roses rouges au nom de la Légion étrangère pour tous ses morts ; une gerbe de l’ANAPI pour tous ses morts dans les camps de prisonniers ; et une de tous les anciens combattants de la France. Le tout avec des rubans bleu-blanc-rouge ou vert et rouge. Beaucoup de Vietnamiens dont les anciens combattants du Vietminh ont déposés des bouquets de fleurs et ont brûlé des bâtons d’encens à la mémoire de nos morts.

 

Ensuite, j’ai offert un pot à tous les invités sur des tables louées et préparées à l’avance, et nous sommes allés au cimetière du Vietminh pour déposer également des fleurs. Pour clore cette journée mémorable, nous avons pris un repas en commun, offert par les autorités de Diên Biên Phù. Beaucoup de Vietnamiens n’ont pas compris et m’ont posé la question : « Pour quelle raison c’était moi, un simple sous-officier de la Légion étrangère, et non le gouvernement de la France, qui avait entrepris la réalisation de ce monument aux Morts ? ». Une question logique, fondée et raisonnable, mais à laquelle je me suis abstenu de répondre.

 

Comme par hasard, trois jours après l’inauguration, le 29 juin, le général Bigeard, en visite au Vietnam et de passage à Diên Biên Phù, accompagné de son éditeur et d’un caméraman d’Antenne 2, d’un journaliste d’Europe 1, de photographes et de journalistes, croyant trouver la vieille plaque de béton, a eu la surprise de découvrir le monument, et de ce fait, a été le premier Français « ancien de Diên Biên Phù » à se recueillir. L’émotion était grande, il m’a embrassé et remercié, et nous n’avons pas pu retenir nos larmes.

 

J’ai établi et rédigé un contrat d’entretien du monument entre la direction du Musée militaire de Diên Biên Phù et moi-même, moyennant une indemnité pécuniaire mensuelle. Par la suite, après avoir séjourné deux mois et demi à Diên Biên Phù, je suis retourné à Hanoi, toujours par la route, accompagné de 130 kilos de reliques de l’Armée française que j’avais déterrés ou trouvés sur place, comme par exemple : un FM 24/29 ; une carcasse de MAT-49 ; des chargeurs ; des douilles de 105 et de 155 mm ; des éclats ; des cartouches ; des grenades ; des morceaux de barbelés ; des obus de mortier de 60 mm ; des gamelles ; des sacs à parachute ; des morceaux de parachutes ; des tenues du Vietminh ; des fusils thaïs, du Vietminh et de fabrication locale ; des arbalètes méos ; un fanion français…

 

Le tout destiné au musée de la Légion à Aubagne, au musée militaire de Lyon et pour mon musée personnel. Trois semaines de démarche à Hanoi avec encore beaucoup de problèmes, car pour le Vietnam c’est toujours du matériel militaire, pour pouvoir exporter et expédier l’ensemble par voie aérienne à Lyon. J’ai ramené trois mille photos et dix-huit heures d’enregistrement vidéo. Il y a quatre mois, le général Bigeard a sorti un album Ma Guerre d’Indochine, dans lequel figure une belle photo du monument et il n’a pas oublié de dire du bien de la Légion.

 

Pour terminer, je peux vous dire qu’aujourd’hui, il existe à Diên Biên Phù, sur l’ancien champ de bataille, un véritable monument aux Morts, le premier et le seul au Vietnam et dans toute l’ancienne Indochine, et je suis heureux d’avoir atteint, seul et sans aucune aide de personne, l’objectif que je m’étais fixé :

 

  • D’une part, d’honorer tous nos camarades qui reposent encore pour l’éternité dans cette terre lointaine de Diên Biên Phù, quelque part, ailleurs, dans la brousse ou sous les rizières.
  • D’autre part, d’avoir créé un lieu qui permet aux anciens combattants, aux familles de disparus et aux sympathisants de se recueillir à la mémoire de tous ceux qui sont tombés au champ d’Honneur pour la France, et de leur rendre l’hommage qui leur est dû.

 

Ce monument permettra, espérons-le, aux jeunes et aux générations futures de ne pas oublier les sacrifices de tous ces soldats français qui ont laissé leur vie, là-bas, pour la France ».

 

 

 

Sources :

 

  • Archives du LCL Henry Pagès, qui fut officier en Indochine et prisonnier lors du désastre de la RC4 en 1950.
  • Site de l’ANAPI : www.anapi.asso.fr
  • Site : www.legionetrangere.fr
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 9 Août 2016

Les écrivains d'Indochine - 3 - Les militaires.

3 – Les militaires.

 

Francis Garnier.

Né à Saint-Etienne en 1839, Francis Garnier meurt à Hanoi en 1873, lors d’une attaque des Pavillons noirs. On retrouve son corps avec la tête tranchée, émasculé et le cœur arraché…

 

Officier de marine, il devient célèbre pour avoir passé l’essentiel de sa vie à explorer le Mékong. Sa carrière d’officier et sa fin héroïque en ont fait une figure de premier plan de l’histoire de la Marine française. Sa participation à la mission d'exploration du Mékong, sous le commandement du capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée, accompagné, notamment, de l'anthropologue Lucien Joubert, médecin de la Marine de 2e classe, du botaniste Clovis Thorel, médecin de la Marine de 3e classe du photographe Emile Gsell, du dessinateur Louis Delaporte, enseigne de vaisseau et de Louis de Carné (fils) du Ministère des Affaires étrangères, le rend illustre. L'expédition part de Saigon en juin 1866, sous le haut patronage du vice-amiral Pierre-Paul de La Grandière et entreprend de remonter le Mékong. Commandant en second, Garnier est chargé notamment des travaux d'hydrographie, de météorologie ainsi que du tracé de la carte du voyage. À la mort de Doudart de Lagrée, dans le Yunnan, il prend la direction de la mission, gagne la vallée du Yang Tsé Kiang qu'il descend jusqu'à Shanghai. Il rallie Saigon deux années après en être parti, en juin 1868. Il rejoint aussitôt la France où il est affecté au Dépôt des cartes et plans de la Marine. Il y achève la rédaction de son rapport de mission. En 1871, il partage avec David Livingstone la Médaille d'Honneur de la Société de géographie dont il était membre depuis son retour.

 

Pierre Loti.

Né en 1850 à Rochefort, Pierre Loti s’engage et devient officier de marine. Ecrivain ou militaire ? Impossible de séparer l’un de l’autre. Il effectue trois séjours dans les eaux asiatiques. Du premier était né l’Affaire de 1883 dont sera extrait plus tard Un vieux missionnaire d’Annam (paru séparément dans les Annales du 14 novembre 1897). Loti repassera en Indochine, sur la route de la Chine et du Japon, en 1885 et en 1900-1902, son dernier retour lui valant une excursion à Angkor en novembre 1901.

 

Une grande partie de son œuvre est d’inspiration autobiographique. Il s’est nourri de ses voyages pour écrire ses romans, par exemple à Tahiti, pour le Mariage de Loti (1882), au Sénégal pour le Roman d’un spahi (1881) ou au Japon pour Madame Chrysanthème (1887). Il a gardé toute sa vie une attirance très forte pour la Turquie, où le fascinait la place de la sensualité : il l’illustre notamment dans Aziyadé (1879) et sa suite Fantôme d’Orient (1892).

 

Membre de l’Académie française, il est enterré sur l’ile d’Oléron (1923) à Saint-Pierre d’Oléron dans le jardin de la maison de son enfance après des funérailles nationales. Sa maison à Rochefort est devenue un musée.

 

Pierre Sergent.

Le capitaine Pierre Sergent (1926 1992) fut un soldat français et un chef de l'Organisation armée secrète (OAS).

 

Il commence sa carrière militaire dans le maquis à l'âge de 17 ans, puis suit une carrière d'officier dans la Légion étrangère après un passage à Saint-Cyr-Coëtquidan. A sa sortie de l'ESM en 1949, il est affecté au 1er régiment étranger, à Saïda (Algérie). Lieutenant, il combat au 1er bataillon étranger de parachutistes durant la guerre d'Indochine (1951-1953), où il est grièvement blessé, puis comme capitaine pendant la guerre d'Algérie au sein du 1er régiment étranger de parachutistes (1958-1961), après avoir été affecté au 1er régiment étranger d’infanterie en 1956.

 

Après l'échec du putsch d'Alger en avril 1961, il passe à l'OAS dont il devint le chef pour la métropole (OAS-métro). Pendant sept ans, il échappe aux recherches policières tandis qu'il est condamné à mort par contumace deux fois. Il est finalement amnistié après les évènements de mai 1968. Proche des milieux solidaristes, en particulier du Mouvement jeune révolution et de Jean-Pierre Stirbois, il est élu en 1986 député des Pyrénées-Orientales sous l'étiquette du Front national, après un passage au Centre national des indépendants et paysans.

 

Pierre Sergent est l'auteur de nombreux livres sur la Légion étrangère et sur la guerre d'Algérie : Ma peau au bout de mes idées, La table ronde, 1967 ; La bataille, La table ronde, 1968 ; Je ne regrette rien, Fayard, 1972 ; Le malentendu algérien, Fayard, 1974 ; Lettre aux officiers, Fayard, 1975 ; Les maréchaux de la Légion : l'odyssée du 5e étranger, Fayard, 1977 ; La Légion saute sur Kolwezi, Presses de la cité, 1978 ; Camerone, Fayard, 1980.

 

Erwan Bergot.

Né à Bordeaux en 1930, de parents bretons, Erwan Bergot fait de brillantes études chez les Jésuites avant d'obtenir une licence en faculté de lettres.

 

Son tempérament d'homme d'action le pousse cependant vers le monde militaire et en 1951, après son service militaire, il part pour l'Indochine. Il a le coup de foudre pour ce lieu.

 

Aux côtés de soldats annamites qu'il trouve courageux et fraternels, il vit une année entière dans une plantation analogue à celle décrite dans le Courrier de Saigon. Puis, les hasards des affectations l'envoient dans le Nord. Le Tonkin rude et froid, le Laos indolent et paisibles servent de cadre aux grandes opérations auxquelles il participe, de 1952 à 1954, en compagnie, toujours, de parachutistes indochinois. Avec eux et une poignée de légionnaires, il partage le sort des combattants de Diên Biên Phù à quoi, bientôt, vient s'ajouter la terrible épreuve des camps de «rééducation» du Viêt-Minh.

 

En 1955, il est rappelé pour servir en Algérie. Activé en 1957, il servira d'abord au 47e bataillon d'infanterie, puis après un bref passage d'un an en France au deuxième bataillon étranger de parachutiste. Il est grièvement blessé à l'œil droit lors d'un accrochage dans le Constantinois en 1961. Il quitte définitivement le combat armé pour se tourner vers l'écriture et le journalisme.

 

En 1962, il devient le premier rédacteur en chef du magazine de l'armée de Terre, et écrit son premier roman en 1964 " Deuxième classe à Dien-Bien-Phù "qui remporte un succès immédiat.

 

Erwan Bergot quitte l'armée en 1965 pour se consacrer à l'écriture. Il écrira une cinquantaine d'ouvrages consacrés à ses frères d'armes. Ecrivain récompensé par de nombreux prix littéraires dont le prix de l'Académie Française et le prix Claude Farrère, commandeur de la légion d'honneur à titre militaire honoré par dix titres de guerre (trois blessures et sept citations) Erwan Bergot aura excellé comme soldat et comme romancier.

 

Erwan Bergot meurt en 1993. Parmi ses ouvrages les plus célèbres, on peut citer : Sud Lointain ; Les 170 jours de Diên Biên Phù ; 2e classe à Diên Biên Phù ; Bataillon Bigeard ; Sentiers de guerre ; Bigeard ; L’héritage…

 

Jean Pouget.

Né en 1920 et mort en septembre 2007, Jean Pouget entre à l’Ecole de Saint-Cyr dont il sort pendant l’Occupation. Il rejoint le maquis du lieutenant Morel (colonel Tom) en Haute-Savoie en décembre 1942 puis celui de Corrèze en 1944. Entré dans la 1ère armée française, il franchit le Rhin à la tête d’un peloton blindé de reconnaissance et est grièvement blessé quelques jours avant l’armistice. Il est envoyé en Indochine en tant qu’aide de cap du général Henri Navarre. A sa demande, il est parachuté à Diên Biên Phù alors que la bataille parait déjà perdue. Il y est fait prisonnier et racontera ses souvenirs de captivité dans Le Manifeste du Camp n°1. Après la guerre d’Indochine, il est envoyé en Algérie où il prend le commandement du 228e bataillon d’infanterie, « …ce bataillon qui ne valait rien… » pour en faire au bout de quelques mois une unité d’élite, ainsi que du 584e bataillon du train à Bordj-El-Agha. Il participe au mouvement du 13 mai 1958.

 

A l’issue de sa courte carrière militaire, il devient grand reporter au Figaro et écrivain. Il fut le modèle et l’inspirateur de Jean Lartéguy pour son ouvrage Les Centurions. Nous lui devons Le Manifeste du Camp n°1, l’Histoire des prisonniers français internés dans les camps du Viet Minh, Nous étions à Diên Biên Phù et Bataillon RAS, la fameuse histoire des bons à rien transformés en soldats…

 

Général Marcel Bigeard.

Impossible de résumer en quelques lignes le général Marcel Bigeard. Depuis le soldat engagé en 1939 jusqu’au général d’armée, en passant par l’écrivain… Marcel Bigeard est né en 1916 et mort le 18 juin 2010, jour anniversaire de l’Appel du général de Gaulle. Soldat de 2e classe, il s’illustre dans la Résistance au cours de la 2e Guerre mondiale. Il part ensuite pour l’Indochine où, à la tête du 6e BPC il participe et remporte de nombreuses batailles. Il échoue néanmoins à Dien Bien Phu et fait partie des 3.000 survivants sur 10.000 militaires prisonniers du Vietminh. En Algérie, il remporte la bataille d’Alger et fait des miracles avec des bataillons de rappelés qu’il transforme en soldats d’élite. Il est ensuite nommé en république centrafricaine et à Madagascar puis à l’état-major de l’armée de terre. Il quitte le service armé en 1975 et devient secrétaire d’Etat attaché au ministre de la Défense, Yvon Bourges. En 1978, il se fait élire député de Meurthe-et-Moselle. A partir de 1975, il écrit de nombreux ouvrages relatant ses souvenirs et ses mémoires de guerre, de même que des livres politiques sur son engagement et ses convictions. Grand’Croix de la Légion d’honneur, entre autres, il aura été l’un des militaires français les plus décorés. Sa sépulture se trouve au mémorial des guerres d’Indochine, à Fréjus.

 

Pierre Schoendoerffer.

Né en 1928 et mort en 2012, Pierre Schœndœrffer est un scénariste, réalisateur et romancier français. Lauréat de l'Académie française, primé par un Oscar et un César, il est membre de l'Institut (Académie des beaux-arts). Après quelques mois sur un chalutier à voile, Pierre Schoendoerffer s'engage dans le Service Cinématographique des Armées en 1952, en tant que caméraman. Fait prisonnier à Diên Biên Phu, il devient reporter-photographe de guerre après sa libération, et travaille pour plusieurs magazines américains. Marqué par ses expériences de combats, il se lance dans le cinéma de guerre et réalise 'La Passe du diable' en Afghanistan, puis 'Than le pêcheur' au Vietnam. Dès lors, Pierre Schoendoerffer partage sa vie entre les reportages et le cinéma. Il réalise deux adaptations des romans de Pierre Loti : 'Ramuntcho' et 'Pêcheurs d'Islande'. En 1963, il tourne 'La 317e section' - adaptation de son propre ouvrage sur le conflit vietnamien - puis 'Objectif 500 millions' et le documentaire 'La Section Anderson' en 1965, sur la guerre d'Indochine, qui remporte l'Oscar dans sa catégorie. En 1977, Pierre Schoendoerffer adapte 'Le Crabe tambour' - un autre de ses romans - interprété par Jean Rochefort et Jacques Dufilho. Les deux acteurs remporteront respectivement le César du meilleur acteur et du meilleur second rôle masculin. En 1982, le réalisateur tourne 'L' Honneur d'un capitaine'. Pierre Schoendoerffer s'accorde ensuite une pause d'une dizaine d'années, et revient avec une autobiographie, 'Dien Bien Phu', basée sur son expérience au Vietnam. En 2004, il adapte à nouveau un de ses romans, 'Là-haut', et choisit Jacques Dufilho pour interpréter son propre rôle.

 

Enfin, il est indispensable d’évoquer tous les militaires marqués à jamais par leur passage en Indochine, qui ont écrit et décrit ce qu’ils y ont vécu : Louis Stein, capitaine Dominique Bonelli, colonel Pierre Charton, commandant Jean Cornuault…

 

 

 

Sources :

  • Georges Fleury, La Guerre en Indochine, Perrin, 2000.
  • Recherches dans les archives des Bulletins de l’Ecole français d’Extrême-Orient d’archéologie.
  • Recherches biographiques André Malraux.
  • Recherches sur l’histoire de la presse française en Indochine.
  • Extraits du journal Le Figaro du 28 décembre 1993.
  • Encyclopédie en ligne Wikipédia.
  • Encyclopédie en ligne Larousse.
  • Site Internet : « papiers-de-chine.over-blog.com »
  • Jacques Chancel, La nuit attendra, Flammarion.
  • Articles de l’écrivain Pierre Loti, in Le Figaro.
  • Louis Malleret, l’Exotisme indochinois dans la littérature française depuis 1860, Larose, 1934.
  • Eugène Pujarniscle, De la littérature coloniale, Firmin-Didot, 1931.
  • Victor Segalen, Essai sur l’exotisme, Le Livre de Poche, 1986.
  • Site Internet sur la littérature : www.babelio.com
  • Archives du journal Paris Match : www.parismatch.com .
  • Site Internet du Souvenir Français d’Asie et de Chine : www.souvenir-francais-asie.com
  • Site Internet de l’Académie française.
  • Site Internet du journal Le Monde.
  • Site Internet « Les Lettres du Mékong ».

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 9 Août 2016

Le journaliste Lucien Bodard et le général de Lattre de Tassigny.

Le journaliste Lucien Bodard et le général de Lattre de Tassigny.

2 – Les journalistes.

 

Albert Londres.

Albert Londres : né en 1884 à Vichy et mort en mai 1932 dans l’océan Indien dans l’incendie du bateau Georges Philippar. Journaliste, écrivain, il dit à l’occasion d’une conférence : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

Correspondant de guerre pendant la Première Guerre mondiale, Albert Londres voyage par la suite dans de nombreuses contrées. En 1922, il se rend en Asie et raconte, dans le journal illustré Excelsior, ce qu’il voit en Chine et au Japon, ainsi qu’en Indochine.

 

Henry Chavigny de la Chevrotière.

Né le 11 septembre 1883 à Saigon, il meurt assassiné par le Vietminh 12 janvier 1951. Journaliste puis rédacteur en chef à L’Impartial, alors journal le plus lu en Cochinchine, il défend une conception coloniale « éclairée » de la présence française en Indochine. Il s’oppose violemment à André Malraux, en 1923, alors que ce dernier organise un pillage des temples d’Angkor. Anticommuniste, alors que Malraux leur est favorable, Henry Chavigny quitte L’Impartial et fonde La Dépêche, qui sera là encore un très grand succès auprès des Français d’Indochine. Il meurt assassiné et reçoit à titre posthume la Légion d’honneur et la Croix des Théâtres des Opérations Extérieures.

 

André Malraux.

Difficile de cataloguer André Malraux, né en 1901 à Paris et mort à Créteil en 1976 : journaliste, écrivain, Résistant, homme politique, communiste, gaulliste, ministre de la Culture, concepteur des Maisons de la Culture… Concernant l’Indochine, les aventures d’André Malraux commencent en 1923 quand il décide, avec son épouse Clara, de rapporter en France des morceaux de temples volés à Angkor. Pris, condamné pour cela, il effectue une année de prison au Cambodge. En 1925, de retour en Indochine, il fonde le journal L’Indochine, qui dénonce la politique colonialiste de la France. En dépit d’un succès réel, le journal ne dure pas longtemps. André Malraux quitte de nouveau l’Asie… pour y revenir dans les années 1930 où il visite, entre autres, le Japon. Il a publié de nombreux ouvrages dont l’ouvrage Les Conquérants, qui raconte l’engagement communiste chinois.

 

Paul Bonnecarrère.

Né en 1925 et mort en 1977, Paul Bonnecarrère est un écrivain et journaliste français. Engagé volontaire au 1er régiment de chasseurs parachutistes en 1944. Après guerre, il devient correspondant de guerre en Indochine, à Suez et en Algérie. Au cours de ces campagnes, il vit au sein des troupes de choc et lie de solides amitiés qui l’amèneront à écrire deux ouvrages sur la Légion étrangère : Par le sang versé, Fayard, 1969 et La guerre cruelle, Fayard 1972. Le premier recevra le prix Eve Delacroix en 1969 et fera de lui l’un des grands de la littérature militaire.

 

René Vital.

Né en 1924 et mort en 1993. A sa mort, son journal Paris Match publiait ceci : « Originaire de Pau, René Vital aurait souhaité devenir acteur, mais il s’est retrouvé régisseur au théâtre des Mathurins à Paris. Il était l’mai de l’acteur Michel Auclair, qui l’a introduit à Match en 1952. La technique n’était pas son fort, mais son charme et son humour étaient ravageurs. Cet acteur-né ne pensait qu’à faire rire son entourage. S’il n’a pas exercé le métier de comédien sur les planches, il l’a bien exercé dans la vie. Tout reportage qu’il rapportait était à ses yeux, obligatoirement exceptionnel. Il aimait par-dessus tout la boxe et le rugby. Envoyé en Indochine, il a assisté à la libération des combattants de Diên Biên Phù. Il était également présent à la fusillade de la rue d’Isly à Alger. Mais le reportage qui l’a le plus meurtri est la catastrophe du barrage de Fréjus, en décembre 1959. Il ne pouvait supporter la douleur des parents qui nettoyaient le visage de leurs enfants. Il a quitté Match l’année suivante ».

 

Lucien Bodard.

Né en janvier 1914 à Chongqing dans le Sichuan (Chine), il meurt en mars 1998 à Paris. Fils de diplomate, diplômé en Sciences politiques, Lucien Bodard commence sa carrière de journaliste en 1944 au sein du gouvernement provisoire pour lequel il travaille (section presse – informations). En 1948, il devient grand reporter pour France-Soir et est envoyé en Indochine en tant que correspondant de guerre. De cette histoire, il va sortir une œuvre monumentale, et qui reste une référence, La Guerre d’Indochine, publiée en cinq volumes publiés de 1963 à 1967. Ses livres décrivent aussi les événements politiques et historiques relatifs à la Chine : La Chine et la Douceur (1957) ; La Chine du cauchemar (1961) ; Mao (1970) ; les Grandes Murailles (1987) ; le Chien de Mao (1998).

 

Max Clos.

Grand reporter au Figaro pendant la guerre d’Indochine, Max Clos est né en 1925 et mort en 2002. Grand reporter au Figaro au début de la guerre d’Indochine, il passe ensuite à l’Associated Press puis au journal Le Monde. Il est expulsé du Vietnam sud en 1955, par le gouvernement de Ngo Dinh Diem.

 

Jean Lartéguy.

De son vrai nom Jean-Pierre Lucien Osty, né en septembre 1920 et mort en février 2011 à l’Hôtel de Invalides. Volontaire en octobre 1939, il s’évade de France en mars 1942 en passant par l’Espagne. Formé à l’école militaire de Cherchell, en Algérie, il rejoint l’armée française de la Libération, comme officier dans les commandos d’Afrique. Il sert sept ans comme officier d’active avant de rejoindre la réserve. Blessé en Corée, plusieurs fois décoré (Légion d’honneur, Croix de Guerre 29-45, Croix TOE), Jean Lartéguy a été témoin comme correspondant de guerre – Paris Match – de nombreux événements du 20e siècle : révolution d’Azerbaïdjan, guerre de Palestine, guerre de Corée, Indochine, Algérie, guerre du Viet Nam. Il reçoit le prix Albert Londres en 1955. L’un des ses ouvrages le plus connu est certainement Les Centurions, paru en 1960 aux éditions Presse de la Cité.

 

Brigitte Friang.

Née en janvier 1924 et décédée en mars 2011 à Apt.

A l’âge de 19 ans, elle entre dans un réseau militaire d’action lié au BCRA de Londres, chargé d’organiser des parachutages dans la région Ouest. En 1994, elle participe à la tentative d’évasion du résistant Pierre Brossolette, mais capturée, et après avoir été torturée, elle est déportée à Ravensbrück. A son retour de déportation, elle participe à partir de 1946 à la création du RPF pour ramener Charles de Gaulle au pouvoir. En 1951, elle devient correspondante de guerre et part pour l’Indochine. Elle y accompagne les commandos de parachutistes en opération (elle obtient son brevet de saut militaire), et se rend notamment dans le camp retranché de Diên Biên Phù, mais ne peut y rester en raison de son identité de femme. Elle raconte son expérience dans les Fleurs du Ciel (1955). Par la suite, elle couvre l’expédition de Suez et la guerre du Viet Nam. Elle travaille alors pour la télévision française (ORTF) dont elle est licenciée l’été 1968 pour avoir pris position en faveur d’une autonomie du journalisme dans le service public.

 

Jacques Chancel.

Né en juillet 1928 et mort en décembre 2014 à Paris, Jacques Chancel a connu mille vies, mille épreuves. Formé à l’Ecole des transmissions de Montargis, il est envoyé en Indochine où il est affecté comme correspondant à la radio de Saigon. A la demande des autorités militaires, il change son vrai nom Crampes en Chancel. Neveu d’un inspecteur général des Forêts en Indochine, ce dernier le confie à William Bazé, président de l’Association des orphelins eurasiens, qui possède des singes domestiques et des éléphants et fréquente l’empereur Bao Daï. Jacques Chancel devient, à 19 ans, correspondant de guerre pour Radio France Asie. A Saigon, à l’Hôtel Continental, il rencontre Lucien Bodard, Max Clos, Jean Lartéguy, fréquente les fumeries d’opium et Pierre Schoendoerffer. Il parcourt également les pays d’Asie pour le compte de Paris Match. En 1952, alors qu’il se trouve avec des officiers dans une jeep, celle-ci saute sur une mine. Il tombe dans le coma et perd la vue pendant sept mois. Il écrit dans La Nuit attendra : « J’ai toujours été handicapé par cette mémoire, j’avais comme une honte et je ne pouvais pas en parler, c’est pour cela que j’ai attendu si longtemps pour le faire ».

Par la suite, il animera une émission de radio sur France Inter, Radioscopie, et Le Grand Echiquier sur la télévision publique ; émissions ancrées dans la mémoire collective des Français.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 8 Août 2016

Les écrivains d'Indochine - 1 - Les romanciers.

Alain Quella-Villéger, dans Indochine, un rêve d’Asie, publié par Omnibus en 2010, a recueilli de nombreux textes écrits par des écrivains français établis ou ayant séjourné en Indochine. Dans sa préface, il a écrit ceci : « L’Indochine est un mythe. Au-delà des nostalgies coloniales de certains et des images pour cartes postales façon sampans et baie d’Along des autres, l’Indochine tient une place particulière dans les rêves d’Asie des Occidentaux, français en l’occurrence – une place tardivement prise, à la différence de l’Orient arabe, de la Chine, voire du Japon – mais la place d’une perle, au premier rang de l’Empire. Or, une abondante littérature de fiction accompagna cette histoire franco-indochinoise, à la fois miroir, porte-voix et envers du décor. L’histoire de cette mise en valeur de ce « nouveau monde » asiatique entraîna dans son sillage une riche escorte littéraire, une mythologie même, toute épopée ayant ses héros et ses héros de papier ».

 

Il ne convient pas dans ces articles de rapporter in-extenso les auteurs français ayant « fait » la littérature indochinoise. Il s’agit d’en présenter quelques-uns, parmi les plus connus. Œuvre simpliste de vulgarisation, mais bien nécessaire… L’idée du Souvenir français d’Issy consiste à présenter des auteurs en les classant selon les critères suivants : les romanciers, les journalistes, les militaires. L’idée originale n’est pas de nous mais du Souvenir Français de Chine et d’Asie – avec lequel notre Comité est jumelé – grâce à une présentation minutieuse de Monsieur Michel Nivelle, sous la direction de notre ami, Délégué général du Souvenir Français pour l’Asie et la Chine : Monsieur  Claude R. Jaeck.

 

 

1 – Les romanciers.

 

Henri Mouhot.

Alexandre Henri Mouhot (Montbéliard, 1826 – Luang-Prabang, 1861) est un naturaliste, explorateur et écrivain français de l'Asie du Sud-Est. On lui doit notamment d'avoir fait découvrir à l'Europe les vestiges de l'architecture khmère.

Né le 25 mai 1826 en Franche-Comté dans une famille protestante, Alexandre Mouhot étudie au collège Cuvier de sa ville natale, Montbéliard, puis à l'âge de 18 ans, il part enseigner le français à l'école militaire de Saint-Pétersbourg. Poussé par le goût du voyage et de l'art naissant de la photographie (le daguerréotype), il visite l'Italie et l'Allemagne, puis l'Angleterre, où il épouse Anna Park, une descendante (vraisemblablement la petite-fille) de l'explorateur Mungo Park, avant de s'établir en 1856 dans l'île de Jersey.

 

Durant cette période il affine ses connaissances en Sciences naturelles et tout spécialement en ornithologie et en conchyliologie. Après la lecture d'ouvrages sur les expéditions, notamment The Kingdom and People of Siam: with a narrative of a mission to that country in 1855 de Sir John Bowring (1857), il décide de partir à la découverte du Siam, du Cambodge et du Laos. De Londres, il embarque sur un navire de commerce, à voiles, pour Bangkok le 27 avril 1858 avec son chien Tine-Tine. Le voyage dure quatre mois. Il devient alors l'ami des rois du Cambodge Ang Duong, qui régna jusqu'en 1860, puis Norodom ; et durant l'hiver 1859-60, il explore et fait redécouvrir aux yeux des Occidentaux, le site d'Angkor, ancienne capitale de l'empire khmer.

 

À l'été 1860, Henri Mouhot repart de Bangkok vers le Laos, jusqu'à Luang Prabang où il meurt de la fièvre jaune le 10 novembre 1861.

 

Albert de Pouvourville.

Né à Nancy en 1861, Albert Puyou de Pouvourville est l’un des figures majeures de la littérature indochinoise. Son Annam sanglant (1897) est l’un des chefs d’œuvre de l’asiatisme littéraire. Son œuvre ne connut pourtant jamais l’audience que méritent les qualités de son écriture. Esprit curieux, volontiers fier et tête brûlée, il entame une carrière militaire (Ecole de Saint-Cyr, 1880), démissionne (1887), s’engage la même année comme simple soldat dans la Légion étrangère, ce qui le conduit au Tonkin (1887). Rapatrié pour raisons de santé, il repart en Indochine dans la province de Son-Tay, mais doit à nouveau rentrer en métropole, victime d’anémie. Il fait sans doute un troisième séjour au Tonkin, avant de démissionner à nouveau. Il se lance dans des études taoïstes et fréquente les milieux occultistes, fume l’opium, critique la politique coloniale, entretient une correspondance abondante avec Pierre Louÿs, Claude Farrère, Pierre Mille. En 1890, il publie De l’autre côté du mur, puis le Maître des sentences (1909) et Rimes d’Asie (1912). « Dans le jardin des gloires françaises, la fleur tonkinoise plantée par nos soins plus amoureux qu’habiles, se sera flétrie, au vent utilitaire de l’économie politique ». Il meurt en 1939.

 

Georges Groslier.

Georges Groslier nait en 1887 au Cambodge. Tôt, ses parents lui font découvrir le site archéologique d’Angkor. L’éblouissement que lui procure cette découverte des joyaux de la culture et de l’art khmer détermine alors le cours de son existence. Il rentre en France où il multiplie les publications et les conférences destinées à faire connaître la culture khmère. Ces activités lui valent de se voir confier en 1913 et 1914 une mission au Cambodge par le ministère de l’Instruction publique et la Société asiatique. En 1917, il est mobilisé, et appelé par le Gouverneur général, Albert Sarraut, qui lui confie la mission de revitaliser les traditions artistiques des peuples indochinois.

 

Sur les fondations de l’Ecole des Arts décoratifs ouverte en 1912, au sein de la Manufacture royale du Palais elle-même créée par le roi Sisowath en 1907, il organise l’Ecole des arts cambodgiens, véritable lieu de transmission du savoir-faire des anciens « maîtres » vers les apprentis artisans du pays. La réussite de cette école qui développe sa propre coopérative de production d’artisanat khmer contribue à la notoriété de Georges Groslier désormais connu comme le rénovateur des arts cambodgiens. Devenu Directeur des Arts cambodgiens puis Inspecteur général des Arts en Indochine, il est le créateur, l’organisation et le premier conservateur du Musée Albert Sarraut à Phnom Penh (aujourd’hui Musée national du Cambodge), modèle d’architecture khmère traditionnelle. Retraité à partir de 1942, il se maintient au Cambodge et s’engage dans la résistance contre l’occupant japonais en tant qu’opérateur radio. Il est capturé, emprisonné et meurt sous la torture à 58 ans.

 

Il a laissé une quantité impressionnante d’articles, d’études et d’analyse sur les arts asiatiques, de même que de nombreux romans dont C’est une idylle, au Mercure de France, en 1929.

 

Georges-André Cuel.

Voilà un romancier et cinéaste, né en 1889 et mort en 1946, dont l’œuvre est restée dans la mémoire des spécialistes mais dont la vie demeure assez mystérieuse. Pour ainsi dire, on ne la connait pas… On lui doit de nombreux romans : Barocco en 1924, El Guemouna, le marchand de sable en 1930, Tamara, L’homme fragile… et de nombreux films autant comme auteur que dialoguiste : La femme perdue, Tamara la complaisante, Roi de Camargue, Pas de coup dur pour Johnny…

 

Jean Marquet.

Jean Marquet est un écrivain français né en 1883 et mort en 1954 à Nice. Il a travaillé et habité de nombreuses années en Indochine française, a appris les dialectes locaux à son arrivée, et s’est réellement intégré par imprégnation ce qui lui a permis de produire une œuvre riche sur la vie et les mœurs locales. La grande particularité de son œuvre est que le romancier ne se met pas à la place de l’Européen étranger mais à celle du paysan indochinois. Il a écrit de nombreuses œuvres pédagogiques et historiques.

 

Claude Farrère.

Claude Farrère (1876-1957), de son vrai nom Frédéric-Charles Bargone, est un essayiste, historien, romancier, officier de marine. Fils d’un colonel d’infanterie coloniale, il entre en 1894 à l’École navale. Affecté à l’artillerie d’assaut pendant la Première Guerre mondiale, il est capitaine quand est signée la paix ; il démissionne en 1919 pour se consacrer à sa seconde passion : les lettres.

Il avait publié, dès avant la guerre, plusieurs romans (Fumée d’opium, L’Homme qui assassina, Mlle Dax, jeune fille, La Bataille, Les Petites Alliées, Thomas l’Agnelet) dont l’un, Les Civilisés, lui avait obtenu le prix Goncourt en 1905. Durant l’entre-deux-guerres, il poursuit cette œuvre, puisant à la double source du réalisme et de ses souvenirs d’officier de marine en Extrême-Orient. On lui doit également une Histoire de la Marine française (1934). N’étant pas démuni de bravoure, il s’illustre le 6 mai 1932 en s’interposant entre le président Doumer et son assassin, ce qui lui vaut deux balles dans le bras. En 1933, il s’engage au sein du Comité français pour la protection des intellectuels juifs persécutés. Après deux échecs, il est élu à l’Académie française le 28 mars 1935, par 15 voix au second tour, au fauteuil de Louis Barthou, arrachant son fauteuil à Paul Claudel.

 

Claude Farrère a été président de l’Association des écrivains combattants. Il a donné son nom à une distinction littéraire délivrée par cette association, le prix Claude-Farrère, créé en 1959 pour "un roman d'imagination et n'ayant obtenu antérieurement aucun grand prix littéraire".

 

Albert Garenne.

Né à Moulins-Engilbert dans la Nièvre en 1873 et mort en 1958, Albert Garenne a vécut plusieurs vies… Après avoir vécu ses 8 premières années à Moulins-Engilbert, ses parents s'établissent à Autun en 1880. Il s'enrôle à l'âge de 18 ans dans l'infanterie coloniale et reçoit sa formation militaire à Saint-Maixent l'Ecole, dans les Deux-Sèvres. De là, il est envoyé à Madagascar comme sous-lieutenant de marine où il s'illustre par de brillantes prestations dans un contexte malgache troublé, ce qui lui vaut de porter très jeune le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur et de recevoir du général Gallieni une importante concession à Fort Dauphin. Après la dévastation de cette concession lors d'une révolte, il reprend du service dans l'armée où il participe à plusieurs expéditions en Afrique et en Indochine. Il participe à la Première guerre mondiale et en ressort avec le grade de colonel. En 1918, il est nommé commandant supérieur des troupes du Pacifique et du bataillon de Nouvelle-Calédonie avec mission de mâter l'insurrection Canaque. A Nouméa, en 1919, il écrit déjà deux poèmes : Révoltes et Deux petits sonnet d'hier mais doute de lui-même comme écrivain suite à un échec à l'Académie Française avec la parution de La Forêt Tragique en 1918.

 

Retraité, le colonel Garenne s'adonne à la littérature en s'inspirant de ses expériences malgaches, africaine, calédonienne et indochinoise. Il écrit des poèmes, Cris, Chansons et Le vieux Claude suivi de L'Urne de cristal. Outre La Forêt Tragique, roman finalement couronné par l'Académie Française, il publie La Captive Nue (1925), A Nouméa, ou l'amour qui mène au bagne et Idylle Canaque, passions et drames coloniaux (1933), Le Refuge ou la haine d'un Sorcier jaune (1936, réédité en 1953), ouvrage également couronné par l'Académie Française, toutes œuvres fortement teintées d'une observation très fine des sociétés exotiques de l'époque, celles qu'il a côtoyées et, bien-sûr, de la pensée coloniale prévalant à l'époque au début du 20ème siècle.

 

René Jouglet.

René Jouglet est un écrivain français né en 1884 et mort à Montrouge en 1961. Au début des années 1930, il effectue de nombreux voyages en Asie, qui vont construire son œuvre littéraire, au sein de laquelle il convient de citer : Les Roses de la Vie en 1912 ; Frères en 1927 ; Voyage à la république des piles, en 1928 ; Dans le soleil des jonques en 1935 ; Soleil levant en 1936 ; Les Paysans en 1951 et 52 ; le Mal du Siècle en 1960.

 

Jean D’esme.

Né à Shanghai en 1894, Jean d’Esménard, petit-neveu de poète et fils d’un fonctionnaire des douanes d’Indochine originaire de la Réunion, fait ses études à Paris et entre en 1914 à la section indochinoise de l’Ecole coloniale. Mais la guerre 14-18 puis le mariage l’orientent plutôt vers le journalisme et les voyages. Il devient Jean d’Esme et fait une brillante carrière dans de grands journaux parisiens : Je sais tout ; le Matin ; L’Intransigeant.

 

Dans une œuvre marquée par l’épopée coloniale, par des biographies de grands coloniaux ou militaires, par le reportage aussi, ses voyages en Afrique lui inspirent des romans : le Soleil d’Ethiopie ; L’Homme des sables ; Au Dragon d’Annam ; les Dieux rouges… Jean d’Esme rend son âme à Dieu en 1966.

 

Alfred Droin.

Né à Troyes en 1878, d’une famille de boulangers, il entre à 18 ans dans l’infanterie de marine, et met son lyrisme au service de la gloire tricolore : Amours divines et terrestres (1901). Son séjour indochinois de huit années auprès du gouverneur Klobukowski, qui lui permet de visiter le Cambodge, le Siam, le Tonkin, donne naissance à la Jonque victorieuse puis à Rimes tonkinoises. Plus tard, il publie la Tête de Thi-Ba puis Thi-Ba, fille d’Annam. Il meurt en 1967.

 

Marguerite Duras.

Née à : Gia Dinh (Saigon) en Indochine française, le 4 avril 1914 et décédée à Paris, le 3 mars 1996. Marguerite Duras (Marguerite Donnadieu) reste en Indochine jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Après des études de mathématiques, sciences politiques, et une licence de droit, elle est secrétaire au Ministère des Colonies, de 1935 à 1941. Pendant la guerre, elle entre dans la Résistance. En 1945, elle s'inscrit au Parti communiste dont elle est exclue dix ans plus tard. Elle publie son premier roman, Les Impudents, en 1943. C'est le début d'une œuvre de fiction importante avec des romans comme : Un Barrage contre le Pacifique, Le Marin de Gibraltar, Moderato cantabile, Le Ravissement de Lol V. Stein, Le Vice-Consul, L'Amante anglaise. Le roman "L'Amant" obtient le Prix Goncourt en 1984 et apporte la célébrité à Marguerite Duras. Jean-Jacques Annaud en fait un film, quelque temps plus tard. Elle publie ensuite un témoignage, La Douleur, puis Les Yeux bleus, cheveux noirs, Emily L., La Vie matérielle, La Pluie d'été. Après avoir été scénariste et dialoguiste pour le cinéma (Hiroshima, mon amour), Marguerite Duras va réaliser ses propres films (Nathalie Granger, Le Camion). Elle se consacre aussi au théâtre, notamment avec les pièces : Les Viaducs de la Seine-et-Oise, Des Journées entières dans les arbres, Le Square, La Musica, L'Amante anglaise (Prix Ibsen 1970).

 

Jean Hougron.

Né de parents bretons (en 1923), fils de cheminot, il suit dans son enfance les mutations de son père : Cherbourg, Paray-le-Monial, et Dreux où il arrive en 1936 et où il enseignera plus tard l’anglais et les sciences. Il fait un stage d’un an dans une maison d’import-export à Marseille qui l’envoie en Indochine en juin 1947. Là-bas, il se fait chauffeur de camion et parcourt le Laos, le Cambodge, la Chine du sud et la Thaïlande. Tour à tour planteur de tabac, ramasseur de benjoin ou de corne molle de cerf, marchand de bière, il en profite également pour apprendre le laotien et le chinois. En 1949, il rentre à Saigon, et devient journaliste à Radio France-Asie, jusqu’en 1951, date de son retour en France. Parmi ses ouvrages, on peut citer : la Nuit indochinoise, Tu récolteras la tempête, Je reviendrai à Kandara et Mort en fraude, adapté au cinéma en 1957. Jean Hougron meurt en 2001 à Paris.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 26 Mars 2016

Le commandant Jean Cornuault.
Le commandant Jean Cornuault.

Jean Cornuault s’est éteint le 9 janvier 2016 au Vietnam, dans cette contrée qu’il adorait, dont il continuait à étudier la langue qu’il trouvait merveilleuse. Un pays où il était « mort » une première fois, 65 ans auparavant…

Peu savent son parcours dans les FFI, dès l’âge de 17 ans et sa participation, décrite dans les notices, à la libération de Saumur et de la poche de Saint-Nazaire (1). On retient surtout son histoire indélébile avec les terres et la culture indochinoises où il effectue son premier séjour dès 1946 et déjà dans les troupes aéroportées.

Après son intégration à l’ESMIA à Coëtquidan en 1947 (promotion "Nouveau bahut"), il rejoint de nouveau l’Indochine à l’été 1949 et une affectation de chef de section à la 3e compagnie du 1er BEP, lequel s’est établi à Hải Phòng quelques mois plus tôt. Cornuault, décrit par Pierre Sergent comme le « plus jeune officier bataillon », c’était « le cauchemar de son capitaine. Saint-Etienne, en pleine opération, se demandait souvent où se trouvait le chef de la 2e section, qui semait ses légionnaires derrière lui, comme le Petit Poucet. Mais ses hommes l’adorait, tant il avait de charme. Ils le suivaient partout, et c’était immanquablement chez les Viets » (2).

De cet officier facétieux, Sergent raconte encore : « Cornuault coupa enfin les gaz. Le repas pouvait commencer. (…) Cet animal de Cornuault n’avait-il pas inventé d’arriver en motocyclette dans la salle à manger de Gia Lam. Il faut préciser qu’il avait le plus grand mal à rouler en voiture, aucune assurance ne voulant consentir à couvrir les risques qu’il prenait. Il semblait inconscient, même à tous ces hommes qui l’étaient déjà passablement » (3).

Jean Cornuault, devenu le « juge-para »,selon l’expression du ministre de la Justice Jean Lecanuet, était l’un des fondateurs d’un groupe informel, dont la seule évocation du nom pouvait susciter la jalousie : « les Paras du Palais ». C’est là que je l’ai connu, au début des années 2000. Un regard curieux et enjôleur, une tenue toujours impeccable, le cheveu très court et le sourcil taillé. Une vivacité physique et d’esprit qui nous bluffait. Fondateur du groupe, Jean en était aussi le pilier et le héros.

Un héros taiseux, modeste, qui n’aimait pas beaucoup parler de lui. Mangeant peu, ne buvant pas, il était néanmoins satisfait de trouver des « jeunes » pour leur conter ses voyages au Vietnam et aussi parler le Russe avec notre unique adhérente, parachutiste confirmée, qui avait naguère occupé un poste à Kiev.

Il faut dire que Jean avait terminé sa carrière militaire à Moscou, comme attaché militaire de l’Ambassade de France. Il en avait profité pour perfectionner son Russe et achever sa licence en droit.

Aussi, quand quelques années plus tard, devenu juge d’instruction – et par le hasard d’un échange de permanence impromptu avec un de ses collègues – il est dépêché sur les lieux du crash du Tupolev 144, en plein meeting du salon du Bourget, il peut difficilement dissimuler sa gêne devant les « autorités soviétiques » qui s’agacent de sa présence. Amusé, Jean nous racontait : « J’aurai pu tenter de leur expliquer que c’était par un pur hasard que, seul magistrat instructeur parlant russe et ancien officier en poste à Moscou, je me retrouvais chargé de cette affaire. Mais à quoi bon ? Ils ne m’auraient jamais cru ! ».

Tous, nous connaissions le récit de ce que Jean avait enduré en Indochine, et qui appartient à l’Histoire. La sanglante bataille de la RC 4 en octobre 1950, ses deux blessures sur le Na Kheo au sud de Dong Khé, le désastre de la cuvette de Coc Xa (Louis Stien parlera d’holocauste (4)), où tous les commandants de compagnie sont tués (Jean retournera à Coc Xa à une ou deux reprises). C’est la fin du BEP, la grande marche pour les survivants, puis quatre longues années de détention au camp n°1, ponctuées de nombreux déplacement et de brimades en tout genre.

Avec son camarade Louis Stien, notamment, il tentera de s’évader en mai 1951, dans des conditions qu’on imagine impossibles, mais toujours avec la même audace. Stien raconte ainsi que Cornuault, placé en tête du groupe d’évasion et tombant en pleine nuit nez à nez avec une compagnie viet sur l’étroite piste, décide de « bluffer », les bodois qu’ils croisent en remontant toute la file côte à côte…

Dans un des rares témoignages qu’il a laissé – resté anonyme et modestement signé d’« un des lieutenants du 1er BEP » – Jean raconte un épisode sa détention (5). Repris après son évasion, il est mis « aux buffles » où il est attaché jour et nuit. Une nuit, il est réveillé par des hommes armés : « Je suis sorti de la maison, tenu en laisse, deux ou trois pistolets-mitrailleurs dans le dos. J’ai conservé dans ma mémoire le souvenir de la ligne de collines visible dans l’obscurité et celui, aussi précis, de mes pensées, réduites à une seule : cette fois, ça y est. J’étais parfaitement calme et détendu, attendant la rafale. Ce jour-là j’ai vu la Mort et depuis je "fais du rab". (C’est assez dire que dans la suite de ma carrière, décorations, avancement et opinions des diverses hiérarchies sur mon compte ne m’ont jamais beaucoup préoccupé). La rafale n’est pas venue. Il s’agissait en fait d’un interrogatoire par le chef de camp sur la préparation et le déroulement de mon évasion, interrogatoire qu’il avait fait précéder d’une petite mise en scène destinée sans doute à me mettre en condition… ».

Bien plus tard, alors qu’il procède à une audition dans son cabinet d’instruction, le « Juge-para » balaie d’un revers de la main les menaces de mort que lui adresse… Jacques Mesrine. Tout en l’invitant à passer à l’action, il lui oppose calmement « Vous savez, j’ai déjà vu la mort et depuis je "fais du rab" ». Le respect prévaudra désormais dans leurs rapports.

Ce n’est que récemment que Jean Cornuault avait entrepris d’écrire sur sa vie. Ses mémoires, intitulés « Du sabre à la toge. Itinéraires d’un parachutiste » étaient parus en mars 2015 chez Indo Éditions. Un livre à lire, sans aucun doute.

Philippe Rignault, lieutenant de réserve (1er RHP), avocat au barreau de Paris et membre des "Paras du Palais".

  1. Officier de la Légion d’honneur, croix de guerre 1939-1945 (obtenue comme « SAS »), croix de guerre des T.O.E. (Indochine), croix de la valeur militaire (Algérie), 7 citations, médaille des évadés, 2 blessures de ‪guerre, il s’était notamment illustré au Na-Kéo, durant la bataille de la RC4 comme chef de section au 1er BEP. Fait prisonnier quelques jours plus tard, il avait subi 4 ans de captivité au camp n°1 (octobre 1950-septembre 1954). Il avait enchaîné avec la guerre d’‪Algérie où il fut un soldat digne d’éloges. De retour d’Algérie, il avait été chef de bataillon au 9e RCP.
  2. Pierre Sergent, Je ne regrette rien, Fayard - 1972, p. 54
  3. Ibid., p. 57
  4. Louis Stien, Les soldats oubliés, Albin Michel, 1993
  5. http://www.indochine-souvenir.com/recits/tem07_campn1.pdf


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NDLR : avant d’écrire ses mémoires, Jean Cornuault avait à plusieurs reprises évoqué quelques événements de sa vie. En voici deux :

Premiers pas derrière le Rideau de Bambou

Le 17 septembre 1950; à l'âge de 23 ans, je servais à la Légion Etrangère en qualité de lieutenant chef de section au Premier Bataillon Etranger de Parachutistes (1er B.E.P.). Ce jour-là nous avons sauté à That Khê, sur la RC4, dans le cadre de ce qui devait devenir le premier désastre de l'histoire de la Guerre d'Indochine, à savoir l'évacuation du poste de Cao Bang.

Je ne dirai rien sur l’histoire des combats, maintes fois décrite dans de nombreux ouvrages. En ce qui me concerne, deux fois blessé le 3 octobre sur le Na Khéo près de Dong Khé, j’ai participé ensuite aux combats de Côc Xa qui virent L’anéantissement du 1er B.E.P. A partir du 7 octobre, après la dispersion des unités, j’ai marché dans la jungle sans soins et sans nourriture jusqu’à That Khé que j’ai atteint le 12 au soir pour voir ce poste français occupé par les Vietminh. Il avait été évacué le 10. Je me suis caché dans des buissons avec l'intention de repartir le lendemain matin. Sans doute aperçu par des paysans, j'ai été capturé par des bodois (nom des soldats en vietnamien), peu après le lever du jour.

Les bodois m’ont emmené courtoisement vers une petite maison de paysan où se trouvait leur officier. J’avais mes vêtements déchirés et un essaim de mouches avait élu domicile sur ma cuisse droite blessée. J’ai été accueilli par un jeune homme de mon âge qui m’a dit dans un français sans accent : « tu as un grade, toi ? » Je lui ai répondu que j’étais lieutenant chef de section. Il m’a dit : « moi aussi. Il y a longtemps que tu n’as pas « bouffé ? » Sur ma réponse affirmative il m’a dit : « viens, tu vas bouffer avec nous ». Nous nous sommes assis tous les deux sur le lit bas de l’unique pièce de cette masure et ses hommes nous ont servi un menu que je n’ai jamais oublié, du riz et une soupe de potiron. Nous avons parlé métier. Ensuite nous nous sommes séparés, lui poursuivant la guerre et moi franchissant le rideau de bambou pour quatre ans de captivité. Quand je raconte cette rencontre et son atmosphère cordiale, je dis toujours que si ce jeune officier vietminh avait été un camarade de promotion rencontré par hasard lors d’une opération, notre relation n’aurait pas été différente. Nous avions le même âge, la même langue, le même grade et la même fonction. Seule l’Histoire nous séparait…et nous dépassait... A l’infirmerie, sise dans l’école du village, où mon hôte m’avait fait conduire après le repas, j’ai retrouvé quelques officiers blessés dont le lieutenant Faulques, grièvement atteint, et qui devait être rapatrié sanitaire par avion quelques jours plus tard. Pendant ce séjour nous avons eu de nombreuses visites d’officiers vietminh, manifestement heureux de parler français. Tous sortaient des établissements d’enseignement français.

Je me souviens de l’un deux, sympathique médecin, qui m’a dit qu’un jour, dans une réunion d’étudiants, une jeune Française de ses condisciples lui avait donné un coup d’éventail. On connaît l’importance des coups d’éventail dans l’Histoire. Cette anecdote illustre ce que tous évoquaient, à savoir le peu de considération avec laquelle ils étaient traités dans leur propre pays par ce qu’il faut bien appeler le Colonisateur, notamment par une grande partie des « petits blancs », lesquels ne parlaient qu’avec mépris des « Nhacs », abréviation de nhà qué, paysan, mot devenu depuis péjoratif et injurieux au Viet Nam. En outre peu de postes de responsabilité étaient réservés aux intellectuels locaux. Tous ces officiers d’unités combattantes étaient des nationalistes, déclarant se battre contre le régime colonial mais ne cachant pas leur sympathie pour la France, sa langue et sa culture. Aucun n’a jamais fait référence dans ses propos à l’idéologie communiste.

Ce n’est qu’en arrivant au camp n° 1, nom du camp ou étaient détenus les officiers prisonniers, que j’ai découvert les références au Communisme à travers le vocabulaire utilisé par nos geôliers. Choisis sans doute dans la précipitation, nos premiers chefs de camp étaient manifestement des rustauds peu préparés à cette fonction. Il faut noter toutefois qu’aucun pays en temps de guerre n’affecte ses meilleurs officiers à ces postes…

Ce camp n’était pas un « camp » au sens propre. Nous étions logés par petits groupes d’une dizaine dans les maisons de villages perdus dans le nord-est du pays en cohabitant avec les propriétaires et leur famille. Nos conditions d’existence étaient misérables, pieds nus, vêtus légèrement de tenues de paysan en toile. La nourriture se composait uniquement de riz et d’un bouillon clairet. Ceci est une autre histoire. Ces quatre ans de captivté ont été parfaitement décrits par mon camarade ce combat, de captivité et d'évasion, Louis Stien, dans son livre « Les soldats oubliés » publié aux Editions Albin Michel.

Expérience inoubliable

J'ai vécu au Camp N° 1, nom donné par le Commandement Vietminh au camp d'Officiers prisonniers, du 13 octobre 1950 au début septembre 1954, fin de la guerre d'Indochine pour la France, soit près de quatre ans.

Pendant cette période, début mai 1951, j’ai fait avec deux camarades une tentative d’évasion. Cette évasion a été racontée par l’un d’eux, Louis Stien, dans son livre « Les soldats oubliés », Editions Albin Michel. Repris après quelques jours et ramenés au camp soigneusement ficelés par notre escorte, nous avons été séparés et enfermés chacun dans des étables obscures situées sous des maisons, toutes sur pilotis dans cette région. Après une semaine, attachés jour et nuit, nous n’avons plus été attachés que la nuit. L’obscurité empêchait toute chasse aux poux qui proliféraient impunément dans nos vêtements. Pour compléter le tableau les buffles, les porcs et les canards se déplaçaient, eux librement, dans l’étable boueuse. Notre nourriture se composait uniquement d’un peu de riz et de sel.

C’est là que se place cette expérience inoubliable, moment de ma vie qui a eu une importance capitale dans le regard que j’ai porté par la suite sur l’existence. Pendant la semaine au cours de laquelle j'étais isolé et attaché jour et nuit, j’ai été réveillé une nuit par quelques hommes armés, à la mine sombre, qui m’ont dit : « Partir chef de camp ». Il est à préciser qu’à l’époque, des prisonniers évadés n’ont jamais été revus et ont été simplement « liquidés ». Je suis sorti de la maison, tenu en laisse, deux ou trois pistolets-mitrailleurs dans le dos. J’ai conservé dans ma mémoire le souvenir de la ligne de collines visible dans l’obscurité et celui, aussi précis, de mes pensées, réduites à une seule : « cette fois, ça y est ». J’étais parfaitement calme et détendu, attendant la rafale. Ce jour là j’ai vu la Mort et depuis je « fais du rab ». (C’est assez dire que dans la suite de ma carrière, décorations, avancement et opinions des diverses hiérarchies sur mon compte ne m’ont jamais beaucoup préoccupé). La rafale n’est pas venue. Il s’agissait en fait d’un interrogatoire par le chef de camp sur la préparation et le déroulement de mon évasion, interrogatoire qu’il avait fait précéder d’une petite mise en scène destinée sans doute à me mettre en condition….

Environ une heure plus tard j'ai été ramené dans mon étable... Quelques jours après cet épisode, j'ai retrouvé mes deux camarades d'évasion. Nos conditions de vie se sont améliorées. En effet, nous n'étions plus attachés que la nuit... Quand nous avons eu la possibilité de chasser nos poux, je me souviens de la première chasse : 250 têtes... Cette intéressante aventure humaine a duré quatre mois, à l'issue desquels nous avons rejoint nos camarades de captivité et repris ce qu'il faut bien appeler, par comparaison, une vie normale...

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 29 Novembre 2015

La chapelle de That-Khé est sauvée !

Le 27 août 2014, nous relayions sur ce site l’appel pour sauver la chapelle de That-Khé de la ruine. Souvenez-vous, cette chapelle avait abrité de nombreux soldats français du CEFEO durant la terrible bataille de la RC4.

Aujourd’hui, comme vous pouvez le constater sur cette photographie, la chapelle a été restaurée et est sauvée. Grâce à de nombreuses associations, dont l’ANAPI, le Souvenir Français d’Asie, et surtout l’action énergique de Bernard Tissier et de Thierry Servot-Viguier.

Une plaque figure à l’entrée de cette chapelle :

« Nous tenons à remercier sincèrement les organisations, les associations, de leur soutien pour la restauration de la chapelle de That Khé, notamment :

  • La congrégation d’évangélisation des puples ;
  • L’évêque de Lang-Son et Cao-Bang ;
  • Vietnam-Espérance, l’ANAPI et leurs amis ;
  • Les mécénats nationaux et internationaux ».

Bravo à Bernard Tissier, Thierry Servot-Viguier et Amédée Thévenet d’avoir œuvré pour répondre à l’attente de tous les anciens d'Indochine.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 8 Décembre 2014

Le colonel Trinquier.
Le colonel Trinquier.

Le 1er février 1947, est créé à Tarbes le 5e Bataillon parachutiste d’Infanterie coloniale (5e BPIC). Le commandant Dupuis, ancien de Ponchardier, en est le patron. Il a pour mission de mettre sur pied un détachement de sept cents hommes aptes à embarquer pour l’Extrême-Orient le 15 octobre.

Le 1er octobre 1947, est formée en IIIe Région militaire de Bretagne la Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes à Vannes-Meucon (DBCCP). Le patron en est le colonel Massu. C’est de cette base que seront formés tous les paras des nombreux BCCP (Bataillons coloniaux de commandos parachutistes) pour leur envoi en Extrême-Orient, mis à part le 2e BCCP dont les hommes ont précédemment été brevetés à Pau-Idron.

Le 2e BCCP (2e Bataillon colonial de commandos parachutistes) débarque à Saigon, en Cochinchine, avec son nouveau patron le commandant Dupuis, le 15 novembre 1947.

Le 14 février 1948, opération Véga. En trois groupements terrestres, les troupes démarrent à 7 h 30. Vers 9 h 30, deux compagnies du 2e BCCP sont larguées sur Giong Dinh et Giong Mat Cat. Un accident très rare se produit alors juste après le saut du commandant Trinquier et l’ouverture de sa voilure : la rupture de la « static line » (cable fixé à l’intérieur de l’avion auquel sont fixés les mousquetons de chaque parachute, en permettant l’ouverture automatique). Le capitaine Boby, le capitaine Deguffroy, le lieutenant Icard et quatre parachutistes s’écrasent au sol.

Un autre événement dramatique survient le 1er mars suivant. Un convoi de 69 véhicules, dont 53 civils, effectuant deux fois par semaine le trajet Saigon-Dalat, tombent dans une embuscade au poste de la Lagna. Les pertes sont lourdes : cent cinq tués dont vingt-cinq militaires parmi lesquels le lieutenant-colonel de Sairigné, une soixantaine de blessés et cent cinquante otages.

Le parachutiste Charles Henri Andrieux, Isséen, a vécu cette période, jusqu’à sa blessure le 17 juin 1949, au 2e BCCP. Les opérations en cascades, les réactions aux attaques et embuscades de l’ennemi ont été le lot presque quotidien pour lui et ses camarades parachutistes. Des blessures et encore de nombreux éclats dans sa chair…

En 2014, il déambule dans les rues d’Issy, il a “ le train d’atterrissage rouillé ”, comme il raconte avec humour. Et comme dit dans le même quartier Mme le Général Valérie André, également parachutiste : il faut faire fonctionner les articulations.

Vaste programme… !

Alain Bétry.

Sources :

Paras en Indochine 1944-1954 de Jean-Pierre Pissardy SPL 1982.

Le premier bataillon de bérets rouges du colonel Trinquier

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 27 Août 2014

 

Chapelle That Khe 3

La Chapelle de That Khê… aujourd’hui.

 

En décembre 2013, le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux avait publié l’article du colonel Jean-Luc Martin sur la difficulté du Devoir de Mémoire sur les lieux où se déroula la bataille de la RC4. Il attirait également notre attention sur l’état actuel de la Chapelle de That Khé, où furent déposés les corps de nombreux de nos compatriotes, morts au cours de ces jours sanglants pour notre armée.

 Cet article avait été auparavant publié sur le site du Souvenir Français d’Asie, dirigé remarquablement par Monsieur Claude R. Jaeck, ainsi que sur le site de l’association ANAPI.

 L’association Vietnam Espérance, sous la direction de Thierry Servot-Viguier cherche des financements pour restaurer ce lieu. Vous pouvez contacter l’association dont les coordonnées sont les suivantes :

 

  • Vietnam Espérance – 19, rue Jeanne d’Arc 69000 LYON
  • Email : vietnam-esperance@neuf.fr
  • Thierry Servot-Viguier – 2 bât B Chemin Vert 69160 TASSIN LA DEMI-LUNE
  • Chèque à l’ordre l’association.

 

Extrait de l’article du Colonel (er) Jean Luc Martin :

 « Force est donc de constater que le seul témoin encore visible de cette période sombre est la chapelle de That Khê qui elle, en revanche, a su résister au passage du temps… mais aussi à l’action des hommes comme l’attestent les multiples impacts qui constellent les murs extérieurs de cet édifice, stigmates de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Me gardant bien de refaire l’historique du drame de la RC 4 que chacun d’entre nous connaît, je souhaiterais quand même rappeler qu’à l’issue du repli français avorté de Cao Bang, marqué par l’anéantissement des colonnes Lepage et Charton, nombre de nos soldats blessés ont été provisoirement hébergés en ce lieu, transformé pour la circonstance en infirmerie de fortune… avant de partir pour l’oubli derrière le rideau de bambou… Que l’on ait ou pas l’âme religieuse, il n’en demeure pas moins que pénétrer dans ce bâtiment revient à faire un saut dans le passé car tout ou presque y est resté dans l’état d’autrefois… Que ce soient l’autel, les bancs des fidèles, les gravures aux murs… tout ou presque est d’époque… un peu comme si le temps s’était arrêté en ce lieu où beaucoup de nos soldats se sont éteints ou ont agonisé en attendant une hypothétique évacuation aérienne vers Hanoï…

 Compte tenu de l’impossibilité d’élever un monument à la mémoire de tous ceux, comme l’a écrit le docteur Serge Desbois , « dont la vie s’est arrêtée, un jour de l’automne 1950, sur les bords de la Route coloniale n° 4 », pourquoi ne pas saisir dans ces conditions l’opportunité de réhabiliter cette chapelle, véritable « cheval de Troie » du devoir de mémoire… Un projet de réhabilitation existe actuellement, relayé notamment par monsieur Thierry Servot-Viguier que l’on peut consulter sur internet ».

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 4 Mai 2014

 

 Fréjus 2014 040

  Le mémorial de Fréjus.

 Le mémorial.

 

En 1986, la ville de Fréjus se propose d'accueillir le « Mémorial des guerres en Indochine » sur le site de l'ancien camp militaire Gallieni, où avaient notamment séjourné des tirailleurs indochinois pendant la Grande guerre (au sein du Centre de Transit des Troupes Indigènes Coloniales), et où figurait déjà un premier monument commémoratif des guerres d'Indochine élevé en 1983.

 Après acceptation, le mémorial est inauguré le 16 février 1993 par Monsieur François Mitterrand, président de la République française. Œuvre de l'architecte Bernard Desmoulin, implanté sur un terrain de 23.403 m2, le mémorial comprend tout d’abord un premier monument, placé sur une esplanade, qui permet les prises d’armes et les commémorations. En contrebas, s'inscrivant dans une circulation périphérique de 110 m de diamètre, le mémorial, en forme de cercle, reprend le thème du périple et symbolise à la fois l'enceinte militaire héritière du cercle spirituel des tribus.

 Des rangs d’alvéoles ont reçu les ossements des 17.188 militaires identifiés et rapatriés depuis le Vietnam entre les mois d'octobre 1986 et d'octobre 1987. S’y ajoutent 62 corps de militaires provenant de la nécropole de la ville de Lyunes où ils avaient été inhumés antérieurement à 1975. Les corps reposant dans la nécropole de Fréjus sont ceux de militaires « Morts pour la France » décédés soit entre 1940 et 1945, soit, majoritairement, entre 1946 et 1954.

 Par ailleurs, dans la crypte du mémorial, les restes mortels des 3.152 victimes inconnues reposent dans un ossuaire.

 À titre exceptionnel – les cimetières nationaux étant légalement réservés aux seuls militaires « Morts pour la France » en temps de guerre – 3.515 civils, dont 25 non identifiés, ont également été inhumés sur le site, dans un columbarium édifié sous la partie nord-ouest de la circulation périphérique. En outre, un mur du souvenir a été érigé sur lequel sont gravés les noms de près de 34 000 morts des guerres d'Indochine dont les corps ne reposent pas à Fréjus.

 Enfin, un jardin du souvenir permet à celles et ceux qui en font la demande, de recevoir leurs cendres. C’est là que l’urne contenant les cendres du général Bigeard a été placée le 20 novembre 2012.

 Le mémorial est contigu à une pagode bouddhiste, la pagode bouddhique de Hông Hien, qui se trouvait elle-aussi à l’époque au sein du camp Gallieni. Sous l’impulsion du colonel Lame et du capitaine Delayen, sa construction fut décidée en 1917, avec une main d’œuvre fournie par les tirailleurs indochinois présents dans le camp.

 Tombée en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, la pagode fut remise à neuf par des réfugiés vietnamiens après 1954. Aujourd’hui encore faisant partie des traditions des troupes de marine, la pagode est l’un des hauts lieux de culte bouddhique en France et en Europe.

 

Le 8 juin.

 

Fréjus 2014 050 

 Giacomo Signoroni (au centre, sans béret) et des camarades légionnaires, tous anciens d’Indochine.

 

Instituée par le décret n° 2005-547 du 26 mai 2005, le 8 juin est une journée d'hommage qui correspond au jour du transfert à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, de la dépouille du Soldat Inconnu d'Indochine, le 8 juin 1980.

 Le 8 juin 2005, pour la première fois, partout en France, fut célébrée la journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine. Au cours de la cérémonie officielle célébrée dans la Cour d'Honneur des Invalides, Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, prononça le discours suivant :

 « Il y a 51 ans, les armes se taisaient en Indochine.

 Ce silence clôturait un siècle d'épopée française en Extrême-Orient. Il mettait un terme douloureux à une guerre de huit ans commencée au lendemain de la cruelle occupation japonaise.

 Loin de leurs foyers, sur des terrains inhospitaliers, face à un adversaire insaisissable, valeureux et sans cesse mieux armé, les combattants du corps expéditionnaire français ont lutté inlassablement, avec une foi, une ardeur, un courage et un dévouement qui forcent l'admiration et imposent le respect. Leur sacrifice fut immense. Leur tribut fut celui de la souffrance, du sang, et de la mort. De 1945 à 1954, près de 100 000 soldats de l'Union française sont tombés en Indochine. Plus de 76 000 ont été blessés. 40 000 ont été fait prisonniers. Parmi eux, 30 000 ne sont jamais revenus. L'éclat de leur bravoure, le panache de leur engagement ne rencontreront trop souvent, en métropole, que l'indifférence ou l'hostilité de leurs concitoyens. Tous ces combattants ont lutté, ont souffert, sont morts, avec, sans doute, le sentiment amer de l'abandon, la blessure ultime de l'ingratitude.

 Ne les oublions pas.

 Parachutistes, légionnaires, coloniaux, tirailleurs, métropolitains, gendarmes, marins, aviateurs, médecins et infirmières : ils venaient de France, d'Europe, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire. Leurs frères d'armes vietnamiens se battaient pour leur terre, pour leur liberté, par fidélité. Ils étaient jeunes. Ils sont morts au détour d'une piste, dans la boue d'une rizière, dans un camp de prisonniers.

 Aujourd'hui, pour la première fois, la Nation rend officiellement un hommage solennel à nos combattants d'Indochine.

 La France n'oublie pas.

 À cette occasion, nous nous recueillons devant la dépouille d'un de ces combattants. Il est tombé là-bas, il y a plus de 50 ans, quelque part au bord de la Nam Youn, dans la plaine de Diên Biên Phù, ultime théâtre de ce drame dont la grandeur nous dépasse. À travers lui, c'est à l'ensemble de ses camarades que nous rendons hommage. Que les combats de nos soldats en Indochine puissent rester gravés à jamais dans la mémoire du peuple français. Leurs actions héroïques étaient l'aboutissement d'une certaine conception du monde, dont les principes ont pour nom liberté, justice et démocratie.

 Aujourd'hui, dans ces pays, après de longues années de nouvelles souffrances, la guerre appartient désormais à l'Histoire. De nouvelles pages de paix, de coopération et d'amitié ont été écrites et s'écriront encore. Dans un monde incertain, où la paix n'est jamais acquise, que le souvenir des exploits de nos combattants, que la force des valeurs qu'ils ont illustrées, nous aident à rester debout, en hommes libres, vigilants et déterminés.

 Honneur aux combattants d'Indochine ! ».

 

Commémoration du 26 avril 2014.

 

 

 Fréjus 2014 012

Giacomo et Vincenza Signoroni.

 

Nous pouvons peut-être reprocher au Gouvernement d’avoir modifié la date de la commémoration des combats et des morts en Indochine pour 2014 en raison d’agendas surchargés. Initialement prévue le 8 juin, celle-ci a été avancée au 29 avril, car les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie (6 juin) se dérouleront sur plusieurs jours. Mais, nous ne pouvons pas reprocher à ce même gouvernement d’avoir occulté les 60 ans de la bataille de Diên Biên Phù et de la fin de la guerre en Indochine.

 Ainsi, le samedi 26 avril 2014, à l’initiative du ministère de la Défense et du secrétariat d’Etat à la Mémoire et aux Anciens combattants, un avion de la République était affrété depuis Paris pour emmener les anciens d’Indochine, et leurs accompagnants, au Mémorial de Fréjus.

 Plusieurs associations avaient donc prévenu leurs adhérents : le Souvenir Français, l’ANAI (Association Nationale des Amis de l’Indochine), l’Union Nationale des Parachutistes, les associations nationales et locales de la Légion étrangère, les associations des anciens de la Coloniale, ceux des Supplétifs indochinois, ceux de Diên Biên Phù…

 Pour le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir, j’eus l’insigne honneur d’accompagner notre héros de l’Indochine, 13 fois cités, l’ancien adjudant-chef de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, Giacomo Signoroni et son épouse Vincenza.

 Des grandes figures des dernières guerres étaient également présentes : Fred Moore, chancelier de l’Ordre de la Libération, le colonel Luciani, le capitaine Bonelli, le lieutenant Gusic, le sergent Heinrich Bauer, le général Chabanne, colonel Boissinot…

 La journée commença par un accueil aux Invalides suivi du transport dans les cars du Ministère de la Défense jusqu’au pavillon d’Honneur de Roissy, où nous attendaient des représentants de l’armée de l’Air et un Airbus A310 de la République française. Décollage pour Hyères-Toulon – avec un déjeuner à bord – puis transport en cars, escortés par les motards de la Police nationale jusqu’à Fréjus. Arriva le secrétaire d’Etat, en charge de la Mémoire et des Anciens combattants, Kader Arif, qui prononça un discours remarquable vis-à-vis des anciens d’Indochine, qui ne furent pas toujours récompensés – c’est le moins qu’on puisse dire – du sang versé pour la République.

 S’en suivit des dépôts de gerbes par les autorités et les associations, aussi bien devant le mémorial, qu’au pied du Mur des Souvenirs ou encore auprès de la stèle où reposent les cendres du général Bigeard.

 Le retour fut chargé d’émotions et de souvenirs racontant des drames, des anecdotes à pleurer de rire, des faits d’armes éclatants, ou déroutants, mais tous emprunts d’une nostalgie et d’un mal indicible qu’on appelle le « mal jaune ».

 Ils sont nombreux, comme Bigeard, à avoir laissé là-bas : « la moitié de leur cœur et une grande part – sinon la plus belle – de leur vie »…

 

Fréjus 2014 072 

 

Un parachutiste devant la stèle du général Bigeard.

 

Retrouvez toutes les photographies (plus de 70 clichés) de cette journée du samedi 26 avril à Fréjus, dans l'album intitulé "2014-04-26, Fréjus".

 

CDT (RC) Frédéric RIGNAULT

 Président du Comité d’Issy

Délégué général adjoint des Hauts-de-Seine

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine