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Publié le 16 Novembre 2009


 

Sur le monument aux morts de la commune d’Issy-les-Moulineaux, pour la guerre d’Indochine, il est une particularité : dans la liste des morts pour la France, figure un civil, journaliste, défenseur acharné de la présence française en cette partie du globe et assassiné pour ses idées : Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

 

Grâce aux publications de Jacques de la Chevrotière (L’Eléonore, les Chavigny de la Chevrotière, éd. Septentrion) et à nos recherches, nous avons pu récolter des éléments biographiques sur Henry Chavigny de la Chevrotière.

 

 

Les Chavigny de la Chevrotière.

 

La famille Chavigny de la Chevrotière est une vielle famille noble française dont les racines remontent à plusieurs siècles. Les ancêtres d’Henry sont des pionniers et des explorateurs, qui s’installent en Nouvelle-France. Ce territoire, qui s’étend considérablement sous les règnes de Louis XIII à Louis XVI, comporte aussi bien les possessions de Louisiane, d’Acadie, de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson. Une partie de la famille s’installe également en Martinique.

 

Quant à Henry, il nait le 11 septembre 1883, à Saigon, en Cochinchine, territoire de l’Indochine française. Il est le fils naturel d’Eleuthère Chavigny de la Chevrotière et de Nguyen Thi An. Jacques de la Chevrotière indique même le jour de déclaration des parents devant un officier d’Etat-civil : il s’agit du 20 décembre 1883.

 

 

Le journaliste.

 

Henry passe une partie de son enfance puis de sa jeunesse en métropole. Entre autres, il est lycéen à Bordeaux. Il retourne par la suite en Indochine où il entame une carrière de journaliste. Entre 1917 et 1926, il travaille pour le journal L’Impartial ; puis de 1928 à 1942, à la Dépêche, dont il est directeur et propriétaire. Il fait partie de ces personnalités de la vie saïgonnaise, connu pour ses positions de défense des intérêts de la Mère patrie.

 

 

La polémique avec André Malraux.

 

Honoré de Balzac a écrit : « Le journalisme est une catapulte mise en mouvement par de petites haines ». Cette phrase décrit parfaitement la polémique qui oppose en 1925 Henry Chavigny de la Chevrotière à André Malraux.

 

En 1923, André Malraux, âgé seulement de 22 ans, accompagné de son épouse Clara, effectue le voyage de métropole en Indochine. Impressionnés par les connaissances encyclopédiques du jeune homme, le musée Guimet puis l’Ecole Française d’Extrême-Orient leur délivrent des laissez-passer pour explorer des temples de la région d’Angkor, au Cambodge. L’aventure devient rocambolesque quand les malles et bagages de Malraux et de ses compagnons d’infortune sont ouverts, au moment du retour, et que les Autorités y trouvent près de huit cents kilos de pierres et de morceaux de bas-reliefs, arrachés aux temples.

 

Les pilleurs sont condamnés. La presse indochinoise, à commencer par l’Impartial se déchaîne contre André Malraux. Lequel, s’étant lié d’amitié avec Paul Monin, avocat et fondateur du journal l’Indochine, revient deux ans plus tard à Saigon. Par journaux interposés, les protagonistes s’affrontent. Qu’on en juge, les titres parus dans le journal l’Indochine étant éloquents : « Première lettre à Monsieur Henry, d’En-avant-pour-l’arrière, moraliste sévère et journaliste sain » ; « Encore Chevrotière. Secondaire sapajou : le soporifique Delong » ; « Au très pur, très noble, très loyal gentilhomme Henry Chavigny d’En-avant-pour-l’arrière, ancien indicateur de la Sureté »…

 

Ce à quoi Henry Chavigny répond, dans l’Impartial : « Des documents, des preuves : Paul Monin vendu aux Bolchéviques chinois ! ». Et Malraux de rétorquer : « A Chavigny, vierge et martyr » !

 

Il est vrai que l’écrivain et futur ministre de la Culture, a déjà des sympathies pour les révolutionnaires communistes, Paul Monin également, et qu’à l’époque, avoir ce genre de sentiments est totalement incompatible avec ce qui fait aux yeux de l’opinion publique la grandeur de la France : le colonialisme (toute les tendances politiques, y compris les socialistes, soutiennent le colonialisme) et ses apports bénéfiques aux populations dites alors « indigènes ». Malraux se défend du raccourci entre communisme et colonialisme. Soutenu par des écrivains, des artistes, des intellectuels et quelques savants, il prêche un peu dans le désert… Pour autant quelques-uns de ses articles font grand bruit, jusqu’en métropole : défendant les idées d’émancipation du peuple indochinois – que l’on appellera bientôt vietnamien – Malraux s’attire le soutien d’une certaine bourgeoisie locale, et qui deviendra peu à peu, plus influente.

 

Les années passent. Henry Chavigny de la Chevrotière devient un personnage incontournable de la presse et de la présence française en Indochine.

 

 

Un assassinat.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Henry Chavigny de la Chevrotière créé un nouveau journal qui prend le nom d’Union Française. Dès les premiers événements de 1946, le journaliste est un fervent défenseur du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. Il est connu de la plupart des gouverneurs et des responsables militaires, dont le moindre n’est certainement pas le général Jean de Lattre de Tassigny. Celui-ci, nommé en décembre 1950, est accompagné de plusieurs officiers généraux dont René Cogny, Polytechnicien, et général de brigade dans l’Artillerie.

 

Pour ses positions, ses idées, Henry Chavigny de la Chevrotière est assassiné le 12 janvier 1951. La dépêche de l’Agence France-Presse indique : « Vendredi, à 12h35, M. de la Chevrotière se rendait dans sa Hotchkiss décapotable de son bureau à son domicile rue des Epargnes, en passant comme à l’accoutumée par la rue Richaud. Peu avant le carrefour Richaud – Evriaud des Vergnes, il fut dépassé par une jeep portant le numéro jaune du Corps consulaire, occupée par deux terroristes. Arrivé à la hauteur de la voiture de M. de la Chevrotière, celui qui ne conduisait pas jeta deux grenades dans la Hotchkiss. M. de la Chevrotière en saisit une et s’apprêtait à la relancer quand elle explosa. Sa main fut arrachée. Atteint au corps et à la tête qui fut criblée d’éclats, M. de la Chevrotière mourut presque instantanément. L’autre grenade atteignit le chauffeur qui accompagnait M. de la Chevrotière et fut grièvement blessé ».

 

Quelques jours plus tard, le Haut-commandement décide de décorer, à titre posthume, Henry Chavigny de la Chevrotière. Un article paru dans le journal l’Union française reprend les textes de la déclaration : « Au nom du général de Lattre de Tassigny, le général Cogny décore à titre posthume M. de la Chevrotière de la croix de la Légion d’honneur et de la croix de guerre des T.O.E. – nb : Théâtres des Opérations Extérieur – avec palmes. Journaliste de grande classe qui, après avoir dépensé sans relâche et sans souci pour défendre la cause de l’amitié franco-vietnamienne dont il a été l’un des premiers pionniers. Condamné à mort par les terroristes, ayant échappé par miracle à deux attentats, n’a pas hésité à continuer son œuvre. Est tombé en soldat le 12 janvier 1951, donnant ainsi l’exemple de courage et de ténacité ».

 

Une seule question subsiste : pourquoi le nom d’Henry Chavigny de la Chevrotière se trouve-t-il sur le monument aux morts de la ville d’Issy-les-Moulineaux ?

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 10 Septembre 2009

Naître à Ploudalmézeau.

 

Ploudalmézeau est un village de la côte nord du département du Finistère. Face à l’île Carn, baignée par la mer d’Iroise, entourée d’abers – discrets estuaires ouverts grâce à de petites rivières – la commune est fière de son histoire multimillénaire, de ses marins, de ses légendes. C’est qu’ici, comme dans toute la Bretagne, on ne plaisante pas avec le Rocher du Serpent, le Seigneur aux oreilles de cheval ou encore le Roc’h An Diaoul – Rocher du Diable. Le pays est beau, magique, attachant. La Compagnie des Indes Orientales est proche ; l’épopée des corsaires encore dans les mémoires. Au-delà de cette mer, souvent déchaînée, tout n’est que paysages lointains, aventures incroyables, conquêtes à mener, territoires à découvrir.

 

C’est en ces lieux que Jean-Louis Eozenou naît, au cœur de l’été 1921, le 26 juillet exactement. Peut-être rêve-t-il, lui aussi, d’Orient et d’aventures ? Quoi qu’il en soit, il s’engage dans un bureau de recrutement du département de la Seine dans la « Coloniale » et débarque en Indochine en 1946.

 

Les troupes coloniales.

 

 

Au commencement, c’est-à-dire sous le cardinal Richelieu, il y a les « Compagnies ordinaires de la mer » : des troupes, dépendantes du Ministère de la Marine, chargées de protéger les navires, de combattre lors des abordages. Puis, des missions d’occupation et de « pacification » leur sont confiées dans des territoires qui deviennent des colonies. De « Marine », ces compagnies se transforment peut à peu en unités terrestres.

 

A la fin du XIXème siècle, plusieurs régiments sont créés. Rapidement un distinguo est fait entre les Troupes d’Afrique (tirailleurs sénégalais, algériens, marocains, zouaves, chasseurs d’Afrique…) et les autres troupes coloniales (tirailleurs annamites, malgaches…). Mais les bases sont les mêmes : les soldats sont recrutés localement (forcés dans certaines régions) et les effectifs sont complétés par de jeunes gens de la Métropole. Cette constitution permet une vraie intégration au cœur des pays concernés, ne serait-ce que pour des questions de langues, de connaissance du terrain et des coutumes. Les officiers sont généralement européens ; il n’en pas de même des sous-officiers : les archives et documents abondent et montrent souvent des brigadiers, caporaux, sergents (…) issus des populations locales.

 

En 1900 ces troupes, qui forment une armée au même titre que l’Armée de Terre ou la Marine, passent sous l’autorité du Ministère de la Guerre. Alors, ces soldats, qui se faisaient appelés « Marsouins » ou encore « Bigors » deviennent la Troupe coloniale, donc des « coloniaux ». De nouvelles unités sont conçues tels les Goum ou les Spahis marocains, ou encore des régiments mixtes (qui portent bien leur nom) pour les territoires colonisés. Il devient évident que pour des troubles extérieurs à la nation, ces troupes sont envoyées en priorité. C’est ainsi le cas des Zouaves dans le cadre de la révolte des Boxers en Chine, en 1901.

 

Bien entendu, pendant la Première puis la Seconde Guerre mondiale, les troupes coloniales sont employées, souvent en première ligne. Pour autant, il ne faut pas imaginer que cela fut systématiquement le cas. Beaucoup d’exagérations ayant été proférées… De même, des régiments coloniaux contribuent à la reconquête du territoire national, principalement avec le général Leclerc (Régiment de Marche du Tchad, 1er et 3ème Régiment d’artillerie coloniale). Selon la formule consacrée, les soldats s’engagent pour la « durée de la guerre » et suivent Leclerc en Indochine en 1945, dans le cadre du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) dont les effectifs sont d’environ 115.000 hommes entre 1946 et 1949, avec plus de 30 % d’homme d’origine indochinoise.

 

 

Les troupes coloniales en Indochine.

 

En Indochine, sont engagés les régiments suivants :

 

– Régiments ou bataillons d’infanterie coloniale : 1er, 2ème, 5ème, 6ème, 9ème, 11ème, 16ème, 21ème, 22ème, 23ème, 43ème.
– Le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc.
– Le Régiment de marche du Tchad.
– Bataillons de tirailleurs sénégalais : 13ème, 24ème, 26ème, 27ème, 28ème, 29ème, 30ème, 31ème, 32ème, 104ème.
– Bataillons de marche d’Afrique occidentale française : 1er et 3ème.
– Le 2ème Bataillon de marche d’Afrique centrale française.
– Bataillons de marche d’Extrême-Orient : 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème.
– le Bataillon de marche indochinois.
– Les 1er et 4ème Régiment de tirailleurs tonkinois.
– Le Bataillon annamite.
– Le Bataillon des forces côtières du Tonkin.
– Les 1er et 2ème Bataillons muongs.
– Les 1er, 2ème, 3ème Bataillons thaïs.
– Bataillons de chasseurs laotiens : 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème.
– Le Régiment mixte du Cambodge.
– Bataillons coloniaux de commandos parachutistes : 1er, 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème, 10ème.
– Bataillons de parachutistes coloniaux : 1er, 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème, 8ème, 9ème.
– Les 4ème, 10ème et 41ème Régiments d’artillerie coloniale.
– Le Régiment d’artillerie coloniale du Maroc.
– Le Groupement d’artillerie coloniale de l’Afrique occidentale française.
– Le Groupement d’artillerie coloniale de montagne du Levant.
– Le Régiment blindé colonial d’Extrime-Orient.
– Les 61ème, 71ème, et 72ème Bataillons de Génie coloniaux.
– Les 71ème et 72ème Compagnies coloniales de transmissions.
– Des compagnies coloniales de réparation automobile, de réparation du matériel, d’ouvriers du service du matériel.
– Le Groupement de commandos mixtes aéroportés.

 

 

Le Régiment mixte du Cambodge.

 

A son arrivée en Indochine, Jean-Louis Eozenou signe son engagement au sein du Régiment de marche du Cambodge, nouvellement créé. Appelé en 1947, Régiment mixte du Cambodge, cette unité est chargée du maintien de l’ordre dans une partie du pays, face aux événements qui secouent la Cochinchine voisine.

 

Jean-Louis Eozenou côtoie deux grandes figures militaires françaises, compagnons de la Libération et grands officiers de la Légion d’Honneur : Aimé Teisseire, qui en 1946, alors qu’il est commandant de compagnie, reçoit trois citations et est promu officier de la Légion d’Honneur pour services exceptionnels et, en 1947, Raymond Appert, qui est désigné commandant du régiment.


 

 

 

Les combats au Cambdoge entre 1946 et 1953.

 

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pays, colonie française, est occupé par les Japonais, qui y encouragent le nationalisme, mais laisse le Gouvernement de Vichy, collaborateur, gérer l’administration centrale. Le Gouverneur général de l’Indochine, l’amiral Jean Decoux, décide de placer à la tête du Cambodge Norodom Sihanouk, prince âgé de 19 ans, dont il pense que la jeunesse en fera un allié sûr et docile.

 

En mars 1945, les Japonais réalisent un coup de force en Indochine et enferment – ou exécutent – responsables politiques et militaires français. Norodom Sihanouk en profite pour proclamer l’indépendance de son pays, appuyé en cela par l’armée du Soleil levant. Mais l’espoir de liberté se transforme rapidement en confusion quand les Cambodgiens réclament le départ des Japonais. S’y ajoute le mouvement communiste qui embrase toute la péninsule. Le général Leclerc, à la tête du CEFEO, rétabli l’ordre en prenant la capitale cambodgienne, Phnom-Penh, à la fin de l’année 1945. Norodom Sihanouk manœuvre intelligemment en se plaçant au cœur de l’échiquier politique et indiquant qu’il est à la fois le meilleur allié de la France et celui qui peut régler les conflits internes aux différentes factions cambodgiennes.

 

En 1947, la France créé, copiant le modèle du Commonwealth, l’Union française, nouveau nom de son empire colonial. Le Laos, le Cambodge, la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin y adhèrent. 1949 apparaît comme un tournant : la France est de plus en plus prise par la guerre au Tonkin. En Chine, le pays vient de basculer sous la coupe de Mao Zedong. Le Vietminh se voit subitement, et de manière considérable, aidé par ces nouveaux alliés. De ce fait, les partisans communistes peuvent fomenter des mouvements insurrectionnels aussi bien au Laos qu’en Cochinchine ou au Cambodge. Et ils installent dans ces pays des bases arrières qui permettent l’approvisionnement des troupes massées dans le nord, c’est-à-dire au Tonkin. C’est au cours de l’un de ces accrochages que Jean-Louis Eozenou perd la vie, tué par balle, le 8 juin 1949, à Phu My Kandol.

 

De son côté, Norodom Sihanouk continue sa politique habile : en octobre 1953, le Cambodge est proclamé Etat indépendant.  Quant aux Troupes coloniales, après l’indépendance de l’ensemble des territoires de l’Indochine, et des autres colonies, elles reprennent le nom originel de Troupes de Marine et deviennent une arme de l’Armée de Terre.


Norodom Sihanouk
(1922 - 2012)

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 21 Mars 2009

Vue aérienne de Diên Biên Phù  - Fin 1954 - au centre, la rivière de la Nam Youn. Entre les deux points, l'ancienne piste d'atterrissage.

 

A Diên Biên Phù.

 

« A Diên Biên Phù, nous avons tous fait notre travail en soldat. Je prends en exemple les légionnaires de la Compagnie de Commandement du Bataillon (CCB) du 1/13 DBLE, qui avec sa Section Pionniers fut à toutes les pointes des combats, soit comme section de choc, soit avec les M5 Extincteurs Spéciaux que les anciens connaissent très bien et qui étaient célèbres pour leur efficacité dans les préparations d’attaque ou pour enrayer les assauts ennemis.

 

La Section Mortiers de l’adjudant Adamait fut elle-aussi à la pointe des tous les combats. Pour sa part, elle agissait soit en tir d’appui et de barrage, soit en unité de combat, ce qu’elle fit à la fin après avoir détruit ses dernières pièces. Il faut également citer le travail remarquable de l’unité de transmission, avec les caporaux Guenzi et Piccinini, le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint et tant d’autres encore. Quant au Service de santé avec Stermann, c’est bien simple, il était présent à chaque instant.

 

Je tiens également à préciser que les derniers à passer la Nam Youm, le 8 mai 1954 – c’est-à-dire le lendemain de la reddition du chef du GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest, le général de Castries) – furent les éléments de la CCB 1/13 aux ordres du capitaine Coutant, la Section Pionniers, la transmission, plus les survivants des trois compagnies du capitaine Capeiron, du lieutenant Viard, du lieutenant Bacq et du lieutenant de Chapotin. D’autres noms m’échappent. Ils passèrent vers 15h après avoir soutenu les assauts des Bodoïs sur Eliane 2.

 

Après avoir tiré le dernier obus, la Section Mortiers détruisit l’unique pièce et prit part au combat comme unité fantassin. Le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint en firent de même après la destruction des matériels de transmission. Les caporaux Guenzi et Piccinini assurèrent la liaison radio jusqu’au dernier moment avant la destruction de leur matériel.

 

C’était la fin. Les Viet arrivaient de partout. Nous étions encerclés, prêt au sacrifice suprême. Piccinini et Guenzi brûlèrent le fanion de la compagnie. Ordre était donné de nous rendre. L’humiliation.»

 

Pour ses actes de guerre et de bravoure, Giacomo Signoroni reçut la médaille militaire, sur le champ de bataille. La fin de l’aventure indochinoise est connue. Après le désastre militaire, et face à des dizaines de milliers de soldats ennemis, les troupes du Corps Expéditionnaire capitulent. S’ensuit une marche de près de 700 kilomètres, dans des conditions épouvantables, à travers la jungle pour rejoindre l’est du pays (Giacomo Signoroni est enfermé au Camp 73).

 

Les pertes humaines à Diên Biên Phù sont d’environ 3.000 morts au combat ou disparus, plus de 4.400 blessés. Le 8 mai 1954, les hommes du général Giap font 10.948 prisonniers. Au moment de la restitution de ces mêmes prisonniers, en septembre 1954, 7.658 hommes manquent à l’appel…

 

 

L’Algérie.

 

Au retour de l’Indochine, Giacomo Signoroni est muté dans un Régiment Etranger de Cavalerie. Entre 1954 et 1960, il combat les fellaghas à la frontière marocaine dans la région de Colomb-Béchar. Raccourci tragique de l’Histoire : c’est en ces lieux que disparut le 28 novembre 1947, le général Leclerc, qui avait été à le premier chef du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient en 1945-46.

 

Là, Giacomo Signoroni prend part à moult opérations dans les montagnes de l’Atlas Saharien. Puis il suit son unité à Saïda, dans l’arrière-pays oranais, non loin de Sidi-Bel-Abbès, patrie d’origine de la Légion. D’ailleurs, la perte de l’Algérie sera un traumatisme pour elle, comme pour de nombreuses unités. Même si la Légion perd dix fois moins d’hommes qu’en Indochine, de nombreux militaires pensent qu’ils ont été lâchés par le pouvoir politique, quand la victoire par les armes, elle, était acquise. Contrainte de quitter le pays, la Légion étrangère brûle en partant le pavillon chinois, pris en 1884 à Tuyen Quang, et qui ne devait pas quitter Sidi-Bel-Abbès. Elle emporte les reliques du Musée du Souvenir et exhume les cercueils du général Rollet (Père de la Légion), du prince Aage du Danemark et du légionnaire Heinz Zimmermann, dernier tué d’Algérie. Elle s’installera à Aubagne, dans le département des Bouches-du-Rhône.

 

Mais Giacomo Signoroni n’est déjà plus concerné…

 

 

Après les guerres...

 

En 1958, il se marie. De cette union, naissent une fille puis un garçon. Peu avant la naissance de son premier enfant, il quitte l’armée. Il est des rôles, des aventures, qui le temps venu, l’expérience acquise, vous semblent plus petits que le plus petits des Etres.

 

Le retour en France a lieu en 1961. Giacomo Signoroni, officier de la Légion d’honneur, commence une nouvelle vie, une nouvelle carrière au sein de plusieurs entreprises de sécurité et des centres de surveillance.

 


 

Giacomo Signoroni devant le monument au morts de la Chapelle de Rancourt, dans la Somme. 22 mars 2009.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 14 Mars 2009

 

La mission.

 

 

L'assaut contre le camp retranché de Diên Biên Phù est déclenché le 13 mars 1954, contre le point d’appui (PA) Béatrice, alors sous le commandement du commandant Pégo. C’est une pluie d’obus qui s’abat sur le PA, et ce à l’étonnement général. Le colonel d’artillerie Piroth avait juré qu’aucun obus ne serait tiré sur le camp. Prenant acte de son erreur, il se suicide quelques jours plus tard à l’aide d’une grenade. En fait, les troupes du Vietminh ont mobilisé des dizaines de milliers d’hommes pour creuser des galeries un peu partout à l’intérieur des collines qui entourent le camp retranché. Elles y ont placé des canons, qu’elles peuvent aussitôt le coup parti rentrer dans leur cachette. Le commandement français devient fou ne sachant d’où viennent les obus.

 

Quant au PA Béatrice, comme les autres PA d’ailleurs, ses constructions n’ont absolument pas été faites en prévision de bombardements. En quelques heures, les voilà pulvérisées…

 

Giacomo Signoroni : « En qualité de Chef de la Section Pionniers, je fus convoqué par le lieutenant Bacq, commandant la C.C.B. (Compagnie de Commandement du Bataillon) du 1/13 DBLE (1er bataillon de la 13ème demi-brigade), le 14 mars 1954 vers 8 heures. Etaient présents : le chef de bataillon Brinon, commandant le 1/13 DBLE, le lieutenant de Chapotin, officier de transmission du 1/13 DBLE et le capitaine Stermann, médecin-chef du 1/13 DBLE.

 

Une trêve venait d’être signée jusqu’à midi. Le lieutenant Bacq me donna des explications sur ma mission :

 

- Rassembler au complet sans armes.

- Tenue de combat, casque lourd, toile de tente, couverture, bidon plein d’eau, le maximum de brancards, pelles de campagne.

- Pas d’insigne de l’unité et du grade.

 

Mais les officiers revinrent sur ce dernier point devant ma ferme attitude à vouloir conserver les insignes de grade. Ma mission consistait en les éléments suivants :

 

- Me rendre sur le PA Béatrice – le camp retranché de Diên Biên Phù était entouré de PA aux noms de Gabrielle, Anne-Marie, Huguette, Dominique, Eliane, Claudine, Béatrice, Françoise et Isabelle – perdu la nuit du 13 au 14 mars 1954, après de durs combats.

- Récupérer les blessés, les morts, reconnaître les corps et en particulier ceux des officiers.

- Me rendre compte de la situation sur le PA Béatrice. Deux Dodge 6x6 furent mis à ma disposition, plus une jeep pour l’équipe médicale, dirigée par le capitaine Stermann, assisté du caporal infirmier Sgarbazzini et deux infirmiers de son équipe médicale.

 

L’organigramme de ma section était ainsi composé :

 

- Moi-même, adjudant Signorini.

- Sergent Trumper (qui fut tué le 17 mars 1954).

- Caporal-chef Miguel Leiva.

- Caporal Joss Mirko.

- Les légionnaires : Gutierez, Pregati, Clément, Redina, Bosio, Blanc, Andreis, Nitch, Radwaski, et d’autres encore dont les noms m’échappent plus de cinquante ans après les faits. » 

 

En direction du PA Béatrice.

 

« A 9h, à bord de nos véhicules, nous démarrâmes en direction de l’antenne chirurgicale où nous retrouvâmes l’équipe médicale du capitaine Le Damany, médecin-chef de la 13 DBLE, ainsi que le Père Trinquant, aumônier de la demi-brigade. En tête du convoi se trouvaient les quatre véhicules de l’équipe médicale, battant pavillon de la Croix Rouge : la jeep du capitaine Le Damany, une ambulance, la jeep du capitaine Stermann et le véhicule du Père Trinquant. Suivaient mes deux Dodge plus un camion GMC pour les légionnaires.

 

Le convoi prit la direction du PA Béatrice. Un kilomètre avant l’arrivée sur le PA, je remarquai deux emplacements de mines antichars, de chaque côté de la route, ainsi que plusieurs autres pour des armes automatiques, et en particulier des SKZ, placés à mi-hauteur sur les pentes qui surplombaient le chemin. De même, je vis des recoins de combats, destinés certainement à une compagnie pour une embuscade. Tous ces dispositifs ne pouvaient être là que pour nous empêcher de dégager Béatrice.

 

A l’entrée du PA, la barrière était fermée. La chapelle était intacte. Par contre, le terrain tout autour était labouré par les obus et les mortiers. Notre convoi stoppa à la chapelle. Je fis mettre pied à terre et disposait les véhicules pour le retour. Ordre était donné aux chauffeurs de ne pas bouger, prêts à toute éventualité.

 

Sur Béatrice même, régnait un silence pesant. Un silence de mort et de désolation. Les abris étaient démolis, les tranchées pleines de terre, à la suite des éclatements des obus ou des grenades. C’était évident : la lutte avait dû être dure et farouche. Mais, en dépit de ces images de dévastation, j’avais un sentiment étrange : il y avait une présence vivante autour de nous. Etait-elle amie, ennemie ? Nous partageâmes cette intuition. Aussi, disposais-je mes légionnaires en plusieurs équipes, et nous commençâmes la montée sur Béatrice. Nous progressions difficilement, fouillant avec minutie les abris à la recherche de survivants.

 

Avec l’équipe du caporal-chef Leiva, je me rendis à l’abri du PC (poste de commandement) du commandant Pegot, situé au sommet du point d’appui. Le Père Trinquant me rejoignit. Le toit de l’abri était effondré ; les créneaux et l’entrée étaient bouchés par des éboulements. Il était impossible de constater si des corps se trouvaient sous les décombres. Je présumai que les restes du commandant Pegot, du capitaine Pardi étaient ensevelis, avec tous les occupants du PC. »

 

 

Face-à-face avec un officier Vietminh.

 

« Je descendis vers la rivière appelée Nam Youm (il faut la traverser en quittant le PC du général de Castries, Béatrice étant une des collines les plus éloignées). Partout régnait ce même silence de mort. A mi-chemin, un officier Vietminh, dont j’avais remarqué la présence (certainement un commissaire politique) m’interpela et me signala que sur cette piste se trouvaient trois blessés, abandonnés, surpris comme les autres par l’attaque de nuit. Mais pour quelle raison auraient-ils été laissés là, alors que, visiblement, les Bodoïs avaient emporté les morts et les blessés du Corps Expéditionnaire ? Tout à ma mission, je remontai vers le sommet du PA et, face à la chapelle, nous trouvâmes un mort, à moitié enseveli sous les décombres. Je ne découvris pas son identité.

 

Le même officier Vietminh m’interpela à nouveau et m’indiqua que tous les survivants officiers, sous-officiers et légionnaires avaient été conduits vers des camps de captivité, les blessés vers des infirmeries et des hôpitaux, et que les morts avaient été ensevelis dans les abris effondrés et dans les tranchées. A ma demande sur le sort des officiers, sa réponse fut la suivante : « Tous les prisonniers seront bien traités chez nous ». Puis, il me confia une bouteille de rhum en me disant : « Pour vos blessés ». Enfin, il me serra la main et me souhaita bonne chance.

 

Plus de cinquante ans après, je me pose encore la question : comment cet officier ennemi a pu s’adresser à moi, alors que j’étais en mission, et entouré de trois officiers, portant bien visibles leurs galons ? Peut-être s’agissait-il encore une fois de cette philosophie vietnamienne dont on parlait tant.

 

Vers 11h, un tir d’artillerie fut déclenché depuis les camps retranchés. Les obus de 155 visaient les collines entourant le camp retranché de Diên Biên Phù. Alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur, pourquoi ce tir, sachant que des éléments français se trouvaient en ce moment même en zone Viet pour effectuer une mission humanitaire. Nous continuâmes rapidement nos recherches et nous récupérâmes les trois officiers dont avait parlé notre ennemi. Il s’agissait des lieutenants Pungier, Jego, et Carrière. Mais le temps de notre mission étant compté, nous dûmes rentrer à la base non sans avoir essuyé un nouveau tir d’artillerie à hauteur de l’antenne chirurgicale. Nous eûmes à déplorer un blessé léger.

 

Et je rendis compte de ce que j’avais vu à l’officier des renseignements et retrouvai mon unité vers midi. Plus de cinquante-cinq après, mon cher Rignault, je tiens à préciser une fois pour toutes et en particulier à ceux qui écrivent des bons livres, que les artisans de cette mission sont bien ceux cités et non d’autres. Il s’agissait bien de la 13ème DBLE et en particulier de la Section Pionniers ».

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Mars 2009

Insigne de la 13ème DBLE.
 

L’engagement.

 

Janvier 2009, rue Foucher-Lepelletier, au domicile de Madame et Monsieur Giacomo Signoroni, autour d’un verre de Marsala, nous évoquons son engagement dans la Légion étrangère.

 

Giacomo Signoroni est né en 1921 dans le petit village de Castagneto Po – connu depuis que sa native la plus célèbre est devenue Première dame de France – situé à quelques kilomètres de Turin, au cœur du Piémont. Les industries automobiles Fiat et l’agriculture, entre autres, assurent la prospérité de la région.

 

« J’ai assisté à pas mal d’atrocités, indique Giacomo Signoroni, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Italiens étaient les alliés des Allemands. Avec eux, cela pouvait aller. Tout a dégénéré quand les Américains sont arrivés et que la population s’est coupée en deux : il y avait d’un côté ceux qui voulaient se battre pour le Duce, de l’autre, ceux qui voulaient aider la libération du pays. Puis le Duce a été renversé et la liberté est revenue. Mais j’en avais trop vu. J’ai décidé d’émigrer en France, vers Nice et de m’installer. Après quelque temps, je me suis engagé dans la Légion étrangère ».

 

 

La 13ème DBLE.

 

La 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) est créée en 1940, à partir de volontaires du 1er Régiment Etranger d’Infanterie et de troupe basées au Maroc. Elle est alors composée de 55 officiers, 210 sous-officiers et 1.984 caporaux et légionnaires. Destinée à combattre en Finlande contre les troupes de la Wehrmacht, elle est finalement envoyée en Norvège, à Narvik et se couvre de gloire pour son baptême du feu. Après l’armistice, son état-major est placé en Angleterre. Une partie des légionnaires reste dans ce pays et intègre les unités de la France Libre tandis que d’autres rejoignent l’Afrique du Nord. A partir de 1942, la 13ème  DBLE est de tous les combats pour la libération de la France : Bir-Hakeim, Tobrouk, l’Italie puis le débarquement de Provence et la course vers les Vosges et l’Alsace.

 

A Nice, en avril 1945, le général de Gaulle embrasse le drapeau de l’unité, qu’il vient de décorer de la Croix de la Libération.

 

Dans le même temps, le tout jeune légionnaire, Giacomo Signoroni (il prend le pseudonyme de Signorini) intègre l’unité et part pour Bizerte en Tunisie. En son sein, il côtoie des hommes qui vont devenir des célébrités, comme le général Saint-Hillier (Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération),  ou Pierre Messmer, qui un jour sera Premier ministre de la France. Quelques mois plus tard, la Guerre d’Indochine est déclenchée.

 

La 13ème DBLE est envoyée en mars 1946 à Saigon. Sous le commandement du colonel Brunet de Sairigné, cette unité participe à tous les engagements en Cochinchine, au Cambodge et dans le centre du Vietnam, l’Annam. Les chiffres témoignent de l’âpreté des combats : entre 1946 et 1951, l’unité perd 80 officiers, 307 sous-officiers et 2.334 légionnaires.

 

Giacomo Signoroni : « Nous apprîmes la mort de notre chef le 1er mars 1948. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairigné fut tué lors de l’attaque du convoi de Dalat. Il avait 35 ans et c’était un chef exceptionnel et certainement un des plus jeunes officiers supérieurs de l'histoire de la Légion étrangère ».

 

A partir de 1951, la 13ème DBLE est transportée dans le Tonkin où, là encore, elle s’illustre à de nombreuses reprises. En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Définitivement. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos pour éviter la contagion communiste. Les 1er et 3ème bataillons y sont envoyés.


 

Largage au-dessus de Diên Biên Phù (on distingue les parachutes au centre de la photographie) - Novembre 1953.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 1 Février 2009

Le 12 avril 2008, Charles Richez, isséen, disparaissait dans sa 97ème année.

 

Formation.

 

Charles Richez, des pilotes, mécaniciens et des militaires devant un trimoteur Bloch 120 en 1935


Né le 11 novembre 1911, Charles Richez, passe avec succès plusieurs années d’études puis s’engage pour quatre ans au Centre des Spécialités de l’Aviation Militaire de Bordeaux en 1931. Il en sort en 1932 avec le Brevet supérieur de Mécanicien navigant. Diplôme en poche, il est affecté à l’Escadrille n°2 de Thiès au Sénégal puis au détachement d’Atar, en Mauritanie, à l’époque classé « Zone de guerre », où il effectue des opérations dans le Rio d’El Oro, à Fort Gouraud, Fort Trinqué et jusqu’aux confins marocains à Tindouf, et algériens, à Chegga.

 

Charles Richez se fait remarquer à l’occasion de ces missions et il reçoit une Citation à l’Ordre des Troupes de l’AOF (Afrique Occidentale Française), avec une Médaille coloniale, agrafe « Sahara ».

 

Ceci se déroulait à l’époque de la splendeur de la compagnie aérienne l’Aéropostale. A cette occasion, il accueille un des pilotes « stars » de la compagnie : Jean Mermoz.

 

Il convient de dire quelques mots sur cette entreprise. La Compagnie générale aéropostale a été une compagnie aérienne française. Créée en 1919, par Marcel Bouilloux-Laffont, en collaboration avec Pierre-Georges Latécoère, sous le nom de la Société des Lignes Latécoère puis en 1921 celui de la Compagnie générale d’entreprises aéronautiques, sa mission consiste à ouvrir et exploiter une ligne aérienne transatlantique dédiée au service postal, puis au transport de passagers. Une ligne qui part de Paris pour rejoindre l’Afrique Occidentale Française via l’Espagne et le Maroc puis l’Amérique du Sud depuis le Sénégal. En 1930, sous le nom de Compagnie générale aéropostale, dotée de 200 avions, de 17 hydravions, la société emploie 1.500 personnes. Parmi les pilotes les plus célèbres, figurent donc Jean Mermoz et Antoine de Saint-Exupéry. Du fait de la crise économique du début des Années 30 et d’un manque de soutien des autorités françaises, la société fait faillite en 1933 et intègre un nouvel ensemble aéronautique, nommé Air France.

 

La base de Bach Maï et le camp de Hoa-binh.

 

De retour en 1935, et après un séjour de trois années dans différentes base de la Métropole, Charles Richez est envoyé en Indochine. Il sert au Tonkin, à Hanoï, au sein de la base 1/595 de Bach Maï, à Hanoi. Il effectue également des opérations et des séjours au Laos, au Siam et au Cambodge.

 

Après la défaite de 1940, l’Indochine française est restée fidèle au régime de Vichy. Sous le commandement de l’amiral Decoux, la politique locale consiste à temporiser face à des ennemis – mais « compréhensifs » à l’égard de l’Etat français ouvertement collaborationniste – qui occupent partiellement le Tonkin. Cinq ans plus tard, devant l’avance des Alliés en Europe, et dans une volonté jusqu’au-boutiste, les Japonais décident un coup de force : ils incitent les Vietnamiens à proclamer leur indépendance et envahissent toutes les villes indochinoises. Le 9 mars 1945, Charles Richez subit l’assaut des troupes ennemies et est, comme ses compagnons d’infortune, enfermé dans la citadelle d’Hanoï. Les 60.000 soldats français, répartis dans de multiples petites garnisons, ne peuvent pas grand-chose et sont rapidement débordés. Des milliers d’européens, militaires et civils confondus, sont massacrés. Et ce, « sous les yeux des Vietnamiens, qui comprennent à cet instant que la France est loin d’être invincible » indique la journaliste Brigitte Friang, dans ses ouvrages sur la Guerre d’Indochine.

 

Dans les jours qui suivent ce coup de force, Charles Richez est envoyé au camp de Hoa Binh, appelé « Camp de la Mort », car seulement quelques détenus réussissent après des années de captivité à regagner la Mère patrie. Le 8 juin 1948, Monsieur Durand-Reville, rapporteur de la commission de la France d’Outre-mer, prononce ces paroles : « La faim, le paludisme, la dysenterie firent de terribles ravages dans les camps de détenus dont les plus sinistres incontestablement furent ceux de Hoa-Binh, aux confins du delta tonkinois et de la Moyenne-région. Hoa-Binh, lieu d’enfer où furent envoyés à partir du mois d’avril 1945 près de 4.000 détenus, hommes de troupes et officiers subalternes ».

 

Retour en France.

 

Libéré à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Charles Richez regagne la Métropole où, peu à peu, il se rétablit. Il est engagé à la Direction Technique et Industrielle de l’Aéronautique du Ministère de l’Air en tant qu’ingénieur au Service de la Production Industrielle. Il y poursuit sa carrière pendant 17 ans. Il remplit des missions importantes, entre autres au moment de la Guerre d’Algérie, ce qui lui vaut les félicitations du Délégué ministériel pour l’Armement. De cette époque date également son installation à Issy-les-Moulineaux.

 

En 1960, il intègre la Société des Avions Marcel Dassault où il termine son expérience professionnelle, en 1979, en tant que Chef de Département des Avions en Service. Il contribue, au début des années 1970, à introduire l’informatique dans ce service.

 

A la retraite, Charles Richez reste actif, notamment au sein de la Fondation Charles de Gaulle et d’autres associations comme les Vieilles Tiges et les Vieilles Racines, ou encore le Tomato Club.

 

Le Club du Tomato.

 

Charles Richez était Chevalier de la légion d’Honneur, Médaille militaire, Médaille de l’aéronautique, Médaille des Arts, Sciences et Lettres. Il était donc un pilier du Club du Tomato, association aéronautique.

 

L’existence du club remonte à la Première Guerre mondiale, quand les pilotes rencontraient les ingénieurs pour discuter des améliorations à apporter à ces « drôles d’engins volants ». Connu pour ses déjeuners du vendredi, le Club du Tomato prend ce nom, dans les Années 30, quand des membres, reçus aux Etats-Unis, se voient offrir du jus de tomate en guise d’apéritif par leurs hôtes, prohibition oblige !

 



 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 3 Octobre 2008

 

Départ pour la chasse à dos d’éléphants ; région de Buon (Ban) Me Thuot (vers 1930).

 

 

Juin 2008. A la terrasse du café Le Comptoir d’Issy, nous rencontrons Louis Fortunat.

 

L'engagement. Le colonel Fabien.

« Je suis Lorrain. C’est dire si dans ma famille les invasions allemandes, on connaît ! Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, mes deux frères, au front, se retrouvèrent rapidement prisonniers. Etant âgé de 16 ans en 1940, je n’avais pas été incorporé. Mais, dans l’insouciance de ma jeunesse, et je dois bien avouer que j’étais un peu « tête brulée », je ne pouvais m’empêcher de montrer mon hostilité à l’envahisseur. Ce qui donnait souvent des soucis à ma pauvre mère. Ainsi, le jour du 11 novembre 1942, je refusai de saluer un drapeau du IIIème Reich et expliquai mes convictions à l’officier allemand qui me toisait. Je fus immédiatement conduit au poste de police et, de là, emmené dans une mine de fer de Lorraine où on m’intima l’ordre de ne pas me faire remarquer. Deux ans, deux longues années, je restai enfermé à creuser et pousser des wagonnets. En 1944, je réussis à me sauver et rejoindre les bois pour tomber sur des maquisards. Ils m’aidèrent et bientôt, je fus incorporé dans une unité dirigée par le colonel Fabien ».

Le colonel Fabien est un personnage fort connu de la Second Guerre mondiale. Pierre Georges, alias Fredo, alias le colonel Fabien, est né en 1919. Militant communiste, il est de tous les combats idéaux et militaires entre les deux Guerres mondiales, s’engageant par exemple dans la Guerre d’Espagne en 1936 pour défendre les Républicains. En 1939, du fait qu’il est un dirigeant du Parti communiste français et après le Pacte Germano-soviétique, Pierre Georges est arrêté. Il s’évade d’un train, à l’occasion d’un transfert. En Juin 1941, l’Allemagne nazie attaque l’Union soviétique. C’est pour Pierre Georges le moment de rejoindre la Résistance. En août 1941, il abat un officier allemand sur le quai de la station de métro Barbès. C’est le premier fait d’armes contre un haut gradé de la Wehrmacht. Arrêté en novembre 1942, Pierre Georges s’évade de nouveau au printemps 1943 et, forme une unité de FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) qui participe à la Libération de Paris, puis de la France. Son unité est alors placée sous le commandement du colonel Salan (qui lui-même s’illustrera en Indochine puis en Algérie).

Louis Fortunat : « C’est en Lorraine que je l’ai rencontré. Il était à la tête de la Brigade de Paris, avec le colonel Salan. Pour s’engager, il fallait être majeur, ou pas loin, et signer. C’était aussi simple que cela. Alors, fidèle à moi-même, je suis allé embrasser ma famille et me voilà parti pour faire la guerre. On était en août 1944. A la fin du mois de décembre 1944, j’appris la mort du colonel Fabien. Il avait été tué, ainsi que tout son état-major, par une mine qu’il tentait de désamorcer. Ensuite, nous poursuivîmes en Allemagne. Belle revanche pour un Lorrain ! Et puis, mes supérieurs me parlèrent de l’Indochine. Comme je m’étais engagé « pour la durée de la guerre », j’acceptai. En juin 1945, à Strasbourg, je fus incorporé aux hommes du général Leclerc. Le 12 octobre 1945, à Marseille, à bord d’un navire britannique, L’Orante, nous embarquâmes pour Saigon ».

Le départ pour l'Indochine.

Depuis 1940, l’Indochine est restée dans le giron du gouvernement de Vichy. Le Japon, Empire du Soleil Levant, laisse faire, puis change d’avis et réalise un coup de force le 9 mars 1945 : les Japonais envahissent les villes du Tonkin, d’Annam et de Cochinchine, se rendant maîtres rapidement des maigres garnisons françaises. De nombreux européens sont arrêtés, enfermés, massacrés. Et ce, sous les yeux des Vietnamiens, qui comprennent à cet instant que la France est loin d’être invincible. Le 11 mars 1945, l’empereur Bao-Daï, que tous disent à la botte de la République, proclame l’abolition du protectorat et annonce que le Vietnam prend en main son destin. De même, le prince Norodom Sihanouk, le lendemain, prononce l’indépendance du Cambodge.

En juin 1945, le général de Gaulle charge le général Leclerc d’organiser un corps expéditionnaire dont le but est de faire la guerre, avec les Alliés, à l’ennemi japonais. Intervenir devient urgent car à la conférence de Potsdam, Staline, Churchill et Truman (qui a succédé à Roosevelt, mort en avril 1945) se partagent les pays libérés / à libérer. Pour le Vietnam, ils décident qu’au nord du 16ème parallèle, ce sera une administration chinoise et qu’au sud, elle sera anglaise.

La France ne peut laisser faire. Leclerc fait nommer Jean Sainteny, commissaire de la République en Indochine. Alors que les troupes chinoises pénètrent au Tonkin, que des soldats anglais arrivent au sud, Jean Sainteny tente de faire entendre la voix de la France. Le 23 septembre, une opération surprise, avec des militaires français réarmés, et sans que les Anglais interviennent, permet de reprendre Saigon aux Japonais et leurs supplétifs.

Le 5 octobre, le général Leclerc entre dans la ville. Il est suivi quelques jours plus tard par le groupement Massu de la 2ème Division Blindée et la 9ème Division coloniale. Le général Salan s’installe à Hanoï, en tant que Délégué militaire du Haut-commissaire.

Louis Fortunat : « Nous arrivâmes à Saigon. Quel spectacle ! Moi, petit gars de la France profonde, je voyais des centaines de soldats japonais, immobiles, plantés au garde-à-vous, leurs armes à terre. Ils se rendaient avec dignité et grandeur. On n’entendait pas un mot. Il y avait quelque chose d’invraisemblable là-dedans. Et puis, les opérations commencèrent. Je fus nommé brancardier au sein de l’équipe chirurgicale. Les coloniaux et la 2ème DB progressèrent par l’intérieur du pays quand nous passions par le fleuve. Les premiers accrochages se déroulèrent à Cai-Nin ».

Ban Me Thuot.

Dès son débarquement, le groupement Massu ordonne l’opération Moussac qui permet la libération de plusieurs villes du delta du Mékong : Bentre, Cantho, Vinh Lang, Travinh. Le groupement est appuyé par le bataillon SAS Ponchardier. Le 25 novembre 1945, la ville de Ban Me Thuot est enlevée aux insurgés. Il y a là des éléments du Vietminh, des vietnamiens manipulés par les Japonais, et surtout des Caodaïstes, secte religieuse, forte de 1,5 millions d’adeptes, et alliée du Japon depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Louis Fortunat : « Ban Me Thuot, ce fut terrible. D’abord, on me confia une jeep. Mais je ne savais pas conduire. Un colonel qui s’occupait, entre autres, des chauffeurs, me fit piloter l’engin sur un terrain de football. Et quelques heures plus tard, je domptais ma monture dans les rues du village voisin. Mon rôle consistait à aller chercher les blessés. Je notais les blessures sur un petit carton, que j’attachais au treillis, et je repartais vers l’antenne chirurgicale. Là, le médecin-lieutenant Valon faisait un boulot extra. Il arrivait à soigner des dizaines de blessés en même temps. Et il y avait aussi beaucoup de malades : la dysenterie, les fièvres amibiennes, par exemple, faisaient des ravages. Et moi ? Je ne le fus jamais ! Je passais mon temps à manger des fruits. J’ai dû engloutir des tonnes d’orange. C’est peut-être cela qui m’a sauvé. Le fait d’être en jeep me permettait de voyager partout. Depuis Saigon jusqu’à Hué et le col des Nuages, j’en fis des kilomètres au volant de ma voiture. Ainsi, je me souviens avoir traversé, en pleine nuit, la vallée des empereurs annamites. C’était un spectacle fabuleux de deviner leurs tombeaux. Les statues des souverains, de leurs gardes, des chevaux, se dessinaient sur un horizon d’étoiles et de clair de lune.

En décembre 1946, l’antenne chirurgicale fut placée à Tourane. Je rencontrai le commandant Eugène Guilbaud. Un vrai chef, qui savait se faire obéir ! Grâce à des renseignements obtenus auprès des Chinois, nous apprîmes – je ne le sus qu’après évidemment – qu’une offensive générale Vietminh se préparait. A la tête du 3ème régiment d’Infanterie coloniale, Guilbaud fit merveille et réussit non seulement à couper l’élan des communistes mais en plus à mener la contre-offensive. Il y avait des blessés partout. Je n’arrêtais pas. Une nuit, un officier vint me réveiller. Il fallait faire une autopsie sur un cadavre car le gradé était persuadé avoir à faire à un début d’épidémie. Je protestais, n’étant pas toubib. Me voilà en train de scier le crâne du pauvre gars. Je tentai de me rappeler ce que j’avais vu faire au bloc. Bien entendu, je ne fus pas capable de réaliser le diagnostic.

Une autre fois, il fallait que je surveille un blessé particulier. C’était un légionnaire, originaire de Suède. Un gaillard immense, qui devait approcher les deux mètres et pesait plus de 100 kg. Avec cette corpulence, il passait son temps à faire peur aux Vietnamiens. Je le gardai quelques jours. Je crois qu’il finit par migrer en Australie. »

En ce mois de décembre 1946, l’insurrection communiste est générale en Indochine. Depuis les bombardements sur Haiphong le mois précédent, par l’amiral Thierry d’Argenlieu, les colons français sont systématiquement attaqués. L’ordre finit pas être rétabli, mais au prix de lourdes pertes. « J’ai le souvenir d’avoir vu six légionnaires découpés à la machette. C’était horrible », reprend Louis Fortunat.

Le retour.

« En juin 1947, je repris le bateau pour la Mère patrie. Et pas tout seul ! Je ramenais avec moi ma fiancée. Une infirmière d’Issy-les-Moulineaux, rencontrée dans un hôpital de campagne. Bientôt elle deviendrait Madame Fortunat. Après cette guerre, je fis mille métiers, principalement dans la mécanique de précision. Je faisais aussi beaucoup de sport, comme du football. Je jouais en amateur au Stade Français. Je chantais également. Cela devint presque un second métier. Je pris des cours et m’améliorai. Le dimanche, il m’arrivait de chanter dans des hôtels particuliers, dans des galas où j’accompagnais des vedettes du moment comme Marie-Josée Neuville. Plus d’une fois, je doublai mon salaire ! On peut dire que j’en connus des vedettes du show business comme Eddie Constantine, Philippe Clay et puis Ludmila Tcherina. Quelle belle femme… ».

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 11 Juillet 2008

Rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux, juin 2008 : Madame Renée Pagès nous reçoit et nous parle de son défunt époux : le lieutenant-colonel Henry Pagès.

 


 

 

En 1950, le capitaine Henry Pagès s’engage dans le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) et est affecté au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie). Il rejoint le nord du Tonkin et se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française (septembre 1950), située à la frontière entre Indochine et Chine. L’évacuation tourne au désastre.
Le succès de l’opération repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, venant de Lang Son, autre garnison à la frontière des deux pays. Attaquées et très vite débordées par les Bodoïs Vietminh, les troupes du CEFEO sont massacrées. La grande majorité des survivants est emmenée dans des camps. Seuls 475 soldats et 12 officiers, sur les 5.000 français présents, ont réussi à rejoindre le poste colonial de That Khé à travers la jungle.
Commandant Jean Pouget : « A Diên Biên Phù (NDLR : 7 mai 1954), c’est fini. Nous voilà prisonniers. Les officiers supérieurs ont été séparés de nous. Ils ont fait le voyage en camion. Et nous, nous étions à pied. Je savais que les types qui marchaient pieds nus étaient condamnés. Je savais qu’il y avait 700 kilomètres depuis Diên Biên Phù jusqu’au camp. Des anciens avaient parlé. Nous marchions de nuit. Nous n’avions qu’une boule de riz à manger par jour. Mais on y est arrivé. On a laissé de nombreux camarades sur la piste. La dysenterie, les pieds gangrénés, toutes les maladies possibles. On les abandonnait dans des villages. Ils y mouraient. Et puis, je suis arrivé moi-aussi au Camp n°1. Et là, on a retrouvé les anciens. Des gars qui étaient là depuis des années ».
En 1954, Jean Pouget retrouve le capitaine Henry Pagès, qui lui en est à sa quatrième année de captivité !
Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».
Dans l’article Le Camp n°1 en 1954, paru dans la revue Floréal An X, de l’association des membres de la Légion d’honneur décorés au péril de leur vie (DPLV), Henry Pagès indique : « Tout d’abord, on exigea des prisonniers qu’ils rédigent et qu’ils signent un manifeste collectif à la gloire du régime et à destination de la métropole. La rédaction et la signature ayant fait apparaître de la mauvaise volonté, on prit de sanctions : nourriture encore plus infecte que d’ordinaire, blocage du courrier, transport de bois et de sacs de riz, corvées diverses… ».
Jean Pouget ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. »
Le général Marcel Bigeard : « Il y avait la rééducation ; mais cela ne prenait pas sur des types qui avaient 35, 40 ans. Il y avait des sujets donnés par le Vietminh et il fallait faire des groupes de discussions : on ne travaillait pas naturellement. Une fois, à la question « Que pensez-vous de l’aide américaine à votre pays ?», nous avons répondu : « Et vous que pensez-vous de l’aide chinoise à votre pays ? » Et ça y allait : privés de riz pendant deux jours ! »
Jean Pouget : « Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».
Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».
Même si parfois les soldats finissent pas se laisser convaincre de coopérer, surtout pour avoir l’espoir de s’en sortir, il n’en demeure pas moins que « moralement, le lavage de cerveau fut un échec », comme le souligne Henry Pagès dans son article.
Guy Léonetti dans les Lettres de Diên Biên Phù parle de 39.888 Français prisonniers pendant la guerre et seulement de 9.314 libérés en 1954. Sur les 10.000 prisonniers après Diên Biên Phù, 7.708 trouvèrent la mort dans la cinquantaine de camps disséminés partout dans le Haut-Tonkin.

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès, dans la cour des Invalides.
 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Juillet 2008

Le 26 mai 2008, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux : Madame Renée Pagès nous reçoit. Aux murs sont accrochés des souvenirs de voyages en Chine et au Vietnam.

 


 


Henry Pagès est né le 19 octobre 1914, peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. S’engageant dans l’Armée française en 1932, il gravit peu à peu tous les échelons et est nommé sous-lieutenant au 7ème Bataillon de Chars Légers de Satory en 1939. 
En mai 1940, sous le commandement du capitaine Mignotte, il reçoit l’ordre de lancer ses chars face aux Panzers III et IV de la Wehrmacht, sur la Meuse, près de Sedan. La progression est difficile car les routes sont encombrées par des réfugiés. Ayant atteint la zone des combats, Henry Pagès commence par détruire un canon de 37 chargé de lui couper la route. Mais peu après, c’est à son tour d’être arrêté par une batterie antichar postée sur une petite colline. Il détruit les armements de son Renault FT 17 et s’enfuit à travers les bois. Les chars français qui ont réussit à passer doivent faire face aux Panzers. Un combat inégal s’engage. En dépit de pertes sérieuses infligées aux Allemands, les Français doivent lâcher prise. Quant à Henry Pagès il est rapidement encerclé par les soldats ennemis. Théâtral, respectueux de son adversaire, un officier allemand lui tend un casse-croûte et une bière et lui dit, dans un français impeccable : « Pour vous, la guerre est terminée ». De fait, Henry Pagès va passer près de cinq années en Autriche, dans l’Oflag XVII A.


A son retour, Henry Pagès est affecté à Valence, puis part pour l’Afrique du Nord, d’abord à Bizerte, en Tunisie, puis à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. 1950 marque son départ pour l’Indochine. Au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie), promu capitaine, il rejoint le nord du Tonkin au mois de septembre de la même année. Là, il fait la connaissance d’un personnage hors du commun : Elie de Saint-Marc. Le capitaine Pagès se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française, située à la frontière entre Indochine et Chine.

 

L’affaire de Cao Bang est également connue sous le nom de « désastre de la RC4 » (Route Coloniale n°4, qui suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son). Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été maîtrisée totalement depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. Pendant quatre ans, le capitaine Henry Pagès réussit à survivre grâce à la formidable solidarité des camarades de combat et les conseils de médecins militaires, eux-aussi prisonniers.

 

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

De retour dans la Métropole, Henry Pagès est nommé au sein des Forces Françaises en Allemagne, avant de faire un séjour en Algérie, en 1960. L’année suivante, il est affecté à la Préparation Militaire Supérieure de Vincennes. Il prend sa retraite militaire en 1965, mais conserve des activités dans le civil jusqu’en 1979. Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-40, avec une palme et une étoile de vermeil, de la Croix de guerre T.O.E. (Théâtre des Opérations Extérieures), de la Médaille commémorative d’Indochine, le lieutenant-colonel Henry Pagès s’éteint le 17 mars 2006, aux Invalides, où il avait été admis deux ans plus tôt.

 

Son frère cadet, le général (2S) Jacques Pagès, chef de corps du 8ème Régiment de hussards de 1976 à 1978, a dit de son frère aîné : « C’était un homme non seulement sportif, résistant et énergique, mais également cultivé, perspicace, fin, plein d’humour et sensible, en somme quelqu’un d’équilibré, à la fois déterminé et ouvert. De plus, il était fidèle en amitié et très attaché à la famille, ainsi qu’au terroir du Mâconnais ! »

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès et le Gouverneur des Invalides, le général Hervé-Michel Gobilliard.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 10 Mai 2008

 

Le 13 mars 1954, en un éclair, une pluie d’obus s’abat sur le camp retranché de Diên Biên Phù. Stupeur au sein de l’Etat-major. Le colonel Piroth, de l’artillerie coloniale, qui avait juré qu’aucun obus ennemi ne tomberait sur le camp, se suicide. Le moral des troupes françaises s’effondre. En quelques heures, les troupes coloniales tenant les collines Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie sont anéanties. Trois jours plus tard, Bigeard et ses paras sautent à nouveau sur le camp et prennent appui sur Eliane, une des collines principales. Pendant quinze jours encore, le ravitaillement aérien est possible. Le 28 mars, un Dakota se pose. A son bord se trouve Geneviève de Galard, convoyeuse de blessés. L’avion est touché au moment de l’atterrissage. Il ne peut repartir. Geneviève de Galard : « Je rejoins l’infirmerie. Elle est remplie de blessés. Nous faisons comme nous pouvons pour maintenir les conditions d’hygiène, en tapissant les murs de la salle d’opération de draps blancs. Mais nous sommes vite dépassés. Partout se trouvent des blessés. Dans certaines salles, par manque de place et de moyens, nous creusons des lits à même le sol et nous enveloppons les hommes dans des parachutes. Cela donne un air lugubre de catacombes à notre hôpital ». 

Les offensives vietnamiennes des 13 et 31 mars sont repoussées. Le général Giap a perdu plus de 15.000 hommes. Mais il sait que bientôt s’ouvre la conférence de Genève. Il décide de jouer son va-tout et engage 25.000 hommes supplémentaires dans la bataille. Les Français ne croient plus en la victoire. Partout ils sont débordés. Ils arrêtent un assaut et tuent des centaines d’hommes. Quelques instants plus tard, les ennemis sont aussi nombreux. Et les munitions viennent à manquer. Cela n’empêche pas des actions héroïques, comme celle du capitaine Jean Pouget, qui saute avec ses hommes sur Diên Biên Phù fin avril 1954, alors que l’issue fatale est connue. La colline Eliane tombe le 6 mai. Bigeard : « Nous n’avons plus de munitions. C’est la fin. Je mets mon béret. J’ajuste ma veste. J’attends ». Le Groupement Opérationnel du Nord Ouest (GONO) refuse de hisser le drapeau blanc mais cesse le feu. 

Diên Biên Phù représente pour le Vietminh une victoire sans précédent, mais au prix de plus de 25.000 morts et, environ, 12.500 blessés. Du côté français, sur près de 15.000 hommes présents, on dénombre 2.293 morts et 5.195 blessés. Les prisonniers sont aussitôt regroupés.

En 2004, un ancien combattant de Dijon, Pierre Chérier s’est confié au journal local le Bien Public : « On voyait le drapeau Vietnamien se hisser sur les collines à chaque fois qu'ils prenaient un nouveau poste. On reprenait du terrain, ils contre-attaquaient. Ça a duré 56 jours. Et ils se rapprochaient sans cesse. A la fin, ils étaient à 300 mètres. On sortait la tête de la tranchée, ils tiraient. Et le 7 mai au matin, on nous a donné l'ordre de détruire nos archives, notre matériel radio et de neutraliser nos armes. C'était fini. Ce jour-là, vers 17 heures, j'ai vu des Vietnamiens courir sur un pont, à quelques dizaines de mètres du PC. J'ai couru donner l'alerte. J'étais à peine revenu qu'un Vietnamien plus jeune que moi me braquait avec son fusil. J'étais prisonnier. Mais je pensais, comme l'immense majorité de mes camarades, que 10 000 prisonniers, c'était beaucoup trop pour eux, que cela ne durerait pas. »

Et pourtant. La longue colonne des prisonniers est formée. Elle a pour direction les camps de redressement du Vietminh à plus 700 kilomètres de Diên Biên Phù. Pierre Chérier : « On marchait de nuit, pieds nus parce que les Vietnamiens nous avaient volé nos chaussures. On partait vers 17 heures, et on marchait jusqu'à une heure du matin. On avait droit à 300 g de riz par jour et par homme. Nous étions en état de survie. A la halte, il fallait faire cuire le riz. On se débrouillait pour trouver de l'eau, trouver du bois, faire des feux, et on cuisait dans nos casques. La journée, on buvait quand on trouvait un ruisseau, une cascade, une mare, un suintement. Nombreux sont ceux qui sont morts sur le bord de la route, de dysenterie, d'épuisement.

Finalement, je me suis retrouvé au Camp 73. Nous devions assister chaque soir, à la nuit tombée, à des séances de rééducation. Le lavage de cerveau communiste de base. Séances d'autocritique, séances de délation. On nous faisait chanter l'Internationale, et ça se finissait toujours par la répartition du travail. Qui irait chercher le riz, le bois. Le régime était le même que sur la route : 300 g. de riz par jour et par homme, avec de temps en temps un poulet. Mais un poulet pour 100 personnes ! Et une fois par semaine du gras de porc. 4 ou 5 hommes mouraient chaque jour de dysenterie, de malnutrition, de fatigue, de manque de soins. Il n'y avait aucun médicament. Les malades, on les emmenait directement à la morgue quand ils étaient trop faibles. Ils gisaient là sur des bas-flancs en attendant la mort. On les enterrait à quatre par tombe, tête-bêche. C'était vraiment très très difficile.»

Le 21 juillet 1954, à la suite de la conférence de Genève, l’armistice est signé. Pierre Chérier : « On nous l'a annoncé le lendemain. Et on a été libérés le 28 août. Mais jusqu'au bout, les commissaires politiques ont continué leur travail : ils nous disaient que la France ne voulait plus de nous, que personne ne viendrait nous chercher. Je rassurais les copains en leur disant que c'était du flanc. »

Sur les 10 000 prisonniers du 7 mai 1954, seuls 3 200 ont survécu à l'enfer des camps communistes. Et Pierre Dupont, isséen, n’a pas eu cette chance. Brigadier au Centre d’Instruction de l’Artillerie du Nord Vietnam, il est mort le 31 juillet 1954 au Camp 73. Il avait 22 ans.

 

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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