issy d'antan

Publié le 23 Juin 2010

Arriere Grand Pere Medailles

 

Etienne Lalis (1841 – 1918) – Photographie prise au début du 20ème siècle.

 

 

Madame Nicole Batard-Lalis, membre du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux, nous a fait parvenir des documents rares sur son arrière-grand-père, Etienne Lalis, et sur la commune d’Issy, à l’aube du 20ème siècle. Ces documents sont publiés dans l’album de photographies intitulé « Issy d’antan ».

 

 

La montée sur Paris.

 

Antoine Lalis nait dans le département de la Corrèze, à Saint-Etienne-aux-Clos, le jour de Noël 1799. Le Directoire vit ses dernières heures. Bientôt, un jeune général va prendre le pouvoir d’abord dans le cadre du Consulat, puis de l’Empire : Napoléon Bonaparte.

 

Quelques années plus tard, Antoine Lalis vient s’installer à Issy, qui n’est encore qu’un village. Il fait partie de ces Limousins qui viennent chercher fortune sur Paris. Certains s’établissent comme marchands de vins et de charbon, d’autres artisans ou manœuvriers. A force de travail et d’abnégation, Antoine Lalis s’octroie une place honorable. Il devient marchand carrier. Il épouse Françoise Bréant, née le 3 juillet 1813 à Clamart. Ils vivent rue du Puits, devenue depuis rue Lazare Carnot.

 

Il profite de la formidable expansion économique du 19ème siècle, d’abord sous les rois Charles X et Louis-Philippe 1er, puis sous le Second empire. Les bouleversements de Paris engendrés par les plans du préfet Hausmann nécessitent des milliers de tonnes de matériaux ! Les affaires de la famille se transforment pour devenir florissantes. Mais leur histoire s’arrête en 1870, quand, à une journée d’intervalle, le 26 et le 27 mai, deux mois avant le déclenchement de la Guerre franco-prussienne, Antoine puis Françoise Lalis sont rappelés à Dieu.

 

 

Les carrières.

 

Depuis l’antiquité, les Parisiens ont à disposition des carrières locales pour bâtir les monuments et leurs maisons. Celles-ci sont d’abord exploitées à ciel ouvert. On en trouve partout : être au plus proche de la capitale permet de substantielles économies de transport.

 

En leur temps, la chaux du département de la Seine – le blanc de Meudon et d’Issy – le calcaire au sud de Paris, le gypse de Montmartre ou encore l’argile des plaines de Vaugirard et le sable de la Seine, connaissent de grandes exploitations. Ainsi, c’est une carrière appartenant à des Pères Chartreux, située à l’intérieur même de leur enceinte de Port-Royal (actuel 14ème arrondissement) qui fournit aux 17ème et 18ème siècles des pierres pour les chantiers du palais du Louvre.

 

Mais l’urbanisation croissante et la baisse des rendements obligent les maîtres carriers à s’éloigner de la capitale ou à exploiter de nouveaux gisements en souterrain. Et à cela, il convient d’ajouter la construction de glacières pour les châteaux et demeures prestigieuses : ce sont des installations, souvent circulaires, creusées profondément dans le sol, offrant des propriétés isothermes qui permettent de conserver les aliments et la glace. Peu à peu, Paris et nombre de ses villes limitrophes se transforment en un véritable gruyère. D’ailleurs, en 1813, l’exploitation à l’intérieur de la capitale est stoppée. Les carrières du sud de Paris vont alors servir, pour partie, à récupérer les ossements des cimetières intra-muros, que la municipalité vide peu à peu. Les catacombes sont nées.

 

Les chantiers abandonnés sont loin d’être tous suffisamment consolidés et les accidents ne manquent pas : au cours du 19ème siècle, régulièrement des portions de rues ou des immeubles s’effondrent. A Issy-les-Moulineaux même, le 1er juin 1961, une carrière de craie s’effondre. L’accident tue vingt-et-une personnes. Car il s’agit bien d’un accident dû aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur la ville depuis deux jours, et non un attentat de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) comme le croient un temps les autorités.

 

 

Etienne Jacques Lalis.

 

Antoine et Françoise Lalis ont plusieurs enfants, dont Etienne Jacques Lalis, qui voit le jour à Issy le 26 novembre 1841. Rapidement, Etienne entreprend de travailler auprès de son père. Et ajoute au métier de marchand carrier celui de marchand de vin !

 

Etienne Lalis épouse Anne Flore Morlet, née le 2 juillet 1837 à Paris. En 1870, à l’âge de 29 ans, dans un élan de patriotisme, il s’engage dans l’armée « pour la durée de la guerre ». Cet engagement est à placer aussi dans le cadre d'un contexte familial très difficile : en juillet 1869, le marchand carrier perd son épouse. Elle venait de fêter son trentième anniversaire.

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 5 Mars 2008

 

« Les Années 1930, ça me connaît : je suis né en 30 ! Il faut imaginer Issy comme une ville sur sa colline avec en contrebas Les Moulineaux et Paris. Car il y avait deux communes, bien distinctes, séparées par une droite partant de la Porte de Versailles (la rue Renan) jusqu’au quartier de la Ferme (avenue de Verdun aujourd’hui). D’un côté, Issy, ses moulins et la colline ; de l’autre, Les Moulineaux, ses usines, la Seine et ses maraîchers. Une partie des Moulineaux était une plaine alluviale. Ernest Richard, mon arrière-grand-père maternel, a connu la grande crue de 1910, où l’eau arrivait jusqu’à la mairie actuelle ! D’ailleurs les caves du bâtiment étaient inondées et, rue Charlot, l’eau était montée à trois mètres au-dessus du sol. 

 

 

 

Il me reste des souvenirs des ces années-là. Ceux que j’ai vécu ; ceux racontés par Ernest Richard, mort en 1942, et qui lui, avait fait la Guerre de 1870-1871 à Issy. Nous sommes isséens depuis six générations ; je ne suis pas sûr que beaucoup de familles de la ville puissent en dire autant. 

Je me souviens. Je me souviens des travaux du métro, qui envahirent la ville pendant près de deux années pour faire la ligne et les stations. La ligne, d’ailleurs, allait jusqu’à La Ferme. Car il y avait une véritable ferme, et nous y allions nous ravitailler de toutes sortes de produits. Les souterrains du métro devaient même aller jusqu’à Meudon, pour garer les trains sous la colline. Mais pour cela, il fallait quitter le département de la Seine pour entrer en Seine et Oise. Et la politique s’en est mêlée… 

En tant qu’égoutier, j’ai passé ma vie dans les tunnels, les souterrains. Paris et ses sous-sols, c’est du « par cœur » pour moi. A Issy, il y en avait beaucoup aussi : adolescent, j’entrais par une ouverture, située sous le perron de la maison de Victor Hugo (en bas de la rue de la Glacière) et nous allions jouer avec des copains. L’un des souterrains partait du château des Conti, passait entre l’actuel Hôpital Suisse et le Petit Séminaire, pour ensuite sortir à l’hôpital de Vaugirard, dans Paris. 

La mairie s’est installée en 1895 dans l’ancienne maison des champs du financier Beaujon. Au cours du 19ème siècle, le bâtiment abritait un établissement d’éducation, géré par des religieuses, pour jeunes filles de l’aristocratie – le Couvent des Oiseaux. Au moment de cette installation, des travaux de démolition des murs de clôture du couvent furent entrepris et on retrouva une quantité de squelettes d’enfants aux pieds du mur nord (sous l’actuelle station d’autobus). L’affaire fit grand bruit. Des jeunes filles de bonnes familles, vous pensez… 

La ville de Paris était entourée d’enceintes de pierres et de briques rouges. En ces années-là, elles furent démolies et les matériaux servirent à construire des logements, qui sont devenus par la suite les fameux HLM de Paris en brique rouge. Des écoles également furent construites. Il y avait aussi des fossés : ils furent comblés par la terre sortie des travaux des lignes du métro. 

Issy et Les Moulineaux, c’étaient deux villes ouvrières avec des chevaux, donc des abreuvoirs (l’un d’eux se situait place de la Fontaine), des charrettes. Les chevaux étaient souvent destinés à travailler pour les briqueteries de Clamart. Pour emprunter le pont qui reliait la terre ferme à l’Ile Saint-Germain, il fallait passer par un péage. Des villes avec des commerçants, des artisans, des bottiers, des maréchaux-ferrants, des cordonniers… A la porte de Versailles, se trouvait l’Octroi (toutes les marchandises qui entraient dans Paris devaient régler une redevance). Précisément, il se trouvait dans l’actuelle rue Jeanne d’Arc. Et puis, il y avait de grandes usines : la Société anonyme des Publications Périodiques ; la Brasserie des Moulineaux (près de 120 personnes fabriquaient de la bière) ; la Française des Munitions (Etablissement Gévelot) ; la Blanchisserie de Grenelle ; la Manufacture des Tabacs… 

Il y avait aussi un tramway, qui peu à peu fut abandonné. Il allait de la Ferme jusqu’au jardin du Luxembourg. Les rails furent rapidement retirés car les vélos coinçaient leurs roues dedans. 

Je me souviens de 1936. Après les années difficiles de la Grande Crise de 1929, 1936 marquait l’amorce d’une reprise économique. Mais c’était surtout la libération des ouvriers ! Au mois d’avril, le Front Populaire remporta les élections législatives. Maurice Thorez appela à l’union des ouvriers contre les « 200 familles » (c’est du moins ce que racontaient mes parents). A la Maison du Peuple (actuel PACI), Thorez souvent venait haranguer la foule depuis le balcon. En face, il y avait une biscuiterie. Ma famille participa aux manifestations dans Les Moulineaux. La police envoya la Garde républicaine pour réprimer le mouvement. Nous qui étions de petits gosses, on pouvait facilement s’approcher des cavaliers. Des gars nous donnaient des billes qu’il fallait lancer sous les sabots des chevaux pour les faire tomber. Et gare à celui qui passait entre les mains ennemies : le cavalier se faisait égorger ! Il faut aussi dire que la Garde républicaine chargeait sabre au clair et il n’y avait pas de discussions possibles. 

Mes parents et moi habitions rue de la Glacière. Le nom vient de la présence des anciens puits à glace du château Conti. Ils étaient astucieusement faits de briques revêtues d’argile. A l’intérieur, il y faisait toujours frais. Quand il gelait, on allait chercher de la glace sur les berges de la Seine et on remplissait les puits. Le système était particulièrement ingénieux car en plaçant de la glace en janvier ou en février, on pouvait l’utiliser jusqu’en juin ! 

En semaine, nous allions à l’école Voltaire. Bien entendu, il y avait une école des garçons (à côté de l’actuel restaurant McDonald) et l’école des filles (en face – elle a été démolie en 2001-2002). Les classes pouvaient comporter jusqu’à 50 élèves ; on travaillait sur des grandes tables et quand il n’y avait plus de places, on mettait des planches pour relier les tables. Par ailleurs, de nombreux jeunes garçons fréquentaient Saint-Nicolas. A ce sujet, il me semble important de souligner que, plus tard, sous l’Occupation, des Frères de Saint-Nicolas ont caché des enfants juifs. Moi qui étais en ses murs entre 1940 et 1942, j’ai bien connu plusieurs dizaines d’enfants cachés. 

J’ajoute qu’au sein même de ma famille, j’ai eu plusieurs « frères » officieux jusqu’en 1944. 

On s’amusait quand même. Le dimanche, quand c’était la saison, on allait chaparder des raisins dans les vignes, vers les carrières. Et la grande sortie était d’aller aux Champs de Manœuvres et voir les avions. Il y avait des parades aériennes, des départs de courses, des démonstrations de dirigeables ou de montgolfières. Les pilotes étaient de vraies vedettes : Antoine de Saint-Exupéry, par exemple. Et on évoquait le souvenir des As de la Première Guerre mondiale ou des pionniers comme Santos-Dumont et Mermoz. Dans les fossés de Paris, avant qu’ils soient comblés, on allait à la pêche à la grenouille. Enfin, il y avait quatre cinémas : un à la Ferme, le deuxième à la place de l’immeuble qui a été repris par les services techniques de l’ambassade de Chine, le troisième dans la descente de la rue Jean Jaurès et le quatrième sur la place de Corentin Celton. 

Et puis sont arrivées les « années terribles » : 1940 et l’invasion des soldats SS. Et là, c’est une autre histoire.»

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

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