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Publié le 28 Avril 2021

La Mort de Napoléon à Sainte-Hélène, tableau de Charles de Steuben (vers 1828). Entouré des personnes présentes lors de son agonie, il gît sur son lit de camp à baldaquin

La Mort de Napoléon à Sainte-Hélène, tableau de Charles de Steuben (vers 1828). Entouré des personnes présentes lors de son agonie, il gît sur son lit de camp à baldaquin

« 5 mai 1821.

A six heures et demie, il a placé sa tête droite, fixant le pied du lit, les yeux ouverts, fixes et voilés. Jusqu’à huit heures, un peu de sommeil tranquille, quelquefois des soupirs de quart d’heure en quart d’heure.

A huit heures, quelques gémissements, ou plutôt quelques sons sourds, qui paraissaient se former dans le bas-ventre et siffler en traversant le gosier. Ils semblent appartenir plutôt à un instrument qu’être un gémissement. Une larme est sortie de l’œil gauche, au coin, du côté de l’oreille. Bertrand l’a essuyée, Arnott s’est étonné que l’Empereur retînt la vie si longtemps.

Jusqu’à dix heures et demie onze heures, généralement calme ; respiration douce ; parfaite immobilité de tout le corps ; quelques mouvements seulement dans la prunelle ; mais rares ; les yeux fixes, voilés, se sont fermés jusqu’aux trois quarts. De demi-heure en demi-heure, quelques soupirs ou sons. Une deuxième larme à la même place ; la main droite sur la couverture du lit ; la main gauche sous la fesse. Depuis six heures du matin, très calme, immobile ».

 

Henri-Gatien Bertrand, général de division, compagnon de l’Empereur à Sainte-Hélène.

Archibald Arnott, médecin anglais, au chevet de l’Empereur.

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Publié le 3 Janvier 2021

A Thierry Gandolfo.

Décidément, qui pourra regretter cette année 2020…

 

Elle se termine comme elle a commencé, dans la tristesse et les larmes. Il y a un an, notre Comité du Souvenir Français d’Issy-Vanves perdait en quelques semaines plusieurs de ses adhérents : Robert Choffé, Paul Richard, Christian Poujols. Puis ce fut au tour de Robert Dubot, de Pierre Borde et du général Michel Forget.

 

Cette fois-ci, il s’agit de Thierry Gandolfo, mort le 30 décembre 2020. Notre Comité perd l’un de ses premiers membres, et son secrétaire depuis plus de dix ans. Je perds un ami très cher. C’est Thierry qui m’a accueilli au Souvenir Français, en compagnie de Gérard Riblet. C’est Thierry qui m’a expliqué comment se comporter dans une association, alors que je venais de présenter devant des anciens combattants médusés un programme de perspective à trois ans, sous la forme de tableaux Excel et de Power Point !

 

Thierry était un ami, un frère. D’abord, il était sous-officier dans l’artillerie, ce qui est un gage de bonne compagnie ! Thierry était un authentique ancien combattant, viscéralement patriote, ayant côtoyé la chose militaire depuis sa tendre jeunesse, en tant qu’enfant de troupe. Il intégra l’armée, se dirigea vers l’artillerie, rejoignit le 32e régiment d’artillerie, spécialisé dans les missiles nucléaires Pluton. L’unité était alors un maillon essentiel du dispositif des Forces Françaises en Allemagne.

 

Mais Thierry ne se contenta pas seulement de cela. Il participa à de nombreuses opérations extérieures dont la Mauritanie où il exécuta les ordres qui lui étaient donnés. Ordres que l’on peut très bien imaginer quand on est un tireur d’élite. Il participa également à la FINUL, cette force des Nations Unies chargée de faire respecter au mieux – ou au moins pire – une fragile paix entre les différentes factions religieuses et les interventions des pays voisins. Thierry me parlait souvent du Liban. Et parfois avec des larmes dans les yeux car il n’avait pu sauver un camarade blessé, qui allait mourir devant ses yeux. C’était au temps où les casques bleus de l’ONU étaient des cibles particulièrement faciles, car elles ne pouvaient pas répliquer.

 

Thierry gardait cela en lui et bien souvent pour lui seul. L’armée, ses copains, la camaraderie militaire. Mais aussi les atrocités de la guerre. Il se sortait de ces idées noires en multipliant les passions, les intérêts. Ainsi, sa collection de soldats de plombs, celle des cartes postales d’échanges amoureux qui ont illustré un numéro spécial de Paris Match sur Verdun, grâce à nos amis Patricia et Alain Bétry.

 

Thierry avait quitté l’armée, couvert de médailles, mais avec un gout amer. Après, il fit plusieurs métiers avant d’entrer au sein des Pompes Funèbres Générales, avec les Hauts-de-Seine pour secteur. D’abord chargé des convois, voilà plus de vingt-deux ans qu’il était au cimetière d’Issy-les-Moulineaux. Nous lui devons les décorations magnifiques du 11 novembre et l’aspect du carré militaire. Mais comme à l’armée, la mort n’était jamais loin…

 

Alors, encore une fois, il s’échappait en peignant des tableaux, en vagabondant d’un sujet à l’autre sur Internet. Toujours passionné par le fait historique, et les rencontres qu’il faisait au cimetière où il était particulièrement apprécié et respecté. Je pense ici à Gildo qui parlait du Tanger international qu’il avait connu. Et puis, l’armée et l’Histoire de France revenaient toujours. Pendant des années, nous avons organisé des visites du cimetière et du carré militaire pour les jeunes élèves d’Anatole France : il s’agissait d’expliquer l’Histoire au moyen de sépultures de soldats. Là en parlant de la guerre aérienne avec un officier aviateur ; ici, en glorifiant le rôle des infirmières par l’intermédiaire de la tombe de Marguerite Montet, là encore, le rôle des fantassins, des travailleurs indochinois ou musulmans. Il lui arrivait aussi de mener des conférences, en parlant très intelligemment des troupes coloniales à des jeunes issus de l’immigration.

 

Chaque année, ou presque, nous nous rendions sur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, et notamment Rancourt, où nous connaissions bien Jean-Pierre et Marie-Thérèse Desain, les gardiens de la Chapelle du Souvenir Français. Il m’avait appris l’archéologie militaire et régulièrement, après un repas au Tommy’s à Pozières dans la Somme, nous revenions avec des kilos d’éclats d’obus, de douilles, ou autres souvenirs trouvés ici et là, juste en regardant le sol et en suivant les lignes d’antiques tranchées.

 

Nous devons aussi à Thierry la mise en valeur des tombes des victimes civiles des bombardements de 1942 et 1944 à Issy-les-Moulineaux et de six sépultures, contenant les restes d’un ou plusieurs Morts pour la France.

 

Ces dernières années, je voyais un Thierry qui riait moins, plus triste et se remémorant toujours ses souvenirs noirs qu’il me confiait au gré de nos sorties. En écrivant ces lignes, je pense à Giovanni et Elisa Gandolfo. Je veux leur dire ma peine, mon chagrin et ma compassion.

Thierry avait 59 ans et se préparait à la retraite avec sa compagne, Suzanne, au nord du Portugal. Je veux aussi dire ma compassion à Suzanne et sa petite Sabrina.

 

Les obsèques de Thierry Gandolfo se dérouleront le jeudi 7 janvier 2021, en l’église Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux, à 14h30.

 

 

Frédéric RIGNAULT

Président du Comité d’Issy-Vanves du Souvenir Français

Délégué général adjoint pour les Hauts-de-Seine

Lieutenant-colonel ad honores au sein de la Réserve Citoyenne du Gouverneur Militaire de Paris

A Thierry Gandolfo.

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Publié le 28 Novembre 2020

Le dernier des Compagnons.

Avec la disparition de Daniel Cordier, Hubert Germain est maintenant le dernier Compagnon de la Libération vivant.

 

Biographie.

Fils d'un officier général issu des troupes coloniales, Hubert Germain est né le 6 août 1920 à Paris. Il débute ses études secondaires à la mission laïque franco-arabe de Damas (1930-1932) et les poursuit au lycée Albert Sarraut à Hanoi puis au lycée Saint-Louis à Paris. Bachelier, il prépare le concours de l'Ecole navale au lycée Michel Montaigne de Bordeaux au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939.

Mais, dès juin 1940, écartant le concours, il cherche les moyens de continuer la lutte en pensant gagner le Maroc. Après une discussion à l'Etat-major général, replié à Bordeaux, avec un officier général ami de son père, Hubert Germain apprend que l'Afrique du Nord ne rentrera pas dans la guerre. Il prend alors la décision personnelle de continuer le combat. Des troupes polonaises s'embarquant pour l'Angleterre à Saint-Jean-de-Luz, il parvient, avec trois camarades, à se joindre à elles et à monter à bord de l'Arandora Star, qui appareille pour la Grande-Bretagne le 24 juin 1940.

Engagé dès l'origine dans les Forces françaises libres, il est affecté sur le cuirassé Courbet où il suit les cours d'élève officier de marine. Alors qu'il étudie pendant la journée entre les alertes, Hubert Germain participe la nuit à la défense antiaérienne contre les raids allemands. Au printemps 1941, il est affecté à l'Etat-major du général Legentilhomme, commandant en Palestine la 1ère Division légère française libre destinée à intervenir au Levant. Après la campagne de Syrie à laquelle il participe, il est envoyé comme élève à l'école d'officiers de Damas en septembre 1941 ; il en sort aspirant pour être affecté au 2e Bureau de l'Etat-major de la 1ère Brigade française libre du général Koening. En février 1942, il rejoint les rangs du 2e Bataillon à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) à laquelle il restera toute sa vie très attaché.

Hubert Germain participe dès lors à la campagne de Libye au sein de la 1ère Brigade. Chef de section antichars, il se distingue dans les combats de Bir-Hakeim du 27 mai au 11 juin 1942 et est cité à l'ordre de l'armée pour avoir « montré de très belles qualités de chef » et avoir été « pour ses hommes un exemple constant de calme et de courage ». Il est promu sous-lieutenant en septembre 1942. Il prend part ensuite aux combats de la 1ère Division française libre (1ère DFL) à l'Himeimat (El Alamein) en Egypte en octobre 1942 puis en Tunisie jusqu'en mai 1943.

En Italie, le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, alors qu'il commande une section anti-chars en appui du 1er BLE, le lieutenant Germain est blessé en dirigeant le tir des mitrailleuses lourdes de sa section pour continuer à appuyer le bataillon qui attaque le long du Liri. Evacué sur Naples, il est décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle en Italie fin juin 1944. Il participe au débarquement de Provence en août 1944 et à la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon. Il prend part ensuite aux campagnes des Vosges, d'Alsace et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l'Authion. Appelé comme aide de camp auprès du général Koenig commandant les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Hubert Germain est démobilisé en 1946.

Attaché de direction dans une entreprise de produits chimiques, il est élu maire de Saint-Chéron (Essonne) en 1953, mandat qu'il conserve jusqu'en 1965. Chargé de mission au cabinet de Pierre Messmer, ministre des Armées, de 1960 à 1962 puis, de nouveau, en 1967 et 1968. Elu député de Paris en 1962, il sera réélu en 1968 puis en mars 1973. Président de l'amicale parlementaire "Présence et Action du Gaullisme" (1969-1972) Hubert Germain est vice-président du groupe UDR à l'Assemblée nationale (1971-1972).

De 1972 à 1974 Hubert Germain est ministre des PTT puis ministre chargé des relations avec le Parlement (mars-mai 1974). Il est également Président de la société française de télédistribution de 1975 à 1982. Hubert Germain est membre du Conseil de l'Ordre de la Libération depuis décembre 2010. Par décret du 25 novembre 2020, il est nommé chancelier d'honneur de l'Ordre de la Libération.

Décorations.

 

  • Grand Croix de la Légion d'Honneur.
  • Compagnon de la Libération - décret du 20 novembre 1944.
  • Croix de Guerre 39/45 avec palmes.
  • Médaille de la Résistance avec rosette.
  • Membre de l'Ordre de l'Empire britannique.
  • Grand Croix de l'Ordre de Malte.
  • Titulaire de plusieurs décorations étrangères.

 

Publication.

  • Espérer pour la France. Les mémoires d’un Compagnon de la Libération, Les Belles Lettres, Paris, 2020

 

 

Sources :

 

Site de l’Ordre de la Libération – https://www.ordredelaliberation.fr/fr

 

Le dernier des Compagnons.

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Publié le 9 Octobre 2020

Madame le général Valérie André, Monsieur André Santini, Monsieur le général Michel Forget.

Madame le général Valérie André, Monsieur André Santini, Monsieur le général Michel Forget.

Ce jeudi 2 octobre 2020, le général ICHAC, président honoraire du Comité d’Issy-Vanves, nous apprend la disparition de notre président d’honneur, le général FORGET à l’âge de 93 ans.

 

* * * * * * * *

Le général de corps aérien Michel Forget est né le 4 mai 1927 à l’Ile-Bouchard, en Indre-et-Loire. A l’âge de 19 ans, il entre à l’Ecole de l’Air (Promotion 1946 – Commandant de Saint-Exupéry) et devient pilote de chasse. Il fait une carrière complète d’officier pilote de combat, avec plus de 7.000 heures de vol à son actif.

Il fait la guerre d’Algérie au sein de l’état-major à Alger. A son retour en métropole, il continue sa carrière de pilote de chasse effectuant de nombreuses missions, dont l’une a fait l’objet d’un article sur ce site du Souvenir Français en 2008 (Une mission pas comme les autres) où, un temps, il est question de poursuivre un objet volant non identifié !

Par la suite, parmi ses commandements, on peut citer le 2e escadron de chasse à Dijon ou la base de Luxeuil-Saint Sauveur. Breveté de l'École Supérieure de Guerre Aérienne, le général Forget tient des postes importants en état-major. Chef du cabinet militaire du ministre de la Défense en 1975-1976, il commande ensuite l'opération Lamantin en Mauritanie, à dominante aérienne. De 1979 à 1983, il est placé à la tête de la Force Aérienne Tactique et de la 1ère Région Aérienne à Metz, et participe activement à la Guerre froide.

En 1983, il quitte le service actif, et se consacre à des études sur la défense, publiant de nombreux ouvrages : Puissance aérienne et stratégies (2001) et Guerre froide et Guerre d'Algérie (2002), Notre défense dans un monde en crise (2006), Du Vampire au mirage, l’épopée d’une génération de pilotes de chasse (2007), Nos forces aériennes en OPEX (2013), Nos armées au temps de la 5e République (2016).

Grand ‘Croix de la Légion d’honneur, le général de corps aérien Michel Forget était correspondant de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Il avait aussi été vice-président national du Souvenir Français, et en était encore, jusque récemment, membre du conseil d’administration.

A Issy-les-Moulineaux, le général Forget était depuis six ans notre Président d’Honneur. Très impliqué dans l’association comme dans notre comité, il avait l’habitude, et l’amabilité, chaque année, de donner une conférence sur des problématiques actuelles de nos armées, comme sur des moments de l’Histoire de France, avec la Guerre Froide, l’épopée de l’escadrille Normandie-Niémen ou récemment sur la guerre d’Algérie, avec le courage de dire les faits sans langue de bois.

Merci mon général pour tout ce que vous avez fait pour nous.

 

A la famille du général Michel Forget, à ses amis, le Comité présente ses plus sincères condoléances.

 

 

Sources

  • Archives photographiques et texte – Copyright Comité du SF Issy-Vanves.

 

Le général Forget à bord de son PC volant pendant l’opération Lamantin.

Le général Forget à bord de son PC volant pendant l’opération Lamantin.

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Publié le 11 Juillet 2020

A la mémoire de Pierre Borde.

La période exceptionnelle que nous venons de vivre aura été une catastrophe pour nos adhérents et nos amis. Nous avons déjà annoncé la disparition de plusieurs de nos adhérents :

 

  • Robert Choffé, ancien de la Seconde Guerre mondiale, disparu en janvier de cette année.

 

  • Paul Richard, décédé le 21 février 2020 à l’âge de 85 ans, ancien d’Algérie où il avait fait son temps en tant que gradé au sein de l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre). Paul Richard était un pilier de l’Union Nationale des Combattants d’Issy et était depuis plus de dix ans membre du Souvenir Français.

 

  • Marie-Auguste Gouzel, le 22 février 2020, qui fut pendant des décennies maire-adjoint en charges des Affaires militaires de la ville d’Issy-les-Moulineaux.

 

  • Christian Poujols, le 30 mars 2020 (voir l’article daté de mars 2020 sur ce site).

 

  • Vincenza Signoroni, disparue en avril 2020, à l’âge de 92 ans. Elle était la veuve de Giacomo Signoroni, ancien de la Seconde Guerre mondiale, d’Indochine et d’Algérie. Adjudant dans la Légion étrangère. Ancien de la RC4 du temps du colonel Paul Arnaud de Foïard ; ancien de Dien Bien Phû où il avait côtoyé Bigeard. Un très grand soldat. Et derrière un grand soldat, il y a bien souvent une grande dame. Vincenza avait accompagné Giacomo sur bien des commémorations. L’une des dernières était celle de Fréjus, en 2014, pour le 60e anniversaire de la bataille de Dien Bien Phù. Ce jour-là, ils avaient pu saluer le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Kader Arif.

 

  • Pierre Borde, l’un de nos derniers adhérents, disparu pendant cette période, à l’âge de 85 ans, d’une leucémie foudroyante. Lui qui n’avait jamais été malade auparavant !

 

Nicole Borde a eu la gentillesse de nous confier ces quelques lignes sur son défunt mari, Pierre Borde :

 

« C'était un homme charmant, courageux, aimant les autres mais il ne participait pas aux évènements qu'il avait vécus comme la guerre au Maroc, une période difficile pour lui-même et la jeunesse de l'époque.

Il y avait donné 30 mois de sa vie, une seule permission de 15 jours ! Il n'aimait pas beaucoup l'armée et pourtant il s'y était plié car il y avait les copains et leur gentillesse. Il n'en a pas gardé un mauvais souvenir et a regretté surtout le rôle colonisateur de la France pas toujours reluisant. Il en a profité pour apprendre assez bien la langue... Nous sommes allés très souvent au Maroc car c'est un beau pays, surtout le sud.

Sur le plan professionnel, il a appris à 14 ans le métier d'ajusteur puis de traceur à l'Ecole de la Régie Renault puis devint contrôleur aviation à la Snecma à Melun-Villaroche jusqu'en 1991. Il a, entre autres, travaillé sur le Concorde. Son père, dans cette même usine, y a fait également carrière. Il faisait partie des pionniers de l'aviation dont le berceau était à Issy-les-Moulineaux.

Pierre est né dans cette ville, boulevard Gallieni, en mars 1934. Il est donc Isséen de naissance et n'a jamais, pour ainsi dire, quitté cette ville. Il l'a vue grandir, s'améliorer pour enfin devenir ce qu'elle est, une ville dynamique et prospère grâce à notre maire. Il se rappelait des bombardements en 1940 par les Allemands pour casser nos usines toutes proches. Il y a connu l'arrivée des chars américains, les bagarres dans Paris, les privations... et les "trente glorieuses" dont on parle souvent avec regret.

Nous étions mariés depuis 63 ans. Pierre n'a jamais été malade, pas un seul médicament à 85 ans ! Et pourtant il est parti d'une leucémie aigüe apparue discrètement lors de l'été dernier. Des soins lui furent donnés par l'hôpital Percy mais rien ne pouvait arrêter cette violence. Il est parti sans souffrance entouré des siens et de ses petits-enfants qu'il adorait. Nous avions eu un fils, à son image, qui nous avait quitté à 39 ans des suites d'une longue maladie, nous laissant bien tristes mais c'est aussi la vie.

Pierre faisait partie de la FNACA et du Souvenir Français plus récemment. »

 

Crédit photographique : Archive famille Borde.

Claude Guy, Délégué général du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine, récompense Nicole Borde et Alsira Cacheda pour leur dévouement à l’occasion de la quête annuelle de notre association.

Claude Guy, Délégué général du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine, récompense Nicole Borde et Alsira Cacheda pour leur dévouement à l’occasion de la quête annuelle de notre association.

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Publié le 4 Juillet 2020

Rhin et Danube.

La dernière armée française victorieuse.

La 1re Armée française, commandée par le général de Lattre de Tassigny, est la dernière armée française victorieuse depuis 1918. Créée fin 1943, elle est engagée pour la première fois sur l’île d’Elbe en juin 1944, avant de débarquer en Provence le 15 août. Elle est confrontée à de très durs combats dans les Vosges et surtout en Alsace où elle s’illustre au début de l’année 1945. Elle défend Strasbourg, s’empare de Colmar le 2 février et liquide la poche du même nom une semaine plus tard. En mars 1945, elle rentre en Allemagne et poursuit sa progression jusqu’en Autriche. Le 8 mai 1945, son commandant en chef, le général de Lattre de Tassigny, est invité à Berlin pour signer l’acte de capitulation de l’Allemagne. C’est une reconnaissance du rôle joué par son armée depuis le débarquement en Provence.

Alors que la 1re Armée s’était couverte de gloire durant la Seconde Guerre mondiale, le G.P.R.F. (Gouvernement provisoire de la République française) décida de la dissoudre ce qui fut effectif à la fin du mois de juillet 1945. Au même moment, le général de Lattre de Tassigny décida de fonder une association qui regrouperait les anciens de la 1re Armée, dénommée Rhin et Danube.

 

Une association aux multiples missions.

L’association Rhin et Danube fut fondée officiellement le 4 octobre 1945 après publication de ses statuts au Journal Officiel. Elle est reconnue « d’utilité publique » le 7 octobre 1947, ce qui correspond à un autre instant important dans son histoire.

Elle a plusieurs missions : maintenir les liens de camaraderie, l’entraide entre ses membres, représenter les vétérans de la 1re Armée auprès des autorités publiques, organiser des périodes de préparation militaire et entretenir la mémoire de l’Armée de Lattre ainsi que celle du maréchal après sa disparition.

Elle peut remplir toutes ces missions car elle dispose de revenus confortables. Outre les subventions versées par le ministère des Anciens Combattants, elle dispose des cotisations de ses membres, elle vend des objets dérivés comme des médailles, des disques, elle émet des billets de la Loterie nationale… Ses finances sont telles qu’elle achète un immeuble à Paris, rue Eugène Flachat dans le 17e arrondissement, pour en faire son siège social : immeuble dont Le Souvenir Français héritera en 2005.

 

Une association influente qui s’investit dans les guerres du temps de la décolonisation.

Rhin et Danube fonctionne sur un modèle militaire : elle fait appel à la discipline, à la volonté de servir, à la force morale et à l’unité de ses membres. L’association est groupée derrière son président national qui rend compte systématiquement des décisions prises auprès du général de Lattre de Tassigny, qui occupe le poste de président d’honneur.

Dans un premier temps, la mémoire de la 1re Armée ne préoccupe pas réellement les membres de Rhin et Danube. L’association lutte pour éviter la décolonisation de l’Indochine et surtout de l’Algérie. En effet, les vétérans de la 1re Armée encore en activité y sont engagés. De plus, Rhin et Danube pense qu’elle a une mission : assurer la grandeur de la France. Les mots du général de Lattre prononcés à Lindau le 27 juillet 1945 dans « L’Ordre du Jour n°10 » sont constamment cités par ses hommes pour justifier leur action : « Gardez intact en vos mémoires le souvenir de nos luttes, de nos victoires et de nos rangs fraternels. L’esprit « Rhin et Danube » survivra en chacun de vous et demain, pour vos devoirs nouveaux, vous serez encore, avec ferveur, les artisans intransigeants de la Grandeur Française ».

Ce n’est donc qu’après l’indépendance de l’Algérie que l’association Rhin et Danube s’investit totalement dans la promotion et la diffusion de la mémoire de l’Armée de Lattre. Elle se veut alors le porteur de la mémoire de la 1re Armée française.

 

« Les lieux de mémoire de la 1re Armée ».

La mémoire de la 1re Armée française, ou des unités qui l’ont composée, est entretenue aujourd’hui grâce à l’existence de monuments commémoratifs, plaques, stèles, statues, nécropoles… qui ont été érigés la plupart du temps grâce à l’action de Rhin et Danube qui s’est organisée en groupe de pression pour que les autorités publiques accèdent à sa demande. Ces monuments sont tout particulièrement présents dans les régions libérées par la 1re Armée, mais aussi dans celles où cela n’a pas été le cas, comme à Paris.

On ne compte plus les rues, les avenues, les ronds-points et les places dont les noms renvoient à l’épopée de la 1re Armée française. D’autant plus que les inaugurations se poursuivent encore aujourd’hui, comme ce fut le cas en 2015 à Niort où un rond-point porte le nom de Rhin et Danube en l’honneur de l’Armée de Lattre.

Le blindé est assez apprécié pour créer des lieux de recueillement et d’hommages, à tel point que l’on peut évoquer des « mémoires d’acier ». Ce sont généralement des Sherman : le Provence au Mont-Faron à Toulon, le Jeanne d’Arc à Marseille, le Duguay-Trouin à Dijon, le Renard à Kientzheim…

Les plages du débarquement de Provence, les villes de Marseille, de Toulon, de Mulhouse, de Colmar… où les troupes de la 1re Armée se sont illustrées sont autant de lieux où les autorités publiques et l’association Rhin et Danube organisent des cérémonies commémoratives. Le 15 août, l’anniversaire de l’opération Dragoon, devient l’occasion d’honorer solennellement l’Armée de Lattre, en particulier en 1964.

 

Une mémoire inscrite dans la pierre.

Certains « lieux de mémoire » sont plus emblématiques comme c’est le cas de la nécropole nationale de Sigolsheim près de Colmar, qui rassemble les dépouilles des soldats de la 1re Armée qui perdirent la vie en Alsace. Si le projet de constituer cette nécropole datait de 1956, ce n’est qu’en 1962 que Rhin et Danube et l’Etat se mirent d’accord pour sa création. Elle fut inaugurée en 1965 et trente ans plus tard l’association fit édifier un monument en l’honneur des soldats américains qui combattirent sous les ordres du général de Lattre.

A Colmar, la municipalité, l’Etat, et Rhin et Danube ont inauguré en 1973 un lieu de mémoire rappelant le rôle du général de Lattre et les victoires de la 1re Armée, de l’île d’Elbe jusqu’à Berlin, en raison du rôle qu’elle joua dans la libération de la ville et du département. Un bassin constitue la partie centrale de ce site où, sur des murs en grès, des bas-reliefs en plomb évoquent l’amalgame, le maréchal de Lattre, les blasons des divisions ayant composé l’armée. Sur des stèles en grès ont été sculptées toutes les opérations menées par l’Armée de Lattre.

A Paris, le projet d’édifier un monument au maréchal de Lattre, porte Dauphine, a reçu l’approbation de l’Etat le 8 février 1979. Cette entreprise a été d’autant plus aisée qu’elle a obtenu le soutien d’un ancien de la 1re Armée, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. Cet espace mémoriel est composé d’un monument en grès de 15 mètres de long sur lequel se trouve un buste du maréchal de Lattre. De l’autre côté est inscrite sa devise « Ne pas subir ». Un chemin fait le tour du monument et est bordé par six stèles, ressemblant à celles de Colmar, sur lesquelles sont gravés les événements de la vie de De Lattre.

 

Autres mémoires.

La mémoire de Rhin et Danube est aussi diffusée par l’intermédiaire de timbres postes qui sont édités après une amicale pression de l’association et qui mettent en avant la figure du général de Lattre de Tassigny.

Enfin, dans cette liste qui n’est pas exhaustive, il nous faut évoquer la présence d’ « écrivains combattants » qui diffusent la mémoire de l’Armée de Lattre. Pour la plupart ce sont des membres de l’association Rhin et Danube, ou des proches de celle-ci. Parmi les plus connus nous retrouvons le romancier, journaliste et académicien Michel Droit, ou le romancier, essayiste, historien et académicien André Chamson. Il y a aussi des militaires qui rédigent leurs mémoires, qui deviennent des ouvrages de référence. C’est le cas de Pierre Lyautey (neveu du maréchal), Augustin Guillaume (général commandant la 3e D.I.A. et futur président de Rhin et Danube)… sans oublier le général de Lattre de Tassigny qui publie en 1949 L’Histoire de la Première Armée Française Rhin et Danube. Mais depuis le début du XXIe siècle, Internet est devenu le lieu d’accueil et de diffusion d’une multiplication de témoignages sur la 1re Armée, faisant émerger à son sujet une mémoire plus « émiettée » qu’auparavant.

La relève institutionnelle, depuis la disparition de Rhin et Danube en 2005, est assurée entre autres par l’Institut vendéen de Lattre-Clemenceau, la Fondation Maréchal de Lattre et par Le Souvenir Français. Le Souvenir Français est l’héritier de Rhin et Danube,  il est par conséquent le principal porteur de la mémoire de la 1re Armée.

 

Jean-Arthur Noïque

 

 

Jean-Arthur Noïque, est professeur d’histoire-géographie au  lycée Frédéric-Mistral à Avignon et docteur en histoire. Son doctorat « Images et mémoires de la 1re Armée française (1943-2015) » sera prochainement édité par les éditions Les Indes Savantes. Communications à  paraître : « La place de la 1re Armée française dans l’espace mémoriel colmarien », Actes du colloque, « Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée : la construction d’un  espace du souvenir dans l’Est de la France », et «  De l’histoire de la 1re Armée ou de la construction d’une histoire par les militaires », Actes du colloque, « L’histoire des opérations militaires, sources, objets, méthodes ».

Jean-Arthur Noïque a écrit cet article pour le site national du Souvenir français.

 

 

Crédit photographique : https://rhin-et-danube.fr/

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Publié le 30 Mars 2020

Christian Poujols n'est plus.

Nous apprenons ce jour une nouvelle bien triste : Christian Poujols n’est plus. Il a succombé au Covid-19.

 

Marseillais, fils – très fier – d’un héros de Verdun, ancien du 35e RAP (régiment d’artillerie parachutiste), Christian est versé dans la 10e division parachutiste pour son arrivée en Algérie. Il en gardera de nombreux souvenirs dont plusieurs ont fait l’objet d’articles sur ce site.

 

Très intégré au milieu des anciens combattants, il avait été de nombreuses années président de section à l’UNP (Union Nationale des Parachutistes), puis président de la 46e Section de l’UNC (Union Nationale des Combattants) à Issy-les-Moulineaux. Il était aussi vice-président départemental de l’UNC. Mais comme tous les boulimiques, Christian ne s’était pas arrêté à cela. Là encore, depuis de nombreuses années, il était un pilier de notre comité du Souvenir Français. Il avait d’ailleurs reçu il y a plus de dix ans la médaille d’Honneur de notre association.

 

Mais Christian était aussi, et surtout, un ami qui m’avait demandé d’être son secrétaire à l’UNC, par amitié et parce qu’il fallait soutenir la section. Une telle demande ne se refuse pas. C’est un honneur. Je garderai de Christian ces souvenirs de dimanches matins à la Maison du Combattant d’Issy, les réunions de travail pour l’UNC, ses commentaires sur l’armée, sur l’Algérie d’avec la France puis sans elle, ses souvenirs de Marseille, ses histoires des Pyrénées. Son patriotisme chevillé au corps, son respect pour nos alliés. Je l’avais emmené l’année dernière au Memorial Day américain au Monument de l’Escadrille Lafayette à Marnes-la-Coquette. Il en avait été enchanté.

 

Alors à son épouse, qui a déjà connu la douleur de perdre il y a quelques années un enfant, à son fils, je dis en mon nom et au nom du Comité toute ma compassion et mon amitié.

 

Ce printemps qui commence n’est que chagrin.

 

Frederic Rignault – LCL Ad honores auprès du GMP

Président du Souvenir Français – Comité d’Issy-Vanves

Délégué général adjoint 92

Secrétaire de la 46e Section de l’UNC

 

* * * * *

 

Voici le discours de Christian, prononcé le 11 novembre 2013, à Issy.

 

« Monsieur le Maire,

Monsieur le Maire-Adjoint délégué aux Anciens Combattants et aux Affaires militaires,

Messieurs les présidents d’Associations d’Anciens Combattants et les Anciens Combattants,

Mesdames Messieurs les représentants des Autorités civiles et militaires,

Mesdames Messieurs les élus,

Mesdames Messieurs,

 

Nous voici rassemblés cette année encore devant le monument aux Morts de notre ville pour commémorer le 11 Novembre 1918 où, à la 11ème heure du 11ème jour du 11ème mois, le clairon a sonné la fin d’une longue guerre de 52 mois.

 

Un peu plus de quatre années pendant lesquelles les soldats ont vécu dans les tranchées ; ils ont connu sans discontinuer le froid, la pluie, la neige et, aussi, la chaleur. Il nous arrive de nous plaindre de la chaleur ou du froid ; dans ces moments-là, pensons à nos Poilus et à ce qu’ils ont dû endurer. En plus de la mitraille, en plus des obus, en plus des assauts donnés et reçus.

 

Il y avait des moments pendant lesquels Français et Allemands se retrouvaient entre les tranchées pour porter secours et ramener les blessés dans leurs tranchées respectives ; ils échangeaient un signe, un salut, se montraient les photos de leurs enfants puis rejoignaient leurs postes.

 

Et la guerre reprenait. Que ressentaient-ils en voyant fixé sur eux le regard de l’homme dans le ventre duquel ils enfonçaient leur baïonnette et avec lequel ils avaient, peu de temps auparavant, échangé un signe, des photos ?

 

La Marne, la Somme, l’Yser, Verdun où, le premier jour, nos soldats ont encaissé 936.000 obus ; ils ont riposté, tiré quelques 120.000 obus par jour. On estime que 37 millions de projectiles ont été tirés de part et d’autre à Verdun !

 

L’année prochaine, nous commémorerons le 100ème anniversaire du début de cette guerre qui a changé la façon de vivre des français : les maris, les fils étaient au front et les femmes ont dû les remplacer. Elles ont travaillé la terre, elles ont travaillé en usine pour fabriquer les munitions dont leurs hommes avaient besoin ; elles ont appris à conduire les tramways. La guerre finie, beaucoup d’entre elles ont continué ce travail qu’elles avaient découvert parce que l’homme n’était pas revenu. Parce que cette guerre a fait 1.500.000 morts et trois fois plus de blessés dans les rangs de l’Armée française.

 

« La Der des Der », pensaient nos Poilus. Hélas ! L’esprit de revanche amena les Allemands à refaire la guerre en 1939 avec Hitler à leur tête. Cette deuxième guerre mondiale qui fut suivie de bien d’autres, Indochine, Corée, Afrique du Nord. Le monde ne s’est pas encore assagi et de nombreux conflits surgissent ; la menace nucléaire reparait.

 

Que, tout au long de cette année 2014 où sera commémorée la Grande Guerre, les dirigeants du monde soient interpellés par ces batailles, ces nombreux lieux de mémoire, ces morts, ces blessés et qu’il leur soit donné un peu de raison ; de nombreuses raisons d’apaiser les tensions et que nos enfants et petits enfants ne connaissent jamais ce que nos aînés ont vécu, ce que vous les Anciens Combattants ici présents avez connu.

 

Mon Père qui se levait lorsqu’il entendait La Marseillaise jouée à la radio après le discours de tel ou tel Ministre ou Président, les badauds qui se découvraient lorsque passait devant eux le drapeau du régiment ou lorsqu’ils entendaient l’hymne national ou la sonnerie aux Morts sont un monde révolu paraît-il ; autres temps autres mœurs nous dit-on.

 

Eh bien, malgré cela, Vive la France. »

 

 

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Publié le 23 Février 2020

Lieutenant Blanc – 5 – Promotion parachutistes classe 1951.

Discours du chef de bataillon Stevenin, commandant l’Unité cadres 563/1.

 

  • « Parachutistes de la classe 1951, quel est le nom de Baptême que vous avez choisi pour votre promotion ?
  • Promotion du Lieutenant Paul Blanc, mon commandant.
  • Votre choix montre que vous voulez tous suivre l’exemple d’un Brave.

 

Né le 25 septembre 1921, Paul Blanc a 19 ans en 1940. Il est à Tlemcen. Les événements malheureux de juin 1940 l’ont impressionné vivement. Il se prépare à laver l’injure faire à la France. En 1942, il s’engage. En 1943, il est nommé sous-lieutenant de Réserve. En 1944, il fait campagne en Italie. Blessé, il est fait prisonnier à San Casciano. Il est interné en Allemagne, d’où, après trois tentatives d’évasion il réussit à gagner la Slovaquie. Il rentre en France en juin 1945 pour être affecté au 1er RCP. En décembre 1945, il est promu lieutenant d’Activité. En janvier 1947 il part pour l’Indochine où, dès février, il entre en campagne avec la ½ brigade de marche parachutiste. De février à novembre 1947, il est parachuté trois fois. Le 7 avril 1948, il est tué par balle en entraînant ses parachutistes à l’attaque.

 

Il est titulaire de : la Croix de Guerre 39-45 ; la Médaille des Evadés ; la Croix de Guerre des T.O.E. ; la Médaille Coloniale avec agrafe « Extrême-Orient ».

 

Il a mérité deux citations à l’Ordre de l’Armée et deux citations à l’Ordre du Corps d’Armée.

 

Le 7 juillet 1948, il est fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume avec la citation suivante : « Paul Blanc, lieutenant 1er RCP – Officier d’élite d’un courage et d’une audace jamais démentie. Commandant en second d’une compagnie de parachutistes, a brillamment participé aux opérations aéroportées et terrestres de son unité depuis le 12/2/47 où il s’est révélé un véritable entraîneur d’hommes. Au cours de l’opération parachutée de Cu Van (Tonkin) s’est particulièrement distingué aux combats de Quanc Vihn le 27 novembre 1947, de Phang Me le 1er décembre et de Cu Van les 4 et 10 décembre en abattant de nombreux rebelles, récupérant des armes et détruisant trois dépôts très importants de grenades. S’est à nouveau distingué dans le Secteur N.E. en menant une lutte sans merci aux rebelles. Le 4 mars 1948 étant tombé dans une forte embuscade a magnifiquement entraîné sa troupe à l’attaque d’une formation adverse forte de 400 hommes, malgré un tir très violent d’armes automatiques et de mortiers, lui causant des pertes sévères et récupérant armes et munitions. A trouvé une mort glorieuse à la tête de ses hommes le 7 avril 1948 au cours de la réduction d’une embuscade sur la route de Cao Bang à Lang Son (Tonkin). Laisse à tous le souvenir d’un chef remarquable et téméraire, animé au plus haut point du sentiment du devoir et de l’esprit de sacrifice.

 

Jeunes parachutistes de Moselle, votre promotion portera désormais le nom de Lieutenant Blanc. A Madame Blanc, je donne l’assurance que vous garderez en vos cœurs le souvenir d’un Brave parachutiste que fut son mari, et que s’il le fallait un jour, vous suivrez son exemple.

 

Metz, le 22 mai 1950. »

 

 

 

 

Sources :

Archives familiales.

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Publié le 21 Février 2020

Lieutenant Blanc – 4 – Citations.

Citation du 4 avril 1947 à l’Ordre du corps d’armée, par le général de Perier :

 

« Blanc Paul – Lieutenant 1ère compagnie – Demi-brigade de Marche Parachutiste.

Lieutenant adjoint au Commandant de Compagnie, a participé brillamment à toutes les opérations de son unité, en Cochinchine et au Tonkin. Au cours de l’opération parachutée de Hoa Binh le 15 avril 1947 s’est fait une fois de plus remarqué par sa fougue et son audace. Le 18 avril 1947 à Cho Bo, le Commandant de Compagnie venant d’être blessé et évacué a pris le Commandement dans un moment difficile et conduit la Compagnie dans un élan magnifique à l’assaut de ses objectifs malgré une résistance acharnée des rebelles. Le 21 avril s’est emparé de Su Yut malgré une vive opposition. A infligé des pertes sensibles à l’adversaire.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. »

 

Citation du 31 mai 1947 à l’Ordre de la Division – O.G. n° 236 en date du 31 mai 1947, par le général commandant les T.F.I.N. (Troupes Françaises d’Indochine du Nord) :

 

« Blanc Paul – Lieutenant 1/1er RCP.

Officier d’un allant exceptionnel, plein de courage et d’ardeur au combat. Le 23 mars 1947, au cours de l’investissement de Phu Ly (Tonkin) commandant un détachement de deux sections de F.M., a bousculé les résistances adverses, tuant de nombreux réguliers et capturant un lot important de grenades et de munitions. Le 28 mars 1947, à l’attaque de Van Dinh, a anéanti une bande, faisant 8 prisonniers, capturant 8 fusils et un stock important de munitions.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre des T.O.E. avec étoile d’argent. »

 

Citation du 11 septembre 1947, par le général Salan, commandant T.F.I.N. :

 

Le texte est identique mais le général Salan ajoute les étoiles d’argent sur la Croix de Guerre 1393-1945.

 

Citation à l’Ordre de l’Armée, JO du 1er avril 1948 – Décision du 23 mars 1948.

 

Blanc, Paul – Lieutenant 1/1er RCP

« Officier adjoint au Commandant de Cie a toujours fait preuve du plus grand sang-froid et d’un courage exemplaire.

S’est particulièrement distingué les 9 et 15 octobre 1947 au cours de l’opération parachutée de Cao Bang (Tonkin).

Le 9 octobre, la Cie ayant pour mission de s’emparer de deux ponts de Cao Bang intacts, a regroupé les sections du 1er pont et s’est emparé de cet ouvrage en quelques minutes. Continuant sa marche à travers la ville malgré la vive réaction adverse, s’est emparé du 2e pont sous un feu violent de deux mitrailleuses V.M., réussissant ainsi dans un temps record à assurer avec plein succès la réussite de l’opération.

Le 15 octobre, la Cie ayant pour mission de nettoyer la route de Tra Linh et d’occuper le croisement des routes de Tra Linh et de Thung Khanh Phu, a progressé en personne avec la section en tête, donnant des ordres judicieux et des renseignements précis sur la situation. Grâce à son action personnelle, a permis à son unité de s’emparer du Col et du carrefour malgré une défense acharnée de l’adversaire remarquablement retranché.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre des TOE avec palme ».

 

Au total le lieutenant Blanc sera honoré de six citations.

 

Sources :

Archives familiales.

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Publié le 20 Février 2020

Lieutenant Blanc – 3 – La mort, par le lieutenant Forhan.

Le 2 mai 1948, depuis Cao Bang (Tonkin), le lieutenant Forhan du 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes) dont, faut-il le rappeler, la devise est : Vaincre ou mourir, écrit cette lettre à l’attention d’Henri de Dessauger, chef de bataillon dans l’arme du génie et qui était le beau-père du lieutenant Paul Blanc. Paul Blanc savait de qui tenir puisque son beau-père avait été maintes fois cité et décoré, au cours des deux guerres mondiales.

 

« Mon commandant,

 

Je viens de recevoir votre télégramme et je vous ai confirmé la triste nouvelle par la même voie.

Je comptais écrire à votre fille, n’ayant votre adresse ni votre nom qu’un mois après le décès, c’est-à-dire le 7 mai.

BLANC est mort dans mes bras le 7 avril vers 16h30 sans souffrir, le sourire aux lèvres, allant au secours de blessés, il fut atteint d’une seule balle (sniper) qui le prit du côté droit de la cage thoracique (à la hauteur du sein) pour le transpercer de part en part venant sortir à gauche à la hauteur de la ceinture, 5 secondes après il était mort.

J’aimerais pouvoir vous dépeindre la sérénité qui illuminait son visage. Cette conscience qu’il a dû avoir au dernier moment, d’avoir fait son devoir jusqu’au bout. La veille, il avait communié, 5 minutes avant sur la route balayée par quelques rafales, nous avions ri ensemble, il me disait « c’est au poil ». Le convoi que nous protégions étant passé sans casse.

Je ne puis vous exprimer, mon commandant, toute la peine que j’ai, que nous avons tous.

BLANC reste pour moi, le seul ami que j’ai jamais eu, je le pleure comme un Frère. Pour moi qui suis croyant, je suis certain que de l’autre côté il est là, nous attendant, souriant de ce sourire mi-moqueur, mi-affectueux.

Ici à Cao-Bang, il avait conquis tout le monde, tous les Officiers, de quel corps que ce soit, le connaissaient et l’estimaient. Sa droiture, et son Honnêteté, son Courage, l’avaient placé à notre tête. Son enterrement fut magnifique, tous les Corps étaient représentés, musique de la Légion, Colonels. Lui qui était sensible à ces marques extérieures… Nous avons pris des photos que je vous ferai parvenir.

BLANC devait comme moi rentrer en France en juillet prochain. Je garde ses affaires personnelles que je vous ferai parvenir dès mon retour, la voie « réglementaire » étant très longue et peu sûre.

D’autre part, le chef de bataillon va faire parvenir à votre fille le montant de deux mois de solde que BLANC n’avait pas encore perçu.

Voici, mon commandant, tout ce que je sais de la fin de sa fin. BLANC est mort en soldat, la seule mort qu’il jugeait digne de lui. Pour moi, il est toujours là. Si notre douleur peut un peu atténuer celle de votre fille, dites-lui que nous le pleurons tous.

Je reste à votre disposition pour tout ce que vous jugeriez utile de faire à ce sujet.

Recevez, mon commandant, tous mes respects.

 

Lt FORHAN S.P. 64.425

3e Cie – T.O.E.”

 

Sources :

Archives familiales.

 

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