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Publié le 14 Juin 2016

Capitaine Dominique Bonelli.

Le samedi 11 juin 2016, s’est éteint le capitaine Dominique Bonelli.

Corse, né en Algérie, d’un père militaire, Dominique Bonelli s’engage à l’âge de 22 ans et part pour l’Indochine. Il est lieutenant au 8e choc sous les ordres du capitaine Pierre Tourret. Fait prisonnier, il est de ceux qui font La Longue Marche : les 10.000 prisonniers de Diên Biên Phù vont parcourir une distance de 700 kilomètres pour rejoindre plusieurs camps de prisonniers. Parcours puis emprisonnement dans des conditions effroyables puisque plus de 70 % d’entre eux ne reviendra pas.

A l’issue de la guerre d’Indochine, Dominique Bonelli réalise son rêve : il intègre la Légion étrangère. Départ pour la guerre d’Algérie où il sert sous les ordres du prestigieux colonel Jeanpierre. Il est blessé à deux reprises. L’Algérie, c’est aussi une certaine idée de la France, de l’engagement et de la fidélité. Avec pour maître mot : ne pas trahir.

Au moment du putsch des généraux à Alger contre la politique du général de Gaulle, Pierre Sergent, dans son ouvrage Je ne regrette rien (Fayard, 1972) indique : « De la villa, la vue était sublime. Une Méditerranée de carte postale, immobile et violemment colorée par un soleil vertical. Midi sur la ville blanche. Située sur les hauts d'Alger, cette villa des Tagarins dominait la baie. Là-bas, sur une éminence, parmi les eucalyptus, se dressaient les murailles blanches du Fort-l'Empereur, édifié par Charles Quint... Mais l'heure n'était pas aux méditations historiques ni aux émotions touristiques. Et l'homme tourné vers ce merveilleux paysage n'était nullement enclin à la poésie, malgré un regard bleu, presque transparent. Il tirait méthodiquement sur une courte pipe recourbée. C'était le général Challe. Le général Challe attendait le commandant de Saint-Marc. Ce vendredi 21 avril, Challe était arrivé aux Tagarins, accompagné du colonel Broizat et du général Zeller. La veille, à 1 heure du matin, tous trois avaient atterri en secret à Blida, après avoir pris clandestinement l'avion en métropole, à l'aérodrome militaire de Creil. Et ils se retrouvaient à Alger, dans cette villa où un petit état-major occulte préparait la conquête de la cité. Pour l'essentiel, le plan prévoyait le mouvement d'une unité, la plus sûre : le 1er régiment étranger de parachutistes. A eux seuls, les légionnaires prendraient la ville. Ils seraient toutefois aidés par une unité de parachutistes dont l'objectif était ce fort de Charles Quint où, gardées par le colonel de gendarmerie Debrosse, se tenaient les autorités civiles d'Alger qu'entouraient quelques poignées d'officiers supérieurs. Le 1er R. E. P. assurerait donc le gros du travail. La caserne Pélissier, où siégeait le corps d'armée d'Alger : objectif de la 1re compagnie, dont le commandant était assisté par le capitaine Rubin de Cervens et le lieutenant Godot, et de la 2e compagnie, aux ordres du lieutenant Oliviet Picot d'Assignies. Les émetteurs radio d'Ouled-Fayet : 3e compagnie du capitaine Estoup. La Délégation générale : compagnie portée du lieutenant Durand-Ruel. L'école de police d'Hussein Dey : la compagnie d'accompagnement, avec les capitaines Ponsolle et Carreté. La 4e compagnie du capitaine Bonelli serait tenue en réserve. »

Jugé avec ses pairs, le capitaine Bonelli est condamné à la prison avec sursis et doit quitter l’armée. Il était titulaire de nombreuses décorations ; entre autres, grand officier de la Légion d'Honneur, Croix de guerre, 10 citations, TOE, Croix de la Valeur Militaire, 2 blessures de guerre. Il avait 88 ans.

En 2008, le capitaine Bonelli avait décidé de se confier à Bénédicte Helcégé, dans un ouvrage intitulé L’Arbre à Papillons, dont Roger Faulques, Grand officier de la Légion d’honneur avait écrit la préface : « Dominique Bonelli appartient à cette race des orgueilleux et son ambition l’a porté à toujours être parmi les meilleurs des meilleurs. La Légion étrangère et la guerre lui permirent d’exercer cette volonté absolue. Porte-drapeau du 1er REP, en 1961 les événements l’ont contraint à tout quitter, la mort dans l’âme, la rage au cœur, avec la douleur de perdre ce qu’il aimait par-dessus tout : la vie partagée avec ses légionnaires. Il s’est battu pour repartir de rien et, à nouveau, viser l’excellence. Avec une volonté farouche pour rebondir, il a gardé son goût du combat et du dépassement : activité professionnelle, sports de compétition, il a gravi les échelons avec enthousiasme, sans jamais perdre cet optimisme et cette joie de vivre qui l’habitent toujours. Tous deux, nous avons aimé la guerre, propos choquants aujourd’hui où l’aspiration naturelle à la paix se confond trop souvent avec le pleutre et inconscient pacifisme…Nous avons aimé la guerre parce qu’elle ne permet pas de tricher : face à lui-même, à la souffrance et à la mort, l’homme exprime ce qu’il est vraiment. Il se bat pour une cause qui le dépasse. C’est ce qui donne sa vraie grandeur à un Soldat digne de ce nom. Si la vie nous a conduits sur des voies bien différentes, notre amitié a traversé, sans faiblir, les années qui sont derrière nous… et continuera à nous unir pour celles qu’il nous reste à parcourir. »

Les obsèques du capitaine Dominique Bonelli auront lieu le jeudi 16 juin à 11 heures aux Invalides et seront suivies des honneurs militaires.

Sources :

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Publié le 7 Juin 2016

Le chasseur de mines Andromède.

Présentation.

Les chasseurs de mines du type "tripartite" ont été construits en coopération entre la France, la Belgique et les Pays-Bas. L'Andromède a été construit par la Direction des Constructions Navales (DCN) à Lorient : Mis sur cale le 5 mars 1980, il est lancé le 22 mai 1982 et entre en service le 19 octobre 1984.

L'Andromède est basé à Brest et la ville d’Issy-les-Moulineaux parraine le chasseur de mines Andromède depuis le 9 novembre 1985.

Missions.

  • Détection, localisation, classification, identification puis destruction ou neutralisation des mines par fonds de 10 à 80 mètres.
  • Guidage des convois sous menace de mines.
  • Travaux sous la mer, recherche d'épaves.

Caractéristiques.

  • Coque en composite verre/résine polyester
  • Déplacement : 615 tonnes en pleine charge
  • Dimensions : 51,5 x 8,90 x 3,80 mètres
  • Tirant d'air : 21,50 mètres
  • Vitesse maximale : 15 nœuds sur propulsion principale, 7 sur propulsion auxiliaire
  • Distance franchissable : 3000 nautiques à 12 nœuds
  • Autonomie : 15 jours
  • Stabilisation au roulis à vitesse nulle

Énergie et Propulsion.

  • Moteur principal: moteur diesel Werkspoor-Wärtsilä ARUB 215 V 12 ; 1 hélice à pas variable ; 1900 ch (1.400 kW)
  • Propulsion auxiliaire: 2 gouvernails actifs ACEC de 120 cv ; 1 propulseur d'étrave
  • Énergie électrique: 3 turbogaz alternateurs Astazou de 250kW ; 1 alternateur diesel DAF de 180 kW

Équipements électroniques.

  • 1 radar Racal-Decca DRBN-38
  • 1 sonar DUBM-21 E (TSM 2022 Mk 3 )
  • 1 sonar SPIV (sonar propulsé à immersion variable)
  • Système de pilotage automatique
  • Système de radionavigation Syledis
  • Système numérisé de transmissions intérieures SNTI
  • Système de transmission par satellite Inmarsat mini M

Armement.

  • 1 mitrailleuse AA 20 mm F2
  • 2 mitrailleuses 12,7 mm
  • 2 mitrailleuses 7,62 mm
  • Identification et neutralisation : 6 plongeurs-démineurs ou 2 poissons auto-propulsés PAP 104

Équipage.

  • 5 officiers
  • 32 officiers mariniers
  • 12 quartiers-maîtres et matelots

Sources :

  • Ministère de la Défense.
  • Blog de Christian Clot pour la photographie.

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Publié le 26 Juillet 2015

L'Arménie en l'an 1000.

L'Arménie en l'an 1000.

Une brève histoire de l’Arménie.

 

Peuplée dès l’ère paléolithique, l’Arménie est l’un des berceaux de la révolution néolithique. Autour du lac de Van, un Etat se forme dès le 9e siècle avant JC, réunissant les diverses tribus du plateau arménien. Elles ont l’Empire assyrien pour ennemi principal. C’est alors que sont mentionnés les Arméniens : leur origine reste obscure, mais on a longtemps admis que ces Indo-européens se seraient mélangés aux populations originelles de cette région, les Ourartéens (ou Urartéens). Par la, l’Arménie est dominée par les troupes d’Alexandre. Mais un très grand souverain, Tigrane II, réussit à unifier tous les Arméniens et lancent ses armées à la conquête de l’Anatolie. Alors, l’Arménie domine tout le Moyen-Orient, de la Transcaucasie à la Palestine. Cet expansion va être vite contrariée par l’Empire romain : Pompée va réduire l’Arménie au rôle de vassal. Etat qui va être pendant des années – mais l’Histoire se répétera bien souvent – l’un des champs de bataille préférés d’empires ennemis des Romains contre les envahisseurs de l’Est.

 

En 301, l’Arménie est le premier Etat à adopter officiellement le christianisme.

 

Puis l’Arménie tombe aux mains des envahisseurs musulmans. Libérés par les armées croisées, l’Arménie devient leur allié et retrouve quelques temps, entre 1180 et 1375, un territoire digne de son histoire. Ainsi, sous le règne de Léon II le Magnifique (1187-1219), la Petite Arménie (créée sur les territoires de Cilicie) est érigée en royaume feudataire du Saint-Empire romain germanique et reçoit une organisation analogue à celle des Etats latins d’Orient. Mais le royaume meurt en 1375 sous les attaques des Mamelucks. Le dernier roi arménien de Cilicie, léon VI de Lusignan meurt à Paris en 1393. Il est enterré à la basilique royale de Saint-Denis.

 

Pendant près de cinq siècles, l’Arménie devient l’enjeu de conflits entre les Ottomans et leurs ennemis. Les Arméniens ne sont reconnus que comme minorité religieuse.

 

Dans l'Empire ottoman, ils constituent, depuis 1461, l'Ermeni Millet (nation arménienne), sous la responsabilité du patriarcat de Constantinople, qui exerce des charges à la fois spirituelles et temporelles. Parmi les Arméniens de Constantinople se forme une petite oligarchie de financiers et de grands négociants, proche du pouvoir ; mais la majeure partie de la nation, les paysans et petits artisans des provinces de l'Est sont soumis, sur leurs terres, à l'arbitraire des gouverneurs et des grands propriétaires fonciers, ainsi qu'aux brigandages des tribus nomades kurdes.

 

L'oppression s'accentue au 19e siècle, avec la décadence de l'Empire et une évolution démographique défavorable aux chrétiens (installation de tribus kurdes et de réfugiés musulmans de Russie et des Balkans en Anatolie). Exactions fiscales, expropriations, pillages, viols, massacres provoquent de nombreux exodes. Après avoir attendu en vain l'aide de la papauté et des princes européens, les Arméniens reportent leurs espoirs de libération sur la Russie orthodoxe, qui s'étend au Caucase, aux dépens des Empires ottoman et persan.

 

Les provinces orientales de l’Arménie passent sous domination russes, après plusieurs traités dont ceux de Gulistan (1813) et d’Andrinople en 1829. Là, les Arméniens sont protégés – ils sont chrétiens orthodoxes comme les Russes. Ce n’est pas le cas des Arméniens occidentaux qui sont pourchassés et exterminés par les Ottomans en 1915.

 

Les Accords Sykes - Picot.

Les Accords Sykes - Picot.

Les accords, »Sykes-Picot ».

1915 : la guerre fait rage dans toute l’Europe et le Moyen-Orient. Les diplomates sont à la manœuvre avec une approche aussi vieille que le monde : et quand viendra la fin de la guerre que ferons-nous des territoires conquis ?

 

Le 16 mai 1916, faisant suite à un long travail préparatoire de plusieurs mois entre paul Cambon, ambassadeur de la République française à Londres et Sir Edward Grey, secrétaire d’Etat au Foreign Office, l’accord Sykes-Picot est conclu entre la France et le Royaume-Uni à Downing Street entre Sir Mark Sykes et François-Georges Picot. Cet accord prévoit à terme un découpage du Moyen-Orient, c’est-à-dire l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l’Empire ottoman. La Russie tsariste et l’Italie approuvent.

 

En dépit des promesses d’indépendance faites aux Arabes, le Moyen-Orient est découpé en 5 zones :

 

  1. Zone bleue française : administration directe du Liban et de la Cilicie.
  2. Zone arabe A : zone d’influence française, comportant le nord de la Syrie et la province de Mossoul.
  3. Zone rouge britannique : administration directe du Koweït et de la Mésopotamie (Irak).
  4. Zone arabe B : zone d’influence britannique ; sud de la Syrie, plus Jordanie et la future Palestine mandataire.
  5. Zone brune : administration internationale pour Saint-Jean-D’acre, Haïfa et Jérusalem.

 

Mais les bolchéviks russes, au pouvoir en 1918, montrent ces accords au pouvoir ottoman qui les transmet au chérif Hussein de La Mecque. Les occidentaux doivent finalement faire machine arrière sur un certain nombre de points et finalement, en 1920, tout le monde se et d’accord à Sèvres, près de Paris.

 

Une république arménienne est proclamée, de même qu’un territoire kurde, la Syrie et le Liban passent sous administration française, tandis que la Jordanie, l’Irak, le Koweït. L’Empire ottoman, bientôt république turque, est réduite à quelques territoires sur la côte occidentale du Bosphore et l’Anatolie ouest et centrale.

 

Quelques années plus tard, la République arménienne est annexée par l’URSS, le territoire kurde n’a jamais été créé et la Turquie a récupéré tous les territoires pris par les Grecs.

 

 

Soldats de la Légion d'Orient.

Soldats de la Légion d'Orient.

La Légion d’Orient.

Un accord franco-arménien de 1916 établit la Légion arménienne : celle-ci consiste à monter une troupe de volontaires arméniens, associée à la Légion étrangère, pour combattre l’Empire ottoman.

 

Commandée par des officiers français, celle-ci est stationnée à Chypre et se compose de volontaires arméniens et syriens. Commandée par le commandant d’infanterie Louis Romieu, la légion est déployée en Palestine, où effectivement elle combat contre les troupes du Reich allemand et de l’Empire ottoman. Après ces victoires, la légion est envoyée dans le sud de l’Anatolie, autour des villes d’Adana et de Mersin.

 

Comme six siècles plus tôt, il est à nouveau question de créer un territoire arménien en Cilicie. Espoir de courte durée : en 1920, la France reconnait l’autorité turque sur cette région et dissous la Légion arménienne…

 

Chrétiens et musulmans en Orient : 3/3 - Période contemporaine.

Et depuis…

 

Et depuis, que d’événements… Les guerres sont moins meurtrières mais toujours aussi nombreuses. L’événement le plus important est la création de l’Etat d’Israël en 1948, qui a donné lieu à trois guerres (1948, 1967 et 1973). Les occidentaux sont partis. Certains pays arabes ont tenté de s’associer (Syrie, Irak, Egypte), en vain. L’invasion irakienne au Koweït a déclenché la Guerre du Golfe en 1990, suivie par l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. La Palestine attend son Etat. Les « printemps » arabes ont bouleversé la donne politique dans plusieurs Etats (Tunisie, Libye, Egypte, Syrie). Et des groupes terroristes en ont profité pour se développer (Al Qaeda, Daech). L’Orient est toujours aussi compliqué. Une chose ne change pas : régulièrement, dans certains pays de cette zone géographique, des chrétiens, pourtant bien souvent présents sur ces territoires depuis des siècles et des siècles, sont pourchassés et éliminés parce que chrétiens.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Merci à l’association des combattants arméniens, ANACRA, et son président du Comité d’Issy-les-Moulineaux, Monsieur Jacques TCHIRBACHIAN.
  • Archives de l’Anacra.
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.
  • L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.
  • Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.
  • L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.
  • Henry Laurens, « Comment l’Empire ottoman fut dépecé », dans le Monde Diplomatique, Avril 2003.
  • Ecrits du lieutenant-colonel L’Hopitalier.
  • Annie Mahé et Jean-Pierre Mahé, L’Arménie à l’épreuve des siècles, Gallimard, 2005.
  • Gérard Chaliand et Yves Ternon, 1915, le génocide des Arméniens, Complexe, 2002.
  • Louis Bréhier, Vie et Mort de l’Empire Byzantin, Albin Michel, 2006.
  • Jean-Claude Cheynet, Le Monde byzantin, Armand Collin, 2001.
  • Richard Hovannisian, Armenia on the Road to Independence, 1967.
  • Arthur Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident.

 

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Publié le 17 Juillet 2015

L'Empire ottoman à son apogée, vers 1600.

L'Empire ottoman à son apogée, vers 1600.

Les Ottomans n’ont pas attendu 1453 pour assoir leur suprématie sur ce qui reste de l’Empire romain d’Orient. Dès le 11e siècle, ils s’emparent de l’Anatolie centrale puis d’un certain nombre de territoires dans les Balkans (Macédoine, Serbie, Kosovo).

 

Dès lors, trois sultans vont se succéder et permettre aux territoires ottomans de devenir un véritable empire : Mehmet II soumet l’Albanie, la Grèce ; son successeur Selim 1er conquiert la Perse, l’Irak puis l’Egypte. En 1520, Soliman monte sur le trône. Grâce à son alliance avec le roi de France, François 1er, il est maître de toute la Méditerranée orientale, domine les côtes nord de l’Afrique et bat le roi de Bohême. Les Ottomans mettent le siège devant Vienne. Siège qui va durer moins d’un mois mais coûter près de 15.000 morts aux musulmans. Par contre, en Asie, le Yémen et l’Azerbaïdjan passent sous leur domination.

 

Mais en 1570, face à la Sainte-Ligue (Espagne, Etats pontificaux, République de Venise, de Gênes, Savoie, Ordre de Jérusalem), à la bataille navale de Lépante, au large de la Grèce, les Ottomans sont défaits. Ils y laissent plus de 40.000 de leurs. Dès lors, l’expansion musulmane est pleinement combattue par les troupes chrétiennes et les musulmans doivent reculer : Vienne est assiégée mais en vain.

 

Au début du 17e siècle, l’armée ottomane est forte de 150 000 à 200 000 hommes. Elle comprend trois éléments : les odjaks, milices soldées par le Trésor (des janissaires, spahis, artilleurs, soldats du train, armuriers, gardes des jardins palatins), troupes irrégulières, de moins en moins recrutées et les troupes de province, fournies par les feudataires (les plus nombreuses). Les fiefs (timars et zaïms) attribués à des militaires (sipahi) qui doivent fournir un contingent passent progressivement aux serviteurs du seraï, ce qui les soustrait aux obligations du service. Les troupes de province fournissent de moins en moins de soldats. De1560 à 1630, les odjaks augmentent d’autant, surtout le corps des janissaires, multiplié par quatre. La pression fiscale augmente et alimente des troubles provinciaux. Les janissaires forment un État dans l’État et sont recrutés de plus en plus parmi les musulmans. Ils obtiennent le droit de se marier et s’installent dans la vie de garnison, spécialement à Constantinople. Les Turcs obtiennent l’autorisation de servir parmi les janissaires, autrefois composés exclusivement d’esclaves chrétiens. Le corps des janissaires devient une garde prétorienne et arbitre les compétitions dynastiques.

 

L’empire se réorganise, tente de trouver des parades aux complots et suspicions qui entourent le premier cercle du sultan. Cela ne suffit pas à Kahlenberg, en 1682, en Autriche, les Ottomans sont à nouveau battus. Ils ont 20.000 tués. En 1699, la Hongrie, la Croatie, la Transylvanie reviennent au Saint-Empire Germanique.

 

L’Empire ottoman entre alors dans une longue période d’agonie…

La guerre turco-autrichienne de 1716-1718.

La guerre turco-autrichienne de 1716-1718.

Le « malade de l’Europe ».

 

Lors de la guerre turco-autrichienne, en 1716-1718, les musulmans perdent en grande partie les territoires acquis sur le Danube ; l’Egypte et l’Algérie prennent des libertés vis-à-vis de leur pouvoir central, jusqu’à devenir quasiment indépendantes ; au nord, dans la Caucase, les Russes prennent le contrôle de vastes territoires.

 

Une nouvelle fois, les sultans tentent des réformes, baissent les impôts, organisent une diplomatie et envoient des émissaires partout en Europe, modernisent l’économie en créant des entreprises et des manufactures sur le modèle européen. Une nouvelle fois, en vain… Les janissaires bloquent toutes les réformes. En 1830, la Grèce, soutenue par les puissances occidentales, obtient son indépendance ; le gouverneur de l’Egypte dirige son pays sans plus en référer au sultan ; l’Algérie et la Tunisie sont prises par les Français. Français qui interviennent aux côtés des Sardes et des Anglais pour aider les Turcs à bloquer l’expansion russe. C’est la Guerre de Crimée qui dure près de trois ans, entre 1853 et 1856. Des batailles comme Sébastopol ou Malakoff sont restées célèbres dans la mémoire collective française (qui y ont laisse près de 95.000 morts – pour beaucoup de maladies).

 

Cela ne suffit pas. Près de vingt ans plus tard, la Roumanie, puis la Bulgarie, puis la Serbie obtiennent – par les armes – leur indépendance.

 

Le fond est touché au déclenchement de la Première Guerre mondiale. L’Empire ottoman – ou ce qu’il en reste – est battu sur tous les terrains. Sans l’aide de la puissante Allemagne, dont ils sont les alliés comme l’Empire austro-hongrois, l’effondrement aurait été plus rapide encore. Bien sûr, les Alliés vont connaître des défaites comme à Gallipoli en 1915, mais d’une façon générale, ils laissent des pans entiers de leur immense territoire à leurs ennemis ou aux populations locales : la grande révolte arabe de 1916 à 1918, grâce entre autres au fameux colonel Lawrence, libère l’Arabie, les futures Jordanie, Syrie et Irak. L’Egypte étant depuis longtemps sous domination britannique.

 

Pire : les Grecs, ennemis jurés – considérés encore comme des Romains, prennent pied en Turquie et s’y taille quelques mois une place importante.

 

L'effondrement de l'empire éveille le sentiment national turc. Les anciens combattants se rassemblent autour du maréchal Atatürk, qui chasse les Européens d'Anatolie et s'impose comme chef du gouvernement, reléguant le sultan à un rôle honorifique. En 1923, il abolit l'Empire ottoman et fonde sur le territoire restant, l'Anatolie, la grande partie ouest du haut plateau arménien et la Thrace orientale. Ainsi nait la Turquie moderne ou la République de Turquie, État successeur de l'Empire ottoman. En déposant Abdulmecid II, 101e et officiellement dernier souverain du monde musulman sunnite en 1924, il met fin au califat.

 

Mais des marques terribles restent attachées à cette époque : cette reconquête de la Turquie, et les quelques années précédentes, ont aussi été marquées par des génocides. Dans une volonté de purification ethnique (élimination des chrétiens), les populations grecques, assyriennes et surtout arméniennes ont été systématiquement chassées et éliminées, faisant au total plus de 2 millions de victimes.

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Publié le 27 Juin 2015

L'Empire romain sous Trajan.

L'Empire romain sous Trajan.

 

L’Empire romain.

 

A son apogée en 117 après Jésus-Christ, sous le règne de l’empereur Trajan, l’Empire romain couvre une superficie de 5 millions de km² et représente une population de 88 millions d’habitants (Paris à l’époque est une petite bourgade d’environ 5.000 habitants).

 

L’Empire s’étend de l’actuelle Angleterre (mur d’Hadrien) à l’ouest, l’Allemagne au nord, la mer Capsienne et le golfe persique à l’est et l’Afrique du Nord au sud. Parmi ses villes majeures, l’on compte les actuelles Londres, Paris, Aix-la-Chapelle, Vienne, Budapest, Rome, Istanbul, mais aussi Alger, Tunis, Alexandrie, Jérusalem, Bagdad ou Bassora.

 

Oui mais voilà, garder de telles frontières contre des mouvements de population s’avère vite illusoire. Au nord et à l’est, des peuples, comme les Goths, eux-mêmes poursuivis par des populations plus à l’est encore comme les Huns, tentent de percer la frontière fameuse. Ce que l’on va par la suite appeler « les invasions barbares ». En 285, l’empereur Dioclétien instaure le système de tétrarchie : à lui la partie orientale et à Maximien, un compagnon d’armes, la partie occidentale.

Dioclétien est né en Dalmatie (actuelle Croatie). D’origine modeste, il gravit un à un tous les échelons de la hiérarchie militaire romaine et devient commandant de la cavalerie de l’empereur Carus. A la mort de ce dernier, il est proclamé « Auguste » par les troupes et décide donc d’instaurer la tétrarchie : il ne s’agit pas encore de mettre en place deux empires mais d’installer des divisions administratives afin de gérer militairement au mieux les percées des peuples barbares. Maximien est en quelque sorte un coempereur. Chacun ayant un système de délégation de pouvoir, et des adjoints nommés « Césars ». Des décisions sont propres à chacune des deux parties de l’empire, d’autres sont communes.

 

Placé à Nicomédie (Izmit dans l’actuelle Turquie), Dioclétien suit les affaires d’Asie et d’Egypte ; il est appuyé par Galère (Sirmium – actuelle Serbie) qui gère l’Illyrie (Croatie – Bosnie) et les régions du Danube. Maximien est installé à Milan : il gère l’Italie, l’Afrique et l’Hispanie (Espagne) ; il est aidé par Constance Chlore, basé à Trèves (Allemagne) et est en charge de la Bretagne (Angleterre) et de la Gaule (France).

 

Le partage de 395.

 

Le système de tétrarchie parvient à trouver son équilibre pendant près d’un siècle. Mais sous le règne de Constantin (qui donnera son nom à sa ville, Constantinople) puis de Théodose le Grand, devant une situation intenable, l’Empire romain est définitivement partagé en une partie orientale et une partie occidentale.

 

Le fils cadet de Théodose, Honorius établit sa capitale à Ravenne, en Italie, tandis que l’aîné, Arcadius, installe son nouveau pouvoir à Constantinople. A sa mort, son fils Théodose II monte sur le trône et devient à son tour Empereur romain d’Orient (dynastie des Théodosiens). Cent trente ans plus tard, l’empereur Justinien 1er fait publier le Corpus Juris Civilis ou Code Justinien, compilation de textes de droit civil, mais prenant en compte l’ensemble des obligations et coutumes chrétiennes, nouvelle religion de l’empire. Pour assoir son pouvoir et celui de la nouvelle religion, il fait construire la plus grande basilique de tous les temps dans sa capitale Constantinople, la basilique Sainte-Sophie. Au même moment, l’empire continue à lutter contre les envahisseurs barbares, repoussant les Goths et s’emparant, au milieu du 6e siècle de l’Italie, perdue peu de temps auparavant avec la chute de l’Empire romain d’Occident.

 

En 620, Héraclius remporte contre les Perses une victoire incertaine (victoire « à la Pyrrhus ») mais qui permet la diffusion à la fois du code Justinien, de la langue grecque et du christianisme. Par la suite, et pendant trois siècles, les Romains d’Orient vont sa battre pour conserver leurs possessions dans les Balkans. Mais une autre affaire se présente mal pour les Romains : leurs greniers à blé que sont l’Egypte et la Syrie sont bientôt envahis et pris par musulmans de la dynastie des Omeyyades, en provenance de la péninsule arabique.

 

En 1071, à la bataille de Manzikert, battus par les Turcs Seldjoukides, l’Empire romain d’Orient perd une grande partie de l’Anatolie. Les Seldjoukides, provenant des steppes de l’Asie centrale (Kazakstan, Turkménistan, Ouzbékistan) s’étant d’abord installés en Iran (Perse) dès le début du 11e siècle. Contenir un territoire aussi vaste que celui de l’Empire romain d’Orient s’avère une nouvelle fois affaire délicate : en 1186, dans les Balkans, les Bulgares et les Valaques se libèrent de la tutelle romaine et recréent l’Empire bulgare. Entre 1097 et l’an 1200, les croisades de l’occident ajoutent de la confusion, même si initialement le but consistant à venir en aide aux populations chrétiennes est tout à fait louable. Malheureusement, ces buts vont être dévoyés et peu à peu les intérêts économiques et/ou politiques de certains vont l’emporter. Ainsi, en 1204, lors de la Quatrième Croisade, plutôt que d’aller reprendre Jérusalem, les occidentaux s’emparent de Constantinople, de ses richesses et établissent l’Empire latin de Constantinople. Les familles grecques restées indépendantes se taillent des fiefs dans ce qu’il reste de l’Empire romain d’Orient. Ainsi naissent l’Empire de Nicée (Iznik), celui de Trébizonde (sur la mer Noire) et despotat d’Epire (côte occidentale de l’actuelle Grèce, Croatie).

 

Mais cet éclatement favorise de plus en plus les attaques des Ottomans, qui ont profité du délitement de la puissance des Seldjoukides. En 1453, le sultan Mehmed II entre avec ses troupes dans une Constantinople qui n’en peut plus de mourir à petits feux…

 

Le christianisme : de la clandestinité à la religion d’Etat.

La proclamation de Constantin 1er, Empereur des Romains (d’Occident et d’Orient) en 306 marque la fin d’une période terrible pour les Chrétiens qui jusque-là étaient persécutés. Le nouveau dirigeant de l’Empire aide l’Eglise à prendre son essor en établissant la liberté de culte, par l’édit de Milan en 313.

 

Bien entendu, la conversion de la société est loin d’être immédiate et les coutumes romaines se mélangent à la nouvelle religion. Dans son ouvrage Histoire de la destruction du paganisme en Occident, Arthur Beugnot indique : « Presque imperceptiblement, les coutumes païennes s'introduisirent dans l'Église ; la conversion nominale de l'empereur au début du IVe siècle causa de grandes réjouissances : le monde, couvert d'un manteau de justice, entra dans le christianisme de Rome. Alors, l'œuvre de la corruption fit de rapides progrès. Le paganisme paraissait vaincu, tandis qu'il était réellement vainqueur : son esprit dirigeait à présent l'Église romaine. Des populations entières qui, malgré leur abjuration, étaient païennes par leurs mœurs, goûts, préjugés et ignorance, passèrent sous les étendards chrétiens avec leur bagage de croyances insensées et de pratiques superstitieuses. Le christianisme à Rome adopta et intégra une grande partie du système de l'ancien culte impérial ainsi que ses fêtes qui prirent toutes des couleurs plus ou moins chrétiennes. »

 

Ainsi, lorsque l’Empire romain d’Orient est créé, la religion chrétienne est bien en place. De plus, ses sujets voient l’Empereur comme un « messager » du Christ. Alors que l’Empire romain d’Occident est aux prises avec les invasions barbares, se développe en Orient un christianisme, prenant en compte bon nombre de réalités locales. Constantinople devient le cœur de la chrétienté. Son patriarche nomme les évêques (métropolites) et archevêques pour l’Asie mineure, les Balkans, la partie orientale de l’Afrique du Nord, les territoires du Levant et même l’Ukraine et la Russie !

 

En 1054, l’Eglise romaine décide de quitter la Pentarchie, l’organisation de l’église chrétienne sous les Romains (d’Occident et d’Orient) avec les cinq patriarcats : Jérusalem, Antioche, Rome, Alexandrie et Constantinople. L’affaire restera dans l’Histoire comme celle du « Grand Schisme ». Bientôt, il conviendra de parler des Chrétiens d’Occident et des Chrétiens d’Orient, puis peu à peu d’Eglise catholique et d’Eglise orthodoxe, ou plutôt d’Eglises orthodoxes.

 

Née de la culture grecque, divisée en églises territoriales, les Eglises orthodoxes se réclament de la Théologie des sept premiers conciles du christianisme et qui professe descendre directement des premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres de Jésus : Eglise orthodoxe grecque, Eglises orthodoxes des Balkans (Bulgare, Roumaine, Macédonienne, Serbe…), Eglise syriaque (Syrie), Eglise copte (Egypte – apôtre Marc), Eglise apostolique arménienne,…

 

Mais si elles sont indépendantes sur le plan de l'organisation et de la discipline, par contre elles sont intimement liées entre elles sur le plan dogmatique. Chacune d’elles est autocéphale, c’est-à-dire dirigée par son propre synode habilité à choisir son primat. Elles partagent toutes une foi commune, des principes communs de politique et d’organisation religieuse ainsi qu’une tradition liturgique commune. Outre les langues employées lors du culte, seules des traditions mineures diffèrent en fonction des pays. Les évêques, primats à la tête de ces Églises autonomes peuvent être appelés patriarches ou archevêques. Ces primats président les synodes épiscopaux qui, dans chaque Église, constituent l’autorité canonique, doctrinale et administrative la plus élevée.

 

 

Le partage de 395 entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient.

Le partage de 395 entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient.

Christ pantocrator.

Christ pantocrator.

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Publié le 6 Février 2015

Pastorale

 

 

La Pastorale d’Issy.

 

La Pastorale d'Issy est le tout premier opéra en langue française, créé en avril 1659 par Pierre Perrin (pour le livret) et Robert Cambert (pour la musique). Il fut donné dans la propriété de Monsieur de La Haye, maître d'hôtel de la régente Anne d'Autriche mère de Louis XIV, à Issy. Cette première représentation, que raconte Charles Perrault, l'auteur des Contes qui y était invité, eut un tel succès que le roi lui-même demanda à voir cet opéra.

 

Historim.

 Nous avons besoin de votre soutien pour compléter le financement du magnifique travail des artistes pour recréer musique, interprétation et mise en scène de ce trésor du patrimoine isséen !

 Historim, association loi 1901, s'est donné comme vocation de protéger et de faire connaître l'histoire de la ville d'Issy-les-Moulineaux. C'est donc logiquement que nous avons voulu ressusciter cet opéra, véritable patrimoine historique de notre pays et de notre ville.

 Si l'on a retrouvé le livret, dans une bibliothèque universitaire de New York, la partition a été perdue. D'où l'idée de l'association de demander à un compositeur de faire une nouvelle musique.

 Benjamin Attahir, jeune talent, a accepté le défi : ce sera une musique du XXIe siècle, mais avec les instruments baroques de l'époque (serpent, flûtes, théorbe), sur les paroles de Pierre Perrin. Il va s'entourer de 7 chanteurs et chanteuses, choisis et dirigés par Satoshi Kubo, pianiste et chef de chant, et de près de 10 musiciens, d'un metteur en scène, d'un décorateur et d'un responsable lumière.

 

Le financement participatif.

 Le financement participatif permet au grand public de soutenir collectivement sur Internet un projet qui le concerne et qui l’attire. Ce nouveau mode de financement populaire est en plein essor, et ouvre un monde de possibilités pour le mécénat et le secteur culturel : c’est le mécénat participatif.
Votre don vous offre l’accès à de nombreuses contreparties ainsi qu’à une déduction fiscale de 66% de votre don.

 La première représentation sera donnée à l'auditorium d'Issy-les-Moulineaux le 9 avril 2015 et c'est pourquoi nous avons besoin de votre soutien financier. En effet, les frais de location de la salle pour les répétitions, les costumes et les décors, les cachets des artistes s'élèvent à 18 000 euros et nous faisons appel à vous aujourd'hui pour réunir 6 000€ pour compléter notre budget.

 Ressuscitez un événement culturel qui participe au rayonnement de la ville et à sa vie culturelle de la ville. Retrouvez cet opéra tombé dans l’oubli !

 

 

Comment pouvez-vous participer ?

 La mobilisation au plus vite est très importante. Il faut que le départ soit très engageant pour que la magie du bouche à oreille opère.
 Vous pourrez participer très simplement (en trois clics), dès 10€ et jusqu’à 1 000€ et plus, en soutenant notre campagne sur le site Culture-Time. De nombreuses contreparties uniques sont proposées en fonction des différents montants de soutien.

 Pour donner à cette œuvre une nouvelle vie et lui permettre d'être jouée sur scène une nouvelle fois, participez et "Ressuscitez la Pastorale d'Issy"

 En espérant vous voir participer à cette aventure avec nous !

 

MERCI À TOUTES ET À TOUS !

 

https://www.culture-time.com

 

 

Historim et le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux

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Publié le 4 Janvier 2015

 

Alexis Samain

 

Le débuts du Souvenir Français.

 En 1872, un professeur alsacien, Xavier Niessen a la volonté de manifester le refus du nouvel ordre prussien et de prouver l’attachement indéfectible des Alsaciens et des Lorrains à la Patrie française. Il s’agit de maintenir le souvenir des provinces perdues dans tous les départements français. Il sait que des femmes de l’Alsace-Lorraine occupée ont procédé à l’enterrement de soldats – parfois de leurs maris – dans des tombes décentes et qu’elles les entretiennent. Il croit, avec quelques amis, que le culte des morts pour la France et l’entretien de leurs tombes peuvent et doivent constituer le trait d’union capable de conserver dans les esprits le sentiment d’unité nationale.

 En 1887, à Neuilly-sur-Seine, Xavier Niessen créé le Souvenir Français. Sa pensée va d’abord aux 100.000 soldats de la République qui sont morts dans la Guerre franco-prussienne. En dépit de la défaite de l’empereur Napoléon III, il s’agit de ne jamais oublier ceux qui se sont sacrifiés pour que la France reste « une et indivisible ».

 Le développement de l’association est très rapide : moins de vingt ans après sa création, le Souvenir Français est présent dans 81 départements. En 1906, elle est « reconnue d’utilité publique ». L’année suivante, un premier comité local se créé en Moselle occupée, dans le petit village de Vallières. Dans un élan identique à celui des autres provinces, l’association se développe en Alsace-Lorraine. L’empressement des populations à se remémorer leur patrie d’origine est tel, que de nombreux comités sont organisés, des monuments à la mémoire des soldats français sont érigés. Devant cet engouement, les Autorités prussiennes finissent par interdire le Souvenir Français, en 1913.

 

Le journal Le Matin.

 Le journal Le Matin est créé en 1883 par des investisseurs américains qui veulent en faire un grand quotidien français, sur le modèle du britannique The Morning News. D’inspiration libérale, le journal penche plutôt pour des idées conservatrices, antisocialistes et contre le général Boulanger. Le succès ne tarde pas et bientôt le tirage est près de 700.000 exemplaires (1910) pour atteindre le chiffre ahurissant d’un million de copie en 1914. Albert Londres et Colette font partie des journalistes. Le Matin est alors l’un des grands journaux de France, avec Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Journal.

 

Le 4 août 1914.

 Le 4 août 1914, le journal Le Matin annonce « Premiers actes d’hostilité : les Allemands ont fusillé M. Samain, l’ancien président du Souvenir Français, et emprisonné tous les membres du Souvenir Français ».

 L’article dit ceci : « Les Allemands ont bien débuté. Ils ont fusillé Alexis Samain, président du Souvenir Français en Alsace-Lorraine et emprisonné tous les membres du Souvenir Français.

 Comme leur premier acte donne tout de suite sa signification à la guerre ! Il faut que l’Alsace meure, n’est-ce pas ? Ou qu’elle vive française… Elle vivra.

 Petit-neveu de cette femme de chambre que Maurice Barrès dans Colette Baudoche, appelle Mlle Aubertin la France, Alexis Samain avait fondé à Metz en 1909 une société de gymnastique la « Lorraine sportive ».

 La création de cette société déplut vivement aux autorités. L’uniforme des gymnastes groupés par Alexis Samain avait un aspect trop français. La « Lorraine sportive » donna un grand concert à l’hôtel Terminus de Metz le 8 janvier 1911. Conformément à la loi allemande les invitations avaient été faites par écrit. Deux personnes se trouvaient réunies. A peine le concert avait-il commencé qu’un commissaire de police pénétrait dans la salle et ordonnait aux exécutants de cesser de jouer.

 Alexis Samain expliqua au commissaire que la réunion était privée et le pria de vider les lieux. La musique salua la sortie du trouble-fête par la marche de Sambre et Meuse.

 A la suite de ces incidents, Alexis Samain fut arrêté. On l’accusait d’avoir incité la foule à la rébellion contre la force armée. Cette mesure causa une vive indignation à Metz.

 Les autorités se résignèrent à mettre Samain en liberté. Bientôt Alexis Samain et la « Lorraine sportive » étaient mêlés à un autre incident. La « Lorraine sportive » et son président sont mis en accusation. On leur reproche d’entretenir une agitation subversive. Alexis Samain est condamné à six semaines de prison.

 Le 11 décembre 1911, Alexis Samain et son frère Paul se trouvaient de nouveau impliqués dans une grave affaire. Pris à partie par un sergent nommé Maasch, dans une rue de Metz, Paul Samain fut attaqué par lui. Alexis Samain, voulant intervenir, fut renversé par un coup de poing. Alors, l’un de ses amis, nommé Martin, fit feu sur le sergent et le tua.

 Les deux frères Samain furent arrêtés. Enfin, on reconnut qu’ils n’étaient pour rien dans la mort de Maasch. Le 22 mars suivant, ils étaient acquitté ».

 

Une fausse nouvelle.

 Oui, mais voilà. Même un journal peut publier de fausses nouvelles… En fait, Alexis Samain a bien été arrêté par les autorités allemandes. Il est emprisonné à la citadelle d’Ehrenbreistein pendant plusieurs mois. Il est ensuite envoyé sur le front de l’est, en Russie, où il passe une partie de la Première Guerre mondiale. Mais il n’a jamais été fusillé…

 Il est de retour à Metz le 18 novembre 1918, et participe à la « cérémonie de la délivrance », en compagnie du colonel Matter, du lieutenant-colonel de Vaulgrenant, du général de Mac-Mahon.

 L’annonce de sa mort émanait du ministère de la Guerre où tout était bon pour soulever la population française de l’Alsace-Lorraine occupée. La désinformation ne date pas d’aujourd’hui…

 Quant au journal Le Matin, il continuera ses activités pendant l’entre-deux guerres, mais s’orientant de plus en plus vers l’extrême droite, puis étant directement collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera interdit de publication en 1945.

  

Sources :

 

 

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Publié le 2 Octobre 2014

 

 

L’adjudant-chef Dejvid Nikolic du 1er régiment étranger de génie (1er REG) de Laudun (Gard), est mort pour la France le 14 juillet 2014, suite à l’attaque de son véhicule blindé par un véhicule suicide, au Mali.

 

Né le 16 mai 1969, de nationalité yougoslave, il a servi la France durant plus de 25 ans. Il s’est engagé au titre de la Légion étrangère en 1988 à l’âge de 19 ans. A l’issue de son instruction, au 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI), stationné à Nîmes, il suit, en 1991, la formation générale élémentaire (FGE) où il obtient d’excellents résultats et se révèle un jeune gradé d’encadrement de grande valeur. En 1994, il est affecté au 1er régiment étranger (1er RE) d’Aubagne où il est promu au grade de caporal-chef le 1er août 1996, puis sergent le 1er septembre 1996. En 1998, il rejoint le 1er régiment étranger de génie (1er REG) à Laudun-l’Ardoise, régiment qu’il ne quittera plus. Il se révèle être un chef de groupe et un sous-officier adjoint humble et efficace. Son exemplarité et ses qualités en font un modèle à suivre et son excellente manière de servir lui permet de gravir rapidement les échelons : il est promu sergent-chef en 2000 puis adjudant en 2004. A l’issue de son temps de chef de section, il est affecté au groupe d’intervention NEDEX (neutralisation – enlèvement – destruction – des explosifs) qu’il rejoint en 2005. Il est promu adjudant-chef en 2009.

 

Sous-officier expérimenté, il avait effectué plusieurs missions extérieures : au Tchad en 2000, à Djibouti en 2002 et 2008, en Nouvelle-Calédonie en 2009, en Afghanistan (2005-2006-2010) en ex-Yougoslavie (2007), au Liban (2012-2013). Il était projeté au Mali depuis le 23 avril en qualité de chef de groupe EOD. L’adjudant-chef Nikolic était titulaire de la médaille d’or de la défense nationale et de la médaille outre-mer agrafes Liban, Afghanistan et Tchad. Promu au grade de Major à titre posthume, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général d’armée Bertrand Ract Madoux, lui a rendu les honneurs militaires lors d’une cérémonie intime aux Invalides. Ses frères d’arme et le ministre de la Défense lui ont rendu hommage au 1er REG avant de l’inhumer au carré de la Légion étrangère du cimetière du Coudoulet. Il était chargé de famille.

 

 

 

(Extrait de Terre Info Magazine – N° 257 Septembre 2014).

 

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Publié le 8 Juillet 2014

  Epaves

 

(Montage photos – Copyright : Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard)

 

Un voyage cela peut commencer par la lecture d’un roman britannique « Le treizième conte » publié en 2006 de Diane Setterfield dont voici un extrait : « La surface de mon esprit était parfaitement calme. Mais sous la surface une houle montait des profondeurs, un courant sous-marin qui agitait les eaux. Pendant des années une épave avait reposé dans les grands fonds. Un vaisseau chargé d’une cargaison d’ossements. Mais maintenant, il bougeait. Je l’avais dérangé, j’avais provoqué une turbulence qui faisait monter des nuages de sable du fond de la mer. Les grains tourbillonnaient follement dans l’eau sombre et troublées. »

 Lectrices, lecteurs savez-vous qu’après une « fortune de mer », une nouvelle vie peut commencer pour une épave ? Plus ou moins rapidement selon les conditions du milieu marin, une faune, une flore vont apparaître, se densifier sur le site du naufrage. Crustacés qui prennent le dessus sur la pollution, abondance du zooplancton, lentement les coraux, la flore, sont observés. Les poissons peuvent croître à l’abri de prédateurs en trouvant des lieux propices au brassage de flux et de reflux pour des pontes.

 Un nouveau cycle, un nouveau spot de plongée dont la réputation reste dépendante de notre émotion par rapport à l’histoire parfois tragique du naufrage et au développement observé  de la nouvelle vie… Belle victoire sur la mort...

 Au-delà des charmes du berceau pharaonique de notre civilisation nos regards se fixeront sur les ocres du désert qui se mélangent près des côtes  aux bleus de la mer rouge. Que l’Egypte est belle avec des milliers de secrets, de trésors, magnifique cadeau offert aux regards de celles et ceux qui aiment photographier sur terre comme sous l’eau.

 Oui la mer rouge continue de nous  attirer comme un aimant.

 J’ai décidé de vous faire tremper vos palmes et votre imaginaire  avec un partage de mes images sur deux épaves célèbres en mer rouge dans le golfe de Gubal en Egypte à quelques heures de navigation d’Hurghada mais proches l’une de l’autre.

 Allez n’ayez pas peur de plonger sur une première épave : « Le Thistlegorm ». Un cargo anglais battant pavillon de sa très gracieuse Majesté de 128 mètres de long et de 17,5 mètres de large chargé de matériel militaire destiné aux troupes britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale qui remontait la mer rouge. Hélas dans la nuit du 6 octobre 1941 il se trouvait en position d’attente d’une autorisation d’emprunter le canal de Suez. Il fut bombardé au mouillage par des avions allemands Heinkel 111. Deux bombes atteignirent la quatrième cale causant son explosion et le navire anglais sombra en moins de trente minutes entraînant dans la mort neuf membres de l’équipage. En 1956, l’équipe Cousteau naviguant sur la Calypso parvint à retrouver l’épave et à remonter la cloche du « Thistlegorm» en laissant en l’état sa cargaison militaire. Caisses de munitions, obus, fusils, bottes, motos BSA, jeeps, camions, équipements radio, wagons, locomotive…

 Un inventaire à la Prévert de matériel militaire qui semble  impossible à dresser…

 Depuis 1993 l’épave redécouverte est devenue un spot de plongée incontournable réservé aux plongeurs(ses) confirmé(e)s « autonomes » dans l’espace lointain attentifs aux conditions de plongée qui peuvent être rendues délicates par de forts  courants… Il appartient aux nombreux visiteurs de cet étrange musée sous-marin de regarder sans toucher ( !) des objets engloutis à jamais en visitant prudemment les deux niveaux de cales et le pont sans se tromper de mouillage pour remonter et effectuer les paliers de décompression.

 « La Rosalie Moler »

 La même nuit les aviateurs allemands aperçurent un autre cargo anglais au mouillage. Les bombardiers Heinkel 111 revinrent dans le chenal au nord de l’île de Tawilla à l’ouest de la Grande Gubal et purent couler la « Rosalie Moler » cargo de 108 mètres de long, construit en 1910 à Glasgow chargé de 4680 tonnes du meilleur charbon visant à ravitailler la marine royale britannique. La « Rosalie Moler » devait rejoindre  Alexandrie mais le cargo a été bombardé  au mouillage exactement comme le « Thistlegorm ». La grande dame est accessible en plongée pours  être visitée entre 35 mètres (pont) et 50 mètres (quille).

 Les poissons sont abondants autour des  superstructures bien conservées.

 Compte tenu de la profondeur, de la visibilité qui peut être réduite, de courants violents…les plongeurs(ses) expérimenté(e)s doivent rester  très attentifs aux conditions météo. Les épaves nourrissent l’inspiration des photographes, elles alimentent plus d’un rêve d’un(e) plongeur(se) qui mène à la réalité. Merci à mon épouse Marie de m’avoir à nouveau accompagné sous l’eau en mai 2014 pour explorer ces deux très belles épaves en mer rouge.

 

Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard

 

Davantage d’images en surfant sur www.subphotos.com

Cliquez sur « Galeries » puis sur « Mer Rouge »

 

Pour organiser votre voyage  « sur-mesure » : Atlantides Plongée

www.atlantides-plongee.com

Sur place : Centre de plongée Alyses Plongée à Hurghada en Egypte.

www.alysesplongee.com

 

A lire à bord au lever ou avant une plongée de nuit…

Sonnet de Charles Baudelaire – « Les Epaves » (1866) - « Le Coucher de soleil romantique » (Extrait) :

 

Que le soleil est beau quand tout frais il se livre.

Comme une explosion nous lançant  son bonjour !

Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

 

 

 

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Publié le 11 Juillet 2013

 

F100D du Navarre

 

 

Automne 1963, à Lahr, petite ville allemande de la vallée du Rhin, en face des Vosges. Ce vendredi soir les cars de la base aérienne implantée sur l'aérodrome de Lahr-Hugsweier, le long de l'autoroute Baden-Baden/Fribourg, viennent de ramener le personnel dans les cités des familles françaises de la Glocken, de la Seminar ou de la Tremplarstrasse. Les militaires en uniforme bleu de l'armée de l'air se dispersent rapidement, rejoignant les leurs pour préparer un week-end qui s'annonce un peu pluvieux, un temps idéal pour la cueillette des champignons en Forêt-Noire ! Mais en rentrant à vide vers la base, les cars croisent trois jeeps qui dès leur entrée en ville, et sans souci des réactions de la population allemande, maintenant blasée, commencent à actionner leurs sirènes. Remettant rapidement son uniforme, chacun empile quelques affaires dans un sac, embrasse femme et enfants et remonte dans les cars qui ont fait demi-tour et attendent au pied des immeubles...

 

C'est la 3ème Escadre de chasse, dont les deux escadrons sont dotés chacun d'une vingtaine de chasseurs-bombardiers « Super Sabre » F-100, qui est stationnée sur le terrain de Lahr. Depuis le 16 mai 1963 un premier escadron, le 1/3 « Navarre », est qualifié « nucléaire » (« Strike » dans le vocabulaire OTAN). Il a été suivi peu de temps après par l'autre escadron, le 2/3 « Champagne ». L'arme, une bombe atomique tactique, est américaine et ses conditions d'emploi sont donc rigoureusement contrôlées en conformité avec les plans de défense de l’OTAN et les procédures tant françaises qu'américaines. A l'extrémité de la chaîne de commandement c'est un binôme composé du pilote français et d'un « officier de permanence alerte » américain (ADO) agissant ensemble qui doivent activer l'arme, avec chacun son code secret. L'escadron a deux avions en alerte, en QRA selon le jargon de l'OTAN (Quick Reaction Alert = réaction rapide sur alerte), armés et sévèrement gardés dans une zone strictement contrôlée. Les pilotes de ces deux avions, qui passent 24 heures d'affilée dans le bâtiment de la QRA avec une équipe de mécaniciens et l'ADO, doivent pouvoir décoller dans les cinq minutes suivant le déclenchement d'une alerte. Ils emportent avec eux le dépliant de l'une des deux premières missions attribuées à l'escadron. Et même si par malheur, au cours du vol, ce livret glissait sous leurs pieds, au fond du cockpit, la mission serait poursuivie jusqu'à l'objectif car ils en ont appris par cœur le déroulement dans tous ses détails. J'en suis sûr car, en jeune lieutenant, je suis l'officier Renseignement de l'escadron, l'O.R., et à ce titre je suis responsable de leur faire passer régulièrement des tests sur ce sujet.

 

Aujourd’hui, quand la sirène d'alerte s'est déclenchée, ils ont comme prévu appliqué rigoureusement les procédures mais, une fois arrivés en bout de piste dans les délais, ils ont fait demi-tour et sont revenus en zone QRA pour reprendre leur posture d'alerte réelle. Car ce n'est qu'une alerte fictive qui vient d'être déclarée en cette veille de week-end, un de ces nombreux exercices qui permettent de tester l'aptitude des unités aériennes françaises et alliées à remplir les missions assignées comme « Rebecca », purement français, ou ceux déclenchés par l'OTAN et qui ont pour but d'évaluer chacun l'un des aspects de la mission pour culminer avec « Tac Eval » (l'Évaluation tactique) dont seule la réussite totale permet à l'unité de continuer à conserver sa mission nucléaire.

 

Ce soir-là, quand j'entre dans la salle d'opérations du 1/3 « Navarre », il y règne une atmosphère de ruche. « Captain Troy », le premier commandant d'escadrille arrivé sur les lieux, prépare les ordres en liaison permanente par interphone, le « tannoy », avec le chef de piste mécanicien qui lui passe la disponibilité des avions déclarés opérationnels en les désignant par le code de la lettre qui figure sur le fuselage :

 

-       Le Bravo est prêt, mon capitaine, comme déjà le Tango et le Golf. Il ne faut plus compter sur le Romeo, on vient de détecter une fuite grave de liquide hydraulique, on essayera de le réparer après le décollage de la première vague. Mais je dois pouvoir vous sortir le Novembre d'ici quelques minutes, le Papa et l'Echo devraient suivre rapidement...

 

Et en fonction de ces annonces, Troy les affecte aux pilotes au fur et à mesure de leur arrivée :

 

-       Le Gros sac », tu prends le Tango, avec la mission n°E/XXX, et toi, « Le P'tit boudin », le Bravo pour la E/YYY. Vous signez le cahier d'ordres et passez prendre vos dépliants de mission en salle « Rens ».

 

Dans le même temps le marqueur opérations, un caporal-chef du contingent, met à jour le tableau d'ordres, accrochant à la suite des numéros de mission à exécuter les plaquettes vertes des pilotes qualifiés chef de patrouille ou jaunes des sous-chefs de patrouille, puis celles portant le numéro de l'avion qu'il connaît par cœur – le Bravo par exemple c'est le Super Sabre F-100D n° 149 – et enfin, au crayon gras sur le rhodoïd, l'heure impérative de décollage.

 

De mon côté j'ai déverrouillé la porte blindée de mon domaine, la salle forte « Renseignement », ouvert les rideaux qui masquent les panneaux couverts de photos des chasseurs Mig ou bombardiers Yakovlev de ceux d'en face et les cartes de l'ordre de bataille des forces aériennes du Pacte de Varsovie, mais pas celui de la fenêtre barreaudée car nous sommes en procédure « black-out », aucune lumière ne doit filtrer à l'extérieur. Dans mon coffre à combinaisons se trouvent les « Déplinav » des missions de guerre, sauf ceux des deux missions d'alerte qui sont en QRA. Ce sont des petits dépliants faits de cartes découpées et collées où l'itinéraire est figuré par un gros trait central, les points « tournants » par des cercles avec à droite et à gauche les indications nécessaires à l'exécution de la mission, avec en particulier le minutage à partir de l'heure H de décollage, les altitudes minimum en fonction du relief, les vitesses, les points prévus de largage des réservoirs supplémentaires quand ils sont vides, le nouveau cap à prendre après chaque virage et enfin, au bout de la dernière ligne droite, le triangle qui marque l'objectif, là-bas, quelque part à l'Est, de l'autre côté du Rideau de fer. C'est dans cette salle que j'ai aidé les pilotes à préparer leur navigation, en leur indiquant la ligne de détection des radars de l'adversaire, la position des sites connus de missiles sol-air, les caractéristiques des avions de chasse qui risquent de les intercepter et tous les renseignements sur leur cible, localisation précise bien sûr, défenses antiaériennes rapprochées, description la plus exacte possible et, dans quelques cas malheureusement trop rares, photos. Car à cette époque, de l'autre côté du rideau de fer, les photographes ne sont pas bien vus autour des installations militaires !

 

Mais aujourd'hui, pour un exercice, ce sont des missions « équivalentes » que vont exécuter les pilotes, avec des objectifs en France. L'un après l'autre ils passent prendre le déplinav correspondant à leur mission. Ils vont le fixer sur la poche droite de leur pantalon anti-G qui permet en vol de mieux supporter les évolutions brutales. C'est maintenant au tour du « Clou » d'entrer pour récupérer sa mission et, malgré le sérieux de la situation, il  me propose en souriant :

 

-       Je pars avec le X-ray, je t'emmène ?

 

Le X-ray, c'est l'un des trois biplaces F-100F de l'escadron, le n° 009. C'est un peu mon avion fétiche car j'ai eu la chance d’effectuer avec lui mais en place arrière, en « sac de sable », plusieurs vols d'entraînement. Mais aujourd'hui chacun son job, et je le laisse partir en lui souhaitant bonne chance ! Il sort pour aller prendre au vestiaire pilote son casque avec masque à oxygène et enfiler son pantalon anti-G, puis rejoindre son avion au pied duquel l'attend son mécanicien, son « pistard ». Ils feront ensemble le tour du F-100, vérifiant au passage le libre jeu des becs de bord d'attaque, l'absence de fuites, le verrouillage de la trappe du parachute-frein... avant que, satisfait, le pilote ne s'installe dans le cockpit pour procéder à la mise en route. Ensuite il roulera jusqu'au bout de piste tout proche et, après accord de la tour de contrôle, poussera la manette des gaz, lâchera les freins, allumera la post-combustion et le F-100, libéré, roulant de plus en plus vite, décollera face au sud. Si l'alerte était réelle il prendrait peu à peu de l'altitude pour pouvoir, en virant par la gauche, survoler les croupes boisées de la Forêt-Noire et commencer à suivre l'itinéraire qui l'amènerait à larguer, à l'heure prévue et sur l'objectif assigné, son armement, cette bombe atomique tactique américaine. Mais aujourd'hui, avec un armement « fictif », il garde le cap au sud, coupe le Rhin à la hauteur de Colmar et vire à droite vers la trouée de Belfort, avant d'entamer une navigation à basse altitude qui l'amènera jusqu'en Vendée ou en Périgord !

 

Pendant ce temps l'escadron continue sa montée en puissance. Il doit pouvoir faire décoller, outre bien sûr les deux avions de QRA dans les cinq minutes, les quatre avions suivants en vingt minutes et enfin dix autres dans les trois heures, soit seize avions sur la vingtaine en dotation ! Alors les mécaniciens sont sur les dents afin de « sortir » le maximum d'appareils bons pour le service, dans un minimum de temps.

 

Une mission dure un peu plus de deux heures. Déjà les premiers avions rentrent au parking et reprennent leur place dans les alvéoles qui entourent le hangar de l'escadron. Après avoir signalé au bureau de piste les pannes éventuelles, les pilotes remontent aux opérations. C'est là que l'un après l'autre je leur demande de passer en salle Renseignement pour le « débriefing ». Au cours de cet entretien je leur demande les résultats de leur mission et tous les renseignements qu'ils auraient pu recueillir, à vue, sur le potentiel de l'adversaire, les défenses rencontrées, la situation des lignes... et avec tous ces éléments je rédige le « Misrep », le compte-rendu de mission, que les transmissions vont ensuite adresser à l'état-major. Car, le rôle de l'officier Renseignement est d'être une boite aux lettres à double sens. Si je dois d'un côté rassembler, venant des échelons supérieurs, le maximum d'informations dont le pilote va avoir besoin pour réussir sa mission, c'est le renseignement descendant, le « renseignement d'exécution », je dois aussi, de l'autre, faire parvenir à l'état-major, donc au Décideur, tout ce qui peut aider à une évaluation claire de la situation, c'est ce qui constitue le renseignement montant, le « renseignement de décision ».

 

C'est pour remplir cette double mission, qui implique un contact permanent avec les équipages, que j'ai été à l'automne 1962 le premier officier renseignement affecté à l'escadron, responsable en particulier de la conservation et de la mise à jour du gros bouquin qui récapitule tous les objectifs planifiés, de la constitution des dossiers sur les objectifs attribués à l'unité, de l'instruction des pilotes dans les domaines des performances et de l'identification des avions, des radars et des missiles sol-air adverses, des consignes de survie et d'évasion en cas d'éjection en territoire hostile et de la connaissance parfaite par les pilotes des conditions d'exécution de la mission d'alerte.

 

Mais l'escadron conserve, à côté de sa vocation nucléaire, une mission secondaire d'attaque au sol avec un armement « conventionnel » : canons de bord, roquettes ou bombes non guidées. Les pilotes continuent également à s'entraîner au combat aérien, c'est-à-dire à l'interception d'appareils « hostiles », chasseur contre chasseur, pour pouvoir ramener sur le film de la camera de tir le cliché du « plastron », bien centré dans les six diamants du collimateur ! Dans ces domaines aussi des exercices nombreux testent aussi bien les qualifications individuelles des pilotes que la capacité globale de l'escadron à remplir toutes ces missions. Je me souviens par exemple d'avoir participé, en mars 1965, à un exercice « Left foot » (Pied gauche). C'était un exercice non pas OTAN mais tripartite anglo-americano-français, dont le but était de simuler le dégagement de l'autoroute qui mène à Berlin, si d'aventure les forces soviétiques stationnées en Allemagne de l'Est essayaient de la bloquer en contradiction avec les accords de Postdam signés entre les quatre puissances à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les avions des trois détachements alliés s’entraînaient à l'appui et à la protection des véhicules d'un convoi, lui aussi tripartite, progressant sur une portion d'autoroute neutralisée, en Allemagne de l'ouest. J'avais pu avec beaucoup d'intérêt, à cette occasion, comparer nos méthodes de travail avec celles de nos homologues anglais et américains. Un autre exercice, national celui-là et d'ampleur plus réduite, baptisé « Kim », était destiné à tester la réactivité de la chaîne de transmission des photos aériennes. Le déroulement en était le suivant : dans une première phase un avion de notre escadre de reconnaissance décollait de Strasbourg pour aller photographier un objectif, par exemple une station radar quelque part en République fédérale d’Allemagne. Dès son retour, après l’atterrissage, les film étaient développés et les meilleurs clichés renseignés par les interprétateurs-photo avec la localisation exacte du site et l'identification des matériels. Ces photos étaient ensuite envoyées par « Belino » aux Transmissions de notre base, et de là convoyées, en voiture, jusqu'à l'escadron. Après étude des clichés et un briefing rapide, une patrouille de F-100 décollait pour aller attaquer cet objectif. Et puis il y avait les passes de bombardement simulées, avec des « bombinettes » d'exercice sur les champs de tir de Suippes ou d'Epagny, les campagnes de tirs réels au canon et à la roquette à partir des bases de Cazaux ou de Solenzara, les compétitions nationales entre escadrons français, comme la coupe « Comète », ou alliées, comme cette coupe « Aircent », brillamment remportée par le « Navarre » en juin 1963...

 

Et c'est ainsi que pendant près de quatre ans j'ai participé, aux côtés de nos pilotes, à la préparation d'une guerre que leur tenue de l'alerte nucléaire a contribué à prévenir. Et le contrat fut rempli puisque les forces armées de l'U.R.S.S. et de ses alliés satellites du Pacte de Varsovie, dont le général De Gaulle disait qu'elles n'étaient qu'à 500 kilomètres de nos frontières, « soit à peine la longueur de deux étapes du tour de France cycliste  », sont restées l'arme au pied derrière le Rideau de fer jusqu'à sa disparition après la chute du mur de Berlin en 1989.

 

Je terminerai cette évocation par un souvenir plus personnel. Dès mon affectation à l'escadron, en octobre 1962, j'avais eu le droit de porter l'insigne du 1/3 « Navarre », qui reprenait ceux de deux escadrilles de la Grande Guerre. Seuls les pilotes, répartis entre la « Une » et la « Deux », ne portaient que l'insigne de leur escadrille de tradition. Et pourtant, par ordre particulier conjoint du 07/11/1963, les deux commandants d'escadrille m'élevaient, moi le non-navigant, « à la dignité de membre d'honneur » des deux escadrilles, avec obligation de porter l'insigne de la « Une » du 1er au 15 du mois et celui de la « Deux » du 16 au 31 ! Ce jour là, j'ai compris que j'avais su gagner leur confiance et que j'avais été adopté.

 

 

NOTA :

 

Il n'est peut être pas inutile de rappeler quel était l'environnement technologique au début de ces années soixante. Le Super Sabre F-100 était un avion sans radar, ce qui ne lui permettait ni de voler très près du relief de nuit ou par mauvais temps, ni, en altitude, d'intercepter un appareil hostile autrement que guidé du sol par une station radar, seule la phase finale étant effectuée à vue. Il ne disposait non plus ni d'un calculateur de navigation ou de G.P.S, ni d'ordinateur de bord, ni de commandes électriques, ni d'armement guidé par laser et s'il était équipé d'une perche de ravitaillement en vol, cette technique n'était pas encore opérationnelle dans nos forces aériennes tactiques. Au sol les dossiers d'objectifs ne comportaient pas de photos prises de satellites, il n'existait pas d'ordinateurs, ni de téléphones mobiles et la transmission des photos par « Bélino », ancêtre du fac-similé, nécessitait près d'un quart d'heure par cliché ! La charge de travail de tous n'en était pas facilitée…

 

 

 

 En F100F avec masque

 

 

 

 

GBA (2s) Jean-Claude ICHAC,

Président honoraire du Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux.

 

 

Après l’Ecole de l’Air (base non naviguant) et un séjour de 1959 à 1961 en Algérie, l’officier « Renseignement » Jean-Claude Ichac est affecté en unités puis aux Etats-majors (interarmées et armée de l’Air). Commandant de la Cité de l’Air et de la base aérienne117 de Paris, général de brigade, Jean-Claude Ichac a aussi été officier de liaison instructeur à Colorado Springs (Etats-Unis) et Attaché de l’air à l’ambassade de France à Washington.

 

 

 

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