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Publié le 7 Septembre 2007


(© Le Figaro)

 

Le 29 août 2007, à l’âge de 91 ans, est mort un grand homme de Devoir : Pierre Messmer.

Juillet 2003. Le hasard d’une rencontre dans l’aéroport d’Orly. Je m’approche de Pierre Messmer. « Monsieur le premier ministre, c’était comment Bir Hakeim ? ». L’homme au regard d’acier a un moment d’interrogation et de stupeur. Il se reprend : « Monsieur, Bir Hakeim, c’était de la folie. Mais nous n’avions pas le choix. Nous étions en guerre. Nous ne pouvions plus reculer. Nous avions en tête les images très précises de juin 1940. Et nous étions des hommes de Devoir. Tout de même, la brigade Koenig ne comptait que 3.700 hommes à opposer aux trente mille allemands de Rommel. C’était gonflé ! ».

Pierre Messmer est né à Vincennes le 20 mars 1916, au plus fort de la bataille de Verdun. Il sort de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer et intègre le 12ème régiment de tirailleurs sénégalais. Il est maintenu dans cette unité, avec le grade de lieutenant, à la déclaration de guerre en 1940. Prisonnier, il s’évade et sans même entendre l’Appel du 18 juin, rejoint le général de Gaulle à Londres. Entre 1941 et 1945, il est de tous les combats : Erythrée, Syrie, Lybie avec Bir Hakeim et El Alamein, la Tunisie, la France, Paris, la campagne d’Allemagne. Sa bravoure au feu, son sens du commandement (promu capitaine en 1941), son courage lui apportent la reconnaissance du général : par le décret du 23 juin 1941, il reçoit l’ordre de la Libération, et devient ainsi membre de cette confrérie d’armes extraordinaire.

Plutôt que de rentrer dans le rang, Pierre Messmer accepte des missions toujours plus risquées : après un bref passage à la tête de la mission française de Calcutta, il se fait parachuter au Tonkin, au milieu des lignes du Viet-Minh, afin d’étudier les forces ennemies. Prisonnier, il s’évade après deux mois de captivité. Il commence alors une deuxième carrière dans l’administration de la France d’Outre-Mer : entre 1946 et 1959, il sert en Indochine, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, en A.O.F. et termine en tant que haut commissaire de la République en A.E.F. Membre du cabinet du ministre Gaston Deferre, en 1956, conscient des problématiques de décolonisation, il travaille à l’élaboration d’une loi cadre préparant l’évolution de l’Afrique française.

Le général de Gaulle l’appelle en 1960 pour en faire son ministre des Armées. Poste que Pierre Messmer conservera jusqu’en 1969, un record. C’est le commencement d’une troisième carrière : après la vie militaire et les postes de l’Outre-Mer, vient la politique. En cette période troublée, rien ne lui est épargné. Il doit faire face aux « événements » d’Algérie, à l’O.A.S. (Organisation de l’Armée Secrète) et à la révolte des généraux à Alger en 1961. Par la suite, Pierre Messmer travaille à la mise au point de la force nucléaire française et la modernisation des armées. En 1969, au moment du départ du général, il quitte le gouvernement et fonde l’association Présence du Gaullisme.

En 1971, sous la présidence de Georges Pompidou, Pierre Messmer est nommé à Matignon. Il y restera un peu plus de deux ans. Il avoue, dans ses Mémoires, ne « jamais s’y être senti à l’aise ». Il travaille néanmoins avec acharnement à la mise en place du nucléaire civil pour faire face à la montée du prix du pétrole et accroître l’indépendance énergétique du pays. Choix salutaire quand éclate, en 1973, le premier « choc pétrolier ». Homme libre, refusant les manigances et manœuvres de parti (« la politique n’est pas mon métier » dit-il), il décide de ne pas se présenter à la présidence de la République à la mort de Georges Pompidou en 1974. Cela ne l’empêche pas de mener une brillante carrière politique locale, aux services de ses concitoyens, se faisant élire député de la Moselle dès 1968. Mandat qu’il conservera jusqu’en 1988 ; il est aussi maire de la ville de Sarrebourg et président du Conseil Régional de Lorraine.

En 1992, se retirant de la vie politique, Pierre Messmer prend la présidence de l’Institut Charles de Gaulle, puis, en 1995, celle de la Fondation Charles de Gaulle. Elu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1988, puis à l’Académie française en 1999, au fauteuil de Maurice Schumann, gaulliste historique lui aussi, il est choisi ensuite pour être chancelier de l’Ordre de la Libération.

Homme d’action, de vertu, Pierre Messmer était avant tout un Français libre.

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Publié le 3 Juillet 2007

L’une des missions du Souvenir Français consiste en la transmission aux générations successives des valeurs de la République. Celles incarnées par les hommes et les femmes qui ont eu le courage et l’audace de refuser l’avilissement face à l’emprise nazie en 1940 sont essentielles et il convient de ne jamais l’oublier.

Le Comité d’Issy-les-Moulineaux est particulièrement fier de consacrer son premier portrait à Madeleine Vincent, qui fut l’une de ces Résistantes qui force respect et admiration.
 

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Madeleine Vincent est née en 1920 à Asnières, dans un milieu modeste, une famille d’ouvriers, d’employés et de journaliers agricoles, marquée par les malheurs de la Première Guerre mondiale. A 16 ans, elle adhère à la Jeunesse Communiste puis à l’Union des Jeunes Filles de France, nouvellement créée par Danielle Casanova, militante communiste et résistante elle-aussi, qui paiera cet engagement par sa déportation – et sa mort – à Auschwitz.

En 1997, Madeleine Vincent rendait ainsi hommage à celle qui fut son amie : « On ne dira jamais assez ce que cette organisation a fait, sous la direction de Danielle Casanova, pour rassembler les jeunes filles, défendre leurs droits, organiser l’aide aux enfants d’Espagne, éclairer sur la montée du nazisme en Allemagne, éveiller et développer chez elles les sentiments démocratiques et patriotiques. Ce fut pour beaucoup dans ma détermination, dans celle de dizaines de milliers de jeunes filles. Les événements qui suivirent l’ont bien démontré ».

Mécanographe de profession, Madeleine Vincent poursuit son combat en adhérant l’année suivante, en 1937, au Parti communiste. Dès juillet 1940, elle entre dans la Résistance et prend en charge l’organisation de l’action en zone interdite, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Elle prend les noms de « Paulette », « Josette » ou encore « Simone Lambert ».

Dénoncée, elle est arrêtée en gare de Douai le 9 janvier 1942. Emprisonnée à Loos, elle est ensuite transférée à Essen, puis à Kreuzbourg, Ravensbrück et Mauthausen. Avec un certain nombre de déportés, Madeleine Vincent se bat, autant qu’il est possible au milieu des soldats nazis et des Kameradenpolizeis (les fameux Kapos), pour refuser ou ralentir le travail industriel.

Libérée en 1945, Madeleine Vincent reprend son activité et devient secrétaire de l’Union de la Jeunesse Républicaine de France puis secrétaire nationale de l’Union des Jeunes Filles de France. En 1954, elle est nommée au Comité Central du Parti communiste français et est élue au Bureau politique de 1970 à 1990. Elle y occupe diverses responsabilités dont le secteur des femmes, où elle joue un rôle important auprès de Gisèle Moreau puis de Marie-George Buffet, puis celui des élections.

Madeleine Vincent est faite officier de la Légion d’Honneur et reçoit cette distinction à l’hôtel de ville d’Issy-les-Moulineaux, commune où elle réside depuis de nombreuses années, en compagnie de son époux, Guy Ducoloné, ancien député, ancien vice-président de l’Assemblée nationale, lui-même militant communiste et déporté à Buchenwald (Guy Ducoloné est présent sur l'album du 29 avril 2007 et intitulé "Journée de la Déporation)..

C’est dans cette même commune que le 22 novembre 2005 disparaît Madeleine Vincent, infatigable combattante des droits des femmes et de toutes les formes de barbarie.

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