seconde guerre mondiale

Publié le 28 Avril 2015

Emporté par les sirènes...

Agent secret et écrivain, une « légende », un héros…

 

Né le 2 février 1923 à Neuilly-sur-Seine, ancien élève au Lycée Pasteur...

Robert (Bob) Maloubier s'engage dans la résistance à l'âge de 18 ans. Des errements d'Alger aux maquis de Corrèze en passant par Londres, il mènera sa guerre au sein du SOE, élément essentiel de l'action résistante en France créé en 1940 par Churchill. Il a ainsi participé à la Résistance comme Officier du service secret "privé" de Churchill. A l'issue de la Seconde Guerre mondiale il sert dans les services secrets français en Asie, puis fonde l'unité des nageurs de combats français. Dix ans de guerre tiède et froide avant trente ans de fortunes diverses en Afrique et au Moyen-Orient.

 

Citons parmi ses ouvrages : "Agent secret de Churchill" préfacé par Jean-Louis Crémieux-Brilhac qui a été publié chez Tallandier et le dernier "La vie secrète de sir Dansey maître-espion" publié en 2015 par les Editions Albin Michel. A lire ou à relire un important cahier spécial (article de Philippe Rousseau) de 14 pages qui lui est consacré dans le N° 7 (avril-mai-juin 2011) du magazine "Plongée OCTOPUS".

 

Son rêve pour suivre une formation de pilote de chasse restera inaccompli car une vie aux "400 coups" mène parfois ailleurs pour d'autres missions héroïques... Ce patriote, pudique maîtrisant à merveille un humour décapant prenant soin de conserver l'élégance moustachue d'un lord anglais nous a quitté le lundi 20 avril 2015... Il avait 92 ans... Il n'avait plus rien à prouver depuis longtemps... Imaginons que depuis son départ il continue de palmer avec toute son énergie et sa volonté pour rejoindre discrètement ses camarades du SOE et des Services Secrets...

 

Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard

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Publié le 13 Avril 2015

Honoré d'Estienne d'Orves.

Biographie.

Honoré d’Estienne-d’Orves naît à Verrières-le-Buisson, fief de sa famille maternelle, les Vilmorin (il était le cousin germain de Louise de Vilmorin). Sa famille paternelle (son père porte le titre de noblesse de comte), de vieille souche provençale est royaliste légitimiste ; il descend du général vendéen Charles d'Autichamp, et à la maison le drapeau blanc est, comme chez les Hauteclocque d’ailleurs, de rigueur.

Il entre, en 1910, au lycée Saint-Louis-de-Gonzague, puis rejoint Louis-le-Grand en 1919 pour préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique, où il entre en 1921. Parallèlement, il participe au groupement confessionnel catholique des Équipes sociales de Robert Garric. Lycéen proche de l'Action française, il abandonne la politique en entrant à Polytechnique.

Sorti de cette école en 1923, Honoré d'Estienne d'Orves s'engage dans la marine, élève officier à l'École navale. Il participe à la campagne d'application à bord du croiseur école Jeanne d'Arc. En 1929, il épouse Éliane de Lorgeril, descendante de Louis de Lorgeril, maire de Rennes, avec qui il aura cinq enfants.

Pendant quelques mois, il va habiter avec sa famille dans une rue de la ville d’Issy-les-Moulineaux, rue qui porte aujourd’hui son nom et qui assure une jonction entre la rue du gouverneur général Eboué et le boulevard Gallieni.

Lieutenant de vaisseau à partir de 1930, il est affecté en décembre 1939 à bord du croiseur lourd Duquesne, en tant qu'officier d'ordonnance de l'amiral Godfroy, commandant la Force X. Cette escadre se trouvant internée à Alexandrie au moment de l'armistice du 17 juin 1940, d'Estienne d'Orves ne se satisfait pas de l'inaction à laquelle il est contraint.

Au nom de la France Libre.

Ne pouvant se faire à l’idée que sa patrie vaincue accepte la défaite, Honoré d’Estienne d’Orves constitue un groupe de marins et d’officiers, prend le nom de « Chateauvieux » (du nom de l’une de ses aïeules) et entre en contact avec les autorités de la France Libre.

Il quitte Aden avec son groupe et après un interminable voyage de deux mois autour de l’Afrique, rejoint le général de Gaulle à Londres le 27 septembre 1940. Sur place, il rencontre l’amiral Muselier mais ne trouve pas d’emploi convenant à l’activité dont il déborde. Promu capitaine de corvette le 1er octobre 1940, le poste de chef du 2e Bureau de l’Etat-major des Forces navales françaises libres (FNFL) lui est offert ; il l’accepte et remplace le commandant Passy à la tête du Service de Renseignement de la France Libre en attendant mieux ; mais il ne tarde pas à solliciter la faveur de passer en France pour y organiser un réseau de renseignements.

Ayant convaincu le général de Gaulle, d’abord réticent, de monter une liaison avec la France et de développer et coordonner le réseau embryonnaire qui a pour nom de code Nemrod et qui a vu le jour à l’initiative de Jan Doornik et Maurice Barlier dès septembre 1940, il est affecté dans ce but à l’amirauté britannique à partir du 15 septembre 1940.

Il embarque, à Newlyn, le 21 décembre 1940, sous le pseudonyme de « Jean-Pierre Girard », avec un radiotélégraphiste, Georges Marty, sur un bateau de pêche, la Marie-Louise, à destination de Plogoff. Installé chez les Clément, à Chantenay-sur-Loire, près de Nantes. Parfaitement aidé dans ses déplacements par Maurice Barlier, il rayonne à travers toute la Bretagne et ne tarde pas à mettre sur pied l’organisation précise du réseau. Il transmet en outre des renseignements capitaux sur les défenses côtières allemandes, les sous-marins, les aérodromes et les dépôts d’essence de la région nantaise.

La trahison de Marty.

Du 6 au 9 janvier, il se rend à Paris pour organiser un second réseau. Il rencontre Jan Doornik et de nombreuses personnalités. De retour à Nantes, le 20 janvier, il se réinstalle chez les Clément. Ceux-ci ont mis leur maison à son entière disposition, et lui font part de leur inquiétude au sujet du comportement suspect de Marty. Honoré d’Estienne d’Orves décide alors de renvoyer son radio à l’occasion du prochain voyage à Londres. Mais il est déjà trop tard. Le 22, les Allemands envahissent la demeure. Après avoir résisté, d’Estienne d’Orves, le visage en sang, est menotté et conduit avec ses compagnons à Angers. La trahison de Marty permet également aux Allemands d’arrêter Barlier, Doornik et l’ensemble du réseau, au total 26 personnes. Le 24 janvier, les inculpés sont dirigés sur Berlin puis brusquement ramenés à Paris, à la prison du Cherche-Midi.

Le procès commence le 13 mai. Honoré d’Estienne d’Orves et ses compagnons sont tous condamnés à mort puis transférés à Fresnes.

Fusillé au Mont Valérien.

Au même moment, alors que l’Allemagne nazie et l’URSS avaient conclu un pacte de non-agression, la première décide d’envahir la seconde. Au métro Barbès, le 21 août 1941, un résistant communiste, Pierre Georges – le futur colonel Fabien – abat l’aspirant d’intendance Moser. Le lendemain, les Allemands promulguent une ordonnance transformant les prisonniers français en otages. Cent otages seront alors fusillés. Le 29 août, dans la clairière du Mont Valérien, Honoré d’Estienne d’Orves, Maurice Barlier, Jan Doornik, sont passés par les armes.

D’Estienne d’Orves a laissé un journal où il exalte sa foi patriotique et sa ferveur religieuse, ainsi que des lettres émouvantes à sa famille.

Ses enfants seront récupérés par des camarades de l'X, dont Jean Freysselinard, gendre du président Albert Lebrun, installé à Vizille (Isère).

Décorations.

  • Chevalier de la Légion d'honneur
  • Compagnon de la Libération - décret du 30 octobre 1944, à titre posthume
  • Officier du Ouissam alaouite du Royaume du Maroc
  • Officier de l'ordre « Pour la couronne » de Roumanie
  • Officier du Mérite militaire bulgare
  • Chevalier de l'Épi d'Or de Chine

Sources :

Ce texte a été pour partie repris depuis le site de l’Ordre de la Libération ; les autres sources étant les suivantes :

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Etienne de Montéty, Honoré d’Estienne d’Orves : un héros français, Perrin, 2001.
  • Pierre de Bénouville, La Vie exemplaire d’Estienne d’Orves, Ed. de Crémille, 1970.
  • Georges Caitucoli, Dictionnaire de la France Libre, Robert Laffont, 2010.

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Publié le 21 Mars 2015

 

Les parachutistes de la France libre, et notamment ceux du Special Air Service, comptent parmi les soldats les plus admirés et les plus honorés de la Seconde Guerre mondiale. Leur devise, Who dare wins, Qui ose gagne, est mondialement connue et résonne comme une sorte de mantra lors de nombreuses cérémonies patriotiques. Pourtant, force est d’admettre qu’au-delà de cette impression générale, de ce vernis qu’apportent les flonflons commémoratifs, c’est plutôt l’inconnu – ou presque – qui domine.

La bibliographie concernant ces hommes n’est pas très conséquente, même s’il convient de saluer le travail d’éditeurs indépendants, tel l’isséen Alain Bétry, longtemps photographe à Historia qui a lancé la maison d’édition Atlante (www.atlante-editions.fr ) et dont l’un des principaux ouvrages est celui d’Edgar Tupet-Thomé sur le sujet. Mais dans l’ensemble, les livres de référence, comme celui de David Portier (Les parachutistes SAS de la France Libre, Editions Nimrod, 2010) sont aujourd’hui quasiment introuvables, sauf à dépenser une fortune sur les réseaux sociaux organisant le marché des livres d’occasion. Pire, de véritables légendes comme Pierre-Louis Bourgoin ou Pierre Marienne, pourtant tous deux Compagnons de la Libération (comme Tupert-Thomé), attendent encore leur biographe de référence.

En définitive, en Bretagne, tout ce passe comme si l’élan historiographique des années 1970, parfaitement symbolisé par les thèses fondatrices de Christian Bougeard sur les Côtes d’Armor et de Jacqueline Sainclivier sur l’Ille-et-Vilaine, n’avait pas été suivi des faits.

Dans ces conditions, commet s’étonner que des parcours plus anonymes, tels que celui de René Le Touzic, nous soient aujourd’hui encore très méconnus ? Ce marin naît à Damgan, dans le Morbihan, en 1916 et profite d’une escale en Angleterre pour rejoindre les Forces Françaises Libres, en mars 1943. Nous ne savons rien ou presque de son environnement socioculturel et ignorons tout des motivations qui l’on conduit à contracter un tel engagement.

Breveté parachutiste cinq mois plus tard, René Le Touzic est affecté au 4e SAS et saute lors des opérations qui, en Bretagne, s’intègrent dans le cadre du déroulement de l’Opération Overlord. Plus précisément, c’est sur la base Samwest, en forêt de Duault, dans les Côtes d’Armor, qu’il est parachuté le 9 juin 1944. Mais c’est dans le Morbihan que son destin bascule puisque, chargé d’une mission de liaison avec la base Dingson, il est arrêté à Guillac lors d’une descente allemande destinée à capturer le commandant Bourgoin. Emmené à Josselin et torturé pendant plusieurs jours, René Le Touzic est fusillé sans avoir livré une seule information, le 3 août 1944, quelques heures seulement avant la Libération, comme un symbole de la répression aveugle menée par les nazis.

Là s’arrête le travail du biographe de René Le Touzic, faute d’archives ou de témoignages le concernant. Pourtant, le processus de mémoire se poursuit puisqu’en avril 2012 le Souvenir Français dépose une demande sur le bureau du maire de Damgan pour qu’une voie soit dénommée en l’honneur de René Le Touzic, natif de la commune.

Cette plaque a été inaugurée le 24 janvier 2015, à 11h00.

Sources :

  • Site www.enenvoir.fr – Article d’Erwan Le Gall.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Atlante Editions dirigées par Alain Bétry.
  • Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch Editeur.

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Publié le 13 Février 2015

 

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L’équipage du Souffleur II. Au centre Jean Gabin ; à sa gauche Raymond Thiébault

(© Tranches de Vies – Wordpress).

  

Ancien militaire, l’Isséen Raymond Thiébault vient de nous quitter dans sa 89e année.

 Né en 1927 dans le quartier de la Ferme à Issy, il suit des études de mécanique. En 1944, à l’âge de 17 ans, il s’engage dans les Forces Navales Libres du général de Gaulle et commandées par l’amiral Muselier. Il est affecté au 2e escadron du régiment blindé de fusilliers-marins de la 2e Division Blindée du général Leclerc. C’est là qu’il fait la connaissance de son chef de char, l’un des plus vieux engagé de l’armée et célèbre acteur : Jean Gabin !

 Après la Libération de Paris, Raymond Thiébault poursuit l’épopée du général Leclerc et combat dans les Vosges, à Strasbourg puis à Berchtesgaden, le fameux nid d’aigle d’Adolf Hitler.

 De retour en France après la guerre, il repart combattre en Indochine où il s’illustre une nouvelle fois en patrouillant sur le Mékong. Il rentre en métropole et se marie. Il est alors embauché chez Salmson comme pilote essayeur. Poursuivant sa carrière automobile, il entre à la SEV d’Issy-les-Moulineaux où il termine sa carrière comme Chef de Département.

 Parallèlement, il fonde les ACV 92 (Anciens Combattants Volontaires des Hauts-de-Seine) et devient, au siège national de la fédération, l’un des vice-présidents en charge de la Chancellerie. A Issy, il devient président de l’UFAC (Union Française des Anciens Combattants) et participe au renouveau du Souvenir Français, avec le colonel Hartz et Robert Dubot, lui aussi ancien de la 2e DB. Dans les années 1990, il cédera la présidence des ACV.

 Raymond Thiébault était chevalier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Médaille militaire et décoré de la Croix des Théâtres d’Opérations Extérieurs. Les anciens combattants et des représentants du Souvenir Français lui ont rendu hommage le 22 décembre dernier.

 

 

Sources :

 

  • Point d’Appui, journal de la ville d’Issy-les-Moulineaux, numéro 488 de Février 2015.
  • Encyclopédie du cinéma, de Roger Boussinot, ed. Bordas.
  • Quitte à avoir un père, autant qu’il s’appelle Gabin… de Florence Moncorgé-Gabin, Ed. Le Cherche-Midi, 2003.
  • Gabin, d’André Brunelin, Ed. Robert Laffont, 1987.
  • Interview de Raymond Thiébault par le Souvenir Français d’Issy, novembre 2012.
  • Site Internet : www.tranchesdevies.wordpress.com

 

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Publié le 23 Mai 2014

 

Geneviève Lebrell - 1

 

Les obsèques de Geneviève Lebrell, en l’église Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux, le 15 mai 2014 (cliché alain Bétry)

 

 Geneviève Lebrell s’est éteinte en ce mois de mai 2014. En l’église Saint-Etienne, le 15 mai, seuls les dix premiers rangs étaient occupés, les orgues et l’Ave-Maria de Charles Gounod lui ont rendu hommage. Son cercueil était recouvert du drapeau tricolore.

 En 1943, elle a 23 ans quand elle entre en résistance. Sous le pseudo « Hulotte », et en tant qu’agent P 1, Geneviève accomplit de nombreuses missions et participe à des émissions et des liaisons radio au Réseau Alliance. C’est dans le cadre de cette activité, que son émetteur est localisé par les Allemands ; en juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo. Incarcérée à Fresnes, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. La chance fait que le 8 mai 1945, elle est libérée par les Alliés.

 Alliance fut l’un des réseaux les plus actifs de renseignement de la Résistance dépendant de l’Intelligence Service britannique (IS 1) sur le territoire français. Pour faciliter les communications, la plupart des pseudonymes étaient des noms d’animaux. Marie-Madeleine Fourcade, une Résistante célèbre, « Hérisson » était chef de réseau. Alliance compte 438 morts et 1 000 arrestations, dans ses rangs. Le plus important réseau fut le réseau de La Confrérie Notre-Dame, créé en 1940 par Rémy, haute personnalité de la France libre, mouvement du général de Gaulle.

 En 1996, Geneviève Lebrell avait été élevée au grade de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.

 

 

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  Geneviève Lebrell, alias « Hulotte ».

  Alain Bétry

 (www.historim.fr)

 

 

 

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Publié le 3 Mai 2013

Le dernier cavalier.

Thierry Rousseau, président de l’amicale du 1er RHP a indiqué il y a peu la disparition de l’adjudant-chef Rivier, dans sa 101ème année, qui était l’un des derniers cavaliers de l’armée française à avoir fait la guerre à cheval !

 

L’adjudant-chef Alphonse Rivier était né le 26 septembre 1912. Il avait été au régiment à partir de 1931 et avait fait sa carrière au 1er régiment de hussards et l’avait terminée au 2ème régiment de hussards à Orléans.

 

En 1940, le 1er régiment de hussards et le 8ème régiment de chasseurs faisaient partie de la 1ère Brigade de cavalerie à cheval. Le 1er avait pour mission, pendant la Seconde Guerre mondiale, la couverture d’un corps d’armée. Il participa à la bataille des Ardennes françaises et des Ardennes belges.

 

Du 14 au 25 mai 1940, au cours des derniers combats sur le canal des Ardennes, le Mont Dieu, Stonne et Tanay, la 1ère brigade de cavalerie brisa l’armée allemande et obtint une citation à l’ordre de l’Armée accordée par le général Weygand le 22 novembre 1940 ainsi rédigée : «Régiment aux magnifiques traditions qui, sous le commandement du chef d’escadron Crapon, a fait preuve des plus belles qualités militaires en assurant, du 9 au 23 juin 1940, malgré un ennemi mordant, disposant de moyens puissants, la couverture d’un corps d’armée. En dépit d’effectifs réduits, a contre-attaqué avec plein succès les 9 et 10 juin, faisant de nombreux prisonniers et s’emparant d’un important matériel. A su, sans défaillance, bien qu’ayant subi de lourdes pertes, en imposer à l’ennemi grâce à son moral élevé et son esprit de sacrifice. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme ».

 

Après 1945, les Allemands avouèrent que la 1ère brigade de cavalerie leur avait mis 10 000 hommes hors de combat (prisonniers, blessés ou tués). D’ailleurs, ils l’appelaient «Les Diables Rouges» (die roten Teufel en Allemand).

 

L’adjudant-chef Alphonse Rivier a été rappelé à Dieu le 24 avril 2013, dans sa 101ème année. Depuis des années, il vivait en maison de retraite, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, non loin de Saumur.

 

Son fils, Alain, fait hussard d’honneur à Tarbes en 1981, a reçu pour mission de déposer les bottes, la cravache et les étriers de son père au musée des Hussards de Tarbes.

 

Décorations de l’adjudant-chef Alphonse Rivier :

 

- Médaille militaire (décret du 25 octobre 1950).

- Médaille de reconnaissance de la Nation (Guerre 1939-1945).

- Croix du combattant.

- Médaille commémorative (Combats du 14 au 25 mai 1940) Mont Dieu - Tannay - Stonne.

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Publié le 3 Décembre 2012

Entrée du cimetière de Ploaré (Bretagne), où se trouve la tombe de Corentin Celton

(Copyright : Landru Cimetière).

 

 

Corentin Celton nait en Bretagne, dans le Finistère, à Ploaré, le 18 juillet 1901. Au début des années 1920, il se rend sur Paris pour y chercher du travail. Il se fait recruter par l’Assistance publique, qui le place comme garçon de salle, dans un service de chirurgie de l’hôpital Saint-Antoine.

 

En 1925, il adhère à la Section Française de l’Internationale Communiste. Militant zélé, il se fait rapidement remarquer. En 1934, il prend un poste à l’hôpital des Petits-Ménages, à Issy-les-Moulineaux. Le directeur de l’établissement lui confie des tâches de travail de bureau, au service de la consultation. L’année suivante, il est placé en congé syndical, à sa demande. Il gravit un à un les échelons du syndicat CGT (Confédération générale du travail), Section des Services Publics, et après avoir représenté la région parisienne pendant deux années, il est nommé secrétaire suppléant de la Fédération CGT des Services Publics. Parallèlement, il est secrétaire du syndicat des Municipaux de Paris et membre de la Commission administrative de la Bourse du Travail de Paris.

 

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, il est mobilisé en tant qu’infirmier. Par son action, son mérite, il se voit attribuer la Croix de Guerre. Mais l’Armée française est anéantie rapidement. Démobilisé, Corentin Celton retrouve son emploi à l’hôpital des Petits-Ménages.

 

En septembre 1940, l’Assistance publique le relève de ses fonctions au titre de « militant communiste » ; son parti étant alors interdit depuis le Pacte Germano-soviétique de l’année précédente. Corentin Celton s’engage alors dans la Résistance et travaille aux liaisons entre le syndicat légal de la Santé et des syndicalistes qui, comme lui, sont dans la clandestinité. Dénoncé par le directeur de l’Assistance publique, il est arrêté, le 10 avril 1942, et transféré à la prison de la Santé. Il porte sur lui de faux papiers au nom de Pierre Le Meur.

 

Jugé en 1943, il est condamné à trois années de prison, qu’il doit effectuer à la prison de Clairvaux. Peu de temps après, alors que les premiers meurtres de soldats et responsables allemands dans Paris sont l’œuvre de militants communistes, Corentin Celton est transféré à la prison de Fresnes. Interrogé, torturé, il est à nouveau jugé. La sentence tombe le 20 décembre 1943 : la mort ! Il est fusillé au Mont Valérien le 29 décembre 1943.

 

En février 1945, l’hôpital des Petits-Ménages est débaptisé et prend le nom de Corentin Celton. Plus tard, c’est au nom de la station de métropolitain qui le dessert de s’appeler également Corentin Celton.

 

En 2002, après avoir transformé la place devant l’hôpital, le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux vote une délibération qui nomme Corentin Celton le parvis et tout le quartier environnant.

 

Peu avant de mourir, Corentin Celton écrit ces quelques mots qui figurent sur l’une des plaques de sa pierre tombale : « J’ai lutté pour un monde meilleur, et cela restera ma fierté. Il ne me coûte pas de mourir puisque j’ai la certitude que la France vivra ».

 

 

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 Tombe de Corentin Celton (détail).

 

 

 

Sources :

 

·         - Encyclopédie Larousse.

·         - www.issy.com

·         - http://lysianealezard.elunet.fr

·         - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, par Claude Pennetier et Jean Maitron, Les Editions ouvrières, 1984.

·         -  Encyclopédie Wikipédia.

·         - Clichés d’Henri Chapalain.

 

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Publié le 16 Septembre 2012

Magdeburg ruinen

 

1945 : Magdebourg en ruines.

 

 

Mars 2012, Issy-les-Moulineaux : nous rencontrons Monsieur Wolfgang Cotta.

 

 

Magdebourg.

 

« Je suis né en 1928 à Magdebourg, qui fut une cité de premier plan du temps du Saint-Empire Romain Germanique et haut lieu du protestantisme. Son université était d’ailleurs particulièrement réputée. Magdebourg, cité de l’Elbe, se situe aux confins des massifs de l’Allemagne centrale et de la grande plaine germano-polonaise ».

 

La ville de Magdebourg est également connue pour avoir présenté, par l’intermédiaire de son bourgmestre en 1654, Otto von Guericke, une expérience pour montrer la force de la pression atmosphérique. L’homme de science avait fait assembler deux demi-sphères en métal puis il avait fait le vide à l’intérieur. Pour réaliser sa démonstration, il avait fait attacher des chevaux de trait à chaque demi-sphère. Les animaux eurent beau déployer toute leur force, ils n’arrivèrent pas à séparer en deux la sphère ! Celles et ceux qui ont un ouvert une encyclopédie à la page de Magdebourg ont forcément lu cette anecdote.

 

 

« Mon père, originaire des Sudètes, s’était installé dans cette ville, comme photographe artistique. Là où il avait rencontré ma mère. Notre grand appartement, dans un immeuble du centre de la ville, en face de la cathédrale début gothique, était aussi l’atelier de mon père. Ses clients étaient surtout les acteurs et chanteurs des théâtres et de l’opéra de Magdebourg.

 

Pendant ma prime enfance, je n’étais absolument pas conscient de la situation, dans laquelle se trouvait l’Allemagne, sous la dictature d’Adolf Hitler ».

 

 

Le parti nazi au pouvoir.

 

Fondé au début des années 1920, le parti national-socialiste (« Nationalsozialismus » en Allemand), fort de 1.500.000 membres, fait campagne aux élections législatives de 1933 sur les thèmes de la sécurité, de l’indépendance du pays face à l’internationalisme (l’Allemagne a un « espace vital » à faire respecter) et le soutien aux classes paysannes et moyennes (le pays est toujours en crise économique) par un accroissement de la protection économique et sociale et l’assistance aux prix agricoles.

 

Les résultats sont sans appel : les partis de gauche (communistes et sociaux-démocrates) comptent 201 députés, ceux du centre et le parti bavarois, 92 députés. Quant au Parti national du peuple allemand, il envoie 52 de ses représentants au Reichstag. Le grand vainqueur est le parti national-socialiste avec 288 élus.

 

« Deux événements me sont restés en mémoire : j’avais 5 ou 6 ans, je sentais chez mes parents une certaine peur et angoisse. Ma sœur, 5 ans plus âgée que moi, me raconta bien plus tard qu’il fallait à cette époque prouver depuis deux générations son ascendance aryenne, ce que mon père ne pouvait pas, parce que son père (ou son grand-père je ne sais plus) était juif. Pour s’en sortir, il prétendit que les papiers de naissance de ses parents avaient disparu dans l’incendie de l’église de son petit village en Bohême.

 

Le deuxième événement fut la déclaration de la guerre en 1939. Je n’avais jamais vu mon père dans un tel désespoir. Il savait ce que voulait dire la guerre, car il l’avait vécu en tant que soldat autrichien pendant 1914-1918.

 

A partir de cette date, le parcours de ma vie, comme adolescent pendant les 6 ans de la guerre, et comme jeune adulte pendant les premières années après-guerre peut, peut-être, donner une certaine image de ce temps de la destruction de l’Allemagne, pas seulement matérielle, et de sa résurrection.

 

Je vivais les premières années de la guerre tout à fait normalement, inscrit dans un lycée humaniste de longue tradition (grec et latin), avec des professeurs âgés de grande érudition (tous les jeunes professeurs étaient mobilisés) ou le culte de National-socialisme était absent. Et comme tous les jeunes allemands âgés de 10 ans, je fus intégré dans la Jungvolk ».

 

 

 

De Deutsche Jungvolk à Hitlerjugend.

 

Le mouvement des Jeunesses hitlériennes est créé en 1922, sous le nom de Jungsturm Adolf Hitler. Obligatoire pour les jeunes enfants allemands, garçons et filles, il est organisé en classes d’âges :

 

  • Les Pimpf sont les plus jeunes. Ils sont admis à partir l’âge de six ans.
  • Les Deutsche Jungvolk regroupent les garçons de 10 à 14 ans.
  • Les Jungmädelbund gèrent les filles des mêmes âges.
  • Les Hitlerjungend sont les jeunes garçons de 14 à 18 ans, quand les Bund Deutscher Mädel sont les jeunes filles des mêmes âges.

 

Les jeunes gens sont encadrés par des adultes, bien entendu membres du Parti national-socialiste. Ils exigent une obéissance absolue et enseignent la doctrine nazie. Au sein des sections régionales, des concours sont organisés afin de sélectionner ceux des élèves pourront servir dans la Schutzstaffel (la SS « escadron de protection ») et ceux qui pourront se tourner vers la relève politique du parti nazi.

 

« J’avais un bel uniforme, et tous les mercredis et les samedis après-midi, nous faisions des exercices collectifs. Je commandais un petit groupe de camarades, et comme j’étais sportif, cela me convenait bien. Il y avait la guerre, qu’on vivait à travers les images des informations dans les cinémas, qui claironnaient les victoires de notre armée en Pologne et en France. Je sentais peut-être une problématique quand je me rappelle les violentes discussions entre mon père et son beau-père, antisémite et national-socialiste fanatique, qui dirigeait une agence d’assurances du groupe Albignia à Magdebourg. Je vois encore chez lui, entassés, les exemplaires du journal SS Der Stürmer, dont le sous-titre était Les juifs sont notre malheur. »

 

 

L’année 1943.

 

« Arrive 1943 : les bombardements avaient déjà bien commencé. Au début de cette année, ma mère mourut subitement d’une attaque cérébrale. Elle disparut en une journée, sans que mon père, ni notre médecin de famille, ne puissent faire quelque chose. Déjà, les urgences n’existaient plus, et la vie normale, quotidienne, avait changé en profondeur.

 

C’est effectivement le moment où ma vie changea et où je perdis mon insouciance. Je me servis de la mort de ma mère comme prétexte, pour ne pas être intégré – j’avais maintenant 14 ans – dans la Hitlerjungend.

 

A la fin de 1943, lors d’un grave bombardement, notre immeuble fut détruit. Quelques mois après, mon père, âgé de 56 ans, fut encore une fois mobilisé. Je me trouvai seul avec ma grand-mère maternelle dans une maison que mon père avait fait construire avant la guerre à la périphérie du centre de la ville ».

 

 

Magdebourg anéantie.

 

« A la fin de l’année 1944, à l’âge de 16 ans, je fus interné dans une caserne pour préparer mon intégration comme soldat dans l’armée. Un peu après, la caserne fut bombardée. C’était le 16 janvier 1945. Magdebourg fut pratiquement rasée par ce bombardement, qui détruisit 90 % de la ville, faisant plus de 7.000 morts en quelques heures. Notre maison fut anéantie lors de cet événement.

 

 

La vie était maintenant complètement désorganisée. Occasion pour moi de m’enfuir. Je quittai mon uniforme et, sans papiers, je partis en train, en Poméranie près de la mer Baltique, en me cachant dans les couloirs de gares, pour éviter les contrôles. C’est là que nous avions des amis qui tenaient une laiterie ; une condition qui me permettait de survivre sans carte d’alimentation. Mais les Russes arrivaient, provoquant la complète dissolution de tout ordre. Les pires horreurs – dont finalement certaines étaient vraies – étaient alors colportées sur l’Armée Rouge. Cette anarchie me permit, je ne sais plus comment, de revenir à Magdebourg quelques semaines avant la fin de la guerre.

 

En ce printemps 1945, la ville fut d’abord occupée par les Américains et les Anglais. Mon père revint après sa libération d’un camp anglais de prisonniers de guerre. Nous vivions alors dans une petite maison à la limite de la ville ».

 

 

Domination soviétique.

 

« Mais la ville de Magdebourg était située, selon les conditions du Traité de Yalta, dans la zone attribuée aux Soviétiques ; zone qui deviendrait plus tard l’Allemagne de l’Est. Alors, les Alliés partirent et laissèrent les Russes prendre possession de la cité.

 

C’était assez étonnant comment la vie quotidienne, normale, s’installa peu à peu quelques mois après la guerre. L’école recommença en septembre 1945, avec une nouvelle langue vivante : le Russe ! Quant à la ville, administrée par d’anciens communistes allemands, elle se transforma en une sorte de nouvelle dictature. Dans les rues, des haut-parleurs lançaient des slogans à la gloire des Soviétiques et du parti communiste ; partout aux murs étaient attachées des banderoles rouges de propagande. Un jour, sortant de l’école avec mes amis, je marchai exprès sur l’une d’entre-elles, tombées à terre. Comme une sorte de réflexe contestataire, pas vraiment réfléchi. Quelqu’un se jeta sur moi : rixe ! Je me trouvai en prison, seul dans une cellule, avec de l’eau ruisselant sur les murs.

 

En ce temps, ce genre de comportement suffisait pour disparaître. Je me souviens d’un jeune garçon qui avait distribué clandestinement des tracts anti-communistes. Il fut arrêté comme moi, mais l’on n’entendit plus jamais parler de lui… Dans mon cas, mon père, connaissait un antifasciste notoire et qui avait des contacts avec l’administration. C’est lui qui me sauva ! Maintenant, je n’avais qu’une idée en tête : quitter au plus vite cette Allemagne de l’Est ».

 

 

A Berlin.

 

« En juillet 1947, j’obtins mon baccalauréat. Je partis pour Berlin-Ouest, ce qui était encore possible à cette époque, bien avant le mur, pour m’inscrire à l’Ecole des Beaux-arts, située dans le secteur américain, pour faire des études d’architecture. Ces toutes premières années d’après-guerre, à Berlin, furent des années de miracle : tout était alors possible ! Tout était à faire dans cette ville détruite. Personne n’avait d’argent. Et depuis, jamais, je n’ai ressenti et vécu une telle ambiance de joie collective. Nous avions survécu à l’anéantissement. Nous nous trouvions à « l’heure Zéro » ! Je découvris l’art moderne, proscrit sous les Nazis, décrit comme un « art dégénéré ».

 

En peinture, nous vîmes l’expressionisme des années 1920 ; d’ailleurs, quelques artistes étaient professeurs chez nous, aux Beaux-arts. En matière de littérature, ce fut la découverte de Kafka, d’Hemingway et de tant d’autres. Et le dimanche matin était bien souvent réservé aux concerts du philarmonique de Berlin, sous la direction de Furtwängler.

 

 

Nous sortions aussi au théâtre et nous nous régalions des Mouches de Sartre ou de La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux. Et toutes ces distractions et joies culturelles ne coûtaient pratiquement rien pour les étudiants. Enfin, nous découvrîmes le cinéma américain avec les comédies musicales de Fred Astaire et les films de Rita Hayworth, sublime. Le soir, j’écoutais avec ma petite radio, émerveillé, les émissions de l’AFN (American Forces Network) : Glenn Miller, Benny Goodman, Frank Sinatra, Billy Holiday, Ella Fitzgerald. Après les horreurs de la guerre, nous nous trouvions dans un autre monde : un monde de rêve.

 

A la fin de l’année 1948, les Soviétiques installèrent le « blocus » en coupant la seule route, un corridor d’environ 200 km, traversant l’Allemagne de l’Est, et qui reliait à Berlin les secteurs américain, anglais et français avec l’Allemagne de l’Ouest. Le but étant que les Alliés abandonnent la ville. Comme bien souvent, le contraire se produisit : les Américains organisèrent un pont aérien. Nous voyions un flot ininterrompu de gros avions de transport, venant de l’Ouest, assurer le ravitaillement en aliments, souvent transformés en farine, des médicaments. Enfin, tout ce qui peut servir à la survie d’une ville de plus d’un million d’habitants.

 

 

Cette attitude d’affronter les menaces se manifestera plus fort encore, quand, lors de la construction du Mur, en 1960, le président Kennedy, en visite officielle, déclara devant la population de Berlin : « Ich bin ein Berliner ! » (je suis un Berlinois).

 

Nous nous trouvâmes encore une fois dans une ambiance de guerre : personne ne pouvait sortir de la ville, et chacun avait besoin de l’autre. Qui plus est, l’hiver fut très rigoureux et nous manquâmes cruellement de charbon. Les quotas d’électricité étaient très simples : deux heures le matin et deux heures le soir. Après huit mois, les Soviétiques abandonnèrent et la vie normale se réinstalla".

 

 

Partir.

 

« Mais Berlin de l’Ouest restait un îlot, entouré par l’Allemagne de l’Est. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles j’envisageais, après mon diplôme d’architecte, de partir, pas nécessairement pour quitter mon pays, mais pour découvrir le monde : Londres, Paris, New York… Aucune importance !

 

Ce fut Paris, ou j’avais une adresse d’un cabinet d’architecture grâce à un ami anglais. Ainsi, j’arrivai comme Allemand, seulement quelques années après la guerre, à Paris, et je fus accueilli avec une étonnante gentillesse, accompagnée d’intérêt pour moi. Je fus rapidement intégré dans ce cabinet. Six mois après, je commençais à parler le français à peu près correctement. On me confia – et je décrochai – des projets intéressants : hôpitaux, habitations, pavillons, où mon instruction à la base du « Bauhaus », peu connue à cette époque à Paris, me permettait de m’exprimer et d’être reconnu.

 

Une fois installé comme architecte indépendant, la question de retourner en Allemagne ne se posa plus. Je vivais avec ma femme allemande, qui m’avait suivi depuis Berlin, dans un cadre cosmopolite : une condition qui offre une capitale comme Paris. Je gardai mon identité allemande, basée sur la confrontation des deux cercles de culture : germanique et français. Mes clients, essentiellement des étrangers, me confiaient des ambassades, des sièges sociaux de sociétés, des hôtels.

 

 

Le passage dans ma vieille maison de Bourgogne de quelques membres de ma famille, et les enfants, avec leurs propres enfants, des mes anciens amis de Berlin, me permet aujourd’hui de garder le contact avec mon pays natal et de parler ma langue maternelle, devenue de plus en plus importante pour moi. Ils sont toujours accueillis avec chaleur dans ce petit village, d’à peine 100 habitants de familles d’agriculteurs. Ils vivent avec plaisir, pendant leurs passages, l’ambiance de la France profonde.

 

Voilà mon parcours à travers les événements du XXème siècle, et qui sont maintenant déjà devenus l’Histoire, mais sont aussi et surtout à la base de notre nouveau monde européen ».

 

Berlin Mur bild

 

Construction du Mur de Berlin en 1960.

 

Sources :

·         Entretiens – Mars – Mai 2012.

·         Université de Magdebourg – www.uni-magdeburg.de

·         Ville de Magdebourg – www.magdeburg.de

·         R.J. Evans, Le Troisième Reich, Flammarion.

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Publié le 8 Avril 2012

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Jacques Vignaud, au collège Henri Matisse d’Issy-les-Moulineaux. Conférence sur la Résistance.

 

Il y a quatre années, le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux rencontrait Jacques Vignaud, qui avait alors raconté son engagement dans la Résistance à l’âge de 17 ans : « Ces adolescents qui prirent tous les risques pour sauver la France ».

Voici une suite de ce récit.

 

Anarchiste républicain.

 

« Je ne fus démobilisé qu’en janvier 1946. Après la poche de Royan – La Rochelle, je fus envoyé sur celle de Lorient. Des armées entières étaient parties pour délivrer le territoire national, et poursuivre la lutte en Allemagne. Pour notre unité, il s’agissait de participer à la gestion des zones de résistance de l’ennemi. Si à Royan, j’étais un fantassin du 93ème RI., à Lorient, on me plaça un camion Bedford tout neuf dans les mains, avec interdiction de prendre à bord des passagers.

 

Je passais donc au milieu de pauvres familles qui rentraient chez elles. Pauvres familles qui s’en revenaient d’un exode parfois de plusieurs années afin de retrouver la terre de leurs aïeux. Une fois, je n’y tins plus et je remplis mon Bedford de passagers. Bien sûr, la police militaire me prit en flagrant délit. Ainsi, après avoir connu la prison en tant que Résistant, je la connus en tant que militaire désobéissant à un ordre que je considérais comme stupide.

 

Cette insoumission était bien dans mon caractère. J’ai toujours été une sorte d’anarchiste. Républicain certes, mais récalcitrant à toute la connerie humaine ! Bref, cela me valut 8 jours d’arrêt de rigueur. Mais j’étais le seul prisonnier à Lorient qui recevait des visites d’habitants de la ville, des paniers plein d’huîtres à mon intention !

 

Déjà quelques temps plus tôt, j’avais agit de la sorte. Les Allemands étaient à la recherche de jeunes gars pour aider les entreprises françaises à construire le Mur de l’Atlantique. J’étais alors garçon de recettes sur les Fêtes foraines. Je fus embarqué de force pour travailler aux ouvrages fameux. Je ne peux pas dire que j’en faisais lourd… Un jour, alors que le chantier était la cible de bombardements « d’avions forteresses » de l’US Air Force, je descendis sous les hangars de protection. Là, un sous-marin allemand était accosté. Ils évacuaient des blessés. Je reportai ce que j’avais vu à quelques camarades le lendemain. Puis je pris l’habitude de les informer régulièrement. On pouvait compter sur mon engagement et ma fidélité à la cause qu’ils défendaient.

 

Tout naturellement, ils me demandèrent quelques mois plus tard de rejoindre le maquis. J’avais 17 ans ».

 

Reporter au Time Life.

 

« Je fus donc démobilisé en janvier 1946. On nous avait donné des papiers pour nous rendre dans des bureaux de recrutement. A Paris, nous reçûmes des enveloppes, au sein desquelles se trouvaient des propositions d’emploi. Nous étions en sortie de guerre, heureux d’être des miraculés. Et tout était possible. J’ouvris. Deux propositions s’y trouvaient : l’une pour Fortune et l’autre pour Time Life. Je rencontrai le directeur de ce journal à Paris. Il me dit : « Si tu sais conduire une jeep, alors je t’engage. Prends cet appareil photo. Prends des photos. Tout ce que tu veux. J’ai besoin que l’on voit Paris après la guerre. Débrouille-toi et bonne chance ! ».

 

J’habitais chez une personne de ma famille à Bezons. Je passais mes journées à travailler, à faire ce que j’appelais pompeusement mes reportages. On m’avait aussi confié le tri de la presse pour préparer des revues pour le correspondant du journal à Paris : Sherry Mc Gan. Enfin, je passais des courriers à un Américain en charge de l’application du Plan Marshall pour la France.

 

A partir du mois de décembre 1946, l’Assemblée nationale fonctionna à nouveau. Vincent Auriol en était le président. Je devais me rendre au Palais Bourbon afin de remettre une invitation à l’’un des ténors de la politique de l’époque, un héros de l’entourage du général de Gaulle : Maurice Schumann. J’avais 20 ans et je rencontrais un personnage important. Je dois confesser que ce n’était pas la première fois que j’étais dans cette situation.

 

Environ deux années plus tôt, alors maquisard, on m’avait demandé d’aller chez l’écrivain Georges Simenon qui s’était installé peu loin de notre campement. Là-aussi, j’étais pétrifié de peur à l’idée de rencontrer un grand homme. Je m’y rendis en voiture à cheval afin de récupérer de l’essence. Je sais tout ce qui a été dit, écrit sur Simenon pendant la Seconde Guerre mondiale : l’engagement de son frère dans la Waffen-SS de Wallonie, son antisémitisme … Etait-il un collaborateur ? Je n’en sais rien. Ce que je peux dire par contre, c’est qu’il m’accueillit – et d’autres maquisard plus tard avec moi – de manière charmante. Il nous fit des chèques pour nous permettre d’acheter des provisions et tout ce dont nous avions besoin. Il nous couvrit de nourriture, de bouteilles…

 

Ainsi, je me trouvai face à Schumann. Nous discutâmes un moment – en fait il me posa des questions et je tentai de répondre – puis me rendit mon invitation marquée de son accord. Mais plus de soixante-cinq années après, je n’ai pas oublié une seule seconde de cette visite. Je vois encore son regard. Deux petits yeux derrières des lunettes à gros foyers de myope. C’était quand même un événement».

 

Au hasard de rencontres.

 

« Au hasard d’une rencontre puis d’une amitié, un chef d’entreprise me confia un poste au sein d’une unité industrielle dans la chimie. Je devins coloriste et travaillai dans ce métier pendant près de 10 ans, alors qu’au départ je n’avais bien entendu aucune formation.

 

Dans le même temps, je me passionnai pour mon activité bénévole au sein des Auberges de Jeunesse. Je gravis tous les échelons pour atteindre le poste de secrétaire général national. C’est d’ailleurs au cours d’une réunion internationale en Suède que je découvris celle qui allait devenir mon épouse. Une jeune femme thaïlandaise qui représentait les Auberges de tout le sud-est asiatique.

 

Je repris pendant près de trois ans mon travail de journaliste et je devins l’un des correspondants de la revue Selection du Reader Digest entre 1963 à 1966. Enfin, et jusqu’en 1992, je travaillai chez Linguaphone France ou je fus le chef des ventes nationales. Tout en conservant des activités annexes, bien sûr. Au cours de ces dernières années, entre le militantisme politique, l’engagement au conservatoire d’Issy-les-Moulineaux ou dans l’administration du collège Henri Matisse, je n’ai jamais cessé en fait d’être en activité. Cela conserve !».

 

 

Entretiens réalisés en janvier 2012, à la brasserie Les Colonnes, à Issy-les-Moulineaux.

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Publié le 4 Juillet 2011

debarquement normandie

 

 

Fête de l’indépendance.

 

Le 4 juillet marque la fête nationale des Etats-Unis. Il s’agit de l’ « Independance Day » qui commémore la Déclaration d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique en 1776. Depuis cette période, où le royaume de France avait envoyé une armée de 15.000 hommes, qui œuvra considérablement pour la victoire finale des Américains, les deux pays sont alliés.

 La Première Guerre mondiale apporta une preuve éclatante de cette alliance, et le débarquement du 6 juin 1944 la conforta encore une fois. Ce jour-là, près de 175.000 soldats américains, canadiens, anglais, polonais et les Français du commandant Kieffer débarquèrent sur les plages de Normandie.

 

Etre à Omaha Beach.

 

Angelo Marsella est né le 28 mars 1925 dans la ville de Philadelphie, en Pennsylvanie (USA). A l'âge de 18 ans en 1943, il décide de s'engager dans la Marine.

 

« Après avoir reçu mon diplôme de la base d'entraînement de Bainbridge, j'ai reçu l'ordre de me présenter à l'Amphibious Naval Base située à Solomons dans le Maryland, pour y suivre de nouveaux entraînements maritimes. Par la suite, j'ai été envoyé à bord d'une embarcation de débarquement pouvant transporter plusieurs chars (NB : des LST – Landing Ship Tank). Il s’agissait du 281.

 

Basé dans différents ports du Sud de l'Angleterre, le 281 fut engagé dans de nombreux exercices de débarquement préparant l'invasion par les côtes françaises. A la fin mai 1944, le 281 avait terminé sa période d'exercices. Nous avions alors reçu un grand nombre de personnels militaires supplémentaires et parmi eux se trouvaient : le Lieutenant Mitchell Jamieson (artiste peintre de la Navy), 2 médecins de la Navy, 25 assistants pharmaciens, des plongeurs-démineurs, et des soldats avec leur équipement. Le Lieutenant Jamieson a organisé des simulations de transport de blessés dans les quartiers de l'équipage.

 

Le 2 juin 1944, le 281 jeta l'ancre dans la Dart River en compagnie d'autres L.S.T., où nous avions attendu le signal d'invasion. Nous savions que l'invasion débuterait le 5 juin. Puis nous fîmes route en dehors du port de Dartmouth, avec 2 destroyers américains, 2 vedettes de sauvetage américaines et d'autres L.S.T. Puis nous furent mis au courant du retardement de 24 heures de l'invasion et nous fîmes des cercles dans la Manche

 

Le 6 juin 1944, vers 3 heures du matin, le 281 atteignit la zone prévue ; nous étions à environ 6 miles des côtes Normandes. A 3 heures 30, l'équipe de plongeurs-démineurs descendit le long de la coque du L.S.T. au moyen des filets. Leur travail était de localiser et de déplacer les obstacles submergés. Du fait de la présence de ces plongeurs-démineurs sur le bord du 281, 4 autres L.S.T prirent la tête du convoi, derrière les dragueurs de mines qui dégageaient une voie pour les bâtiments de l'invasion. En dehors de la voie dégagée par les dragueurs, la mer était infestée de mines allemandes

 

La nuit du 6 juin, nous n'étions pas ancrés très loin de la côte normande et heureusement pour nous, un navire Britannique nous prévint que nous avions perdu notre ancre, que nous dérivions vers un champ de mines et qu'il nous fallait trouver un nouvel endroit où ancrer.

 

Une fois les plongeurs-démineurs partis, nous reçûmes l'ordre de nous diriger vers Utah Beach. L'activité à bord du 281 devenait soudain de plus en plus importante, tout comme notre peur. Mon poste de combat se situait à l'avant bâbord, à la mitrailleuse de 20 millimètres. Je pouvais voir les balles traçantes et entendre les tirs d'armes automatiques tout autour de nous.

 

Le 281 approchait de plus en plus de la plage d’Utah Beach. C’est là que j'ai vu de nombreux corps de soldats américains flotter dans l'eau, ainsi que plusieurs épaves. Ce fut une terrible chose pour moi d'être le témoin d'une telle scène. Cela m'a beaucoup perturbé, et aujourd'hui encore, je peux toujours voir ces soldats flottant dans l'eau. A ce moment précis, j'étais en état de choc. Je me sentais concerné par la mort de ces hommes. Je me souviens avoir dit à mon compagnon de bord : mais qui va leur venir en aide ? Puis je me suis souvenu que les deux vedettes d'assistance qui nous accompagnaient avaient la responsabilité de récupérer ces soldats, qu'ils soient morts ou vivants.

 

Au loin, je vis deux éclairs monter dans le ciel, et sur ma gauche, le navire de guerre U.S.S. Nevada ouvrir le feu en direction de la côte ennemie avec ses canons de 400 millimètres. A ce moment, nous étions très proche de Utah Beach, mais nous reçûmes l'ordre du Bataillon de plage de ne pas accoster directement sur le sable, mais de débarquer notre transport en mer. Durant les premières heures, nous débarquâmes les hommes et le matériel que nous avions transporté depuis l'Angleterre. Avec la présence de nombreuses vagues, la tâche n'était pas facile. Ce débarquement causa beaucoup de dégâts à notre navire et un certain nombre des hommes d'équipage fut légèrement blessé.

 

Une fois la cargaison en hommes et en matériel débarquée, le 281 se transforma en un navire hôpital auxiliaire. Les premiers blessés que nous avions embarqués provenaient du dragueur Osprey. Il avait heurté une mine. L'U.S.S. Correy, l'un de nos navires d'escorte, avait également touché une mine. Les survivants de ces deux bâtiments étaient sévèrement brûlés. Je me souviens que certains des soldats que nous avions embarqués étaient très gravement touchés. Je peux décrire un de ces soldats, qui avait été touché de manière très violente à la tête.

 

Les navires de guerre tiraient toujours en direction de la plage. Au-dessus de nos têtes, une importante quantité d'avions alliés volait en direction du rivage ennemi. L'équipe médicale et les membres d'équipage du 281 firent de leur mieux pour que les blessés aient un voyage confortable jusqu'en Angleterre.

 

Le 9 juin, le 281 quitta à nouveau le port de Southampton avec à son bord un transport complet de soldats américains équipés. Une fois notre L.S.T. au sec, je marchai sur la plage avec quelques uns de mes camarades et j'y vis plus de corps et d'épaves que sur Utah. Nous en parlâmes avec des soldats américains présents sur la plage. Ils m'assurèrent qu'ils s'occuperaient des corps des soldats tués. Nous leur avions également parlé des corps de soldats allemands morts que nous avions vus dans le secteur de la plage. Ils nous répondirent qu'ils seraient juste recouverts de terre par des bulldozers.

 

Globalement, durant cette période, le 281 a effectué 5 voyages pour acheminer des renforts en hommes et en matériel. Beaucoup de choses se sont passées le Jour J, mais voilà ce dont je me souviens. »

 

 

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