seconde guerre mondiale

Publié le 11 Septembre 2008

Le Stand de Tir - 1/3

En novembre 2003, le journal d’Issy-les-Moulineaux Point d’Appui publiait un article d’appel à témoin afin d’en savoir plus sur un lieu oublié de la Résistance : le Stand de Tir.

 

La contribution du général Jean-Claude Ichac, les recherches de notre Comité et le livre d’Adam Rayski (édition de la Direction Générale de l’Information et de la Communication de la mairie de Paris), qui fut l’un des fondateurs du CRIF et qui nous a quitté en mars dernier, nous permettent d’exposer aujourd’hui les éléments ci-après en 11 points. 

Retrouvez les illustrations (extraits du livre d’Adam Rayski, Notes de l’armée de l’Air, plaque commémorative…) dans l’album de photographies intitulé : « Stand de Tir ».
 

1 – Création du Stand de Tir :

 

Le Stand de Tir de Balard fut créé en 1938 sur les terrains de l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique. Il était destiné à l’entraînement des jeunes militaires. Les policiers venaient également s’y entraîner. Nous n’avons pas trouvé les raisons qui expliquent le choix de l’emplacement. Le Stand de Tir comportait deux pas de tir : le premier à 200m et le second à 50m.

 

2 – Lieu d’implantation :

 

Le lieu d’implantation du Stand de Tir a fait couler beaucoup d’encre. Etait-il sur la commune de Paris ou d’Issy-les-Moulineaux ? Les deux serions-nous tenté d’écrire. En fait, le Stand de Tir fut bâti sur l’ancien Champ de Manœuvres, endroit fort connu des anciens isséens, et qui fut berceau de l’aviation. Ce camp d’essais était situé à cheval sur les deux communes actuelles.

 

La localisation exacte du Stand de Tir, comme le montre les plans et les photographies présentées dans l’album « Stand de Tir » le situent juste au-dessus de l’actuel boulevard périphérique, à gauche de l’avenue de la Porte de Sèvres, quand on vient d’Issy. Plus précisément, il se situait sur la parcelle Ouest (dénommée également Parcelle A par les services de la Direction de l’Infrastructure de l’Armée de l’Air).

 

Un plan de 1963 montre également que le Stand de Tir se situait au sud des Services Techniques de la Marine Nationale.

 

 

3 – L’occupation allemande de 1940 et 1941 :

 

Après l’invasion de mai 1940, l’ensemble des bâtiments du ministère de l’Air et ceux jouxtant ce ministère, sont occupés par la Lutwaffe. L’armée et la police allemande s’installent dans plusieurs endroits de la capitale (hôtels, casernes, bâtiments administratifs) ; le plus célèbre étant l’hôtel Meurice sur la rue de Rivoli.

 

Depuis 1939, la police allemande est composée de la Geheime Staatspolizei (Gestapo – police secrète d’Etat) et du Sicherheitsdienst (SD – Service de Sécurité) de la SS (Schutzstaffel – initialement chargé de la protection du Führer, Adolf Hitler, puis devenu véritable Etat dans l’Etat). L’ensemble porte le sigle RSHA (Reichssicherheitshauptamt – Direction de la Sécurité du Reich).

 

Au départ, la Résistance française se manifeste principalement à l’extérieur, sous l’égide du général de Gaulle. C’est cette puissance qu’on appelle la France Libre, composée des Forces Françaises Libres. Peu à peu, d’abord sous forme d’actions de renseignement avant de passer à des actions de sabotage, d’exécution ou de signes contre l’Allemagne nazie, la Résistance française se montre également à l’intérieur du territoire national, que ce soit en Zone Occupée ou en Zone Libre.

 

 

4 – Le « tournant » de 1942 :

 

1942 marque un tournant. Il s’agit de la conjonction de la nomination d’un nouveau chef pour la police allemande, la collaboration accélérée et systématique de la police française et l’unification de la Résistance française par le préfet Jean Moulin, donc des actions de plus en plus visibles.

 

4.1 – L’application du décret d’Adolf Hitler :

 

Le 9 mars 1942, Adolf Hitler signe un décret qui dote la France d’un Chef suprême des SS et chef de la police, en la personne de Karl Oberg. Ce chef est en outre chargé d’organiser les rapports avec la police française.

 

Dès le mois d’avril, la Gestapo s’introduit en Zone Libre et commence ses enquêtes. Le décret entre en application en mai ; en juin, Karl Oberg prend ses fonctions (identiques à celles d’Himmler en Allemagne) et s’installe boulevard Lannes. Sous son commandement, deux entités sont créées : le BdS (Befehlshaber der Sicherheitspolizie und des Sicherheitsdienstes – 2.500 hommes), dont le quartier général se trouve avenue Foch (Helmut Knochen en est le directeur), et l’Ordnungspolizei (ORPO, de l’ordre de 2.400 hommes), dont le chef est von Schweininchen et qui s’installe rue de la Faisanderie.

 

En juillet 1942, Karl Oberg rencontre René Bousquet, Secrétaire général de la police française depuis le mois d’avril. Ils se mettent d’accord pour collaborer. Adam Rayski, dans son ouvrage Au Stand de Tir en reprend les éléments principaux :

 

1 - « Autant que possible, communication au préalable au Secrétaire Général à la Police, de toutes les mesures de principe qui touchent le travail commun.

2 - Communication à la Police française, des instructions d’ordre général, par la voie administrative française, pour autant que l’urgence ne s’oppose pas à cette réglementation, et ceci pour obtenir une direction unifiée et énergique de la Police française.

3 - Collaboration étroite entre les Commandants de la Police de la Sûreté, les Commandants des S.S., les préfets régionaux et les services subalternes de la police, pour l’exécution de toutes les mesures policières.

4 - Il est posé en principe que les mesures de représailles (exécutions et déportation) seront exercées, à l’avenir, seulement à l’égard des personnes qui n’auront été ni désignées par la police française aux services dépendant du Commandement des S.S. et du Chef de la Police, ni arrêtées par elle.

5 - Poursuite, par les autorités françaises, des délits politiques qui ne sont pas dirigés directement contre les intérêts du Reich allemand.

6 - Armement meilleur de toute la police française.

7 - Création de groupes mobiles de réserve.

8 - Création d’écoles pour augmenter le rendement et la puissance de choc dans la lutte contre les ennemis communs ».

 

De plus, dans une ordonnance, Karl Oberg écrit : « J’ai constaté que ce sont souvent les proches parents d’auteurs d’attentats, des saboteurs et des fauteurs de troubles, qui les ont aidés avant ou après leur forfait. Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères non seulement les auteurs mais aussi, au cas où ils seraient en fuite, les familles des criminels s’ils ne se présentaient pas dans les dix jours à un service de la police allemande ou française. En conséquence, j’annonce les peines suivantes :  

1 - Tous les proches parents masculins, les beaux-frères et cousins des fauteurs de troubles au-dessus de l’âge de dix-huit ans seront fusillés.

2 - Toutes les femmes parentes au même degré, seront condamnées aux travaux forcés.

3 - Tous les enfants de toutes les personnes ci-dessus âgés de moins de dix-huit ans seront confiés à une maison de redressement. »

 

 

4.2 – La réorganisation de la police française :

 

René Bousquet a donc été nommé Secrétaire général de la police en avril 1942. Il commence par la réorganiser ainsi :

 

- La loi du 23 avril 1941 créé la police nationale avec trois sections :

    - La Sécurité publique pour le corps de police urbains.
    - La police judiciaire (connue sous le nom de son sigle – PJ).
    - Les Renseignements généraux (RG).

 

- Dissolution de la police anti-juive et son remplacement par les Brigades Spéciales (BS) des Renseignements généraux : 10 % des effectifs de chaque commissariat est dédié à la traque des ennemis du régime : dissidents, prisonniers évadés, juifs, résistants, puis, plus tard, les réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire).
- Création des Groupes mobiles de réserve (GMR, dont l’idée sera reprise plus tard au moment de la création des CRS – Compagnies républicaines de sécurité). Enfin, une école de la police nationale est ouverte à Lyon. Plus tard, l’ensemble du dispositif sera complété par l’ajout de la Milice, mise au point par Joseph Darnand.

Avec son adjoint Jean Leguay, René Bousquet va ouvrir la voie à la collaboration active avec Karl Oberg. Les conséquences immédiates de cette collaboration sont :

 

1 - Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy, annonce à la radio la mise en place de la « Relève », qui engendrera le STO : pour trois travailleurs français partant en Allemagne, aider à l’effort de guerre, un prisonnier de l’Armée française sera libéré. « Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le bolchévisme s’installerait partout » ajoute-t-il.

2 - La Rafle du Vel’ d’hiv – juillet 1942 au Vélodrome d’Hiver à Paris, situé à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton – où 12.884 juifs sont rassemblés avant d’être envoyés vers les Camps de la mort.

3 - Une chasse active envers tous les « terroristes » qui œuvrent contre les intérêts du Reich et de ses alliés.

4 - La trahison de l’Etat français à l’encontre des populations juives de la Zone libre : Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy fait livrer des milliers de juifs réfugiés dans cette zone.

 

Il faut ajouter que la rue Lauriston, donc à quelques encablures de Balard, abritait la Carlingue, officine dirigée par l’ancien policier Jacques Bonny et son adjoint, Henri Lafont, et qu’à ce moment-là, elle va considérablement aider les Allemands dans la traque des Résistants et des « terroristes ».

 

 

4.3 – L’unification et l’intensification des actions de la Résistance française :

 

Dans l’ouvrage La France au combat (éditions Perrin), Georges Caïtucoli, ancien de la France Libre, écrit ceci : « Au début de 1942, la Résistance est sortie de la phase initiale caractérisée par la multiplication d’initiatives isolées et fragiles. »

 

Des groupes comme Libération-Nord, l’Organisation Civile et Militaire, Front National s’organisent et font parler d’eux en Zone Occupée. D’actions de contestations (placardage d’affiches, mise en point de journaux clandestins), elles se transforment en acte de sabotage et d’assassinats, même si le total de 200 soldats allemands tués dans toute l’année 1942 peut apparaître comme infime.

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Publié le 18 Juillet 2008

Les photographies ci-dessous, d’août 1944 à Issy-les-Moulineaux,  nous ont été aimablement prêtées par la section locale de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), présidée à Issy par Monsieur Guy Ducoloné.

 







Même s’il n’est pas dit que des membres des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) soient présents sur ces photographies, il convient de rappeler ce qu’elles furent.
Il s’agit du nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, les Francs tireurs partisans français (FTPF), l’Organisation de résistance de l’armée.
L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). Les FTP-F (Francs tireurs partisans puis Francs tireurs et partisans français) représentent un mouvement de résistance armée, conçu par le Parti communiste français, à la fin de 1941, après l'invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes (depuis 1939 et le Pacte germano-soviétique, le PCF est interdit). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.
En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Chapeautant cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud. 
Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas). 
Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris. 
Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

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Publié le 18 Juin 2008

 

 

 

 

 

De l’Appel du 18 juin 1940, alors que la France s’apprête à demander l’armistice à l’Allemagne du IIIème Reich, à l’allocution prononcée le 15 mai 1945 devant l’Assemblée consultative provisoire, au lendemain de la victoire sur cette même Allemagne, voici des extraits de deux discours fondamentaux de Charles de Gaulle.

 

* * *

 

L’Appel du 18 juin 1940 :

 

« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres. »

 

* * *

 

Discours devant l’Assemblée constituante, le 15 mai 1945 :

 

Créée par l’ordonnance du 24 septembre 1943, l’Assemblée consultative regroupe des représentants de la Résistance et d’anciens parlementaires. Cette assemblée siège auprès du Comité français de libération nationale. Après la Libération, en 1944. L’Assemblée va siéger un temps à Paris. Les phrases ci-dessous ont été prononcées à l’occasion de l’allocution du général de Gaulle, le 15 mai 1945, devant cette assemblée.

 

« Mesdames, Messieurs,

 

La victoire est aux dimensions de la guerre. L'Allemagne, entraînée jusqu'au fanatisme dans le rêve de la domination, avait voulu que matériellement, politiquement, moralement, la lutte fût une lutte totale. Il fallait donc que la victoire fût une victoire totale. Cela est fait. En tant qu'État, en tant que puissance, en tant que doctrine, le Reich allemand est complètement détruit. Une fois de plus, il est prouvé que pour un peuple, si résolu et puissant qu'il soit, l'ambition effrénée de dominer les autres peut arracher des succès plus ou moins éclatants et plus ou moins prolongés, mais que le terme est l'effondrement. (…) 

Qu'on se rappelle les faits d'armes par quoi des unités héroïques, et dont le mérite et la gloire sont parmi les plus grands de notre Histoire militaire, ont, seules, porté en Érythrée, en Libye, en Orient, au Fezzan, sur toutes les mers et dans tous les ciels, l'honneur des armes de la France et relié ainsi le passé avec l'avenir ! Qu'on pense aux grands combats de Tunisie et d'Italie, où nos armées renaissantes jouèrent un rôle si glorieux et si efficace. Qu'on songe à la gigantesque bataille de France, où nos forces ne cessèrent pas de frapper chaque jour plus fort que la veille, soit qu'elles vinssent de l'Empire, pour briser, côte à côte avec nos alliés, toutes les défenses allemandes depuis la Méditerranée ou la Manche jusqu'au Rhin, soit qu'elles se fussent secrètement, douloureusement, formées à l'intérieur de la Métropole, afin de paralyser par mille actions de détail tout l'ensemble des communications ennemies. Qu'on se représente la ruée finale et victorieuse où nos armées, définitivement soudées, chassèrent devant elles au cœur de l'Allemagne, puis en pleine Autriche, l'adversaire en déroute, ou bien débouchèrent des Alpes dans la plaine piémontaise, ou bien firent capituler l'ennemi retranché tout le long de la côte atlantique. Mais qu'en évoquant ces actions glorieuses qui, du premier jusqu'au dernier jour, ont nourri la fierté et l'espérance de la patrie, on imagine en même temps, l'immense et inlassable effort d'organisation, d'adaptation, de discipline, qui fut déployé depuis le haut jusqu'en bas, pour reforger pièce à pièce au moyen d'éléments si divers et si dispersés, au milieu de tant de déboires ou de retards d'armement et d'équipement, l'instrument militaire de notre guerre ! (…)

 

Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines, marins noyés que bercent pour toujours les vagues de l'océan, aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre, combattants de la Résistance tués aux maquis et aux poteaux d'exécution, vous tous, qui à votre dernier souffle, avez mêlé le nom de la France, c'est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l'effort, cimenté les résolutions. Vous fûtes les inspirateurs de tous ceux et de toutes celles qui, par leurs actes, leur dévouement, leurs sacrifices, ont triomphé du désespoir et lutté pour la patrie.

Vous avez pris la tête de l'immense et magnifique cohorte des fils et des filles de la France, qui ont, dans les épreuves, attesté sa grandeur, ou bien sous les rafales qui balayaient les champs de bataille, ou bien dans l'angoisse des cachots, ou bien au plus fort des tortures des camps de déportation. Votre pensée fut, naguère, la douceur de nos deuils. Votre exemple est, aujourd'hui, la raison de notre fierté. Votre gloire sera, pour jamais, la compagne de notre espérance. (…) »

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Publié le 7 Juin 2008

Avril 2008, allée des Cîteaux à Issy-les-Moulineaux. Nous nous installons dans la salle à manger de Mr et Mme Robert Dubot, isséens depuis le début des années 1970. 

De père breton et de mère Normande, Robert Dubot a vécu sa prime enfance à Nanterre. A seize ans, il entre comme ouvrier à l’usine Guillery de La Garenne Colombes où il fabrique des masques à gaz. La guerre vient d’être déclarée et de nombreuses entreprises se sont converties à l’effort de défense.

 

 

  

 

Robert Dubot, en 1944, au moment de son engagement.

« Dès l’arrivée des Allemands, indique Robert Dubot, dans beaucoup d’entreprises, il était déjà question d’envoyer des volontaires en Allemagne. J’ai dit non ! Pas question d’aller soutenir les nazis. Mon père avait fait la Grande guerre, celle de 14. Et il gardait une rancune tenace vis-à-vis des compatriotes de Goethe. Je n’ai fait que suivre l’exemple paternel. Par la suite, au sein d’autres entreprises, j’ai toujours refusé. J’ai quitté la Région parisienne. J’ai été embauché dans une ferme du côté de Chartres – avec l’un de mes frères (je suis l’aîné d’une famille de six enfants) qui connaissait bien l’endroit pour y avoir travaillé quelques temps auparavant. Là encore, mon patron me conseilla d’aller en Allemagne. Le STO (Service de Travail Obligatoire) avait été édicté par l’Etat français de Vichy en juin 1942 et tous les jeunes devaient s’y soumettre. Envoyer trois ouvriers en Allemagne permettait à un prisonnier de guerre français de rentrer plus rapidement. Les « Fridolins » nous l’expliquaient aussi : aux ordres de la Kommandantur, régulièrement, avec les camarades nous étions réquisitionnés pour boucher des trous de bombes, réparer des dégâts faits par la Résistance. Puis, sur insistance de mon patron, je finis par passer le conseil de révision. « Bon pour l’Allemagne » me répondit-on. Et, je quittai la ferme. A Chartres, je devenais réfractaire une nouvelle fois. Je rentrai chez mes parents à Nanterre, et j’intégrai un sous-traitant des Chemins de Fer, ou je fus d’abord cantonnier sur les voies puis ouvrier. » 

A plusieurs reprises, Robert Dubot assiste aux bombardements sur Paris et sa couronne : « Le premier auquel j’ai assisté, c’était à Achères. Nous étions proches du pont de Sartrouville qui fut bombardé par erreur. L’objectif – je l’ai appris après – c’était le pont de Poissy. Des morts partout. C’était affreux. Et là, à quelques mètres de moi, un corps sans vie. Celui d’une petite gosse, qui tenait encore sa poupée dans ses bras. Et le plus horrible était que ce corps n’avait plus de tête. Plus tard, ce fut à Versailles. Nous prîmes un train qui partit en second sur la voie car notre locomotive avait été sabotée par des maquisards. Nous arrivâmes vers Versailles au moment où la gare des Chantiers était bombardée par l’aviation canadienne. Aux ordres des Allemands, nous descendîmes du train : perception des pelles et des équipements pour déblayer les corps de tous les malheureux qui venaient de perdre la vie, sous des bombes qui auraient dû être amies. Une autre fois encore, ce furent les pistes d’un aérodrome allemand, caché au cœur des bois de Verrière que nous vîmes partir en fumée. Ce jour-là, la gare de Verrière et l’école de Saint-Cyr, bien sûr avec des enfants, disparurent aussi. 

C’en était trop. En août 1944, je me rendis à la caserne du pont de Saint-Cloud pour intégrer le 5ème Génie de Versailles. « Pour la durée de la guerre » selon la formule consacrée. Après des classes à Tours, nous fûmes transportés en train jusqu’à Lunéville, au front. C’était en janvier 1945. 

Nous fûmes ensuite dirigés vers Saverne. Notre compagnie était chargée de réaliser des actions de déminage – bien souvent à la baïonnette – et les reconstructions des ponts et des voies de chemin de fer. Nous travaillions à l’époque en étroite relation avec la 2ème Division Blindée de Leclerc et les Américains du général Patton.


Prise de drapeaux au IIIème Reich, janvier 1945.

Nous vécûmes les libérations de Colmar et de Strasbourg. Par la suite, nous intégrâmes la 1ère Armée de Lattre de Tassigny. Là, sur la fin de la guerre, nous fumes envoyés en Autriche, à Lengen et Saint Tanton. Et c’est à cet endroit que je reçus une balle dans le bras gauche. Certainement un milicien autrichien qui tentait de récupérer des armes que nous nous apprêtions à confisquer. Je fus évacué sur un hôpital d’Aix-les-Bains et je terminai ma convalescence chez mes parents à Nanterre. Rattaché à la caserne parisienne de Dupleix, je demandai à passer mes permis. Ce qui me fut accordé sans grande difficulté. Je retournai à Strasbourg. Mes camarades m’accueillirent avec joie. Je leur expliquai qu’après mûre réflexion, j’avais choisi de ne pas rester au sein de l’armée. L’obéissance aveugle n’était décidément pas mon truc. Je quittai l’armée.
Après la guerre, je commençai par me marier. Avec mon épouse, nous avons eu deux filles. Et puis j’ai intégré un bon nombre de sociétés à commencer par Gabriel Voisin, à Issy-les-Moulineaux, puis se furent les Blanchisseries Métropole de Boulogne, Citroën et la Snecma, où je passai plusieurs échelons, d’ouvrier de base à chef d’équipe. Et ce, jusqu’en 1982, pour prendre ma retraite ».

 Près de la frontière allemande, à Dusenheim, 1945.

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Publié le 15 Mai 2008

Le jeudi 8 mai 2008, comme dans toutes les communes de France, Issy-les-Moulineaux a célébré l’armistice de la Seconde Guerre mondiale. Mais la date réelle était-elle le 7 ou le 8 mai 1945 ?

Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se suicide dans son bunker de Berlin. Il est accompagné dans sa mort par son épouse, Eva Braun et toute la famille Goebbels. Sur tous les fronts, l’Allemagne nazie est anéantie. Les combats ont lieu dans la capitale même du Reich. Il convient au successeur désigné par Hitler, l’amiral Doenitz de demander un armistice sans conditions aux puissances alliées. Pour se faire, il envoie le chef d’Etat-major de la Wehrmacht, Alfred Jodl, à Reims, au quartier général des forces alliées du général Dwight Eisenhower, où la capitulation est signée le 7 mai (les locaux ont été installés dans le grand bâtiment de briques rouges de l’Ecole professionnelle de Reims). Sont signataires : le général Walter Bodell Smith, chef d’Etat-major d’Eisenhower, le général soviétique Ivan Sousloparov. Le général français François Sevez, chef d’Etat-major du général de Gaulle est convié comme simple témoin.

Mais Staline veut plus. Pour lui, la capitulation allemande doit être signée à Berlin, au cœur même du IIIème Reich, qui se trouve être également occupée par les troupes de l’Armée rouge. Les Alliés vont se plier à la demande russe et la capitulation est de nouveau signée le 8 mai à Berlin. Une différence notable intervient : convaincu par de Gaulle, qui explique que la Seconde Guerre mondiale n’est que la suite d’un conflit qui a commencé en 1914, Churchill accepte la présence des Français à la cérémonie de signature.

Les signataires sont cette fois-ci : le Soviétique Joukov, l’Américain Spaatz, l’Anglais Tedder, le général français Jean de Lattre de Tassigny, chef de la 1ère Armée, et le maréchal allemand Keitel. Mais la présence française ne va pas sans remarques de la part des Alliés comme des ennemis. Ainsi, à la demande de Lattre de Tassigny de voir figurer un drapeau de la France à côté du drapeau britannique, celui-ci se fait vertement remettre à sa place par un délégué anglais qui lui dit : « Et pourquoi pas le drapeau chinois ? ». Plus tard, le maréchal allemand Keitel apercevant le même général de Lattre s’exclame : « Ah ! Il y a aussi les Français. Il ne manquait plus que cela ! ».




Le maréchal Keitel, à Berlin, le 8 mai 1945, entouré des représentants de la Wehrmacht (document ECPAD).

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Publié le 10 Mars 2008

Décembre 2007. Nous rencontrons le Commander Alexander Tesich, dans son bureau de Président de l’association « Veterans of Foreign Wars of the United States » de la Maison du Combattant, rue du général Leclerc à Issy-les-Moulineaux. 

L’un des chapitres les plus sombres et les plus complexes de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulé dans les Balkans, à partir de 1941. 

A cette époque, la situation dans cette partie de l’Europe, et plus particulièrement en Yougoslavie, est confuse. Pour tenter d’en comprendre les tenants et les aboutissants, il convient de revenir un quart de siècle en arrière. 

A la fin de la Première Guerre mondiale, sur les cendres de l’Empire Austro-hongrois, et sous l’impulsion de l’énergique roi des Serbes, Pierre 1er, un Royaume commun des Serbes, Croates et Slovènes est constitué. Cette création correspond aux résultats des conférences préparatrices du Pacte de Saint-Germain-en-Laye de 1919 : récupération par la Serbie des territoires non promis à l’Italie (Pacte de Londres de 1915), et qui rassemblent les populations croates et slovènes. Fondation d’un royaume avec stricte égalité entre tous les peuples le composant.  

Mais dès cette création, des tensions apparaissent, d’un côté, entre les Croates et les Slovènes, à majorité catholique, défenseurs d’une approche fédéraliste d’inspiration allemande, et d’un autre côté les Serbes, orthodoxes, et favorables à un centralisme jacobin, d’inspiration française. 

Néanmoins, l’union est réussie. Malade, Pierre 1er passe le flambeau à son fils, le roi Alexandre 1er. Dans un premier temps, le monarque cherche à apaiser les nationalismes et les tendances séparatistes ; puis, au début des années 1930, cette politique, consensuelle, dérive vers un dirigisme de plus en plus accentué. En 1934, le roi Alexandre 1er est assassiné, au cours d’un voyage à Marseille, par un extrémiste macédonien (la majeure partie de la Macédoine est intégrée à la Serbie). Pierre II, fils d’Alexandre 1er, âgé seulement de 11 ans, monte sur le trône, sous la régence du prince Paul, cousin du roi. Les régimes dictatoriaux qui voient le jour au cours de ces années-là, en Europe, favorisent l’émergence de partis nationalistes. Le prince Paul finit par céder aux pressions intérieures de son royaume, à l’influence de l’Allemagne et de l’Italie, et signe, le 25 mars 1941, le Traité Tripartite, pensant soustraire son pays à la guerre. Pourtant cette décision affaiblit en Serbie la popularité du prince. Le général Simovic réalise un coup d’Etat, exile le prince Paul et donne un pouvoir absolu au roi pro-allié Pierre II. C’en est trop pour Adolf Hitler qui, prétextant un refus des Serbes d’accorder un corridor à la Wehrmacht pour envahir la Grèce, attaque Belgrade. 

Le Commander Tesich : « Il faut bien imaginer des Croates accueillant les soldats allemands avec des fleurs et nous – notre armée n’ayant pas tenu plus de deux semaines – nous étions abasourdis d’une défaite aussi lourde, aussi rapide. Après la première attaque de l’aviation allemande, il y eut un parachutage sur le palais royal à Belgrade. La panique était totale. En fait, il s’agissait de poupées de grande taille dans le but de faire diversion. Ensuite, les Stukas multiplièrent les bombardements». 

Dès lors, en Croatie, fidèle à ses inspirations ultranationalistes, un Etat indépendant est créé, dirigé par les Oustachis, avec à sa tête Ante Pavelic. En Serbie, la vie politique est bouleversée : après le départ du roi Pierre II pour Londres, et pour avoir la paix et faire régner l’ordre, les Allemands demandent au général Milan Nedic de former des gardes-frontières, pour que les Croates ne rentrent pas en Serbie (ce qu’ils ont fait en Bosnie, massacrant les ressortissants serbes). Peu à peu, un gouvernement autour de Nedic se forme. Et trois groupes de résistance s’organisent : les divisions de l’Armée serbe qui n’ont pas encore déposé les armes, fidèles au roi Pierre II et regroupés autour du général Draza Mihajlovic. L’armée de Mihajlovic – donc le premier groupe – collabore, plutôt secrètement, avec le gouvernement de Nedic. Deuxième groupe : les soldats de Dimitrije Ljotic, ultranationalistes, alliés des Allemands et qui vont combattre aussi bien la Garde nationale serbe de Nedic que les soutiens de Pierre II. Enfin, troisième groupe, les communistes, ayant parfois appuyé les Allemands au moment du pacte Germano-soviétique, sous la direction de Josip Broz Tito, Croate, et qui vont, ensuite, lutter contre ces mêmes Allemands et les autres groupes serbes. La Yougoslavie  de 1941, c’est à la fois une invasion par les pays de l’Axe et une guerre civile. 

« J’avais 14 ans, reprend le Commander Tesich. Je n’avais peur de rien. Et j’ai, moi aussi, pris les armes pour défendre mon pays contre les Allemands. Les atrocités commises par les SS et la Wehrmacht ont été fort nombreuses. L’une des plus célèbres – et macabres – demeure sans conteste l’affaire de Kragujevac : après une attaque de Serbes contre eux, 6.000 enfants de cette ville ont été  enfermés dans les écoles puis fusillés. Il y a peu encore, un panneau interdisait l’entrée de la cité à tous les ressortissants allemands. Pratiquement, en ce temps-là, on ne savait plus qui soutenait qui. Tout le monde était soupçonnable. Nous combattions les hommes de Ljotic, les Allemands, les communistes, qui voulaient une Yougoslavie républicaine pour notre pays quand nous préférions le rétablissement du royaume. » 

Au début de cette guerre civile, les Alliés jouent la carte de Mihajlovic. De Gaulle en particulier, qui a été compagnon du Serbe à Saint-Cyr et l’a décoré, à Londres, de la Croix de Guerre pour des faits de résistance à l’Allemagne Nazie. Mais après les conférences de Téhéran en 1943 puis Yalta en 1945, et grâce à l’appui logistique de l’Armée rouge, les Partisans communistes de Tito bénéficient, à leur tour, du soutien des Alliés, au premier titre desquels il convient de citer les Anglais. 

« Dès le début de 1944, notre sort est joué. Grâce aux armes fournies par l’Union soviétique, les Partisans libèrent des villes et des régions de l’emprise nazie. De fait, ils obtiennent le soutien des populations civiles. Mais ces femmes et ces hommes avaient-ils le choix ? Ensuite, les soldats de Ljotic apprennent que nous collaborons avec ceux de Nedic. Nous sommes dénoncés à la Wehrmacht. Les hommes de Nedic, qui jusque-là nous livraient des armes allemandes, nous envoient des armes françaises et hollandaises (à la demande des Allemands). Nos munitions serbes et allemandes ne pouvant fonctionner, nous voilà condamnés. Partout nous reculons. Nous finissons par nous réfugier en Slovénie et en Italie. De là, comme beaucoup des mes camarades, je m’expatrie pour les Etats-Unis (d’autres partent pour l’Australie ou le Canada), où je suis rapidement recruté pour travailler dans une usine du New-Jersey. Puis je m’engage dans l’Armée américaine (US Air Force). Je complète ma formation pendant quelques temps puis suis muté sur la base d’Orly où je resterai aviateur pendant 3 ans et 33 jours ! ». 

Etabli d’abord dans la clandestinité à Jajce, en novembre 1943, l’Etat communiste de Yougoslavie, avec Tito pour Président, devient officiel en septembre 1944 avec la libération de Belgrade. 

Nedic se sauve en Italie. Le 1er janvier 1946, il est livré aux Yougoslaves par les Anglais et est immédiatement incarcéré. Le 5 février 1946, les journaux rapportent que Milan Nedic, profitant d’un moment d’inattention de ses gardes, se suicide en se jetant par la fenêtre de la pièce où il est interrogé. 

Quant à Mihajlovic, il trouve refuge en Bosnie-Herzégovine. Il y est arrêté le 12 mars 1946 et bientôt jugé pour « trahison et crimes de guerre ». Coupable au regard du pouvoir communiste, il est fusillé le 17 juillet 1946. Le général de Gaulle refusera toute sa vie d’avoir des contacts développés avec la Yougoslavie de Josip Broz Tito.

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Publié le 3 Février 2008


 

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Jacques Vignaud (en haut – 2ème à partir dr.) et ses camarades du 93ème R.I.


Novembre 2007, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux. Nous rencontrons Jacques Vignaud, directeur commercial à la retraite (monde de l’édition). Sous le regard apaisant de statues de Bouddha – Madame Vignaud est d’origine thaïlandaise – Jacques Vignaud entreprend le récit de son engagement de 1944.

« Je pense souvent à ce mot de Maurice Druon : « Ce sont cent mille jeunes pouilleux qui, en se levant spontanément, ont sauvé l’honneur de la France ». J’avais à peine 18 ans en 1944 et pour moi l’engagement était évident. Mais comment faire ? En fait, tout s’est déroulé le plus naturellement possible. Un après-midi d’août 1944, alors que nous nous baignions dans un petit village de ma Vendée natale – à Pilorge – deux des plus âgés de notre bande d’adolescents nous disent qu’ils ne rentreront pas chez eux le soir. Ils nous demandent de les suivre et de prendre le maquis. C’est l’enthousiasme général. Le temps d’écrire un mot à nos parents, et avec notre sac de plage pour tout bagage, nous quittons le village, laissant le plus jeune garçon chargé de distribuer nos mots d’adieux !

 

Nous partons pour la forêt de Mervent, en Vendée. L’attente est interminable. Tout à coup, nous voyons un camion se rapprocher. Nos aînés nous demandent la plus grande discrétion. Certains ont peur : « Et si c’était un piège ? ». Le camion est proche maintenant. Il s’arrête. Une bâche se soulève. Et apparaissent des parachutistes en uniforme, casqués et solidement armés. Nous apprenons qu’ils font parties des fameux SAS britanniques. Nous sommes conquis ! Pour nous, qui ne connaissions que les uniformes de la Wehrmacht, la SS et les Gardes Mobiles de Réserve – à la solde de Vichy – l’apparition relève du merveilleux. Notre liberté commence.

 

Nous sommes transportés dans un manoir, proche de la commune de la Chapelle aux Lys. Les parachutistes nous habillent, expliquent le retrait des troupes allemandes dans les ports de l’Atlantique, forteresses puissamment armées. Il s’agit de créer des actions de sabotage et d’embuscade afin d’harceler les regroupements des unités ennemies.

 

Mes premières missions sont assez simples. A vélo, je dois reconnaître les environs et rechercher des lieux d’approvisionnement en carburant. Les repérages faits, les réquisitions peuvent commencer.
Quelques jours plus tard, une section régionale des Gardes Mobiles de Réserve obtient son ralliement à notre unité de Français Libres. La situation est cocasse : ceux pour qui nous étions encore des « terroristes » peu de temps avant, viennent nous congratuler et nous féliciter de notre engagement. Les effectifs sont tels que plusieurs groupes sont formés. En récompense de m’être vanté d’avoir déjà conduit un camion, j’obtiens le volant d’un Citroën 11 CV ! Sur la route, avec les conseils d’anciens, j’achève mon « école de conduite ».

Notre groupe se dirige vers Marans (Charente-Maritime). Là, nous intégrons le 93ème régiment d’Infanterie – le régiment des Vendéens – et prenons position. L’une des caractéristiques de l’armée est bien la discipline. Mais pour nous, qui débordons de vitalité, pas question d’attendre. Avec un de mes camarades, nous quittons notre poste et nous dirigeons dans le no man’s land. A quelques kilomètres, les forces allemandes ont placé des unités chargées de protéger le repli vers ce qui devient la « poche » de La Rochelle. Nous marchons depuis un moment, quand nous tombons sur deux soldats de la Wehrmacht. Nous les mettons en joue. Ils n’opposent aucune résistance, lèvent les bras et hurlent qu’ils sont autrichiens, qu’ils n’ont rien à voir, avec « cet Hitler ». Nous qui pensions recevoir des félicitations à notre retour, prenons une engueulade sévère de notre commandant de poste, pour avoir pris des initiatives sans ordres précis.

 

Nous sommes mutés dans l’unité du lieutenant Gayard, qui dirige la 2ème compagnie du 93ème R.I. Le chef de poste, l’adjudant Denis, nous donne l’ordre aussitôt d’attaquer des éléments avancés, proches de notre campement de la ferme dite La Prée. Nous sommes quatre, et, en nous dissimulant d’arbre en arbre, nous progressons jusqu’à ce que nous parvenions en vue des ennemis. A ce moment-là, je mets mon fusil-mitrailleur en position de tir, et le pourvoyeur prépare les chargeurs pour son alimentation. Nous sommes tous les quatre allongés sur le sol, bien dissimulés dans l’herbe, aux pieds de grands arbres. Lors de la visée, j’aperçois distinctement les uniformes de la Wehrmacht autour du poste. L’adjudant donne l’ordre : « Feu » ! Je tire et je vide en rafales plusieurs chargeurs, jusqu’à ce que nous constations que le canon du fusil mitrailleur est devenu rouge ! Dès le début de notre attaque, les Allemands se sont couchés. Mais ils se ressaisissent et nous devons nous replier sous les rafales de leurs mitrailleuses.

 

Fort de ce fait d’armes, le soldat Baugé et moi-même, obtenons une permission d’une journée que nous passons dans la petite ville de Marans. Juste le temps nécessaire pour que les Allemands attaquent notre ferme… Nos camarades ont pu s’enfuir sans pertes. Alors, avec Baugé, nous nous installons dans une nouvelle ferme, assez proche, au lieu-dit Saint-Léonard. Là, grâce aux animaux d’élevage et la gentillesse des paysans, nous pouvons voir venir.

 

Le 15 janvier 1945, par un froid sibérien, les Allemands attaquent tous nos postes. Il s’agit pour eux de se procurer du ravitaillement. Nos forces se battent avec courage. Les pertes sont nombreuses. Toutes les fermes sont prises d’assaut. Avec Baugé, nous devons, une fois de plus, reculer face à un ennemi bien plus puissant que nos mitraillettes légères. Dans notre retraite, nous croisons des compagnons d’infortune. C’est à cinq, que, pour échapper aux balles ennemies, nous décidons de traverser le canal de Marans à la Rochelle, en empruntant la passerelle d’une petite retenue d’eau. Sous les tirs intenses, nous devons descendre dans le marais. Les tirs continuent. Alors, nous brisons la glace et nous nous enfonçons dans l’eau profonde. Persuadés que le froid nous emportera, les Allemands se replient. Leur approvisionnement est bien plus important que cinq pauvres jeunes gars.

 

Nous devons nous sauver. Et vite, car en plus l’un de mes camarades a reçu une balle dans le pied. Pour cela, nous faisons deux groupes : deux vont partir avec le blessé et se rendre aux ennemis ; avec Baugé, nous décidons de poursuivre notre retraite. Nous devons traverser à nouveau un canal. La glace, qui semblait épaisse, cède en plusieurs endroits. Nous voilà trempés jusqu’aux os. Il est très clair que nous ne pouvons, sans risque grave, rester des heures dans cette situation. Nous nous dirigeons vers une maison isolée. Après avoir brisé un volet, nous accédons aux chambres du premier étage et nous empruntons des serviettes et quelques vêtements. Enfin, nous allons pouvoir dormir…

 

Mais dès notre réveil, nous entendons distinctement des voix qui semblent être toutes proches. En examinant plus attentivement, nous découvrons avec horreur qu’un poste de garde composé de plusieurs soldats allemands s’est installé dans la nuit. L’un d’eux s’approche. C’est certain : il va découvrir les vêtements boueux que nous avons laissé dans la cuisine. Nous allons être pris. De fait : les soldats pénètrent dans la maison. Nous entendons leur progression. Se battre ne servirait à rien, nos armes ont été perdues pendant la traversée du canal. Alors, levant les bras bien haut, il ne nous reste plus d’à nous rendre.

 

Les Allemands nous emmènent jusqu’à Marans ; de là, nous montons dans un train blindé en direction de La Rochelle. Comme des centaines de nos compatriotes, nous voilà prisonniers dans la caserne Renaudin. Dès l’instant où je rentre dans la cellule, ma conviction est faite : me sortir d’ici au plus vite. Certains des nôtres préfèrent ne pas bouger, la victoire finale étant proche. Ils n’ont pas torts. Pour autant, pas question de se laisser faire.

 

La caserne Renaudin est presque entièrement désaffectée ; seul notre étage – le premier – est occupé. Nous nous apercevons qu’un véritable dédale de couloirs compose le bâtiment. L’un d’eux donne sur le mur de notre cellule. Il suffirait de percer ce mur – qui semble bien avoir été ajouté – pour sortir. Nous utilisons les toilettes pour évacuer les gravats. Tout le monde s’y met : les soixante-trois prisonniers de notre grande cellule vont tour à tour nous aider – nous sommes une dizaine bien décidés à nous faire la belle – à faire disparaître les preuves de nos travaux. Du côté allemand, l’encadrement officier et sous-officier, conscient de l’infériorité du moral de ses troupes, tente de compenser cette faiblesse par des manifestations d’autoritarisme excessives et spectaculaires, pour impressionner. Nous recevons à n’importe quel moment du jour et de la nuit des visites. Parfois, ils sont imbibés de cognac et de pineau… « J’ai donné l’ordre de tirer sur les prisonniers qui tenteront de s’évader et vous serez fusillés ! ». Mais l’espoir a changé de camp.

 

La date de l’évasion est fixée au 12 février 1945. En fin d’après-midi, alors que la nuit commence à tomber, nous passons par le trou que nous avons creusé ; nous descendons en bas de l’escalier et parvenons, sans trop de soucis, jusque dans la cour. Il nous faut maintenant la franchir et parvenir de l’autre côté, vers les fameuses toilettes. Ça ne sent pas bon, mais jamais cette odeur ne nous a paru si opportune. Le mur d’enceinte s’offre à nous. Nous devons, pour l’escalader et descendre de l’autre côté, attendre que le faisceau du projecteur et que le gardien avec son chien soient loin. Au moment opportun, nous sautons à l’extérieur. Pour autant, rien n’est encore joué. Il faut maintenant traverser la ville et nous rendre à notre point de rencontre : une maison dont un gardien nous a donné la clé, cachée dans une boule de pain. Dans une rue de La Rochelle, nous croisons une patrouille allemande. La chance est avec nous. Il ne s’agit que de « pépés » débonnaires, qui n’ont certainement pas envie de se créer des problèmes. Nous nous rendons dans la maison afin d’y passer la nuit. Au petit jour, des Résistants viennent nous chercher ; nous montons sur un bateau pour être exfiltrés vers l’île d’Aix. Puis ce sera Fouras et Rochefort.

 

C’en est terminé de notre guerre. Bientôt les Allemands se rendent en masse. Notre joie est indescriptible. Pourtant. Ombres funestes. Je pense à tous nos camarades qui n’ont pas eu notre chance, qui se sont battus et ont été tués, qui se sont fait prendre, alors que la liberté s’offrait à eux. Ainsi, je pense particulièrement Paul Couzinet, Joseph Martin et Paul Rolland, qui ont été arrêtés alors qu’ils étaient au rez-de-chaussée de la caserne et que les premières évasions venaient d’être découvertes. Ils ont été lâchement abattus par la soldatesque ennemie et c’est un crime impardonnable. Nos combats sont demeurés au second plan, inconnus. Mais cela n’est ni tout à juste ni tout à fait bon. Le Devoir de Mémoire est indispensable si l’on veut que nos jeunes disposent encore aujourd’hui du patrimoine national que nous avons contribué à reconquérir. »

 

 

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Publié le 6 Janvier 2008

Octobre 2007, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux. Nous rencontrons Jacques Vignaud, directeur commercial dans le monde de l’édition,  à la retraite. Il nous raconte l’épopée de son ami du 93ème régiment d’Infanterie, Alain de Gaillard, engagé comme lui en 1944.


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Jacques Vignaud (en bas à dr. au bout) et ses camarades du 93ème R.I.

 

« Il faut replacer cette histoire dans le contexte de l’époque. Le débarquement du 6 juin 1944 a eu lieu en Normandie et celui de Provence le 15 août. De chaque côté, les troupes alliées ont pour objectif la libération de notre territoire et, bien entendu, celle de l’Allemagne. Les troupes de la Wehrmacht se trouvant dans le Sud Ouest réalisent que, si elles ne se replient pas rapidement, elles risquent d’être prises dans une nasse. Elles deviennent par ailleurs très utiles pour attaquer le flanc droit des Alliés dans leur mouvement Normandie – Ile-de-France – Est du pays.

 

Pour ces raisons, plusieurs bataillons de parachutistes SAS anglais et français sont posés en Bretagne et dans la Maine et Loire, afin d’harceler les arrières ennemis. Vers le 20 août 1944, des sticks de huit parachutistes français SAS du 4ème RCP, du colonel Bourgouin, se battent en commandos autonomes dans les Deux-Sèvres. Parallèlement à ces actions, il y a dans la région de nombreux jeunes qui ne rêvent que d’en découdre avec l’Allemagne nazie. C’est le cas d’un groupe d’étudiants auquel appartiennent Alain de Gaillard et son frère.

Dans la région de Cerisay (Deux-Sèvres), les étudiants sont placés en contact avec le Stick du sergent-chef Héricourt. La rapide instruction permet aux nouveaux arrivants de participer à des coups de mains. Le 24 août, le groupe part pour l’Absie, dans le même département, pour combattre une colonne allemande venue en représailles à une attaque de Francs Tireurs Partisans, qui s’en sont pris à un convoi de la Croix Rouge. L’accrochage est violent. Avec son équipement léger, le Stick ne peut qu’intervenir en embuscade et selon la tactique du harcèlement. Au cours des combats, Alain de Gaillard voit son frère tomber à ses côtés, mortellement blessé. 

Le retour au camp (le Château de Lys) se fait dans une ambiance tendue. Le coup a réussit. Mais voilà : que dire, comment annoncer la terrible nouvelle aux parents ? Pour autant, le combat doit continuer. L’idéal de Liberté guide tous ces jeunes qui veulent prouver à leurs aînés ce dont ils sont capables. Le groupe reste au camp quelques jours puis les parachutistes partent. Ils sont affectés à la bataille d’Arnheim, en Hollande. De leurs côtés, les étudiants sont enrôlés dans le 93ème régiment d’Infanterie – le régiment des Vendéens – avec pour objectif la prise de la poche de La Rochelle, où des divisions allemandes se replient. 

Je pense souvent à mon ami Alain de Gaillard, son frère et tous ces adolescents, dont j’étais, qui ont pris tous les risques pour libérer la France. »

 

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Publié le 14 Décembre 2007

4 – De Sivas à Issy : à Issy-les-Moulineaux

 

« Nous sommes arrivés rue Madame, aux Epinettes, en 1943 » reprend Marie-Antoinette. « Nous logions au numéro 7. Peu de temps après notre installation, notre fille, Arlette est née. J’allais chercher du lait en boîte à la Croix Rouge, avenue de Verdun, en face de l’annexe de l’hôpital psychiatrique. Mon lait maternel n’était pas bon. Cela était dû à une terrible peur que nous avions connue, Georges et moi, à Meudon, alors que j’étais enceinte. Nous étions chez mon beau-frère. Tout à coup, nous avons entendu une déflagration terrible. Une bombe venait de tomber dans un jardin, juste dans notre dos ». 

Georges Mouchmoulian : « La vie était difficile. Une fois que j’ai été rétabli, j’ai repris mon métier de garçon coiffeur. Je n’ai pas tenu longtemps. Je travaillais à Boulogne et pour couper les cheveux, il faut avoir les bras en l’air. Ma blessure à l’épaule me faisait mal. Je ne pouvais plus bouger le bras comme avant la guerre. Alors, j’ai arrêté. Au moment de notre installation rue Madame, nous avons ouvert un atelier – dans notre salon – de culottier. Un métier qui ne doit plus exister. Nous recevions des patrons de métiers particuliers, de militaires, la Garde républicaine par exemple, et, pendant que je découpais et je cousais à la machine, Marie-Antoinette assurait les finitions, à la main. Nous faisions de la qualité, du sur-mesure ». 

Marie-Antoinette Mouchmoulian : « Les privations ont été réelles. Il fallait faire des heures de queue pour avoir un légume, du beurre, du pain. Heureusement, dans notre quartier, il y avait encore des vergers ; et puis, Clamart était réputé pour ses petits pois ! Bien entendu, on faisait tout à pied. Une fois par semaine, nous allions au Goûter des Mères, pour bien manger et surtout nourrir correctement Arlette. Avec tout cela, nous avions en plus parfois des bombardements. Je ne saurais dire si les bombes étaient allemandes ou anglaises, en tout cas, une fois, il en est tombé une dans le cimetière, juste à côté de notre immeuble ». 

Le 26 août 1944, des soldats français entrent dans Issy-les-Moulineaux. C’est la Libération. Rapidement, ils sont suivis d’Américains et de Canadiens.



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L’arrivée des Alliés devant l’hôpital de Percy.

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Les Alliés, en août 1944, devant Percy.

 

« Et là, indique Marie-Antoinette, juché sur une jeep, un beau gars s’avance vers nous. Nous sommes placés devant l’hôpital Percy. Je l’ai déjà remarqué. Voilà près de cinq minutes qu’il tend un papier aux habitants qui se sont amassés le long du convoi militaire. Il s’approche de nous. Il regarde Arlette. Puis lève les yeux vers moi. Dans un français approximatif, il me dit : « Je suis votre neveu. Ma mère m’avait donné votre adresse quand j’ai quitté l’Amérique ». 

Cette sœur aînée que Georges Mouchmoulian avait vu disparaître alors qu’il n’était encore qu’un enfant de Sivas.

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La famille Mouchmoulian en 1944, avec le neveu des Amériques.

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Publié le 11 Décembre 2007

3 – De Sivas à Issy : la Seconde Guerre mondiale

 

Le 3 septembre 1939 marque l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne nazie. Dans son ensemble la presse prend des accents guerriers ; dans son journal, le comte Ciano, gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangères de l’Italie fasciste note : « la France entre en guerre, sans enthousiasme et pleine d’incertitude ». Georges Mouchmoulian est soldat au 39ème régiment d’Infanterie. Comme ses camarades, et toute l’Armée française, pendant quelques mois, il va vivre une « Drôle de guerre », attendant l’invasion allemande. 
Marie-Antoinette Delancker, qui deviendra Madame Mouchmoulian en 1942, dit : « Georges était un garçon charmant. Bien sûr, lui Parisien et moi du Pas-de-Calais, nous ne nous étions jamais rencontré. Mais je tricotais pour les soldats. C’est tombé sur lui. Nous nous sommes écrits. Ensuite, j’ai accepté de devenir sa Marraine de guerre. Un jour de 1939, il est venu dans notre ferme de Carvin, à côté de Lens. Il jouait tout son temps avec les enfants. Avec sa petite taille et son air méditerranéen, on l’appelait le Négus ! ».
Mai 1940 : après avoir écrasé la Pologne, Hitler transmet ses ordres afin de préparer l’offensive à l’ouest. Le 10 mai, les Allemands lance l’offensive « Gelb ». Le Groupe d’armée de Leeb se dirige vers les frontières allemandes opposées à la ligne Maginot ; le Groupe d’armée de Rundstedt lance son offensive en direction des Ardennes ; le troisième et dernier Groupe d’armée, celui de von Bock, traverse la Belgique et les Pays-Bas. Il s’agit d’attirer les forces britanniques et françaises dans le Nord. 

 

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Carte de l’offensive allemande de 1940.

 

 

Avec des chars surpuissants et les bombardements en piqué de la Luftwaffe, l’avancée est foudroyante. Le principe de la Blitzkrieg ou « guerre éclair » est appliqué. Rapidement, les lignes belges, françaises et britanniques sont enfoncées. Des unités se battent – souvent se sacrifient – pour retarder la progression des armées du Reich.
Le 1er Groupe d’armée français, composé du Corps expéditionnaire britannique du général Lord Gort et de la 7ème Armée française du général Giraud prévoit de contre-attaquer sur la ligne de la Dyle et de la Meuse, au-dessus de Namur, au cœur de la Belgique. De fait, le 39ème R.I. fait partie des unités françaises qui vont au devant des forces allemandes. La bataille est lancée dans une certaine confusion et les pertes deviennent rapidement importantes.
Georges Mouchmoulian : « Je combattais. Je faisais simplement ce que mon adjudant me disait. Il fallait aller de l’avant. Et puis, j’ai été blessé. Des éclats d’obus : à l’épaule gauche, aux jambes, aux pieds. Un choc d’une très grande force. Je me suis effondré, inconscient. Par la suite, je ne sais pas bien comment, j’ai été transféré à Namur, dans l’hôpital militaire ; puis à Paris, au Val de Grâce. En tout, sept mois d’hôpital. Sept mois bloqué sur un lit, à attendre et souffrir ».
Quelques temps plus tard, à l’occasion d’un Conseil de Révision, l’administration de l’Etat français déclare Georges Mouchmoulian inapte à reprendre les armes. Il est démobilisé.

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