seconde guerre mondiale

Publié le 7 Décembre 2007

2 – De Sivas à Issy : l’orphelinat puis l’arrivée à Marseille

 

 

 

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Marseille en 1920 (© L’Internaute)

 

Entre 1914 et 1916, plusieurs millions d’Arméniens sont déportés d’Asie Mineure vers des camps situés, majoritairement, sur le territoire actuel de la Syrie. Plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent de faim, de soif, ou sont tout simplement exterminés (les estimations actuelles vont de 500.000 personnes à près de 1,5 millions). Il est nécessaire d’indiquer qu’en 1919, certains tortionnaires (Talaat, Cemal et Enver) sont condamnés par contumace (tribunaux ottomans), pour : « extermination d’un peuple entier constituant une communauté distincte ». 

Georges Mouchmoulian : « Ma mère a profité du chaos de la fin de la guerre, de la présence des troupes grecques, pour nous envoyer en Amérique. Tout était près. Nous devions faire un passage par la Grèce et ensuite prendre le bateau. Oui, mais voilà, nos papiers, placés consciencieusement par nos soins dans nos baluchons, n’y étaient plus quand nous les avons cherchés. Quelqu’un de mal intentionné avait dû nous les dérober, certainement pour les vendre. Au lieu d’arriver à New York, et j’ai bien conscience que nous étions des privilégiés, nous avons atterri dans un orphelinat grec, proche de Corfou. Et quand je dis nous, c’était les garçons (nous étions sept enfants). Mes deux dernières sœurs, l’aînée était déjà installée en Amérique, se sont vues refoulées de l’orphelinat. C’était horrible. Pendant près de trois ans, elles ont vécu à côté de nous, dans le maquis, sur le port, et nous sortions, quand nous pouvions, pour leur donner une partie de nos repas. Elles ont vécu de cela, et de mendicité, pendant tout ce temps-là. Il n’y a pas longtemps encore, quand la plus jeune de mes sœurs était encore en vie, elle ne pouvait s’empêcher de pleurer en évoquant ces années. 

Quant à ma mère… Persuadée, dans un premier temps, que nous avions réussit, elle était pleine d’espoir. Elle avait quitté la Turquie et s’était installée à Marseille. Et puis, bien entendu, elle a su. S’en sont suivis des mois et des mois de recherche. » 

Marseille a toujours été une fenêtre française ouverte sur la Méditerranée. Cela est vrai depuis les temps des Phéniciens. Dès la fin du 16ème siècle, il n’est pas rare de trouver des négociants arméniens venant de Smyrne, d’Alep ou encore d’Adana. Ils s’y sont installés ou vont et viennent entre le Moyen-Orient et les grandes foires occidentales, comme Lyon, Troyes ou Paris. 

Dès les premiers événements relatifs aux populations arméniennes, au milieu du 19ème siècle, des réfugiés politiques font le voyage de l’Empire ottoman vers la France. Puis des familles débarquent et s’installent à Marseille. Une diaspora s’organise. Des associations de défense et de solidarité se créent. Avec les massacres de 1894-1986, le flot d’arrivants grandit ; bientôt ce sont des centaines d’Arméniens qui s’établissent dans l’antique Massilia. La commune les accueille avec compréhension et place à la disposition des réfugiés les locaux désaffectés de l’hôpital de la Vieille-Charité, sur les hauteurs du Vieux-Port. 

De quelques centaines, les Arméniens passent à plusieurs milliers dès 1914. 

Georges Mouchmoulian : « Ma mère a enfin compris que nous n’étions pas en Amérique. Elle nous a cherché, a  demandé aux membres de la famille restés à Sivas de l'aider dans sa démarche. En vain. Puis, elle s’est appuyée sur des associations. Bien entendu, elle n’était pas la seule dans ce cas. Alors, grâce à de nombreux réseaux arméniens, à la compréhension de Grecs formidables, elle nous a retrouvés. Et cela a mis près de trois ans. Trois années dans cet orphelinat ; trois années, dans le dénuement le plus total pour mes deux sœurs.

 

Les autorités nous ont mis sur un bateau pour la France. Nous sommes arrivés à Marseille après quelques jours, ou semaines, je ne sais plus très bien – mais Dieu que le temps nous parut long. Comment décrire l’émotion qui nous a tous submergés quand nous avons foulé le sol de France ? Nous étions au début des années 1920, et enfin, la vie s’offrait à nous.

 

Nous sommes restés quelques mois à Marseille puis nous avons gagné Paris. Mes frères ont trouvé du travail et moi j’ai grandi. Je suis devenu garçon coiffeur. »

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Publié le 4 Décembre 2007

Octobre 2007. Rue Madame, nous rencontrons Marie-Antoinette et Georges Mouchmoulian. Voici leur histoire, en quatre parties :

 

1.      Massacres en Turquie.

2.      L’orphelinat puis l’arrivée à Marseille.

3.      La Seconde Guerre mondiale.

4.      A Issy-les-Moulineaux.

 

 

1 – De Sivas à Issy : massacres en Turquie

 

 

Sivas est une ville importante, placée sur le plateau Anatolien, à plus de 1.275 m d’altitude. Située dans la vallée du Kizilirmak, Sivas a une histoire riche, faite des dominations hittite, phrygienne, lydienne puis perse. La ville a ensuite fait partie du Royaume de Cappadoce. Important carrefour caravanier sur les routes Nord-Sud et Est-Ouest (Byzance – Arménie), Sivas a connu un développement considérable, sous les Seldjoukides, avant de tomber sous l’envahisseur mongol, l’impitoyable Tamerlan, en 1400.
Sous l’Empire ottoman, et jusqu’à la fin du 19ème siècle, Sivas va rester une capitale régionale. Comme dans toutes les cités turques, qu’elles soient en Cappadoce, en Anatolie, dans les Monts Taurus ou encore à Istanbul, de fortes communautés arméniennes vivent et commercent avec les Turcs.

Les populations se connaissent ; elles ne se mélangent pas toujours mais, des siècles de coexistence, ont tissé des relations relativement pacifiques. Pourtant, en 1896, puis en 1909, des massacres sont perpétrés contre les Arméniens. Ils sont, principalement, le fait d’un mouvement, le CUP (Comité Union et Progrès) et de ses membres, appelés Jeunes-Turcs. 

Ce mouvement répond à une aspiration nationaliste : depuis le milieu du 19ème siècle, l’Empire ottoman subit des revers tant militaires que politiques. La période de déclin est amorcée. Les Jeunes-Turcs veulent revenir à une constitution forte, un pouvoir nationaliste et apporter un renouveau à la société. Dans un premier temps, cette volonté nationaliste, globale, leur permet de s’associer à des partis réformistes d’autres peuples de l’empire : des Grecs, des Kurdes ou encore le Dashnak arménien. 

Arrivés au gouvernement du sultan Abdülhamid II en 1908, les Jeunes-Turcs se trouvent confrontés rapidement à une société extrêmement complexe, découvrent les arcanes et querelles de pouvoir. L’anarchie gagne toutes les couches de la population. L’idée originelle est rapidement remplacée par un discours beaucoup plus xénophobe. Sous l’influence de son leader, Enver Pacha, l’Empire ottoman ne peut être que turc et la religion, musulmane.

Caricature du Sultan AbdulHamid II (© Wikipedia.org)

 

 

Georges Mouchmoulian : « Il y a toujours eu des problèmes entre les Turcs, les Arméniens et les autres peuples en Turquie. Les Kurdes par exemple. Nous vivions dans les mêmes villes, mais pas dans les mêmes quartiers. Certains métiers ne nous étaient pas autorisés, d’autres réservés. Surtout nous n’avions pas la même religion. Les premiers massacres ont commencé à la fin du 19ème siècle, et puis, il y eut Adana en 1909, où on releva plusieurs milliers de morts parmi mes compatriotes. » 

Les années suivantes ne vont être qu’une lente agonie de l’Empire ottoman. Après la perte des territoires grecs, de la Serbie, de la Roumanie (congrès de Berlin en 1878), l’empire voit partir ses possessions en Lybie, au profit de l’Italie. A l’Est, la situation n’est guère plus brillante. Depuis 1878, la Russie s’est emparée de territoires et des villes de Kars, Batoum et Ardahan en Anatolie orientale. Par idéal religieux, ou du fait des situations tendues avec les Turcs, des Arméniens se sont engagés dans l’Armée russe et ont participé à cette conquête.

En novembre 1914, l’Empire ottoman, qui a signé le 2 août un traité d’alliance avec l’Allemagne, entre en guerre aux côtés des empires centraux (IIe Reich et Empire austro-hongrois). 

Prenant prétexte de la désertion de soldats arméniens de l’Armée ottomane, de soulèvements dans des villes de l’Est, comme Van (alors que la population arménienne se barricadait justement pour se protéger des exactions des Jeunes-Turcs), Enver Pacha et Talaat Pacha décident d’appliquer, d’abord secrètement, le plan d’élimination des Arméniens (« Ermeni sorunu »), mis au point depuis plusieurs années. 

Dans la majeure partie des villes turques, le principe retenu est toujours le même : à la perquisition dans les maisons de notables arméniens, succède leur arrestation, des tortures pour avouer une quelconque cache d’armes, et leur exécution, en dehors de la ville. 

Georges Mouchmoulian : « Nous habitions un petit village à côté de Sivas. Il s’appelait Govdunm. En arménien, cela signifie le « village des vaches » ! Mon grand-père était une personnalité ; il avait été maire. Les Turcs cherchaient les familles arméniennes. Tous les hommes devaient être incorporés dans l’armée pour y exécuter les plus basses œuvres. Mon père avait refusé cela. Il décida de partir se réfugier dans une grotte. Il fut rapidement retrouvé par les Turcs, qui le massacrèrent. Et ce n’était pas fini. Mon grand-père était âgé. Il n’avait pas pu suivre son fils. Et quand bien même d’ailleurs… Il a été pris par les soldats. Il a été tué lui aussi. Ses assassins l’ont emmené et ils l’ont empalé sur sa canne. Jusqu’à ce le bout sorte par la gorge !  Quant à ma mère, mes frères et mes sœurs, nous en avons réchappé par miracle. Après, ma mère a contacté des personnes que nous connaissions aux Etats-Unis et elle y a envoyé ma sœur aînée. C’était vers 1916-1917». 

A la fin de la Première guerre mondiale, les armées turques sont défaites sur pratiquement tous les champs de bataille : elles reculent aussi bien en Palestine qu’en Irak. Les Grecs en profitent pour débarquer en Asie mineure et s’installer sur la côte ionienne. Le général Mustapha Kemal, Jeune-Turc, chef militaire de grand renom, qui s’est illustré entre autres aux Dardanelles en 1915 contre les contingents français et anglais, appelle au sursaut national et repousse les forces grecques. C’est la fin définitive de l’Empire ottoman et l’avènement de la Turquie nouvelle, sous la houlette du général.

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Publié le 8 Novembre 2007

Georgette Poussange et Lucette Pontet sont membres du comité d’Issy-les-Moulineaux de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.

 
Georgette Poussange : 

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Dépôt de gerbe par Mme Poussange – à gauche – et Mr Fleury, président de l’UFAC d’Issy-les-Moulineaux, le 29 avril 2007 (Journée de la Déportation).


« En 1939, j’avais 13 ans, et nous habitions Malakoff. Après la déclaration de guerre, les alertes se sont multipliées. Nous étions dans un sentiment de panique. Nous descendions dans les abris – généralement les caves – pour un oui ou un non. De plus, les mairies avaient distribué des masques à gaz. Cela renforçait le sentiment de malaise et d’impuissance. De notre fragilité également. Tout à coup, nous pouvions disparaître.

 
Toujours à la mairie, on nous avait distribué des sortes de laissez-passer, ou bon d’évacuation, je ne sais plus. Tous ceux qui le pouvaient étaient poussés à quitter la ville. Alors, nous sommes montés dans un train, à destination de la ville de Le Blanc, dans l’Indre. Ma mère et ses quatre enfants. Et le spectacle qui nous était offert n’était guère réjouissant : nous voyions défiler les soldats français qui revenaient du front. Ils semblaient paniqués. Et des rumeurs annonçaient l’arrivée imminente des Allemands. Alors, nous suivions le troupeau…
 
L’accueil des populations de province ne fut pas toujours simple, c’est le moins qu’on puisse dire. En dépit de ces fameux « bons » que nous montrions dès notre arrivée dans une ville, il ne fallait pas se faire remarquer. Nous passions, en quelque sorte, pour des envahisseurs. Chaque soir, il fallait trouver où dormir, de quoi nourrir trois enfants en bas âge. J’aidais ma mère comme je pouvais.
 
Quand l’armistice a été prononcé, nous sommes rentrés à Malakoff puis nous avons habité les Hauts d’Issy. Là, nous reprîmes l’habitude de faire la queue afin d’avoir des tickets de rationnement pour tous les produits de la vie quotidienne : le pain, le savon (en pâte uniquement), les légumes, la viande ; le dentifrice, par exemple, avait disparu. Le beurre : on nous donnait des quantités infimes. Nous avions faim. Chaque élément prenait une importance considérable. Vous aviez oublié quelque chose : il fallait retourner faire la queue. Combien de fois me suis-je levée à 4h du matin pour patienter devant une boutique. Et souvent, pour ne rien avoir. On vivait au crochet de la mairie et des allocations familiales.
 
Ceux qui avaient les moyens prenaient leur voiture et allaient à la campagne. Puis, ils revenaient et vendaient ce qu’ils avaient négocié avec des agriculteurs, des commerçants, des amis ou la famille. Des bombardements, j’ai surtout conservé le souvenir de ceux du début de l’année 1942. Le ciel était rouge des flammes des usines Renault de l’île Seguin. Il y eut de nombreux morts. Je me souviens également des soldats allemands blessés. Nous voyions passer des convois en direction de l’hôpital Percy.»

 

Lucette Pontet :



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A droite, Mme Pontet, porte-drapeau du comité local de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.

 

 

 

 

 
« Pour ma part, j’habitais le quartier de la Ferme, en face de l’usine Chausson. Aujourd’hui, on aurait du mal à y croire, mais il y avait là une véritable ferme, avec des animaux de basse-cour, des vaches. On déplaçait souvent ces dernières d’ailleurs. On envoyait les pauvres bêtes à la campagne, se refaire une santé et brouter de la bonne herbe, et les nouvelles venues étaient nourries de foin. Une fois, l’une d’elles s’est échappée : je vois encore mon frère courir après dans les rues de la ville. C’était folklorique, tout de même. La ferme servait à fournir du lait pour les habitants des Moulineaux, et c’était aussi, avec ses pigeons et ses lapins, un commerce comme un autre. Je trouvais cela formidable.
 
A l’époque, j’étais une petite fille. Je me souviens avant tout des bombardements. Les usines Renault étaient souvent visées. Et nous avions une source d’informations hors pair : notre chien ! Avec mes parents, il suffisait de voir le chien inquiet, puis aboyer, et nous savions que quelques minutes plus tard, nous allions être bombardés. Ou du moins que des avions allaient nous survoler pour bombarder Boulogne ou Paris.
 
Il y a eu des bombardements allemands, et aussi anglais et américains. Je ne saurais pas dire lesquels ont fait le plus de morts. Mais souvent j’entendais mes parents évoquer le triste sort d’une maison, d’une rue (Auguste Gervais par exemple) ou encore d’un immeuble. Le bas de Meudon était particulièrement visé. Il y eut aussi le Pont de Sèvres, en 1944. Un dimanche, alors, que les parisiens allaient au champ de course de Longchamp. Ce fut un massacre.
 
Beaucoup de choses, certainement insignifiantes pour les adultes, m’ont marquées durant cette période. Ainsi, je me souviens des fenêtres qu’il fallait calfeutrer, des ampoules de couleur bleue qu’il fallait partout installer. Surtout, ne pas se faire remarquer et respecter le couvre-feu.
 
A l’école, j’allais chez les Sœurs (Ecole Jean-Pierre Timbaud). Nous chantions « Maréchal nous voilà ». Moi qui étais gauchère, je me suis souvent fait taper sur les doigts pour changer de main.
 
Les descentes de police étaient fréquentes. Une fois, boulevard Rodin, nous avons vu la Gestapo entrer dans un immeuble. Nous savions que des choses horribles allaient se passer.
 
Et puis la Libération est arrivée. On a d’abord vu de plus en plus de Résistants. Beaucoup portaient des brassards des F.F.I. Un bon nombre d’entre eux était certainement d’authentiques héros ; il y en eut aussi qu’on avait vu « discuter » peu de temps auparavant avec les Allemands. Ensuite, ce furent les soldats de la 2ème Division Blindée, de Gaulle, les Américains. Nous étions enfin libres ».

 

 

 

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Publié le 19 Octobre 2007

Bien connus des isséens, Jacqueline et Roger Foveau animent l’association Issy Loisirs Entraide, fondée en 1983, dont le but est l’organisation d’activités culturelles, sportives et sociales.

 

 

 

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Jacqueline Foveau :
 
« En 1940, j’avais huit ans. J’étais à Saint-Denis. Avec mes parents et mon frère, nous habitions près du square Pierre de Geyter (le musicien de l’Internationale), à côté de la basilique. A l’école, j’étais chez les Sœurs de la Compassion. La « Drôle de guerre », c’était pour nous un jeu mais aussi une angoisse. Il y avait tout le temps des alertes. Alors, il fallait descendre dans la cave, prendre au passage les masques à gaz que la mairie nous avait distribués. Et puis on attendait, sans vraiment savoir ce qui allait se passer. Du haut de mes huit ans, c’était pour moi une aventure. D’autant que pour avoir des informations, nous allions au cinéma. Nous étions dans l’irréalité.
 
Vient le mois de mai : les Allemands envahissent notre cher pays. Les nouvelles sont horribles. L’Armée française est partout bousculée, défaite. Mon père est très inquiet. A l’usine, on lui demande de continuer, autant que possible, à travailler comme si de rien n’était. Et les troupes du Reich arrivent dans Saint-Denis. Les soldats se placent partout en ville ; prennent position à la mairie, dans les usines. Ainsi, mon père, bien entendu sans le vouloir – et comment résister ? – travaille maintenant pour eux, car la production est directement envoyée de l’autre côté du Rhin.
 
Dans notre vie quotidienne, les bouleversements sont immédiats : tout est réquisitionné. On commence à manquer. Il faut attendre des heures pour avoir un morceau de viande, du pain. On nous distribue des tickets, mais cela ne suffit pas. Mon père échange des bons pour du tabac contre du lait, dont je me rappelle même la marque : Guigoz !
 
Et puis, à l’école, l’atmosphère change. Le temps de l’insouciance est vite passé pour faire place à une réalité pour le moins terrible. Une de mes camarades me dit comment son père a été arrêté et fusillé pour acte de résistance.
 
La rafle du Vel d’Hiv, en 1942, cela a été quelque chose d’inimaginable. Je connaissais bien l’endroit pour y être souvent allée avec mon papy. Il était un fan de vélo. A Saint-Denis comme dans Paris, nous voyons la police française et la Gestapo entrer dans les immeubles, rechercher des juifs. Un monde de fous.
 
Manquant de tout, persuadée que nous pouvons être arrêtés d’un moment à l’autre – c’est le temps du STO (Service du Travail Obligatoire) – nous décidons de partir dans le sud, en Zone libre, au Puy en Velay, où des amis ont une grande maison. Alors, nous laissons mon grand-père paternel pour veiller sur notre appartement et nous voilà, mon père, ma mère, mon frère, mes deux grands-mères, entassés dans notre voiture, sur les routes de France.
 
Peu avant la ligne de démarcation, un gars nous hèle : « Ne prenez pas cette route, elle est bouchée. Passez à droite, c’est à couvert ». Bien nous en a pris : moins d’un quart d’heure plus tard, nous entendons des avions qui foncent sur la route. Le bruit est épouvantable ; une sorte de sirène qui vous glace le sang. Des balles passent à quelques dizaines de mètres de nous. Des morts partout. Des gens que nous avions vus quelques instants plus tôt : ils étaient là. Par terre. Allongés dans des flaques de sang.
 
Nous nous installons au Puy ; quelques mois. On survit au jour le jour. Là aussi, beaucoup de gens manquent de tout. Si la vie n’est pas meilleure en Haute-Loire, autant rentrer. Nous optons pour Pontoise où nous connaissons des personnes. Avec mon frère, me voilà inscrite à une nouvelle école, au milieu d’enfants que je ne connais pas. Mon père retourne à Saint-Denis, voir ce qu’il est advenu du grand-père. Il va bien.
 
Plus d’une année a passé. Les postes de radio nous donnent des informations. L’Armée allemande va de défaite en défaite. C’est le Débarquement ; un matin d’août 1944, je vois arriver des soldats français. C’est le délire. Nous pleurons de joie. Des gens sortent avec des drapeaux. Un jeune gars s’approche de moi. Nous sympathisons. Il me demande d’être sa marraine de guerre. Comment refuser ? Mon filleul, bien que plus âgé que moi, repart deux jours plus tard pour l’Est. Il a une guerre à continuer. Et nous restons amis. Nous le sommes toujours restés. Aujourd’hui, il a 83 ans, il habite le sud de la France et se porte merveilleusement bien.
 
C’est au tour des Américains d’entrer dans Saint-Denis. D’eux, je me souviens surtout m’être gavée de chocolat et de chewing-gums. Et puis, il y a des bas nylons. Quelle révolution ! J’ai conservé ma première paire plus d’un an.
 
Après la guerre, je suis entrée comme sténodactylo à la Société Générale d’Entreprise, rue du Faubourg Saint Honoré, en face de l’Elysée (j’y ai vu Vincent Auriol). C’est là que j’ai rencontré Roger, qui faisait un stage.»
 
Roger Foveau :
 
« Je suis un gars du Nord, un Ch’ti, né en 1929, à Saint-Saulve. Ma mère était gouvernante et mon père jardinier. Nous étions logés dans la maison de la famille Billiet, grande famille du Nord – Jules Billiet a été maire de Valenciennes de 1919 à 1925.  Cette famille avait neuf enfants ; et moi, j’étais enfant unique.
 
1939 : mon père est mobilisé. Je ne le reverrai plus pendant cinq ans. Dès les premiers combats, il a été fait prisonnier. Comment voulez-vous résister quand vous êtes cavalier et qu’on vous demande de charger face à des chars ennemis ? Pris, il part en Allemagne et restera dans une ferme jusqu’en 1945.
 
Les informations sont alarmantes. Les troupes du Reich arrivent. Il faut nous sauver au plus vite. Monsieur Billiet décide de rester dans la maison familiale ; ma mère, Madame Billiet, les enfants et moi prenons les voitures. Nous partons pour Brest, où nous devons être hébergés chez des amis. Et c’est dans cette ville que j’ai vu « mon » premier soldat allemand.
 
Finalement, nous rentrons à Valenciennes puis à Paris. Mr Billiet étant Président de la Bonneterie de France, dont le siège est à Paris, nous logeons dans l’immeuble du boulevard de Strasbourg. Les Billiet occupent le second étage, quant à ma mère et moi, nous nous installons au 3ème étage. Comme tous les enfants, je vais à l’école. Mon quotidien est difficile, nous manquons un peu. Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir été réellement privé. J’étais chanceux.
 
Pour moi, la Seconde Guerre mondiale, ce sont surtout deux moments inoubliables. L’un est affreux : ce sont les femmes tondues puis fusillées devant la mairie du 10ème arrondissement. D’ailleurs, on peut encore voir les traces des balles.
 
Le second, c’est l’arrivée du général de Gaulle à l'Hôtel de Ville. Là où il a tenu ces paroles extraordinaires : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré, libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. »
 
J’y étais ! Oh, bien entendu, je n’étais pas placé à côté du général. Mais dans la foule, tout proche, il y avait là un jeune gars et c’était moi !
 
Après la guerre, j’ai préparé un concours pour entrer à l’Ecole des travaux publics et j’en  suis sorti ingénieur en 1950. J’ai commencé par faire un stage dans l’Est (où je me suis occupé de l’application du plan Marshall) puis un second stage dans la fameuse Société Générale d’Entreprise (qui appartient aujourd’hui à Vinci). Et, j’ai rencontré la Jacqueline.
 
Nous nous sommes mariés, à Saint-Denis, dans la basilique, et nous avons eu trois enfants : Jean-Michel, Eric et le petit dernier, Patrick. »

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Publié le 11 Octobre 2007

Le Groupe Manouchian.

Le dimanche 29 août 2004, André Santini inaugurait, à Issy-les-Moulineaux, la place Groupe Manouchian, et prononçait un discours sur l’histoire de ces résistants. Henry Karayan, proche du Groupe Manouchian et Georges Duffau, fils de Joseph Epstein, responsable pour la Région Parisienne des Francs Tireurs et Partisans Français, prononcèrent également des discours.

 
Quelle est donc l’histoire du Groupe Manouchian ?
 
Missak Manouchian est né le 1er septembre 1906, dans le village d’Adyaman en Turquie, au sein d’une famille de paysans arméniens. Il a huit ans quand son père meurt, probablement tué par des militaires turcs. Puis sa mère disparaît à son tour, victime de maladie et de la famine qui touche la population arménienne à cette époque. Le jeune Missak est recueilli par une famille kurde puis par une institution chrétienne syrienne. Ce pays est alors sous protectorat français. L’arrivée en France, à Marseille, se déroule en 1925.
 
Missak apprend le métier de menuisier. Pour autant, il n’y accorde guère d’intérêt. Son plaisir est dans la fréquentation des bibliothèques et les cercles intellectuels arméniens. Il quitte rapidement le sud de la France pour se fixer à Paris. Il suit des cours de littérature, de philosophie et d’histoire. Dans le même temps, il fonde avec des amis deux revues littéraires : Tchank (Effort) et Machagouyt (Culture).
 
Proche des idées révolutionnaires, Missak Manouchian adhère et milite en 1934 au Parti communiste, participe aux « universités ouvrières » créées par les syndicats ouvriers (CGT) et s’enrôle dans le groupe arménien de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). Groupe dont il prend le contrôle après la défaite française de 1940, tout en maintenant ses activités militantes, devenues illégales après l’interdiction du Parti communiste en France, faisant suite à la signature du pacte Germano-Soviétique (août 1939). Arrêté puis rapidement libéré (la police ne retient aucune charge contre lui), Missak Manouchian est versé avec son groupe, en 1943, dans la FTP-MOI, groupe de Francs-Tireurs Partisans (créé en 1941 par la direction du parti communiste français), dirigée par Boris Holban. En quelques mois, Manouchian est nommé commissaire technique des FTP-MOI. Il multiplie les actions contre l’ennemi nazi : attentats, sabotages, déraillements de train sont fréquents. Leur plus grand fait d’armes consiste en l’exécution, le 28 septembre 1943, du général SS Julius Ritter ; cet événement a un impact très important à Berlin et Heinrich Himmler donne l’ordre à son représentant en France, Karl Oberg, de réprimer les auteurs de l’acte.
 
A cette époque, le dirigeant pour la Région Parisienne des Francs-Tireurs Partisans est Joseph Epstein. Il donne rendez-vous à Missak Manouchian le 15 novembre 1943 à Evry Petit-Bourg (devenue Evry). Suivi depuis son domicile jusqu’au lieu de la rencontre (il semble que Missak Manouchian ait été vendu), les deux résistants sont arrêtés et torturés. Ils ne parleront pas. Les Brigades Spéciales des Renseignements Généraux, alliées de Berlin, finissent par démanteler l’ensemble du réseau. Après un simulacre de procès, vingt-deux membres du Groupe Manouchian, sont fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944 (Joseph Epstein est exécuté le 11 avril 1944). En vain, la propagande allemande tente de faire passer les résistants pour des criminels, au moyen d’une affiche demeurée célèbre : l’Affiche Rouge.
Le Groupe Manouchian.

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Publié le 28 Septembre 2007

 

Guy Ducoloné à Issy-les-Moulineaux, le 29 avril 2007 à l'occasion de la Journée de la Déportation.

Guy Ducoloné est résistant, déporté, président de l’association Buchenwald-Dora et Kommandos, officier de la Légion d’Honneur, ancien dirigeant du Parti communiste français, conseiller général d’Issy-les-Moulineaux (1953-1988), député des Hauts-de-Seine (1964-1988), ancien vice-président de l’Assemblée nationale, député honoraire.
 
Le 14 juillet 2007, à l’occasion de la réception française à Buchenwald, Guy Ducoloné a remis, au nom de l’ancien président de la République, Jacques Chirac, les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite à Inge et Gerhard Eisenäscher, pour leur aide et leur soutien aux prisonniers français d’Ellrich, et leur travail de Mémoire. Guy Ducoloné a également prononcé le discours suivant.
 
« Lorsqu’en juillet 1937 commençait la construction du camp de Buchenwald, nous avions, en France, célébré le 14, le 148ème anniversaire de la Révolution française. Juillet 1937, c’était en France le temps du Front Populaire et les dizaines de milliers de parisiens, qui défilaient alors de la place de la République à la Bastille, proclamaient : «  à bas le fascisme italien, à bas le nazisme hitlérien, vive la République espagnole ».
 
Nous savions qu’il y avait des camps de concentration où des milliers d’Allemands étaient enfermés. Le nom de Dachau était connu, d’une part, par les reportages de Marie-Claude Vaillant Couturier et, d’autre part, par les récits que nous faisaient des jeunes et des moins jeunes antifascistes allemands qui avaient pu fuir l’Allemagne hitlérienne. Mais, avouons-le, ce n’est qu’à partir de 1942, que les quelques 170.000 femmes et hommes (dont 80.000 juifs) partis de France, connurent la réalité monstrueuse des camps. Plus de 25.000 d’entre eux arrivèrent à Buchenwald jusqu’aux derniers convois venant de l’est de la France en novembre 1944.
 
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Ainsi, en ce 14 juillet 2007, nous avons voulu, chers amis, vous donner ce rendez-vous. Merci à vous, chers camarades internés et vous tous, amis allemands, d’être présents. Fête nationale en France, le 14 juillet porte témoignage de la chute de la monarchie et de la liberté prochaine annoncée.
 
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C’est pourtant un 14 juillet qu’un jeune allemand de 18 ans fut, en 1943, victime indirecte de notre hymne national : la Marseillaise. Ce 14 juillet, un prisonnier de guerre français travaillant en usine a demandé à un garçon allemand de jouer la Marseillaise sur son harmonica. L’hymne fut joué et son interprète, dénoncé, se retrouva à Buchenwald.
 
Merci camarade Gunther Pappenheim de ta présence parmi nous. Merci de ton geste fraternel et courageux du 14 juillet 1943. Tu fus notamment ce jour-là de ceux à qui s’adresse le couplet : « Liberté, liberté chérie, combat avec tes défenseurs ». Ainsi, sans peut-être le savoir, Gunther effaçait à sa manière ce 14 juillet 1933 où Hitler proclamait le NSDAP (le parti Hitlérien) parti unique en Allemagne.
 
Souvenons-nous toujours que ce chant résonna en janvier 1943 à l’entrée d’Auschwitz de 230 patriotes françaises. C’est encore sur ces paroles que les 2.000 Français ayant échappé aux marches de la mort se sont rassemblés, avec tous les détenus présents, pour prêter le 19 avril 1945 le Serment de Buchenwald. Ces hommes de toutes les nationalités ont, ce jour-là, juré que : « Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté ».
 
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Nos rencontres de ce mois de juillet 2007 prouvent que nous sommes encore nombreux en Allemagne, en France, en Russie, en Pologne, dans l’ex-Yougoslavie et dans les autres pays d’Europe, à demeurer fidèles à ce Serment et à poursuivre notre action sur la même voie. Nous voulons tous que les jeunes de nos pays, que leurs parents ne soient plus confrontés à la guerre.
 
Nous voulons que les jeunes et les moins jeunes conservent, non seulement le souvenir de nos camarades morts en ces lieux ; mais surtout qu’ils maintiennent le souvenir des causes et des responsables de leur mort et de nos misères. Aidons-les à refuser le mépris et la haine de l’autre quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion. Nous qui sommes encore présents, aidons les plus jeunes à refuser et à combattre les sentiments racistes, colonialistes ou antisémites. Aidons-les à refuser les idées de conquêtes mais à cultiver les idées de fraternité et de concorde entre les peuples.
 
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Les dizaines de milliers de détenus à Buchenwald, comme dans les autres camps à des degrés divers et malgré leurs différences de culture et des langues parlées, ont su s’unir dans leurs comités nationaux clandestins de résistance et dans le Comité international clandestin. Cela permit à ceux d’entre-nous présents au camp le 11 avril 1945 de dire « Nous sommes libres » aux unités américaines arrivées dans l’après-midi.
 
Je vous souhaite, chers amis, que nous puissions, encore longtemps, marcher d’un même pas dans la liberté et dans la paix. »

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Publié le 6 Août 2007

Mercredi 18 juillet, mail Raymond Menand à Issy. Nous rencontrons Jean BOYER.

 

Jean BOYER est Président de l’Amicale des Partisans Français de Slovaquie, Inspecteur Général Honoraire des Postes et Télécommunications, officier de la Légion d’Honneur, Officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Croix du Combattant Volontaire 39-45, Médaille des Evadés, Médaille des Combattants Volontaires de la Résistance, Médaille de la Libération de la Slovaquie.

 

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Inauguration de la plaque commémorant le 50ème Anniversaire de la Brigade. Jean Boyer prononce son allocution (à droite, le général d’Armée Alain de Boissieu, Grand Croix de la Légion d’Honneur, Chancelier de l'Ordre de la Libération).

 

« Je ne suis pas militaire de carrière. En 1939, j’ai 17 ans. Je suis jeune fonctionnaire aux PTT. Mobilisé le 2 septembre 1939, je suis requis civil dans la Poste aux Armées. Juin 1940 : je rejoins en vélo mon service, qui s’est replié sur Moissac. De passage à Aubusson, j’entends le discours du maréchal Pétain. Je suis effondré. C’est la débâcle de notre armée. Après quelques temps, je suis renvoyé dans mes foyers, à Clermont Ferrand. On me parle du général de Gaulle : il me semble être l’homme de la situation. Arrive le temps des Chantiers de Jeunesse en 1942. Je pars contre mon gré pour Lapleau, près d’Ussel, en Corrèze. J’en suis libéré en juin 1943. N’ayant pas le temps de rentrer chez moi, je suis envoyé en Autriche, à Brunn, au titre du Service du Travail Obligatoire.

 

Juillet 1944 : l’usine d’aéronautique au sein de laquelle nous travaillons, est régulièrement bombardée par les Alliés. Les autorités du Reich décident de nous transférer pour partie en Allemagne, près de Berlin, pour partie en Slovaquie. Je prends cette option. La Slovaquie n'est pas occupée et, là-bas, je pourrai sans doute m’évader. Mais n’étant pas inscrit sur les listes pour Dubnica, je suis refoulé. Après quelques péripéties, je parviens à me faufiler dans un nouveau convoi pour ce pays. Nous sommes maintenant installés dans l’usine slovaque.

 

Avec quelques camarades, nous savons que des poches de résistance existent dans les montagnes toutes proches et que des prisonniers de guerre français, arrivant de Hongrie, sont en contact avec elles. A plusieurs, nous réussissons rapidement à nous sauver de l’usine et nous rejoignons le maquis. Les contacts sont relativement aisés. Nous sommes bien accueillis par la population, qui n’en peut plus du régime pro-allemand et dictatorial du prêtre Tiso. De plus, un bon nombre de slovaques ont passé, dans leur jeunesse, du temps à Paris. Ils n’ont pas oublié la langue. Là, je fais également la connaissance des lieutenants français Poupet et Georges de Lannurien. Ce dernier, conseillé par la Résistance slovaque, rencontre le colonel russe Velicko, parachuté par l’Armée Rouge pour organiser l’insurrection. L’officier soviétique commande la Brigade Stefanik, du nom de ce général français d'origine slovaque, spécialiste de l’aéronautique et venu parfaire sa formation en France (sa statue se trouve dans les jardins de l’Observatoire de Meudon). Après des débuts hésitants, les deux hommes vont s’entendre. Bientôt, Lannurien est nommé capitaine et commande la compagnie des Français. Celle-ci s’intègre aux éléments russes – évadés et parachutistes – et slovaques.

 

Le 25 août 1944, les partisans russes de la Brigade interceptent un convoi allemand. Trente dignitaires nazis sont arrêtés et fusillés. Hitler décide d’envahir immédiatement la Slovaquie. Sept divisions (quatre de la Wehrmacht et trois des SS) entrent dans le pays. Notre but consiste à ralentir autant que possible l’avancée ennemie, pour permettre à l’Armée Rouge d’atteindre la Slovaquie par l’Est. Mais nous n’avons que trop peu d’équipements : trois camions, des fusils, quelques lanceurs de mines. Face à des chars Tiger, que pouvions-nous faire ? En deux mois et demi, les combats ne cesseront pas. Un grand nombre de camarades meurt les armes à la main. Fin octobre 1944, les Allemands ont pris tout le territoire. Nos compagnons slovaques retournent dans leurs familles et arrivent, tant bien que mal, à se fondre dans la population. Quant à nous, nous nous réfugions dans les montagnes.

 

Un matin, je quitte notre camp retranché. Il s’agit de retrouver un dépôt de l’Armée slovaque et d’y récupérer des armes et des médicaments. Tout à coup, mon compagnon de chemin, un slovaque, entend un bruit sur la droite. Des hommes parlent. Ils sont à quelques mètres. Nous distinguons parfaitement leur discussion. « Ce sont des Russes » me dit-il. Il se lève et fait signe. En fait d’amis, il s’agit d’un groupe d’Ukrainiens enrôlés dans les troupes SS ! Nous voilà prisonniers. Les hommes nous emmènent dans la ville d’Hronec puis nous enferment dans la prison. Là, nous voyons plusieurs familles. Certainement des juifs ashkénazes. Je passe devant le capitaine SS. « Tu es un terroriste. Tu as pris les armes contre nous. Demain, à cinq heures, tu seras fusillé. Tu peux me donner tes chaussures de montagne : demain matin, elles ne te serviront à rien.

 

Il fallait croire que Dieu était avec nous. Dans la nuit, un paysan slovaque vient à la prison. Il apporte un seau de soupe et obtient l’autorisation de nous en donner. Il me reconnaît. Oui, je suis bien ce jeune Français rencontré dans la montagne quelques semaines plus tôt. L’homme nous demande, mon camarade et moi, de ne pas bouger. Dans quelques minutes il reviendra avec de la gnole et, pendant que les gardes boiront de l’alcool, il nous fera signe pour nous échapper. Quelques minutes d’un espoir fou. Et le plan se déroule parfaitement. Nous nous sauvons. Aussi rapidement que peuvent nous porter nos jambes, nous courrons nous réfugier dans une ferme indiquée par le paysan. Nous enfilons de vieux vêtements, histoire de passer pour de pauvres bougres. Le but étant bien entendu de retrouver au plus vite la montagne et le campement de nos combattants. Nous reprenons la route. A un passage à niveau, fermé car le train arrive, nous voilà en présence d’un officier SS, accompagné d’un berger allemand. L’animal ne sent pas la peur qui nous envahit. Les barrières se lèvent ; l’officier poursuit son chemin sans même nous jeter un regard. Dieu est encore avec nous.

 

Nous finissons par retrouver les Français. Quelques jours plus tard, nous apprenons que tous les prisonniers que nous avons côtoyés à Hronec ont été fusillés, en guise de représailles. Même les enfants ont été passés par les armes. Notre campement ne sera pas découvert et nous y resterons jusqu’en février 1945. Un jour, les Russes nous confient le pilote d’un avion américain abattu au dessus des montagnes. Après avoir difficilement rejoint le front russe, nous décidons de remettre le soldat à une mission qui se trouve dans l’Est de la Hongrie. Cela facilitera, pensons-nous, notre retour en France. De fait, les Autorités américaines proposent de nous renvoyer immédiatement dans notre chère patrie. Et pourtant… Pourtant, nous devons encore traverser des épreuves. Là, ce sont des Russes qui s’opposent à la demande US. Ils  nous enferment dans un camp. Ailleurs, ce sont d’autres Russes qui nous accueillent avec gentillesse et nous promettent d’accélérer notre retour. Finalement, nous arrivons à Bucarest. Nous obtenons le droit de prendre un train pour Odessa (j’ai le souvenir d’avoir effectué la majeure partie du trajet sur le toit d’un wagon, tant il y avait de réfugiés). A Berlin, la capitulation allemande est signée depuis quatre jours. Au port, encore des tracasseries administratives, une attente interminable. Finalement, nous embarquons. Enfin, la France ! Notre débarquement a lieu dans le port de Marseille en juillet 1945. Je vais pouvoir revoir les miens… quittés trois ans plus tôt ! »

 

Il existe à Paris, sur la place Stefanik, une plaque, inaugurée en 1994 pour le 50ème anniversaire du soulèvement des Français de Slovaquie, sur laquelle sont inscrits les mots suivants : « En 1944-1945, 147 évadés de guerre et 55 évadés du STO formèrent sous le commandement du capitaine de Lannurien, une compagnie de l’armée française qui fut intégrée dans la brigade de partisans « général Stefanik » en Slovaquie. Cette compagnie participa aux côtés de l’armée slovaque insurgée et de partisans russes à la lutte contre les nazis dans les Carpates. Elle eut 56 tués et 45 blessés. Elle fut citée à l’ordre de l’armée par le général de gaulle en décembre 44, lors de son passage à Moscou ».

 

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Publié le 25 Juillet 2007

Robert Choffé, ancien de Rhin et Danube.

Robert Choffé, ancien de Rhin et Danube.

Au début du mois de juillet 2007, le Souvenir Français a rencontré Monsieur R. C., isséen de souche, Ancien Combattant Volontaire, qui, par pudeur et par modestie, a souhaité que son nom ne soit pas mentionné.

« Pour moi, l’engagement était naturel. De métier, j’étais mouleur – fondeur. En 1944, je rentre dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur). On nous faisait coucher dans le sous-sol de l’école Paul Bert. En septembre 1944, nous sommes regroupés au Petit Séminaire d’Issy, et nous devenons des Francs Tireurs Partisans (FTP). Je signe, comme tous mes camarades, un engagement pour la « durée de la guerre ». Je suis alors affecté à l’Etat-major et je deviens orienteur au 32ème régiment d’Artillerie Divisionnaire. Mon nouveau métier consiste à participer au déminage de zones et ensuite à calculer nos positions – nous faisons ce que nous appelons un cheminement calculé – dans le but de mettre en place des tripodes pour donner des coordonnées - longitudes et latitudes - qui permettront à l’artillerie de maximiser ses tirs. De plus, je donnais des coups de main aux observateurs ; ces missions consistaient à s’infiltrer, de préférence la nuit, dans les lignes ennemies. C’est dans ce contexte, que nous avons débarqué sur l’île d’Oléron, dans le cadre de l’Opération Jupiter ».

Les îles de Ré et d’Oléron, comme toute la côte, sont rapidement occupées par les Allemands, dès 1940. La Wehrmacht bâtit ce qui deviendra le Mur de l’Atlantique : 1.000 blockhaus, 1.300 pièces d’artillerie, des mines partout, sur les plages, les chemins, les prairies environnantes et un rideau de barbelés réputé infranchissable. En 1944, alors que l’avance des Alliés est réelle, au-delà de la Normandie, Hitler donne l’ordre aux secteurs fortifiés de la côte de résister. Ainsi, et jusqu’à la fin de la guerre, subsisteront des poches de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire et tout le secteur de La Rochelle (englobant les îles et Royan). La Résistance française n’est pas inactive et fournit des renseignements qui seront capitaux aux troupes de l’Opération Jupiter d’avril 1945.

 

« Avant le débarquement, les artilleurs ont pilonné les fortifications allemandes des îles, grâce aux renseignements que mes camarades et moi donnions. D’ailleurs, nous avions vu juste parce, entre les canons et les ouvrages ennemis, il y avait plusieurs kilomètres, et nous avons mis dans le mille ! J’étais d’ailleurs meilleur pour cela que pour le combat : dans la barge qui nous emmenait sur Oléron, il y avait tellement de vagues que mon fusil est passé par-dessus bord ! ».

 

A la fin, en mai 1945, après des combats parfois d’une grande intensité, les négociateurs de l’Opération Jupiter, dont le capitaine de frégate Meyer, obtiennent la reddition des îles, comme de toute la « poche de Royan ».

 


« A la suite de cette opération, j’ai fait quelques temps de classe à Saint-Loup sur Thouré puis, au sein de la 1ère Armée, Rhin et Danube – chère à de Lattre de Tassigny – je suis envoyé en Allemagne pour participer au déminage et à la destruction des bunkers de la ligne Siegfried. Plus d’une fois nos gars ont laissé leur vie dans des champs de mines. Je me souviens en particulier de mon lieutenant, Bonnet, qui est mort alors qu’il transportait des explosifs et des bouteilles d’oxygène dans sa chenillette. Le feu a pris dans le moteur et l’explosion a été terrible. Après, j’ai fait l’Ecole des Sous-officiers, en Allemagne, jusqu’en septembre 1945. J’ai même participé sur les Champs-Elysées au premier défilé de la Victoire. Puis, pour un certain nombre de raisons personnelles, et parce que j’avais déjà vu pas mal d’horreurs, j’ai quitté l’armée, je suis redevenu un civil et je suis entré chez Renault à Boulogne-Billancourt. Et j’ai oublié ce que j’avais fait ; je n’ai, par contre, j’avais effacé de ma mémoire les images des camarades, leur courage, et parfois leur vie sacrifiée ».

 

Robert Choffé.

 

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Publié le 17 Juillet 2007

Ma petite participation au Débarquement, par Renée Boutet de Monvel.

Juin 2007. Nous rencontrons le docteur Renée Boutet de Monvel, d’Issy-les-Moulineaux, médecin-gynécologue et qui a créé en 1962 le premier centre médical du Planning Familial en France. Nous nous asseyons à sa table. Les Métamorphoses de Richard Strauss – écrites en pleine tragédie allemande, au début de 1945 – nous accompagnent.

 

« Mai 1944. Les bombardements se multiplient sur Reims où nous habitons. Nous descendons fréquemment dans un abri souterrain bien précaire, creusé au fond du jardin de l’immeuble. Notre fils, Louis, âgé de 3 ans, y est chaque fois terrifié.

 

Mon mari et moi décidons que je parte avec nos deux enfants (3 ans et 16 mois) et avec ma sœur, Tita, pour nous installer provisoirement à Paris, dans un petit appartement loué par mes parents, rue de l’Université. Nous y serons, pensons-nous, à l’abri de tout bombardement. L’idée est d’y attendre qu’un oncle qui peut avoir de l’essence grâce à l’usine de goudron Lassailly, d’Issy-les-Moulineaux, fondée par son père et dont il est l’un des sous-directeurs, puisse nous faire conduire en voiture à Combleux, près d’Orléans, dans la propriété de ma grand-mère maternelle, en pleine campagne. Mon mari reste à Reims jusqu’à la fin de l’année scolaire, y étant professeur de lettres. Il nous rejoindra, un mois plus tard, faisant près de 200 kilomètres en bicyclette.

 

Nous logeons donc rue de l’Université. Un après-midi : coup de sonnette ! C’est Michel Bourgeois, 22 ans, ami aimé comme un frère, ayant été pensionnaire dans ma famille pendant plusieurs années, parce que nerveux et fragile. Il nous fait signe de ne pas faire de bruit et nous demande si nous voulons bien le recevoir une dizaine de jours. « Oui, bien sûr ». Il s’installe et se met de suite au travail. Sur un drôle de petite machine, il tape sans discontinuer quelque chose en morse. Il finit par nous dire que c’est pour Londres, des renseignements sur les endroits, en Normandie, où des parachutistes ou des avions pourraient atterrir. Après une semaine, il nous dit qu’il a terminé sa tâche et repart. Nous saurons plus tard qu’il a été arrêté en juillet 1944 et déporté à Bergen-Belsen. Nous ne le reverrons qu’à la fin de l’année 1945, venu nous voir à Bellevue (Meudon), squelettique mais ayant survécu à sa détention d’une année.

 

Nous, ma sœur Tita et les deux enfants, avons enfin la chance d’être emmenés en voiture à Combleux. Nous ne nous sommes pas très bien rendu compte de ce qu’il avait fait, qui a sans doute beaucoup servi.

 

A Combleux, règne un calme relatif. Je subis l’indignation d’une vieille tante au vu de ma 3ème grossesse. Nous participons au « goûter des mères » à la mairie car le ravitaillement est précaire. De nombreux réfugiés sont présents. Ma grand-mère en recueille un grand nombre, presque une quarantaine. Une sorte de vie communautaire s’installe dans cette maison familiale. Nous passons quelques nuits dans la cave car, début septembre 1944, il y a encore des bombardements sur Orléans et sa région. Nous voyons les Allemands, affolés, refluer. L’un d’eux entre dans la maison à la recherche de je ne sais quoi. Nous voilà nez-à-nez ; je pense qu’il a autant peur que moi et il s’enfuit sans demander son reste. Puis c’est l’arrivée des Américains, en jeeps, avec cigarettes et chocolat à profusion. Nous retournons en octobre 1944 à Reims. Nous y avons à nouveau des inquiétudes car, paraît-il, les Allemands ont lancé une contre-offensive et seront bientôt à Laon. Cette frayeur ne sera que passagère. Et au milieu de cela, mon fils, Olivier, naît le 13 décembre ».

 

Après la guerre, métamorphosé par son expérience des camps de concentration, Michel Bourgeois devient prêtre (« Grâce à l’homme, je n’ai pas manqué Dieu ») ; après un long séjour dans le nord, à Denain puis à Valenciennes, pendant 23 ans il est aumônier auprès des marins-pêcheurs de Saint-Vaast-la-Hougue, dans la Manche. En octobre 2001, se confiant au journal La Croix, il disait ceci : « L’arrivée au camp était une plongée si radicalement « hors de toute référence connue » que l’entendement ne pouvait ni suivre ni digérer. Durant quatre mois, je suis demeuré en état de choc, sans pouvoir nommer ce que je vivais ».

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Publié le 13 Juin 2007

Témoignage sur le Vercors : Le malentendu permanent, par le colonel Richard MARILLIER.

Le 4 juin dernier, disparaissait le général Alain Le Ray, figure historique de la Résistance française. Le général fut le premier à s'être évadé de la forteresse de Colditz en 1941. Il entra en 1943 dans la résistance et devient le premier chef militaire du maquis du Vercors.

L’action du général Le Ray nous permet de rappeler ce que fut le maquis du Vercors. Le colonel Richard Marillier, commandeur de la Légion d'Honneur, résistant de la première heure sur ce plateau nous a fait l’amitié de nous donner son avis.


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«Je n’ai pas connu le capitaine Le Ray dans le Vercors pour la simple raison que je n’y étais pas lorsqu’il y était et qu’il n’y était plus lorsque j’y suis arrivé. Je l’ai rencontré, pour la première fois, le 5 novembre 1944, à Grenoble, lors d’une prise d’armes où nous faisions partie, tous les deux, des huit résistants décorés par le général de Gaulle. Je l’ai revu, par la suite, sur le front des Alpes, puis, beaucoup plus tard, en Région parisienne lorsqu’il était général. Ces dernières années, je lui téléphonais de temps en temps et nous évoquions le Vercors. Il me disait que cela le réconfortait de m’entendre puisqu’il n’y voyait plus guère et ne pouvait plus communiquer par l’écriture. Huit jours avant sa mort, Roland Bechmann (Lescot dans le Vercors), gendre de Jean Prévost, me téléphonait pour me dire que le général Le Ray était dans un coma profond et que c’était la fin.

 

L’histoire du Vercors est, à la fois, simple dans sa conception et très compliquée dans sa réalisation. De quoi s’agissait-il ? Tout simplement de faire du massif – véritable forteresse naturelle – une terre d’accueil et de recueil pour des unités parachutistes en liaison avec un débarquement dans le midi. Cette idée, exprimée par Pierre Dalloz et Jean Prévost, mise en forme par Alain Le Ray, relayée par Yves Farge et défendue par le général Delestraint et Jean Moulin devant le général de Gaulle à Londres, fut entérinée en février 1943 sous le nom de Plan Montagnard. En conséquence, un Comité de Combat du Vercors fut créé et commença ce que j’appelle un malentendu permanent entre ceux qui espèrent et ceux qui attribuent. Non, vous ne recevrez pas de renforts aéroportés mais recueillerez un commando de parachutistes américains et nous vous demandons d’aménager deux pistes d’atterrissage pour gros porteurs. Oui, le Plan Montagnard est toujours valable ; pour preuve, le 14 juillet 1944, 72 forteresses de l’US Air Force nous larguent, en plein jour, de quoi armer 2.000 hommes.

En fait, il existait un décalage entre ce que le BCRA d’Alger prescrivait et les moyens nécessaires dont il ne disposait pas. De toute façon, le drame du Vercors commença avec l’arrestation du général Delestraint et de Jean Moulin, les seuls qui se seraient opposés au déclenchement du Plan dans de telles conditions. Le maquis du Vercors ne disposait, le 6 juin, ni des effectifs ni de l’armement nécessaires. La suite, on la connaît : 15.000 soldats allemands (chasseurs de montagnes, bataillons de Volontaires de l’Est (« Mongols »), artillerie divisionnaire, 240 aviateurs, des panzers divisions, des parachutistes) sont déployés et attaquent. La bataille dure 56 heures ; le bilan est éloquent : l’Histoire retiendra que 629 maquisards auxquels il convient d’ajouter 210 civils y perdront la vie, ce qui signifie, si l’on s’en réfère aux chiffres officiels de l’Association des Pionniers du Vercors, que plus de 3.000 combattants ont pu, soit survivre dans le maquis au milieu des Allemands, soit quitter ce même plateau par des issues de secours. L’Histoire retiendra aussi qu’environ 120 soldats de la Wehrmacht y ont été tués et que le lendemain de l’opération du Vercors le général allemand Karl Pfaum a été relevé de son commandement, le général Streicker le remplaçant à la tête de la Division 157, le 1er septembre 1944 ».


Le colonel Marillier a publié plusieurs livres sur le Vercors, aux Editions de l’Armançon : http://www.editions-armancon.fr/ . Par ailleurs, le colonel Marillier connaît bien Issy-les-Moulineaux  : en tant que Directeur Adjoint Délégué du Tour de France, entre 1981 et 1990, il présentait chaque années au PACI les itinéraires et les équipes.

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