Et l'Algérie devint française.

Publié le 30 Avril 2016

Charge du colonel Louis Morris du 4e régiment de chasseurs d’Afrique contre la smala d’Abd El-Kader, 1843.

Les origines.

L’idée d’une intervention militaire française en Algérie ne s’est pas décidée rapidement et sans concertation. Les origines de cette conquête se sont bâties sur plusieurs éléments et circonstances, qu’il convient d’ailleurs, comme d’habitude de replacer dans le contexte politique, économique et intellectuel d’alors.

La régence d’Alger, dont le territoire correspond à la partie non saharienne de l’Algérie actuelle, est depuis le 16e siècle une dépendance de l’Empire ottoman. En réalité, elle est quasi indépendante. Le territoire est réparti entre le sultan et les beys qui sont théoriquement des vassaux. La régence est en déclin depuis le début des guerres napoléoniennes qui limitent le commerce en Méditerranée. De 1802 à 1821, le pays est en proie à la violente dissidence des tribus de l’arrière-pays et à la rébellion des populations qui affichent ouvertement leur désir de se débarrasser de la régence. Sur la plan militaire, la flotte d’Alger est dépassée et ne peut plus tenir tête aux marines des pays européens.

La crise sociale déclenche une crise politique, le dey d’Alger semble contesté par les beys. L’implosion intérieure est effective dans les années 1820. Le pays est fragilisé : la perte de sa flotte à la bataille de Navarin (20 octobre 1827) livre le pays au blocus maritime étranger. Celui-ci commence en juin 1827 et va durer trois ans. La disette pousse le reste des populations dans l’action armée qui prend la forme d’une guérilla larvée contre les représentants de la régence.

Du côté français, le gouvernement du prince de Polignac espère revivre les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l’influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée. D’autres raisons sont également évoquées de ce côté-là du bassin : Polignac veut renouer avec le prestige de la monarchie afin de juguler l’opposition intérieure ; il est question de richesses en Algérie. Celles-ci pourraient bien faire l’affaire des finances du royaume de France. Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons qui vont pousser la France à intervenir militairement, régulièrement les bateaux de marchandises européens sont pillés par les barbares. Quant aux chrétiens présents en Afrique du Nord, même si de nombreux travailleurs sont libres, une frange non négligeable est encore réduite en esclavage.

Les débats sont nombreux au sein du gouvernement de Polignac. Les hésitations également. Un prétexte serait le bienvenu : il arrive par un coup d’éventail porté par le régent Hussein Dey au consul de France, Pierre Deval, à Alger le 30 avril 1827 ! Ce coup n’a pas été porté par hasard : il est fait suite à un défaut de paiement de la France sur des affaires de commerce de blé avec le dey d’Alger. Qu’importe : le prétexte a été trouvé. L’action militaire peut commencer.

La reddition d’Alger.

Charles X, roi de France et Polignac, se décident en janvier 1830 à entreprendre une action militaire en Algérie. Les 36.000 hommes du général de Bourmont transportés par les vaisseaux de l’amiral Duperré débarquent à Sidi-Ferruch du 14 au 16 juin 1830. Ayant repoussé les Turcs, qui occupent la région au nom de l’Empire ottoman, et 40.000 cavaliers rassemblés par Ibrahim, gendre du dey, les Français s’emparent d’Alger où le dey capitule le 5 juillet.

Le gouvernement passe en France, mais les conquêtes demeurent… Issu de la révolution de 1830, le roi des Français, Louis-Philippe, se borne d’abord à une occupation restreinte. Les généraux Clauzel, Savary, Berthezène, Voirol et Drouet d’Erlon, qui se succèdent pendant cinq ans, sans grands moyens ni directives se contentent d’occuper Alger et ses environs : Bône, Oran et Bougie. Pour augmenter ses effectifs, le commandement met sur pied des formations nouvelles : zouaves, légion, spahis, tirailleurs, chasseurs, tandis que les bureaux arabes établissent le contact avec les populations.

Durant les quatre premières années de présence française, on voit arriver un nombre important de colons qui sont alors divisés en trois classes :

  • Ceux qui ont assez de ressources pour construire leur maison, à qui on donne dix hectares ;
  • Les anciens militaires, qui reçoivent six hectares ;
  • Les colons sans ressources à qui on attribue quatre hectares.

Cependant, devant l’afflux trop important de colons, le général Savary obligent les nouveaux venus à avoir de quoi subvenir à leurs besoins pendant un an. Mais en 1832, deux chefs arabes, Abd el-Kader, émir de Mascara, et le bey de Constantine, Hadjdj Ahmad, se dressent contre les Français ; ceux-ci tentent d’abord de négocier, et par le traité du 26 février 1834, le général Desmichels reconnait l’autorité d’Abd el-Kader sur l’ouest algérien. Mais le général Trézel prend sous sa protection des tribus que l’émir considère comme relevant de son autorité : Abd el-Kader reprend la lutte et écrase la colonne Trézel à la Macta (1835). A la suite de cet échec, la France envoie des renforts ; Clauzel et le duc d’Orléans enlèvent Mascara mais échouent devant Constantine. Chargé de neutraliser Abd el-Kader, le général Bugeaud négocie le traité de la Tafna (1837) qui reconnait au chef arabe l’autorité sur tout le pays, sauf les villes côtières. A ce moment-là, la France semble abandonner tout le territoire à Abd el-Kader. Les avantages territoriaux qui lui sont reconnus sont très supérieurs à ceux qu’il exerçait initialement.

Cependant, à l’est, les Français portent leur effort sur Constantine qui est enlevée par le général Valée le 13 octobre 1837. Mais Abd el-Kader, en deux ans, organise une véritable armée, forte de plus de 50.000 hommes, et, après s’être assuré de l’appui du sultan du Maroc, déclare la guerre à la France le 18 novembre 1839 et pousse une pointe sur Alger.

L’occupation totale.

Redevenu chef du gouvernement au début de 1840, Adolphe Thiers, pour se démarquer de ses prédécesseurs et conquérir de la gloire, dénonce la politique consistant à limiter l’occupation française aux enclaves côtières en abandonnant de fait l’intérieur des terres à l’émir. Il se livre à une critique sévère du traité de Tafna. Pour lui, la France n’aura la paix en Algérie qu’en soumettant entièrement le territoire. Elle peut ainsi réaliser une excellente affaire puisque le pays était riche et prospère au temps de l’Empire romain… Le roi Louis-Philippe est en accord avec cette conception car il a compris que l’Algérie forme un terrain idéal sur lequel ses fils peuvent cueillir les lauriers militaires qui consolideront le prestige de sa dynastie. Le roi et son gouvernement vont donc braver les oppositions de ceux qui, à droite comme à gauche, craignent de voir l’armée engagée sur un théâtre lointain et contestent la valeur économique de l’Algérie.

Le général Bugeaud, qui passe pour un spécialiste de ces questions, est nommé gouverneur général de l’Algérie par Thiers en 1840. Il embarque à Toulon et le jour même de son arrivée, il adresse une proclamation aux habitants ainsi qu’à l’armée. Aux habitants, il expose qu’il a été l’adversaire de la conquête absolue en raison des moyens humains et financiers qu’elle exige, mais qu’il s’y consacrera désormais tout entier. A l’armée, il dit que son but n’est pas de faire fuir les Arabes, mais de les soumettre.

Bugeaud obtient la permission d’attaquer le Maroc qui aidait l’émir Abd el-Kader dans sa résistance. Le 14 août 1844, les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l’oued d’Isly. S’ensuit la bataille du même nom, non loin de la frontière. Sa victoire met fin à l’aide marocaine, les spahis continuent de pourchasser Abd –el-Kader jusqu’au 21 décembre 1847, date de sa reddition. Sa soumission officielle à la France a lieu le 23 décembre 1847. Dans le même temps, la flotte française bombarde Tanger et Mogador (Essaouira).

Le second Empire (1848-1870) porte son effort militaire sur les pays berbères, dont il s’attache à obtenir la soumission ; après la prise de Zaatcha (1849), le général Saint-Arnaud s’attaque à la petite Kabylie ; sous le gouvernement du maréchal Randon, en 1857, la France affirme son autorité sur la Grande Kabylie en créant, après la prise d’Ichériden, Fort-l’Empereur (devenu Fort-National). La pénétration s’exerce au sud d’abord – après l’occupation des oasis de Laghouat et de Touggourt (1854), l’explorateur Duveyrier pénètre chez les Touareg – puis dans le Sud-Oranais où, après plusieurs expéditions contre les Beni Snassen, les confins algéro-marocains seront soumis, à la veille de la guerre de 1870, par le général de Wimpffen.

Mais la France hésite entre une politique d’assimilation et une politique de semi-autonomie. De 1852 à 1858, Napoléon III substitue au régime civil de la 1ère République un régime militaire qui supprime la représentation algérienne au Parlement, mais maintient les trois départements (Alger, Oran, Constantine), créés par la République et administrés par les préfets, à l’exception des territoires militaires du Sud. Pour faciliter la colonisation, la gouverneur général Randon cantonne les autochtones ; mais l’hostilité des colons au contrôle de l’armée, jugé trop favorable aux musulmans, provoque, en 1848, la suppression du gouvernement général et son remplacement par un ministère de l’Algérie et des Colonies, siégeant à Paris et confié au prince Napoléon qui, incompétent, est remplacé dès 1859 par le marquis de Chasseloup-Laubat.

Un voyage qu’il accomplit en Algérie en septembre 1860 incite Napoléon III, séduit par la noblesse des autochtones et mécontent des abus de la colonisation européenne, à renoncer à la colonisation et à promouvoir l’idée du « royaume arabe », qui doit être non pas exploité, mais élevé au niveau de la métropole. Il rétablit donc le gouvernement général et le régime militaire.

La grande majorité des Européens n’ayant pas la citoyenneté française étaient donc privés de députés. En décembre 1866, sont rétablies les dispositions sur la gestion démocratique des communes. A la fin de l’Empire, il ya 96 communes contre 47 en 1852.

Après le départ des Turcs, la rudimentaire organisation barbaresque est maintenue avec les provinces, les aghas, khalifas auxquels s’ajoutent les bachagas (niveau intermédiaire). L’unité administrative de base reste la tribu contrôlée par un caïd. Ce dernier dispose d’un goum de mokhaznis ou d’une smala de spahis. Le tout est supervisé par les Bureaux arabes.

Sources :

  • Encyclopédie Larousse en ligne : www.larousse.fr
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Georges Bensadou, Sidi-bel-Abbès naissance d’une ville, L’Algérianiste, septembre 1996.
  • Service d’Information et de Relations Publique de l’Armée de terre (SIRPA Terre).
  • Division communication et information de la Légion étrangère.
  • L’armée d’Afrique, Collectif, Ed. Lavauzelle, 1980.
  • Site www.legion-etrangere.com du Ministère de la Défense.

Rédigé par Souvenir Français Issy

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