Publié le 30 Juillet 2008



Le Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux vous souhaite de bonnes vacances d'été et vous propose de vous retrouver à la rentrée, avec au programme la publication de :

# Une série d'articles sur le Stand de Tir, qui était situé à Balard, sur l'ancien Champ de Manoeuvres des Moulineaux, et qui est un site oublié de la Seconde Guerre mondiale, où 143 Français furent fusillés entre 1942 et 1944.

# Une série d'articles sur près de 40 biographies des fusillés du Stand de Tir.

# L'histoire de Michel Savelieff, soldat russe de la Première Guerre mondiale, enterré dans le carré militaire d'Issy.


Alors, rendez-vous au mois de septembre !

Amicalement,

Général Roland GLAVANY - Président d'Honneur
Gérard RIBLET - Président
Thierry GANDOLFO - Trésorier
Gilles GUILLEMONT - Webmaster
Frédéric-Edmond RIGNAULT - Secrétaire

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Publié le 26 Juillet 2008

 

 

Créée au cours du mois d’octobre 1945, par des déportés et des internés, la Fédération nationale des déportés, internés et résistants et patriotes œuvre d’abord pour le Devoir de Mémoire : conserver l’héritage et la mémoire de toutes celles et de tous ceux morts, entre autres, dans les Camps de concentration. A ce titre, l’association rassemble des anciens déportés comme des hommes et des femmes qui combattirent le 3ème Reich.Le Comité d’honneur est composé de personnalités suivantes : Pasteur Aimé Bonifas, Henry Bulawko, Révérend-Père Robert Chautagnat, Roland Dumas, Grand Rabbin Alain Goldmann, Juliette Gréco, Stéphane Hessel, Alix Lhote, Georges Séguy, Pierre Sudreau, Serge Wourgaft.
A Issy-les-Moulineaux, l'association est présidée par Guy Ducoloné, dont la photographie est ci-dessus. Guy Ducoloné a été résistant, déporté à Buchenwald. Après la guerre, il entame une carrière politique qui va le mener aux responsabilités de conseiller général d'Issy de 1953 à 1988 et député de la circonscription de 1964 à 1988. Officier de la Légion d'honneur, président de l'association internationale Buchenwald-Dora, ancien vice-président de l'Assemblée nationale, député honoraire, Guy Ducoloné est aidé dans ses fonctions au sein du Comité local de la FNDIRP par Mesdames Lucette Pontet et Georgette Poussange. 

 

 

L’association intervient également dans plusieurs domaines :

 # Activités judiciaires : constitution de partie civile dans les procès intentés pour crime contre l’humanité, ou contre les tentatives négationnistes.
# Activités internationales : contribution aux efforts pour la paix, le développement et le désarmement (soutien aux actions contre les mines anti-personnelles par exemple).
# Activités sociales : entraide et solidarité, création d’un centre médical et d’une maison de retraite…
# Activités médicales : mieux connaître la pathologie spécifique et les séquelles de la déportation et de l’internement pour mieux soigner.

Le 27 avril 2008, à l’occasion de la Journée nationale de la Déportation, Guy Ducoloné indiquait :

« La dictature nazie en Allemagne, l’occupation des pays d’Europe sont bien d’une époque particulière qui oblige à une mémoire bien précise. Les mots de Berthold Brecht sont encore vrais : « Le ventre de la bête immonde est toujours fécond ». En participant à cette journée nous sommes de ceux qui disent : non au racisme et à l’antisémitisme ; oui à la solidarité et à l’amitié entre les hommes et les femmes sans distinction de religion, de tradition ou de couleur de peau. C’est ce message que sans relâche portent les associations de déportés d’internés de leurs familles et de leurs amis. (…).

Il est nécessaire aujourd’hui de rappeler les épreuves subies par les dizaines de milliers de victimes des exactions qui furent infligées à ceux, hommes et femmes, qui s’étaient élevés contre la barbarie ou furent arbitrairement envoyés à la mort. Il est nécessaire de rendre hommage aux armées alliées et aux forces de la Résistance intérieure et extérieure qui ont permis la victoire sur le nazisme. Il est nécessaire que soient tirés les enseignements susceptibles d’éclairer l’avenir. Les nouvelles générations doivent avoir conscience de la valeur primordiale des principes que les nazis et leurs complices avaient foulés au pied. Elles doivent lutter sans relâche contre les violations des droits de la personne humaine. Souvenons-nous ! Le regard qui prive l’autre de sa dignité et de sa liberté, avant de le priver de son droit à l’existence, est une réalité toujours prompte à resurgir. C’est pourquoi, les survivants demandent aux générations montantes, instruites de ce qui fut et conscientes de ce qui est, d’avoir le courage et l’énergie de construire un monde meilleur ».

 Enfin, l’association édite une revue, le Patriote Résistant, et a un site internet : www.fndirp.asso.fr


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Publié le 18 Juillet 2008

Les photographies ci-dessous, d’août 1944 à Issy-les-Moulineaux,  nous ont été aimablement prêtées par la section locale de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), présidée à Issy par Monsieur Guy Ducoloné.

 







Même s’il n’est pas dit que des membres des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) soient présents sur ces photographies, il convient de rappeler ce qu’elles furent.
Il s’agit du nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, les Francs tireurs partisans français (FTPF), l’Organisation de résistance de l’armée.
L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). Les FTP-F (Francs tireurs partisans puis Francs tireurs et partisans français) représentent un mouvement de résistance armée, conçu par le Parti communiste français, à la fin de 1941, après l'invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes (depuis 1939 et le Pacte germano-soviétique, le PCF est interdit). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.
En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Chapeautant cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud. 
Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas). 
Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris. 
Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

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Publié le 11 Juillet 2008

Rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux, juin 2008 : Madame Renée Pagès nous reçoit et nous parle de son défunt époux : le lieutenant-colonel Henry Pagès.

 


 

 

En 1950, le capitaine Henry Pagès s’engage dans le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) et est affecté au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie). Il rejoint le nord du Tonkin et se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française (septembre 1950), située à la frontière entre Indochine et Chine. L’évacuation tourne au désastre.
Le succès de l’opération repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, venant de Lang Son, autre garnison à la frontière des deux pays. Attaquées et très vite débordées par les Bodoïs Vietminh, les troupes du CEFEO sont massacrées. La grande majorité des survivants est emmenée dans des camps. Seuls 475 soldats et 12 officiers, sur les 5.000 français présents, ont réussi à rejoindre le poste colonial de That Khé à travers la jungle.
Commandant Jean Pouget : « A Diên Biên Phù (NDLR : 7 mai 1954), c’est fini. Nous voilà prisonniers. Les officiers supérieurs ont été séparés de nous. Ils ont fait le voyage en camion. Et nous, nous étions à pied. Je savais que les types qui marchaient pieds nus étaient condamnés. Je savais qu’il y avait 700 kilomètres depuis Diên Biên Phù jusqu’au camp. Des anciens avaient parlé. Nous marchions de nuit. Nous n’avions qu’une boule de riz à manger par jour. Mais on y est arrivé. On a laissé de nombreux camarades sur la piste. La dysenterie, les pieds gangrénés, toutes les maladies possibles. On les abandonnait dans des villages. Ils y mouraient. Et puis, je suis arrivé moi-aussi au Camp n°1. Et là, on a retrouvé les anciens. Des gars qui étaient là depuis des années ».
En 1954, Jean Pouget retrouve le capitaine Henry Pagès, qui lui en est à sa quatrième année de captivité !
Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».
Dans l’article Le Camp n°1 en 1954, paru dans la revue Floréal An X, de l’association des membres de la Légion d’honneur décorés au péril de leur vie (DPLV), Henry Pagès indique : « Tout d’abord, on exigea des prisonniers qu’ils rédigent et qu’ils signent un manifeste collectif à la gloire du régime et à destination de la métropole. La rédaction et la signature ayant fait apparaître de la mauvaise volonté, on prit de sanctions : nourriture encore plus infecte que d’ordinaire, blocage du courrier, transport de bois et de sacs de riz, corvées diverses… ».
Jean Pouget ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. »
Le général Marcel Bigeard : « Il y avait la rééducation ; mais cela ne prenait pas sur des types qui avaient 35, 40 ans. Il y avait des sujets donnés par le Vietminh et il fallait faire des groupes de discussions : on ne travaillait pas naturellement. Une fois, à la question « Que pensez-vous de l’aide américaine à votre pays ?», nous avons répondu : « Et vous que pensez-vous de l’aide chinoise à votre pays ? » Et ça y allait : privés de riz pendant deux jours ! »
Jean Pouget : « Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».
Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».
Même si parfois les soldats finissent pas se laisser convaincre de coopérer, surtout pour avoir l’espoir de s’en sortir, il n’en demeure pas moins que « moralement, le lavage de cerveau fut un échec », comme le souligne Henry Pagès dans son article.
Guy Léonetti dans les Lettres de Diên Biên Phù parle de 39.888 Français prisonniers pendant la guerre et seulement de 9.314 libérés en 1954. Sur les 10.000 prisonniers après Diên Biên Phù, 7.708 trouvèrent la mort dans la cinquantaine de camps disséminés partout dans le Haut-Tonkin.

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès, dans la cour des Invalides.
 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine

Publié le 7 Juillet 2008

Le 26 mai 2008, rue Foucher Leppeltier à Issy-les-Moulineaux : Madame Renée Pagès nous reçoit. Aux murs sont accrochés des souvenirs de voyages en Chine et au Vietnam.

 


 


Henry Pagès est né le 19 octobre 1914, peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. S’engageant dans l’Armée française en 1932, il gravit peu à peu tous les échelons et est nommé sous-lieutenant au 7ème Bataillon de Chars Légers de Satory en 1939. 
En mai 1940, sous le commandement du capitaine Mignotte, il reçoit l’ordre de lancer ses chars face aux Panzers III et IV de la Wehrmacht, sur la Meuse, près de Sedan. La progression est difficile car les routes sont encombrées par des réfugiés. Ayant atteint la zone des combats, Henry Pagès commence par détruire un canon de 37 chargé de lui couper la route. Mais peu après, c’est à son tour d’être arrêté par une batterie antichar postée sur une petite colline. Il détruit les armements de son Renault FT 17 et s’enfuit à travers les bois. Les chars français qui ont réussit à passer doivent faire face aux Panzers. Un combat inégal s’engage. En dépit de pertes sérieuses infligées aux Allemands, les Français doivent lâcher prise. Quant à Henry Pagès il est rapidement encerclé par les soldats ennemis. Théâtral, respectueux de son adversaire, un officier allemand lui tend un casse-croûte et une bière et lui dit, dans un français impeccable : « Pour vous, la guerre est terminée ». De fait, Henry Pagès va passer près de cinq années en Autriche, dans l’Oflag XVII A.


A son retour, Henry Pagès est affecté à Valence, puis part pour l’Afrique du Nord, d’abord à Bizerte, en Tunisie, puis à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. 1950 marque son départ pour l’Indochine. Au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie), promu capitaine, il rejoint le nord du Tonkin au mois de septembre de la même année. Là, il fait la connaissance d’un personnage hors du commun : Elie de Saint-Marc. Le capitaine Pagès se trouve à Cao Bang au moment où est décidée l’évacuation de cette garnison française, située à la frontière entre Indochine et Chine.

 

L’affaire de Cao Bang est également connue sous le nom de « désastre de la RC4 » (Route Coloniale n°4, qui suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son). Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été maîtrisée totalement depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton, à laquelle le capitaine Henry Pagès appartient, par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. Pendant quatre ans, le capitaine Henry Pagès réussit à survivre grâce à la formidable solidarité des camarades de combat et les conseils de médecins militaires, eux-aussi prisonniers.

 

Le 2 septembre 1954, Henry Pagès est rendu aux autorités françaises.

 

De retour dans la Métropole, Henry Pagès est nommé au sein des Forces Françaises en Allemagne, avant de faire un séjour en Algérie, en 1960. L’année suivante, il est affecté à la Préparation Militaire Supérieure de Vincennes. Il prend sa retraite militaire en 1965, mais conserve des activités dans le civil jusqu’en 1979. Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-40, avec une palme et une étoile de vermeil, de la Croix de guerre T.O.E. (Théâtre des Opérations Extérieures), de la Médaille commémorative d’Indochine, le lieutenant-colonel Henry Pagès s’éteint le 17 mars 2006, aux Invalides, où il avait été admis deux ans plus tôt.

 

Son frère cadet, le général (2S) Jacques Pagès, chef de corps du 8ème Régiment de hussards de 1976 à 1978, a dit de son frère aîné : « C’était un homme non seulement sportif, résistant et énergique, mais également cultivé, perspicace, fin, plein d’humour et sensible, en somme quelqu’un d’équilibré, à la fois déterminé et ouvert. De plus, il était fidèle en amitié et très attaché à la famille, ainsi qu’au terroir du Mâconnais ! »

 

 

 

Le lieutenant-colonel Henry Pagès et le Gouverneur des Invalides, le général Hervé-Michel Gobilliard.

 

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Rédigé par Frédéric-Edmond RIGNAULT

Publié dans #Indochine