Publié le 17 Avril 2017

Paul Casta, de la 2e DB, mort pour la France.

Histoire de la 2e DB.

12 juillet 1940. Le capitaine de cavalerie Philippe de Hauteclocque, 38 ans, déjà deux fois évadé des mains allemandes, portant encore les traces d'une blessure à la tête reçue au combat, passe en Espagne. Son patriotisme, son honneur, la conception qu'il a de son métier font devoir à ce père de six jeunes enfants de rejoindre celui qui, de Londres, a lancé l'appel à poursuivre la lutte. Devant lui, c'est l'inconnu, l'aventure : il n'a jamais rencontré de Gaulle. Un mois plus tard, le 25 août, par une nuit d'encre, sous des trombes d'eau, devenu colonel Leclerc, il arrive en pirogue, avec une poignée d'hommes, à Douala, au Cameroun, en Afrique. Trempé mais vibrant de volonté, parlant au nom du général de Gaulle, il subjugue les Français qu'il rencontre, au premier rang desquels le capitaine Dio qui l'appuie de sa troupe et le ne quittera plus.

Après quelques semaines au cours desquelles l'Afrique française libre s'organise, réunissant le Gabon au Congo, à l'Oubangui, au Tchad et au Cameroun, Leclerc reçoit du général de Gaulle une nouvelle mission : prendre la tête des moyens militaires disponibles au Tchad et faire rentrer, avec eux, l'armée française dans la guerre. Alors commence l'épopée. Arrivé à Fort-Lamy le 2 décembre 1940, Leclerc parle dès le 3 d'aller attaquer Koufra, redoutable forteresse italienne perdue dans les sables, à quelque 2 000 kilomètres !

Au Tchad aussi les visages s'éclairent, mais les spécialistes hochent quand même la tête lorsque, le 25 janvier, les premiers éléments d'une colonne s'éloignent vers le nord-est, vers Koufra qui hante Leclerc. En tout, le Colonel n'emmène que deux cent cinquante hommes sur cent mauvais camions et il ne dispose que d'un canon.

Les débuts sont de fait fort difficiles : le climat, le terrain, l'absence de pistes, l'ennemi bien équipé offrent de gros obstacles. Malgré l'échec sanglant, le 30 janvier, de la patrouille britannique qui précédait la colonne, Leclerc maintient ses ordres : le 7 février, avec un élément léger, il va lui-même « tâter » la forteresse ; les 18 et 19, il livre à la Compagnie saharienne mobile italienne qui bat l'estrade sous les remparts, un combat décisif et, aussitôt, il met le siège devant la citadelle. Dix jours plus tard, le 1er mars 1941, contre toute attente et contre toute logique, grâce à la fougue, à l'imagination et au talent des hommes et du chef, la garnison ennemie capitule.

C'est le premier succès des armes de la France depuis l'été 1940. Sans attendre, le colonel Leclerc engage l'avenir : Ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg. C'est le serment de Koufra, serment que tous ceux qui, désormais, se joindront à Leclerc se sentiront tenus d'accomplir.

Un an s'écoule ensuite, consacré à préparer l'opération qui permettra d'aller rejoindre les Britanniques au bord de la Méditerranée, au bout de 2 200 kilomètres de désert, vers le nord cette fois. Avant de donner le départ, il se décide à porter les étoiles de général que de Gaulle lui a données six mois plus tôt. Après des revers face au « Renard du Désert » (Rommel) à la tête de l’Africa Korps, la situation s’améliore du côté britannique. A l’automne 1942, il apparaît que la grande opération vers la mer va devenir possible. Entre-temps, les moyens se sont un peu étoffés : des hommes sont arrivés, venus du monde entier, anxieux de se joindre à ce jeune chef qui sait se battre et gagner ; des armements aussi, fournis par la France libre. Et c'est avec trois mille hommes cette fois, montés sur trois cent cinquante véhicules, non blindés certes mais corrects, appuyés de seize avions, que la colonne Leclerc s'élance vers le nord, peu avant Noël, au départ du Tibesti. Tous les postes italiens du Fezzan tombent les uns après les autres : Umm et Araneb le 4 janvier 1943, Gatroun et Brack le 6, Mourzouk le 8, Sebha (le chef-lieu) le 12, Midza le 22 ; le 24, nos avant-gardes rencontrent, dans Tripoli, celles de la VIIIe Armée de Montgomery : la mer est atteinte, cette Méditerranée qui borde aussi la France !

Commence alors la poursuite de l'ennemi qui reflue vers la Tunisie. Rapidement recomplétée en hommes, véhicules et équipements de toutes sortes, la colonne Leclerc devient la force L. Elle flanc-garde à l'ouest les gros de la VIIIe Armée, s'illustre en arrêtant le 10 mars, à Ksar Rhilane, une contre-attaque de Panzers, entre la première à Gabès le 29 mars et, le 20 mai, elle participe au défilé de la victoire dans Tunis libéré. Dès lors, il apparaît que la prochaine étape sera le continent, peut-être la France, ce que tout le monde espère. Mais, pour atteindre ce rêve, il va falloir que la maigre colonne sortie du désert se multiplie, s'équipe, s'instruise en vue des combats de tout autre dimension qu'elle espère. Cet amalgame, cette transformation, c'est au Maroc d'abord, près de Rabat, dans la forêt de Temara, puis, à partir de Pâques 1944, en Angleterre, dans de nombreux villages du Yorkshire, qu'ils s'accomplissent, vite, efficacement, au prix d'un travail acharné, sans pour autant que ni l'âme ni la foi qui avaient permis les succès antérieurs soient le moins du monde altérés.

Autour des vétérans d'origines déjà fort diverses - marsouins du Tchad, spahis d'Egypte, compagnies de chars reconstituées en Angleterre - se réunissent ainsi des régiments entiers d'Afrique du Nord demeurés jusque-là l'arme au pied, une unité de fusiliers-marins et une nuée de volontaires venus, seuls ou groupés, de tous les points du monde avec l'intense désir de se battre : jeunes gens et cadres de métropole, réchappés des prisons espagnoles ; corps-francs d'Afrique ; jeunes femmes arrivant des Etats-Unis avec leurs ambulances ; anciens guérilleros républicains espagnols, etc. Si beaucoup de choses peuvent les séparer, ils ont en commun d'être volontaires, d'aimer profondément la France, d'être jeunes et d'avoir de fiers caractères !

Vient le jour du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944. La 2e DB est alors en Yorkshire, piaffant d'impatience, mais sûre que, bientôt, elle débarquera en France avec, bien sûr, Strasbourg comme point de mire. Mise à la disposition de la IIIe Armée américaine du général George S. Patton — quel plus fantastique entraîneur peut-elle espérer ? —, la 2e DB franchit la Manche dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944. Débarquant à Utah Beach, au pied du Cotentin, elle est bien vite lancée, par la toute fraîche percée d'Avranches, dans le vaste mouvement qui permet de couper la retraite aux forces allemandes de Bretagne et de venir frapper sur le flanc sud de celles qui tentent de quitter la Normandie pour gagner la basse Seine. Les premiers combats de chars se livrent dans l'enthousiasme sous un ciel éclatant et la Division, poussant vers Argentan qui est son objectif, détruit dans les journées qui suivent, autour et dans la forêt d'Ecouves, ce qui reste de la grande unité ennemie. Ce brillant succès contribue à la libération de tout l'ouest de la France, il est pour tous la preuve que l'outil durement trempé au Maroc et en Angleterre est valable.

Malgré les hésitations, les réticences, les craintes du haut-commandement allié, Leclerc arrache l'ordre et, le 23 au matin, la 2e DB quitte Argentan en direction de la capitale. Le soir même, à Rambouillet, dans un brouhaha de veille de fête, Leclerc signe l'ordre d'opérations pour le lendemain : Mission : 1° s'emparer de Paris... De Gaulle, qui l'a rejoint, lui dit simplement : « Vous avez de la chance ! »

Le 24 août, en deux colonnes, la Division s'élance vers Paris. Par la vallée de Chevreuse, Jouy-en-Josas, Clamart, Massy, Wissous, Fresnes, le groupement Billotte fraye leur chemin à coups de canon. Les Allemands, solidement armés, se battent bien ; mais le soir, vers 20 heures, à la Croix-de-Berny, Leclerc sent qu'une occasion se présente : il saisit le capitaine Dronne au passage et il le lance, avec trois chars et trois sections sur half-tracks, vers le cœur de Paris. L'audace est payante : à 21 heures 22, Dronne arrive place de l'Hôtel de Ville, les cloches de la capitale sonnent à toute volée ; les Parisiens frémissent. Le lendemain 25, c'est le coup de grâce : la 2e DB entre dans la ville, s'empare du gouverneur allemand et réduit au silence tous les centres de résistance. Près d'une centaine des nôtres, souvent des Parisiens d'ailleurs, trouvent la mort dans ces opérations toujours sanglantes ; mais, dans les rues, quelle joie, quel soulagement ! Les groupes de résistance, qui se battaient depuis près de huit jours à un contre dix, soupirent et fêtent ces soldats français providentiels que Paris attendait depuis quatre ans sans trop y croire.

Après dix jours consacrés à remettre en état les quatre mille véhicules, à recompléter les rangs, à prendre un repos et une détente bien mérités aussi, le 8 septembre la Division reprend la route. Pas un homme ne manque au départ : qu'on y songe en pensant à ceux, nombreux, qui, absents depuis deux, trois ou quatre ans, auraient pu estimer pouvoir céder leur place à d'autres... La direction est l'est, bien sûr. La 2e DB retrouve sa place dans le dispositif américain avec le XVe Corps et, dès la Marne franchie, elle aborde l'ennemi, Il faut se battre, sévèrement, à Andelot, puis, entre Meuse et Moselle, à Contrexéville, Vittel, et surtout Dompaire où les sous-groupements Minjonnet et Massu rencontrent une Panzerbrigade toute fraîche, équipée de chars neufs, lancée en contre-attaque. En même temps, plus au nord, le mouvement en avant s'est poursuivi et, dans la matinée du 15, le sous-groupement La Horie franchit la Moselle à Châtel. Nos éléments y subissent une nouvelle contre-attaque, la déjouent de nouveau, s'avancent jusqu'à la Mortagne de Doncières à Moyen, passent la Meurthe de vive force le 22 dans la région de Flin et, finalement, s'arrêtent, sur ordre, dans la forêt de Mondon, au sud de Lunéville. Un répit est nécessaire pour que les Forces alliées se regroupent avant d'aborder les Vosges, pour que les ravitaillements suivent, pour qu'hommes et véhicules se reconstituent après une chevauchée de quinze jours riche en péripéties.

Pendant tout le mois d'octobre, donc, la 2e DB s'immobilise. Si elle cesse d'avancer, elle ne cesse pas de se battre contre un ennemi qui reste actif et qui harcèle nos postes.

Minutieusement montée, mettant en œuvre six sous-groupements dont chaque temps est réglé, l'attaque de Baccarat menée de main de maître réussit au moindre prix : elle sera plus tard comparée à un menuet du Grand Siècle. Puis, derrière le gros du XVe Corps américain qui se heurte à la ligne de défense que les Allemands ont pu réaliser au pied des Vosges, les escadrons de reconnaissance du 1er Régiment de marche des spahis marocains guettent la première percée : elle se produit les 15 et 16 novembre. Leclerc y engouffre aussitôt ses moyens et, dès lors, la course commence. Au nord, le groupement Dio vise Saverne en franchissant les Vosges, soit par le col de Saverne, soit par la Petite-Pierre. Au sud, le groupement de Langlade, profitant de la chute de Badonviller obtenue le 17 par le sous-groupement du lieutenant-colonel de La Horie — qui y trouve la mort —, passe la crête du Dabo ; le groupement V, du colonel de Guillebon le suivra et, en plaine, tout le monde convergera vers Strasbourg.

Trois ans et huit mois après Koufra, le serment est ainsi tenu. Retrouvant son vieux compagnon sous les dorures du Kaiserpalast encore soumis aux tirs de l'artillerie allemande, Leclerc peut lui dire : « Hein, mon vieux Dio ! On y est, cette fois ! Maintenant, on peut tous crever ! ».

La guerre pourtant n'est pas finie et l'Alsace, pendant plus de deux mois, va demeurer le champ d'action et le souci de la 2e DB. L’ennemi organise ce qui devient la « poche de Colmar ». L'hiver 1944-1945 est particulièrement rude, nos hommes, nos blindés peinent souvent dans la boue, dans la neige. Entre Noël et le 1er janvier, la contre-offensive allemande des Ardennes oblige le commandement allié à envoyer la 2e DB au nord des Vosges. Aussi est-ce avec beaucoup de rage que les nôtres, unissant leurs efforts à ceux des unités françaises venant du sud, portent leurs coups aux dernières résistances allemandes qui cernent encore Colmar. De sévères combats se livrent, sous un climat cruel, sur un terrain particulièrement difficile : ils culminent à Grussenheim où, le 28 janvier, s'illustre une fois de plus le 501e Régiment de chars de combat, où tombe aussi le lieutenant-colonel Putz, figure de proue du Régiment de marche du Tchad dont il commandait le 3e Bataillon.

Ces opérations achevées, Colmar libéré, le sol national n'était pourtant pas encore totalement débarrassé de toute présence ennemie. Des garnisons allemandes subsistaient sur nos côtes atlantiques, notamment à La Rochelle et à Royan. Pour les anéantir, le général de Gaulle choisit la 2e DB et, du 15 au 17 avril 1945, donnant la main aux vaillantes unités des Forces françaises de l'Intérieur qui ont tenu ce front depuis l'été 1944, nos chars et notre artillerie se donnent à fond près de l'estuaire de la Gironde.

Il n'est alors que temps de repartir vers l'est pour être présent aux dernières opérations de la guerre en Europe. Les premières colonnes, parties le 23 avril de Royan, franchissent le Danube le 29. Ainsi allons-nous pouvoir jouer notre rôle aux côtés des Alliés ; ainsi, le 4 mai au soir, est-ce l'avant-garde du Groupement V qui pénètre la première dans Berchtesgaden, qui met en fuite les derniers défenseurs de la demeure favorite du Führer, le Berghof. A ce moment, les derniers éléments de la 2e DB n'ont pas encore quitté la France, mais d'un bout à l'autre de la colonne, quelle fierté !

 

Paul Casta.

Paul Casta nait le 23 avril 1926 à Urbalacone, dans le département de Corse-du-Sud. Engagé volontaire le 10 septembre 1943 à Djidelli (secteur de Constantine), il rejoint le 2e RMT (Régiment de Marche du Tchad) et sa 5e compagnie. Le régiment dépend du sous-groupement du lieutenant-colonel Jacques Massu (Groupement Tactique Langlade). Après le transfert de la division en Angleterre, il débarque en France le 4 août 1944.

Il prend une part active aux combats qui se déroulent en Normandie. Nommé soldat de 1ère classe le 16 août, Paul Casta est cité à l’ordre de la Division le 20 août. Quatre jours plus tard, il combat au Pont de Sèvres. Il est de ceux qui ont reçu l’ordre d’une manœuvre de diversion ayant pour axe : Dampierre, Chevreux, Toussus-le-Noble, Jouy-en-Josas, bois de Meudon et Pont de Sèvres.

Au cours des combats du Pont du Sèvres, dans la nuit du 24 au 25 août 1944, alors que l’ennemi pénètre les positions de la section, Paul Casta est mortellement atteint. Il s’était lancé dans une contre-attaque à la grenade. Son décès est constaté à l’hôpital des Petits Ménages (Corentin Celton) à Issy. Il est inhumé dans un carré militaire du cimetière communal avec les honneurs militaires.

A titre posthume, Paul Casta sera cité à l’ordre de la Division, recevra la Médaille militaire et son nom sera inscrit au Livre d’Or de la 2e Division Blindée.

Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

Sources :

  • Texte du général Philippe Duplay, La 2e DB de Doula à Berchtesgaden, Revue L’Espoir, n°107, 1996.
  • Biographie de Paul Casta par l’Amicale d’Antibes-Vence-Cannes de la 2e DB avec le concours de la Fondation de la France Libre.
  • Site du Ministère de la Défense pour la photographie de l’arrivée de la 2e DB dans Paris.

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Publié le 14 Avril 2017

Cadet de Saumur - Promotion 1936.

Cadet de Saumur - Promotion 1936.

Né le 15 juillet 1912, il perd son père Mort pour la France durant la Première Guerre mondiale alors qu'il a à peine quatre ans. Marqué par ce sacrifice glorieux au service de la Patrie, il n'hésite pas à préparer Saint-Cyr où il devient un brillant élève de la promotion «Roi Alexandre 1er» (1934-1936).

 

Engagé en Lorraine avec son régiment dès 1939, il reçoit très vite le baptême du feu. Puis il se distingue sur la Loire, à la tête des «Cadets de Saumur», n'hésitant pas à attaquer à pied deux chars ennemis; grièvement blessé il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur à titre exceptionnel. Après avoir été instructeur à l'Ecole spéciale Militaire à Aix-en-Provence, il est mis en congé d'armistice où il entre dans la Résistance. Il est arrêté par les Allemands en 1943 mais réussit à s'évader et rejoint l'Afrique du Nord après un audacieux périple à travers la France, l'Espagne et le Portugal.

 

Placé à la tête d'un escadron du 3e Régiment de Spahis Marocains il participe brillamment à la campagne d'Italie où il fait preuve de magnifiques qualités de soldat et de chef. A la tête d'un groupement blindé, il se révèle un entraîneur d'hommes hors pair, forçant l'admiration des troupes françaises et alliées qui combattaient à ses côtés. Blessé grièvement à deux reprises il est promu officier de la Légion d'honneur à 32 ans.

 

A l'issue de la guerre il rejoint Saumur comme instructeur et est admis à l'école supérieure de guerre. Il sert alors dans des états-majors de rangs élevés à Paris puis en Allemagne. En 1956, il prend le commandement du 6e Régiment de Spahis Marocains en Algérie entraînant ses hommes avec un allant exceptionnel.

 

Affecté à Washington dans un organisme interallié, il est nommé général et se voit confier ensuite le commandement de la 7e brigade mécanisée expérimentant les structures interarmes. Commandant l'Ecole de Cavalerie de Saumur de 1965 à 1968, il va lui insuffler un esprit novateur et imaginatif inculquant à ses cadres et élèves la rigueur, la distinction et le panache. Investi du commandement du 1er Corps d'Armée à Nancy puis de la 6s Région Militaire à Metz, il aborde «avec une grande largeur de vue et une fertile imagination les questions humaines, tactiques et stratégiques».

 

Admis dans la 2e section du cadre des officiers généraux en 1973, il est nommé gouverneur des Invalides. Dans cette dernière action il va œuvrer pendant plus de vingt ans pour que l'Institution Nationale des Invalides soit digne de ses pensionnaires, payant lui-même de sa personne en entourant fraternellement et chrétiennement les hommes brisés de la guerre, méritant ainsi le surnom respectueux d'«Archange Gabriel».

 

Longtemps isséen, le général d'armée Gabriel de Galbert, Grand'Croix de la Légion d'Honneur meurt le 2 février 2001 à Arradon (Morbihan) dans sa 89e année.

 

 

 

 

Sources :

 

 

 

 

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Publié le 11 Avril 2017

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

La ville de Paris souhaite rejeter à l’extérieur de son territoire le terrain de manœuvres du champ de Mars. En 1889, elle saisit l’occasion offerte par l’Exposition Universelle, et annonce son désir de conserver un certain nombre de monuments, dont la Tour Eiffel. Elle acquiert alors des terrains à Issy qu’elle échange ensuite avec l’Armée. Le 31 décembre 1891, les militaires s’installent sur la commune d’Issy-les-Moulineaux et l’Armée devient le plus gros propriétaire foncier.

 

Les militaires louent leurs terrains aux premiers « avionneurs » qui cherchent un espace pour leurs essais. Très vite, la vocation de la plaine s’affirme autour du champ de manœuvres : elle devient au début du XXe siècle le principal lieu d’implantation des industries aéronautiques.

 

A Issy-les-Moulineaux, les frères Charles et Gabriel Voisin s’installent en 1907 en bordure du champ de manœuvres afin d’effectuer facilement leurs essais. Après le décès accidentel d’Edouard Nieuport, pilote chevronné installé à Suresnes, Henri Deutsch de la Meurthe décide le transfert de l’entreprise à proximité des établissements Voisin à Issy. Les frères Caudron créent une école de pilotage et s’installent dans un atelier à l’intersection des rues Rouget de Lisle et Camille Desmoulins.

 

Qualifié par tous les historiens de « Berceau de l’aviation mondiale » le terrain d’Issy-les-Moulineaux voit son histoire débuter fortuitement pendant l’année 1905 alors qu’il se trouve remarqué par quelques fanatiques de l’aviation naissante.

 

Usant de ses relations, Ernest Archdeacon, mécène passionné, obtient l’autorisation d’utiliser ce terrain sous certaines conditions qui revêtent très rapidement un caractère dissuasif pour nos pionniers. Parmi les contraintes imposées par l’autorité militaire, maîtresse du lieu, figure l’obligation de mener les essais de 4 à 6 heures du matin.

 

Toutefois, la phase de l’aviation inaugurée à Issy-les-Moulineaux semble la plus pure de toute l’histoire de cette science : intuition et expérimentation vont de paire avec imagination créatrice. Il est intéressant de constater par exemple que Farman, Voisin, Delagrange ont tous trois étudiés aux Beaux-Arts. Ces pionniers sont en même temps les inventeurs, les ingénieurs et les pilotes d’essai des machines qu’ils mettent sur pied.

 

Au fil du temps et des courses aériennes organisées, le nouveau terrain d’aviation attire les foules de curieux. Celles-ci envahissent le terrain ou se hissent sur les toits pour profiter du spectacle. De simples hangars, puis de véritables ateliers - qui deviendront les entreprises Voisin, Caudron… - s’installent autour du champ d’aviation, faisant de ce quartier le quartier de l’aviation, dont aujourd’hui les noms de rues évoquent encore le passé glorieux.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 1 Avril 2017

La Coloniale.

Les Troupes coloniales apparurent en 1900, lorsque l’ensemble des troupes terrestres dépendant du ministère de la Marine, appelées troupes de marine (ou Marsouins, du nom de ces cétacés qui suivent les bateaux comme les soldats qui étaient à bord mais sans être des marins), furent transférées sous les ordres du ministère de la Guerre. Elles disparurent en 1958 lorsque, les colonies ayant acquis leur indépendance, la mission de ces troupes fut redéfinie. Elles reprirent alors le nom de troupes de marine, tout en restant dans l’armée de terre.

 

Les Troupes coloniales, dite « la Coloniale » qui dépendaient d’un seul état-major général, regroupaient deux grands types d’unités :

 

  • L’infanterie coloniale française et l’artillerie coloniale, entre 1900 et 1958, appelés « Coloniale blanche » et composés en majorité d’engagés métropolitains (un bon exemple étant les régiments de zouaves).
  • Les tirailleurs indigènes, hors Afrique du Nord (tirailleurs sénégalais – ou maliens ou nigériens ou burkinabais… –, tirailleurs malgaches, tirailleurs indochinois) formés de sujets français des colonies, commandés par des officiers français.

 

Historique.

Les troupes dites « coloniales » ou de « marine » furent créées en 1622 par le cardinal Richelieu sous le nom de « Compagnies ordinaires de la mer ». Embarquées à bord de navires, elles avaient différentes missions, dont les combats lors d’abordages, et étaient placées sous l’autorité du ministère de la Marine.

 

Les conquêtes coloniales incitèrent l’Etat à positionner des troupes à terre, de défense, de commerce, d’occupation… Vers le milieu du 19e siècle, les combats d’abordage n’existant plus, les troupes de marine restèrent à terre, à travers le monde.

 

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, la Division Bleue (comme la mer et comme certains des uniformes) réunit l’infanterie de marine et l’artillerie de marine (les « Marsouins » et les « Bigors » - nom qui leur vient du bigorneau qui s’accroche aux rochers comme les artilleurs s’accrochaient aux territoires qui leur étaient confiés). Après la guerre, elles participèrent à la conquête coloniale. Dès 1885, la Troisième république créa le 3e régiment de tirailleurs tonkinois, formés d’hommes venant d’Indochine.

 

La loi du 7 juillet 1900 fit de ces soldats des « Troupes coloniales ». Cinq années plus tard, l’effectif de l’armée coloniale stationnée dans la métropole était de 2.123 officiers et 26.581 hommes de troupe et l’effectif entretenu aux colonies était de 1.743 officiers, de 21.516 hommes de troupes européens et de 47.868 soldats indigènes.

 

La Première Guerre mondiale.

En 1914, à la veille de la Grande guerre, les troupes coloniales comptaient 102 bataillons et 39 batteries, dont 36 bataillons en métropole et 21 bataillons en Afrique du Nord. Dans ce total de 102, la « Force Noire » (les troupes issues de l’Afrique noire) représentait le quart. Ces unités étaient réparties en un corps d’armée en métropole et six groupes dans les colonies.

 

La fin de la Première Guerre mondiale fut marquée par une profonde réorganisation des Troupes coloniales. La pénurie de main d’œuvre due aux pertes effroyables consenties pendant cette guerre (1.355.000 morts et 3.595.000 blessés), expliquait en partie cette situation. Un ralentissement marqué du recrutement des jeunes engagés fut constaté. De plus, les rigueurs budgétaires imposées par l’effort de reconstruction, et l’absence de menace de la part de l’Allemagne vaincue, eurent raison d’une grande partie de l’infanterie française.

 

Les Troupes coloniales virent alors près de 80% des régiments qui la composaient dissous. Seuls subsistèrent en tant que régiments blancs, les 3e, 21e, 23e RIC en métropole, les 9e et 11e RIC en Indochine, le 16e RIC en Chine. Pour pallier cette carence, il fut alors décidé d’incorporer des soldats indigènes (Sénégalais, Malgaches et Indochinois). Tout comme les unités Nord-Africaines (Tirailleurs algériens, tunisiens, marocains), les RTS s’avérèrent plus économiques et plus dociles que les unités blanches.

 

C’est ainsi que Perpignan récupéra un régiment colonial, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais, régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérita des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur. La plus grande partie de l’effectif était désormais constituée par des soldats africains, communément appelés « Tirailleurs sénégalais » ou « soldats indigènes », tous originaires des diverses colonies de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Les soldats européens, en petit nombre, tenaient des emplois de spécialistes (transmissions, servant d’engins, secrétaires) et étaient destinés, en principe, aux pelotons d’élèves gradés, caporaux et sergents. Il n’en demeure pas moins que nombre « d’indigènes » devinrent eux-aussi des élèves gradés et des sous-officiers. Cette période de réorganisation puis, à partir de la réoccupation de la Rhénanie en mars 1936, de préparation au nouveau conflit mondial qui menaçait, fut vécue dans une atmosphère de recueillement, comme dans tous les corps de l’armée française, et les missions de temps de paix habituelles furent remplies avec entrain. En métropole, séjours annuels à Mont Louis en Cerdagne et au camp du Larzac, où l’on se rendait à pied. Au plan colonial, relève semestrielle des effectifs indigènes (le séjour des Sénégalais en France était en principe de trois ans), qui rythmaient l’activité du régiment basée sur l’instruction des contingents des recrues sénégalaises (renouvellement tous les six mois). Bien entendu, le service outre-mer des cadres avait repris régulièrement dès la fin de 1927, ainsi que les exercices de mobilisation, de plus en plus fréquents, avec une participation accrue de cadres de réserve destinés au 24e RTS et au 44e RICMS, son dérivé.

 

La Seconde Guerre mondiale.

En 1939, les troupes coloniales formaient environ un quart du total des forces françaises. Une bonne partie d’entre-elles resta basée dans les colonies. Lors de la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945, la France fit appel à son Empire et à ses troupes coloniales, notamment aux régiments de tirailleurs sénégalais. Là encore, il convient de ne pas oublier, parfois, la poursuite et le massacre systématique des soldats africains par les troupes allemandes pendant cette période.

 

Après la défaite de 1940, les coloniaux étant présents dans un Empire qui n’avait pas entièrement fait allégeance au maréchal Pétain et au régime de Vichy (l’Afrique Equatoriale Française par exemple) furent parmi les premiers à reprendre les armes. Un certain nombre rejoignit sans tarder le général de Gaulle à Londres. En Afrique, le général Leclerc et sa 2e division blindée, qui comptait parmi ses unités le régiment de marche du Tchad (RMT) et le 3e régiment d’artillerie coloniale (3e RAC), remonta depuis le fin fond du Tchad vers la Libye et la mer Méditerranée.

 

Les campagnes d’Erythrée, de Crète, de Tripolitaine, de Libye, du Levant virent s’illustrer les troupes coloniales. Il en fut de même avec la 1ère Division de la France Libre, le 1er régiment d’artillerie coloniale, le bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique. Ces mêmes troupes, renforcées d’unités européennes, prirent la direction de l’Italie (Monte Cassino) puis participèrent à la libération de l’île d’Elbe, la Corse et enfin la métropole.

 

Après 1945.

Bien entendu, après 1945, les troupes coloniales furent appelées à défendre l’Empire. Ce fut le cas pour l’Indochine (1945-1954) puis l’Algérie (1954-1962).

 

En 1967, les colonies ayant « vécus », l’armée de terre fusionna l’infanterie et l’artillerie coloniales au sein des troupes de marine. Comme un retour aux sources et aux appellations d’origine. A nouveau, sa mission consiste à mettre en place rapidement des moyens de défense et d’intervention dans des territoires géographiquement éloignés de la métropole et d’assurer une présence continue des forces françaises dans la France d’outre-mer, ainsi que dans certains pays alliés.

 

Traditions.

La fête des troupes de marine est célébrée à l’occasion de l’anniversaire des combats de Bazeilles, du nom de ce village qui fut quatre fois repris et abandonné sur ordre, les 31 août et 1er septembre 1870 (l’épisode le plus célèbre étant celui des « Dernières cartouches » magnifié par le peintre Alphonse de Neuville).

 

Leur devise est « Et qu’au nom de Dieu, vive la coloniale » : les Marsouins et les Bigors n’ont pas la prétention de prendre pour saint patron Dieu lui-même. Son origine est une action de grâce du bienheureux père Charles de Foucauld, missionnaire, voyant arriver à son secours les unités coloniales, un jour où il était en grande difficulté avec une tribu locale. Les coloniaux n’avaient pas hésité à franchir la frontière du Soudan français pour venir à son secours dans le Hoggar. Depuis, ce cri de guerre termine les cérémonies intimes qui font partie de la vie des unités des troupes de marine.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Larousse, Universalis, Wikipédia.
  • Soldats de la République Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente. France mai-juin 1940. Éditions L'Harmattan. Paris décembre 2010.
  • Ministère de la guerre, Revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • Ministère des forces armées ; Ministre de la France d'outre-mer, Tropiques: revue des troupes coloniales, Paris, mensuel.
  • L'Armée d'Afrique, Alger, Éditions Aumeran, mensuel.
  • Ned Noll, Histoire de l'armée coloniale, Paris: Berger-Levrault, 1896.
  • Ferdinand Burot; Maximilien Albert Henri André Legrand, Les troupes coloniales, Paris, Baillière, 1897-98.
  • Les Troupes de marine 1622-1984, Paris: Charles-Lavauzelle, 1991.
  • Robert Hure, L'Armée d'Afrique: 1830-1962, Paris: Charles-Lavauzelle, 1977.
  • Olivier, capitaine, Les troupes noires de l'Afrique orientale française, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1903.

 

 

 

Voici, dans l’album de photographies ci-dessous, des images des troupes coloniales, dont principalement des affiches de propagande et d’enrôlement.

 

La Coloniale.
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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale