Publié le 18 Janvier 2015

Hong Kong - 4

Comme chaque année, le Consulat de France à Hong Kong et l’Association du « Souvenir français de Chine » ont organisé une cérémonie de commémoration à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Hong Kong. Lors de l’invasion de la colonie britannique, le 8 décembre 1941, par les troupes japonaises, le territoire a été le théâtre d’affrontements très durs qui ont duré jusqu’au 25 décembre – resté comme le « Black Christmas » – date de la capitulation du gouverneur.

 

Ce que l’on sait moins, c’est qu’une trentaine de Français se sont engagés dans le corps volontaire de défense qui protégeait la colonie. Militaires de carrière, marins de passage ou simples civils, ces hommes se sont unis derrière le consul général de France, Louis Reynaud, qui, dès le 20 juin 1940 avait courageusement répondu à l’appel du général de Gaulle. Un comité de la France Libre existait donc à Hong Kong et son serment de résistance s’est trouvé durement mis à l’épreuve à partir de décembre 1941.

 

C’est une histoire qui reste à écrire dans les détails, mais ce qui est certain c’est qu’au moins six hommes ont payé leur engagement de leur vie. Probablement d’autres, mais les preuves manquent encore. Pour honorer leur mémoire, une stèle a été érigée dès 1948 dans le cimetière militaire de Stanley. Elle comportait quatre noms. Deux autres ont été rajoutés dans les années 1970 au gré des nouvelles recherches et informations.

 

C’est dans ce lieu que, chaque année, le vendredi après-midi le plus proche du 8 décembre, des membres de la communauté française se réunissent pour rendre hommage à cette partie exotique et méconnue de la France Libre.

 

Le 5 décembre dernier, la tradition était respectée. La consule générale adjointe à Hong Kong et Macao, Mme Lilas Bernheim (photographie ci-dessus), a tout d’abord livré un discours très poignant sur la nécessité du devoir de mémoire. Elle a évoqué la dette immense que la République a souscrit envers ces hommes et salué la présence de l’invité d’honneur de cette cérémonie: M. John Siewert, 91 ans, vétéran américain du débarquement de Normandie, récemment décoré de la Légion d’honneur. M. Siewert était marin sur le bateau USS Satterlee et a débarqué à Omaha beach. La consule générale a conclu son discours sur une note plus légère, une petite histoire du bleuet que le « Souvenir français de Chine » a distribué avant la cérémonie.

 

Le représentant de ladite association de mémoire, M. François Drémeaux, a ensuite pris la parole pour raconter aux élèves du lycée français, ainsi qu’au reste du public, le contexte très particulier du comité France Libre à Hong Kong ainsi que le déroulement de la bataille de Hong Kong. Pour insister sur la portée universelle du combat mené à Hong Kong, il a lu le télégramme du consul général de 1940, envoyé à l’attention du général de Gaulle: « Groupée autour de moi, la colonie française de Hong Kong s’indigne contre toute idée d’armistice et de paix séparée, et se révolte à la pensée d’une telle trahison qui déshonorerait la France à jamais vis-à-vis de nos alliés et de l’humanité! ». Liant les deux anniversaires du centenaire de la Première Guerre mondiale et des 70 ans du Débarquement, il a précisé que la mémoire était un instrument précieux qui devait être confié aux jeunes générations.

 

C’est sur ces mots que le représentant du « Souvenir français de Chine » a présenté les élèves de Première ES/L du lycée français international de Hong Kong qui se sont portés volontaires pour interpréter « Le chant des partisans » avec beaucoup de ferveur (photographie ci-dessous). Deux couronnes de fleurs ont ensuite été déposées, l’une par Mme Bernheim et un élève, l’autre par le général Hammerbeck de la Royal British Legion. Ce sont d’autres élèves qui ont poursuivi la cérémonie: Marie Océane Leroy et Maï-Ly Nguyen, élèves varoises en échange scolaire avec Saint-Margaret Co-Educational School de Hong Kong. Ces deux lycéennes ont la particularité d’avoir été lauréates, l’année dernière, du Concours national Résistance et Déportation.

 

Sur la suggestion du délégué varois de la Fondation de la France Libre, Michel Magnaldi, elles ont lu deux extraits de discours du général de Gaulle, l’un du 11 novembre 1941 et l’autre du 11 novembre 1944. Par l’intermédiaire de ces deux jeunes filles, la Fondation de la France Libre a pu entrer en contact avec la délégation du « Souvenir français de Chine » à Hong Kong et être ainsi officiellement représentée pour la première année. Une collaboration qui ne fait que commencer…

 

Le clairon de la « Hong Kong Sea School » a ensuite sonné le début d’une minute de silence. Ce beau moment de partage et de mémoire s’est prolongé autour d’un cocktail, au cours duquel les élèves ont pu discuter, entre autres, avec l’attaché naval de Pékin, le capitaine de police du consulat de Hong Kong, mais aussi avec l’invité d’honneur, M. John Siewert. 

 

 

 Hong Kong - 3

 

Monsieur Michel Nivelle.

 

Sources

Souvenir Français de Chine et d’Asie – www.souvenir-francais-asie.com

Un grand merci à Monsieur Claude R. Jaeck, Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie.

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Publié le 4 Janvier 2015

 

Alexis Samain

 

Le débuts du Souvenir Français.

 En 1872, un professeur alsacien, Xavier Niessen a la volonté de manifester le refus du nouvel ordre prussien et de prouver l’attachement indéfectible des Alsaciens et des Lorrains à la Patrie française. Il s’agit de maintenir le souvenir des provinces perdues dans tous les départements français. Il sait que des femmes de l’Alsace-Lorraine occupée ont procédé à l’enterrement de soldats – parfois de leurs maris – dans des tombes décentes et qu’elles les entretiennent. Il croit, avec quelques amis, que le culte des morts pour la France et l’entretien de leurs tombes peuvent et doivent constituer le trait d’union capable de conserver dans les esprits le sentiment d’unité nationale.

 En 1887, à Neuilly-sur-Seine, Xavier Niessen créé le Souvenir Français. Sa pensée va d’abord aux 100.000 soldats de la République qui sont morts dans la Guerre franco-prussienne. En dépit de la défaite de l’empereur Napoléon III, il s’agit de ne jamais oublier ceux qui se sont sacrifiés pour que la France reste « une et indivisible ».

 Le développement de l’association est très rapide : moins de vingt ans après sa création, le Souvenir Français est présent dans 81 départements. En 1906, elle est « reconnue d’utilité publique ». L’année suivante, un premier comité local se créé en Moselle occupée, dans le petit village de Vallières. Dans un élan identique à celui des autres provinces, l’association se développe en Alsace-Lorraine. L’empressement des populations à se remémorer leur patrie d’origine est tel, que de nombreux comités sont organisés, des monuments à la mémoire des soldats français sont érigés. Devant cet engouement, les Autorités prussiennes finissent par interdire le Souvenir Français, en 1913.

 

Le journal Le Matin.

 Le journal Le Matin est créé en 1883 par des investisseurs américains qui veulent en faire un grand quotidien français, sur le modèle du britannique The Morning News. D’inspiration libérale, le journal penche plutôt pour des idées conservatrices, antisocialistes et contre le général Boulanger. Le succès ne tarde pas et bientôt le tirage est près de 700.000 exemplaires (1910) pour atteindre le chiffre ahurissant d’un million de copie en 1914. Albert Londres et Colette font partie des journalistes. Le Matin est alors l’un des grands journaux de France, avec Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Journal.

 

Le 4 août 1914.

 Le 4 août 1914, le journal Le Matin annonce « Premiers actes d’hostilité : les Allemands ont fusillé M. Samain, l’ancien président du Souvenir Français, et emprisonné tous les membres du Souvenir Français ».

 L’article dit ceci : « Les Allemands ont bien débuté. Ils ont fusillé Alexis Samain, président du Souvenir Français en Alsace-Lorraine et emprisonné tous les membres du Souvenir Français.

 Comme leur premier acte donne tout de suite sa signification à la guerre ! Il faut que l’Alsace meure, n’est-ce pas ? Ou qu’elle vive française… Elle vivra.

 Petit-neveu de cette femme de chambre que Maurice Barrès dans Colette Baudoche, appelle Mlle Aubertin la France, Alexis Samain avait fondé à Metz en 1909 une société de gymnastique la « Lorraine sportive ».

 La création de cette société déplut vivement aux autorités. L’uniforme des gymnastes groupés par Alexis Samain avait un aspect trop français. La « Lorraine sportive » donna un grand concert à l’hôtel Terminus de Metz le 8 janvier 1911. Conformément à la loi allemande les invitations avaient été faites par écrit. Deux personnes se trouvaient réunies. A peine le concert avait-il commencé qu’un commissaire de police pénétrait dans la salle et ordonnait aux exécutants de cesser de jouer.

 Alexis Samain expliqua au commissaire que la réunion était privée et le pria de vider les lieux. La musique salua la sortie du trouble-fête par la marche de Sambre et Meuse.

 A la suite de ces incidents, Alexis Samain fut arrêté. On l’accusait d’avoir incité la foule à la rébellion contre la force armée. Cette mesure causa une vive indignation à Metz.

 Les autorités se résignèrent à mettre Samain en liberté. Bientôt Alexis Samain et la « Lorraine sportive » étaient mêlés à un autre incident. La « Lorraine sportive » et son président sont mis en accusation. On leur reproche d’entretenir une agitation subversive. Alexis Samain est condamné à six semaines de prison.

 Le 11 décembre 1911, Alexis Samain et son frère Paul se trouvaient de nouveau impliqués dans une grave affaire. Pris à partie par un sergent nommé Maasch, dans une rue de Metz, Paul Samain fut attaqué par lui. Alexis Samain, voulant intervenir, fut renversé par un coup de poing. Alors, l’un de ses amis, nommé Martin, fit feu sur le sergent et le tua.

 Les deux frères Samain furent arrêtés. Enfin, on reconnut qu’ils n’étaient pour rien dans la mort de Maasch. Le 22 mars suivant, ils étaient acquitté ».

 

Une fausse nouvelle.

 Oui, mais voilà. Même un journal peut publier de fausses nouvelles… En fait, Alexis Samain a bien été arrêté par les autorités allemandes. Il est emprisonné à la citadelle d’Ehrenbreistein pendant plusieurs mois. Il est ensuite envoyé sur le front de l’est, en Russie, où il passe une partie de la Première Guerre mondiale. Mais il n’a jamais été fusillé…

 Il est de retour à Metz le 18 novembre 1918, et participe à la « cérémonie de la délivrance », en compagnie du colonel Matter, du lieutenant-colonel de Vaulgrenant, du général de Mac-Mahon.

 L’annonce de sa mort émanait du ministère de la Guerre où tout était bon pour soulever la population française de l’Alsace-Lorraine occupée. La désinformation ne date pas d’aujourd’hui…

 Quant au journal Le Matin, il continuera ses activités pendant l’entre-deux guerres, mais s’orientant de plus en plus vers l’extrême droite, puis étant directement collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera interdit de publication en 1945.

  

Sources :

 

 

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