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Publié le 22 Mars 2020

Les usines Gévelot à Issy.

Joseph Marin Gévelot [1786-1843] développe au début du 19e siècle, une activité de fabrication d'armes blanches et d'équipements militaires à Paris. En 1816, il est installé "Fourbisseur", puis "Armurier, Arquebusier, Fourbisseur et Ceinturonnier" à Paris. En 1820, Gévelot produit en série des amorces pour armes de chasse et pistolets. Trois années plus tard, il dépose le brevet d'invention de l'amorce au fulminate de mercure, rendant ainsi plus sûr le procédé de Jean Samuel Pauly, qu'avait refusé Napoléon 1er en 1813.

En 1826, Joseph Gévelot rachète le matériel de la fabrique d'amorces Leroy, après le décès du fils de M. Daguerre Leroy. Il construit alors une nouvelle usine aux Moulineaux. À partir de là, il développe son activité, notamment en rachetant ses concurrents, en fédérant les fabricants d'armes et en rationalisant la production. Son attention portée à la sécurité le met à l’abri des nombreux accidents dont sont victimes les autres fabricants. La manipulation du fulminate de mercure est effectivement très dangereuse et a rendu sourd et aveugle, quand elle ne les a pas tués, de nombreux fabricants.

En 1839, Joseph Marin Gévelot est considéré comme « le plus habile de nos fabricant », chef de file de la profession qui exporte la moitié de la production française d'amorces. Il est même consulté en tant qu'expert par le conseil de salubrité pour définir les règles de préventions. Il utilise alors les méthodes de production les plus modernes, comme la machine à vapeur, alors que ses concurrents (comme Gaupillat) en sont encore aux manèges à chevaux. Avec Gaupillat, il assurera la suprématie Française en matière d'amorce, jusque dans les années 1860, avant d'être imité par les Belges, les Allemands et les Anglais. Bientôt, il étend sa production aux cartouches pour devenir une référence copiée dans le monde entier.

Joseph Marin Gévelot décède en 1843, laissant sa veuve Joséphine et son fils Jules Gévelot qui n'a alors que 18 ans, le soin de développer l'entreprise. Après quelques déménagements, l’entreprise commence à se développer, pour atteindre les 500 salariés en 1867. Les boîtes de cartouches vertes, avec un « G », deviennent célèbrent dans le monde entier.

 

En 1884, Jules Gévelot s'associe avec Victor Gaupillat qui possède également une société de cartouche pour créer la S.F.M. (Société Française des Munitions de chasse, de Tir et de Guerre) qui développe la fabrication des amorces, des cartouches de chasse et des munitions de guerre. C'est l'époque des cartouches Gévelot-Gaupillat, avec 2 G entrelacés (à partir de 1891).

En 1898, la production occupe alors 50 bâtiments répartis sur 7 hectares, sur le site d’Issy-les-Moulineaux. L'exportation représente 50 %. L'entreprise se dote alors d’ouvrages de prestige, dont un grand portail. Pour son personnel, elle fait construire une nouvelle « cité Gévelot », qui remplace celle construite en 1858 qui possédait des bâtiments d'aisance en forme de tour à chapeau pointu.

Jean Gaupillat, petit-fils de Victor, crée en 1928 la « Société Étampage de Précision Gaupillat», dont l’objet est le matriçage et l’usinage de métaux non ferreux. Jules Gévelot décède en 1904. Sa veuve, Emma, assure la présidence de l'entreprise pendant 23 ans. À son décès, Lucien Biennaimé, alors Directeur général, devient président. Quelques années plus tard, Robert Bienaimé s'associe à René Moineau pour créer PCM Pompes, qui deviendra l'un des principaux fabricants mondiaux de pompes volumétriques. En 1935, à la mort de Jean Gaupillat, qui se tue au Grand Prix Automobile de Dieppe, la S.F.M. intégrera les deux sociétés Gaupillat.

En 1938, pressentant la Seconde Guerre mondiale, la société envisage d'éloigner de l'agglomération parisienne la production de cartouches et construit à Laval une usine susceptible de servir de repli. Finalement, la guerre se déclenche avant que le transfert n'ait lieu. Après la guerre, le contexte ayant changé, le transfert ne se fera jamais.

En plein apogée de 1920 à 1955, ses effectifs se multiplient par six et atteignent les 3 000 employés. En 1950, la S.F.M. prend le nom de Gévelot. La notoriété de la marque Gévelot est telle qu'elle devient emblématiques du monde de la chasse et perdure encore actuellement.

En 1973, un incendie éclate dans l'usine d'Issy-les-Moulineaux. Il s'agit du plus important incendie qu'ait connu Paris en temps de paix, qui détruira la moitié des bâtiments. Le gouvernement tirera les enseignements de cette journée noire du en fondant les bases du Plan rouge. Cet épisode ainsi que l'évolution du marché marque la fin de la production de cartouche pour Gévelot qui cessera définitivement 10 ans plus tard, clôturant 150 ans d'histoire des cartouches. Il ne reste aujourd’hui que l'ancien portail monumental.

Vingt ans auparavant, l'entreprise commence à développer des activités de mécanique de précision. En 1955, dans les établissements de la « Société Étampage de Précision Gaupillat» à Meudon, elle lance de nouvelles fabrications : accessoires de cycles (pompes), articles en fil de fer et tubes, meubles et présentoirs de magasins… et des pièces en laiton. Deux années plus tard, Gévelot rachète la société Gurtner créée 50 ans plus tôt par Jules Gurtner à Pontarlier, spécialisée dans la fabrication de carburateurs. À Laval, elle lance une activité d'extrusion à froid des métaux. En 1960, la partie « extrusion » devient le secteur dominant de l’entreprise. Gévelot devient alors un groupe et crée une filiale Gévelot Extrusion.

En 1962, le site de Laval commence la production de pistons de frein, pièces forgées à froid pour l'automobile. Elle développe au fil des années de nombreuses références : pignons de boîte de vitesses, noix de transmission et tripodes, manchons antivol, croisillons, pistons de frein, fusées de roue...

En 2017, la branche extrusion est reprise par le groupe Walor.

 

 

Sources :

  • Site de la mairie d’Issy-les-Moulineaux
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site internet de l’Association Historim.
  • Archives du Souvenir Français – Comité d’Issy – Vanves.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 14 Août 2018

Nos glorieux anciens.

Gloire aux Anciens.

 

Il en a toujours été ainsi : les anciens sont présentés, souvent à juste raison, comme ayant accomplis de belles choses, de belles actions. C’est encore plus vrai lorsque ces mêmes anciens sont des militaires. Même quand ils n’ont pas gagné les batailles auxquelles ils participaient, ils « en avaient été » et rien que cela justifiait le respect.

 

Les exemples peuvent être multipliés : sous Napoléon 1er, on présentait ceux des premières batailles de la Révolution ou de la Guerre d’indépendance des Etats-Unis comme des héros ; pendant la Première Guerre mondiale, des cérémonies étaient organisées en hommage aux rescapés de Reichshoffen ou du siège de Paris.

 

Bien souvent en Algérie, chez les militaires plus que chez les civils, on parlait des « Indochinois » avec déférence. Eux avaient connu de véritables combats…

 

On sollicite leur avis, on les entend, à défaut parfois de les écouter, et ils disent « de mon temps, cela ne se passait pas comme ça ! ».

 

Il y a aussi des exceptions, des confiances qui tournent mal. Là, il est question d’un maréchal en juin 1940…

 

Ils étaient à Waterloo.

 

Il y a quelques années de cela, le magazine Paris Match a présenté des photographies mises au jour par l’Université Brown de Providence à Rhode Island aux Etats-Unis. Il s’agissait de clichés de soldats ayant combattu dans l’armée de l’Empereur Napoléon 1er à Waterloo.

 

Si on ne connaît pas l’identité du photographe qui a effectué la séance photo, on sait que l'avant-dernière propriétaire des clichés était la collectionneuse Anne S.K Brown (1906-1985), qui les a ensuite confiés à l’Université.

 

Bien que les informations, annotées au dos des clichés, soient parcellaires, on peut deviner à peu près leur âge. Les survivants de la Grande Armée, âgés de 20 à 30 ans pendant la bataille, avaient pris l’habitude de se retrouver sur la place Vendôme chaque 5 mai, la date anniversaire de la mort de Napoléon Bonaparte. En uniforme d'époque et équipés de leurs armes, ils rendaient hommage à la mémoire de l’Empereur. Sur les clichés, on peut remarquer qu’ils portaient tous la médaille de Sainte Hélène, décernée par Napoléon III en août 1857, qui récompensait les soldats ayant combattu sous les couleurs tricolores, de 1792 à 1815. C’est pourquoi on suppose que ces fiers grognards ont été photographiés lors de la commémoration du 5 mai 1858.

 

Quatre décennies après la bataille, les hommes ont du faire retoucher leur uniforme d’époque pour se glisser à nouveau dedans, car ils n’arboraient pas la même silhouette qu’à leur 20 ans. Avec une émotion perceptible, ils affrontaient l’appareil photo de l’artiste dans des postures militaires, laissant apparaître certaines balafres sur leurs visages fatigués.

 

Dans les clichés ci-dessous, on pourra distinguer :

 

  • L’administrateur, M. Delignon, s’occupait de l’approvisionnement des troupes en nourriture, vêtements et munitions. Il tient son couvre-chef dans la main droite.
  • Le chasseur M. Loria, appartenait au 24e régiment de chasseurs à cheval. Il a perdu son œil droit à la bataille.
  • Le chasseur alpin, M. Schmidt, appartenait aux régiments de montagne qui gagnèrent la bataille du Mont St-Bernard en 1794 dans les Alpes (beau rideau non ?).
  • Le dragon, M. Mauban, était un brigadier du 8e régiment de dragons. Il porte un casque orné d’une crinière.
  • Le grenadier, M. Burg, était un soldat d’élite du 24e régiment de la Garde impériale (il ne sait pas faire autre chose que d’être au garde-à-vous).
  • Le hussard, M. Fabry, était un intendant au 1er régiment de hussards. Il porte un couvre-chef d’origine turque, appelé colback (il présente son sabre).
  • Le hussard, M. Moret, était également un cavalier. Il possède une sabretache qui sert également de porte-documents (assis).
  • Le lancier, M. Dreuze, porte deux pistolets, un mousqueton (manquant sur la photographie) et une lance (manquante sur la photographie).
  • Le lancier, M. Verlinde, combattait dans l’unité de cavaliers légers créée par Napoléon 1er. Il porte un schapska, un casque avec pan (sabre à l’épaule).
  • Le mameluck, M. Doucel, fait partie de la cavalerie de l’Empereur. Il porte une chemise et un yalek, gilet sans manches.
  • L’officier du génie, M. Lefebvre, porte un shako à plumet orné de l’Aigle impérial.

 

Saurez-vous les retrouver ?

 

 

 

 

Sources :

 

  • Site Internet du magazine Paris Match.
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Alain Pigeard, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Tallandier.
Nos glorieux anciens.
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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 12 Mai 2018

La famille Mouchmoulian, installée dans le quartier des Epinettes à Issy dès les années 1930.

La famille Mouchmoulian, installée dans le quartier des Epinettes à Issy dès les années 1930.

La diaspora du XXe siècle est formée par les Arméniens de Turquie rescapés du génocide de 1915, en majorité des paysans anatoliens demeurés sur les terres ancestrales. Consécutive aux déportations massives, elle se caractérise par l'abandon sur la scène internationale de la question arménienne (1917-1923). Après la signature du Traité de Lausanne (1923), l'aide aux Arméniens devient exclusivement humanitaire. Désormais, cette minorité se transforme en une communauté apatride c'est-à-dire formée d'hommes privés de citoyenneté, et donc du droit de retour dans leur société d'origine. Nous ne devons pas oublier également l’existence du Vorpachkhar, "le monde des orphelins" qui désigne un archipel d'enfants privés de mémoire.

Cette communauté de réfugiés, démunie de tout statut juridique, connaît alors des périples migratoires. La narration de l'exode s'organise comme une longue marche ponctuée d'étapes.

Aujourd'hui, on estime à 6-7 millions le nombre des Arméniens dans le monde. Pour ce qui concerne la diaspora occidentale, les communautés les plus importantes sont celles des États-Unis, dont la majorité est installée au Massachusetts (Boston) et en Californie (Los Angeles, Fresno et San Francisco) et celle des pays de l'Europe communautaire (dont 350 000 en France). Il faut préciser le caractère approximatif de ce chiffre dans la mesure où la majorité a acquis la citoyenneté des « pays d'accueil », rendant le comptage difficile, ainsi qu'en raison de migrations permanentes et d'une géographie changeante de la diaspora qui tend de plus en plus à s'occidentaliser.

 

En France : les étapes de l'exil et la rencontre avec l'ancienne diaspora

La Société des Nations créa un Haut Commissariat (1923) pour régler le statut juridique de ces réfugiés dont les passeports portent la mention "sans retour possible". Dès 1924, sous l'impulsion du norvégien Fridtjof Nansen, la grande majorité reçoit le célèbre "certificat Nansen" leur assurant tout de même un minimum de protection.

La majorité des réfugiés arrive par bateaux entiers à Marseille. Les témoignages relatifs à cette époque nous restituent un univers instable d'embauches brèves et précaires. De nombreux intermédiaires délivrent des contrats de travail, aidés par le Bureau International du Travail (B.I.T.) et le Haut Commissariat pour les Réfugiés afin d'alimenter les industries françaises alors en quête d’une main d’œuvre. Connaissant l'habileté des Arméniens dans l'élevage du ver à soie, le tissage et le travail du cuir, certains commissionnaires iront recruter des Arméniens dans les foyers d'asile, notamment en territoire hellène pour alimenter les usines de soie artificielle de l'Ardèche, du Rhône, de la Drome, de la Loire, et les industries du cuir de Romans et de Vienne. Si beaucoup se fixent à Marseille après avoir trouvé de l'embauche dans les mines de charbon de Gardanne ou les savonneries, d'autres remontent la vallée du Rhône vers les filatures et industries d'Ardèche (Joyeuses, Pouzin) et d'Isère.

L'axe Marseille-Paris demeure le couloir migratoire le plus emprunté. Mais on assiste également à la mise en place d'un système organisateur des mobilités géographiques et résidentielles fondé sur le regroupement régional et le désir de rejoindre un parent, un ami du même village d'origine.

La plupart des Arméniens ont été naturalisés aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne formulent plus le souhait du retour au pays d'origine, exception faite du rapatriement de 7 000 personnes parties de France vers l'Arménie soviétique entre 1946 et 1947. Ce mouvement de retour ou Nerkaght reste un événement majeur de l'histoire contemporaine des Arméniens.

Enfin, les vagues migratoires des communautés d'Orient vers la France joueront un rôle essentiel dans la modification du paysage communautaire surtout depuis 1975, et contribueront à la diversification des pratiques ethnoculturelles. Désormais, on peut parler d'une communauté hétérogène, tant sur le plan culturel que social. La répartition spatiale des Arméniens en France demeure fidèle aux itinéraires du regroupement des années 1930 : entre Paris et la région parisienne, le long du sillon rhodanien (Valence, Romans, Saint Etienne, Vienne, Décines, Lyon) et dans les Bouches-du-Rhône (Marseille).

L’espace urbain et industriel isséen s’est avéré très favorable à l’implantation d’une forte colonie arménienne. Vers 1923, de nombreux réfugiés trouvent un emploi à la Cartoucherie Gévelot, les Peintures Lefranc, la Blanchisserie de Grenelle, etc. Issy-les-Moulineaux constitue de nos jours un pôle identitaire très important, tant d’un point de vue démographique que des structures d'organisation.

 

Le lien communautaire. L'invention de territoires

À Issy-les-Moulineaux, les modes de regroupement permettent de saisir les espoirs investis dans les nouvelles terres-refuges. Dans un premier temps, il s'agit pour les réfugiés, de poser en un lieu les fondations d'une existence non provisoire. L'aspiration à l'enracinement apparaît dans l'acquisition des terrains à bâtir. « Construire sa maison » devient l'objectif quasi-obsessionnel des familles. Celles-ci délaisseront très rapidement les zones marginalisées de la commune (île Saint-Germain) et les baraquements insalubres pour investir les hauteurs de la ville (La « Rue de la Dé » demeure un lieu-symbole de la présence arménienne sur la ville). Dans les débuts de l’exil, les pratiques d'appropriation de l'espace favorisent la reproduction de conduites communautaires inspirées des modèles familiaux, villageois, religieux et politiques propres au "pays d'origine".

Ainsi, les réseaux villageois fondés sur une même filiation régionale, constituent en 1925 de véritables réseaux de solidarité. Les originaires d’un même village développent des pratiques d'entraide au sein des quartiers : prêts sans intérêts entre les familles pour l'achat d'un terrain et la construction de petits pavillons en dur, prise en charge commune des enfants, mariages arrangés entre les familles. La notion de village arménien des années 1930 exprime une solidarité des quartiers formés dans la proximité des lieux d'habitations des familles, favorisant un univers du contrôle social et l'expression de pratiques codifiées selon les règles d'une société patriarcale.

 

Le légendaire national

L'aménagement concret de lieux de sociabilité permettra l'expression d'un imaginaire de la continuité et d'une "conscience d'appartenance" célébrant les événements fondateurs d'une histoire nationale.

À Issy-les-Moulineaux, la construction des églises confère au groupe une autonomie religieuse et contribue au marquage d'une différence culturelle. Cette officialisation de la présence arménienne a donné lieu à l'édification de Monuments aux Morts érigés par les associations arméniennes en souvenir des victimes de 1915, à des jumelages avec la ville sainte d’Etchmiadzine qui inaugurent de nouveaux échanges franco-arméniens, à toutes sortes de marqueurs identitaires (à l’exemple de la rue d’Erevan, de commerces et d’activités socio-professionnelles spécifiques). L'église apostolique arménienne devient un pôle d'attraction des mobilités quotidiennes (L'église et la "vie autour de l'Église", diront certains représentants communautaires). Les représentations collectives insistent sur le rôle fédérateur de l'institution religieuse dans la dispersion.

Dès les années 1920, les Unions nationales, corps mixtes de laïcs et de clercs ont appuyé l'Église et ont mis en place toutes les activités annexes. L'Église s'est constituée comme "un lieu de mémoire vraie", organisant chaque année le rituel du 24 avril, à l’occasion de la commémoration du génocide de 1915. Ces marches ou défilés intégrés dans les "temps communautaires" de rencontre, attestent d'une volonté de rendre visibles les fondements de la dispersion en déployant un récit national. Ce récit se déroule lors des offices et des grandes cérémonies religieuses, où la tradition liturgique des églises orientales, riche en symboles, vient remémorer ce lieu d'où l'on vient. Les pratiques culturelles de la communauté inculquent certaines valeurs du passé historique : rituels commémoratifs, enseignement d’une langue dite « maternelle », mythe du retour.

 

L'intégration sociale

Il y a de la première à la seconde génération, une transformation et un élargissement de l'éventail professionnel. Ainsi que le souligne Émile Temime, historien des migrations, « l'idée de progrès chez les Arméniens, c'est d'abord l'indépendance donnée par la profession, par une certaine spécialisation dans le travail ».

Les Arméniens rejettent la condition d'ouvrier dans l'univers industriel, par désir de renouer avec des codes de vie inscrits dans leurs logiques socioculturelles (le travail "indépendant", l'élan créateur du petit artisan) ; disposition essentielle pour "retrouver une dignité perdue". La deuxième génération née en France dans l'entre-deux-guerres, accélère le processus d'intégration et s'invente de nouvelles perspectives d'avenir en louant les vertus de l'ascension sociale et de la trajectoire socioprofessionnelle. L'intégration sociale et économique des Arméniens en France s'est accomplie de manière relativement rapide, avec une percée importante des professions libérales et l'accès aux métiers de l'enseignement, de la recherche, du spectacle et du sport. On remarque un dynamisme important et une inventivité étonnante pour l'esprit d'entreprise et la création artistique.

 

La structuration de la vie communautaire

La réalité communautaire se caractérise par l'existence d'espaces sociaux réactualisant un "droit à la mémoire". On assiste très tôt en diaspora à une sorte d'amplification du sentiment national (Hayabahbanoum) assumé à l'intérieur du champ de la collectivité par d'innombrables associations satellites des partis politiques. Les représentants affirmeront à cet égard qu'elles sont les relais indispensables pour la conservation de son arménité. Citons en ce sens, la JAF (Jeunesse arménienne de France) qui naît et connaît un vif succès dans le contexte français d'après-guerre et qui soutient l'Arménie soviétique, le mouvement de jeunesse Nor Seround (nouvelle génération) d'obédience Dachnak qui a formé des générations de militants pour "une Arménie libre, indépendante et réunifiée".

À Issy-les-Moulineaux, le tissu associatif demeure très dense : associations philanthropiques cultuelles, culturelles, sportives, compatriotiques, unions professionnelles, associations de femmes, d'anciens combattants, de scouts etc.

Enfin, depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, on assiste chez les communautés nées de l’exil à des participations actives pour l’aide à la reconstruction du pays.

 

Martine Hovanessian est anthropologue et chercheur au CNRS, auteur du Lien communautaire - Trois générations d'Arméniens (Paris, Armand Colin, 1992. réédition prévue aux Éditions l’Harmattan, pour février-mars 2007), et de Les Arméniens et leurs territoires (Autrement, 1995). Elle a résidé pendant de nombreuses années à Issy-les-Moulineaux.

 

 

Sources :

  • Site de la mairie d’Issy-les-Moulineaux
  • Site de François Montagnon.
  • Informations Geneviève G’Stell.
  • Site www.suzannegstell.canalblog.com
  • Archives de la famille Mouchmoulian.
  • Archives du Souvenir Français – Comité d’Issy – Vanves.
Les Arméniens habitaient principalement sur les hauteurs d’Issy-les-Moulineaux, que ce soit rue Madame, la rue du Plateau (devenue rue d’Erevan) ou le boulevard Rodin (de haut en bas).
Les Arméniens habitaient principalement sur les hauteurs d’Issy-les-Moulineaux, que ce soit rue Madame, la rue du Plateau (devenue rue d’Erevan) ou le boulevard Rodin (de haut en bas).
Les Arméniens habitaient principalement sur les hauteurs d’Issy-les-Moulineaux, que ce soit rue Madame, la rue du Plateau (devenue rue d’Erevan) ou le boulevard Rodin (de haut en bas).

Les Arméniens habitaient principalement sur les hauteurs d’Issy-les-Moulineaux, que ce soit rue Madame, la rue du Plateau (devenue rue d’Erevan) ou le boulevard Rodin (de haut en bas).

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 18 Mars 2018

Louis Albert Bacler d’Albe.

Louis Albert Bacler d’Albe.

Le 28 octobre 1805, le préposé à la mairie d'Issy (qui n'était pas encore « Les Moulineaux »!) enregistrait la naissance du quatrième enfant de la famille Bacler Dalbe, Louis Marc. Mais ce n'était pas son père qui venait le déclarer car, chef du service cartographique de l'empereur Napoléon 1er, il l'avait suivi quelques jours auparavant en Alsace où se préparait l'offensive contre les Autrichiens qui, par Ulm, allait aboutir au « Soleil d'Austerlitz » le 2 décembre de la même année.

 

C'était au siège de Toulon, huit ans plutôt, que Bonaparte avait croisé une première fois le capitaine Louis Albert Bacler Dalbe, artilleur comme lui, chef de la batterie « des Invincibles », et artiste-dessinateur dans le civil avant la Révolution. Promu général et commandant de l'artillerie de l'armée d'Italie, Bonaparte le fera affecter à son état-major et, quand il prendra le commandement de cette même armée, il le chargera de l'élaboration des cartes nécessaires à son action. Et Dalbe le suivra, sillonnant l'Europe, de l'Italie, reprise aux Autrichiens au cours de deux campagnes, au camp de Boulogne, pour préparer une éventuelle expédition en Angleterre, de Saxe en Prusse et en Pologne, de la guerre d'Espagne à la campagne de Russie.

 

Et partout où l'empereur installera sa tente de commandement, Dalbe sera là, dans une tente annexe, avec son lit de camp et ses cartes, et les épingles de couleurs qui lui permettront d'y situer les forces en présence. Mais il n'oubliera pas que s'il est officier, et il le montrera valeureusement à Arcole, il est aussi dessinateur : ses tableaux des batailles de Lodi, de Rivoli ou d'Austerlitz font partie des collections du château de Versailles et ses lithographies du passage des Alpes ou de l'Espagne en guerre sont autant de témoignages de l'actualité militaire de son temps.

Carte de l’Italie – Page de garde.

Carte de l’Italie – Page de garde.

Une campagne pourtant manque à ses états de service, celle d’Égypte. Comment, en 1798, le général Bonaparte aurait-il pu décider de se priver pendant cette expédition d'un collaborateur qui avait sa place aussi bien comme cartographe dans le « premier cercle » de son état-major particulier que comme dessinateur aux côtés de la centaine d'ingénieurs, artistes ou savants qu'il emmenait avec lui ? Aucun historien n'a pu donner une réponse satisfaisante à cette question mais, selon la tradition familiale, lorsque l'estafette, qui apportait au capitaine Dalbe sa convocation pour un embarquement à Toulon vers une destination inconnue, se présenta à son domicile de Milan, l'intéressé était en déplacement et c'est son épouse qui, ayant pris connaissance de la lettre de service, l'aurait volontairement détruite, peu soucieuse de voir son mari l'abandonner pour une contrée non précisée et une durée indéterminée !

 

A son retour d’Égypte, et après une solide « remontée de bretelles », Bonaparte passa l'éponge sur la désobéissance involontaire de son subordonné qu'il nommera, en 1804, chef de son « Cabinet topographique » particulier, nouvellement créé. Et il ne cessera de lui accorder sa confiance, comme en témoigne par exemple cette note du 9 août 1809 : «  Le corps des ingénieurs-géographes ne recevra d'ordres que de l'adjudant-commandant Bacler d'Albe. Les ingénieurs correspondront avec lui et lui transmettront leurs travaux. Ils recevront mes ordres par son canal. Signé : Napoléon ».

 

C'était raccourcir singulièrement la voie hiérarchique, ces ingénieurs étant affectés au « Dépôt de la Guerre » (*), qui dépendait du Major Général ! On notera dans ce billet la nouvelle orthographe « d'Albe », l'intéressé ayant été élevé au titre de Baron d'empire.

 

Chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1806, il sera promu officier dans l'ordre le 10 avril 1812 et nommé général de brigade le 24 octobre 1813. Le 2 mars 1814 il quittera son service au Cabinet topographique de l'empereur et prendra la direction du Dépôt de la Guerre. Il aura passé plus de dix ans dans l'entourage immédiat de Napoléon qui, selon un témoin, s'écriait quand on le réveillait à l'arrivée d'une estafette porteuse d'un pli important : « Qu'on aille chercher d'Albe ! Que tout le monde s'éveille ! »

 

Au Dépôt de la Guerre, début 1814, le travail ne manque pas. L'unité a été désorganisée par la catastrophique retraite de Russie de 1812 : son chef, le général Sanson et une demi-douzaine d'ingénieurs-géographes faits prisonniers par les Russes, une vingtaine d'autres tués, morts de froid ou disparus, les chariots contenant le matériel de cartographie, des archives du Dépôt, et surtout des cartes originales, car l'empereur ne supportait ni copies ni calques, et les plaques de cuivre qui permettaient leur tirage, pris par l'ennemi ou abandonnés, leurs chevaux abattus pour palier le manque de nourriture.

 

A titre personnel d'Albe a perdu pendant cette campagne tous ses bagages et effets personnels, ainsi que 23 chevaux et surtout les cuivres de ses cartes dont il était propriétaire et dont il vendait les tirages à l'Etat. Malgré quelques « dépannages » accordés par Napoléon, il est obligé d'hypothéquer sa demeure de Sèvres, achetée en 1810, entre le château de Brimborion, maintenant disparu, et la Seine, face à la pointe aval de l'île Seguin (**).

 

Mais sa santé se dégrade, et s'il a pu accompagner l'empereur pendant la campagne d'Autriche en 1813, il sera contraint de rester à Paris pendant la campagne de France qui se termine par l'exil à l'île d'Elbe de l'empereur déchu en avril 1814. Au retour de Louis XVIII, d'Albe met le Dépôt de la Guerre aux ordres du roi, pour faire à nouveau allégeance à Napoléon, revenu de l'île d'Elbe pour les « Cent-jours ». Après Waterloo, la seconde abdication et le départ pour Sainte Hélène, il se distingue une dernière fois : avec l'aide du nouveau directeur du Dépôt, nommé par le roi, il cache les précieux cuivres de la fameuse carte de Cassini et les autres originaux du Dépôt que les occupants « alliés », Autrichiens, Russes ou Prussiens, chercheront en vain. Par contre ils saccageront sa maison de Sèvres, brûlant documents et archives, et sa famille ne sauvera que ce qu'elle avait de plus précieux.

 

Exilé à Sainte-Hélène, Napoléon n'oubliera pas son fidèle cartographe. Dans ses dernières volontés, dictées fin avril 1821, quelques jours avant sa mort, il précisera, évoquant la transmission de son œuvre à son fils, le Roi de Rome, exilé lui en Autriche: « ...On remettra à mon fils ma carte d'Italie d'Albe et les copies, vues de champs de bataille, quartiers généraux que j'ai fait faire par Bacler d'Albe... … Probablement, on cherchera à lui fausser ses idées. Quand il aura seize ans, il faudra lui envoyer des voyageurs comme Meneval, Fain, d'Albe, qui l'entretiendront naturellement de ce qu'ils ont vu et su. »

 

Au début de la Restauration, accusé par certains de ses subordonnés de les avoir « ralliés » à l'empereur contre leur volonté, Bacler d'Albe passa devant une commission d'enquête... qui le destitua ! Ce n'est que fin 1818 qu'il fût replacé dans les cadres d'active, mais sans affectation, avant d'être mis définitivement en disponibilité, avec la solde correspondante, le 1er avril 1820 à l'âge de 59 ans. Il avait passé 31 ans sous l'uniforme.

 

Sur le plan financier sa situation s'améliore peu à peu. Il a reprend ses pinceaux et travaille pour la Manufacture de Sèvres, toute proche, décorant assiettes, tasses ou vases, car ayant gardé, grâce à son métier de cartographe, une légèreté de main étonnante. Il tente aussi de vendre des tableaux où il insère des personnages mythologiques dans des paysages inspirés de ses séjours en Italie, mais sans grand succès. Il abandonne alors la peinture et se tourne vers la lithographie, le procédé de reproduction à la mode. Avec l'aide du lithographe Engelman, il fait paraître, à partir des carnets de croquis qu'il a conservé ou de dessins rapportés de ses promenades, toute une série de planches qui, elles, rencontrent un certain succès comme par exemple :

 

  • Souvenirs pittoresque de la Suisse du Valais,
  • Promenades pittoresques dans Paris et les environs,
  • Souvenirs pittoresques de la guerre d'Espagne,
  • Macédoine  lithographique, sur des sujets variés et sur des vues des environs du Mont-Blanc.

 

Cette dernière série, constituée à partir des dessins originaux de Bacler d'Albe mais dont les lithographies ont été exécutées par son fils Louis-Marc, comprend en particulier deux planches à la mémoire des deux premiers vainqueurs du Mont-Blanc en 1786, le guide Jacques Balmat et le docteur Gabriel Paccard.

La prise de Somo-Sierra par Bacler d’Albe.

La prise de Somo-Sierra par Bacler d’Albe.

Le 12 septembre 1824 dans sa demeure de Sèvres, entouré de sa famille, le général-baron Louis Albert Bacler d'Albe décède à l'âge de 63 ans. Officier d'état-major, n'ayant jamais commandé une grande unité devant l'ennemi, son nom ne figure pas sur les plaques des généraux de l'Empire apposées sur l'Arc de Triomphe. Mais si vous empruntez à Paris, en limite des 3e et 4e arrondissements, la rue des Francs-Bourgeois vers la place des Vosges, vous arriverez, au n°16 sur votre gauche, à la façade de l'ancien Hôtel de Sévigné qui abrite le musée Carnavalet. Levez les yeux et vous découvrirez huit ensembles de trois plaques portant les noms d'artistes, d'ingénieurs, de chercheurs, de savants, qui se sont illustrés dans leur domaine de compétence. Et sur le titre « Iconographie » vous pourrez lire le nom de Bacler d'Albe, honoré, non pour son œuvre de cartographe militaire, mais pour ses talents d'artiste.

Façade de l’Hôtel de Sévigné.

Façade de l’Hôtel de Sévigné.

Le couple Bacler d'Albe eut quatre enfants.

 

L’aîné, Joseph-Albert, officier comme son père, affecté en 1806 en Hollande à la garnison de Flessingue, fût  blessé et fait prisonnier par les anglais. Après deux ans et demi de captivité il s'évada et rejoignit la France. Topographe et aide de camp du  général Ségur pendant la campagne de Russie, puis brièvement du général Duroc, il fût ensuite chargé du service topographique du Maréchal Soult, qu'il suivit sur le front des Pyrénées pendant la malheureuse campagne contre Wellington à l'hiver 1814, puis, aux « Cent-jours » jusqu'à la défaite de Waterloo. Placé en non-activité il quitta la France pour les États-Unis, puis l'Amérique du Sud où il rejoignit l'armée du général San Martin, participant activement à ses côtés, comme colonel, aux guerres d'indépendance du Chili et du Pérou, avant de décéder en 1824.

 

Leur deuxième fils, Maurice-Louis, mourut en 1810 des suites d'une chute de cheval, à 18 ans, un mois seulement après son entrée à l’École Militaire.

 

Leur seule fille, Alexandrine, épousa un ami de la famille, Marc-Antoine de Barbotan-Maurepas.

 

Enfin le dernier enfant, Louis-Marc, né à Issy en 1805 comme évoqué plus haut, dessinateur et lithographe comme son père, fût le seul à avoir laissé une postérité. Il eut deux enfants, un garçon et, en 1837, une fille, Blanche. C'était mon arrière-grand-mère.

 

 

 

 

Général de brigade aérienne (2s) Jean-Claude Ichac

Président honoraire du comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux.

 

 

(*) Ancêtre du Service géographique de l'Armée devenu ensuite notre Institut Géographique National (IGN).

 

(**) Après avoir été, au 19e siècle une institution de jeunes filles, puis une maison de convalescence pour anciens militaires, cette propriété deviendra, en 1928, le collège arménien « Samuel Moorat » de Sèvres.

 

 

 

Sources :

 

  • . « Le Général Bacler d'Albe » de M.Bacler d'Albe-Despax (1954)
  • . « Le Baron Bacler d'Albe, Maréchal de camp » de Marc Troude (1954)
  • . Archives familiales.
  • . Sites Internet.
La propriété de Sèvres.

La propriété de Sèvres.

Le bal à Issy, par Bacler d'Albe.

Le bal à Issy, par Bacler d'Albe.

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Publié le 11 Janvier 2018

Les combats de Rocquencourt.

Les combats de Rocquencourt.

Contexte.

 

Nous sommes dans la deuxième quinzaine du mois de juin 1815. L’Empereur vient de perdre la bataille de Waterloo, victime d’erreurs de jugement, du retard de Grouchy, de la folle cavalcade de Ney, de l’acharnement des Anglais, du renversement d’alliance des Belges…

 

Napoléon 1er revient à Paris. Le 22 juin – une semaine après cette défaite – il abdique pour la seconde fois après Fontainebleau un an auparavant. Il se réfugie à La Malmaison, pensant à Joséphine, disparue en ces lieux le 29 mai 1814. « Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. (…) Je proclame mon fils, sous le nom de Napoléon II, empereur des Français » écrit-il. Mais son repos n’est que de courte durée. Les soldats prussiens de Blücher sont annoncés aux portes de Paris, en contournant la capitale par l’ouest. Napoléon part, dans une discrète calèche, pour Fouras puis l’île d’Aix.

 

La situation n’est pas claire pour autant. Louis XVIII n’est pas encore de retour, pour la deuxième fois... L’un des derniers ordres de l’Empereur consiste à nommer le maréchal Davout chef des armées. Ce dernier, ministre de la Guerre depuis mars 1815, est craint de tous. Il est le seul des maréchaux à n’avoir jamais connu la défaite. Enfermé pendant des mois avec ses soldats dans la ville de Hambourg, l’année précédente, il ne se rendra que sur ordre direct de Louis XVIII (première Restauration) et les coalisés laisseront les Français quitter la ville sans combattre. Dans les rangs des armées, qu’elles soient françaises, autrichiennes, anglaises ou prussiennes, la seule évocation du nom de Davout suffit à faire trembler !

 

L’armée française prête au combat.

 

L’armée française est réunie sous les murs de Paris. Elle est commandée par le général Rémi-Joseph Exelmans. Il a été de nombreuses campagnes de l’Empire et est devenu général après Eylau en 1809. Fait prisonnier par les Britanniques en Espagne, il s’évade et revient en France en 1812. C’est un chef respecté.

 

Blücher n’a rencontré que peu de résistance. Confiant, au milieu de dizaines de milliers de soldats, il s’est installé au château de Saint-Germain-en-Laye. Les Prussiens semblent sûrs de leur fait et se répandent dans la contrée, vivant sur l’habitant. Un contingent fort de 6.000 fantassins s’approche de Paris.

 

Davout donne l’ordre à Exelmans de se rendre au devant des hommes de Blücher, avec un corps de 15.000 hommes d’infanterie, sous le commandement du général Vichery. L’idée consiste à se rendre en direction de Saint-Germain par le pont de Neuilly. Mais Davout se ravise et donne un contrordre. Seules les troupes d’Exelmans vont combattre. Elles quittent leur bivouac en formant trois colonnes et coupent la retraite des Prussiens qui s’étaient avancés jusque dans les faubourgs de Versailles. Une colonne du 44e régiment d’infanterie de ligne marche sur Rocquencourt tandis qu’une seconde s’approche de Fontenay-le-Fleury, en contournant Versailles par le sud-ouest. Les troupes prussiennes sont encerclées. Deux divisions de dragons impériaux marchent quant à elles droit sur Versailles et Vélizy.

 

A Vélizy, les soldats des colonels Faudoas et Simonneau se précipitent sur les cavaliers prussiens. Ces derniers sont fusillés à bout portant. Une panique indescriptible s’empare  de la cavalerie prussienne. Elle cherche à sortir de la nasse et se dirige vers Rocquencourt et Le Chesnay où d’autres soldats français les attendent. Dans le plus grand désordre, les ennemis reprennent la direction de Saint-Germain. Mais les combats se poursuivent, dans la forêt de Meudon, dans le Bas-Meudon et dans les faubourgs d’Issy.

 

Les Prussiennes finissent par tous se replier. Le général Exelmans profite de son avantage. Il fait continuer le mouvement de sa cavalerie vers Saint-Germain. Mais vers Louveciennes, près de Marly-le-Roi il rencontre un corps d’infanterie prussien considérable. Plutôt que de chercher l’affrontement sur un terrain peu propre aux mouvements de cavalerie, car très boisé, il juge prudent de faire retraite. Il revient sur Montrouge. Les Prussiens analysent la manœuvre et viennent s’établir sur Sèvres, qu’ils dévastent.

 

Dans cette bataille, les Prussiens ont perdu près de 1.000 de leurs 1.500 hussards et de nombreux fantassins. Les Français n’ont laissé que peu d’hommes sur le champ de bataille.

 

Le Second traité de Paris.

 

Le Second traité de Paris est signé. La France s’en retourne aux frontières de 1791, avec la perte de la Sarre, de Landau en Rhénanie et de la Savoie. Et commence la seconde Restauration.

 

Le 6 juillet, selon les écrits de Chateaubriand dans Mémoires d’Outre-tombe : « Le soir, vers les neuf heures, j'allai faire ma cour au roi. Sa Majesté était logée dans les bâtiments de l'abbaye ; on avait toutes les peines du monde à empêcher les petites filles de la Légion d'Honneur de crier : Vive Napoléon ! J'entrai d'abord dans l'église ; un pan de mur attenant au cloître était tombé ; l'antique abbatial n'était éclairé que d'une lampe. Je fis ma prière à l'entrée du caveau où j'avais vu descendre Louis XVI : plein de crainte sur l'avenir, je ne sais si j'ai jamais eu le cœur noyé d'une tristesse plus profonde et plus religieuse. Ensuite je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre ; entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. »

 

A Versailles, Issy et dans quelques autres villages, les Prussiens vont rester jusqu’au mois d’octobre 1815, date à laquelle ils seront remplacés par des Anglais, qui eux-mêmes partiront au mois de décembre suivant.

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com
  • Site de l’association Historim : www.historim.fr
  • Pierre Charrier, Le maréchal Davout, Nouveau Monde, 2005.
  • Jean-Baptiste Vachée et Henri Bonnal, Etude du caractère militaire du maréchal Davout, Ed. Berger-Levrault, 1907.
  • Alain Pigeard, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Tallandier.
La plaque commémorative à Rocquencourt.

La plaque commémorative à Rocquencourt.

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Publié le 11 Avril 2017

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

Le Champ de Manœuvre à Issy. © Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

La ville de Paris souhaite rejeter à l’extérieur de son territoire le terrain de manœuvres du champ de Mars. En 1889, elle saisit l’occasion offerte par l’Exposition Universelle, et annonce son désir de conserver un certain nombre de monuments, dont la Tour Eiffel. Elle acquiert alors des terrains à Issy qu’elle échange ensuite avec l’Armée. Le 31 décembre 1891, les militaires s’installent sur la commune d’Issy-les-Moulineaux et l’Armée devient le plus gros propriétaire foncier.

 

Les militaires louent leurs terrains aux premiers « avionneurs » qui cherchent un espace pour leurs essais. Très vite, la vocation de la plaine s’affirme autour du champ de manœuvres : elle devient au début du XXe siècle le principal lieu d’implantation des industries aéronautiques.

 

A Issy-les-Moulineaux, les frères Charles et Gabriel Voisin s’installent en 1907 en bordure du champ de manœuvres afin d’effectuer facilement leurs essais. Après le décès accidentel d’Edouard Nieuport, pilote chevronné installé à Suresnes, Henri Deutsch de la Meurthe décide le transfert de l’entreprise à proximité des établissements Voisin à Issy. Les frères Caudron créent une école de pilotage et s’installent dans un atelier à l’intersection des rues Rouget de Lisle et Camille Desmoulins.

 

Qualifié par tous les historiens de « Berceau de l’aviation mondiale » le terrain d’Issy-les-Moulineaux voit son histoire débuter fortuitement pendant l’année 1905 alors qu’il se trouve remarqué par quelques fanatiques de l’aviation naissante.

 

Usant de ses relations, Ernest Archdeacon, mécène passionné, obtient l’autorisation d’utiliser ce terrain sous certaines conditions qui revêtent très rapidement un caractère dissuasif pour nos pionniers. Parmi les contraintes imposées par l’autorité militaire, maîtresse du lieu, figure l’obligation de mener les essais de 4 à 6 heures du matin.

 

Toutefois, la phase de l’aviation inaugurée à Issy-les-Moulineaux semble la plus pure de toute l’histoire de cette science : intuition et expérimentation vont de paire avec imagination créatrice. Il est intéressant de constater par exemple que Farman, Voisin, Delagrange ont tous trois étudiés aux Beaux-Arts. Ces pionniers sont en même temps les inventeurs, les ingénieurs et les pilotes d’essai des machines qu’ils mettent sur pied.

 

Au fil du temps et des courses aériennes organisées, le nouveau terrain d’aviation attire les foules de curieux. Celles-ci envahissent le terrain ou se hissent sur les toits pour profiter du spectacle. De simples hangars, puis de véritables ateliers - qui deviendront les entreprises Voisin, Caudron… - s’installent autour du champ d’aviation, faisant de ce quartier le quartier de l’aviation, dont aujourd’hui les noms de rues évoquent encore le passé glorieux.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com

 

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Publié le 13 Février 2016

Ateliers de chars à Issy-les-Moulineaux.
Ateliers de chars à Issy-les-Moulineaux.

Les usines Renault du quai Stalingrad.

Autant l’entreprise Renault avait œuvré pour l’effort de guerre au cours de la Première Guerre mondiale en développant puis fournissant des véhicules et notamment des chars qui donnaient satisfaction, autant dans les années 1930, Louis Renault est moins enclin à recommencer. Proche des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque puis de la Cagoule, il déclare en 1935, à l’occasion d’une visite en Allemagne au chancelier Adolf Hitler : « Une guerre économique entre la France et l’Allemagne n’aurait d’avantages que pour l’Angleterre et l’Amérique » ; auparavant il avait indiqué : « On ne peut plus gagner d’argent qu’en fabriquant des véhicules de tourisme ».

De fait, dans ces années-là, Renault construit des chars en petites séries et qui ne donnent pas satisfaction : si le modèle FT de 1931 et le digne héritier des chars de 1918 et sa production est de plus de 1.500 engins, ce ne sera pas le cas du Renault D3 de 1932 puis de l’AMR de 1933 et de l’AMC de 1934.

Donc, prenant acte de cette situation, et face à la montée du péril allemand, le Gouvernement Front Populaire de Léon Blum nationalise les usines Renault d’Issy en 1936, qui sont alors spécialisés dans ce type d’armement.

Ces usines, situées quai de Stalingrad, se voient confier la mise au point et la construction de chars qui vont prendre le nom d’AMX : « A comme Ateliers » ; « MX comme MoulineauX ».

L’AMX 13.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1949, ces usines, qui ont vu passer les constructions des chars de 1914 et de 1940, mettent au point le prototype de l’AMX 13 qui va être fabriqué à Roanne dans une unité qui existe toujours et qui dépend maintenant de la société Nexter, descendante de ces temps-là.

La mise au point et l’expérimentation financées en grande partie par les Etats-Unis, durent jusqu’en 1955, année de sortie des premiers modèles de série des Ateliers de Roanne (ARE). A partir de 1964, Creusot-Loire, à Chalon-sur-Saône, remplace l’ARE et une troisième ligne de montage est ouverte aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à la Seyn-sur-Mer. La fabrication se termine en 1985.

Le canon de 75 mm dérive de celui des Panthers allemands : il est alimenté par deux barillets rotatifs d’une capacité de six obus. Ce système évite l’emploi d’un membre d’équipage pour charger les obus, mais une fois les douze projectiles tirés, le retour à l’arrière est nécessaire pour compléter les barillets. Le canon de 90 mm introduit en 1967 est également à barillets, la durée du rechargement complet allant de 1h à 1h30.

A partir de 1965, l’AMX 13 est équipé dans certains régiments de quatre missiles SS-11, deux de chaque côté. En opérations, l’Armée française le déploie durant la Guerre d’Algérie avec, en mars 1958, 114 AMX 13. L’Armée d’Israël l’emploie durant la crise du canal du Suez en 1956, la guerre des Six Jours de 1967 et la guerre de Kippour de 1973.

En France, au début des années 1980, environ 1.010 de ces chars sont en parc dans l’armée de Terre. Ils sont alors en cours de remplacement dans les régiments mécanisés par les AMX 30.

L’AMX 30.

En 1967, c’est au tour de l’AMX 30 d’être conçu à Issy-les-Moulineaux (ce sera d’ailleurs le dernier de la série à y être conçu).

L’AMX 30 est un assemblage d’acier coulé et corroyé. Sa tourelle est coulée d’une seule pièce. L’équipage se compose de quatre hommes. Le pilote est assis à l’avant gauche du châssis et les trois autres membres de l’équipage (le chef de char et le tireur à droite, le chargeur à gauche) sont installés dans la tourelle.

L’AMX 30 est mis en service à partir de 1967. Le premier régiment à en être équipé est le 503e régiment de chars de combat à Mourmelon, suivi du 501e à Rambouillet. Les régiments blindés des Forces Françaises en Allemagne sont équipés par les séries suivantes sorties des Ateliers de Roanne. L’ordre de bataille décidé en 1967 prévoit un régiment de chars AMX 30 pour chacune des quinze brigades des cinq divisions mécanisées alors en service. Au début des années 1980, environ 1.210 AMX 30 sont en ligne en compagnie de 1.010 AMX 13. Au 1er janvier 1989, un total de 1.258 chars AMX 30 est en service dans l’armée de Terre française.

L’armement principal du char est un canon Giat CN-105 F1 d’un calibre de 105 mm, opéré par le tireur ou le chef de char (qui a une commande prioritaire), et la télémétrie optique est opérée par le chef de char qui définit la cible, calcule la distance et transmet les informations verbalement au tireur. L’AMX 30 dispose en armement secondaire d’un canon automatique coaxial de 20 mm, en remplacement de la mitrailleuse de 12,7 mm d’origine, et armant également l’AMX 10. Celui-ci a pour particularité de pouvoir être pointé en site, indépendamment du canon principal, pour servir de DCA légère. Une mitrailleuse de 7,62 mm couplée à un projecteur (pouvant recevoir un filtre infrarouge pour la vision de nuit) est fixée sur le tourelleau et commandée depuis l’intérieur par le chef de char. Des lance-pots fumigènes disposés de part et d’autre de l’arrière de la tourelle complètent la défense rapprochée de l’engin blindé.

Comme d’autres blindés, il peut être équipé d’un schnorchel pour franchir les voies d’eau. Il est par la suite modernisé à plusieurs reprises puis finalement retiré en 1997, remplacé par le char Leclerc.

Désaffectation des usines.

En 1992, l’usine, désaffectée depuis plusieurs années, revit grâce à une association d’artistes qui s’installe sur cet espace en friche : 5.000 mètres carrés dans un immense hangar, dessiné par Gustave Eiffel, en bordure de Seine. Aujourd’hui, des immeubles de bureaux et d’habitations ont pris la place de ces ateliers qui avait fait, un temps, la gloire de la commune.

Sources :

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Publié le 10 Avril 2011

 

Issy 018

 

En 1988, André Santini écrivait la préface d'un ouvrage dû à l'association CRHIM (Centre de Recherches Historiques d'Issy-les-Moulineaux), qui présentait notre commune au début du 20ème siècle, à travers des cartes postales et des photographies, triées et mises en pages grâce aux travaux de Florian Goutagneux, Agnès Barbier, Catherine Stouls-Nicolas pour le musée municipal, et René Le Bacon, Jean-Marc Szmaragd pour l'association CRHIM.

 Dans le cadre de la mission du Souvenir Français du Devoir de Mémoire, nous nous sommes permis de présenter ces photographies.

 

Issy 017

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Publié le 19 Septembre 2010

 

Inondations 2 Issy 1910

« La Crue centennale ».

 

En janvier 1910, la Seine connait sa crue la plus importante et ce avec une grande rapidité : il lui faut une dizaine de jours pour atteindre son maximum (8,62 mètre au pont d’Austerlitz). Plus de 20.000 immeubles sont évacués. Pratiquement tous les quartiers le long de la Seine sont touchés.

 

Il est difficile d’imaginer ce que fut cette inondation, appelée « centennale », tant aujourd’hui, le fleuve est encadré et endigué. Une seule image : au pont de l’Alma, le zouave bien connu a de l’eau jusqu’aux épaules !

 

Mais dans ce désastre, l’on oublie généralement d’évoquer les villes de banlieues : Issy-les-Moulineaux, Gennevilliers, Epinay, Saint-Denis et l’Ile qui porte le même nom (…).

 

Les causes peuvent être résumées selon trois facteurs :

 

  • - pluviométrie anormale et très abondante.
  • - neige et gel particulièrement importants.
  • - débordement de plusieurs rivières : entre autres l’Yonne et le Loing.

 

 

Le Petit Journal.

 

Voici deux extraits du Petit Journal du dimanche 13 février 1910 :

 

« Il a fallu beaucoup de courage aux malheureux inondés pour supporter les privations, les tristesses dont ils furent victimes pendant que l'eau ravageait leurs maisons qu'ils avaient dû fuir. Mais ne leur en faudra-t-il pas plus encore pour rentrer au logis dévasté par le fléau et réparer les ruines que l'inondation y a accumulées ?

 

Dans quel état épouvantable la retrouvent-ils, la chère maison !... Les portes brisées, les fenêtres enfoncées, les parquets disloqués, les plafonds fendus. Des murs, l'humidité suintera pendant de longues semaines encore... Et le mobilier ?...Quel désastre ! Les meubles, la literie, tout est perdu. C'est un affreux spectacle de ruine et de désolation ; et l'on comprend, en y songeant, que leur premier sentiment devant ce tableau lamentable soit un sentiment d'horreur et de découragement. »

 

L’âme de Paris : « Un sentiment que Paris n'aura guère manifesté dans l'occurrence, c'est l'a peur. L'eau débondait sur les quais; dans les rues, envahissait les maisons, le sol s'effondrait : le Parisien vaquait à ses affaires comme de coutume et ne s'affolait pas.

 

Au contraire, il allait au danger. On lui avait dit qu'il y avait péril à s'approcher des parapets ! N'importe ! Le Parisien voulait voir. La curiosité est chez lui plus forte que la prudence... Songez donc !... On ne reverrait probablement plus jamais ça. Il y avait plus d'un siècle que pareille inondation n'avait ravagé la capitale. Et l'on eût voulu que le Parisien, si curieux de sa nature, restât chez lui. Allons donc !... Il a couru les quais, la banlieue, il a voulu voir, il a vu. A certains jours, il y eut cinq cent mille personnes qui se pressèrent tout le long de la Seine, s'arrêtant sur les ponts où la circulation était permise, contemplant le fleuve en furie... Tout cela, sans désordre, sans bousculade, sans un cri... Et ce fut un beau spectacle que celui de ce peuple s'imposant ainsi spontanément la discipline qui convenait. »

 

 

Inondations 1 Paris 1910 

 

 

Inondations 1 Issy 1910 

(merci à Mme Batard-Lalis pour les clichés). 

 

 

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Publié le 25 Juillet 2010

 

Escalier Mairie1

Etienne Lalis est présent sur les marches de la mairie d’Issy ; il porte la main à sa veste.

 

Après la guerre.

 

A la suite de la défaite française en 1871, Etienne Lalis est renvoyé à la vie civile et il reprend ses activités de marchand carrier et de marchand de vin. C’est un personnage connu et respecté d’Issy.

 

Dans le Livre d’Or des Combattants de 1870-1871 (publié au début des années 1900), Etienne Lalis est présenté ainsi : « Si un homme a rendu de grands services dans sa vie civile et militaire, payé de sa personne et de son argent dans les nombreuses sociétés humanitaires et patriotiques, dont il fit et fait encore partie, c’est bien M. Lalis dont nous donnons aujourd’hui la figure si connue et si sympathique. Président de la Chambre syndicale des Marchands carriers de France, Vice-Président de l’Union des fournisseurs du bâtiment à Paris, arbitre-expert, à titre gratuit, devant les tribunaux. »

 

 

Le monument de la municipalité pour les combattants de 1870-1871 dans le cimetière d’Issy.

 

Extrait du Livre d’or : « Le siège de Paris terminé, la 2ème Compagnie a demandé à la Municipalité d’ouvrir une souscription pour élever un monument et y déposer les corps des camarades tués à Issy devant l’ennemi.

 

Cette autorisation lui a été accordée et la commune a donné le terrain dans le cimetière. Le 5 décembre 1871, c’est au milieu d’une grande affluence et d’une belle manifestation patriotique que les corps de ces malheureuses victimes du devoir ont été ramenés et déposés dans le cimetière. De belles couronnes furent déposées et toute la population d’Issy avait été invitée à y assister. A cette cérémonie, de beaux discours furent prononcés.

 

La guerre terminée, notre camarade Lalis fut un des plus zélés organisateurs de nos nombreuses sociétés patriotiques, humanitaires et mutualistes.

 

Il est membre du conseil d’administration de la grande et belle société des Vétérans des armées de terre et de mer 1870-1871 ; Président de la Fédération des sections du département de la Seine ; Président de la 251ème section d’Issy, a obtenu la médaille d’honneur en or de la Société pour services rendus. Membre du Comité de l’œuvre des Vieux Militaires ; Délégué général de la 1ère section d’Issy, membre fondateur de l’œuvre. Membre de la Société du Souvenir Français ; membre du Bureau de la société d’assistance à la Vieillesse et à l’invalidité d’Issy et de nombreuses sociétés dont il est membre et membre d’honneur.

 

Le 13 juillet 1905, le gouvernement de la République lui décernait la médaille de la Mutualité.

 

Le 4 décembre 1905, M. Lalis était nommé officier d’académie et le 13 novembre 1909, il recevait la médaille d’argent de la Mutualité et le 5 mars 1911, la médaille d’honneur de l’Encouragement au Bien.

 

Ceux qui comme lui font le bien, savent défendre toutes les causes justes, reconnaissent les services rendus, ne transigent jamais avec leur conscience, pour ceux-là, comme nous le faisons aujourd’hui pour le camarade Lalis, on peut dire que ce sont des hommes de bien qui méritent le respect et la sympathie de leur concitoyens.

 

Nous croyons donc rendre un grand service en montrant ces bons Français qui savent tout sacrifier à l’intérêt général, et à l’humanité. M. Lalis fait partie de cette phalange d’hommes dont un pays doit s’honorer et conserver toujours la mémoire ».

 

Reconnu par ses pairs et la municipalité, Etienne Lalis vit ses dernières années à Issy-les-Moulineaux. Il est couvert d’honneurs, de médailles et de récompenses. Il décède le 23 juillet 1918. L’Armée française vient de remporter la Seconde bataille de la Marne.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan