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Publié le 14 Avril 2020

Albert Frédéric Culot de Vanves et le Réseau Alliance.

« L’Arche de Noé ».

 

Le réseau s’implante d’abord en Zone libre, dès novembre 1940. Il se développe ensuite en Zone occupée à partir de 1942. D’abord appelé Navarre, le réseau Alliance est surnommé « Arche de Noé » par les Allemands, car les membres ne se connaissent que sous le nom d’animaux (Aigle, Hermine, Tigre…).

 

Pour des raisons politiques, financières et militaires, le fondateur du réseau Georges Loustaunau-Lacau préfère rapprocher le réseau de l’Intelligence Service britannique plutôt que de la France Libre.

 

Après l’arrestation de Loustaunau-Lacau, Marie-Madeleine Fourcade, qui s’appelle à l’époque Marie-Madeleine Méric – « Hérisson » - devient le chef du réseau et le restera jusqu’à la fin de la guerre. Alliance recrute dans tous les milieux sociaux et partout en France. L’un de ses principes consistant à mettre l’accent sur les fonctionnaires qui peuvent assez facilement obtenir des informations et en faciliter le transport.

 

Le réseau accueille les différentes vagues d'officiers de l'armée d'Armistice ralliés à la Résistance lors de l'invasion de la zone libre par les armées allemandes en . Par exemple son sous-réseau Druides est constitué en 1943 par l’encadrement des Compagnons de France (organisation de jeunesse créée par l'État Français).

 

Le S.R. Alliance se charge notamment du renseignement sur les sous-marins pour la bataille de l’Atlantique, du départ du général Giraud vers l'Algérie en et devient l’un des éléments de la résistance giraudiste. Mais le matériel et les fonds restent en provenance des Services Secrets anglais. Il transmet les informations sur l'emplacement des rampes de nouvelle armes construites par l'Allemagne et transfère une carte de la côte atlantique de 17 mètres précisant toutes les forces allemandes ce qui contribue au succès du grand débarquement. Mais en 1943, la pénétration d'un agent du poste Abwehr (service de renseignement de l’état-major allemand) de Dijon, Jean-Paul Lien (qui après la victoire sera arrêté et exécuté) provoque l'effondrement d'une grande partie du réseau, alors que « Hérisson » est à Londres. Début 1944, il ne reste plus que 80 agents actifs.

 

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, 107 membres du réseau « Alliance », emprisonnés au camp de Schirmeck, sont massacrés (exécutés pour la plupart d'une balle de Lüger dans la nuque) au camp de concentration du Struthof en Alsace et leurs corps incinérés dans le four crématoire du camp.

 

D'autres membres du réseau subissent le même sort dans les prisons allemandes le long du Rhin. Ainsi, le , soit quelques heures après la libération de Strasbourg par la 2e Division blindée de Leclerc, neuf membres d’Alliance, détenus à la prison de Kehl, sont fusillés par la Gestapo sur la rive allemande du Rhin et leurs corps jetés dans le fleuve. Trois autres sont tués à Fribourg-en-Brisgau dont le colonel Kauffmann et Pradelle, son lieutenant.

 

Au printemps 1944, le réseau avait rejoint le BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) du colonel Passy ; unité de la France Libre.

 

Albert Frédéric Culot.

 

Albert Frédéric Culot nait à Vanves le 28 octobre 1896. Il est le fils de Victor Culot et d’Irma de Landry. Très jeune, il entre à la SNCF où la direction lui confie un emploi de cordonnier.

 

Agent du secteur « Grand Hôtel » (Centre de la France), il fait partie de l’état-major du réseau. Il œuvre auprès d’Edouard Kauffmann, lieutenant-colonel dans l’armée de l’Air. Culot est arrêté le 17 avril 1944, et est déporté, comme ses camarades, sous protocole Nacht und Nebel (« Nuit et Brouillard » en français – en application de ce décret, il est possible de transférer en Allemagne toutes les personnes représentant « un danger pour la sécurité de l’armée allemande » – saboteurs, résistants, opposants…– et à terme, de les faire disparaître dans un secret absolu).

 

Le 1er mai 1944, Albert Frédéric Culot est déporté dans le département du Bas-Rhin à Shirmeck, puis transférer au camp de concentration de Natzwiller-Struthof et exécuté comme beaucoup d’autres résistants dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944.

 

Son nom apparait sur la plaque mémorielle du camp de concentration du Struthof ; sur le Mémorial de l’Alliance à Paris et à Vanves. Le mémorial parisien est dédié aux 432 membres d'un Service de Renseignements Militaires, morts pour la France sous l'occupation allemande entre 1940 et 1945, grâce au travail remarquable de Marie-Madeleine Fourcade (et de son équipe), fondatrice après-guerre de l'Association Amicale "Alliance" pour aider les anciens membres de son réseau et les familles des disparus. L'Association a pu retracer le destin de chacun d'eux et même pour 105 des fusillés en Allemagne, retrouver leur corps et les identifier.

 

 

 

Sources :

 

  • Site du Ministère des Armées : Mémoire des Hommes – Fiches individuelles.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Memorial GenWeb – Fiche individuelles.
  • Site sur le Réseau Alliance : www.reseaualliance.org

 

Le crématoire du camp de concentration de Natzwiller-Struthof.

Le crématoire du camp de concentration de Natzwiller-Struthof.

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Publié le 31 Juillet 2019

« Le 31 juillet 1944, il y a 75 ans, Saint-Ex partait retrouver le Petit Prince », par le GBA (2S) Jean-Claude Ichac, ancien de la 33e Escadre de reconnaissance.

Antoine de Saint-Exupéry !

 

Pour les uns ce nom évoque le romancier, auteur de « Vol de nuit », « Terre des hommes » ou « Citadelle ». Pour d'autres c'est le souvenir du pilote de l'Aéropostale, compagnon de Mermoz, de Guillaumet, acheminant de la France à l'Amérique du sud, au milieu des années vingt, un précieux sac de correspondance avec une idée fixe : « Le courrier d'abord ! ». Pour les poètes, c'est l'auteur de l'inoubliable « Petit prince » et pour les férus d'aventures le pilote malheureux des grands raids aériens de l'entre-deux-guerres, vers l’Extrême-Orient avec un « crash » dans le désert égyptien ou entre les États-Unis et l'Amérique du sud avec un atterrissage forcé en catastrophe au Guatemala !

 

Mais pour ceux de l'Armée de l'air, St-Ex, c'est toute une carrière en trois époques :

 

1921 – 1923.

 

Alors mécanicien « avion » en 1921, sur la base de Strasbourg pendant son service militaire, il passe d'abord, à ses frais, son brevet de pilote civil, puis obtient au Maroc son brevet de pilote militaire. C'est ensuite Avord comme EOR (Elève-officier de réserve), avant Versailles, Villacoublay et enfin Le Bourget où, alors qu'il est sous-lieutenant, il est démobilisé, en juin 1923, après un grave accident à l’atterrissage, le premier d'une longue série qui émaillera la carrière de celui que ses camarades avaient surnommé « Pique la lune », allusion à son caractère rêveur !

 

1939 – 1940.

 

Arrive 1939 et la « drôle de guerre ». St-Ex est mobilisé, avec le grade de capitaine de réserve, d'abord comme instructeur sur la base de Toulouse-Francazal, puis au groupe de reconnaissance II/33 doté de bimoteurs d'assaut et de reconnaissance Bloch-174 et stationné près de Saint-Dizier. Le 10 mai 1940, c'est l'offensive allemande. Le 23 mai il effectue une mission de reconnaissance sur Arras, que les colonnes de blindés allemandes sont en train d'investir. Son appareil est touché à plusieurs reprises par la « flak » ennemie mais il parvient à le ramener sur le terrain de Nangis, équipage indemne. Cette action lui vaudra la croix de guerre avec palme et citation à l'ordre de l'Armée de l'air (1). Son unité se replie ensuite jusqu'à Perpignan où il est démobilisé à l'armistice. Après un bref passage en Afrique du Nord, il gagne les États-Unis où il va promouvoir l'idée de leur entrée en guerre contre l'Allemagne.

 

1943 – 1944.

 

Au printemps 1943 il rejoint l'Afrique du Nord et parvient malgré son âge, 43 ans, à se faire réaffecter en unité combattante, dans son ancien groupe de reconnaissance, le II/33. En effet ce dernier est maintenant doté de la version spécialisée reconnaissance-photo d'un chasseur américain, le « Lightning » P-38 « deux-queues » et les normes de l'US Army Air Force ont fixé pour ses pilotes l'âge limite de 30 ans ! Mais il est accepté sur l'insistance des autorités françaises. Cependant il maîtrise mal cette lourde machine et, après quelques incidents (dont, à l'instruction en Tunisie, la collision, au roulage, de l'aile de son appareil avec un arbre!) et vu ses ennuis de santé dues à ses blessures passées, il quitte son unité pour passer l'hiver à Alger. Il est alors commandant de réserve, mais les américains ne veulent plus le voir voler ! Au printemps 1944, alors que Saint-Exupéry tente de faire jouer tous ses contacts pour reprendre à nouveau le combat, la situation évolue : le débarquement en Provence est en préparation et les besoins en renseignement sont énormes. Alors un pilote de reconnaissance chevronné de plus en unité n'est pas à dédaigner. Il reprend donc sa place au II/33, à « La Hache » (2). Très vite l'unité se rapproche des futures plages du débarquement en Provence, avec un déploiement d'abord dans le sud de l'Italie, puis en Sardaigne, enfin, le 17 juillet, en Corse, première portion de la France métropolitaine libérée dès l'automne de 1943 (3), avec l'installation du groupe sur le terrain de Bastia-Borgo. C'est de là, le 31 juillet 1944, il y a juste 75 ans, que le commandant Saint-Exupéry, aux commandes du Lightning n°223, décolle pour une mission de reconnaissance à haute altitude le long de la vallée du Rhône, avec retour par Annecy et le long des Alpes. Mais il ne reviendra pas.

 

Pendant près d'un demi-siècle, aucun indice sérieux ne permit de lever le voile sur la disparition de Saint-Exupéry. Et puis, en septembre 1998, un pêcheur marseillais remonta dans ses filets un objet métallique qui, après nettoyage et expertises, se révéla être sans conteste la gourmette en argent du pilote disparu, cadeau que lui avait offert à New-York, en 1942, sa femme Consuelo. Dès lors la zone de recherche se précisait mais il fallut attendre le début des années 2000 pour que l'épave d'un P-38 soit enfin localisée au large de l’îlot de Riou, au sud de Marseille, et que des éléments de l'avion, remontés en septembre 2003, ne soient formellement identifiés par leur numéro de série. Ils sont exposés depuis au Musée de l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget dans un espace dédié à cet aviateur mythique. Mais quelles furent les circonstances de sa disparition, panne mécanique, défaillance du pilote ou attaque d'un chasseur ennemi ? Le mystère reste entier.

 

Au sein de l'Armée de l'air, les traditions de « La Hache », et donc le souvenir du Petit Prince, furent reprises par l'Escadron de reconnaissance I/33, dissous en 2010 quand ses Mirage F-1 furent retirés du service, mais recréé comme unité de reconnaissance équipée de drones « Reaper » et opérant en particulier, au Sahel, dans le cadre de l'opération « Barkhane ».

 

 

 

Général de brigade aérienne Jean-Claude Ichac

Président honoraire du comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

 

 

 

NOTES :

 

(1) Saint-Exupéry racontera cette mission dans son livre « Pilote de guerre », publié à New-York en 1942 sous le titre « Flight to Arras ».

(2) L'unité est l'héritière d'une escadrille de la Première Guerre mondiale, la SAL 33, commandée par le capitaine André Bordage qui avait choisi une hache rouge comme insigne, car c'était «  la hache d'A. Bordage » !

(3) Notre regretté Président d'honneur, le GCA Roland Glavany, ancien du Bataillon de Choc, nous avait raconté cette épopée dans ses souvenirs parus sur ce site.

 

 

LEGENDE DES ILLUSTRATIONS :

 

(SE1) Antoine de Saint-Exupéry aux commandes de son P-38.

(SE2) Le Bloch-174 en mission de reconnaissance sur Arras.

(SE3) Un Lightning « recco » du GR II/33 aux cocardes tricolores.

(SE4) Mirage F-1 CR du I/33 avec insignes « La Hache » et « Le Petit Prince » lors de la dissolution de l'escadron en 2010.

 

Crédits photographiques : les clichés sont à diffusion réservée.

 

« Le 31 juillet 1944, il y a 75 ans, Saint-Ex partait retrouver le Petit Prince », par le GBA (2S) Jean-Claude Ichac, ancien de la 33e Escadre de reconnaissance.
« Le 31 juillet 1944, il y a 75 ans, Saint-Ex partait retrouver le Petit Prince », par le GBA (2S) Jean-Claude Ichac, ancien de la 33e Escadre de reconnaissance.
« Le 31 juillet 1944, il y a 75 ans, Saint-Ex partait retrouver le Petit Prince », par le GBA (2S) Jean-Claude Ichac, ancien de la 33e Escadre de reconnaissance.
« Le 31 juillet 1944, il y a 75 ans, Saint-Ex partait retrouver le Petit Prince », par le GBA (2S) Jean-Claude Ichac, ancien de la 33e Escadre de reconnaissance.

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Publié le 14 Juillet 2019

Mourir à Faya-Largeau.

Faya-Largeau est une oasis en plein cœur du désert du Djourab, au pied des monts du massif du Tibesti, au Tchad. Originellement appelée Faya, la ville fut renommée Largeau lors de la colonisation française, d’après le nom du colonel Etienne Largeau, officier français qui joua un grand rôle dans la conquête du pays en s’emparant de la ville en 1913. Quand le Tchad recouvra l’indépendance, la ville prit le nom de Faya-Largeau.

Cette même année, Jean Vuillaume naît à Nomeny dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Quelques années plus tard, il quitte sa Lorraine et s’installe sur la commune de Vanves. Il s’est engagé. Officier d’active, il fait l’école de Saint-Maixent et intègre le Promotion de l’Education Nationale (1930-1933). Il est titulaire du brevet d’observateur en avion. Au moment de l’armistice de 1940, alors lieutenant de gendarmerie, il rejoint Londres. De là, il est envoyé en Afrique Equatoriale Française et intègre le Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad (RTST).

Cette unité a été créée au Tchad en 1910. Après la défaite de 1940, le régiment se rallie majoritairement aux Français Libres du général de Gaulle. Plusieurs compagnies font partie de l’expédition contre l’oasis de Koufra en Lybie, qui est la première victoire des Forces Françaises Libres. Plus tard, les cadres européens du RTST vont bâtir le RMT : Régiment de Marche du Tchad, unité glorieuse de l’épopée du général Leclerc en Afrique puis en Europe.

 

De Koufra au Fezzan.

Le 2 décembre 1940, le général Leclerc, promu commandant militaire du Tchad, est chargé de préparer l'opération contre le Fezzan et, pour commencer, contre l'oasis fortifiée de Koufra (Sud-Est de la Libye, près de la frontière égyptienne). À Fort-Lamy, capitale du Tchad, il retrouve ses compagnons du Cameroun : Jean Colonna d’Ornano, Jacques Massu, Jacques de Guillebon et prend également le commandement du fameux RTST. Il va y ajouter d’autres unités venant principalement du Congo et du Gabon. En tout 6.000 hommes dont 500 européens. En quelques jours, il réunit les moyens de transport (une centaine de camionnettes, équipées de mitrailleuses et de mortiers de 81 mm) et les effectifs (350 hommes) nécessaires au raid sur Koufra. Comme Fort-Lamy est à 1.200 km de la frontière italienne (et à plus de 1.500 km de Koufra), il s'installe à Faya-Largeau, au nord du Tchad. Après trois mois de préparatifs et de reconnaissances terrestres et aériennes, la colonne Leclerc s'empare de Koufra le 1er mars 1941.

Revenu à Fort-Lamy, Leclerc se consacre, dans les mois qui suivent, à sa prochaine mission : le Fezzan. À partir du 15 février 1942, quatre patrouilles de dix voitures, appuyées par onze avions du groupe "Bretagne", vont porter à un ennemi distant de plus 600 km des coups sévères et inattendus. Le général Vézinet, qui y participa, racontera : "Des petites colonnes motorisées partaient du Tchad en se camouflant, arrivaient par surprise au pied d'un poste italien, s'en emparaient et brûlaient le poste, libéraient les combattants indigènes et faisaient prisonniers les Italiens" Les Français s'emparent ainsi de plusieurs postes importants.

C’est au cours de ces escarmouches que Jean Vuillaume trouve la mort. Exactement le 2 mars 1942, dans une attaque contre le poste italien de Zuila en Lybie. Chevalier de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre 1939-1945 avec palme, il est en outre cité : "Officier fanatique qui pousse à l'extrême la bravoure et le goût du combat. Parvenu audacieusement à proximité d'un poste fortifié, a ouvert le feu à bout portant sur l'ennemi, lui causant des pertes. Ayant réussi à décrocher sa patrouille, a été grièvement blessé en allant chercher le corps d'un de ses indigènes. Est mort des suites de ses blessures ».

 

Jean Vuillaume laisse une épouse, jeune institutrice, installée à Châtelaillon dans le département des Charentes Maritimes, ainsi qu’une fille, âgée de 15 ans. L’officier est déclaré Mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la ville de Nomeny en Lorraine, à Montigny-lès-Metz et sur la plaque commémorative de l’église Saint-Rémy de Vanves.

 

Quant à la guerre en Afrique du Nord, on connait la suite : la conquête du Fezzan, la libération de la Tunisie, l’alliance avec les Anglais de Montgomery, puis la chevauchée héroïque en France depuis la Normandie avec les Américains.

 

 

Sources :

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Memorial GenWeb.
  • Site Overblog avec l’article sur la conquête du Fezzan par les troupes du général Leclerc.
  • Général Vézinet, Le général Leclerc, Editions France-Empire (1997).

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Publié le 27 Juin 2019

Soldats français au Mont Cassin (Monte Cassino).

Soldats français au Mont Cassin (Monte Cassino).

Le prix du sang.

 

« Sur le sol d’Italie, de novembre 1943 à juillet 1944, le corps expéditionnaire français armé sur la terre d’Afrique a marqué du sang de 7.000 des siens la route victorieuse qui l’a conduit de Naples à Sienne avant son élan pour la libération de la France. Passant, songe que ta liberté a été payée de leur sang ! »

 

Telles sont les deux dédicaces que l’on peut lire au cimetière français de Venafro en Italie. Dans son ouvrage Vaincre sans gloire (Ed. Les Belles Lettres), l’historienne Julie Le Gac explique comment le corps expéditionnaire français (CEF) sombra dans l’oubli très rapidement : « Le souvenir de son chef, Alphonse Juin, seul général de la Seconde Guerre mondiale à avoir été consacré maréchal de son vivant, est éclipsé par celui des libérateurs de la France, Leclerc et de Lattre. La bataille de Monte Cassino, point d’orgue d’affrontements âpres et meurtriers en Italie, résonne désormais de manière fort lointaine dans la mémoire collective. Le terme même de « corps expéditionnaire » obscurcit, par sa technicité, l’humanité de l’histoire des combats d’Italie ».

 

Indigènes.

 

Le CEF a été constitué en novembre 1943, en Afrique du Nord, à partir d’unités de l’armée d’Afrique ayant participé à la campagne de Tunisie, renforcées, au fil du temps, par une mobilisation de 176.000 Européens et 223.000 « indigènes » provenant d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Tous ne partiront pas en Italie car nombre d’entre eux sont encore en formation quand le CEF est retiré du front en juillet 1944 pour participer au débarquement de Provence, le mois suivant, auquel participeront de nouvelles recrues.

 

A son apogée en mai 1944, le CEF comptait 120.000 hommes sur les 600.000 soldats alliés présents en Italie. Si la majorité des officiers (souvent métropolitains) et au moins deux tiers des sous-officiers étaient européens, le CEF était composé à 60 % de maghrébins. Ces derniers formaient jusqu’à 88 % de la troupe dans l’infanterie (tirailleurs ou goumiers) tandis que les Européens servaient dans les armes dites « techniques » (cavalerie blindée, artillerie et génie) et quelques-uns dans des régiments de tirailleurs, comme des spécialistes antichars, transmetteurs, etc…

 

Les unités principales étaient, par ordre d’entrée sur le théâtre, la 2e division d’infanterie marocaine, la 3e division d’infanterie algérienne, la 4e division marocaine de montagne et la 1ère division français libre. Les 1er, 3e et 4e groupes de tabors marocains (bataillons de soldats appartenant à des goums marocains – unités d’infanterie légère – sous encadrement français) ont joué également un grand rôle. Trois mille femmes ont servi dans les transmissions, le service de santé, etc…

 

Le CEF s’est illustré tout au long de la campagne : en décembre 1943 dans la conquête du Pantano et de la Mainarde, puis dans celle du Belvédère en janvier 1944. Au printemps, il a participé à la rupture de la ligne Gustave avant d’entrer dans Rome avec les Américains, puis de remonter vers Sienne. Sur 6.287 tombes actuellement dans les cimetières militaires français en Italie, 4.272 sont des sépultures musulmanes. Plus de 11% des officiers français engagés en Italie y ont trouvé la mort. Le nombre de blessés du CEF, maghrébins et européens, s’élèvera à plus de 25.500.

 

Le CEF a été commandé du début à la fin par le général Juin. « Il était aimé par nous car c’était un des nôtres, s’est souvenu Henri Orsoni, un rapatrié d’Algérie. Son père était gendarme à Constantine donc c’était un pied-noir comme nous. Et il était simple, abordable. Oui, c’était quelqu’un de valeur ».

 

Souvent décrit comme le plus sportif français du 20e siècle, le champion d’athlétisme Alain Mimoun a combattu dans les rangs du CEF. Né Ali Mimoun Ould Kacha dans une famille pauvre d’agriculteurs algériens, il était caporal au 83e bataillon de génie de la 3e DIA, quand il a été grièvement blessé en janvier 1944, évitant de justesse l’amputation de sa jambe.

 

La légende Alain Mimoun.

 

Athlète reconnu régionalement, Alain Mimoun signe un contrat avec le Racing Club de France après le rétablissement de ses blessures et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1947, le jeune homme domine les courses de fond en France : il est sacré champion sur 5.000 et 10.000 mètres. A l’international, son principal adversaire – qui deviendra aussi son ami – est le Tchécoslovaque Emile Zatopek. Ainsi en 1948, Mimoun doit se contenter des médailles d’argent aux Jeux olympiques de Londres, sur 10.000 derrière Zatopek. Il en sera de même quatre ans plus tard aux jeux d’Helsinki. En 1956, Alain Mimoun prend sa revanche et remporte le marathon des Jeux de Melbourne. Ce jour-là il porte le dossard n°13.

 

En plus de vingt années de compétitions, Alain Mimoun va remporter 32 titres de champions de France, 4 médailles olympiques, 2 aux championnats d’Europe, 6 au Cross des Nations. En 1963, après les Accords d’Evian, il demande sa « reconnaissance de nationalité française ». En 2002, à Argenteuil en Région parisienne, il assiste à l’inauguration du 50e stade portant son nom.

 

Admis à l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé, il y meurt dans la soirée du 27 juin 2013. Un hommage national lui est rendu en présence du Président de la République, le 8 juillet dans la cour d’honneur des Invalides. Un bâtiment de l’hôpital militaire porte maintenant son nom « Halle Caporal Alain Mimoun ».

 

La ville d’Issy-les-Moulineaux peut s’enorgueillir d’avoir donné le nom d’Alain Mimoun à l’un de ses complexes sportifs, situé rue Rabelais, dans le quartier des Epinettes.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Extrait de TIM (Terre Info Magazine) n°250 Décembre 2013 (texte Bernard EDINGER).
  • Crédit photographie – Site « lechoduchampdebataille.blogspot.com »
  • Crédit photographique – Journal Libération.

 

Monte Cassino, le CEF et Alain Mimoun.

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Publié le 8 Mai 2019

Chasseur Jouhet.

Le 501e RCC.

 

Le 16 avril 1917, sous les ordres du chef d’escadron Bossut, 132 chars Schneider attaquent à Berry-au-Bac. A partir de ce premier groupement de chars, le 501e régiment d’artillerie d’assaut est créé le 20 mai 1918. Plus tard appelé RCC (régiment de chars de combat), le 501e est la première unité formée selon la nouvelle organisation des troupes blindées en 1918.

 

L’année suivante il est engagé outre-mer au sein de l’armée d’Orient en Crimée, où il contient la révolution bolchévique jusqu’au mois de mai. Encore une année plus tard, de retour en France, le 501e s’installe à Tours.

 

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, le régiment est dissocié et forme quatre bataillons de chars : les 1er et 2e BCC, respectivement issus des 1er et 2e bataillons du 501 et comprenant chacun 45 chars Renault R35 et les 30e et 31e BCC formés à partir de réservistes et équipés de 63 chars FT, provenant de stocks de réserve.

 

A partir de la 342e compagnie autonome de retour de Narvik, dont une quinzaine de volontaires rejoignent la France libre, va être donné naissance à la 1ère compagnie autonome de chars de la France libre. Elle participe à la campagne du Gabon puis aux combats de Syrie. Elle sert ensuite dans les rangs de la VIII armée Britannique qui opérait à partir de l’Egypte. Elle est alors équipée de chars de combats anglais de type Crusader. Cette compagnie appartient alors à la « colonne volante » avec le 1er spahis et participe à la grande bataille d’El Alamein.

 

Deux autres compagnies créées en 1940 et en 1941 fusionnent avec celle-ci pour reconstituer le régiment à Sabratha en Tripolitaine.

 

Après avoir rejoint l’Angleterre avec la 2e DB du général Leclerc, le 501e débarque en Normandie le 3 août. Il entreprend alors une marche victorieuse jalonnée par la libération de la Normandie, de la banlieue parisienne, puis la ville de Paris, la ville de Strasbourg et finit la campagne en pénétrant le 5 mai 1945 dans Berchtesgaden, où il s’empare du Berghof, demeure préférée d’Adolf Hitler.

 

En 10 mois de campagne, le régiment a infligé aux troupes ennemies les pertes suivantes : 78 chars, 90 canons, 150 véhicules et fait plus de 6.000 prisonniers, dont le général von Choltitz, qui commandait les troupes allemandes à Paris. Philippe Leclerc de Hauteclocque dira : « Jamais le 501e ne m’a déçu » !

 

Léon Jouhet.

 

Léon Jouhet nait le 19 mars 1909 à Bellenaves dans le département de l’Allier. Chasseur à la 2e compagnie du 1er peloton et de la 1ère section du 501e régiment de chars de combat, il est 1er pilote du char Champaubert, qui est un Sherman M4 (américain). Il s’agit du troisième char à entrer dans Paris le 24 août 1944, en provenance de Vanves.

 

Léon Jouhet trouve la mort le 2 octobre 1944, à l’âge de 35 ans, tué par les nazis, dans les Vosges, à Anglemont. Il était le frère de Louis Jouhet, dit « Judex » qui était responsable inter-régional FTP (Franc-Tireur Partisan).

 

Médaille militaire – Croix de guerre. Le nom de Léon Jouhet est inscrit sur la plaque commémorative de l’église Saint-Rémy de Vanves.

 

 

 

Sources :

 

  • Site du Ministère des Armées : Mémoire des Hommes – Fiches individuelles.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Memorial GenWeb – Fiche individuelles.

 

Le général Leclerc et des soldats du 501e RCC.

Le général Leclerc et des soldats du 501e RCC.

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Publié le 26 Septembre 2018

A Issy : la Résistance de père en fils.

Le dimanche 26 août, à l’occasion de la commémoration du 74e anniversaire de la Libération de Paris et de sa banlieue, Monsieur le général Ichac, président honoraire du Souvenir Français, Madame Christine Hélary-Olivier, maire-adjoint en charge des Affaires militaires et patriotiques et Monsieur André Santini, maire (de gauche à droite) ont dévoilé une plaque à la mémoire d’Henri Colin, et de son fils, Henri-Léon Colin.

 

Cette plaque avait retirée à l’occasion de travaux. Elle a donc été remise en place ce dimanche 26 août 2018, et se trouve au 21 de l’avenue du Gouverneur-général Félix Eboué à Issy.

 

La Résistance de père en fils.

 

Henri Colin nait le 3 novembre 1894 à Belfort. Il s’installe non loin de là, prend profession et se marie. Un fils, baptisé lui aussi Henri, nait de cette union, le 31 août 1921, à Mandeure dans le département du Doubs.

 

Puis, comme cela se fait toujours, Henri Colin, père, trouve du travail dans l’usine Allinquant, alors spécialisée dans les métaux, et située sur la commune d’Issy-les-Moulineaux. La famille s’installe au 21 de la rue Jean-Jacques Rousseau. En effet, celle-ci ne prendra le nom de « Gouverneur général Eboué » qu’en 1949.

 

Peu après l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne, en 1939, l’usine rapatrie sa production et ses ouvriers dans la petite ville de Nay, capitale du béret et située dans le sud-est du département des Pyrénées-Atlantiques.

 

Henri Colin et son fils, maintenant installés dans le Béarn, décident d’entrer en Résistance. Ils font parties des FTPF : les Francs-Tireurs Partisans Français. Il s’agit alors de l’un des mouvements les plus importants de la Résistance française. Il a été créé dès la fin de 1941 (après la fin du Pacte Germano-Soviétique et l’envahissement de la Russie par l’Allemagne nazie) par la direction du Parti communiste français.

 

Les Colin sont arrêtés le 20 juillet 1944 dans la ferme de Joseph Labat à Lys, à environ 10 kilomètres de Nay. Les Colin, le résistant André Lafourcade et Joseph Labat sont conduits à Lourdes pour être interrogés puis à Tarbes. De là, les Allemands les placent à la prison Saint-Michel de Toulouse.

 

Cette prison est restée célèbre pour avoir malheureusement enfermé de nombreux résistants dont André Malraux. L’écrivain était alors le chef des maquis du Lot sous le nom du colonel Berger. Il réussira à s’en échapper, en juillet 1944, grâce au coup de force des frères Angel, sous les ordres de Jean-Pierre Vernant, la veille de la date prévue pour son transfert en Allemagne.

 

Tous n’auront pas cette chance. C’est le cas pour les Colin père et fils.

 

Le 17 août 1944, 50 prisonniers sont extraits de Saint-Michel, dont les Colin, pour être conduits à Buzet, plus au sud dans le département de Haute-Garonne. Le convoi s’arrête dans une ferme. Les Allemands ordonnent aux prisonniers de descendre du véhicule et de se diriger vers une grange sous un prétexte quelconque. Sans avertissement, sans autre sentiment que la haine et la barbarie, les pauvres hommes sont abattus à la mitrailleuse. Les Allemands ferment les portent de la grange, et ils y mettent le feu.

 

Les 50 corps seront sortis de cette grange. Plus tard. Certains seront méconnaissables.

 

Dans les registres, les Colin père et fils sont indiqués « morts dans la prison de Saint-Michel » quatre jours plus tard, le 21 août 1944.

 

Dans la commune de Nay, une plaque honore leur mémoire et leurs noms sont inscrits sur le monument aux morts. A Issy-les-Moulineaux, là où ils habitaient, le Souvenir Français a tenu, avec la municipalité, à replacer une plaque également à leur mémoire.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Site Mémoire des Hommes du Ministère des Armées.
  • Site Mémorial GenWeb - www.memorialgenweb.org
  • Archives du Souvenir Français d’Issy-Vanves.
  • Crédit photographique : Souvenir Français.
  • Site de Dominique Delpoux sur la prison Saint-Michel de Toulouse.
  • Encyclopédie Wikipédia.

 

Henri Colin - Père.

Henri Colin - Père.

Henri Colin - Fils.

Henri Colin - Fils.

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Publié le 8 Septembre 2018

Gaël Taburet, dernier pilote du Normandie-Niemen.

 

Formation.

 

Gaël Taburet nait le 12 novembre 1919 à Messac, dans le département de l’Ille-et-Vilaine. La France est alors encore sous le coup de la fin de la Première Guerre mondiale. Le pays entier est à reconstruire. Un point est cependant d’importance : le droit est reconnu aux peuples à « disposer d’eux-mêmes », par le Traité de Saint-Germain-en-Laye, dont le français est la langue principale. Intéressant en regard de ce qui se passe aujourd’hui ! L’Empire autrichien est démantelé : Les Tchèques peuvent s’unir aux Slovaques ; la Galicie intègre la Pologne ; les Slovènes, Serbes et Croates peuvent créer un Etat commun ; les régions de Trieste et d’Istrie, où l’on parle italien, deviennent italiennes…

 

Gaël Taburet grandit. A l’âge de 19 ans, il s’engage dans l’armée de l’Air et présente le concours d’entrée à l’école d’Istres. Il est reçu et commence sa formation de pilote. Le 13 avril 1939, il est dirigé à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain, pour y être breveté. C’est là que se trouve l’école bressanne, fondée en 1909 par Mignot et Harding, à laquelle s’associe bientôt la Société Aérienne de Lyon-Bron. Le centre est connu : plusieurs écoles ont déjà déplacé leurs infrastructures pour renforcer celle d’Ambérieu. Cela a notamment été le cas de l’école de pilotage Caudron (du nom du constructeur) qui a quitté Le Crotoy dans la Somme pour venir s’y installer. L’école est prestigieuse et s’enorgueillit d’avoir formé des pilotes comme Jean Mermoz et René Fonck.

 

Après un stage de transformation à Istres en août 1939, Gaël Taburet  est affecté au G.T. I/15 (Groupe de Transport). En octobre 1941, il est affecté au G.T. III/15 et reçoit la mission de convoyer en Afrique du Nord quelques vieux Amiot 143. En avril 1942, il s’installe avec son unité sur la base d’Oujda, au Maroc. Le débarquement allié lui permet d’être reclassé dans la chasse, début 1943, à Kasba-Tadla, non loin de Béni-Mellal au Maroc.

 

A l’Escadrille Normandie-Niemen.

 

Au mois de juillet 1940, le général de Gaulle a créé les Forces Aériennes Libres. Un peu moins d’une année plus tard, en juin 1941, l’Allemagne envahit l’URSS. C’est l’Opération Barbarossa. De Gaulle y voit un espoir pour la France : aider les Soviétiques à combattre les Allemands, c’est aussi une manière de contrer quelque peu l’influence anglaise dans le cadre du rapprochement des Alliés.

 

Au même moment, en Syrie, les troupes fidèles à la France Libre battent les troupes françaises restées à la botte du régime du maréchal Pétain. De Gaulle se rend à Damas et commence un rapprochement avec des représentants russes. Puis, il confie une mission au général Petit. Les deux hommes se connaissent bien : ils étaient à Saint-Cyr ensemble. Petit se rend donc à Moscou et règle avec les Russes les modalités d’interventions d’une force armée. Le moyen le plus simple est l’organisation d’une escadrille. Après maints rebondissements, celle-ci est créée à la fin de l’année 1942. Les premiers pilotes rejoignent la base d’Ivanovo, à 250 km au nord de Moscou. L’instruction peut commencer.

 

Le 21 janvier 1944, Gaël Taburet se porte volontaire pour le « Normandie ». Nommé aspirant, il rejoint le groupe en Russie le 3 avril 1944, et est affecté à la 3e escadrille. Le 26 juin 1944, au cours de sa première mission de guerre, il obtient sa première victoire aérienne en abattant un Fw 190 dans le secteur d’Orcha. Au cours du mois d’octobre 1944, il abat trois autres appareils ennemis.

 

Le sous-lieutenant Taburet termine la guerre crédité de 5 victoires homologuées plus 1 probable.

 

 

 

Après la Seconde Guerre mondiale.

 

 

De retour en France en juin 1945, il devient tour à tour :

 

  • commandant d’escadrille au « Normandie-Niemen », à Rabat-Salé (Maroc) en 1949,
  • chef des opérations à Saigon en 1950.

 

Le capitaine Taburet reste fidèle au « Normandie-Niemen » jusqu’en 1951.

 

Le 12 juin 1951, il est nommé commandant de l’escadrille des moniteurs et de réentraînement de la base école de Meknès, au Maroc. Puis les affectations se succèdent. En mars 1954, il est affecté à la Défense aérienne du territoire (DAT) à Versailles, poste qu’il occupe jusqu’au 31 mai 1956. Le 1er juin 1956, il est nommé commandant-adjoint de la base aérienne 110 de Creil, puis commandant en chef en mars 1957. En 1958, il est affecté au 4e Bureau du 4e CATac à Lahr, en Allemagne. En octobre 1960, il part en opérations en Algérie et commande le PCA de Grande Kabylie, à Tizi-Ouzou.

 

A son retour d’Algérie, en février 1962, il est affecté au commandement en second de la base d’Orange. Le 28 février 1963, le colonel Taburet fait valoir ses droits à la retraite.

 

Rendu à la vie civile en mars 1963, Gaël Taburet devient directeur de l’action régionale à l’Institut de contrôle de gestion.

 

Commandeur de la Légion d’honneur, le colonel Taburet est également titulaire de la Croix de guerre 39-45, la Croix de guerre TOE, la Croix de la Valeur militaire, l’Ordre du Drapeau Rouge, l’Ordre de la Guerre pour le salut de la Patrie, l’Ordre de l’Etoile Rouge, la Médaille de la Victoire et la Médaille pour la prise de Königsberg.

 

Le 6 octobre 2015, Gaël Taburet est décoré de la médaille commémorative des 70 ans de la victoire dans la Grande Guerre patriotique. Cette décoration lui est remise par Son Excellence Monsieur Alexandre Orlov, ambassadeur de la Fédération de Russie en France. A cette occasion une délégation du Régiment de chasse 2/30 « Normandie-Niemen », basé à Mont-de-Marsan (Landes), est présente.

 

Résident cannois, Gaël Taburet, âgé de 97 ans, rend son âme à Dieu le 10 février 2017. Il était le dernier pilote survivant de « Normandie-Niemen ».

 

 

 

 

 

Sources :

 

 

 

Gaël Taburet, dernier pilote du Normandie-Niemen.

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Publié le 24 Juin 2018

A la mémoire du colonel Paul Schimpff, de Vanves.

Du Premier au Second conflit mondial.

 

Paul Adolphe Schimpff nait le 7 avril 1892 à Conflins-en-Jarnisy, commune du canton de Jarny, dans la moitié nord du département de Meurthe-et-Moselle, à environ 70 kilomètres de Nancy, mais à seulement 25 kilomètres à l’ouest de Metz.

 

Voilà dix-neuf ans que la région est sous le contrôle de l’Empire allemand. Son père est Alsacien, mais n’a pas hésité un seul instant : entre la république française et l’Empire allemand, la famille restera française !

 

Incorporé en 1912, Paul Schimpff intègre en 1913 l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr (Promotion « De Montmirail »). Dès ses premiers jours de combat, en 1914, il est grièvement blessé. Ses supérieurs notent : « Sorti de l'école de Saint-Cyr depuis 15 jours, a conduit sa section à la baïonnette sur l'ennemi et a ainsi déterminé la reddition de 200 ennemis – A été grièvement blessé au cours de cette action ». Il reçoit pour cette action une citation. Au cours de la Première Guerre mondiale, il sera blessé une nouvelle fois et recevra une nouvelle citation. Il termine sa guerre comme engagé volontaire au sein du 1er bataillon de chasseurs à pied, alors en action sur le front de Champagne.

 

Militaire d’active, il est envoyé en poste au Maroc, puis est affecté en Rhénanie et dans la Ruhr occupée. En 1925, il est nommé au grade de chef de bataillon. Il quitte l’armée l’année suivante, pour entreprendre une carrière civile, principalement comme responsable financier de la Ligne de Défense contre les Chemins de Fer. En parallèle, Paul Schimpff continue activement à défendre les intérêts de ses anciens chasseurs. Par ailleurs, il est élu président d’une société de tir.

 

Depuis 1938, une mobilisation partielle est décrétée en France. Paul Schimpff est intégré au 69e bataillon de chasseurs à pied. En avril 1940, il fait partie de l’expédition à Narvik, en Norvège, où il participe à la victoire des alliés, qui sont alors français, anglais, norvégiens et polonais.

 

De retour en France, Paul Schimpff combat dans la Somme. La Wehrmacht le fait prisonnier. Il est libéré quelques mois plus tard, en janvier 1941, pour raisons de santé, du fait de son invalidité contractée lors de sa blessure de 1914.

 

La résistance.

 

Dès lors, il prend contact avec la Résistance française. En août 1942, il entre dans le mouvement Ceux de la Libération, sur les conseils de Raymond Jovignot, chasseur comme lui. Ce mouvement est l’un des huit grands réseaux qui va intégrer le Conseil National de la Résistance, dirigé par Jean Moulin. Le représentant de Ceux de la Libération est Roger Coquoin, qui sera tué en 1943. Paul Schimpf est alors chef du service Actions. Il prend le nom du colonel Lecor et enchaîne les missions.

 

Toute la région militaire de Paris est placée sous sa responsabilité. A la demande de Shimpff, Raymond Jovignot va étudier la possibilité de mettre au point des lance-flammes dont la fabrication devait être assuré par les Etablissements Philippe et Pain (Montrouge, dans les Hauts-de-Seine) et par les Etablissements Jovignot. Ce projet ne verra pas le jour. Paul Schimpff demande également à Henri Pergaud, son adjoint, de lui fournir les plans des réseaux ferrés avec les emplacements des tranchées et des signaux d’arrêt. Ils mettent alors au point un plan pour bloquer les transports militaires allemands.

Paul Schimpff dispose d’un bureau chez Kohn, administrateur de biens, au n°11 de l’avenue de l’Opéra, à Paris, où il réunit son Etat Major. Mais c’est là qu’il est arrêté le 28 avril 1943 par la Gestapo. Il parvient à s’évader de l’hôtel Cayré le soir même de son arrestation puis il envoie un rapport à Roger Coquoin, qui conduit le mouvement Ceux de la Libération depuis l’arrestation de Maurice Ripoche, dans lequel il explique la trahison dont il aurait été victime de la part de son secrétaire, agent passé à l’ennemi. De fait, l’arrestation de Schimpff entraîne un important coup de filet parmi les chefs des sections militaires de Paris.

En cavale, Paul Schimpff est finalement arrêté alors qu’il s’apprête à franchir la frontière espagnole le 20 septembre 1943. Transféré à Fresnes, il est déporté à Buchenwald en janvier 1944. A l’approche des Alliés, les SS commencent à vider le camp: ce seront les « marches de la mort » dont Paul Schimpff sera l’une des victimes: parti vers le 7 avril 1945 il parcourt à pied environ 350 km, jusqu’en Haute Bavière où une colonne de chars US le libère très affaibli le 23 avril 1945. Son compagnon de captivité est le colonel Doucet, chef historique du Ceux de la Libération.

De retour en France, le colonel Schimpff est accueilli le 2 mai 1945 au Val de Grâce où il décède d’épuisement et de fièvre typhoïde le 17 mai, non sans avoir eu le temps d’écrire au Ministre de la Guerre pour défendre les intérêts des familles de ses officiers morts en déportation.

 

Le colonel Schimpff était Officier de la Légion d'Honneur - Croix de Guerre 14-18 avec 4 citations et Croix de Guerre 39-40 avec 2 citations. Il était aussi titulaire de la Croix de Combattant Volontaire et de la Croix des Services Volontaires avec une Citation à l'Ordre du Corps d'Armée.

 

Le nom de Paul Schimpff figure sur le monument aux morts de Vanves.

 

La couverture.

 

La Résistance a parfois des conséquences inattendues. Dans son ouvrage Un juif improbable, le professeur et géopolitologue Monsieur Dominique Moïsi indique de Paul Schimpff, alors membre de la société d’administration de biens Kohn, a été de ceux qui ont « récupéré » puis liquidé grâce au Gouvernement de Vichy les avoirs de la société de son père, précipitant la faillite de celui-ci.

 

En fait, Paul Schimpff se servait de cette société pour cacher ses actions clandestines !

 

 

 

 

Sources

 

  • Encyclopédie Larousse, Wikipédia et Universalis.
  • Archives INA.
  • Site Internet du Ministère des Armées : Mémoire des Hommes.
  • Site Internet www.memorialgenweb.org
  • Site Internet www.memoresist.org
  • Extraits du livre de M. Dominique Moïsi, Un juif improbable, Flammarion, 2011.
  • Archives municipales.
  • Histoire de la France et des Français, d’André Castelot et d’Alain Decaux.
  • Le colonel Paul Schimpff, ce héros, par Jean-Marie Schimpff.

 

 

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Publié le 1 Mai 2018

Hélène et Victor Basch.

Biographie.

Victor Basch nait en Hongrie en 1863, au sein d’une famille juive. Il est le fils de Raphaël Basch et de Fanny Weissweiler. Une dizaine d’année plus tard, la famille s’installe à Paris. Le jeune Victor fait de brillantes études au lycée Condorcet, puis entre à la Sorbonne où il étudie l’Allemand et la philosophie. Il se marie le 7 novembre 1885, au temple de Pest (en face de la ville de Buda, en Hongrie) avec Ilona Fürth, qui deviendra Hélène Basch. Nommé professeur l’année suivante, les Basch – qui viennent d’obtenir la nationalité française – s’installent d’abord en Bretagne à Rennes où Victor vient de recevoir son affectation.

Ils vont vivre une  vingtaine d’années à Rennes, de 1887 à 1906. Victor Basch est professeur de philosophie. Le couple prend fait et cause pour le capitaine Dreyfus, l'affaire qui déchire la France. En 1898, Victor Basch participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme, avec Lucien Herr et Ludovic Trarieux. La Ligue a alors pour but de sensibiliser l'opinion publique à l'injustice faite à Dreyfus. Victor Basch en deviendra le quatrième président national, en 1926.

En première ligne lors de la révision du procès à Rennes, en 1899, les Basch reçoivent les partisans de Dreyfus chez eux, au Gros-Malon, militent, organisent... Reconnu sur les quais, place Pasteur, Victor Basch est pris à parti par un groupe d'anti-dreyfusards qui essayent de le jeter dans la Vilaine.

Le couple s'installe à Paris en 1913. Intellectuel engagé, socialiste anticonformiste, Victor Basch s'inquiète très tôt de la montée du nazisme en Allemagne. Il apporte son soutien aux Républicains espagnols, milite contre l'extrême-droite et joue un rôle moteur dans la création du Front populaire.

Inquiétés dès les débuts de l'occupation (son logement est pillé, Victor Basch perd ainsi nombre d'écrits entreposés dans l'appartement), ils fuient en zone libre, en 1940, et s'installent dans le quartier de Saint-Clair à Caluire-et-Cuire, exactement au 116, Grande-rue-Saint-Clair. Investi dans la défense des droits de l'Homme et dans la franc-maçonnerie, Victor Basch est recherché par Vichy.

En janvier 1944, la milice de Lyon, dirigée par Paul Touvier, repère Victor Basch à Caluire-et-Cuire. Le 10 janvier 1944, accompagné d'une dizaine de miliciens (en particulier Lécussan, le chef régional de la milice) et du Lieutenant Moritz de la Gestapo, il participe lui-même à l'arrestation de Victor Basch et de son épouse Hélène, âgée de 79 ans, qui refuse de le laisser. Lécussan racontera par la suite : « Moritz jugea Victor Basch trop âgé pour pouvoir l'arrêter, et nous décidâmes de l'exécuter » ; Lécussan, accompagné d'autres miliciens et de Moritz, conduira alors le couple à Neyron dans l'Ain où Victor et Hélène Basch seront abattus de plusieurs coups de feu, le soir même.

Lécussan reconnaîtra avoir abattu lui-même Victor Basch ; Gonnet se chargeant d'assassiner Hélène Basch de deux balles de pistolet. Sur le corps de Victor Basch, sera retrouvé un écriteau laissé par les miliciens sur lequel était inscrit : « Terreur contre terreur. Le juif paie toujours. Ce juif paye de sa vie l'assassinat d'un National. À bas De Gaulle-Giraud. Vive la France. » — Comité National Anti-Terroriste, région lyonnaise.

Victor et Hélène Basch sont inhumés à la Nécropole nationale de la Doua, à Villeurbanne.

 

Hommages posthumes.

Son nom a été donné à de nombreuses rues et écoles de France : En effet, il existe une place Victor-Basch à Lyon 7e, une rue Victor-Basch à Décines (69), à Villeurbanne (69) à Arcueil, à Montrouge, à Vanves, à Vincennes, à Thiais, à Charenton-le-Pont, à Noisy-le-Grand, à Sotteville-lès-Rouen, à Sainte-Geneviève-des-Bois, à Massy, à Saint-Étienne, à Jeumont, à Bourg-en-Bresse, à Taverny, à Rennes, à Dinan, à Vandœuvre-lès-Nancy, à Vannes, à Roanne, à Riom, au Blanc-Mesnil (93), à Saint-Cyr-l'École (78), à Cenon (33), à Hyères ainsi qu'à Saint-Dizier (52), à Nogent-sur-Marne (94), à Cavaillon (84), à Saint-Yzan-de-Soudiac (33), en Arles (13) et à Saint-Quentin (02).

A Vanves, l’avenue Victor et Hélène Basch est perpendiculaire à la rue René Coche et s’arrête à la rue Ernest Laval.

À Caluire-et-Cuire, dans le quartier Saint-Clair, où il fut arrêté avant son assassinat, une école porte son nom. Un mémorial, le mémorial Hélène-et-Victor-Basch est érigé à Neyron, à l'endroit où Victor Basch fut assassiné par la milice ; de plus, La place de la mairie de Neyron se nomme place Victor-Basch. Enfin, à proximité du mémorial, passe le viaduc Hélène-et-Victor-Basch de l'A46.

À Rennes où Victor Basch a été professeur de philosophie, de 1887 à 1906, un lycée a été baptisé lycée Victor-et-Hélène-Basch. De plus, deux amphithéâtres, un de l'Université Rennes 2 situé sur le campus de Villejean et un de l'université Rennes 1 sur le campus de Beaulieu portent son nom.

En 2010, le STIF décide de donner son nom à une station de la Ligne 2 du tramway d'Île-de-France située dans la commune de Colombes. Le 16 avril 2014 à l'initiative de la LDH (Ligue des Droits de l'Homme), une plaque commémorative a été inaugurée en l'honneur de Victor et Hélène Basch à Montrouge, à l'angle de la rue Victor-Basch et de la rue Carvès. Cette plaque rappelle que Victor Basch présida les Assises de la paix et de la liberté, au stade Buffalo à Montrouge, le 14 juillet 1935, événement fondateur du Front populaire.

 

Œuvres littéraires.

 

  • La Poétique de Schiller.
  • La Vie intelectuelle à l’étranger.
  • L’Aube : proses de guerre, Paris, Librairie Félix Alcan, 1918.
  • Les Origines de l’individualisme moderne.
  • Le Maître problème de l’esthétique, 1921.
  • Etudes d’esthétique dramatique, Librairie française.
  • Essai d’esthétique de Kant, 1936.

 

 

Sources :

  • Archives du Journal Ouest France.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Internet du Musée de la Résistance.
  • Françoise Basch, Victor Basch ou La passion de la justice : de l’affaire Dreyfus au crime de la Milice, Plon, 1994.

 

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