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Publié le 13 Janvier 2017

Paroles de capitaine.

« Notre infanterie vient de fournir à Verdun, pendant huit semaines, le plus magnifique effort en vingt mois de guerre. Elle en sort, diminuée numériquement – beaucoup moins que l’infanterie ennemie – mais fortifiée moralement par la conscience indiscutée de sa supériorité.

 

La bataille avait mal commencée. Mon unité n’y était pas encore engagée. Je n’en puis donc parler que par ouï-dire, avec prudence par conséquent. Il y avait certainement trop peu de troupes, trop peu de canons, trop peu de tranchées. Depuis fort longtemps, on ne se battait plus dans cette région. Or, si l’habitude est une seconde nature, c’est surtout vrai de l’habitude du feu, et les corps qui ont subi le premier choc avaient une accoutumance moindre que ceux qui sont venus en renfort. Leur artillerie, très diluée, manquait peut-être de souplesse. Enfin, l’organisation défensive des villages attirait le feu de l’ennemi, sans que la solidité des intervalles permît une résistance frontale. Tous nos camarades qui ont vécu les premières journées sont, à cet égard, unanimes. Les journaux ont d’ailleurs signalé déjà cette situation. Je la rappelle pour qu’on comprenne ce qui suit.

 

Il en est résulté, en effet, que, au moment où, par l’engagement de nos réserves, la bataille est devenue de notre côté une grande bataille, nos troupes se sont battues en rase campagne. C’est en rase campagne, pour ne citer qu’un exemple, que la 39e division du 20e corps à brisé l’élan de l’ennemi. C’est en rase campagne que, depuis et pendant des semaines, les corps successifs ont dû mener de front l’organisation du terrain et le combat. Tout cela sous des concentrations de feu de guerre de siège d’une intensité et d’une continuité sans précédent, sous une averse de projectiles dont ni les luttes de mai ni celles de septembre n’avaient pu donner une idée.

 

Ce feu infernal a été supporté par l’infanterie française sans un instant de faiblesse. Il y avait là des troupes qui venaient de la Champagne et de l’Artois. A leur arrivée, elles avaient dit : « Nous connaissons cela ». Vingt-quatre heures après, elles avaient changé d’idée. Peut-être avions-nous eu, à Souain ou à Neuville, des bombardements égaux ; mais jamais nous n’avions connu ce feu ininterrompu, appliqué à tout un secteur, depuis la ligne de tir jusqu’à l’extrême arrière. Grâce à la qualité de leur artillerie lourde, notamment de leur 150, les Allemands ont une mobilité de feux extraordinaire. Ils battent la première ligne, puis les communications, puis les batteries, avec une foudroyante rapidité. Notre artillerie, qui s’est surpassée et qui a arraché des bravos à l’infanterie, fait aussi bien, partout où elle a un matériel égal. Mais il lui sera difficile de faire jamais mieux, et cette constatation, sur laquelle tout le monde est d’accord, mesure l’endurance surhumaine dont nos troupes ont fait la preuve dans les deux secteurs qui ont vu le choc principal : secteur de Vaux-Douaumont et secteur du Mort-Homme.

 

Avant d’être en ligne, biffins et chasseurs étaient fixés, d’ailleurs, sur ce qui les attendait. Verdun est au fond d’un cirque, qui se prolonge et s’élargit vers le Nord par des vallonnements successifs. Il suffisait d’avoir franchi le gradin supérieur, la ligne des Côtes de Belleville, sur la rive droite, pour savoir vers quoi l’on marchait. Aucun de ceux qui ont fait ces relèves nocturnes n’oubliera la lourde chute des « arrivées » coupant l’ombre de lignes de feu, qui semblaient dire : « On ne passe pas ». On est passé, cependant. On n’a jamais cessé de passer. On est passé autant qu’il a fallu pour nourrir d’unités fraîches la ligne de combat. Ici se juge la force morale d’une troupe. Une fois en secteur, quand on a vu clair, tout se supporte. Mais la file indienne dans le noir, les pieds heurtant les morts, les trous de marmite où l’on bascule et le mot qui se passe de bouche en bouche : « Serrez ! ». C’est le moment atroce et interminable, où les meilleurs sentent peser sur leur nuque la main lourde de la destinée. Pas une hésitation, pas une défaillance, tout le monde à son rang, voilà ce que nous avons vu huit semaines durant, chaque fois que montait en secteur une unité nouvelle. Il n’est pas de spectacle plus beau.

 

Ces mêmes troupes, une fois en ligne, n’ont pas seulement fait face à l’effort de résistance inouï que leur imposait le feu de l’ennemi. Elles ont toutes, sans exception, subi des attaques et fourni des contre-attaques. Des compagnies, terriblement éprouvées par le bombardement, n’en ont pas moins tenu jusqu’au corps à corps et se sont fait tuer sur place plutôt que de reculer. Le sang-froid des mitrailleurs ne s’est jamais démenti. Toutes les pièces intactes ont tiré comme à la cible, jusqu’à la dernière minute, avec quel « tableau », on en a pu juger sur les parties du terrain que nous avons reconquises. Nos tireurs ont fait constamment le « maximum », attendant l’arrivée de la vague à 30 mètres et la jetant par terre d’une seule salve. Toutes les vertus techniques d’une armée de métier et le grand souffle national de la levée en masse, voilà nos soldats au terme de la seconde année de guerre. Discipline, intelligence, sang-froid, coup d’œil, ils ont tout ce qui fait les vainqueurs, dès que la lutte se joue à armes égales.

 

Leur supériorité sur l’ennemi éclate aux yeux, quand on peut se comparer, comme ce fut le cas tant de fois, l’attaque boche et l’attaque française. Le Boche travaille un front de 500 mètres avec son artillerie jusqu’à ce qu’il soit sûr de l’avoir retourné de fond en comble. Il sort ensuite et marche à l’assaut.

 

S’est-il trompé ? Y a-t-il encore sur ce front de 500 mètres deux mitrailleuses qui tirent ? Alors c’est fini. On aperçoit la ligne qui flotte, tourne sur elle-même et s’abat dans le trou le plus prochain. J’ai vu beaucoup par moi-même et j’ai beaucoup interrogé : il n’y a pas d’exemple d’une attaque allemande progressant sous notre feu. Il s’en est trouvé à Ypres en 1914, aux Eparges en 1915. Cette fois-ci, le ressort était détendu et le progrès de l’artillerie ennemie n’avait pas eu pour corollaire le progrès de l’infanterie.

 

Chez nous, au contraire, on marche sous le feu et malgré le feu. Cela ne décide pas de la bataille, parce que c’est l’héroïsme sublime de quelques minutes et que la bataille dure des semaines. Mais cela classe les hommes. Je sais un bataillon qui, parti d’un ravin, sans tranchée, a fait 250 mètres sous les mitrailleuses et est arrivé à l’objectif avec plus de la moitié de ses officiers par terre, dont le commandant tué. Je ne crois pas, en toute sincérité, que l’infanterie allemande d’aujourd’hui soit capable de tels efforts. Elle est solide, courageuse, certes. Elle n’a plus l’élan et, malgré le concours formidable de son artillerie, il y a des bonds qu’elle ne fait plus. Tous, chefs et soldats, nous pensons là-dessus la même chose. Nous connaissons trop la guerre et ses pièges pour croire que cela suffise. Mais nous disons sans forfanterie : « Le jour prochain où nous serons munis d’autant d’artillerie qu’eux, nous les aurons ».

 

Cette conscience de sa force est chez notre soldat un sentiment grave, simple et silencieux. J’entends dire en permission : « Quand ils reviendront, ils se battront pour un oui ou pour un non ». C’est mal apprécier nos hommes, doux et patients autant que solides et si profondément accessibles aux appels du devoir. Je ne connais pas de régiment qui ne soit fier d’être allé à Verdun.

 

« On a eu besoin de vous ». Ils disent cela, parce que c’est ainsi, pas pour se vanter, mais parce que, dès lors qu’il y avait un coup de chien, il était juste qu’ils en fussent, eux qui la « connaissent ». Notre vie ne nous forme pas à noter des nuances de psychologie et c’est grand dommage, parce que c’est tout de même nous seuls, leurs chefs et leurs compagnons de tout instant, qui connaissons bien nos hommes et que, de loin, de grands écrivains donnent au pays une image très noble, mais très factice, de ceux qui meurent pour lui. On vous a écrit – combien de fois ! – le soldat qui sort en criant de sa tranchée, qui brûle d’en découdre. Mais non ! On fait cela parce qu’il faut le faire, parce que c’est le métier, mais sans cris, sans gestes, la grenade d’une main, la baïonnette de l’autre. On tue sans parler. On « progresse », comme dit le communiqué, parce qu’on est là pour cela et que c’est la loi commune des travaux et des jours. Et c’est beaucoup plus beau qu’une charge à la Détaille !

 

Notez que cet effort, cette lutte d’homme à homme, avec tout ce qu’elle exige d’énergie physique et morale, on la demande, par suite des nécessités de la bataille, à des troupes qui souvent sont au feu, et quel feu !, depuis quatre ou cinq jours et autant de nuits. Représentez-vous le croisement continu des projectiles sur les têtes, le grondement inlassable des pièces, le fracas des « arrivées » et le déchirement des « départs ». Peu ou même pas d’abris ; la crainte, si l’on y descend, d’y être muré et de mourir étouffé ; la nécessité de rester là en se livrant à la chance et d’attendre que ça change, sans croire que cela doive changer. Tension des oreilles, tension des muscles, tension des nerfs, saut brusque à droite pour éviter le coup qui à vient de la gauche, camarades de vingt mois décapités près de vous, sensation d’être l’otage aux mains de la Mort : voilà la vie, telle qu’elle fut à Verdun du 21 février au 20 avril. Et toujours, quand il a fallu, ces hommes ont été prêts au combat, prêts à la défense, prêts à l’attaque, maîtres de leurs corps et de leurs âmes. Dites-vous que nous avons vu cela et concevez ce que nous avons envie de répondre aux stratèges de cabinet qui nous demandent avec condescendance si le moral n’est pas trop mauvais.

 

Dans cet enfer, la solidarité, sous sa forme la plus haute, se manifeste à tout instant. Pour transporter un blessé, chacun est prêt à risquer la mort. Pour aller chercher un tué qu’on aime, il y a des volontaires qui, chaque nuit, rampent en avant des lignes. Pour nourrir les combattants, il y a les cuistots qui, une fois par vingt-quatre heures, font, sous l’averse d’acier, un trajet qui en dure douze et plus. Ils vont, agiles et sonores, retentissant du bruit des bouteillons et des gamelles, débouchant dans le noir du village écrasé, dont les détours leur sont familiers. D’une allure de course, bondissant presque, l’œil ouvert et l’oreille tendue, trouvant le trou favorable contre la « marmite » qui siffle, se relevant, se recouchant, poussant vers l’avant, où les autres ont faim, ils vont, laissant chaque fois en route quelqu’un des leurs, qu’on découvre après, décapité ou éventré. Ils vont, avec toutes leurs forces, avec tout leur cœur, fiers de leur obscure et vitale mission, sachant qu’il dépend d’eux qu’on veille mieux au créneau, qu’on tire plus juste et qu’on attaque plus fort. Gars héroïques, qui vous bousculent de leur ferraille au croisement des boyaux ; qui revendiquent gaiement pour la « bidoche » et le « pinard » la priorité de passage ; sublimes serviteurs de la France qui se bat et qui, par eux, mange, boit et vit.

 

Quand la corvée est passée et que la soupe – bien froide – a donné du cœur au ventre, on se met au travail d’un bras plus robuste. Et quel travail !

 

Comme une charrue inlassable, le feu allemand creuse, ouvre, arrache, bouleverse, nivelle et retourne. Il y avait là une tranchée, finie la veille : il faut la refaire. Dans cet abri écroulé, des hommes, vivants peut-être, sont enfermés : il faut les dégager. Pour aller au poste du colonel, on avait creusé hier un boyau : aujourd’hui, c’est la pleine campagne où les gens d’en face vous tirent au passage ; il faut creuser de nouveau et, de nouveau, ouvrir la voie.

 

A ces hommes qui se sont battus, qui se battront, on doit à tout instant demander le dur effort de remuer la terre, de remplir les sacs, de les placer, de refaire le parapet, la banquette, les pare-éclats. Jamais un refus, tant est fort le sentiment professionnel de la nécessité, tant est instinctif le geste de se protéger derrière la terre remuée. Il y a des gens qui disent doctoralement : « Le soldat français n’aime pas remuer la terre ». Qu’ils aillent y voir ! Ils connaîtront mieux, en revenant, nos splendides terrassiers.

 

On redescend la nuit prochaine, car le commandement ménage les unités et les relève aussi souvent que possible. A une heure indéterminée, quand les remplaçants auront pu franchir les barrages et gagner le secteur, on se mettra en route, bien las, bien lourds, contents tout de même et déjà reposés d’avoir prononcé ce mot : le repos. Les guides sont partis pour montrer la route aux nouveaux venus. On les guette. Ils arrivent. On passe les consignes et, par sections, en avant ! Comme pour venir, c’est le coup de veine : on passera ou on ne passera pas. Peut-être un quart d’heure, peut-être une demi-heure, peut-être plus, il faudra « se planquer », se coucher, se tapir, et puis on repartira.

 

Voilà la côte redoutable, où l’ennemi, sans arrêt, cherche nos batteries. Il est rare qu’on échappe à son feu : question de plus ou de moins. Si, la zone dangereuse passée, tout le monde est là, quelques-uns blessés, mais pas de morts, on est content et, d’un pas plus relevé, on descend vers Verdun – Verdun cité d’horreur pour les imaginations de l’arrière – Verdun, ville de rêve pour les combattants de l’avant. Les « gros » y tombent, c’est entendu. Mais il y a des répits. Il y a des caves. Il y a des abris. Il y a l’idée d’être hors d’affaire, pour cinq jours, six jours peut-être et d’avoir, cette fois encore, « tiré sa peau ». Les cuisines sont là où on les a laissées. Le jus du matin a été soigné de main de maître. A peine au cantonnement, on s’effondre et on dort – on dort jusqu’à épuisement de fatigue, on dort comme dorment les enfants qui ne savent pas ce que c’est que la guerre.

 

Parfois le réveil est dur. Un avion passe et laisse tomber une bombe sur le pavé. Nous avons vu cela l’autre jour. Une compagnie était rassemblée sous les arbres pour le rapport. Elle a été décimée. Une popote d’officiers était réunie dans une salle basse : trois morts atteints par les éclats. Mais ces accidents sont rares et l’on a tôt fait de n’y plus songer. Le repos est court. Dans quelques jours, dans quelques heures peut-être, il faudra remonter « là-haut ».

 

Alors pourquoi « s’en faire » ? Les hommes se lavent. Les capotes sèchent. Des torses nus sa savonnent au soleil. Des manilles se prolongent dans l’ombre. Rien n’existe hors du moment présent, divine philosophie du soldat qui, à la mort près, imprime à la vie de guerre une si parfaite sérénité. Les officiers, pareils aux hommes, sont moins libres qu’eux : car le papier ne chôme pas. Ils s’occupent des renforts, des propositions, des revues d’armes. Mais tout cela est devenu si habituel, si naturel, si instinctif, qu’on n’en souffre pas, qu’on ne s’en inquiète pas. La fonction a créé l’organe et l’organe fonctionne sans heurt, presque sans pensée, avec la régularité d’un corps sain et bien équilibré.

 

Cette adaptation parfaite au milieu, au devoir, au danger, voilà le caractère dominant de l’infanterie française. Le temps passé y est pour beaucoup. Mais quel corps et quelles âmes lui ont servi de matière ! ».

 

 

 

Sources :

 

  • Extraits du Journal L’illustration.
  • Photographie ECPAD.

 

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Publié le 7 Janvier 2017

Janvier 1917 dans les tranchées.

 

Faire des recherches historiques s’apparente à un jeu de pistes où des hypothèses sont souvent émises, le doute est permis, mais la vérité est toujours poursuivie. L’une des fautes généralement commise consistant à juger, d’une part, et d’autre part à jauger à l’aune du présent ce qui est passé.

 

Il est donc important de raconter et de placer en perspective. Voyons quelques-uns des éléments de la Première Guerre mondiale, avec un siècle de décalage…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Ouest.

 

1917 débute sous un mauvais signe pour l’armée française. Certes les Allemands n’ont pas pris Verdun. Mais la bataille, qui a duré près de 10 mois entre février et décembre 1916, a été une véritable boucherie, engloutissant près de 300.000 tués de part et d’autre. Et la bataille – la défaite – de la Somme a été plus terrible encore avec plus de 206.000 morts ou disparus du côté britannique et près de 70.000 du côté français. Le tout en l’espace de quelques semaines seulement. Partout des soldats se lèvent et commencent d’haranguer les camarades en expliquant les folies de cette guerre. Dans quelques semaines interviendront les premières mutineries… Au total, il y aura 3.500 condamnations dont plus de 500 condamnations à mort mais « seulement » 49 effectives (il y en avait eut plus en 1914 et surtout en 1915). Le général Pétain, le bon général Pétain, étant entre temps parvenu au sommet de la hiérarchie militaire. Les anciens s’en souviendront vingt-trois ans plus tard…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Est.

 

La Russie tsariste de Nicolas n’arrive plus à soutenir une guerre contre des ennemis allemand et autrichien mieux équipés et mieux organisés. Comme pour toutes les nations en guerre, les efforts demandés au détournement et à l’augmentation de la production industrielle, de même qu’à la production agricole, désorganisent la société russe. Des émeutes de la faim éclatent un peu partout dès janvier 1917. Elles sont les prémisses à une révolution qui dans les mois suivants va prendre le nom de bolchévique.

 

Ainsi au mois de mars, une première révolution éclate. Elle porte au pouvoir la bourgeoisie libérale qui entend continuer la guerre alors que les soviets, de plus en plus influents, exigent la paix. Ces soviets qui l’emportent au cours d’une seconde révolution, en octobre de la même année, et débutent les pourparlers de paix avec les Empires Centraux.

 

 

Dans les Balkans.

 

Les situations dans les Balkans ne sont jamais simples. En 1914, la Serbie, alliée de la Triple Entente (Grande-Bretagne, France et Russie) est rejointe par l’Albanie dès septembre 1914, le Monténégro et la Roumanie en 1916 et la Grèce en 1917. Cette dernière ayant longuement hésité entre les deux camps. Du côté des Empires centraux, l’Empire ottoman en octobre 1914 puis la Bulgarie une année plus tard, deviennent des alliés.

 

La Première Guerre mondiale commence par la défaite de l’armée serbe qui doit son salut dans sa fuite à travers les montagnes albanaises. S’ensuit la décision par la Triple Entente d’ouvrir un second front avec l’intervention dans la région des Dardanelles, partie du détroit du Bosphore. Mais l’expédition s’avère catastrophique et les gouvernements anglais et français se voient dans l’obligation de replier leurs troupes sur l’Egypte et la Grèce, dans la région de Salonique.

 

En novembre 1916, les Français et les Anglais réussissent à reprendre la ville de Monastir, dans l’actuelle Macédoine, aux troupes bulgares. Le général français Sarrail veut profiter de cette victoire pour forcer son destin. Il planifie pour le printemps 1917 une vaste offensive pour attaquer la Bulgarie et les Empires centraux par le sud. Le temps de la reculade est fini. Bientôt l’espoir va changer de camp et les soldats français de Salonique vont pouvoir abandonner les jardins qu’ils cultivent afin d’éviter le scorbut et la malaria pour reprendre leurs armes.

 

 

Au Moyen-Orient.

 

Au Moyen-Orient, les combats commencent dès le début de la Première Guerre mondiale. En janvier 1915, les Ottomans tentent de prendre le canal de Suez aux Anglais, alors puissance colonisatrice de l’Egypte. Les Turcs sont sévèrement battus.

 

En 1917, les Britanniques étendent leur zone d’opération contre le Palestine ottomane. Les premières batailles sont lancées mais les Ottomans résistent. En octobre 1917, après six mois de préparation, les Britanniques lancent une nouvelle offensive, fructueuse celle-là car elle leur permet en quelques semaines d’être aux portes de Jérusalem. En Arabie, le colonel Lawrence, envoyé par le général Archibald Murray, commandant du corps expéditionnaire égyptien, pour opérer en tant que conseiller militaire auprès de l’émir Fayçal, organise la prise du port d’Aqaba dans l’actuelle Jordanie. Mais plutôt que de le prendre par la mer, il fait traverser le désert à des milliers de bédouins. Au passage il réunit plusieurs tribus arabes. La défaite ottomane est consommée.

 

Au même moment, du côté diplomatique, Anglais et Français se mettent d’accord pour se partager une grande partie du Moyen-Orient en deux zones d’influence. Ce sont les Accords Sykes-Picot qui vont engendrer à la fois la paix mais aussi des zones de tensions qui perdurent encore aujourd’hui…

 

 

En Afrique.

 

Il est logique pendant la Première Guerre mondiale de se faire la guerre entre ennemis, même à des milliers de kilomètres de l’Europe. Les puissances colonisatrices vont allègrement franchir le pas en 1914. En Afrique de l’Est, au Tanganyika (Tanzanie), colonie allemande, les troupes doivent affronter celles de l’Empire britannique installées au Kenya. Les Allemands subissent une sévère défaite et reculent au Mozambique. Là, elles vont combattre contre les Portugais qui sont la puissance colonisatrice du pays et qui sont alliés des Anglais et des Français.

 

Mais autant les Anglais se sont préparés autant les Portugais ne le sont pas. Ils se font littéralement étrillés.

 

 

Les Etats-Unis.

 

Le président Woodrow Wilson, ancien gouverneur de l’Etat du New Jersey, non loin de celui de New-York, a été élu pour un premier mandat le 5 novembre 1912. Il est réélu – de justesse – quatre années plus tard en 1916 sur le slogan suivant : « Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi ». En dépit de relations particulièrement détériorées avec le Reich allemand, les Etats-Unis cherchent à être fidèles à une politique qu’ils suivent depuis près d’un siècle : l’isolationnisme. En effet, en 1823, le président américain Monroe a présenté sa conception de la politique étrangère : que les Etats-Unis n’interviennent pas dans les affaires de l’Europe comme les puissances européennes ne doivent pas intervenir dans celles des Amériques.

 

Tout au long du siècle écoulé les Etats-Unis ont eu pour but premier de se constituer un vaste territoire géographique et économique. Ils ont dû par la suite affronter une guerre civile – la Guerre de Sécession – particulièrement meurtrière et destructrice.

 

Aussi, n’est-il pas question d’interférer dans ce conflit mondial, mais principalement européen. En janvier 1917, le président Wilson propose qu’il soit mis fin à la guerre en plaidant pour une paix sans vainqueurs. Wilson sait ce que les Etats-Unis doivent à la France pendant la Guerre d’Indépendance ; il sait aussi que les Allemands cherchent par tous les moyens à les entraîner dans la guerre (torpillage du Lusitania, ce paquebot anglais où vont périr plus d’un millier de personnes dont 114 Américains).

 

Mais 1917 marque également la fin de cette posture. Dès le mois de février, devant le non respect par l’Allemagne des pays neutres, les relations diplomatiques sont rompues (les Allemands ont décidé de couler tous les navires qui s’approchent de l’Europe – y compris ceux relevant de pays neutres). En avril, Wilson fait un discours au congrès pour demander une déclaration de guerre à l’Allemagne ; demande acceptée le 6 de ce mois. En octobre 1917, les premiers campements de soldats américains sur le sol français sont installés non loin de Nantes. Le président vient d’ouvrir le chapitre de « l’interventionnisme américain », doctrine toujours en vigueur un siècle plus tard…

 

 

 

Sources :

 

  • Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

 

 

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Publié le 24 Octobre 2016

Auguste Gervais et Françoise-Marie Picoche.

Auguste Gervais et Françoise-Marie Picoche.

Une éducation militaire.

 

Auguste Gervais nait le 6 décembre 1857 à Paris VIIIe. Il est le fils d’un négociant parisien, Louis Aimable Gervais, et d'Adeline Joséphine Brochard. En 1870, il entre au lycée Charlemagne, où il entame des études supérieures. Cinq années seulement après la guerre franco-prussienne, il est admis à l’école militaire de Saint-Cyr, d’où il sort en 1877 avec le grade de sous-lieutenant d'infanterie. Il est alors affecté au 129e régiment d’infanterie. Il poursuit par la suite sa formation militaire en intégrant l'École spéciale militaire qu’il fréquente de 1877 à 1879. Dans l’armée, il occupe un rôle d’administrateur. Quelques années plus tard, Auguste Gervais intègre le cabinet du ministre de la Guerre, le général Jean Thibaudin, où il reste du 31 janvier au 9 octobre 1883. C’est à ce moment qu’il commence à côtoyer les principaux hommes politiques de son temps.

 

Entrée dans la vie journalistique.

 

Auguste Gervais quitte alors l’armée pour raisons de santé avec le grade de lieutenant de chasseurs à pied et se lance dans le journalisme. D’abord proche des idées socialistes qui apparaissent à cette époque, il va rejoindre progressivement la gauche républicaine animée par les radicaux. Spécialisé dans les questions militaires, il travaille successivement au sein de la rédaction du National (1882-1887), de La Petite République (1887-1888), période à laquelle Jean Jaurès commence à y collaborer, puis du Petit Journal (1888). Remarqué par Georges Clémenceau, député de Paris depuis 1876, Auguste Gervais adhère aux idées de ce dernier et part rejoindre les quotidiens le Matin, le Soir, puis enfin L'Aurore, journaux auxquels celui-ci collabore.

 

En reconnaissance de ses travaux (il a aussi écrit de nombreux ouvrages), Auguste Gervais est fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 1892, avant de devenir également officier de l’Instruction publique. En marge de son activité littéraire, comme beaucoup d’hommes politiques de cette époque, Auguste Gervais est initié à la franc-maçonnerie et intègre la loge Thélème en juillet 1895. Par la suite, il sera membre de la société Philomathique de Paris et en deviendra son Président d'honneur en 1907.

 

C’est vers 1880 que la vie politique locale commence réellement à se développer à Issy-les-Moulineaux, à l’époque de la première vague d’industrialisation de la commune, tandis qu’on y observe une croissance démographique importante liée à cet essor économique. L’Isséen Auguste Gervais décide alors d’y prendre part.

 

L’homme politique.

 

Deux groupes politiques avec des tendances bien distinctes émergent à Issy-les-Moulineaux. Edouard Naud, maire d'Issy-les Moulineaux de 1871 à 1878, se situe plutôt à droite. Tendance opposée aux maires qui vont par la suite se succéder : Auguste Hude, maire de 1884 à 1888 ; Jean Baptiste Charlot, maire de 1888 à 1894 ; Henri-Oscar Mayer, maire de 1894 à 1903, puis de 1908 à 1911, et à Auguste Gervais, encore plus à gauche. La tendance politique de ce dernier tend alors à devenir majoritaire à mesure que la croissance industrielle et par là même la population ouvrière gagnent en importance.

 

Auguste Gervais se présente lors des élections communales du 1er et du 8 mai 1892 sur la liste conduite par le maire sortant Jean-Baptiste Charlot, qui remporte les élections.

 

Lors du premier conseil municipal organisé le 15 mai 1892, Auguste Gervais est élu maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux, en même temps qu’un dénommé Sourdive. Une de leurs premières initiatives est, lors de la séance du conseil municipal du 21 avril 1894, de changer l’appellation de vingt-quatre voies de la commune en choisissant des noms tirés de l’histoire révolutionnaire de 1789. C’est ainsi qu’apparaissent la rue de l’Egalité, les rues Danton, Chénier et Desmoulins, la rue de l’Abbé Grégoire. Les philosophes des Lumières sont aussi mis à l’honneur, notamment d’Alembert, Diderot, Rousseau et Voltaire. De ce fait, leur empreinte sur le territoire isséen est toujours visible à l’heure actuelle dans les rues de la ville.

 

Le 24 septembre 1894, suite à un désaccord avec sa majorité, Jean-Baptiste Charlot décide de démissionner de son fauteuil de maire. Henri-Oscar Mayer lui succède. Auguste Gervais renonce alors à son mandat de maire-adjoint. Il semble avoir suivi la décision de Jean-Baptiste Charlot en restant simplement l’un des vingt-sept conseillers municipaux de la commune. Lors du scrutin municipal de 1896, la liste conduite à Issy-les-Moulineaux par le maire sortant Henri-Oscar Mayer, sur laquelle figure Auguste Gervais, remporte les élections dès le premier tour avec 1196 voix contre 933 voix pour Fauch de l’Union républicaine et 475 voix pour Chéradame, menant une liste socialiste révolutionnaire.

 

Au-delà de ces élections locales, Gervais remporte de nouveaux mandats électoraux. Membre de la Gauche radicale socialiste, il est élu au Conseil général de la Seine et siège comme représentant du canton de Vanves de 1893 à 1898. Il est même élu président du Conseil général de la Seine de 1896 à 1897.

 

Lors des élections législatives des 8 et 22 mai 1898, Auguste Gervais est élu député dans l’arrondissement de Sceaux, à savoir la quatrième circonscription de la Seine nouvellement créée, qui regroupe alors Sceaux et Vanves. À la Chambre des députés, Auguste Gervais intervient largement sur les questions militaires. Il prend aussi des initiatives nationales en fonction des événements affectant directement la vie de ses administrés. Par exemple, après une explosion à la cartoucherie de munitions Gévelot le 14 juin 1901, qui fait dix-sept morts et de nombreux blessés, Auguste Gervais est à l’initiative d’une pétition – signée également par deux autres parlementaires, Emmanuel Chauvière et Georges Girou, députés de la Seine qui résident à Issy-les-Moulineaux –, à l’adresse des parlementaires afin de permettre d’indemniser les familles des victimes.

 

Lors des élections législatives suivantes du 27 avril et du 11 mai 1902, Auguste Gervais est réélu de justesse avec 8 552 voix face au candidat de la droite Dumonteil, qui recueille 7 523 voix. C’est sans doute en raison de sa courte victoire aux législatives de 1902 qu’Auguste Gervais, réélu conseiller municipal lors des élections de 1900, décide de briguer la direction du conseil municipal en 1903 en qualité de maire d’Issy-les-Moulineaux.

 

Maire d’Issy-les-Moulineaux.

 

Auguste Gervais devient maire d’Issy-les-Moulineaux le 22 mars 1903. Radical socialiste, il reste à la tête de la commune jusqu’en 1908. Pour mémoire, il faut rappeler qu’au moment du recensement de 1901, la commune compte 930 maisons reparties en 4 327 ménages, regroupant au total 16 639 habitants. Le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales en 1903 est de 3 890 (les femmes n’ayant pas encore obtenu le droit de vote).

 

Suite aux élections législatives des 6 et 20 mai 1906, Auguste Gervais est réélu dans la 4e circonscription de la Seine. Il siège à la Chambre des députés dans le groupe des Républicains radicaux. Trois ans plus tard, Auguste Gervais est élu sénateur lors des élections du 3 janvier 1909. Devenu l’un des dix sénateurs du département de la Seine, il démissionne de son siège de député le 22 janvier 1909.

 

Membre du groupe de la gauche démocratique, Auguste Gervais fait partie de la commission militaire du Sénat. Il intervient fréquemment sur les textes de lois discutés au palais du Luxembourg, notamment sur le budget, le recrutement et les moyens matériels de l’armée. Alors qu’il continue à s’intéresser aux questions coloniales, il assure le secrétariat du groupe colonial du Sénat en 1910 et en 1914, et la vice-présidence du groupe d'études algériennes du Sénat en 1910.

 

Concernant les questions économiques, Auguste Gervais s’illustre particulièrement au sein de la commission des finances du Sénat. Il siège à la commission pour l’assistance aux familles en difficulté en 1909 et œuvre beaucoup en faveur de la mise en place d’un système de retraite pour les ouvriers et les paysans.

 

Mort pour la France.

 

Au cours de la Première Guerre mondiale, Auguste Gervais se fait remarquer par ses prises de position lors des séances publiques portant sur les questions militaires, étant lui-même un expert en ce domaine. Il convient également de rappeler que la commune d’Issy-les-Moulineaux regroupe plusieurs industries d’armement comme Gévelot et les usines d’aéronautique réparties le long du terrain militaire du Champ de Manœuvres. Le 14 juillet 1917, Auguste Gervais est promu officier de la Légion d’honneur.

 

Le 24 août 1917, au retour d’une mission d’inspection des avant-postes du front, effectuée en qualité de rapporteur de la commission de l'armée du Sénat, Auguste Gervais est victime d’un accident de voiture. Transporté en urgence à l’hôpital Boucicaut dans le XVe arrondissement de Paris, il y décède quelques jours plus tard, dans la nuit du 30 au 31 août 1917. Il a alors 60 ans.

 

Auguste Gervais est inhumé au cimetière communal d’Issy-les-Moulineaux. Un médaillon en bronze à son effigie est placé sur la stèle de son monument funéraire. Décoré de la Croix de guerre, Auguste Gervais obtient le titre de Mort pour la France. Suite à une délibération du conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux en date du 25 novembre 1917, une rue de la ville porte aujourd’hui le nom de son ancien édile. D’une longueur de 305 mètres, la rue Auguste Gervais borde la place de la mairie.

 

« Mon arrière-grand-père », par Béatrice Liébard.

 

En complément du texte rédigé ci-avant par Monsieur Thomas Nuk, historien et qui été membre du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux, voici des éléments fournis par Madame Béatrice Liébard, arrière-petite-fille d’Auguste Gervais et que nous remercions vivement.

 

  • Auguste Gervais épouse en 1882 Françoise-Marie Picoche, avec laquelle ils auront six enfants :
    • Fernand, avocat, sous-préfet puis préfet, directeur de la Santé publique au Gouvernement général d’Algérie.
    • Villeneuve, secrétaire dans différents cabinets ministériels et qui deviendra publiciste.
    • Maurice, directeur de l’hôpital d’Argenteuil.
    • Raymond (peu de renseignements).
    • René-Pierre (idem).
    • Jacques, qui meurt en bas âge.
  • En 1911, il se trouve sur le terrain d’aviation d’Issy les Moulineaux au milieu de personnalités venues assister à la course d’aviation Paris-Madrid qui se termine tragiquement par la décapitation (accidentelle) du Ministre de la Guerre Maurice Berteaux.
  • Les Gervais habitaient une maison qui a été détruite et sur le terrain de laquelle a été construit le musée français de la Carte à jouer.
  • Le jour de ses obsèques, « le convoi s’étendaient sur plus de un kilomètre » !

 

Ci-dessous figure un album de photographies, rassemblées par Madame Liébard : Auguste Gervais à différentes époques de sa vie ; avec son épouse ; sa canne et ses emblèmes maçonniques ; son écharpe de maire ; la maison située dans l’actuelle rue Gervais ; Maurice Berteaux avec qui il se trouvait juste avant l’accident ; les présidents Fallières, Loubet, Faure et Poincaré ; sa tombe au cimetière d’Issy.

 

 

 

Principales sources :

 

  • Ce texte a pour partie été rédigé par Thomas Nuk, qui a été membre du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux.
  • Archives nationales, Légion d’honneur, dossier individuel Auguste Gervais ;
  •  Becchia Alain, Issy-les-Moulineaux, Histoire d’une commune suburbaine de Paris, Chez l’auteur, 1977 ;
  • Beis Pierre, Issy-les-Moulineaux au jour le jour il y a 100 ans ;
  • Centre de recherches historiques d’Issy-les-Moulineaux, Lettre d’information, Hors-série, 1994 ;
  • Collectif, Issy-les-Moulineaux, 2 000 ans d’histoire, Issy média, 1994 ;
  • Collectif, Issy-les-Moulineaux, Notice historique et renseignements administratifs, Conseil général de la Seine, Montévrain, 1903 ;
  • Jolly Jean (sous la dir. de), Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940, Paris, Presses universitaires de France 1960, notice sur Auguste Gervais.

 

 

Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.
Au temps d'Auguste Gervais.

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Publié le 1 Octobre 2016

La stèle de l'entrée de la Forêt des Combattants.
La stèle de l'entrée de la Forêt des Combattants.

A Vanves.

André du Fresnois, nait Casinelli à Vanves le 1er avril 1887. En ce temps-là débute la construction de la Tour Eiffel à Paris, et les salles d’asile – comme on les appelle alors – deviennent des écoles maternelles.

André Casinelli est le fils d’un économe du lycée Michelet, alors établissement prestigieux, qu’il est resté d’ailleurs. Le jeune homme, très attiré par les lettres, commence sa carrière relativement jeune. Il écrit deçà delà dans des revues qui disparaissent assez rapidement. Puis il devient critique de théâtre à la Revue critique des idées et des livres. On dit de lui qu’il a le teint brouillé, que ses yeux sont « clignotants » et qu’il donne l’air sans arrêt d’être surmené. Il est vrai que le jeune homme doit écrire et réécrire de nombreuses avant que ses papiers ne soient acceptés.

Pour autant, le succès vient. On remarque son intelligence et son esprit pétillant. Dans son livre de mémoires, paru en 1947 (Ed. Arthème Fayard), André Billy (1882-1971) dit d’André du Fresnois : « André du Fresnois appartenait par ses goûts et ses tendances à l’école néo-classique, laquelle relevait de l’Action française, et je crois bien qu’en effet, André du Fresnois était royaliste, mais sans fanatisme et plutôt à la façon voltairienne et sceptique de Bainville qu’à celle de Maurras. Il avait l’intelligence vive et déliée et il écrivait d’une plume éclatante et cursive que je lui ai toujours enviée. Il admirait beaucoup Jules Lemaître et c’est un point sur lequel nous étions d’accord. Il n’a été publié de du Fresnois qu’un livre, recueil de ses meilleurs articles : Une année de critique ».

En effet en 1913, alors qu’il n’a que 26 ans, il publie ce recueil qui est remarqué par la critique. L’année suivante, il est rappelé sous les drapeaux.

La Grande Guerre.

André du Fresnois ne va pas connaître une guerre très longue. Il est malheureusement porté disparu dès le 22 août 1914 dans les combats de Courbesseaux, en Lorraine. L’armée française est alors en train de vivre ce qui sera plus tard appelé « la bataille des frontières » : il s’agit de l’une des premières vagues de combat en ce mois d’août. D’un côté les Allemands entrent en Belgique et en France, de l’autre l’armée française tente une offensive en Lorraine, alors allemande. Mais les victoires allemandes entraînent à partir du 23 août la retraite de l’aile gauche française et du contingent britannique jusqu’en Champagne. Cet épisode, connu sous le nom de « Grande Retraite » se terminera un mois plus tard par la victoire française de la bataille de la Marne. Dans son ouvrage publié en 1995 « 14-18 Mille images inédites » (Ed. Chêne), l’historien Pierre Miquel indique : « Les Français sont tout de suite surpris par les techniques allemandes d’offensive. Ils sont écrasés par les canons à tir long et refluent bientôt en désordre. Toutes les offensives dans le Nord-est ont échoué. La bataille des frontières est un sanglant désastre : les « pantalons rouges » se sont fait hacher par les mitrailleuses allemandes, écraser par les obus lourds, avant même d’être entrés au contact de l’ennemi. La puissance de feu a empêché les charges à la baïonnette et l’esprit offensif recommandé par les généraux de l’école de guerre n’a pas résisté à la guerre de mouvement. Psichari et Péguy sont tombés dans les blés murs ».

Ce ne sont pas les seuls écrivains à tomber à ce moment-là (Ernest Psichari était le petit-fils de Renan). Entre août et septembre 1914, ils sont 85 « Ecrivains Combattants » à tomber sous le feu de l’ennemi, l’un des plus connus étant sans conteste Alain Fournier.

Les Ecrivains combattants.

Dès 1914 est publié un bulletin, appelé Bulletin des écrivains, publication mensuelle dans laquelle se trouvent des récits, poèmes, journaux, romans écrits par les écrivains mobilisés. Une association est formellement créée le 27 juin 1919 et réunit tous les écrivains qui ont porté les armes. Cinq années plus tard, une anthologie de cinq volumes des écrivains morts à la guerre est publiée. Deux à trois fois par an, un bulletin, reprenant souvent les publications des membres, est édité par l’association. De même, des prix littéraires sont annuellement remis.

Le 15 octobre 1927, le président de la République, Gaston Doumergue inaugure au Panthéon, à Paris, des plaques de marbre portant les noms de 560 écrivains morts pendant la Première Guerre mondiale (197 noms seront ajoutés en 1949, après la Seconde Guerre mondiale).

En 1930, des inondations dans le sud-ouest de la France obligent à déboiser de nombreuses forêts. Une campagne de reboisement est orchestrée par le gouvernement. L’association des Ecrivains Combattants, alors présidée par Claude Farrère, décide de participer à ce reboisement. Ainsi est baptisée la Forêt des Ecrivains Combattants : elle se situe dans le massif montagneux du Caroux-Espinousse, dans le département de l’Hérault, sur les communes de Combes et Rosis, au nord de Béziers. Plusieurs stèles sont placées dans cette forêt : à l’entrée ; une à la mémoire d’Alain Fournier ; une à celle d’Erwan Bergot (Indochine – Algérie) ; une à la mémoire de Jean-Marc Bernard (Première Guerre mondiale).

Depuis 1952, cette forêt a été donnée par l’association à l’Etat, qui en a fait un lieu de promenade.

Sources :

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Publié le 10 Juillet 2016

Et Pétain devint chef de guerre.

« Les bombardements de l’artillerie lourde allemande, du 21 février et de la nuit du 21 au 22, précédèrent la ruée des divisions d’assaut ; nulle part encore, sur aucun front et dans aucune bataille, on n’en avait connu de pareils. Ils visaient à créer une « zone de mort », dans laquelle aucune troupe ne pourrait se maintenir. Une trombe d’acier, de fonte, shrapnells et de gaz toxiques s’abattit sur nos bois, nos ravins, nos tranchées, nos abris, écrasant tout, transformant le secteur en un champ de carnage, empuantissant l’atmosphère, portant l’incendie jusqu’au cœur de la ville, s’attaquant même aux ponts et aux localités de la Meuse jusqu’à Génicourt et Troyon. De formidables explosions secouaient nos forts, les empanachaient de fumée. On ne saurait décrire une telle action, qui n’a sans doute jamais été égalée en violence et qui concentra, sur le triangle étroit compris entre Brabant-sur-Meuse, Ornes et Verdun, le feu dévastateur de plus de 2 millions d’obus !

Lorsque les troupes allemandes se portèrent en avant, par petits éléments, le 21 après-midi, puis le 22 au matin – après une nuit où l’artillerie avait repris sans interruption son « pilonnage » infernal – par colonnes se poussant les unes les autres, elles espéraient progresser l’arme à la bretelle. Quelles ne furent pas leur stupéfaction et leur désillusion de voir que partout, sur leur chemin, des Français surgissant des décombres et – loqueteux, épuisés, mais redoutables quand même – défendaient les ruines de tous leurs points d’appui !

La résistance des chasseurs de Driant, le député-soldat, l’écrivain célèbre, vaut qu’on la rappelle.

Dans le bois des Caures, veillaient les 56e et 59e bataillons de chasseurs, avec quelques éléments du 165e régiment d’infanterie, en tout quelques 1.200 hommes ; 6 batteries de 75 et 8 batteries lourdes les appuyaient. Ils furent assaillis par les quatre régiments, soit 8.000 à 10.000 hommes, que soutenaient 7 batteries de 77 mm et environ 40 batteries lourdes. Le bombardement préparatoire les avait littéralement écrasés ; la plupart des abris s’étaient effondrés sous les explosions ; les pertes, avant la prise de contact avec l’assaillant, atteignaient un chiffre très élevé. Nos chasseurs tinrent cependant, à l’intérieur du bois, cernés et traqués de tous côtés, pendant près de vingt-quatre heures. Les troupes du 30e corps déployaient une vaillance étonnante et presque invraisemblable. Chaque centre de résistance – bois, village, lacis de tranchées éboulées ou groupement chaotique de trous d’obus – permettait à nos unités de renouveler les exploits des chasseurs de Driant et contribuait pour sa part à briser la ruée.

D’abord en camions-autos, par la route Souilly – Verdun, puis à pied par petites colonnes, les éléments prélevés sur les deux divisions de réserve générales se rapprochaient des lignes. Mais, dès leur débouché au-delà de la Meuse, ils étaient saisis, ralentis et désarticulés par le bombardement, entravés par les évacuations des blessés et par les convois de ravitaillement, engourdis par le froid au cours des longs arrêts que leur imposait le brusque engorgement des arrières. Aux rendez-vous indiqués, à l’entrée de leurs secteurs d’engagement, les unités montantes cherchaient les chefs des fractions déjà au feu et les guides désignés pour les conduire ; or, ceux-ci, pourchassés de place en place par les explosions et par les gaz, errant eux-mêmes dans la bagarre, faisaient souvent défaut…

Alors, les sections et les compagnies de renfort marchaient à l’aventure, droit au nord, progressaient sous les fumées et parmi les bruits assourdissants de la bataille, et soudain se heurtaient à l’adversaire, l’accrochaient, lui opposaient, en attendant mieux, le rempart de leurs corps. Sans contacts à droite et à gauche, sans liaison avec l’artillerie, sans mission précise, sans tranchées pour s’abriter, sans boyaux pour assurer leurs communications, sans savoir à qui et comment adresser leurs comptes rendus ou demander des instructions, elles formaient barrage là où le sort les amenait.

Me trouvant disponible avec mon quartier général à Noailles, je considérais comme extrêmement probable ma désignation pour le front de Verdun, où l’importance de la lutte engagée et des renforts envoyés à la bataille justifiait l’entrée en ligne d’une armée nouvelle. Je ne fus donc point surpris de recevoir, le 24 au soir, l’ordre de mettre immédiatement mon quartier général en route vers Bar-le-Duc et de me présenter moi-même au général Joffre le 25 au matin.

J’arrivai à Chantilly à 8 heures et fut aussitôt introduit auprès du général en chef qui, dans une ambiance quelque peu fiévreuse et agitée, conservait son calme coutumier. Le général Joffre, sans longues phrases, me fit connaître son impression sur la situation qui lui paraissait sérieuse, mais non alarmante ; il me prescrivit de me rendre en toute hâte à Bar-le-Duc pour me tenir prêt à remplir telle mission que le général de Castelnau, mandaté à cet effet, me préciserait. Je me hâtai vers Dugny, au sud de Verdun, où se trouvait le poste de commandement du général. A Dugny, j’appris un grave événement : le 20e corps s’était courageusement battu toute la journée autour du village de Douaumont, mais le fort venait de tomber par surprise au pouvoir de l’ennemi. Nous perdions ainsi le meilleur et le plus moderne de nos ouvrages, celui qui résumait les raisons de notre confiance, le splendide observatoire qui nous aurait permis de surveiller et de battre le terrain des approches allemandes et d’où, maintenant, l’ennemi pourrait diriger ses regards et ses coups vers les moindres replis du cirque sacré de Verdun !

Je rapportai moi-même la nouvelle de la chute du fort aux généraux de Castelnau et de Langle, à Souilly. Le général de Castelnau estimait qu’il n’y avait plus une minute à perdre pour « organiser » le commandement et éviter les erreurs comme celle qui caractérisait les événements de la journée. Dans l’après-midi, il avait téléphoné à Chantilly pour proposer de me confier le commandement des fronts de Verdun sur les deux rives de la Meuse, « avec mission d’enrayer l’effort prononcé par l’ennemi sur le front nord de Verdun ». Le général Joffre approuvait sa décision.

A 11 heures, je prenais donc la direction de la défense de Verdun, déjà responsable de tout et n’ayant aucun moyen d’action… Dans une salle vide de la mairie, je me mettais en communication téléphonique avec le général Balfourier, commandant les forces engagées dans le secteur d’attaque : « Allo ! C’est moi, général Pétain. Je prends le commandement. Faites-le dire aux troupes. Tenez ferme. J’ai confiance en vous… ». « C’est bien mon général. On tiendra ! Vous pouvez compter sur nous comme nous comptons sur vous ! ».

Aussitôt après, j’appelais le général de Bazelaire, commandant les secteurs de la rive gauche, et je lui donnais les mêmes avertissements, en lui indiquant le prix exceptionnel que j’attachais à la conservation de nos positions à l’ouest de la Meuse. Il me répondait, comme venait de le faire le général Balfourier, sur le ton d’une confiance affectueuse et absolue.

La liaison morale, du chef aux exécutants, était assurée.

Un peu plus tard, vers minuit, arrivait le colonel de Barescut, mon chef d’état-major. Sur une carte à grande échelle plaquée au mur, je marquais au fusain les secteurs des corps d’armée en position, ainsi que le front à occuper, et je dictais l’ordre que l’on devrait faire parvenir à toutes les unités le lendemain matin.

Tels furent, à Verdun, mes premiers actes de commandement ».

Des années après la bataille de Verdun, le maréchal Pétain se confia au journal L’Illustration. Le texte ci-dessus est un extrait du journal.

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Publié le 21 Février 2016

Les Isséens tués à Verdun 2/2.

Juin 1916.

  • 4 juin : Georges Souchet, 2e classe au 101e RI (casernement à Saint-Cloud et Paris – en 1914, au moment de la retraite, le 101e reviendra jusqu’à Paris, à la porte de Pantin ; des soldats repartiront au front dans les fameux Taxis de la Marne). Né le 17 septembre 1895 à Paris. « Disparu au combat en date du 4 juin 1916. Date fixée par le Tribunal civil de la Seine en date du 6 mai 1921 ».
  • 15 juin : Joseph Cosmeur, soldat de 2e classe au 410e RI (régiment de réserve ayant le camp Coëtquidan pour lieu de rassemblement de réservistes bretons, normands et de l’est de la France). Né le 19 mars 1880 à Floutech dans les Côtes du Nord (Côtes d’Armor). « Mort des suites de ses blessures à l’hôpital temporaire de Revigny dans la Meuse.
  • 23 juin : Joseph Lanaud, soldat de 2e classe au 407e RI (régiment de réserve ayant pour lieu de regroupement le camp de Châlons à Cuperly dans la Marne). Né le 22 mars 1885 à Peintre dans le Jura. « Tué à l’ennemi à Vaux ».
  • 26 juin : Maurice Motto, soldat de 2e classe au 220e RI (venu du 11e RI). Né le 26 juin 1895 à Paris. A Verdun, en 20 jours, le régiment perd 820 hommes. « Tué à l’ennemi à Fleury (Meuse) ».

Juillet 1916.

  • 7 juillet : Paul Bailly, soldat de 2e classe au 407e RI (se reporter plus haut). Né le 25 septembre 1895 à Nevers dans la Nièvre. « Blessure de guerre à Fleury dans la Meuse ».
  • 11 juillet : Alexandre Trochon, soldat de 2e classe au 370e RI (ce régiment sera dissous après les mutineries de 1917). Né le 18 mai 1878 à Chartres. « Tué à l’ennemi au Bois de Vaux (Verdun) ».
  • 15 juillet : Marcel Boudet, soldat de 2e classe au 130e RI (casernement à Mayenne – en Champagne, en 1915, le régiment perd 1.500 hommes). Né le 7 avril 1897 à Sablé dans la Sarthe. « Mort sur le terrain à Douaumont dans la Meuse ».

Août 1916.

  • 4 août : Martial Chabiron, soldat de 2e classe au 96e RI (casernement à Béziers et Agde). Né le 1er mars 1889 à Ardilly. « Disparu à Thiaumont (Meuse) ».
  • 7 août : Marcel Boissy, soldat de 2e classe au 134e RI (13 citations – le régiment est anéanti en 1914 où il perd près de 3.000 hommes, et à nouveau en 1915 avec 1.200 hommes). Né le 17 mars 1896 à Paris. « Tué à l’ennemi à Fleury-devant-Douaumont ».
  • 15 août : Jacques Riviero, soldat de 2e classe au 134e RI (se reporter avant). Né le 27 février 1879 à Cannes. « Mort des suites de blessures de guerre à l’ambulance 4/54 de Landrecourt dans la Meuse ».
  • 18 août : François Jean, soldat de 2e classe au 143e RI (se reporter avant). Né le 12 mai 1893 à Alfortville dans le Val de Marne (département de la Seine à l’époque). « Tué à l’ennemi à Vaux Chapitre (Meuse) ».
  • 24 août : Albert Zolla, 2e canonnier conducteur au 105e régiment d’artillerie lourde. Né le 17 octobre 1897 à Paris. « Mort des suites de blessures de guerre à l’ambulance 3/5 de Froides (Meuse) ».
  • 25 août : Alfred Crouet, soldat de 2e classe au 80e RI (casernement à Narbonne). Né le 9 décembre 1897. « Tué à l’ennemi à Fleury (Meuse) ».

Septembre 1916.

  • 5 septembre : Joseph Steiner, soldat de 2e classe au 24e régiment d’infanterie territoriale (casernement au Havre). Né le 1er janvier 1875 à Dabo en Alsace-Lorraine. « Disparu au tunnel de Tavannes – Tué à l’ennemi ». La tragédie du tunnel de Tavannes a fait l’objet d’un article sur ce site.
  • 7 septembre : Augustin Blanc, sous-lieutenant au 346e RI (régiment de réserve du 146 avec Toul pour lieu de regroupement). Né le 23 mai 1881 au Puy-en-Velay en Haute-Loire. « Mort de blessures de guerre à la Ferme de Maujouy dans la Meuse ».
  • 12 septembre : Camille Haurigot, soldat de 2e classe au 104e RI (le 104 était l’un des régiments de Paris – il participa à l’épisode des taxis de la Marne). Né le 2 janvier 1895 à Meudon. « Tué par éclats de grenades à Fleury-Thiaumont. Tué à l’ennemi ».

Octobre 1916.

  • 6 octobre : Edouard Ablin, soldat de 2e classe au 507e RI. Né le 27 juin 1888 à Paris. « Tué à l’ennemi à Vaux Chapitre (Meuse) ».
  • 26 octobre : Jean Henry, sergent au 4e régiment de zouaves (régiment de Tunis et Bizerte). Né le 19 février 1890 à Issy. « Tué à l’ennemi à Douaumont (Meuse) ».

Novembre 1916.

  • 8 novembre : Paul Petitpa, caporal au 4e RI (régiment ayant pour casernement la ville d’Auxerre). Né le 7 février 1882 à Paris. « Tué à l’ennemi à Vaux (Meuse) ».
  • 17 novembre : Léonide Wallerand, aspirant au 8e régiment de tirailleurs de marche (régiment décimé et reconstitué à cinq reprises – 5 citations à l’ordre de l’armée). Né le 12 septembre 1896 à Denain (Nord). « Tué à l’ennemi à Douaumont ».

Décembre 1916.

  • 5 décembre : Louis Delcorde, soldat de 2e classe au 246e RI (régiment de réserve avec Paris pour lieu de regroupement). Né le 10 décembre 1876 à Paris. « Tué à l’ennemi à Esnes (Meuse) ».
  • 11 décembre : Albert Guitton, caporal au 8e régiment de tirailleurs de marche (se reporter ci-avant). Né le 18 février 1889 à Tremblay en Ille-et-Vilaine. « Disparu à la Côte 318 (Meuse) ».
  • 15 décembre : Henri Guinet, sous-lieutenant au 2e régiment de tirailleurs de marche (régiment établi en Algérie – 7 citations dont une reçue pour ses combats à Verdun tout au long de l’année 1916). Né le 1er 1889 à Chaville dans le département de Seine-et-Oise (aujourd’hui Hauts-de-Seine). « Tué à l’ennemi à Douaumont ».

Sources :

  • Analyse du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux.
  • Site Internet : « Mémoire de hommes » du Service historique de la Défense.
  • Les photographies viennent des archives de l’ECPAD.
  • Site Chtimiste – www.chtimiste.com
  • Archives de la Grande Guerre.
  • Inventaire sommaire des archives de la Guerre, de J. Nicot et J.C. Devos, 1975.
Les Isséens tués à Verdun 2/2.

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Publié le 21 Février 2016

Les Isséens tués à Verdun - 1/2

Terribles statistiques.

En 1914, la population française est d’environ 39,5 millions d’habitants. Près de 8.000.000 d’hommes seront mobilisés entre 1914 et 1918 dont 565.000 environ sont originaires des colonies. A la fin de la guerre, la France compte près de 1.400.000 tués et 4.300.000 blessés (coloniaux compris).

Le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux a étudié le monument aux morts de la ville, place Bonaventure Leca. Celui-ci compte 860 noms d’Isséens morts pendant la Première Guerre mondiale. Ce nombre est à rapprocher avec la population locale de l’époque qui oscillait entre 22.000 et 23.000 habitants. Si l’on répartit celle-ci entre 50 % de femmes et 50 % d’hommes, et que l’on retire tous les jeunes garçons et les plus de 40 ans (législation de l’époque – plus tard les soldats de la territoriale seront appelés aussi et certains auront jusqu’à 50 ans), 860 morts devient un nombre terrifiant en rapport d’une population masculine mobilisable de peut-être 5.000 à 6.000 hommes !

Si l’on continue cette comparaison – sans aucune vérité scientifique – alors on peut appliquer les statistiques nationales à la population locale : 860 morts, cela implique environ plus de 2.500 blessés pour la commune. Soit, peut-être, 50% des appelés !

Tous ne sont pas morts à Verdun. Mais Verdun fut la plus terrible des batailles de la Première Guerre mondiale (se reporter à l’article qui vient d’être publié sur ce site). Pour illustrer ce qui a été indiqué, voici une partie de la liste des Isséens (donc ceux qui habitaient la commune au moment de leur incorporation) qui sont morts pendant cette bataille de Verdun, soit du 21 février 1916 à décembre de la même année, en ordre chronologique. Liste non exhaustive, car il convient d’indiquer que notre Comité du Souvenir Français a pu étudier 604 fiches individuelles sur 860 tués, soit environ 70%

Février 1916.

  • 22 février : Juste Bezet, soldat de 2e classe au 233e régiment d’infanterie (RI – casernement à Arras dans le Pas-de-Calais). Né le 18 mai 1880 dans le Pas-de-Calais. « Tué à l’ennemi ».
  • 23 février : Félix Favelot, soldat de 2e classe au 327e RI (casernement à Valenciennes dans le Nord). Né le 14 septembre 1879 à Paris. « Tué à l’ennemi au bois de Wavrille (Meuse) ».
  • 28 février : Marie-Jules Valtin, soldat de 2e classe au 44e régiment territorial d’infanterie (casernement à Verdun – le régiment sera dissous en mars 1918). Né le 24 novembre 1872 dans le département de Meurthe-et-Moselle. « Mort des suites de ses blessures à l’ambulance 3/5 de Clermont-en-Argonnes ».
  • 29 février : Auguste Barbé, soldat de 2e classe au 303e RI (casernement à Alençon – régiment de réserve du 103e – en octobre 1915, plusieurs explosions de mines ensevelissent près de 200 hommes). Né le 28 août 1886 à Grazay en Mayenne. « Tué à l’ennemi ».

Mars 1916.

  • 3 mars : Gustave Reisser dit Thomas, caporal au 22e régiment d’infanterie territoriale (casernement à Rouen). Né le 3 mars 1876 en Alsace-Lorraine (alors occupée par les Prussiens). « Tué à l’ennemi à Douaumont ».
  • 7 mars : Auguste Moutard, soldat de 2e classe au 34e régiment d’infanterie territoriale (casernement à Fontainebleau). Né le 18 octobre 1873 à Ris-Orangis. « Tué à l’ennemi dans les combats de Verdun ».
  • 10 mars : Marcel Laudé, soldat de 2e classe au 3e bataillon de chasseurs à pied (casernement à Saint-Dié). Né le 4 novembre 1889 à Crépy-en-Valois dans l’Oise. « Tué à l’ennemi au fort de Vaux ».
  • 13 mars : Adrien Patry, soldat de 2e classe au 16e bataillon de chasseurs à pied (casernement à Labry en Meurthe-et-Moselle – à l’automne 1915, seuls 150 hommes du régiment sont encore valides). Né le 16 octobre 1888 à Paris dans le 15e arrondissement. « Mort de blessures de guerre à l’ambulance 1/2 de Verdun ».
  • 14 mars : Achille Bicheray, soldat de 2e classe au 3e bataillon de chasseurs à pied (se reporter ci-avant). Né le 21 mai 1889 à Asnières. « Tué à l’ennemi ».
  • 16 mars : Alfred Maraldi, soldat de 2e classe au 154e RI (casernement à Lérouville dans La Meuse – fin 1916, quelques soldats en premières lignes tentent une approche de fraternisation avec des soldats allemands, séparés de seulement quelques mètres). Né le 26 août 1892 à Paris. « Tué au Mort-Homme à Verdun. Décès fixé disparu au combat par décision du 30 septembre 1920 ».
  • 23 mars : Alfred Lemaire, 2e canonnier servant à la 2e batterie du 45e régiment d’artillerie (casernement à Orléans). Né le 7 décembre 1893 à Vanves. « Décédé à l’hôpital de Sainte-Menehould des suites de blessures de guerre ».

Avril 1916.

  • 8 avril : Albert Gladines, soldat de 2e classe au 160e RI (casernement à Toul – en 1915 le régiment perd 1.000 hommes dans l’offensive en Artois). Né le 8 août 1888 à Paris. « Tué à l’ennemi ».
  • 8 avril : Charles Piesses, soldat de 2e classe au 24e RI (casernement à Paris et Fort d’Aubervilliers). Né le 26 décembre 1895 à Paris. « Tué à l’ennemi à Vaux ».
  • 9 avril : Robert Ribot, 2e classe au 32e RI (casernements à Tours et Châtellerault). Né le 2 septembre 1880 à Issy. « Tué à l’ennemi ».
  • 14 avril : Louis Delcey, 2e classe au 227e RI (casernement à Dijon – fin 1916, le régiment part faire la guerre en Orient). Né le 11 mai 1882 à Dôle dans le Jura. « Mort des suites de blessures, à Brocourt dans la Meuse ».
  • 18 avril : Gilbert Bourdelier, 2e classe au 287e RI (casernement à Saint-Quentin – régiment de réserve du 87e RI). Né le 3 août 1878 à Cossaye dans la Nièvre. « Tué à l’ennemi, au Mort-Homme dans la Meuse ».

Mai 1916.

  • 5 mai : Xavier Laforêt, 2e classe au 290e RI (régiment de réserve du 90e RI – casernement à Châteauroux – à Verdun le régiment perd 800 hommes). Né le 18 mai 1877 à Gelon dans le département de l’Indre. « Tué à l’ennemi à la Côte 304 dans la Meuse ».
  • 14 mai : Honoré Gralle, soldat de 2e classe au 2e RI (casernement à Granville dans la Manche). Né le 4 novembre 1879 à Saint-Servan en Ille-et-Vilaine. « Mort pour la France le 14 mai 1916, des suites de ses blessures à l’hôpital de Sainte-Menehould ».
  • 16 mai : Pierre Dugué, 2e classe au 354e RI (casernement à Bar-le-Duc – régiment de réserve du 154e RI). Né le 22 août 1885 à Vitry-sur-Seine. « Tué à l’ennemi à Verdun dans la Meuse ».
  • 22 mai : Jean Jetain, soldat de 2e classe au 151e RI (casernement à Verdun – en 1914, entre août et octobre, le régiment a plus de 1.500 tués). Né le 8 avril 1892 à Plestin-les-Grêves dans les Côtes du Nord (Côtes d’Armor). « Tué à l’ennemi au Mort-Homme dans la Meuse ».
  • 23 mai : Etienne Billard, 2e classe au 69e bataillon de chasseurs à pied (casernement à Epernay). Né le 20 septembre 1884 à Igornay en Saône-et-Loire. « Porté disparu dans les Carrières d’Houdromont à Verdun (Meuse) ».
Les Isséens tués à Verdun - 1/2

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Publié le 19 Février 2016

Un tranchée à Verdun - Copyright: Wikimedia.
Un tranchée à Verdun - Copyright: Wikimedia.

« La plus grande bataille du monde ».

On l’a surnommé ainsi. Peut-être. Mais il est certain qu’elle fut l’une des plus effroyables.

Ce ne sont pas seulement les morts qui donnent à Verdun sa place particulière dans l’histoire. Lancée en plein hiver, le 21 février 1916, Verdun fut l’offensive la plus longue de toute l’histoire de la Première Guerre mondiale et devint un symbole de la volonté de la France. La boucherie se poursuivit pendant dix longs mois. L’hiver céda la place au printemps, puis à l’été, puis à l’automne, et ce fut à nouveau l’hiver. Peut-être 150.000 soldats français tués et presque deux fois plus de blessés ; autant du côté allemand. Pourtant, à la fin, les lignes étaient à peu près au même endroit qu’au commencement.

L’architecte de cette bataille, l’homme qui avait promis que trois Français mourraient pour chaque Allemand, était le général Erich von Falkenhayn, commandant en chef de l’état-major. Cet aristocrate junker, avait pris la place de von Moltke, fin 1914, après la dépression de ce dernier à la suite de l’échec du Plan Schlieffen. Falkenhayn était relativement jeune pour ce poste : il n’avait que 53 ans au début de la guerre. Stricte et sévère, même pour un Prussien, il ne se confiait à personne, ce qui ne l’empêchait pas d’être un des favoris à la cour du Kaiser. Peut-être plus que tout autre général allemand, il était capable de discerner, au-delà des événements immédiats, la perspective à long terme du conflit. Il n’envisageait pas avec optimisme les chances de l’Allemagne.

A la Noël 1915, il présenta au Kaiser la meilleure stratégie selon lui pour que l’Allemagne remporte la victoire. D’après ses arguments : la France était « à bout de résistance ». La Russie ne valait guère mieux : « Ses forces offensives ont été écrasées au point qu’elle ne pourra jamais remettre sur pied quoi que ce soit qui ressemble à son ancienne puissance… Même si nous ne devons pas nous attendre à une révolution dans la grande tradition, nous sommes en droit de penser que les problèmes internes à la Russie la forceront à se rendre dans un délai assez bref. Mais une avancée sur le front oriental ne nous mènerait à rien ».

Poursuivant son raisonnement, il affirmait que le véritable danger venait de la Grande-Bretagne. Et s’il hésitait à attaquer un ennemi fort, il jugeait cependant indispensable de passer très vite à l’attaque, avant que l’Allemagne ne soit submergée par le blocus naval mis en place par la Grande-Bretagne et par les ressources humaines et matérielles des Alliés. Dans ce contexte, Falkenhayn se prononçait en faveur d’une offensive, l’une des rares que déclencherait le Reich pendant cette guerre : « Il ne reste que la France. Derrière le secteur français du front occidental, il existe, à notre portée, des objectifs pour la défense desquels l’état-major français sera obligé d’employer jusqu’à son dernier homme. Dans ce cas, les forces françaises seront saignées à blanc ! ».

Pourquoi Verdun ?

Verdun représentait quatre atouts majeurs pour les troupes du Reich : premièrement, c’était une ville proche de la ligne de front, en Lorraine. Le sentiment pro-français y était très fort. C’est à Verdun qu’eut lieu le partage de l’empire de Charlemagne, établissant les futures zones franques et germaniques. Une attaque sur Verdun entrainerait des régiments entiers à défendre ce symbole. Donc, aisés à pilonner par l’artillerie allemande car les unités d’attaques et de réserve étaient proches, a contrario des Flandres ou de la Picardie.

Deuxième point : Verdun représentait un nœud ferroviaire et un bassin industriel avec des usines de fabrication d’obus. Troisième élément : Verdun formait une sorte de saillant, entourés de positions allemandes et le terrain, mouvementé et séparé par la Meuse, ne se prêtant pas à une défense facile. Enfin, le Reich savait que le GQG (Grand Quartier Général) du général Joffre cherchait, lui, à faire la différence sur la Picardie. Et qu’il n’hésitait pas à retirer çà et là des batteries de canons pour les placer sur le front de la Somme. Le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, avait mis en garde le généralissime français : « Toute rupture du fait de l’ennemi dans ces conditions engagerait non seulement votre responsabilité, mais celle du gouvernement ».

Le 21 février 1916 au matin.

Le haut commandement français fut pris par surprise lorsqu’une offensive allemande massive fut lancée sur un front de 13 kilomètres le 21 février. On n’avait jamais rien vu de pareil. Le premier jour, un million d’obus avaient déjà été tirés.

Le bombardement le plus intense fut dirigé contre une position défensive clé en première ligne, qui devint zone de mort, le bois des Caures, sous le commandement du lieutenant-colonel Emile Driant. En temps de paix, cet officier de réserve était député d’une circonscription proche de Verdun. C’était aussi un écrivain militaire. Ironie du sort, huit ans auparavant, il avait écrit sous le pseudonyme « Danrit » un roman pour enfants où il décrivait sa mort sur un champ de bataille. Pendant la guerre, il avait été presque le seul à élever la voix pour prévenir de la concentration de matériels militaires allemands ; et personne n’avait tenu compte de ses remarques…

Après deux jours de bombardements, notamment aux gaz toxiques, les troupes allemandes mirent les lignes françaises à l’épreuve d’une arme nouvelle : le lance-flammes. Les rares survivants français émergèrent de leurs trous pour s’apercevoir qu’il ne restait plus de la forêt qui les avait entourés que quelques rares fagots et souches d’arbres. Les hommes de Driant résistèrent une journée, dirigeant le feu de moins en moins nourri de leurs mitrailleuses contre les Allemands qui ne cessaient d’avancer. Driant, qui dès la fin de la première journée de bombardements avait demandé à un prêtre de l’aider à « faire sa paix avec Dieu », prit le commandement du 59e bataillon d’infanterie légère et réussit à renforcer quelque unités qui tenaient toujours dans le bois des Caures. Le 22 février, vers 16 heures, il fut touché à la tête. Il s’écria « mon Dieu » et mourut, rejoignant ainsi la liste sans cesse plus longue des héros de légende français.

Le 24 février, la 37e division d’Afrique, formée de Marocains et d’Algériens jouissant d’une belle réputation de combattants, fut lancée dans la bataille. Le lendemain, les Allemands attaquèrent le fort de Douaumont. Cette gigantesque forteresse polygonale était l’élément clé de la ligne de défense française, mais n’abritait inexplicablement qu’une équipe de canonniers squelettique. Douaumont fut pris sans presque livrer bataille et sa capture suscita d’importantes célébrations en Allemagne.

L’enfer de Dante.

Ayant désespérément besoin de chefs, Joffre se tourna vers un commandant pour lequel il n’éprouvait aucune sympathie : Henri Philippe Pétain.

Lorsque Pétain arriva à Verdun il eut l’impression « d’entrer dans un asile de fous ! Tout le monde parlait et gesticulait en même temps ! » Agé de 60 ans, proche de la retraite au début de la guerre, Pétain se faisait un avocat loquace de la puissance de feu : « Le canon conquiert, l’infanterie occupe ! ». En cela, il s’opposait à de nombreux chefs de l’armée française. Mais c’est bien grâce à son insistance sur l’importance de coordonner le feu d’artillerie que Verdun resta aux mains des Français.

A la fin de février, l’offensive allemande s’enlisa pour une raison simple : malgré la taille stupéfiante des obus et des canons, le bombardement restait toujours en deçà de ce qu’aurait nécessité l’entreprise. Falkenhayn cherchait à continuer à aller de l’avant. Le 1er avril le Kaiser proclama publiquement que la guerre se terminerait à Verdun. Mais si l’artillerie allemande avait créé une zone de mort dans le périmètre bombardé, le terrain à l’extérieur grouillait d’artilleurs français. Et lorsque l’infanterie allemande avançait pour occuper le terrain dévasté par les obus de son armée, elle était cueillie par un féroce contre-feu. Ce fut la raison pour laquelle l’offensive se solda aussi par un bain de sang pour l’armée allemande.

Très vite, le secteur situé au nord de la ville devint un lieu de désolation. Un pilote qui le survola eut l’expression suivante : « je pénètre dans l’enfer de Dante ».

Le printemps venu, les combats semblaient avoir acquis une vie propre, peu soucieuse de stratégie favorable à un camp ou un autre. Il est difficile d’imaginer qu’une bataille puisse provoquer à elle seule un nombre total de victimes (morts et blessés) de près d’un million de soldats. Et il n’est pas moins difficile de concevoir comment les Français, qui subirent la moitié de ces pertes, résistèrent à ces bombardements jour après jour. Tout au long de la bataille, une quarantaine de millions d’obus d’artillerie furent tirés par les deux armées – soit près de 200 par soldat tué.

Une victoire à la Pyrrhus.

Bien avant la fin des combats, Verdun était déjà devenu une légende en France. En tant que lieu où s’exprima un courage impossible à imaginer, Verdun est unique. Mais en termes militaires, lorsqu’au bout de dix mois, la ligne de février 1916 fut rétablie, qu’y avait-on gagné ? Pour l’Allemagne, Verdun représente un échec. Falkenhayn avait certes saigné à blanc l’armée française, mais il n’avait pas pu éviter d’entraîner ses propres forces dans un enfer où l’Allemagne sortait au moins aussi affaiblie, sinon plus, que le France. Il fut remplacé en août 1916 au haut commandement par le maréchal Hindenburg, qui dirigea l’armée conjointement avec son premier quartier-maître général, Erich Ludendorff.

Pour la France, Verdun représente au mieux une victoire à la Pyrrhus. La ville, avec tout ce que cela représentait pour la France, avait tenu bon, mais les trois quarts de l’armée française avaient été envoyées à l’abattoir. La France poursuivrait le combat, mais, jusqu’à la fin de 1916, le poids de la contribution alliée au front occidental allait reposer sur les Britanniques, sur leur empire et sur les armées de civils qu’ils enverraient à la guerre.

Sources :

Ce texte a été repris pour parties de l’ouvrage de Jay Winter et Blaine Baggett.

  • 14-18, le grand bouleversement, Jay Winter & Blaine Baggett, Presses de la Cité, 1996.
  • Pétain, Marc Ferro, Fayard, 1987.
  • Foch, Jean Autin, Perrin, 1987 et 1998.
  • Les Poilus, Pierre Miquel, Plon, 2000.
  • 14-18 Mille Images Inédites, Pierre Miquel, Chêne, 1995.
  • Paroles de Poilus, collectif, Taillandier Historia, 1998.
  • L’album de la Grande guerre, Jean-Pierre Verney et Jérôme Pecnard, Les Arènes, 2004.
  • 1916 – Verdun et la Somme, Julina Thompson, Gründ, 2006.
  • Les clichés proviennent des archives de l’ECPAD.
Copyright ECPAD.

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Publié le 11 Novembre 2015

La lettre.

« Bien chers parents,

La lettre que je vous écris est une lettre d’adieu et lorsqu’elle vous parviendra, je serai probablement tombé sous les balles de l’ennemi. Mais qu’importe, ne pleurez pas, ma mort sera bien peu de chose si elle peut contribuer à la victoire de mon pays. Mon seul regret aura été de mourir sans avoir pu jouir du beau spectacle de son triomphe.

Vous achèterez une petite couronne ou un rameau de laurier que vous mettrez sur la tombe de mon frère et vous lui direz un dernier adieu pour moi.

Embrassez-bien mes sœurs, frères et beaux-frères s’ils reviennent sains et saufs. Dites-leur que si ma vie a été courte, mon rôle aura été suffisamment rempli, car j’aurai disparu au champ d’honneur sous les plis du drapeau, en faisant mon devoir de Français.

Chers parents, j’écris cette lettre avant de partir au feu, demain, nous arriverons sur le champ de bataille. Et, avant d’y aller, j’ai voulu vous faire mes adieux ; pour le moment, je suis en parfaite santé et désire qu’il en soit de même pour vous tous.

Je vous embrasse bien tous.

Marcellin. »

Extrait de la revue du Souvenir Français – Octobre 2015 – Lettre écrite par Marcellin Porteix, tombé au champ d’honneur à Lankhof (Belgique), le 24 décembre 1914.

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Publié le 9 Novembre 2014

 

104 RI

 

Voici les gars du 104 !

 

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 

 

Septembre 1914 :

 

 

Lundi 14 septembre 1914 : dès 6h du matin, nous nous mettons en route sous une pluie battante. Tout le long, nous rencontrons des blessés et des morts français et allemands.

 

Nous poursuivons par Tracy-le-Mont, Tracy-le-Val, Bailly, Ribecourt. Dans tous ces pays, nous sommes bien reçus, on nous donne du vin, du cidre, du pain, des confitures, du café. Spécialement, par une bonne sœur à Tracy-le-Mont, nous avons du café, des pommes cuites, du pain, de l’eau de vie… Vers 10h, près de Bailly, nous faisons une grande halte, nous touchons les distributions et faisons cuire de la viande et buvons du café. Nous traversons l’Oise à Bailly sur un pont suspendu qui n’a pas été détruit par les Allemands parce qu’ils n’en ont pas eu le temps. Nous n’allons pas jusqu’à Ribecourt, nous redoublons à Bailly où vers 3h30 nous venons nous installer en tirailleurs. Nous voyons deux hussards allemands qu’une patrouille vient de faire prisonnier.

 

Nous allons alors prendre position en tirailleurs pour garder un petit pont. Nous y restons jusqu’à la nuit, les cuisines nous y apportent la soupe et du riz. Nous y restons jusqu’à 3h, puis l’on vient nous rechercher, nous regagnons le bourg de Bailly et nous allons cantonner dans une maison inhabitée. Nous sommes assez bien installés et nous dormons bien. Dans Bailly, se trouvent quelques évacués de Verdun.

 

Mardi 15 : réveil dès 4h30 et départ dès les 5h environ. Nous repassons le pont suspendu de Bailly et venons prendre les positions que nous avons occupées la veille sur la route de Ribecourt. Nous faisons du café. Nous passons une partie de la matinée à cet endroit où nous touchons les distributions. Puis, vers 1h, nous nous remettons en route pour Bailly.

 

Nous dépassons cette localité, nous reprenons la direction de Tracy-le-Val, mais avant d’arriver là, nous prenons à droite dans la direction de Mampcel. Vers 3h, nous nous arrêtons. Nous entendons le canon tonner avec intensité. Il parait que nous avons un ordre de cerner une armée allemande.

 

Je goûte du pain allemand qu’un camarade a trouvé la veille. Ce pain est plus noir que le nôtre, il doit être fait de seigle et a un goût sûr. Nous restons jusqu’au soir en réserve au bord de la route. La pluie se met à tomber, et l’on se met à l’abri au bord du bois. Le soir, nous nous mettons en marche en avant. Puis après 1 km, l’ordre est donné de se replier et d’aller cantonner à Tracy-le-Val. Il est environ 9h, quand nous pouvons nous installer. Pour ma part, je le suis très mal. Il me faudrait dormir assis sur un sac de grains. Aussi, je quitte ma section pour aller avec un camarade d’une autre section qui m’offre une place. Je suis alors assez bien et je me repose, couché dans un grenier par terre. La nuit, il tombe de l’eau.

 

Mercredi 16 : réveil dès 4h et le départ doit avoir lieu à 4h30. Mais il est retardé d’un bon moment et l’on part faire le café. Le temps est pluvieux. Nous reprenons la route suivie la veille et nous stationnons un moment dans un champ pendant qu’on entend les canons et les mitrailleuses. Les Allemands tirent à la même place pour permettre à leur troupe de s’embarquer. Au bout d’une heure, nous quittons cet emplacement pour en occuper un plus avant dans un bois.

 

Vers 11h, nous quittons le bois et nous dirigeons par la route de Carlepont. Nous prenons position dans un champ à la lisière d’un bois occupé par l’ennemi. Nous installons des tranchées et nous mettons à l’abri derrière. Toute la journée, le canon tonne des deux côtés ainsi que la fusillade. C’est surtout dans le bois que la lutte est vive. Plusieurs régiments d’infanterie sont engagés, entre autres le 104e qui ce jour devait être en réserve de division. Notre compagnie étant en réserve de régiment, nous n’avons pas donné, mais étions en position avec ordre de résister à outrance pour permettre à deux brigades d’infanterie de prendre l’ennemi du côté de Bailly. Nous restons dans nos tranchées assez tard dans la soirée puis nous nous replions pour venir cantonner à Tracy-le-Val dans nos emplacements de la veille. Les voitures de distributions étant parties, notre compagnie ne touche aucun vivre. Le soir, nous faisons un peu de riz et du café. Il est environ 11h quand nous nous couchons.

 

Jeudi 17 : le réveil a lieu vers 4h30. Nous préparons le café, puis nous restons à attendre à notre cantonnement.

 

½ heure plus tard, nous quittons Tracy pour aller occuper un village dans la direction de Manpcel. Nous nous installons là, comme soutien d’artillerie. Comme nous n’avons touché aucun vivre, nous faisons cuire des pommes de terre à l’eau. La pluie se met à tomber vers les 11h30 et dure toute la journée. Nous sommes traversés et rien à manger. Un camarade et moi, vers les 6h, refaisons cuire une gamelle de pommes de terre. A la nuit, nous reprenons la direction de notre cantonnement de Tracy-le-Val. Les routes déformées par les voitures et les canons, sont couvertes de boue, on en a jusqu’au dessus de la cheville. Il est difficile à la nuit, de marcher dans ces chemins étroits et boueux. Enfin, vers 9h, nous arrivons. Nous faisons les distributions, mais interdiction de faire du feu. On se couche vers 10 heures.

 

Vendredi 18 : réveil dès 3h30 pour préparer la cuisine. Nous faisons un peu de soupe avec la moitié de la viande, et le reste en beefsteak. Nous mangeons la soupe à la hâte.

 

Vers 4h30, nous partons après avoir distribué la viande. Nous retournons à notre place de la veille. Mais à peine un quart d’heure après nous nous remettons en marche à travers bois. En chemin, nous croisons la brigade marocaine (chameaux, zouaves, sénégalais…). Là, nous faisons une petite halte, nous entendons le canon et la fusillade.

 

Nous quittons ce lieu pour revenir par Tracy-le-Val puis Tracy-la-Mure. Nous nous arrêtons à peu de distance du pays, dans un champ de courses. Là, nous préparons des pommes de terre et du café, nous touchons les distributions, y compris du vin. Des lettres nous sont distribuées, et nous en adressons d’autres. Vers 6h30, nous partons. Nous repassons par Breuil-sur-Aisne, Cuise-la-Motte et allons à Compiègne en traversant la forêt sous une pluie battante. Nous arrivons à 2h de Compiègne où nous attendons le cantonnement sous la pluie. En route, à la dernière pause, le capitaine commandant le bataillon me frappe parce que je réclame la pause étant malade et fatigué. Enfin, vers 3h, nous logeons tout le bataillon dans le manège de la Caserne de Cavalerie. Nous dormons dans la soirée avec peu de paille. Nous sommes traversés, entièrement.

 

 bataille aisne tranchee

 

Dans les tranchées de l’Aisne.

 

Samedi 19 : dès 4h30, nous sommes réveillés. Il faut repartir. Nous traversons l’Oise sur un pont de bateaux puis nous traversons la ville et nous dirigeons par Bouegy. Là, nous restons une demi-heure et profitons pour acheter eau-de-vie, vin. Une brave femme nous donne des pommes, des noix.

 

Nous continuons encore 4h et allons nous installer à garder une ferme de la commune d’Antheuil. Il est environ 10h. Nous nous installons dehors. Nous allons faire des tranchées dans un champ de betteraves. Puis, nous préparons du café, faisons cuire des pommes de terre. Moi, je fais une compote de poires et le soir une compote de pommes. Je ne suis pas dans un meilleur état de santé, surtout du côté du ventre et de l’estomac. Le soir, nous allons nous coucher dans un grenier dépendant de la ferme, où nous passons une assez bonne nuit. Malgré tout, on a un peu froid. Vers 6h, nous touchons les distributions réglementaires. La journée se passe sans pluie, mais avec du vent. On se chauffe, et on se sèche autour des feux.

 

Dimanche 20 septembre 1914 : réveil dès 4h30. La pluie s’est remise à tomber dès le matin. Nous préparons le café. Nous touchons de l’eau-de-vie. Puis nous restons dans nos cantonnements. Je me lave, je ne l’avais pas fait depuis le séjour de Gagny.

 

Nous mangeons du rata. A 10h, nous partons et stationnons dans un champ pour protéger le passage d’une division. A 1h30, nous nous mettons en marche et venons cantonner à Gournay où nous nous installons vers 3h30. Nous trouvons à acheter peu de choses, car tout a été pris par les Allemands, et les troupes qui ont passé. J’achète du miel, du vin, de l’anisette, des grillades de lard, du cresson. Nous touchons notre prêt. Le soir, nous nous couchons d’assez bonne heure et reposons bien dans une sorte de remise garnie de gerbes.

 

Lundi 21 : réveil dès 4h. Mais on ne se lève guère que vers 5h, heure du rassemblement. La compagnie réunie, nous attendons le départ qui doit avoir lieu après 6h. Je bois un doigt d’eau-de-vie. J’ai acheté des pruneaux et une sorte de cache-nez. Je me fais cuire à la boucherie, une grillade de mouton que je mange avec plaisir. Je trouve Gauthier qui me prend une lettre, nous trinquons ensemble avec de la crène de noyau et de la prunelle. Avant, je bois du cassis et de la cerise.

 

Nous quittons Gournay vers 9h moins le quart. Nous prenons la direction de Rennes puis La Neuville. Là, nous stationnons jusqu’à la nuit, nous faisons la distribution. Puis nous allons cantonner à Roye. Nous couchons dans un grenier sans beaucoup de paille, je me fais un lit de vieux chiffons. Toute la nuit, on entend le canon et la fusillade.

 

Mardi 22 septembre 1914 : réveil dès 4h. Puis rassemblement. Nous prenons le café. Nous profitons que le départ n’a pas lieu immédiatement pour faire cuire des beefsteaks. Le départ a lieu à 7h. Nous allons sans doute nous engager dans une bataille…

 

Nous passons par Canny-sur-Matz. A quelques centaines de mètres de ce pays, près du pays de Fresnières, nous nous installons dans un champ de betteraves. Nous restons couchés là, étant soutien d’artillerie.

 

 

* * *

 

 

Madame Keraudren : « Avec cette dernière ligne du 22 septembre 1914, s’achève la rédaction du petit carnet de bord de mon grand-père, relatant, jour après jour, d’une écriture fine, sans faute d’orthographe, au crayon, avec des mots presque effacés (après de si longues années) et difficiles à déchiffrer, le déroulement des faits importants.

 

J’ai recopié mot à mot, scrupuleusement, respectant même la présentation, ce précieux document.

 

Au cours de cette bataille annoncée le 22, il a été blessé à Conchy-les-Pots, à proximité de Canny-sur-Matz, d’un éclat d’obus au haut de la cuisse, c’est-à-dire dans l’aine, ainsi que me l’a appris ma grand-mère et non en Belgique comme la Déclaration au Journal Officiel  du 18 mai 1922 le stipule pour l’attribution de la Médaille militaire qui a été décernée au caporal Chaulin.

 

Il a été transporté dans des wagons à bestiaux, à la suite de cette blessure à l’hôpital maritime de Brest. Dans le compte rendu si méticuleux  de sa correspondance, on note le 24 septembre une lettre écrite d’Aubervilliers, le 25 une lettre écrite de Rennes, et la dernière sans précision de lieu, rédigée le samedi 26…

 

Ma grand-mère, avertie, s’est rendue de Saint-Fraimbault-sur-Pisse, dans l’Orne, où ils étaient tous les deux instituteurs, à Brest où à son arrivée, on lui a appris que son mari était décédé le 29. La gangrène avait envahie sa plaie au cours de ce si long transport, et causé sa mort. Le 19 septembre, il signalait dans son carnet son mauvais état de santé… sa résistance devait être bien amoindrie.

 

On a remis à ma grand-mère, un petit porte-monnaie contenant un petit éléphant porte bonheur en ivoire et un petit couteau, que je conserve précieusement ; ainsi que toute la correspondance qu’elle lui avait adressée au cours de ces deux mois. Avant de quitter pour toujours son mari, ma grand-mère lui a coupé une épaisse mèche de cheveux, contenue dans une enveloppe, que je possède également.

 

Celle-ci a jugé bon de faire enterrer son époux dans le petit cimetière de Saint-Martin-des-Landes, dans l’Orne dont étaient originaires les parents de mon grand-père, eux-mêmes enterrés à cet endroit et disparus à cette époque. Je précise que le nom de mon grand-père figure sur la petite colonne érigée dans le cimetière et où sont inscrits les noms des soldats morts pour la France.

 

Il existe, à ma grande surprise, un fil symbolique qui me relie à mon grand-père. Mes parents ont habité Verdun, je suis née à Troyes, et dans ce petit carnet ce nom est souligné, par quel hasard ? J’ai habité Noisy-le-Sec, où mon père, du nom de Guillaume (Eugène avait un camarade du même nom à la 11e escouade) a été chef de district à la SNCF de Pantin. Il a terminé sa carrière à la gare de l’est, et nous avons habité le 10e arrondissement depuis l’année 1953. A Bobigny, ma grand-mère était propriétaire d’un pavillon dont elle avait hérité. Mon grand-père avait fait son service militaire à La Tour-Maubourg comme caporal secrétaire. Je demeure à Châtillon. Mon grand-père est passé dans tous ces endroits…

 

Ma grand-mère n’a pas eu d’autres enfants. Elle a terminé sa carrière à Châlons-sur-Marne comme directrice d’école maternelle, et où elle a connu la Seconde Guerre mondiale. Elle avait remis à sa fille, les précieux souvenirs de ce père disparu à l’âge de 24 ans. Ma grand-mère est décédée le 14 mars 1980. J’ai retrouvé ces documents et témoignages à la mort de ma mère (qui a eu trois enfants) le 31 décembre 1996 dans ses papiers personnels.

 

Mais je n’ai jamais eu connaissance des lettres écrites par mon grand-père. Que sont-elles devenues ? »

 

 

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