Publié le 21 Avril 2019

Le cimetière militaire français de Venafro en Italie.

D’une surface de 76.000 m², les deux nécropoles ont recueilli 6.055 corps (4.345 à Venafro et 1.710 à Rome) inhumés en tombes individuelles et collectives. Les sépultures sont ornées de stèles musulmanes, de croix chrétiennes, de stèles juives et animistes, selon la religion de chaque mort pour la France.

 

Venafro était le lieu du P.C. du C.E.F. (Corps Expéditionnaire Français – dont l’association s’est dissoute et a été reprise par le Souvenir Français) au moment des combats. Le cimetière de Venafro regroupe aujourd’hui les soldats morts au Belvédère (pendant la bataille du Monte Cassino) et dans les hôpitaux de Naples (soit 4.922 sépultures). Le cimetière de Venafro abrite un carré chrétien et un carré musulman.

 

Ces cimetières militaires ont eux-mêmes leur histoire. A la fin des combats en 1944, on comptait 55 petits cimetières militaires français et les militaires procédaient à la hâte aux inhumations à proximité des lieux des combats. On dénombrait ainsi plus de 2.000 tombes isolées dans les Abbruzes, le long du Garigliano, dans le Latium et au-delà de Rome, vers Sienne, les rives de l’Arno, ainsi qu’à l’Ile d’Elbe.

 

Après la guerre, la France décide de créer trois nécropoles. Les travaux sont effectués sous l’égide du commandement militaire français en Italie du général Louchet, puis du général Le Coulteux. Le service de l’état civil et des sépultures de guerre du commandant Morlot et le service des travaux du génie sont réunis en une direction des travaux de cimetières dirigée par le commandant Ruze.

 

L’Etat, en outre, a financé le rapatriement des corps en France aux familles qui en ont fait la demande, ce qui explique le nombre important de tombes in memoriam. Les exhumations des corps commencent en octobre 1944 et des ré-inhumations sont effectuées à Miano près de Naples. Le cimetière de Miano est aménagé et terminé dès novembre 1945. Les travaux concernant Venafro commencent en 1945, ceux de Rome, en 1947. Le maréchal Juin inaugure Miano et Venafro les 1er et 2 novembre 1946. A Rome, il pose la première pierre d’un monument commémoratif le 5 décembre 1946 que le sculpteur Fenaux termine en 1948. Les opérations d’exhumations et de rapatriement des corps prendront quant à elles plusieurs années.

 

Terminées, les trois nécropoles regroupaient 7.037 sépultures dont 4.600 musulmanes, ce qui témoigne de l’implication des anciennes colonies de la France. A Miano, fut érigée une kouba comportant trois soldats inconnus nords-africains (un algérien, un marocain et un tunisien). A Venafro, un minaret fut érigé. Les trois cimetières comportaient chacun trois chapelles chrétiennes.

 

La dégradation de l’environnement du cimetière de Miano impose sa désaffection en 1991 et la translation des tombes fut effectuée vers Venafro : 1.719 tombes (dont 485 in memoriam) constituée de 849 musulmans, 344 chrétiens, 22 israélites et 19 animistes. En juin 1992, le cimetière de Venafro est rénové. Une place d’armes est créée. Deux murs du souvenir sont érigés sur lesquels sont gravés le nom des militaires dont les corps furent restitués.

 

Le ministre des anciens combattants et victimes de guerre, assisté par les consulats généraux de Rome et Naples, assure la pérennité des deux nécropoles où les Morts pour la France reposent en sépulture perpétuelle. Le cimetière de Venafro est un lieu de commémoration habituel des faits d’armes du C.E.F. Venafro est une concession à perpétuité accordée à l’Etat français par l’Italie.

 

 

 

 

Sources.

 

 

Le cimetière militaire français de Venafro en Italie.

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Publié le 7 Avril 2019

Les Serbes de Thiais.

L’amitié franco-serbe.

Feu notre ami Alexander Tesich, qui était d’origine serbe, et qui longtemps présida le « post » isséen de l’association américaine Veterans of Foreign Wars (VFW) parlait régulièrement de l’amitié franco-serbe et de la présence de centaines de tombes de soldats serbes dans le cimetière de Thiais.

« Cette amitié n’est pas née d’hier » disait-il. Elle a toujours existé. Et il avait raison. Dès le 11e siècle, lors de la première Croisade, entre 1096 et 1099, les croisés traversent la Serbie, et leur chef, Raymond de Toulouse, rend une visite d’amitié au roi Bodin. Les chroniqueurs dépeignent alors une rencontre pleine d’amitié. Il en est de même un siècle plus tard, quand Louis VII traverse à son tour la Serbie. Au 13e siècle, la princesse Hélène d’Anjou épouse le roi Ouroch 1er ; ensuite, c’est au tour de Charles de Valois, frère du roi Philippe IV, dit le Bel, de conclure une alliance avec le roi serbe Miloutine Némanide. Et il en sera ainsi pendant des siècles.

Si cette amitié est mise entre parenthèses pendant la période ottomane (la Serbie est un vassal de l’Empire ottoman du 15e à la seconde moitié du 19e siècle), elle renait dès l’indépendance nouvelle de cet Etat. Le nouveau roi, Pierre 1er, est francophile et Saint-Cyrien. Il s’est engagé dans la Légion étrangère pour défendre la France face à la Prusse en 1870. Dès son accession, Pierre 1er replace la France au rang de ses premiers alliés.

 

La Triple Entente.

La Triple Entente est l’alliance militaire de la France, du Royaume-Uni et de la Russie impériale. Ces alliés s’opposent à ceux de la Triple Alliance, bientôt appelée la Triplice, à savoir : l’Allemagne, l’Empire d’Autriche-Hongrie et l’Italie.

La Triple Entente est le résultat d’une convention militaire entre la France et la Russie signée en 1892, puis de l’Entente cordiale, signée entre la France et le Royaume-Uni en 1904. Et les jeunes royaumes du Monténégro et de la Serbie sont alliés de la sainte Russie tsariste. Des accords bilatéraux résultent de ces conventions militaires et de ces traités d’amitié.

Le 28 juin 1914, le double assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, par Gavrilo Princip, devient l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale. Les organisateurs de l’attentat sont de jeunes nationalistes serbes de Bosnie et des musulmans bosniaques, qui effectuent leurs études à Belgrade.

 

La guerre des Serbes.

La Serbie entre en guerre. En 1914, elle remporte la première bataille des Alliés face aux Empires Centraux. Mais cette victoire est de courte durée. Moins nombreuse, mal armée et manquant de munitions, l’armée serbe doit se replier dans les montagnes face à la nouvelle offensive autrichienne.

L’année suivante, la France envoie plusieurs missions en Serbie, dont une militaire, l’autre sanitaire. Elles participent à l’effort de guerre.

Au moment où les Serbes retraitent à travers les montagnes enneigées du Monténégro et de l’Albanie, des diplomates, des militaires, des hommes d’affaires, des médecins et des professeurs français les accompagnent. Se portant au secours de son alliée, la France contribue au transport des civils et des militaires de la côte albanaise sur son propre sol et à Corfou. Ainsi, elle participe à la reconstitution de l’armée serbe. Ses écoles et ses universités accueillent environ 4.000 élèves et étudiants serbes qui doivent former la future élite intellectuelle et administrative du pays.

Sur le front de Salonique, l’armée serbe reconstituée et l’armée française d’Orient combattent côte à côte et finissent par libérer la Serbie. La Serbie « martyre » et « vaillante », comme on disait à l’époque, marque les esprits des Français qui ont partagé avec elle les horreurs de la guerre.

L’historien Frédéric Le Moal ajoute : « Le rapprochement entre les deux pays est antérieur à 1914. Mais le conflit a renforcé ce lien. La France s’est rangée du côté des Serbes en raison du jeu des alliances : alliance franco-russe d’une part et alliance russo-serbe de l’autre, mais elle l’a également fait en solidarité avec ce petit pays ami qui était considéré comme victime d’une agression. »

En 1918-1919, la France joue un rôle décisif dans la fondation du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui deviendra la Yougoslavie en 1929. Ainsi, les relations franco-serbes sont inscrites dans la pierre et mémorisées dans la culture immatérielle à Belgrade et partout en Serbie. Des visites régulières sont organisées entre Poilus d’Orient et vétérans serbes du premier conflit mondial.

 

Les rapatriés sanitaires.

La République française n’abandonne jamais ses enfants. Même si elle n’est pas toujours vertueuse – l’adage dit bien que les Etats n’ont pas d’états d’âmes mais que des intérêts – elle a souvent aussi veillé à aider et soigner les soldats de ses alliés. C’est vrai en 1915 avec les soldats russes qui combattent en Champagne : les tombes russes du carré militaire de Vanves sont là pour en témoigner. C’est aussi vrai avec les militaires serbes.

Recueillis sur le front, ces derniers sont acheminés par bateau jusqu’à Marseille. De là, ils sont dispersés dans des hôpitaux militaires – temporaires ou d’active – et les morts sont enterrés dans des carrés. Au cours des années 1930, la République décide de les regrouper à Thiais, ce qui, entre autres, facilite les commémorations.

 

 

Sources :

 

Soldats serbes.

Soldats serbes.

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