Publié le 27 Juin 2009


 

Le Régiment de Marche du Tchad est, depuis 1995, l’une des quatre unités militaires parrainées par la ville d’Issy-les-Moulineaux. Les trois autres étant : le chasseur de mines tripartite « Andromède » (depuis 1985) ; l’escadron d’hélicoptère 3/67 « Parisis » (depuis 1990) et le 2ème Régiment d’infanterie de la Garde républicaine, depuis l’an 2000. Chacune de ses unités fera l’objet d’articles sur notre site.

 

 


Le Serment de Koufra.

 

Le Régiment de Marche du Tchad (RMT), unité d’infanterie mécanisée des Troupes de marine, est un régiment récent. Il est créé en 1943 sur une double base : des militaires issus du Régiment de Tirailleurs sénégalais du Tchad et des métropolitains et européens ralliés en Afrique du Nord à la cause de la France Libre. Intégré à la 2ème Division blindée, commandée par le général Leclerc, le RMT est aussi appelé « Régiment du Serment » pour avoir prononcé – et tenu – le fameux Serment de Koufra le 2 mars 1941 : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Dès lors, les combats commencent : le RMT est en première ligne pour faire face aux troupes de Rommel dans le Fezzan (sud ouest de la Lybie). S’ensuit toute la reconquête du nord de l’Afrique.

 

En août 1944, le RMT est le premier régiment français à entrer dans Paris, avant d’entamer la campagne des Vosges. Le 23 novembre 1944, le serment de Koufra est tenu : la ville de Strasbourg est libérée ! Le 12 juin 1945, le RMT est fait Compagnon de la Libération. D’ailleurs, ce sont près de 70 compagnons de l’illustre ordre qui ont appartenu au régiment. Il convient, par exemple, de citer Charles Colonna d’Istria, Jacques Massu, Louis Dio ou encore François Ingold.

 

 

Guerres de décolonisation

 

En 1946, sous le commandement du lieutenant-colonel Massu et du général Leclerc, le RMT débarque en Indochine et libère Hanoï du Vietminh. Entre 1955 et 1959, pour protéger le royaume du Maroc, le RMT intervient dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre.

 

 

Aujourd’hui

 

En 1996, le régiment reçoit la fourragère de l’Ordre de la Libération des mains du Président de la République. Les participations à des opérations de paix sont nombreuses : Kosovo, Tchad, Afghanistan. Le 19 août 2008, c’est dans ce pays, que le caporal Melam Baouma perd la vie au cours de l’opération de la vallée d’Uzbine.

 

Implanté à Noyon depuis de nombreuses années, le Régiment de Marche du Tchad doit rejoindre d’ici une à deux années ses nouveaux quartiers à Colmar.

 

Sa composition est de quatre compagnies de combat mécanisées, une compagnie d’éclairage et d’appui, une compagnie de commandement et de logistique, une compagnie de base et d’instruction, une compagnie de réservistes. Le régiment est, entre autres, doté des matériels suivants : 69 chars AMX 10P, 2 chars AMX-30, 16 VAB HOT, 11 VAB Rang et de postes de tir de missiles Milan et de missiles Eryx.

 

Parmi ses nombreuses décorations, il convient de citer la Croix de la Libération, la Presidential Unit Citation, la Croix de Guerre 1939-1945, attribuée avec 4 palmes, la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire.
 

Soldats du RMT – Repas de la commémoration du 90ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918.


 

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Publié le 20 Juin 2009

 

Le vendredi 5 juin 2009, la ville d’Issy-les-Moulineaux a honoré le général Jean Combette en lui remettant la médaille de la ville. Il a lui-même remis la médaille du Comité de la Flamme à André Santini, ministre-maire.

 

 

 

Un engagement au service de la France

 

Né le 17 novembre 1925, Jean Combette prend exemple sur son père, mutilé de la Première Guerre mondiale, et s’engage pour défendre la Patrie en 1944. Membre des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), il rejoint ensuite la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny et combat en Allemagne. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est reçu à l’Ecole militaire interarmes de Saint-Cyr-Coëtquidan.

 

A 20 ans, en décembre 1945, nommé sous-lieutenant, il est affecté pour son premier poste à l’Ecole de Saumur. Puis, il est de tous les conflits de décolonisation de la seconde moitié du 20ème siècle : cinq ans en Indochine, où il est l’un des derniers officiers à quitter Hanoi, après même le cessez-le-feu de mai 1954 ; l’Algérie, ou à nouveau pendant près de cinq années il participe à ce que l’on appelle à l’époque « les événements ».

 

Entre 1962 et 1964, il est admis à l’Ecole Supérieure de Guerre. Quatre ans plus tard, direction les Pyrénées, à Tarbes, où il devient le chef de corps du 1er RHP (Régiment de Hussards Parachutistes). Il est ensuite stagiaire du Centre des Hautes Etudes Militaires, et, en 1975, prend la tête du cabinet du général Bigeard, devenu Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense. L’année suivante, il prend le commandement de la 3ème Division blindée en Allemagne puis est nommé en 1980 général de division (général de corps d’armée un an plus tard).

 

En 1986, détaché auprès du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre, il œuvre pour le rapatriement des corps des militaires français tués pendant la Guerre d’Indochine. A ce titre, et du fait de l’ensemble des actions entreprises, il est également l’un des initiateurs de la nécropole de Fréjus érigée à la mémoire des combattants d’Indochine.

 

Parmi ses nombreuses décorations, il convient de citer : la croix de guerre 1939-1945, celle des T.O.E., la valeur militaire, avec dix citations, dont cinq à l’ordre de l’armée. Enfin, le général Jean Combette est grand croix de la Légion d’honneur et grand croix de l’Ordre national du Mérite. 

 

Le Comité de la Flamme

 

Le Comité de la Flamme, que l’on nomme également l’Union d’associations « La Flamme sous l’Arc de Triomphe » a été fondé le 2 novembre 1923, et reconnu d’utilité publique le 10 novembre 1949. Cette union fédère 760 associations d’anciens combattants et victimes de guerre et a pour but de faire raviver (rallumer signifierait que l’on éteint la flamme alors qu’elle doit brûler perpétuellement), quotidiennement, au crépuscule, la Flamme sur la tombe du Soldat inconnu. Par là-même, ce rituel honore la mémoire de l’ensemble des soldats et combattants français, morts au champ d’honneur.

 

 

« Servir mon pays »

 

En février 2007, présent à l’assemblée générale de la Délégation de Suisse de l’Observatoire Citoyen de Défense et de Protection civile, membre associé de l’Union des Sociétés françaises de Genève, le général Combette avait répondu ceci à une question de Philippe Abplanalp, secrétaire de l’Union : « On m’a demandé (ndlr : en 1999) si je voulais assumer les fonctions de la Présidence du Comité de la Flamme, alors que j’étais disponible. J’ai pensé que c’était l’occasion de continuer à servir mon pays. La flamme a été allumée pour la première fois le 11 novembre 1923, pour le cinquième anniversaire de l’armistice. Mais la tombe elle-même a été inaugurée le 28 avril 1921. Cette flamme ne s’est jamais éteinte. Elle a toujours brillé sous l’Arc de Triomphe. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, même sous l’Occupation allemande, elle a été ravivée tous les soirs par les anciens combattants. Tous les morts au champ d’honneur pour notre liberté, tous ces soldats inconnus sont représentés par le Soldat inconnu. Et lorsqu’on ravive la flamme, c’est un geste d’espérance qui veut dire : « Plus jamais ça ! »

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Publié le 15 Juin 2009


Le lundi 8 juin 2009, en présence de Monsieur le ministre-maire, André Santini, des représentants des associations d'anciens combattants, et de vétérans, dont Monsieur Giacomo Signoroni, ci-dessus, un hommage a été rendu à tous les isséens qui ont fait le sacrifice suprême au cours de la Guerre d'Indochine. Isséens, dont voici les noms :
 

BAILLOT Charles
BARTHEL René
BLOT Roger
BORDIER Claude
BORD  Victor
BOURIEZ Gérard
BROUET Nadi
CHAVIGNY DE LA CHEVROTIERE H.
CITE Claude
DUPONT Pierre
EOZENOU Jean
ESTEVE Henri
FLAGEUL Robert
GOURDIN Roland
HULOT Léopold
LAGACHE Jean
LAVARDE Yves
LEBLANC Jean
MAGNAVAL Emile
NONCLERC Maurice
PARRAIN René
PREAUD Roger
PUCCI Pierre
ROUGIER André
SAVARY Robert
VARLET Roger
VERRIER Roger
VERRON Maurice
VIBART Armand
ZINANI Alexandre


Retrouvez les photographies de cette commémoration dans l'album intitulé : "2009-06-08, Indochine".

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Publié le 10 Juin 2009

 

Le jeudi 28 mai 2009, devant le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français, le général Jean-Claude Ichac a présenté deux films de son père, Marcel Ichac

 

"Tempête sur les Alpes"

 

« Je souhaiterais, au travers de deux films de mon père, quelques jours après le 64ème anniversaire de l’armistice du 8 mai 1945, rendre hommage à des combattants souvent oubliés, ces chasseurs alpins qui, pendant l’hiver 44/45, ont redonné à la France ses frontières des Alpes en les arrachant de haute lutte aux « Gebirgsjäger », les chasseurs de montagne allemands, qui les tenaient depuis plus de quatre ans. Un montagnard comme eux les accompagnait, non pas militaire mais civil, non pas porteur d’un quelconque armement mais muni de sa seule camera, Marcel Ichac.

 

Il était né en 1906, avait, dans les années vingt, accompli son service militaire au 153ème Régiment d’Infanterie de Forteresse, à l’époque en occupation en Sarre, et avait en 1939 été mobilisé au S.C.A. : le Service Cinéma des Armées, compte tenu de la quinzaine de films qu’il avait déjà réalisée. Démobilisé, il s’était installé en Haute-Savoie, à Megève, et, quand à partir d’août 1944, à la suite du débarquement de Provence, les vallées des Alpes furent peu à peu libérées, il rejoignit l’un de ses amis et compagnon de cordée, le lieutenant-colonel Alain Le Ray qui, à 34 ans, commandait la 7ème demi-brigade alpine, nouvellement formée, qu’il allait emmener jusqu’aux portes de Turin. Ces images on fait l’objet d’un film intitulé : « Tempête sur les Alpes ».

 

 

"Les Etoiles du Midi"

 

« La paix revenue, Marcel Ichac continua à réaliser des films documentaires de ski, de montagne et d’exploration. Il fut en effet, toujours avec sa camera, aux côtés de Paul-Emile Victor au Groenland, de Maurice Herzog à l’Annapurna, du commandant Jacques-Yves Cousteau en Méditerranée, en mer Rouge ou plus tard au Pérou. Mais c’est en 1959 qu’il put enfin réaliser son grand projet : tourner, en haute montagne, un grand film de fiction avec deux idées directrices. D’une part faire de la montagne non pas un simple décor mais la considérer comme le principal personnage du film, d’autre part ne pas essayer d’apprendre à des comédiens les gestes du grimpeur, mais faire rejouer à des alpinistes des scènes dont ils avaient été les acteurs ou les témoins, non pas en studio mais sur les lieux-mêmes, avec pour conséquence que l’équipe technique de tournage du film, elle aussi, devait être composée de montagnards chevronnés ! Et c’est ainsi que naquirent « Les étoiles de midi ». Mais dans un souci d’authenticité, il voulut aussi montrer que la montagne n’était pas seulement un terrain de jeu pour alpinistes en quête d’exploits sportifs ou d’absolu, mais qu’elle pouvait, aussi, être le théâtre de cette monstruosité inventée par les hommes et qui s’appelle « la guerre ». Mais la guerre peut être aussi le révélateur des plus belles qualités humaines : camaraderie, sens du devoir, héroïsme… Et Marcel Ichac choisit pour illustrer cet aspect d’inclure dans son film l’incroyable aventure du « Prisonnier de la Ronce » : trois alpinistes, en mission de reconnaissance, aperçoivent un soldat ennemi. Lequel semble être un escaladeur chevronné. Le « Gebirgsjäger  n’a pas vu les trois Français, tout occupé à grimper. Peu de temps après, prenant un couloir praticable, l’Allemand tombe sur les Français et se retrouve prisonnier. La reconnaissance des crêtes se poursuit. Entre les quatre soldats une fraternité d’alpiniste se créé. Pour autant, avant de redescendre vers le camp, le « Gebigsjäger » préfère se jeter dans le vide et faire une chute de près de 500 mètres ! Le plus incroyable étant que le jeune Allemand réussit, en dépit de plusieurs blessures, à se relever et s’enfuir. Il n’est pas question pour lui de ne pas rentrer à son campement. Pas question pour lui d’imaginer un seul instant que ses officiers puissent penser qu’il déserte. »

 

 

Une poignée de mains historique.

 

« Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Le film « Les étoiles de midi » rencontra un grand succès à sa sortie dans les salles, tant auprès du public que de la critique, obtenant, entre autres distinctions, le Grand prix du Cinéma Français, ancêtre de nos Césars ! La carrière internationale du film fut elle aussi remarquable au point que, fin 1961, une chaîne de télévision allemande basée à Munich le programma, en « prime time » comme on dit maintenant. Et, peu de temps après, le directeur de la chaîne reçut une lettre d’un téléspectateur bavarois, ancien médecin militaire, lui confirmant d’abord la véracité de l’épisode du « Prisonnier de la Ronce », lui-même ayant servi dans la même unité sanitaire que le Caporal-chef Hörnle, mais surtout lui donnant l’adresse de ce denier qui, toujours vivant, habitait aux environs du lac de Constance. Tout de suite, l’idée germa de faire se rencontrer les anciens adversaires.

 

Mais qui étaient les trois français qui effectuaient en fait ce jour-là ce que l’on appelait dans l’armée une « reconnaissance d’officiers », et qu’étaient-ils devenus ? Le directeur de la chaîne posa la question au réalisateur du film et il eut par retour la réponse qu’il espérait: le plus jeune était le Lieutenant de réserve Jacques Boell qui poursuivait une carrière civile (tout près d’ici, en fait, à Clamart !), après avoir raconté ses souvenirs de guerre dans un livre magnifique, « Eclaireurs-skieurs au combat »,  le deuxième, le capitaine Stéphane, héros des maquis de Belledonne, dans le Dauphiné, était plus tard tombé au champ d’honneur en Indochine. Et le troisième ? Le troisième, c’était leur chef, le Lieutenant-colonel Le Ray, le premier officier à s’être évadé de la fameuse forteresse allemande de Colditz en Saxe, l’un des fondateurs du maquis du Vercors et l’ancien commandant de cette 7ème demi-brigade de chasseurs alpins, à trois bataillons, les glorieux 6ème, 11ème et 15ème B.C.A. Il était toujours en activité et allait bientôt accéder aux étoiles de général. Et qui plus est, il était attaché militaire près notre ambassade en… Allemagne fédérale, à Bonn, près de Cologne !

 

Et c’est donc sans difficulté que la chaîne de télévision, la « Bayerische Rundfunk », put organiser, au cours d’une soirée de gala en février 1962, les retrouvailles des anciens adversaires. Et l’accolade que se donnèrent ce soir-là le futur général Le Ray, qui devait être promu plus tard Grand-croix de la Légion d’honneur, et le Caporal-chef Hörnle, Croix de fer de 1ère classe, valait bien la poignée de main qu’échangeaient, à la même époque, le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer pour sceller, après trois guerres en moins d’un siècle, l’amitié franco-allemande !"

   

 

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Publié le 6 Juin 2009

 

 

Formation.

 

 

 

Roger Derry nait dans le département de l’Orne. Très jeune, il devient un militant de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Au cours de sa formation religieuse, il étudie dans divers établissements dont le Séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux. Prêtre en 1930, il devient directeur du Bon Conseil, après en avoir été un membre actif pendant de nombreuses années.

 

Le Bon Conseil, situé rue Albert de Lapparent à Paris, est un lieu fondé en 1894 par l’abbé Esquerré et qui poursuit aujourd’hui encore ses trois missions initiales : intégration de groupes et de mouvements catholiques tels que des scouts, des guides, des petits chanteurs ; développement personnel et collectif grâce aux activités sportives ; développement culturel des élèves grâce à l’action de l’Association culturelle.

 

 

La résistance.

 

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l’abbé Roger Derry devient aumônier de la 6ème D.I.N.A. et de la 40ème Division d’Infanterie. Croix de Guerre avec palmes, après les combats de la campagne de France, il revient à Paris après l’armistice du 17 juin 1940. Ce jour-là le maréchal Pétain s’exprime à la radio : « Je fais à la France le don de ma personne. (…). C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat ». L’abbé Roger Derry entre alors courageusement en résistance.

 

Son engagement est malheureusement de courte durée. Dénoncé, il est arrêté le 9 octobre 1941. Après moult interrogatoires, dont on peut bien imaginer les circonstances, l’abbé Derry est déporté, condamné à mort à Düsseldorf le 1er septembre 1943 et exécuté avec une grande sauvagerie : il est décapité à Cologne le 15 octobre 1943.

 

 

 

La dernière lettre.

 

(Extrait des archives du Bon Conseil).

 

L’abbé Derry écrit à Monseigneur Chevrot, curé de Saint-François Xavier.

 

« Mon Cher Monsieur le Curé,

Je suis à quelques jours, peut-être à quelques heures de ma mort. Dieu est bien bon qui me donne une grande paix et cette joie de l'esprit dont parle l'auteur de l'Imitation. Il n'y a rien pour la nature : le corps est brisé, le cœur est meurtri, mais l'âme est dans les hauteurs. Je ne cesse de remercier le bon Dieu qui, dans son immense bonté, m'a redonné tant de ferveur. J'aurais pu mourir, sinon dans le péché, du moins dans la tiédeur que la trop grande activité extérieure risquait d'entraîner. Or, la paille des cachots, le jeûne le plus rigoureux, les humiliations et les misères de toutes sortes, la solitude, tout ce que Dieu dans sa Providence a permis pour mon bien, joint à la prière et à l'oraison continuelle, m'ont conduit sur des sommets où il fait beau et bon. Ma vie depuis deux ans n'a été qu'une messe continue et ce sera bientôt après l'immolation du Calvaire, la communion la plus intime et l'action de grâces éternelles. (…).

 

Comme Dieu est bon ! Car ma confiance est plus grande que la crainte que je pourrais concevoir à cause de mes péchés. Je demande cependant vos prières et des messes pour toutes celles que je n'aurai pas dites (c'est surtout cela qui fut ma grosse souffrance et qui est aussi l'objet de mes craintes).

 

Je vous demande pardon de n'avoir pas été ce que j'aurais dû être, comme je demande pardon à tous ceux à qui involontairement j'aurais pu faire de la peine ou causer quelque tort. Je n'ai toujours voulu que le bien : si je me suis trompé dans les moyens, je me rattraperai bientôt en me donnant pour tous.

 

Quels regrets de ne pouvoir plus me livrer à l'apostolat, et de savoir que ma vie est terminée ici-bas. Le bon Dieu l'avait-il marquée si courte ? Mes responsabilités ne sont-elles pas très grandes d'avoir réduit ma vie qu'il voulait pour lui seul plus longue ? ... Mais je dépasse et j'abandonne ces craintes pour me jeter le plus complètement possible en Dieu.

 

J'offre ma vie pour toutes les grandes causes que j'aurais voulu mieux servir, pour Dieu, pour l'Église, pour la France, pour ma chère paroisse Saint François-Xavier, où je suis si souvent par la pensée, pour mon cher Bon-Conseil, pour tous ceux que j'aime.

 

Puisse ma mort être ma messe la mieux célébrée, la plus généreusement et la plus joyeusement offerte. Je vais bientôt, Cher Monsieur le Curé, voir Celui que, malgré tout, j'ai tant aimé. Je vais enfin l'aimer comme j'aurais voulu l'aimer toute ma vie, et j'espère, de là-haut, faire plus de bien que je n'en ai fait ici-bas ...

 

J'aurais encore tant de choses à vous dire. Mon cœur est plein à déborder et je suis obligé de terminer. (Si vous saviez dans quelles conditions je griffonne ce mot !... les bottes !...) Je pense à tous, je n'oublie personne. Je prie pour tous. J'ai tant aimé ! Mais il me semble que j'aime bien mieux encore et bientôt, de là-haut, comme je vous aiderai !

 

Comme Dieu est bon de me faire finir sur la paille d'un cachot, dans le dénuement le plus absolu, mais que j'aime, dans l'extrême pauvreté et l'obéissance. Comme la prière et l'oraison sont faciles. Mon bréviaire que j'ai pu dire presque toujours a été ma grande consolation, ma nourriture quotidienne avec l'Imitation de Jésus-Christ. Je n'avais jamais autant goûté les Psaumes.

 

Je demande encore pardon à tous ceux que j'aurai pu contrister. Priez beaucoup pour moi ! Demandez à mes chers confrères la charité de messes. Et puis, à bientôt, au ciel !... où je suis déjà par la pensée et le désir. Je me permets de vous embrasser très filialement. Je vous redis toute mon affection et puis devinez tout ce que je ne dis pas mais dont mon cœur est plein.

 

Dieu soit béni et vive la France !

 

ROGER

Le 2 Septembre 1943 »

 

 

 

 

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Publié le 1 Juin 2009

 

Christian Poujols, président de la section d’Issy-les-Moulineaux de l’Union Nationale des Combattants, a participé à la guerre d’Algérie en tant que parachutiste au sein de la 10ème Division parachutiste. Sur le terrain d’aviation « La Cigogne », près de Blida, il a assisté à une aventure incroyable.

 

 

 

 

« C’était le 23 septembre 1958. J’étais en Algérie depuis quelque temps déjà. Dans les régiments de parachutistes, il y a plusieurs catégories de sauts : des sauts de jour, de nuit, avec ou sans armes… Et puis, chaque année nous avions des sauts d’entretien.

 

L’avion de l’époque était le Nord Atlas 2501. C’était un avion à tout faire : il pouvait aussi bien prendre des passagers civils que militaires ; des marchandises ou des équipements pour l’armée. Une de ses particularités consistait en l’ouverture du fuselage à l’arrière. Cela offrait une possibilité multiple de largages, au même titre que ses transports. Je crois qu’il avait été surtout construit sous licence par la SNECMA (à l’origine, c’était une conception de la Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord ou SNCAN).

 

Alors voilà. L’avion décolle de La Cigogne, son chargement et le largueur à bord. Un gars du 1er REP (Régiment Etranger de Parachutistes).  Le largage devait se faire sur la zone de saut du terrain d’entraînement. Cela faisait partie des exercices habituels des largueurs, du contrôle du matériel… Lequel largueur sautait systématiquement, en saut d’entretien, après avoir « basardé » le matériel.

 

L’opération commence. Tout semble normal. Nous sommes au sol. Nous regardons l’exercice par simple routine. D’un seul coup, à l’arrière de l’appareil, c’est la stupéfaction : l’avion traine le parachutiste derrière lui ! On voit bien que le gars du 1er REP n’a pas pu sauter car les suspentes de son parachute sont restées accrochées à je ne sais quoi au cœur de l’avion. La tour de contrôle prévient le pilote qu’il doit atterrir immédiatement. Vous imaginez un peu le message du contrôleur aérien au pilote de l’Atlas : « Reviens vite, le para que tu devais larguer vole derrière toi ! ». Je suppose que le gars avait essayé de couper les suspentes pour ensuite utiliser son ventral. En vain.

 

L’avion atterrit. Il bloque ses freins pour parcourir le minimum de terrain, avec son délicat paquetage. On se précipite vers le para, persuadé que nous sommes en présence d’un gars mort ou déchiqueté. Et là : point de mal ! Le parachutiste est relevé, puis placé sur un brancard et zou : dans une ambulance. On ne lui trouva que deux côtes cassées ! »

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie