Claude Vassal : parachutiste du CPA 10 en Algérie – Partie 1.

Publié le 7 Avril 2024

Claude Vassal : parachutiste du CPA 10 en Algérie – Partie 1.

Claude Vassal est membre du Souvenir Français d’Issy-Vanves.

 

En 1956, il est convoqué pour le conseil de révision. Envoyé à la Base aérienne 122 de Chartres, il sera en Algérie de juin 1957 à septembre 1958, commando de l’air n°10. Titulaire d’un CAP de tourneur-outilleur, il va, à son retour d’Algérie, gravir peu à peu les échelons de la Régie Renault. Il enchaîne les cours du soir, aidé par son épouse Jacqueline, et termine sa carrière en tant que chef de bureau Etudes et Marchés.

Claude Vassal a accepté de nous confier ses impressions de service national militaire et de la guerre en Algérie.

 

Conseil de révision.

Claude Vassal : « J’avais une mauvaise opinion de l’armée. Lorsque je suis parti pour effectuer mon service militaire obligatoire, je n’étais pas préparé à devenir un bon soldat. Dans le café de mes parents, situé au quartier de La Ferme à Issy-les-Moulineaux, depuis des années j’entendais des critiques sur les militaires, les policiers et les CRS, tous bons qu’à taper sur les ouvriers !

Au moment du conseil de révision, en 1956, j’avais ces images, ces préjugés en tête.

Caserne de recrutement : à19 ans, j’ai l’impression de retourner à l’école. Nous voilà tous réunis dans une grande salle. Je revois des camarades de l’élémentaire, disparus depuis cinq ans. Les ordres tombent. Nous sommes tous en slip. Passage devant un médecin puis un infirmier. Nous sommes mesurés, pesés, questionnés. Nous attendons derrière une grande porte que notre nom soit appelé – plutôt crié. Quand on s’appelle Vassal, il est certain que l’on attend une bonne partie de la journée. Ça y est : mon tour est arrivé. La porte s’ouvre et je rentre dans une salle où sont installés plusieurs personnes, dont des femmes. C’est le conseil de révision. Le premier ordre me surprend : « Baisse ton slip ! ». Une douzaine d’yeux fixent le même endroit. Quelques questions. Echanges de regard entre les membres du conseil et j’entends : « Bon pour le service ».

Je retourne chez moi. Mon père me félicite. A la campagne de mes vacances, un jour comme celui-ci est synonyme de fierté, de vantardise entre garçons. Et de saoulerie aussi. Moi, je suis plutôt triste. Où sont donc passées les réflexions tant entendues ?».

 

Classes à Chartres.

« J’arrive à Chartres, sur la base aérienne 122. Ces classes ont pour but de nous apprendre en deux mois les rudiments du métier de soldat. La tenue civile va rester au placard. Je perçois des effets militaires. Chambrée de deux rangées de douze lits superposés, avec celui du caporal-chef au centre. Nous sommes en 1957. Je viens d’avoir mon CAP de tourneur-outilleur. Je n’ai connu que le monde ouvrier. Là, me voilà dans la moitié la plus diplômée. La plupart des bidasses de la chambrée a quitté l’école à 14 ans, certificat d’études – ou pas – en poche. Il y a trois illettrés parmi nous : un paysan, un gitan et un musicien. Son père, commissaire de police, a abandonné le domicile conjugal, laissant son fils livré à lui-même. Cinq d’entre-nous ont le baccalauréat : le caporal instituteur, un ingénieur et même un polytechnicien, qui passera bientôt officier.

Nous passons ces deux mois : des affinités se créent. La bonne entente est là et bien entendu, les « têtes de Turcs » sont régulièrement moquées : les lits en « portefeuille », de même que la b… au cirage ne sont pas rares. Question hygiène, ce n’est pas ça : dès les premiers jours, les gradés nous font creuser des feuillées et mis des planches. Aller aux toilettes en plein jour, je veux bien, mais être le cul à l’air devant tout le monde, c’est non ! Tous les jours, nous pouvions nous laver – grand mot – aux lavabos et une fois la semaine, nous pouvions prendre une douche ».

 

Devenir para.

« Les classes touchent à leur fin. Le départ pour l’Algérie se précise. Avec de bons résultats en sport et des tests concluants, je passe devant un adjudant-recruteur, comme une soixantaine de mes camarades. Le couplet est connu : nous pouvons devenir des soldats d’élite, être la fierté de nos pères qui ont fait 1940, de nos grands-pères qui ont connu la Grande guerre. Nous devons saisir l’opportunité de bien servir la Patrie en devenant parachutiste. Et les filles n’auront d’yeux que pour nous, est-il ajouté. L’argument suprême. Me voilà engagé à porter le béret amarante. Je n’avais pas connu grand-chose de la vie : que l’apprentissage et l’usine, entrecoupés de quelques vacances sur la Manche. J’ai signé, peut être entraîné par les copains et l’adjudant.

Le retour à la maison est quelque peu brutal : mon père me reproche de m’être engagé avec des « têtes brulées » ! Trop tard. Je ne peux reculer.

L’Algérie s’offre à moi. Avant d’y poser les pieds, la traversée de la Méditerranée est assez chaotique. Notre bateau, le Sidi-Ferruch, est équipé de toilettes. Et pour des jeunes qui n’ont pas le pied marin, elles sont vite prises d’assaut. L’arrivée à Alger se fait dans un triste état…

Un comité d’accueil musclé nous reçoit ; un adjudant hurle quelques phrases : « Vous avez signé un volontariat. C’est donc que vous aimez la France et j’espère que parmi vous il n’y a pas de dégonflés. Sinon, ce sera la boule à zéro et la tôle chez les légionnaires ». Deux camarades sortent alors des rangs. Nous ne les reverrons plus. Tenté par l’aventure, je ne bouge pas. Je vais devenir commando parachutiste ».