1870-1871

Publié le 12 Avril 2026

Jarosław Dąbrowski, général de la Commune de Paris

Officier polonais devenu l’un des principaux chefs militaires de la Commune de Paris, Jarosław Dąbrowski joue un rôle central dans les combats du printemps 1871, en particulier dans la défense de l’ouest parisien autour du Fort d’Issy.

 

Né en 1836 dans une Pologne alors sous domination de l’Empire russe, Jarosław Dąbrowski est formé dans les écoles militaires russes et devient officier de l’armée impériale.

Rapidement, il s’implique dans des réseaux clandestins favorables à l’indépendance polonaise. Accusé d’activités conspiratrices, il est arrêté en 1862 puis condamné à quinze ans de travaux forcés en Sibérie.

Après plusieurs années de détention, il parvient à s’évader et rejoint la France en 1865. Installé à Paris, il fréquente les milieux d’émigrés politiques et entre en contact avec des républicains et des militants internationalistes.

Son engagement reste alors marqué par une double dimension : la lutte pour l’indépendance polonaise et une proximité avec les courants révolutionnaires européens, sans affiliation partisane clairement définie.

Lorsque la Commune de Paris est proclamée en mars 1871, Dąbrowski rejoint les forces communardes. Dans un contexte d’urgence marqué par la désorganisation militaire, il est nommé général et participe activement à la mise en place de la défense de la capitale.

Il se voit confier des secteurs stratégiques à l’ouest de Paris, notamment autour du Fort d’Issy, position clé de la ceinture fortifiée qui protège la ville face aux troupes versaillaises. Ce secteur constitue un point de pression majeur pour les assiégeants.

Reconnu pour ses compétences militaires et sa capacité à maintenir une certaine discipline dans un contexte difficile, Dąbrowski voit rapidement ses responsabilités s’étendre. À partir du début du mois de mai 1871, il devient l’un des principaux responsables du commandement militaire de la Commune, jouant un rôle de premier plan dans l’organisation de la défense.

La chute du Fort d’Issy, au début du mois de mai, marque un tournant décisif dans le rapport de force en faveur des troupes versaillaises et fragilise durablement les positions communardes.

Le 23 mai 1871, en pleine Semaine sanglante, Jarosław Dąbrowski est mortellement blessé dans le secteur de la Goutte-d’Or, alors que les troupes versaillaises progressent à l’intérieur de Paris et que les défenses communardes sont en grande partie désorganisées.

Les témoignages divergent sur les circonstances précises de sa blessure, mais s’accordent sur le fait qu’il meurt peu de temps après. 

Dans le contexte de la défaite, des accusations de trahison circulent à son sujet. Certaines suggèrent qu’il aurait facilité l’avancée ennemie ou qu’il aurait été victime d’un règlement de comptes interne. Ces accusations, apparues dans un climat de suspicion, ne reposent sur aucune preuve établie et sont aujourd’hui largement écartées par l’historiographie.

Les conditions de son inhumation restent incertaines : certaines traditions évoquent un enterrement au Père-Lachaise, tandis que d’autres sources mentionnent le cimetière de Montmartre.

Après la chute de la Commune, la figure de Dąbrowski est progressivement intégrée à sa mémoire collective. Son image se construit autour de plusieurs dimensions : chef militaire engagé, combattant mort lors des affrontements, mais aussi symbole de la participation étrangère à la Commune. À ce titre, il est l’un des officiers non français les plus importants du mouvement.

Cette construction mémorielle s’inscrit dans un processus plus large de mise en récit de la Commune, au cours duquel certaines figures sont mises en avant pour incarner sa dimension internationale et la diversité de ses acteurs.

Dąbrowski devient ainsi une figure présente dans certaines traditions historiographiques françaises, notamment socialistes et républicaines, ainsi que dans la mémoire nationale polonaise.

Jean-David Boussemaer 

 

Sources

 

  • Quentin Deluermoz, Commune(s), 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle, Seuil, 2020.
  • Raoul Dubois, À l’assaut du ciel : la Commune racontée, Éditions ouvrières, 1991.
  • Edmond Lepelletier, Histoire de la Commune de 1871, 1911.
  • Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, 1876.
  • Jacques Rougerie, La Commune de 1871, PUF.
  • Charles Loupot (dir.), Rapports officiels de l’armée de Versailles, 1872.
  • Robert Tombs, The Paris Commune 1871, Longman, 1999.
  • Maxime Vuillaume, Mes Cahiers rouges au temps de la Commune, 1908–1914.

 

[Visuel : Portrait de Jaroslaw Dombrowski (1836-1871), domaine public, Wikimedia Commons]

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Rédigé par Jean-David Boussemaer

Publié dans #1870-1871

Publié le 8 Mars 2026

Louis Rossel, l’officier rebelle de la Commune

L’histoire de la Commune de Paris regorge de figures révolutionnaires, d’ouvriers armés et de militants politiques. Au milieu de ces combattants improvisés apparaît un personnage très différent : Louis Rossel, colonel de l’armée française. Seul officier de carrière à rejoindre ouvertement la Commune, il participe à la défense du fort d’Issy, aux portes de Paris.

 

Né en 1844 dans une famille protestante, Louis Rossel suit une trajectoire classique d’officier. Brillant élève, il intègre l’École polytechnique puis rejoint l’arme du génie, l’un des corps les plus prestigieux de l’armée. La guerre franco-prussienne de 1870 bouleverse cependant sa vision du monde militaire. Rossel assiste à la débâcle française et à la capitulation de Sedan. La chute du Second Empire puis l’armistice signé avec la Prusse en janvier 1871 le révoltent profondément. Il considère que la France a renoncé trop rapidement à défendre la République.

Lorsque Paris se soulève le 18 mars 1871, Rossel prend une décision exceptionnelle : il rejoint la Commune. Il devient alors le seul officier supérieur de l’armée régulière à soutenir ouvertement l’insurrection parisienne.

Rossel, nommé délégué à la Guerre (l’équivalent d’un ministre de la Guerre) découvre une situation militaire extrêmement chaotique. La défense de Paris repose essentiellement sur la Garde nationale, composée de milliers de volontaires organisés en bataillons autonomes. Chaque unité élit ses officiers et obéit souvent davantage aux décisions politiques de son quartier qu’à un commandement central.

Rossel tente de transformer cette masse de combattants en une véritable armée. Il veut instaurer une discipline plus stricte, centraliser les ordres et organiser une stratégie cohérente face aux troupes versaillaises rassemblées par Adolphe Thiers. Mais ses réformes se heurtent à la méfiance d’une partie des dirigeants communards, qui redoutent toute forme d’autorité militaire trop forte.

Parmi les positions stratégiques autour de la capitale, le fort d’Issy occupe une place essentielle. Construit dans les années 1840 dans la ceinture de fortifications de Paris, il protège l’accès sud-ouest de la ville. Depuis les hauteurs d’Issy-les-Moulineaux, ce fort contrôle les approches de la capitale et peut bombarder les positions ennemies situées dans la plaine de Versailles. Pour les Versaillais, sa destruction devient donc un objectif prioritaire. Et, à partir d’avril 1871, l’artillerie du gouvernement installé à Versailles pilonne le fort presque sans interruption. Les bombardements sont d’une violence extrême. Les murs s’effondrent progressivement, les casemates sont détruites et les défenseurs doivent souvent se battre au milieu des ruines.

Rossel comprend immédiatement le danger. Si le fort tombe, les troupes versaillaises disposent d’un point d’appui idéal pour pénétrer dans Paris.

Malgré ses efforts, Rossel se heurte à de nombreux problèmes. Les bataillons envoyés au fort d’Issy se relaient sans coordination. Certains quittent leur position sans ordre. L’artillerie manque parfois de munitions et les officiers changent fréquemment.

Rossel tente de renforcer la position et d’y envoyer des troupes plus disciplinées. Mais le fort est déjà gravement endommagé par l’artillerie versaillaise. Au début du mois de mai 1871, la situation devient critique. Les bombardements ont transformé le fort en amas de décombres. Les murailles sont éventrées, les casemates effondrées et les défenseurs se battent désormais dans un champ de ruines. Les soldats communards doivent souvent se protéger dans des abris improvisés.

Dans la nuit du 8 au 9 mai 1871, les défenseurs du fort d’Issy décident finalement d’évacuer la position, devenue presque impossible à tenir. Lorsque les troupes versaillaises entrent dans le fort, elles ne trouvent plus qu’un champ de ruines. Pour Rossel, cet abandon constitue un désastre stratégique. Il y voit la preuve de l’incapacité de la Commune à mener une guerre organisée.

Au même moment, Rossel prend une décision radicale. Le 9 mai 1871, face à la désorganisation militaire et à la dégradation des positions communardes, il démissionne de son poste de délégué à la Guerre. Dans sa lettre, il critique ouvertement l’indiscipline et les divisions politiques de la Commune. Selon lui, une armée ne peut pas combattre efficacement lorsque chaque bataillon agit selon sa propre volonté. Dans ces conditions, la défense de Paris est devenue impossible. Cette démission intervient à un moment où l’armée versaillaise se prépare à lancer l’offensive finale contre la capitale.

« Je ne veux pas prendre l’initiative d’une mesure énergique, endosser seul l’odieux des exécutions qu’il faudrait faire pour tirer de ce chaos l’organisation, l’obéissance et la victoire. »

Après la défaite de la Commune lors de la Semaine sanglante de mai 1871, Rossel tente de se cacher mais il est arrêté.

Son procès revêt une dimension particulière. Contrairement à la plupart des Communards, Rossel est un officier formé par l’armée française. Pour les autorités versaillaises, son ralliement à la Commune constitue une trahison particulièrement grave. Il est condamné à mort et fusillé le 28 novembre 1871 au camp de Satory, près de Versailles. Il n’a que 27 ans.

Jean-David Boussemaer 

 

Sources :

  • Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, 1876
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français
  • Jacques Rougerie, Paris libre 1871, Seuil, 1971
  • Robert Tombs, La Guerre contre Paris : 1871, Aubier, 1997

 

[Visuel : Louis Rossel photographié par Eugène Appert en 1871, domaine public, Wikimedia Commons]

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Rédigé par Jean-David Boussemaer

Publié dans #1870-1871

Publié le 1 Juillet 2021

La bataille d'Issy.

Du fait de la présence sur son territoire d’un fort qui était un des pivots du dispositif militaire autour de Paris, Issy-les-Moulineaux se trouve au cœur des événements qui ont animé la capitale pendant l’année 1870 – 1871.

La Commune de Paris, vue d'Issy.

Cet ouvrage militaire imposant avait été créé pour protéger Paris des agressions extérieures et, de fait, pendant tout le mois de janvier 1871, et malgré le violent pilonnage qu’il subit, il parvient à résister vaillamment aux assauts des armées prussiennes. Seule, la signature de l’armistice oblige ses défenseurs à le quitter, non sans incompréhension, ni amertume.

La population parisienne, qui ressent également comme un affront le défilé des troupes ennemies sur les Champs-Elysées, se révolte le 18 mars, dans un climat de grande agitation politique et sociale. La Commune est proclamée quelques jours plus tard et le 3 avril elle envoie trois colonnes armées à l’assaut de Versailles où s’est réfugié le gouvernement. L’une d’entre elles, sous les ordres du général Eudes, passe par Issy. Mais la sortie se termine en débâcle et le soir-même, de retour à Issy, le général Eudes s’installe dans le séminaire de Saint-Sulpice. Une quinzaine de jours plus tard un bataillon de Fédérés vient l’y rejoindre, suivi d’autres. Commence alors une cohabitation avec la population dont l’étrangeté transparait aujourd’hui encore dans les mémoires écrits avec émotion, fatalisme, humour parfois, par les habitants et les combattants.

Au Fort, réoccupé par les Communards dès le 19 mars, les bombardements ont repris, plus intenses encore que l’hiver précédent, entrainant des pertes humaines considérables (jusqu’à 40 tués et 200 blessés certains jours). Ils redoublent de violence quand est lancée la grande offensive de la fin du mois d’avril. Les fantassins de Versailles, arrivant par Les Moulineaux, gravissent le coteau dont la pente les protège de la vue et des tirs du Fort, et en quelques jours, du 26 avril au 1er mai, ils s’emparent du grand parc de l’ancien château des Conti, du château lui- même et du cimetière. Leur progression, d’obstacle en obstacle, de mur en fossé et de fossé en tranchée emportés à la baïonnette, se poursuit, rapide, presque irrésistible, si bien que le Fort est évacué le 30 avril par les Fédérés et leur commandant, Edmond Mégy, démoralisés.

Quand le Délégué à la Guerre, Gustave Cluseret, en est informé, il rassemble aussitôt les compagnies d’un bataillon et accourt reprendre la position désertée que les troupes versaillaises n’avaient pas encore investie. L’affaire, et les dangers qu’elle a fait courir, fait grand bruit à Paris et la décision est prise de créer un Comité de Salut Public, dont le nom rappelle la Révolution et 1793. La politique générale de la Commune prend dès lors une orientation plus radicale.

Le Fort d’Issy ne sera définitivement abandonné par les Communards que le 8 mai. Le 2e corps de l’armée de Versailles y pénètre le lendemain. Il entame alors la reconquête du bourg jusqu’à Paris. Pour stopper, ou au moins freiner, son avancée, des barricades sont érigées dans les rues qui deviennent pour plusieurs jours le théâtre de batailles menées de part et d’autre d’une façon atroce. Comme en prélude à la « Semaine sanglante », les morts se chiffrent par centaines et la ville subit des destructions sévères, à l’exemple de ses monuments les plus remarquables en grande partie ruinés : le Séminaire et son parc, l’église Saint-Étienne, le couvent des Oiseaux (actuel Hôtel de Ville) et le château des Conti, si endommagé qu’il devra finalement être entièrement démoli au début du 20e siècle.

 

 

NB : feu notre ami Thierry Gandolfo, conservateur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux pendant une vingtaine d’années, était devenu un spécialiste de la récupération de balles de fusils Chassepot ; balles récupérées ici et là dans son cimetière.

 

 

Sources :

  • Illustration : détail de l’œuvre intitulée « Etat actuel du fort d’Issy vu des avant-postes » (dessin d’après nature de M. Sellier).
  • Texte : ce texte a été publié pour la première fois sur le site de la ville d’Issy-les-Moulineaux – www.issy.com

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 1 Mai 2017

Prosper-Olivier Lissagaray.

Jeunesse.

Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray nait le 24 novembre 1838 à Toulouse, de l’union de Laurent Lissagaray, pharmacien, et de Marie-Louise Boussès de Foucaud. Il a un frère, Henri.

 

Son père meurt alors qu’Henri et lui sont encore petits. Prosper-Olivier rentre au collège d’Aire-sur-l’Adour dans des conditions difficiles. En classe de seconde, il fait ses premières armes littéraires sous la houlette du professeur de littérature l’abbé Légé, « maigre, pâle et toussant comme un phtisique, un parfait homme de lettres ». Ce dernier divise ses élèves en deux camps : les classiques et les romantiques. Prosper compte au nombre de ces derniers. Il écrit ainsi, à l’âge de 15 ans, avec son camarade Paul Lacome d’Estalenx, un roman médiéval : Les mystères des Croisades – Histoire de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine. Après le baccalauréat, il ne voit plus ses camarades mais « au fond du cœur un endroit où tous vivent ».

 

Journaliste.

En 1860, il s’installe à Paris après un voyage en Amérique. Il dirige une société littéraire à but non lucratif. Lissagaray et son ami Juette deviennent les fondateurs des conférences publiques avec les Conférences de la rue de la Paix. Il écrit également une Revue des études littéraires, destinée aux élèves.

 

En 1864, il est l’auteur d’une conférence houleuse sur Alfred de Musset, mort en 1857 et toujours très populaire. Pour Lissagaray, Musset est « un homme sans opinion, sans conviction, sans principes, qui prétend incarner dans lui-même l’esprit de cette époque ». Il y dénonce les côtés vicieux et débauchés du poète et de ce fait n’est point un modèle pour la jeunesse : « Nous n’avons plus le temps d’être jeune. Soyons vieux à 25 ans, si nous ne voulons pas être serfs à 30… ». La conférence est très mal accueillie par la jeunesse elle-même…

 

En 1868, il confirme son engagement contre le Second empire en créant le journal L’Avenir, à Auch dans le Gers ; journal qui veut : ‘rallier dans le Gers toutes les forces éparses du grand parti de la révolution ». Deux ans plus tard, il créé avec Henri Rochefort La Marseillaise. Mais très rapidement les condamnations pleuvent : une pour un duel à Auch et l’autre pour « offenses envers les personnes de l’empereur et de l’impératrice ». En prison, il continue à écrire et mène son combat contre Napoléon III. Les rédacteurs de La Marseillaise finissent par être tous arrêtés. Libéré, Prosper Lissagaray prend part aux réunions publiques contre le gouvernement de l’empereur. De nouvelles condamnations arrivent. Le journaliste s’enfuie en Belgique. Il rentre à Paris le 4 septembre 1870, jour de la proclamation de la République. En effet, après le désastre de Sedan, l’empereur Napoléon III a abdiqué deux jours plus tôt.

 

Au Fort d’Issy.

Pendant toute la Commune, Prosper-Olivier Lissagaray use autant de la plume que du fusil. Il crée dès le 18 mars 1871 l'Action, un journal dans lequel il défend les communards et condamne le gouvernement. Puis, c'est autour du Tribun du peuple de sortir sans interruption du 17 mai au 24 mai.

 

En 1876, il publie son Histoire de la Commune de 1871, le premier ouvrage de témoignages sorti sur ces terribles événements. Voici ce qu'il écrit sur les combats dans Issy et la chute du fort qu'il défendit jusqu'au bout, armes à la main. Nous sommes le 1er mai : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».

 

Le fort résiste jusqu'au 9 mai. Lissagaray défend les barricades de Paris jusqu'au 24 mai 1871.

 

La fuite et la suite.

Une nouvelle fois, Lissagaray parvient à s’enfuir. D’abord à Bruxelles, où il publie la première version de son Histoire de la Commune de 1871, justement sous-titrée : « Pour qu’on sache ». C’est en Belgique qu’il apprend, le 18 juin 1873, qu’il est condamné en France à la déportation par contumace. Il part ensuite à Londres, où il fréquente assidûment Eleanor, la troisième fille de Karl Marx. C’est elle qui traduit sa principale œuvre en anglais. Mais des divergences, en premier lieu politiques, l’ont éloigné du père du Capital et de la convoitée. Prosper-Olivier Lissagaray est en effet plutôt de sensibilité anarchiste, proche des blanquistes anticléricaux. Tensions qui se sont muées en haine lorsque ses fiançailles avec Eleonor ont été brisées.

 

Sur la liste des amnistiés du 14 juillet 1880, Lissagaray rentre en France. Il partage alors son temps entre le journal, la Bataille, politique et sociale, et l’éternel remise sur l’ouvrage de son Histoire de la commune. Lissagaray est historien rigoureux, sans cesser d’être partisan. Il rassemble les faits, collecte les témoignages, les classe, les hiérarchise. Et tire des conclusions. Et bien qu’amoureux de la Commune, il n’en est pas moins lucide et sévère. Ne pas avoir occupé le mont Valérien, avoir hésité à marcher sur Versailles, avoir trop tardé à couvrir Paris d’un réseau de barricades… Autant de fautes militaires qu’il repère et condamne. Il n’épargne pas non plus certains travers politiques comme la mollesse du commandement, le désordre dans l’administration… Mais surtout il déplore d’avoir, par un scrupule de légalité déplacé en période révolutionnaire, respecté la banque, dont les millions pouvaient tout sauver ! Il en pointe sévèrement cette absurdité : « La Commune abolit le budget des cultes… et resta en extase devant la caisse de la haute bourgeoisie qu’elle avait sous la main. » Mais l’Histoire de la Commune est surtout un hymne à la gloire des ouvriers parisiens en même temps qu’une déclaration d’amour à la ville de Paris « qui avait fait trois Républiques et bousculé tant de dieux ».

Lissagaray n’a pas perdu sa verve dans ses vieilles années. Il dirige le seul journal révolutionnaire de Paris, la Bataille, qui paraît par intermittence jusqu’en 1893. Journal dédié à la défense des travailleurs, il attaque successivement et avec vigueur Jules Ferry, qualifié de « roi » et son dauphin Clemenceau, puis enfin Boulanger, qu’il considère comme une réelle menace pour la République. Lissagaray s’éteint peu après, en 1901. Pour son incinération, deux mille personnes saluent sa mémoire.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Encyclopédie Universalis.
  • Louise Michel, La Commune.
  • Site Rebellyon : www.rebellyon.info
  • Site Historim (une partie de cet article a été écrit par Madame Maestracci, présidente de cette association) : www.historim.fr
  • Site de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com
  • Site Internet du journal L’humanité : www.humanite.fr

 

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Publié le 15 Janvier 2016

Le docteur Lasserre et sa maison d'Issy.

Le village de Vaugirard.

Pierre-Paul Lasserre nait à Vaugirard le 17 septembre 1797. La France est sous le régime du Directoire et le général Bonaparte qui a alors 28 ans – et qui n’est pas encore gênant pour le gouvernement – en assure justement une certaine stabilité grâce à ses soldats et ses généraux tels Hoche et Augereau.

Vaugirard est un petit village agricole qui comprend des terres de labours, des zones de maraîchages, à la fois autour dudit village et en allant sur Paris. Des vignes sont également présentes sur les pentes au sud de la grande rue (qui deviendra la rue de Vaugirard). Quelques exploitations de sable et d’argile, des carrières de calcaire à ciel ouvert complètent son activité économique. Depuis quelques années déjà, une fabrique de produits chimiques, fondée par Claude Louis Bertholet fait parler d’elle. Le scientifique a découvert une substance qui a pris le nom de ce lieu : Javel !

Durant les années qui suivent, le village prend de l’ampleur et sa population passe de 700 à 2.000 puis 6.500 habitants. Longtemps, le village reste indépendant. Finalement, il est repris par Paris en 1860 avec son voisin Grenelle, Belleville et La Villette.

Chirurgien des Hôpitaux.

Pierre-Paul Lasserre fait des études à la nouvelle Faculté de Médecine de Paris (ouverte par décret impérial en 1808) et devient Chirurgien des Hôpitaux. Médecin militaire, il a le grade de médecin-major de l’armée et est titulaire de la Légion d’honneur.

A sa mort, en 1871, il lègue à la commune une petite maison qu’il possède à Issy.

Le testament.

Le testament du docteur Lasserre stipule que cette maison est un don en faveur du Bureau de Bienfaisance de la commune. Ce don est accepté en 1873. S’ajoute à cette demeure, une rente de 3.000 francs destinée à l’entretien de sept familles pauvres sélectionnées par le Bureau. Quelques années plus tard, les bénéficiaires sont plus nombreux et il faut des bâtiments largement plus grands. Ainsi est conçue puis bâtie par l’architecte Delaire (famille célèbre de bâtisseurs et de Syndics à Issy-les-Moulineaux), la nouvelle maison de retraite Lasserre. S’y ajoute bientôt un dispensaire.

La maison de retraite.

La maison de retraite est construite en U autour d’un jardin fermé par une grille donnant sur l’avenue. Les bâtiments de deux étages sont soignés avec les signes caractéristiques de l’architecture populaire de la fin du 19e siècle. Les murs sont recouverts de briques jaunes et agrémentés de lignes de briques rouges horizontales et verticales. En-dessous sont superposés du haut vers le bas, une horloge, une grande plaque rectangulaire avec l’inscription Ville d’Issy-les-Moulineaux, un profil féminin dans un médaillon et une autre plaque, plus petite.

Entre le premier et le deuxième étage, des cabochons de grès flammés turquoise ponctuent une corniche reposant sur de petits modillons. Les cintres bicolores des fenêtres ont un claveau en pierre au centre et deux sur les côtés. L’ensemble est achevé en 1899 et inauguré l’année suivante par Emile Loubet, président de la République.

Le personnel mixte de la maison de retraite est sous l’autorité d’un médecin et d’une surveillante. Le budget est géré par l’économe qui est le receveur municipal. Les conditions d’admission pour les pensionnaires sont très précises : il faut être Français, vivre seul, avoir plus de 65 ans et être incapable de gagner sa vie en travaillant. En outre, il faut résider dans la commune depuis au moins 5 ans consécutifs lors de la demande et avoir résidé 15 ans minimum dans la commune. De plus, en cas de revenu (forcément modeste), il faut l’abandonner à la maison de retraite. Enfin, la mendicité est interdite sous peine de privation de sortie pendant un mois et d’exclusion si récidive ! Sauf contre-ordre médical, les résidents sont incités à travailler dans la mesure de leurs possibilités.

Quant à la nourriture, trois repas sont prévus chaque jour. Le petit-déjeuner, servi à 8 heures, se compose d’une soupe ; le repas du midi comprend de la viande, des légumes et un dessert (qui ne doit pas coûter plus de 10 centimes). Le dîner est servi à 18 heures avec soupe, viande ou légumes, dessert. Le régime alimentaire quotidien prévoit 500 g de pain blanc, 250 g de viande ou poisson, 130 g de légumes, 30 cl de vin, 50 cl de potage (ou 25 cl s’il est remplacé par du lait).

Il y a quelques années, la maison de retraite a été déplacée et métamorphosée en EHPAD installé près de l’hôpital Corentin Celton et les anciens bâtiments ont été transformés en immeubles d’habitation.

Afin de rendre hommage au docteur Lasserre, la commune d’Issy-les-Moulineaux a donné son nom – en 1877 – à une rue du quartier Les Hauts d’Issy – Les Epinettes et s’occupe également de l’entretien de son tombeau placé au cimetière municipal.

Sources :

  • Cet article a été écrit, dans sa version originale par Madame Maestracci, de l’association Historim.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Encyclopédie Universalis.
  • Louise Michel, La Commune.
  • Site Rebellyon : www.rebellyon.info
  • Site Historim : www.historim.fr
  • Site de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com
  • Site La Porte Plume
  • Site www.toupie.org

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 28 Mars 2015

Louise Michel2.jpg

 

Biographie.

De tous les personnages de la Commune de Paris, Louise Michel est la première femme à avoir triomphé de la conspiration du silence et de l’oubli. Combattante, oratrice, éducatrice, poète, accusée transformant les tribunaux en tribune, elle campe un personnage qui servira de référence à toutes les révolutionnaires d’idéologies diverses depuis la fin du 19e Siècle jusqu’à nos jours.

Louise Michel naît à Vroncourt (Haute-Marne), le 29 Mai 1830. Fille d’une servante, elle est née au château appartenant à la Mr et Mme Demahis qui l’éduquent dans la connaissance des Lumières et le souvenir de la Première République. Cette éducation lui fera prendre conscience d’abord de l’injustice, puis de la nécessité de la combattre.

En 1853, elle devient institutrice mais elle refuse de prêter serment à l’Empereur Napoléon III. Elle enseignera donc dans des écoles « libres », c’est-à-dire sans lien avec le pouvoir, d’abord en Haute-Marne, puis à Paris à partir de 1856. Ses méthodes pédagogiques s’inspirent de quelques grands principes : l’école doit être pour tous, pas de différence entre les sexes, nécessité d’une éducation à la sexualité, l’enseignant doit en permanence accroître son savoir.

Sur ces idées, elle rencontre tout ce que Paris compte de républicains et l’avant-garde socialiste.

En 1870, après la défaite de Napoléon III, Louise Michel se bat pour une République démocratique, inspirée de la Convention de l’an II, et sociale dans le prolongement de juin 1848. Elle sera de tous les combats pour la défense de Paris et pour réclamer l’élection de la Commune. Elle préside le Comité de vigilance des femmes de Montmartre.

Le 18 Mars 1871, elle est au premier rang des femmes de Montmartre qui mettent en échec la tentative de Thiers de s’emparer des canons de la Garde Nationale.

Pendant la Commune, elle combat dans la Garde nationale. Elle se bat sur les barricades de la Semaine sanglante. Le 24 mai, sa mère ayant été prise en otage par les Versaillais, elle se constitue prisonnière. Elle connaîtra l’horreur des prisons de Satory et des Chantiers à Versailles.

Le 16 Décembre, elle passe devant un Conseil de guerre qu’elle transforme en tribune pour la défense de la révolution sociale. Elle est condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée. Elle est incarcérée à la prison d’Auberives en (Haute-Marne), jusqu’à son départ pour la Nouvelle Calédonie le 24 août 1873 où elle arrive le 8 décembre.

Au bagne, elle reprend son travail d’institutrice auprès des Canaques. Elle les approuve quand ils se révoltent contre la colonisation. Elle se prend de sympathie pour les Algériens déportés après leur révolte de 1871.

Libérée après la loi d’amnistie du 12 Juillet 1880, elle revient en France où elle débarque à Dieppe le 9 Novembre et est accueillie triomphalement à Paris, gare Saint-Lazare.

Elle reprend son action révolutionnaire marquée par sa fidélité aux idéaux de la Commune de Paris. Elle est devenue anarchiste pendant sa déportation ce qui ne l’empêche pas d’entretenir des relations courtoises avec ses anciens compagnons d’armes engagés dans la propagation du socialisme. Jusqu’à la fin de sa vie elle ira de ville en ville porter la parole révolutionnaire ce qui lui vaudra de séjourner à nouveau en prison à plusieurs reprises.

Elle décède le 9 janvier 1905 à Marseille après une ultime réunion publique. Le 21 janvier 1905, une foule considérable suit son cortège funèbre de la gare de Lyon à Paris jusqu’au cimetière de Levallois où elle est inhumée a côté de sa mère.

A Issy-les-Moulineaux.

Louise Michel dans La Commune, Histoire et Souvenirs parle de son passage à Issy : « Le fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue en haut par les Prussiens et à qui cette brèche va bien. J'y passe une bonne partie du temps avec les artilleurs… Voici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles qui saluent les fédérés ; elles établissent une ambulance au fort, d'où les blessés sont dirigés sur celles de Paris, mieux agencées… Moi, je m’en vais à la gare de Clamart, battue en brèche toutes les nuits par l’artillerie versaillaise. On va au fort par une petite montée entre les haies, le chemin est tout fleuri de violettes qu’écrasent les obus… ». Puis, plus loin : « Il y a eut à Clamart une escarmouche de nuit dans le cimetière, à travers les tombes éclairées tout à coup d’une lueur… Je revois tout cela comme un songe dans le pays du rêve, du rêve et de la liberté ».

Deux chants.

1 – Le Chant des captifs (écrit en Nouvelle-Calédonie)

Ici l'hiver n'a pas de prise,

Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise

Souffle sur les mornes déserts,

Et si profond est le silence

Que l'insecte qui se balance

Trouble seul le calme des airs.

Le soir, sur ces lointaines plages,

S'élève parfois un doux chant :

Ce sont de pauvres coquillages

Qui le murmurent en s'ouvrant.

Dans la forêt, les lauriers-roses,

Les fleurs nouvellement écloses

Frissonnent d'amour sous le vent.

Viens en sauveur, léger navire,

Hisser le captif à ton bord !

Ici, dans les fers il expire :

Le bagne est pire que la mort.

En nos cœurs survit l'espérance,

Et si nous revoyons la France,

Ce sera pour combattre encor !

Voici la lutte universelle :

Dans l'air plane la Liberté !

A la bataille nous appelle

La clameur du déshérité !...

L'aurore a chassé l'ombre épaisse,

Et le Monde nouveau se dresse

A l'horizon ensanglanté !

2 – La Chanson des prisons

Quand la foule, aujourd’hui muette,

Comme l’Océan grondera,

Et qu’à mourir elle sera prête,

La Commune se relèvera.

Nous reviendrons, foule sans nombre,

Nous viendrons par tous les chemins,

Spectres vengeurs sortant de l’ombre,

Nous viendrons nous serrer les mains.

Les uns pâles, dans les suaires.

Les autres encore sanglants.

Les trous de balles dans leurs flancs.

La mort portera les bannières.

Le drapeau noir, crêpe de sang,

Et pourpre, fleurira la terre

Libre, sous le ciel flamboyant

 

 

 

 

Sources :

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 5 Octobre 2013

 

Reichshoffen

Charge de la cavalerie française à Reichshoffen.

 

C’est l’un des épisodes les plus célèbres de la Guerre franco-prussienne. Celui qui a bercé le coucher des enfants mais aussi entretenu les flammes de l’espoir entre 1871 et 1914 : la bataille de Reichshoffen !

 

Août 1870 : après avoir perdu la bataille de Wissembourg, le maréchal français Patrice de Mac-Mahon décide de stopper l’avance ennemie à Frœschwiller, non loin de Woerth, dans le nord du département. Pour se faire, il dispose de plusieurs corps d’armée : les 1er, 5ème et 7ème ; mais à la veille de la bataille seul le 5ème est opérationnel qui, heureusement est bientôt rejoint par la 1ère division du 7ème corps d’armée de Dumesnil. La fine fleur de la cavalerie française est présente : régiments de hussards, de lanciers, de chasseurs à cheval, mais aussi et surtout les 1er, 2ème, 3ème, 4ème 8ème et 9ème régiments de cuirassiers. Pour autant, face aux 90.000 prussiens, les Français n’alignent que 50.000 hommes.

 

Le blog www.hdebougareyt.blogspot.fr présente le récit d’un survivant du 9ème ; il s’agit de Jean Pons, qui raconte à sa belle-fille la charge fameuse : « Ce samedi 6 août 1870, en Alsace, dans un vallon entre Niederwald et Eberbach près de Woerth, la journée se lève maussade, nuageuse ; déjà vers les 7 heures des tirs d’armes légères et d’artilleries sont perçus. Le maréchal des logis transmet les ordres : le temps presse, seuls les cavaliers se préparent, les hommes à pied, chevaux de trait, cantines, bagages restent sur place sous la protection d’éléments du 4ème peloton.

 

Les chevaux sont nerveux, rapidement abreuvés et nourris, ils sont harnachés ; puis chacun d’entre nous s’affaire pour ne rien oublier et malgré l’estomac noué, tacher de manger un morceau de pain et de boire un peu d’eau. Pendant un long moment les chevaux sont tenus à la bride en attendant la transmission des ordres.

 

Vers les 13 heures, le trompette, malgré sa blessure aux lèvres et deux dents cassées, causée suite à un écart de son cheval en plein galop alors qu’il jouait pour transmettre les instructions, sonne le rassemblement du 9ème, suivi en cela par celles du 8ème puis des lanciers. Notre chef, le colonel Waternaud présente le 9ème au général Michel lequel se dirige ensuite vers le 8ème, commandé par le colonel Guiot de la Rochére et enfin vers les deux escadrons du 6ème lanciers aux ordres des capitaines Lefèvre et Pouet. Il reçoit les honneurs puis s’adresse à nous tous ; trop loin, je ne saisi que quelques bribes : « Mes enfants …sans vous l’armée est perdue...nous allons bousculer ces prussiens….la bataille sera rude….le salut de la France …. vos familles…. sont entre vos mains…. Régiment …garde vous…sabre à la main …en avant... ».

 

Ce fut pour moi un moment terrible : dans un piétinement formidable les 1.100 cavaliers en ordre de bataille s’ébranlent, le 8ème en tête, nous derrière, puis enfin les deux escadrons du 6ème, au pas d’abord, puis rapidement au trot et très vite au galop ; nous sommes presque botte contre botte comme pour mieux nous unir, nous soutenir, nous protéger devant l’inconnu. Nous crions ou plutôt nous hurlons, pour faire fuir l’adversaire ? Je ne le crois pas, peut-être chasser notre peur car lorsque l’on hurle l’on ne pense à plus rien ; j’entends même des : « vive l’empereur ! » et« vive la France ». Plus nous avançons, plus nous nous rapprochons de l’ennemi moins nous réfléchissons : oubliés balles, obus percutants, lances acérées, sabres, un seul but bousculer, renverser, anéantir le prussien !

 

Devant nous le flanc de la colline est couvert de houblonnières, de champs de lin, de blé qui n’a pu encore être fauché, de vergers avec leurs pommiers bas,  un peu comme chez nous, de quelques vignes mais également de prés avec des souches recouvertes d’herbe qui représentent autant de pièges dangereux pour notre charge.

 

Tout est rapidement dévalé mais à quel prix ! Dans les vignes des fantassins en embuscade nous tirent, sur la terre lourde et grasse nos lourds chevaux glissent entrainant dans leurs chûtes cavaliers et d’autres chevaux ; dans les vergers biens des nôtres sont jetés à terre, désarçonnés par les branches des pommiers, le pire : le premier escadron de mon régiment est mis hors de combat en se précipitant au galop du haut d’un champ dans un petit chemin profond en contrebas ! Malgré les tirs nourris des fantassins et des obus percutants ou à balles qui causent des pertes dans nos rangs, très vite la charge se rapproche de Morsbrönn.

 

La grosse partie de notre régiment derrière le lieutenant-colonel Archambault de Beaune appuie sur la droite et brusquement se trouve face à plusieurs bataillons de l’infanterie prussienne dont une compagnie de pionniers ; devant notre masse déferlante ils n’ont pas le temps de se former en colonnes d’attaques mais rapidement se regroupent et forment le carré. Il parait solide, impénétrable, le premier rang, arc-bouté, avec ses longues baïonnettes, dresse un mur hérissé, le second rang nous pointe de ses fusils, le troisième prêt à son tour à tirer dès la salve du second. Soudain un nuage gris s’élève du carré, aussitôt un crépitement assourdissant suivit de chocs, d’impacts, de ricochés sur nos cuirasses, mais aussi de sang et de cris. La fumée s’élèvent, je distingue un grand nombre de chevaux qui passent comme des ombres sans cavalier, d’autres, leurs malheureux maîtres un pied pris dans un étrier sont trainés et tels des corps désarticulés rebondissent sur tous les obstacles; le pire, c’est cette douloureuse rumeur faite de cris, de râles, de gémissements, d’hennissements qui s’élève du sol ou jonchent hommes et chevaux … Nous nous reformons poursuivi par la mitraille et aussitôt, plein de hargne, nous repartons à la charge.

 

Des camarades, enfonçant les éperons, font sauter leurs chevaux par-dessus ce mur de baïonnettes pour retomber dans les lignes prussiennes ; puis par de larges moulinets de leurs longues lattes creusent des vides chez l’ennemi, créant une certaine désorganisation dans ses rangs avant que ne s’écroulent leurs montures ensanglantées ou éventrées. Profitant de ce relâchement, avec d’autres camarades, couchés sur nos chevaux, sabrant de droite, de gauche nous arrivons à pousser nos chevaux entre les colonnes ennemis et leur causer grand dommage. Par trois fois nous avons enfoncé le carré, par trois fois nous nous sommes retirés, chaque fois hélas moins nombreux. Deux fois j’ai eu un cheval tué sous moi. Comme nous l’avions appris à l’exercice, l’important pour sa survie est de ne pas rester démonté. Grace à une énergie inconnue, insoupçonnée devant le pire mais aussi par chance, j’ai toujours pu, malgré mes bottes et ma lourde cuirasse qui limite les mouvements, vivement me dégager, courir sous les balles, sauter par-dessus des corps, sans perdre mon sabre grâce à sa dragonne, éviter les autres cavaliers, chercher, saisir par la crinière un cheval affolé, et réussir à me hisser sur son dos puis repartir vers l’enfer.

 

Je me souviens de nos grands sabres rouges de sang jusqu’à la garde, je revois des camarades avec des balafres, les yeux pleins de sang s’essuyer en riant d’un air féroce ; d’autres rient bruyamment comme s’ils avaient fait une bonne farce ; de mon côté je cherche des visages amis de mon peloton mais hélas, personne, tous sont couchés là-bas, pour eux tout est fini, pour nous tout est à recommencer.

 

Mais vois-tu, le plus impressionnant c’est le regard des hommes que nous combattons, regard si rapproché lors des contacts que nous y voyons le reflet du nôtre et pouvons y lire nos propres sentiments de peur, de colère, de haine, de méchanceté, d’imploration mais aussi curieusement parfois de compassion (c’est si facile d’appuyer un peu plus ou un peu moins avec le sabre !).

 

Ces furieux coups de boutoirs ont anéanti les pionniers qui cèdent et battent en retraite pour se réfugier dans les vignes et houblonnières. Le trompette sonne le ralliement, rapidement, mais sous les obus nous reprenons notre chevauchée. Déjà nous voici aux abords de Morsbrönn et y accédons par un chemin encaissé ou la mitraille des fantassins cachés au-dessus se fait plus violente. Plusieurs des nôtres sont arrêtés net dans leur élan, d’autres glissent lentement sur le dos de leurs montures puis soudain roulent et tombent.

 

Couchés sur l’encolure de nos chevaux, le regard fixe, le sabre en avant nous nous engouffrons dans la grande rue ; de chaque ouvertures, fenêtres, portes, un fusil est pointé et fait feu, la rue se rétrécie, l’on n’y voit plus rien cependant des cris, des hurlements, des crépitements incessants font penser qu’un drame se déroule un peu plus haut mais une courbe nous bloque la vue. Sans ralentir nous la dépassons, puis de suite une seconde et là nous nous écrasons sur nos camarades bloqués par un obstacle, en effet des charrettes et quelques autres objets placés en travers de la rue obstruent la sortie du village.

 

Le crépitement continu des fusils nous assourdit et nous affole, ils nous fusillent à bout portant, si près que parfois la tunique brûle autour de la plaie. Les hommes hurlent, les chevaux hennissent, ruent, piétinent les malheureux au sol, d’autres sautent sur le dos d’autres chevaux comme voulant s’échapper de cet enfer mais blessent les cavaliers. Je vois des hommes à terre levant la main comme voulant se protéger des sabots des chevaux, d’autres malgré leurs blessures tentent de se lever. Bloqués par d’autres chevaux dans cette rue et tournant en rond sur place sous la mitraille, l’horreur est d’entendre des craquements et des cris de suppliciés lorsque nous piétinons nos camarades, hélas dans ces instants chacun ne pense qu’à sauver sa peau. Une nouvelle fois mon cheval est tué. Par grande chance je réussi une fois de plus à me dégager et dans la bousculade me saisir d’un autre.

 

Chacun d’entre nous fait ce qu’il peut, sabre çà et là dans les fenêtres lorsqu’un coup de feu part ou au hasard dans chaque recoin. Dans la bousculade arrivent maintenant les lanciers ajoutant à la confusion. Nous tournons comme au carrousel cherchant une issue pour échapper à cette pluie mortelle mais tout est bloqué. Dans cette bousculade les lanciers sont gênés par leurs lances et en les manœuvrant blessent au visage bon nombre des nôtres par les extrémités des hampes. Cependant ils sont d’une grande efficacité pour débusquer les tireurs à l’étage et peu à peu l’intensité des tirs s’apaise. Enfin des hommes démontés ont réussi courageusement à dégager le passage, aussitôt nous pouvons nous libérer de ce piège.

 

Alors que les coups de feu ont pratiquement cessés à la sortie du village nous faisons halte à l’abri d’un petit bosquet. Nous pouvons nous retrouver, nous reconnaitre, nous compter. L’horreur ! Un tout petit nombre de cavaliers, quelques petites dizaines, inférieures aux doigts d’une main tout corps confondus, du 9ème il me semble n’en apercevoir que 8.

 

Les chevaux sont harassés, de leurs gueules une bave mélangée de sang s’écoule, leurs flancs tremblent, nos bras sont lourds, les poignets et les cuisses nous font mal, chacun a des blessures plus ou moins impressionnantes, du sang macule nos tuniques mais curieusement personne n’en souffre vraiment encore. A la vue de ma cuirasse bosselée et percée légèrement à un endroit, bêtement je me dis : « Jean tu vas faire de la salle de police pour avoir abimé ta cuirasse et ils vont te faire payer la réparation ». Je sursaute car je me rends compte à l’instant que je monte un cheval du 6ème lancier.

 

Progressivement nous reprenons nos esprits, commençons à parler, à prendre conscience de la situation, que nous sommes vivants, le reste… Quelques camarades se sont retirés de quelques pas et debout sur les étriers soulagent leur vessie. Soudain deux s’écrient « ils sont là ! Ils arrivent ! » Ces mots nous figent mais aussitôt nous reconditionnent, pas de temps à perdre l’endroit n’est pas propice pour combattre. Un gros capitaine avec de grandes moustaches étant le plus vieux et le plus haut gradé s’octroie le commandement. Il nous fait prendre le galop pour essayer de nous soustraire à l’ennemi, mais nos pauvres chevaux harassés ne peuvent soutenir le train. Le capitaine nous fait arrêter ; de nous-mêmes nous faisons demi-tour et nous plaçons en ligne de bataille, prêt pour l’assaut, le capitaine brièvement nous harangue : « Camarades montrons aux prussiens qui nous sommes … pistolet en main … pointez … feu ! ».

 

Ceux d’en face, des hussards du 13ème, ralentissent et s’arrêtent surpris devant un tel sursaut et du danger encouru. Le tir n’a pas un grand résultat ; le capitaine se retourne vers nous, lève son sabre et d’une voie forte s’écrie : « Vive la France … Sabre en main … Chargeons … ». Voyant cela, les prussiens éperonnent et s’élancent vers nous pour engager le combat.

 

Les sabres crissent sur les cuirasses, les chevaux soufflent, les lances montent ou descendent, nos grands sabres s’allongent, des cris s’élèvent, les hommes se courbent pour piquer en dessous, les chevaux furieux se dressent et se mordent en hennissant d’un ton terrifiant, des hommes tombent, des chevaux s’écroulent ».

 

 

« C’était un soir la bataille de Reichshoffen

Il fallait voir les cavaliers charger.

Ils étaient là alignés dans la plaine

Le sabre au clair, le pied à l’étrier

Attention cavaliers, chargez ! »

 

 

 Reischoffen 2

 

Rescapés de Reichshoffen – Eglise de la Madeleine, Paris, 1917 (copyright BNF).

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 16 Septembre 2013

 

 Bauds-Le reve Alphone de Neuville

 

Le rêve, d’Edouard Detaille (Musée d’Orsay).

 

Arthur Baudot fut un soldat de 1870. Dans ses lettres – plutôt son journal de bord, certainement écrit, du moins remanié, a posteriori – retrouvées par son arrière-petit-fils (Monsieur Alain Baudot), il témoigne de sa captivité.

 

Le 1er septembre 1870.

 

« Chers parents,

 

Jusqu’à présent, je n’ai pu vous donner que des détails bien incomplets sur notre position, mais aujourd’hui, je vais essayer de vous en donner une idée. Fais prisonnier sur le champ de bataille aux environs de Sedan, vers trois heures de l’après-midi, on nous a rassemblés et dirigés sur Douzy où nous sommes arrivés à la nuit. On nous a fait coucher dans l’église, sans manger et nous n’avions pris pour toute nourriture qu’un peu de café vers quatre heures du matin ».

 

 

Le 2 septembre – Douzy : « Le lendemain matin, avant le départ, nous avons assisté à la messe dans la même église, ensuite, on nous a conduit à quelques kilomètres de là, où nous avons passés une grande partie de la journée sur trois rangs afin de nous compter. Là, une espèce de cantine prussienne qui vendait du pain et du lait, en très petite quantité, et pour beaucoup d’argent, mais malgré le prix exorbitant, tout le monde voulait en acheter. Mais les officiers prussiens voyant le désordre dans nos rangs, et un rassemblement considérable auprès de la voiture, nous ordonnèrent de reprendre nos places ; nous étions à leur pouvoir. Il fallait obéir… ».

 

Dans les jours qui suivent, les milliers de soldats, dûment escortés, prennent la route de la Prusse. Ils passent par les villages de Ligny-devant-Dun, Ecurey, Etain (au-dessus de Verdun), Gorze. Le 8 septembre 1870 : « Bien qu’on nous ait dit que nous n’avions plus que quelques lieues à faire pour prendre le chemin de fer, nous avions raison de n’y pas croire, car ce fut bien la journée où nous avons le plus marché. Vers midi, à chaque pas, il en restait en route ; on était forcé de les conduire en voiture, car ils ne pouvaient pas continuer le chemin à pied, les rangs s’éclaircissaient de plus en plus car tous, nous étions à bout de forces ».

 

Ensuite, les prisonniers sont parqués dans des champs, à nouveau comptés et recomptés, puis ils sont dirigés vers la gare de Rémilly (Moselle) et sont entassés dans le train : « Voilà comme on nous a placés : quarante-cinq et même cinquante dans chaque wagon à bestiaux ». Le convoi traverse la Grand-duché du Luxembourg, passe par les villes de Mayence, Francfort, Erfurt, pour terminer son périple à Magdebourg.

 

11 septembre – Magdebourg : « Il était une heure du matin : aussitôt notre arrivée, après nous avoir fait placer sur les rangs, on nous a conduits dans un vaste camp dressé pour nous loger. Les premières compagnies seulement eurent de la paille et une couverture par homme ; à nous, on nous a donné à chacun une couverture, c’était assez pour nous contenter, et nous avons passé une bonne nuit ».

 

12 septembre : « Il en fût ainsi pendant quelques jours, puis ils nous donnèrent à chacun un plat en terre et une cuiller que nous devions conserver. La nourriture du matin, dont je parlais tout à l’heure, consistait en un peu de farine délayée dans l’eau, et un peu de beurre ; mais ce beurre passait le plus souvent auprès des marmites de sorte que cette colle, comme nous l’appelions, n’était pas quelque chose de bon. A midi, on nous donnait une petite portion de viande, puis le rata aux pommes de terre avec du riz, des haricots ou de l’orge.

 

Puis, on nous conduisit au travail tous les jours depuis une heure après midi jusqu'au soir. Nous étions occupés aux fortifications, à servir les maçons. Pour y aller, on nous faisait traverser la ville, nous avons remarqué qu’elle était jolie, et qu’elle renfermait d’aussi beaux magasins que ceux de France. Pendant quelques temps, nous avons touché trois sous par jour pour notre travail, mais l’habitude de payer s’est passée, de sorte qu’on travaillait pour le roi de Prusse… ».

 

Fin septembre : « Vers cette époque, je fus malade à mon tour, mais pas sérieusement, la fatigue en devait être la seule cause. Je suis allé à la visite pendant une quinzaine de jours (car il y avait au camp une infirmerie, et chaque jour venait un docteur pour passer la visite). Au bout de ce temps, je me suis rétabli assez bien, et jusqu’au moment où j’écris, je n’ai eu pas trop à me plaindre du côté de la santé ».

 

Fin octobre : « Vers la fin d’octobre, il nous fallut quitter le camp, nous sommes venus dans une baraque. Un magasin d’artillerie, où nous étions assez bien logés : nous avions chacun une paillasse et une couverture. C’est là qu’ils commencèrent à nous retirer un repas, de sorte que nous n’avions plus que deux fois à manger par jour. Le matin, un jour le café, un jour la colle ; le soir, le rata et un pain de quatre livres pour quatre jours ; on faisait aussi quelquefois une distribution, soit de lard, de beurre, ou des harengs, mais le plus souvent des harengs. Voilà notre ordinaire, heureusement, les jours étaient courts, sans quoi on aurait eu beaucoup plus à souffrir de la faim.

 

15 décembre 1870 – Janvier 1871 – Magdebourg : « Vers le quinze décembre, ils commencèrent à monter une machine pour nous chauffer au moyen de la vapeur. Mais cette opération était si lente que nous n’avions pas l’espoir d’en connaître l’effet cet hiver. En attendant, vers le 1er janvier, ils donnèrent deux poêles dans chaque chambre, mais qu’est-ce que c’était, pour une chambre de 60 mètres de long, par un froid de -25°, et surtout que le charbon nous manquait la moitié du temps. Mais nous regrettons de ne pas avoir passé tout l’hiver dans ce nouveau domicile. Car sur une trentaine de mille que nous étions à Magdebourg, le nombre de morts est tout près d’atteindre le chiffre énorme de 4.000. Voilà en abrégé à peu près tout ce qui me concerne. Car pour détailler tout, il faudrait faire un gros livre… ».

 

« Les hommes de la compagnie étaient bien plus malheureux, car ils étaient forcés d’aller travailler dehors, même par le plus grand froid, et lorsque l’un d’eux cherchait à s’en échapper, ou qu’on avait quelque chose à lui reprocher, sa punition était celle d’un peuple sauvage : on l’attachait dehors à un poteau, par les pieds et les épaules, pendant des heures entières, exposé aux rigueurs du temps. Je me trouvais heureux auprès d’eux. Jugez donc de ce qu’on avait à souffrir avec un peuple aussi barbare. C’est seulement un aperçu pour vous faire connaître notre position. Je ne vous donne pas plus de détails sur les coups de plat de sabre qu’on recevait, lorsqu’on n’obéissait pas assez promptement, lorsqu’on n’était pas levé assez matin ou pour tout autre motif. Le code pénal auquel nous étions assujettis contenait les peines les plus sévères pour les moindres bagatelles. Beaucoup contenaient la peine de mort et d’autres la citadelle pendant plusieurs années et même perpétuité. Des prisonniers de guerre n’auraient cependant pas dû être traités si rudement ».

 

 

Depuis le 28 janvier 1871, la convention d’armistice est signée entre la République française et l’Empire d’Allemagne. A titre de gage sur les sommes colossales que la France doit régler à son ennemi, le tiers nord-est du pays sera occupé jusqu’au 16 septembre 1873.

 

A cette date, les survivants des camps de prisonniers en Allemagne sont rentrés dans leurs foyers ; bien souvent à pieds…

 

Sources : Ces lettres ont été publiées par MR Alain BAUDOT, sur son blog – www.bauds.fr

 

Arthur Baudot (photographie de 1920).

Bauds Arthur

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 14 Juillet 2012

Allemands au fort d'Issy
 
Allemands au fort d’Issy.
 11 – La commune.
 
11.1 – Les Fédérés :
 
Au début du mois de mars, les soldats de Paris se désignent sous le nouveau nom de Fédération de la Garde nationale, d’où, plus tard, le nom de « Fédérés ». L’Assemblée nationale quitte Bordeaux pour s’installer à Versailles, d’où, plus tard, le nom de « Versaillais ».
 
Les Fédérés ont dans leurs unités de Belleville et de Montmartre des canons, que le nouveau chef du Gouvernement, Adolphe Thiers, cherche à récupérer. Par cette action, il entend également mater la rébellion de certains soldats qui sont ouvertement des soutiens à une révolution socialiste. Soutiens d’autant plus actif, que leur solde est impayée. Les soldats élisent alors un Comité central de la garde nationale et bientôt, le 26 mars, c’est au tour du Conseil général de la Commune de Paris d’être proclamé, après les élections municipales.
 
La Commune se fixe trois objectifs majeurs : révolutionnaire avec l’adoption du drapeau rouge et du calendrier révolutionnaire ; anticlérical avec la suppression du budget des Cultes (de nombreux édifices religieux sont saccagés) ; social avec un train de réformes. L’œuvre de la Commune va se révéler effectivement féconde en lois et en décrets : pensions aux blessés, aux veuves et aux orphelins des Gardes nationaux ; ouverture de cantines municipales ; interdiction du travail de nuit dans les boulangeries ; journée de dix heures ; mise en place de coopératives ouvrières quand les dirigeants ont quitté les ateliers qu’ils ont créé ; bureaux municipaux de placement de la main d’œuvre…
 
Des noms sont restés à jamais attachés au Conseil de la Commune, à Paris : Charles Amouroux, ouvrier chapelier élu dans le 4ème arrondissement ; Augustin Avrial, commandant du 66ème bataillon de la Garde nationale ; Jules-Henri Bergeret, ouvrier typographe et élu du 20ème arrondissement ; Alfred Billioray, artiste-peintre ; Jean-Baptiste Clément, chansonnier ; Gustave Cluseret, officier élu dans le 18ème ; Gustave Courbet, artiste-peintre, élu dans le 6ème ; Charles Delescluze, journaliste ; Emile Eudes, employé, élu du 11ème ; Léo Frankel, ouvrier bijoutier ; Benoît Malon, ouvrier teinturier ; Raoul Rigault, journaliste ; Edouard Vaillant, enseignant, élu du 8ème et Jules Vallès, journaliste, élu du 15ème arrondissement.
 
Enthousiastes face à cette nouvelle forme de gouvernement, les Parisiens sont rapidement excédés de voir les querelles de personnes pour le pouvoir prendre le dessus sur les idées novatrices du mouvement.
 
Le gouvernement d’Adolphe Thiers ne veut bien entendu pas s’en laisser compter. L’anarchie ne peut se développer dans la capitale. Négociant avec les Prussiens, Thiers monte de toutes pièces une nouvelle force qui doit bientôt entrer dans Paris.
 
11.2 – La reprise des forts :
 
Les Fédérés peuvent compter sur les soldats de la Garde nationale. Les Versaillais ont rapidement près de 100.000 hommes : 40.000 laissés en Région parisienne à « titre de force de police » par les Prussiens, qui libèrent eux-mêmes quelque 60.000 prisonniers des batailles de l’est de la France. Les troupes versaillaises sont dirigées par le maréchal Mac Mahon. Le 21 mars, le fort du Mont Valérien est repris. Puis, au début du mois d’avril, sont successivement libérées les villes de Courbevoie, de Rueil et de Meudon. Les Versaillais sont à chaque fois en surnombre et nettement mieux équipés que les Gardes nationaux.
 
11.3 – A Issy :
 
Le 25 avril 1871, le général Faron amène ses 20.000 Versaillais devant le fort et la commune d’Issy, occupés par les Communards. Ces prises sont cruciales : les enlever, c’est s’assurer le passage le plus sûr par le Point du Jour (les rives de la Seine) et le sud-ouest de la capitale. Le fort est théoriquement appuyé par ceux de Vanves, de Montrouge et de Bicêtre, tous aux mains des soldats de la Garde nationale.
 
Les Fédérés n’ont pas attendu le général Faron pour équiper le fort d’Issy en hommes d’armes et en matériels. Parmi les chefs insurgés, se trouve, comme le souligne Patrica Crété-Bétry de l’association Historim, Augustin Avrial, ouvrier-mécanicien, élu commandant du 66ème bataillon de la Garde, qui écrit la lettre suivante : « Citoyen, Excusez mon absence je suis encore au fort, et pourtant l'ordre a dû être donné de faire relevé le bataillon [le 66e] qui y est depuis 12 jours. Je ne peux concevoir cette lenteur dans les mouvements de troupe. Comptant d'après les ordres être relevé aujourd'hui, je n'ai pas fait de bons de vivre.… Sur 950 hommes que j'ai emmenés, il m'en reste 300 à peine. Depuis que je suis au fort malgré les rapports que j'ai envoyés au Comité, je n'ai jamais reçu aucune communication. Ce matin, j'ai mis le drapeau rouge au fort… ».
 
Augustin Avrial
Augustin Avrial.
 
Dans Issy-les-Moulineaux, histoire d’une commune suburbaine de Paris, Alain Becchia rappelle quelques faits : « Eudes et son état-major s’installent au séminaire. L’abbé Perdreau, curé d’Issy, raconte : « Rien de plus curieux que ce mélange de prêtres, à qui on ne disait rien, qui vaquaient tranquillement à leurs exercices de piété, au milieu de tout ce brouhaha de gens armés, de cantinières et de chevaux disséminés dans les parterres. Il faisait un temps splendide“. On déjeunait sur les pelouses et l’on cueillait des fleurs. Certains étaient venus avec leur famille. Il y avait là des gens de Belleville, de Montmartre, les frères May, les frères Caria, Louise Michel, plusieurs garibaldiens et même un Noir, ancien zouave de la Garde pontificale ».
 
Louise Michel dans La Commune, Histoire et Souvenirs parle de son passage à Issy : « Le fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue en haut par les Prussiens et à qui cette brèche va bien. J'y passe une bonne partie du temps avec les artilleurs… Voici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles qui saluent les fédérés ; elles établissent une ambulance au fort, d'où les blessés sont dirigés sur celles de Paris, mieux agencées… Moi, je m’en vais à la gare de Clamart, battue en brèche toutes les nuits par l’artillerie versaillaise. On va au fort par une petite montée entre les haies, le chemin est tout fleuri de violettes qu’écrasent les obus… ». Puis, plus loin : « Il y a eut à Clamart une escarmouche de nuit dans le cimetière, à travers les tombes éclairées tout à coup d’une lueur… Je revois tout cela comme un songe dans le pays du rêve, du rêve et de la liberté ».
 
Louise Michel
Louise Michel.
Au Séminaire arrive le 107ème bataillon de la Garde nationale au sein duquel se trouvent les terribles « Enfants Perdus », plus saccageurs et révolutionnaires que soldats : toutes les statues du Séminaire et du foyer de la Solitude sont cassées et foulées au sol.
 
Pendant 41 jours, le fort d’Issy, ainsi que les habitations de cette ville, vont subir quotidiennement les bombardements des canonniers versaillais. Près des trois-quarts des maisons isséennes vont être détruites.
 
11.4 – Combats de rues :
 
Dans les rues, la bataille a commencé. Les Versaillais prennent le pont de Billancourt, traversent le chemin de fer puis entrent dans Issy par le parc du château des Conti. Ils s’approchent du fort. Pendant ce temps, des unités s’emparent du village des Moulineaux, situé le long de la Seine.
 
Les Versaillais progressent maintenant sur les hauteurs d’Issy ; le cimetière est le théâtre de combats violents. D’ailleurs, La Cécilia et Cluseret arrivent de Paris avec des renforts. Il s’agit de 300 hommes du 137ème bataillon, appelé les « Turcos de la Commune ». Le fort subit continuellement un déluge de feu. Tous les jours, les tués se comptent par dizaines. Les cadavres sont enterrés à la hâte, dans des tranchées situées dans l’enceinte même de l’ouvrage fortifié.
 
Les 1er et 2 mai, les Versaillais, conduits par le général Lamariouse prennent enfin la totalité du château et de son parc. Du moins ce qu’il en reste : la demeure des cousins des rois de France a subit tant de bombardements, et plusieurs incendies, qu’elle n’est plus que ruines. L’église Saint-Etienne n’est pas en meilleur état. L’on dit même que le clocher sert de cibles aux artilleurs ! Par Clamart, le général Berthier fait pilonner les maisons entourant le fort d’Issy. En deux jours, on compte plus de 400 morts.
 
Le site internet Historim a publié le récit de la chute du fort d’Issy, par Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste et soldat communard : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».
 
Le 6 mai 1871, à 19h30, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif fait publier la déclaration suivante : « Ceux qui suivent les opérations que notre armée exécute avec un dévouement admirable, pour sauver l’ordre social, si gravement menacé par l’insurrection parisienne, ont compris qu’il s’agissait d’annuler le fort d’Issy en éteignant ses feux et en coupant ses communications, tant avec le fort de Vanves qu’avec l’enceinte. Ces opérations touchent à leur terme, malgré l’obstacle qu’elles rencontrent dans les batteries du fort de Vanves. En ce moment, nos troupes travaillent à la tranchée qui va séparer le fort d’Issy de celui de Vanves. La ligne du chemin de fer que traverse un passage voûté est la ligne qu’on dispute depuis trois jours. Cette nuit, 240 marins et deux compagnies du 17ème bataillon de chasseurs à pied, conduits par deux compagnies du 17ème, et la ligne du chemin de fer ainsi que le passage voûté sont restés en notre pouvoir. Cependant, la garnison de Vanves, cherchant en ce moment à prendre nos soldats à revers, était prête à sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s’est jeté sur elle à la tête du 2ème régiment provisoire, a enlevé les tranchées des insurgés, a pris le redan où ils se logeaient, en a tué et pris un grand nombre et a terminé ce brillant engagement par un coup de main décisif. On a tourné  aussitôt le redan contre l’ennemi et on y a pris une quantité d’armes, de munitions, de sacs, de vivres abandonnés par la garnison de Vanves, et le drapeau du 119ème bataillon insurgé. Comme on le voit, pas un jour n’est perdu. Chaque heure nous rapproche du moment où l’attaque principale terminera les anxiétés de Paris et de la France entière. Nous avons eu divers officiers distingués mis hors de combat dans ses opérations. Le colonel Laperche, le lieutenant Pavot et le jeune de Broglie ont été gravement, mais non dangereusement, blessés. On espère qu’ils seront bientôt remis ».
 
 
Federes a Issy
Fédérés à Issy.
 
Le lendemain, Eudes fait venir encore des renforts de Paris. Une nouvelle fois, c’est un massacre. Rue de l’Eglise, les maisons sont systématiquement détruites. Dans la Grande-Rue, la prise de la barricade donne lieu à des corps à corps à la baïonnette. Au Séminaire puis au Couvent des Oiseaux, les combats sont obstinés : A la fin pourtant, une des portes d’entrée cède sous les efforts des soldats que la résistance acharnée des Parisiens oblige chaque chambre l’une après l’autre, à briser les portes, à faire voler en éclats les cloisons. C’est dans le dortoir que la plus terrible mêlée a lieu. Après la prise définitive du couvent, ce dortoir présentait l’aspect le plus terrifiant. Les morts et les mourants gisaient pêle-mêle et tout le parquet était inondé de sang » (extrait de l’Avenir national en date du 20 mai 1871).
 
Le 13 mai, c’est au tour du lycée Michelet et de ses hommes de se rendre. Les Communards ont perdu…
 
 En un mois, environ 60.000 obus sont tombés sur le fort et la commune d’Issy. Le général de Rivières estime avoir perdu 300 hommes dans cette bataille, quant les Communards déplorent la mort de près d’un millier d’entre eux (hommes et femmes).
 
Cimetiere d'Issy detruit
Le cimetière d’Issy en ruines, après les combats.
 
11.4 – La Semaine sanglante :
 
Le 21 mai les troupes versaillaises entrent dans Paris. C’est un carnage… Pendant près d’une semaine, du 22 au 28 mai 1871, les 130.000 hommes des troupes versaillaises s’acharnent à combattre et à éliminer tous les Communards – environ 20.000 hommes – qui se placent devant eux. Des barricades sont érigées un peu partout dans les rues de la capitale : elles sont renversées. Les exécutions sommaires d’hommes et de femmes se multiplient. Menés par des chefs inexpérimentés, comme Bergeret et Cluseret, les Communards, sentant leurs dernières heures venues, incendient l’Hôtel de Ville, la Cour des Comptes et le château des Tuileries. Ils fusillent eux-aussi des otages. Ainsi, le 26 mai, répondant aux massacres de Communards au Panthéon, les Fédérés fusillent les otages de la rue Haxo : 36 soldats, 4 civils et 10 prêtres.
 
Le lendemain, alors que les Communards ne tiennent plus que quelques rues autour du canal de l’Ourcq, l’on se bat à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise. 147 révolutionnaires sont fusillés devant un mur d’enceinte du cimetière, qui prendra le nom de « Mur des Fédérés ». Au global, cette Semaine sanglante fait plus de 20.000 victimes parmi les Communards – dont la grande majorité des commandants militaires – contre moins de 1.000 pour les Versaillais. Près de 38.000 parisiens sont emprisonnés et certains leaders politiques sont envoyés en Nouvelle Calédonie, comme Louise Michel ou Henri Rochefort.
 
Des Federes viennent d'etre fusilles.
Cercueils de Fédérés.
 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871

Publié le 1 Juillet 2012

Buzenval - Mort peintre Henri Regnault

Buzenval – Mort du peintre Henri Regnault.

 

10 – Deuxième bataille de Buzenval.

 

10.1 – Buzenval, village maudit :

 

Alors que Paris subit un flot d’obus prussiens depuis le début du mois de janvier 1871, le 18, dans la galerie des Glaces du château de Louis XIV, Bismarck proclame Guillaume II empereur d’Allemagne. Le lendemain, l’Etat-major français décide d’une nouvelle sortie : encore une fois, il s’agit de prendre la redoute de Montretout, à Saint-Cloud, ainsi que le château de Buzenval puis continuer au-delà de Garches pour réinvestir la Bergerie, point fortifié prussien en direction de Versailles.

 

Trois colonnes sont prévues : à gauche – à l’est –  la colonne Vinoy qui doit prendre la redoute de Montretout et continuer sur Garches ; au centre, la colonne Carey de Bellemare, qui doit s’emparer du château de Buzenval et continuer sur la Bergerie à Garches ; à droite, la colonne Ducrot qui doit franchir le mur de Longboyau, occuper le bois de Saint-Cucufa et se retrouver ensuite les hommes de Carey de Bellemare à la Bergerie.

 

Les conditions climatiques sont désastreuses : le brouillard a rendu difficile la mise en place des troupes ; la neige empêche les soldats français d’avancer rapidement et avec leurs lourds équipements, ils s’enfoncent dans la boue. Les commandants sont imprécis : des embouteillages se créent sur les ponts au passage de la Seine.

 

De fait, seule la colonne Vinoy est en place ; la bataille s’engage de manière décousue entre 7 heures et 11 heures. Dans un premier temps, les Allemands sont surpris. Les Français avancent. Ils prennent Montretout et le château de Buzenval. Mais l’artillerie n’avançant pas dans ce terrain défavorable, la percée française ne peut être soutenue. La colonne Ducrot est en retard. Les hommes arrivent comme ils peuvent à la porte de Longboyau. Ils sont hachés sur place par les défenses prussiennes, en dépit d’actes héroïques. Le colonel de Rochebrune est tué, le lieutenant-colonel de Montbrison meurt de ses blessures. Enfin, les troupes de la colonne de Carey de Bellemare prennent les premières maisons de Garches. La moitié de la distance qui les sépare de Versailles est franchie. L’espoir est là. Mais de courte durée… La ligne de défense ennemie, bien formée au cœur du hameau de la Bergerie, stoppe net les soldats français. Le génie tente de faire exploser des murs et des maisons pour se frayer un passage : peine perdue. Les explosifs sont gelés et inutilisables.

 

Les Prussiens reçoivent des renforts. Des contre-attaques sont lancées à 15h30 et à 17 heures. Les Français semblent rester maîtres du terrain. Mais une grande confusion règne entre les différents régiments des trois colonnes. Si les Allemands reprennent Montretout cela risque d’entraîner la panique dans les rangs français. Le général Trochu décide alors – ce qui lui sera reproché quelques jours plus tard et il devra démissionner de son poste – d’abandonner toutes les positions prises et de rentrer dans Paris.

 

10.2 – A Issy :

 

Alors que la seconde bataille de Buzenval sonne la fin des espoirs français, au sud, à Issy, le fort tient toujours, en dépit des 18.000 obus qu’il vient de recevoir. Avec Vanves et Montrouge, il a réussit à demeurer aux mains des Français alors que ceux de Bagneux, Clamart, Meudon et Châtillon sont en possession des Prussiens.

 

Tous les jours, les forts français sont bombardés. Pourtant, le 21 janvier est à marquer d’une croix blanche par les canonniers d’Issy : grâce un obus dont le tir a été peut-être mieux ajusté que les autres, c’en est fait de la réserve de poudre du Moulin de Pierre. L’explosion, d’une violence inouïe, est entendue dans tout le sud de Paris.

 

Cette résistance n’est pas suffisante : le 29 janvier le gouvernement de Défense nationale indique qu’une convention d’armistice est signée avec la Prusse du chancelier Otto von Bismarck. Les troupes ennemies s’installent partout et pénètrent dans certains forts de la ceinture de Paris. Quant à celui d’Issy, il est évacué par ses 2.000 hommes de garnison.

 

Le 8 février 1871, les élections donnent la majorité aux conservateurs favorables à la cessation de la guerre. Adolphe Thiers ouvre les préliminaires de paix à Versailles. La France perd l’Alsace et la Lorraine, et doit payer 5 milliards de francs or d’indemnités. En gage, l’est de la France est entièrement occupé. Il le sera jusqu’en 1873.

 

Le 1er mars 1871, les Prussiens entrent dans Paris. L’Assemblée nationale, réfugiée à Bordeaux, confirme les accords de paix entre la France et l’Allemagne. Les députés d’Alsace et de Lorraine sont consternés : « Vos frères d’Alsace et de Lorraine séparés en ce moment de la famille commune conserveront à la France absente de leurs foyers une affection fidèle jusqu’au jour où elle viendra y reprendre sa place ».

 

 

Fort d'Issy - 1871

 

Le fort d’Issy, après les bombardements.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #1870-1871